‹ Le général Dupont (volume 2)Chapitre 41 sur 97 · HASLACH, W.HECK · texte numérisé non relu

HASLACH, W.HECK

réunit au grand fleuve entre Ratisbonne et la \illc de Passau où l'Jnn a son embouchure. — Ces premiers projets se modifièrent, à mesure que lui parvinrent des renseignements sur les mouvements de l'ennemi ; mais l'idée maîtresse de l'Empereur fut toujours de se placer entre les Russes et les Autrichiens et de les battre séparément.

Au moment de faire quitter à ses troupes les côtes de la Manche, pour les diriger sur le Rhin, Napoléon les distribua en sept corps d'armée, ainsi qu'il suit :

l"r Corps, fort de 17 000 hommes, sous les ordres du maréchal Bernadotte, et composé des troupes amenées du Hanovre.

2° Corps, comptant 20 000 hommes, venus de Hollande, et commandés par le général Marmont.

3e Corps, formé des troupes du camp d'Ambleteuse, s'élevant à 26 mille combattants, aux ordres du maréchal Davout.

4e Corps, maréchal Soult, avec les divisions campées à Boulogne, à l'exception de la division Suchet qui entra dans la composition du 5e Corps ; les trois divisions restantes formaient un total d'environ 26 mille soldats.

5e Corps, commandé par le maréchal Lannes, s'élevant à i!\ mille hommes, et constitué par les divisions Suchet et Gazan, et par les grenadiers d'Arras, qui s'appelèrent dorénavant grenadiers Oudinot, du nom de leur nouveau chef.

6'" Corps, aux ordres du maréchal Ney, et fort des i!\ mille hommes du camp de Mon treuil.

7e Corps, ili mille hommes, à Brest, sous le maréchal Auge reau.

Chacun de ces corps n'avait, en cavalerie, que ce qui lui était strictement nécessaire pour bien se garder, l'Empereur ayant voulu conserver à sa disposition immédiate et sous un même chef la plus grande partie de cette arme. Cette réserve de cavalerie comprit : 6 mille cuirassiers et carabiniers, en deux divisions commandées par les généraux Nansouly et d'Hautpoul ; 12 mille dragons à cheval formant l\ divisions sous les ordres des généraux Klein (ir'' division), Walther (2e division), Beaumont (3e division), et Bourcier (4e division) ; une division de 4 mille dragons à pied, commandée par le général Baraguayd'Hilliers ; et des batteries servies par un millier d'artilleurs à cheval.

La force totale de la cavalerie s'élevait à environ 23 mille hommes, placés sous le commandement supérieur de Murât.

Enfin la réserve générale de l'armée était constituée par l'admirable corps d'élite de la Garde Impériale, comptant au total 7 mille hommes, et comprenant les grenadiers à pied, les chasseurs à pied, les grenadiers à cheval, les chasseurs à cheval et mamelucks, la gendarmerie d'élite, l'artillerie, un bataillon de marins et un bataillon de la garde italienne.

L'ensemble de toutes ces forces formait une masse de 180 mille soldats aguerris, pleins d'enthousiasme, avides de gloire et de dangers (1); on y comptait 38 mille cavaliers; l'ar-

(1) « Les troupes françaises sont meilleures qu'elles n'ont jamais été, écrivait le général Du Monceau ; on ne peut se faire une idée du bon esprit qui y règne, sans les voir. Elles font 10, jusqu'à i5 lieues par jour, et le bivouac là-dessus pour les soulager. Eh 1 bien, elles supportent cela comme si rien n'était. » ( Lettre de Lundshut, le 2 novembre i8o5, communiquée par M. le comte Georges Du Monceau.)

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lillcric comprenait 3^o bouches à ion. C'était la plus belle armée qu'ait jamais eue la France, et elle avait à sa tête le plus grand capitaine de tous les temps. Napoléon l'appela la Grande Année, non pas pour la glorifier puisqu'elle n'avait pas encore combattu, mais dans le sens d'armée principale, formée d'un certain nombre de corps dont chacun représentait, par son effectif et son organisation, une petite armée pouvant se suffire à ellemême, dans toutes les opérations de la guerre. Ses merveilleux exploits ont donné à ce mot « grand » une signification glorieuse, qui évoque les souvenirs d'une incomparable épopée, et que le temps a consacrée.

Dès que la guerre parut inévitable, l'Empereur songea tout d'abord à border la rive gauche du Rhin. Le 23 août, il donna l'ordre d'y acheminer les six divisions de la réserve de cavalerie et de les distribuer de Belfort à Mayence; puis, le 2J,il prescrivit de diriger également sur le Rhin les troupes des camps de l'Océan.

La i10 division du G1' corps, commandée par le général Dupont, et formée à Oslrohove, était allée s'établir à Camiers, lors de l'organisation du camp de Montreuil ; son quartier général était au château du Fayel, situé à une lieue d'Etaplcs et à quatre lieues de Montreuil. Elle resta dans cette position jusqu'à son départ pour l'Allemagne, les soldats s"instruisant dans des manœuvres fréquentes, et s'endurcissant aux fatigues par des marches, des travaux de toute sorte, construction de baraques, exercices d'embarquement à bord des bâtiments de la flottille.

La division se composait de trois régiments jouissant d'une grande réputation dans l'armée : le 9e régiment d'infanterie légère, colonel Meunier, constituant la iro brigade sous les ordres du général Rouycr; le 32e de ligne, colonel Darricau, et le 96e de ligne, colonel Barrois, formaient la 2" brigade, commandée par le général Marchand.

Le 9 fructidor an XIII (27 août i8o5), les camps d'Ambleteuse, de Boulogne et de Montreuil reçurent l'ordre de se mettre en route le lendemain, pour se rendre sur le Rhin. Les premières divisions devaient commencer le mouvement, s'avancer par trois routes différentes, et être suivies, à un jour de dislance, par les autres divisions de chaque corps. On pensait que l'armée pouvait être rendue sur le Rhin, entre Manheim et Strasbourg, du 21 au il\ septembre.

La division Dupont partit de Camiers le 10 fructidor et alla coucher à Hesdin, premier gîte d'étape. Elle traversa la France, passant successivement à Arras, Saint-Quentin, Reims, ChAlons, N'ancy, Lunéville, Haguenau et Laulerbourg, où elle arriva le 3 vendémiaire (2/i septembre). — Pendant que sa division faisait halte à Lunéville, le général Dupont s'était rendu à Bouxières. Dans une lettre qu'il écrit à sa jeune femme, le 2e jour complémentaire, il lui fait gaiement le tableau d'une journée de marche : » Sais-tu ce que c'est qu'une journée de marche militaire ? A trois heures du matin on se lève ; le bruit du tambour a déjà réveillé toute la ville; on part à quatre heures ; on fait halle à moitié chemin pendant une heure; si c'est à proximité d'un village, le vin ruisselle, mais le soldat ne se livre pas entièrement à Bacchus. Ce n'est pas la conquête des Indes que nous avons à faire avec ce Dieu général ; il nous faut de l'ordre et de la discipline, et c'est par là que nous brillons, autant que par la belle tenue et l'air brave que la troupe fait admirer à son passage. Enfin on arrive, on se hâte de se dérober à la chaleur, qui est dévorante depuis

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quelques jours, et chacun va bien vite dîner ou dormir, pour recommencer le lendemain ».

Dans ces lignes, écrites pour l'intimité, le général Dupont se révèle tout entier, imbu des sentiments d'ordre et de discipline cpii sont une des caractéristiques frappantes de son tempérament militaire; ce respect de Tordre, il ne cessera de l'imposer à ses troupes avec une extrême rigueur, et, comme il le dit fort bien, c'est par là qu'elles brilleront toujours.

Durant cette longue marche, les soldats donnèrent une marque frappante de l'excellent esprit qu'avait su leur inculquer leur chef; traversant précisément le département de l'Aisne où se recrutait le 32° de ligne, des hommes de ce corps témoignèrent, en grand nombre, le désir d'aller passer deux ou trois jours dans leurs familles. « Les chefs ne pouvaient accorder que des permissions tacites, en se confiant à l'honneur de chaque homme et en fixant le point où il devait rejoindre. Souvent les drapeaux d'un régiment n'étaient escortés que par 100 ou i5o hommes. Au jour fixé, tous avaient rejoint. La plupart, tant pour aller que pour revenir, avaient fait des marches forcées de 20 lieues. Que ne devait-on pas attendre de pareils soldats, qui allaient combattre des hommes que la crainte seule tient enchaînés à leurs drapeaux (1) ».

A Haguenau, la division fut renforcée par le 1e1' régiment de hussards, qui devait prendre une part glorieuse aux combats où s'illustrèrent le 90 léger, les 32° et 96e de ligne; il avait à sa tète le colonel Rouvillois. — Ce fut à Lauterbourg qu'elle reçut son artillerie, composée de 2 pièces de 12, 4 pièces de 8, 2 pièces de (\ et l\ obusiers, soit 12 bouches à feu. Au moment de franchir le Rhin, son effectif était de 5 85o hommes se décomposant ainsi :

9e d'infanterie légère 1 85o

32e d'infanterie de ligne 1 700

96e d'infanterie de ligne 1 700

1" de hussards Zjoo

Artillerie et train 200

Total 5 85o

Pendant que les corps français marchaient sur le Rhin, l'armée autrichienne, sous le commandement du général Mêlas, se portant vers l'Inn, franchissait cette rivière le 10 septembre et entrait en Bavière : sa force était d'environ 100 000 hommes.

Napoléon sut, le 22 septembre, que le généralissime autrichien, continuant à s'avancer vers l'Ouest, avait disposé le gros de ses forces entre Munich et Augsbourg, et poussé son avant-garde jusqu'à l'Uler, envoyant de petits détachements pour surveiller les défilés de la Forêt-Noire; sa droite s'appuyait au Danube, sur le cours duquel il occupait Ulm, Donauwôrth et Ingolstadt.

L'Empereur dispose ses corps d'armée en aile gauche, centre, aile droite, et réserve. A gauche, le ie'' et le 2e corps et les Bavarois, partant de Wûrzburg le Ier et le 2 octobre, se rendront par Anspach à Weissenburg. Au centre, le 3e corps, passant le Rhin à Manheim,

(1) Journal des opérations militaires de la division Dupont, rédige par le chef d'escadron Morin, aide de camp. (Arch. Dupont.)

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marchera sur Nordlin^en par Heidelberg et Xeckarelz; et le 4e corps, franchissant le Rhin à Spire, se portera sur Aalen par Hcilbronn et Hall. A la droite, le 6° corps passera le Rhin à Pfortz, en face de Durlach, et se rendra à Giengcn par Duilach, Pforzheim, Stuttgart et Gmund; et le 5° corps, traversant le Rhin à Kchl, marchera sur Rastatl et Ludwigsburg, entre le [\e et le 6e corps, ce dernier étant ainsi à l'extrême droite, le plus rapproché de l'armée ennemie.

La Garde marchait avec l'Empereur. Quant à la réserve de cavalerie, employée d'abord à faire des reconnaissances dans les défilés de la Forêt-Noire, elle rentra, le G octobre, sous les ordres directs de Murât.

A ce moment, 27 septembre, Napoléon a la conception très nette de son plan d'opérations, et il écrit à Bernadotte : « Si j'ai le bonheur que l'armée autrichienne s'endorme encore trois ou quatre jours sur l'Iller et dans la Forêt-Noire, je l'aurai tournée et j'espère qu'il ne s'en échappera que des débris. » — Et le 3o septembre, il écrit à Augereau : « Les maréchaux Lannes et Ney, les divisions de dragons et ma Garde sont arrivés à Stuttgart. Je vais partir moi-même cette nuit pour me mettre à la tête de ce corps (groupe de corps), pour m'appuyer au maréchal Soult, et tourner Llm. — Malheur aux Autrichiens s'ils me laissent gagner quelques marches ! J'espère les avoir tournés et me trouver avec toute mon armée entre le Lech et l'Isar; mais je suppose que les Autrichiens vont s'empresser d'évacuer la Bavière. La tête des Russes commence à s'approcher. »

L'Empereur ne pensait donc pas, le 3o septembre, que les Autrichiens feraient la folie de s'enfermer dans Ulm, et quoiqu'il connût bien l'incapacité de leurs chefs, il supposait qu'il pourrait être attaqué sur sa droite, pendant sa marche oblique vers le Danube. Le 2 octobre, d'Ettlingen, il écrivait au maréchal Bcrnadotle :

« Je suis la route de Stuttgart, Schorndorf, Gmïind, Aalon, afin de diriger moi-même les mouvements de la droite (5e, 6° corps, réserve de cavalerie, Garde et 4U corps), si l'ennemi passe le Danube et nous attend à Heidenheim... »

Mais ne soupçonnant pas la marche des Français sur Donauwùrth pour le couper du Lech et de l'Inn, et s'attendant à les voir déboucher par les défilés de la Forêt-Noire, le général Mack avait établi son armée sur la rive droite de l'Iller, sa droite à Ulm et sa gauche à Illereichen; il avait fait fortifier Memmingen afin de tenir la route du Tyrol.

Les 2e et 3° divisions du 6e corps arrivèrent à Lauterbourg le !\ vendémiaire (26 septembre). On avait pensé que le passage du fleuve pourrait commencer ce jour même, mais le pont de bateaux ne fut prêt que le 5, à six heures du matin. Le général Dupont écrit :

Lauterbourg, le 3 vendémiaire an XIV.

Nous passons demain le Rhin. Je m'occupe, tout en t'écrivant, des préparatifs du pont

de bateaux que l'on se hâte de faire ; la rive droite verra demain, avec le soleil, déboucher nos belles colonnes, et nous allons faire, au bivac, notre cour à la fortune —

Lauterbourg, le 4 vendémiaire an XIV.

Le passage du Rhin, qui devait avoir lieu ce matin, a été remis à demain : le pont vient

HA.SLACH, U.rvTCCK

d'èlrc achève. C'est une belle opération qu'un pont j e Lé ainsi subitement sur un grand fleuve. Je l'ai traversé ce matin avec le maréchal Ney, dans une barque, et nous avons été reconnaître la rive droile sur le chemin de Durlach! On n'a pas encore vu d'Autrichiens dans cet Eleclorat. Je t'ai déjà dit, je crois, que la petite armée de lîade doit faire partie de ma division; je suis très curieux de la voir. J'ignore si le jeune prince de Bade se réunira de sa personne à nous, ou s'il fera commander ses troupes par un des généraux de l'Electeur.

Le beau temps nous avait abandonnés pendant quelques jours ; il revient heureusement. Notre entrée en Allemagne en sera plus agréable encore. Le maréchal Lannes doit être aujourd'hui a Rastadl... (i).

Les dispositions du passage du Rhin, pour le 6e corps, furent réglées par l'ordre sui-

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