BATAILLE DE HASLACH
Le terrain qui s'étend de la rivière de la Brenz à la ville d'Ulm est une succession de plateaux traversés par de faibles dépressions et dominant le cours du Danube ainsi que les plaines et les collines qui bordent la rive droite du fleuve. Ces sortes de terrasses, semées de bouquets de bois, se terminent au Sud par des pentes rapides qui s'inclinent vers le Danube, laissant entre elles et la rive gauche du fleuve, de larges espaces marécageux. La place d'Ulm, bâtie sur la rive gauche du Danube, est dominée au Nord par la hauteur importante du Michelsberg ; elle est traversée de l'Ouest à l'Est par la rivière de la Blau. Au-dessous de cette ville, on trouve, sur le fleuve, les ponts de Thalfingen, d'Elchingen, de Lcipheim, de Gunzburg et de Rcisensburg. — La route suivie par la division Dupont pour s'approcher d'Ulm, a une orientation générale du Nord-Est au Sud-Ouest; sortant d'IIerbrechtingen, sur la Brenz, elle passe à Hausen, coupe la Lonthal, affluent de la Brenz,
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passe à Neenstetten, puis à Albeek cl finalement à Haslach, d'où Ton aperçoit le Michelsberg distant de quatre kilomètres environ.
Arrivé à Albeek le soir du 17, le général Dupont était resté dans ses positions toute la journée du 18. Se sentant isolé et séparé du reste de l'armée par un grand fleuve, il avait redoublé de vigilance et envoyé en avant et sur ses flancs de nombreuses patrouilles. Ses reconnaissances n'avaient pas tardé à lui apprendre que l'ennemi avait rassemblé des forces très considérables en avant de la place d'Ulm, distante seulement de trois lieues de son camp d' Albeek. Il ne s'expliquait pas comment l'armée française avait passé tout entière, sauf sa division, sur la rive droite du Danube, laissant derrière elle la plus grande partie de l'armée autrichienne, qui pouvait couper ses communications et se retirer sur Vienne par la Franconie et la Bohème, en faisant sa jonction avec les Russes.
Son étonnement fut grand, en recevant du maréchal Ney, dans la matinée du 19 vendémiaire (1 1 octobre), l'ordre de marcher sur Ulm et de se munir d'écbelles et de madriers, en vue d'une prise d'assaut de la place, que le maréchal, induit en erreur par les communications du major général, supposait défendue seulement par une faible garnison. « Etonné de cet ordre, écrit le général Dupont, je vois que l'on ignore au quartier général la position véritable des ennemis, malgré mes rapports, et que la même erreur règne dans le quartier impérial. Loin d'être en pleine retraite, l'archiduc Ferdinand a réuni ses principales forces sur la rive gauche du Danube, devant Ulm, et ce prince est à leur tète. Napoléon, maître de la Bavière, n'a devant lui que des corps peu nombreux, séparés, et qui ont été défaits dans plusieurs combats sur les deux rives du fleuve. Pour exécuter l'ordre que j'ai reçu de me porter sur Ulm, il faut ainsi que je me fasse jour à travers une armée de 60 mille hommes. Quelle que soit l'impossibilité d'aborder celte place, et l'évidence de l'erreur qui a dicté l'ordre d'attaquer, je ne délibère point sur son exécution. Le premier devoir est d'agir, sauf à prendre ensuite le parti le plus convenable, selon les circonstances du moment, la force réelle et les dispositions de l'ennemi (1). »
Le général Dupont mit sa division en mouvement à 1 1 heures du matin ; le 9e léger ouvrait la marche; venaient ensuite le 32e et le 96'' de ligne. Le général savait, par ses reconnaissances, que les Autrichiens occupaient, sur sa gauche, le point important de Thalfmgen, et qu'ils s'étendaient également à sa droite, sur la route de Dornstadt. Un chirurgien allemand, amené dans la matinée à Albeek, et venant d'Ulm, lui avait certifié que le général Mack était dans cette place avec toule son armée, et que l'archiduc Ferdinand occupait les hauteurs du Michelsberg avec 25 mille hommes. Tous ces renseignements confirmèrent le général Dupont dans cette persuasion que l'ennemi s'attendait à une affaire sérieuse et avait pris ses dispositions en conséquence.
Au sortir du village de Haslach, on aperçut, en effet, les 25 mille hommes du prince Ferdinand, rangés en amphithéâtre sur les pentes du Michelsberg. Le général Dupont marchait en tète de la colonne, ayant auprès de lui le général Marchand, le colonel Barrois du 96", et le capitaine du génie Desclos. Il n'eut pas un instant d'hésitation; isolé sur ces grands plateaux, avec sa seule division, en face dune armée cinq fois supérieure en nombre,
(1) Mémoires inédits du général Dupont.