‹ Le général Dupont (volume 2)Chapitre 68 sur 97 · DIERNSTEIN · texte numérisé non relu

DIERNSTEIN

Comme l'ordre que vous avez reçu vous prescrivait de vous éclairera plusieurs lieues sur

votre gauche et surtout très eu avant de vous, afin que vous puissiez connaître la force de l'ennemi avant de vous engager, l'Empereur devait croire que vous ne vous seriez pas compromis avec des forces supérieures et que vous l'auriez fréquemment prévenu des mouvements de l'ennemi. Enfin, nous attendons de vos nouvelles; dans tous les cas, vous devez réunir vos divisions et si vous étiez forcé a vous reployer, vous le feriez sur le territoire de Linz, mais en nous donnant fréquemment de vos nouvelles. Ne sachant rien de ce qui s'est passé, je ne puis rien vous en dire de plus positif.

Le maréchal Bernadotte, avec son corps d'armée, est à Mœlk, où l'Empereur l'a fait rester, depuis qu'il a su que vous aviez eu un engagement. Le maréchal Soult avec une division est à Mautern. Je vous répète que l'Empereur attend avec impatience de vos nouvelles.

L'Empereur est à Saint-Pœlten.

Maréchal Berthier.

Les heures s'écoulaient sans apporter aucun renseignement sur la situation du maréchal Mortier, et Napoléon en arrivait à craindre qu'il ne fût tombé, avec une partie de ses troupes, aux mains des Russes. « Tout annonçait un désastre, dit le général de Ségur : l'Empereur n'en doutait plus. » Enfin, vers trois heures du soir, un aide de camp de Mortier arriva.

« La veille au matin, dit-il, le maréchal Mortier et le général Gazan avaient pousse l'ennemi depuis Diernstein jusqu'en vue de Krems ; ils lui avaient enlevé quinze cents hommes ; ils continuaient lorsque, soudainement repoussés, ils s'aperçurent qu'ils se heurtaient contre toute l'armée russe ! Il fallut alors reculer, un contre, quatre, pendant deux lieues ; ce qu'on fit en combattant, en bon ordre, et avec l'espoir de trouver un abri dans Diernstein. Mortier, vivement pressé, entrevoyait déjà les murs de cette ville ; il s'en réjouissait, quand tout à coup il voit en déboucher contre lui une autre armée russe et se trouve entre deux feux ! En cet instant ses soldats s'écoulaient dans un défilé, que forment à droite les monts de Bohème et à gauche le Danube. Ils y sont refoulés les uns sur les autres ; vingt mille Busses les poussent en tête ; quinze autres mille Russes les repoussent en queue. Vainement le maréchal, sans s'étonner, leur fait face des deux parts; il s'efforce, d'une main, de contenir Kutusow et, de l'autre, de s'ouvrir un passage dans Diernstein ; mais les deux corps ennemis, qui s'aperçoivent au travers de nous, criant de joie, se précipitent ; et, se rapprochant, ils resserrent, ils écrasent de plus en plus, entre leur double masse, notre faible troupe.

« Enfin, après quatre heures d'une résistance désespérée, notre cavalerie succombe, nos feux s'épuisent ; nos baïonnettes, à force de frapper, ployent et s'érnoussent ; la nuit qui s'épaissit, au lieu de séparer les combattants, augmente la mêlée : elle devient horrible ; plusieurs fois Mortier lui-même, dont la taille dépassait toutes les autres et, dans cette obscurité, appelait les coups, a été forcé de repousser du pied et d'abattre de son sabre les plus acharnés ! Tout espoir enfin a semblé perdu ; on l'a entouré, on l'a pressé de profiter de la nuit et d'une barque pour s'échapper, le suppliant de dérober du moins à l'orgueil russe le trophée d'un maréchal français prisonnier ! Mais lui, tout au contraire, a répondu : « Qu'il partagerait, quel qu'il dût cire, le sort des braves qui l'entouraient ; que Dupont et sa division devaient s'approcher ; qu'il fallait tenter un suprême effort ! » Aussitôt, ralliant, resserrant ses restes, des deux seuls canons qu'il a conservés, il en

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oppose un vers Krems à KutusoM : l'autre, que Fabvier (i) dirige, il le fait tourner vers Diernstein, le place en tète de colonne et, tous les tambours étant brisés, c'est sur des bidons de fer qu'il fait battre la charge !

« Au même instant Scbmidt, colonel autrichien, qui guidait le corps russe maître de Diernstein, s'en élançait pour achever, d'un dernier coup, la destruction de notre colonne. Mais Fabvier bavait entendu : caché dans l'ombre il le laisse approcher ; et soudainement, déchargeant sa pièce à bout portant sur la tête de celle attaque, il la renverse, il en tue le chef, et, dans celte trouée sanglante, Mortier et Gazan se précipitant achèvent de tout culbuter devant eux. Diernstein de cet élan a élé repris. Les Russes de Scbmidt sont retombés dans le val de la Krems, par où ils étaient venus furtivement; ils fuyent, et Mortier ravi mais étonné de ce succès en doute encore !

« Cependant, de l'autre côté de Diernstein, un bruit d'armes et de pas nombreux se faisait entendre ; et, le désespoir au cœur, on se préparait à un nouveau choc, lorsque, au cri de Qui vive ? Celui de France ! répondit. C'était Dupont et sa division accourant au secours du maréchal ! Alors, des transports de joie et des cris de Vivent nos sauveurs ! ont enfin succédé à tant d'alarmes.

« Ainsi Diernstein, prison renommée du Roi anglais Richard Cœur-de-Lion, devenait par des cœurs français aussi dignes de ce surnom mais plus heureux, doublement célèbre ! . . .

« L'aide de camp n'eut garde d'ajouter que, avec nos pertes, cinq canons et trois aigles manquaient à la division Gazan... (2). »

Ainsi, d'après l'aide de camp même du maréchal Mortier, les soldats de la division Gazan reconnaissaient que les soldats de Dupont avaient été leurs sauveurs. Rien ne saurait mieux définir le rôle du général Dupont a Di'unstein ; il y a effectivement, comme il l'écrit, sauvé un maréchal de France et toute sa troupe. Aussi ne peut-on se défendre d'une impression infiniment pénible, en constatant que, dans cette circonstance, comme après Pozzolo et après Haslach, Napoléon laissera dans l'ombre la part glorieuse prise à la victoire par le général Dupont, dont les Bulletins de la Grande Armée ne prononceront même pas le nom. Le 22° Bulletin s'exprime ainsi :

Saint-Pœlten, 22 brumaire an XH .

Le 20, à la pointe du jour, le maréchal Mortier, à la tête de six bataillons, s'est porté sur Stein. Il croyait y trouver une arrière-garde, mais toute l'armée russe y était encore, ses bagages n'ayant pas filé. Alors s'est engagé le combat de Dùrrenstein, à jamais mémorable dans les annales militaires. Depuis six heures du matin jusqu'à quatre heures de l'après-midi, ces 4 000 braves firent tête à l'armée russe et mirent en déroute tout ce qui leur fut opposé.

Maîtres du village de Loiben, ils croyaient la journée finie ; mais l'ennemi, irrité d'avoir perdu dix drapeaux, six pièces de canon, 900 hommes faits prisonniers et 2 000 hommes tués, avait dirige deux colonnes par des gorges difficiles pour tourner les Français. Aussitôt que le maréchal Mortier s'aperçut de cette manœuvre, il marcha droit aux troupes qui l'avaient tourné et se fit jour au travers des lignes de l'ennemi, dans l'instant même où le 9' régiment d'infanterie légère et le 32'' d'infanterie de ligne, ayant chargé un autre corps russe, avaient mis ce corps

(1) Celui qui depuis est devenu si célèbre en Grèce, (a) Mémoires du général comte de Ségur.

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en déroute après lui avoir pris deux drapeaux et 4oo hommes. Celle journée a été une journée de massacre...

De notre côté la perte a été considérable. -Le 4'' et le 9'' d'infanterie légère ont le plus souffert. Les colonels du 100" et du io3u ont été légèrement blessés. Le colonel Waltier, du 4'' régiment de dragons, a été tué...

Le 23e Bulletin, daté de Schonbrunn le i4 novembre, adresse des éloges au général Gazan, mais ne fait aucune mention du général Dupont et ne donne nullement la physionomie du combat. Il se borne à dire :

Au combat de Dùrrenstein, où 4 000 Français attaqués, dans la journée du 20, par 25 000 ou 3o 000 Russes, ont gardé leurs positions, tué à l'ennemi 3 000 à 4 000 hommes, enlevé des drapeaux et l'ait 1 3oo prisonniers, les 4'' et 9'' régiments d'infanterie légère et les 100e et 32'' régiments d'infanterie de ligne se sont couverts de gloire. Le général Gazan y a montré beaucoup de valeur et de conduite.

Les Russes, le lendemain du combat, ont évacué Krems et quitté le Danube en nous laissant 1 5oo de leurs prisonniers dans le plus absolu dénùment. On a trouvé dans leurs ambulances beaucoup d'hommes, qui avaient été blessés et qui étaient morts dans la nuit.

L'intention des Russes paraissait être d'attendre à Krems des renforts et de se maintenir sur le Danube.

Le combat de Diernstein a déconcerté leurs projets. Ils ont vu, par ce qu'avaient fait 4 000 Français, ce qui leur arriverait à forces égales.

Le maréchal Mortier s'est mis à leur poursuite ; pendant que d'autres corps d'armée passent le Danube sur le pont de Vienne pour les déborder par la droite, le corps de maréchal Bernadotle est en marche pour les déborder par la gauche...

Enfin par un Ordre du jour du i4 novembre, l'Empereur témoigne sa satisfaction aux corps qui ont combattu à Diirnstein.

Schœnbrûnn, a3 brumaire an XIV (i;i novembre i8o5).

Ordre du Jour.

L'Empereur témoigne sa satisfaction au 4e régiment d'infanterie légère, au ioo8 de ligne, au 9" d'infanterie légère, au 3ae de ligne pour l'intrépidité qu'ils ont montrée au combat de Diernstein, où leur fermeté à tenir la position qu'ils occupaient a obligé l'ennemi à quitter celle qu'il avait sur le Danube.

On doit observer, au sujet de ces Bulletins, que l'effectif de la division Gazan était de 6 000 hommes et non pas de 4 000, qu'à la fin de la journée, il s'y joignit environ 2 000 hommes de la division Dupont, et que si le maréchal Mortier parvint à se l'aire jour, ce fut grâce à l'attaque du général Dupont. Sans cette intervention, il eût fatalement succombé, en dépit de son énergie et de la vaillance de ses soldats. Ce n'était pas non plus parce que les troupes de Mortier avaient mis de la fermeté à tenir la position qu'elles occupaient, que l'ennemi s'était vu obligé à quitter celle qu'il avait sur le Danube. Loin de garder leur position, elles avaient dû se faire jour à travers les Russes et passer, quelques heures plus tard, sur la rive droite du Danube. — 11 convient aussi de remarquer que dans ses éloges aux troupes qui ont combattu à Diirnstein, l'Empereur ne l'ait pas mention du io3" de

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ligne et du Ix" de dragons, qui ont fait preuve de la plus grande bravoure. Le colonel Taupin protesta, cl le maréchal Mortier se fit l'interprète des réclamations de ses officiers, mais l'Empereur ne voulut rien entendre.

Le silence gardé par Napoléon sur la belle conduite du général Dupont et de ses offi ciers depuis le début de la campagne, avait causé dans la division un très vif mécontentement, et l'aide de camp Dupin en était l'écho lorscpie, de Vienne, le 3o brumaire, il écrivait à sa femme :

J'arrive à Vienne avec la division... Après m'ètre battu en bon soldat, avoir exposé ccnl fois ma vie pour le succès de nos armes, avoir vu périr à mes côtés mes plus chers amis, j'ai eu le chagrin de voir nos plus brillants exploits ignorés, défigurés, obscurcis par la valetaille militaire. Je m'entends et tu dois m'entendre et reconnaître les courtisans. Sans cesse à la tête des régiments de notre division, j'ai vu que le courage et l'intrépidité étaient des qualités inutiles, cl que la faveur seule distribuait ses lauriers. Enfin nous étions six mille il y a deux mois, nous ne sommes plus que trois mille aujourd'hui. Pour noire part, nous avons pris cinq drapeaux à l'ennemi, donl deux aux Russes, nous avons fait cinq mille prisonniers, tué deix mille hommes, pris quatre pièces de canon, le tout dans l'espace de six semaines, et nous vovons citer tous les jours dans les rapports des gens qui ri 'ont rien fait du tout, tandis que nos noms restent dans l'oubli. L'estime et l'affection de nos camarades me consolent.

A ces lignes de son père, George Sand ajoute, sur le général Dupont, les réflexions suivantes : « Il est certain que dans la campagne que nous venons d'esquisser, il se montra grand homme de guerre. On a vu que mon père le jugeait légèrement en temps de paix, mais sérieusement ailleurs. L'Empereur avait-il une méfiance, unepréxention secrète contre Dupont? 11 devait en être ainsi, ou bien Dupont aimait à jouer le rôle de mécontent. Il est bien certain que les plaintes de mon père dans la lettre qu'on vient de lire, sont inspirées par un sentiment collectif. Il n'était pas, quant à lui, un personnage assez important pour se croire l'objet d'une inimitié particulière. Je ne sais pas quels sont ces courtisans, cetle valetaille militaire contre laquelle mon père regimbe avec tant d'amertume. Comme il avait le caractère le plus bienveillant et le plus généreux qui se puisse rencontrer, il faut croire qu'il y avait dans ses plaintes quelque chose de fondé (i). »

Comme le dit très bien George Sand, Duponl était un grand homme de guerre, et il avait fait, pour l'aptitude au commandement en chef, des preuxres qui manquaient à la plupart des maréchaux d'Empire. Et jamais, de sa bouche ni de sa plume, même dans des lettres intimes, ne s'échappa un mot de mécontentement ; il obéissait à Ney, à Mortier, sans la moindre arrière-pensée, comme il obéit plus tard à Savary, simple colonel à Marengo, qui ne 'pouvait lui être comparé ni comme caractère, ni comme (aient. Il n'était cependant pas indifférent à l'obstination étrange que semblait mettre l'Empereur à voiler ses services :

« Tu m'apprends, écrivait-il le 23 frimaire, qu'on a tiré le canon à Paris pour l'affaire du 20 brumaire. Noire succès est bien digne de celle distinction et je n'en suis pas peu flatté. Je serais plus satisfait si cela n'avait pas été pour toi un sujet d'inquiétu-

(1) Histoire de ma vie, par George Sand.

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tics, ne nie \o\anl pas nommé dans le Bulletin de l'Armée ; il en eût coulé en effet si peu d'y insérer le nom de la Division victorieuse !... (i). »

Et le i>(i frimaire, il écrit encore :

« ... Quel aimable accueil tu as reçu au Luxembourg ! Ce sont des honneurs; c'est une distinction véritable, .le suis peut-être moins flatté des compliments que l'on m'a faits ici que de ceux qui l'ont été adressés. Puisque l'on sait si bien ce que nous avons fait, nous pouvons nous dispenser désormais de nous vanter nous-mêmes, et ce n'est pas un médiocre avantage, car l'air avantageux ne me convient guère et me déplaît encore davantage. Si les femmes se mêlent de distribuer les louanges militaires et de tresser des lauriers dans les salons de Paris, je ne sais plus où ira le goût des Français pour la gloire... »

La division Dupont avait occupé Darnstein pendant la nuit du 20 au 21 brumaire, cl la division Gazan, passant en seconde ligne, s'était établie à Weissenkirchen, la division Du Monceau restant à Spitz. Voulant éviter un nouvel engagement avec l'ennemi, dans une position désavantageuse et avec des troupes exténuées et très inférieures en nombre, le maréchal Mortier (it passer ses trois divisions sur la rive droite du Danube. Le passage eut lieu à Spitz ; il commença à quatre heures du matin et ne se termina qu'à minuit ; on se servit, pour cette opération, des bateaux qui avaient transporté l'artillerie. Quelques compagnies seulement restèrent sur la rive gauche. Le général Dupont établit son quartier général à Ober-Arnsdorf, en face de Spitz ; sa division bivouaqua dans les environs, sur les bords du fleuve. « Un officier du i'r régiment de hussards, envoyé près du général Koutouzof, pour lui remettre une lettre du colonel Bibikoff, son parent fait prisonnier, rapporte une dépêche du major général de l'armée russe, qui recommande à la générosité française 1 3oo blessés qu'ils abandonnent à Krems (2). »

Les Russes s'étant décidés à évacuer Stein et Krems et à se retirer en Moravie, le corps du maréchal Mortier repassa sur la rive gauche du Danube dans la journée du 22 brumaire. La division Dupont bivouaqua à Spitz, à l'exception du 90 léger qui se porta au delà de Stein ; elle forma l'avant garde du corps d'armée.

Par ordre de l'Empereur, le Major Général invita le maréchal Mortier, le 23 brumaire, à envoyer tous les Bataves à Saint-Pollen. « Vous lui direz aussi, écrivait l'Empereur, que, comme les divisions Gazan et Dupont ont beaucoup souffert, mon intention est, du moment où elles ne seront plus nécessaires à la poursuite des Russes et à la présente opération, de leur donner du repos et des quartiers d'hiver où elles puissent se remettre. »

La division Dupont se porte, le 23, sur Krems ; « elle repasse sur son champ de bataille du 20, écrit le chef d'escadron Morin ; il était jonché de cadavres. Sur vingt morts, à peine comptait-on un Français. Nous campons en avant de Krems. » — Le 2/1, elle bivouaque en avant d'Hadersdorf, sur le Kamp, et y séjourne le 25 (16 novembre), pour

(1) Lettre à M""' Dupont.

(2) Journal des Opérations militaires de la division Dupont.

LE Gl.m'.UAI. Dll'O.NT. Ut

laisser passer le corps de Bernadotte, marchant sur llollabrunn ; les divisions Gazan et Du Monceau appuient son mouvement. — Elle est à Ober-IIollabrunn le 26, et le lendemain, 18 novembre, elle reçoit l'ordre de se rendre à Vienne, pour y tenir garnison, l'Empereur ayant décidé que les divisions du maréchal Mortier ne seraient plus, pour le moment, employées activement. Le maréchal en fut averti par l'Ordre suivant :

Znaym, 27 brumaire an XIV.

Monsieur le Maréchal Mortier donnera l'ordre à la division Dupont et à celle du général Gazan de se rendre à Vienne. L'une et l'autre de ces deux divisions seront casernées et uniquement destinées au service de la place, à la garde des ponts et de tous les établissements publics.

Vous ordonnerez à la division batave de se rendre à Kxems, où elle se cantonnera entre Krems, Mautern, Slein et Mœlk ; elle y séjournera jusqu'à nouvel ordre.

Signé : Maréchal Berthier.

Les divisions Dupont et Gazan couchèrent, le 27, à Stockcrau. Elles entrèrent, le lendemain, 19 novembre, dans la capitale de l'Autriche, et se rendirent directement aux casernes qui leur avaient été désignées. « La division entre dans Vienne par la porte de Moravie, écrit l'aide de camp Morin. En donnant cet ordre, l'Empereur dit : Il est temps que cette brave Division se repose. »

Le général Du Monceau avait établi son quartier général à Krems, et cantonné sa division dans cette ville et à Stein, Melk ayant un trop grand nombre de troupes pour recevoir des détachements bataves. Le 1" frimaire (22 novembre), il reçut l'ordre de se rendre à Neustadt, pour rester sous les ordres du général Marmont ; l'ordre est ainsi conçu :

Briinn, Ier frimaire an XIV.

Le Major Général au Général Du Monceau. Il est ordonné au général Du Monceau de rassembler toute la division batave à ses ordres et de partir de la position qu'il occupe sur le Danube à Mœlk, Krems, etc., pour se rendre à Xeustadt où, aussitôt son arrivée, il se mettra en communication avec le général Marmont sous les ordres duquel il restera.

Le général Du Monceau est maître de régler sa marche ; mais par le retour de l'officier porteur de cet ordre, il me fera connaître son itinéraire et le lieu où il couchera chaque jour jusqu'à son arrivée à Neustadt, où il doit se rendre le plus promptement possible.

Le général Du Monceau aura soin d'envoyer à l'avance son itinéraire au général Marmont.

Le Major Général,

Mal Berthier.

Le maréchal Mortier transmit cet ordre au général Du Monceau par la lettre suivante : (1).

Je joins ici, M. le Général, une lettre que vient de m' adresser le Ministre de la guerre. Je vous prie de vouloir bien remettre à mon aide de camp qui en est porteur, l'itinéraire de votre

(1) Arcldves Du Monceau.

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marche cl le nom de l'endroit où vous coucherez chaque jour, pour que je puisse le transmettre au Ministre, ainsi qu'il m'en a donné l'ordre.

Je regrette, Monsieur le général, que mes relations avec vous n'aient pas été de plus longue durée ; recevez, je vous prie, l'assurance de mes sentiments distingués.

Signé : Ed. Mortier (i) .

À peine arrivée à Neustadt, la division batave fut appelée à Vienne pour en renforcer la garnison; elle y entra le 10 frimaire (icr décembre), et prit aussitôt le service des avant-postes, que la nouvelle de la victoire d'Austerlitz supprima bientôt.

Le corps d'armée réuni sous les ordres du maréchal Mortier, cessa d'exister le 26 frimaire (i 6 décembre 1800). Le maréchal prit le commandement du 5,: corps, en remplacement du maréchal Lannes, parti pour Paris. — Le 27 frimaire (18 décembre), la division batave reçut l'ordre de retourner à Neustadt, et, le 6 nivôse (27 décembre i8o5), il lui fut prescrit, parle Major Général, de se rendre en Hollande par journées d'étapes, en passant par Ingolstadt et Mayence.

L'Empereur reçut, le i5 décembre, les généraux, colonels et officiers supérieurs delà division Dupont. Le 19 du même mois, il passa la revue des divisions Dupont et Gazan et témoigna, par un Ordre du jour, sa satisfaction pour leur bonne tenue. Le Journal de Paris, du f\ janvier 1806, publia, au sujet de cette revue, l'article ci-après, daté de Schônbrunn :

S. M. l'Empereur des Français passa hier en revue la division Dupont. Après avoir parcouru au galop le front de la ligne qui s'était formée en face du château de Schœnbrùnn, S. M. mit pied à terre, entra dans les rangs de la division et témoigna aux divers corps qui la composent sa satisfaction sur la manière dont ils s'étaient conduits dans cette campagne, et particulièrement aux affaires d'Haslach et de Dirnstein. On sait qu'à Ilaslach, près d'Ulm, la division du général Dupont, forte seulement de 5 000 hommes, combattit pendant sept heures contre trente bataillons et douze escadrons autrichiens, commandés par les généraux Mack, Werneck et Rlenau, qu'elle resta maîtresse du champ de bataille, après avoir pris 4 000 hommes, k pièces de canon, et 5 drapeaux. À Dirnstein, cette même division terrassa un corps russe de 6 000 hommes cjui avait tourné le village pour couper le corps du maréchal Mortier, ce qui décida le succès de la journée. S. M. étant remontée à cheval, les troupes ont défilé devant elle en faisant retentir les airs des cris répétés de Vive l'Empereur ! Les généraux et les colonels ont eu l'honneur de dîner avec S. M.

(1) Le général Du Monceau remit à l'aide de camp du maréchal la lettre ci-après :

« Au quartier général à Krems, le 24 novembre i8o5. « Monsieur le Maréchal, « J'ai reçu les ordres de M. le Major général de l'armée, qui me prescrivent de me rendre avec ma division à Neustadt et de rentrer sous les ordres du général Marmont. J'ai l'honneur de vous envoyer l'itinéraire de la marche que suivra ma division qui partira d'ici demain 25 novembre.

« C'est à moi, Monsieur le Maréchal, à conserver des regrets de cesser sitôt de servir sous vos ordres et avant d'avoir eu l'occasion de vous donner une preuve du zèle et de la bonne volonté des troupes bataves. Mais quelque court qu'ait été le temps où nous avons été sous votre commandement, nous n'en conserverons pas moins une vive reconnaissance pour les bontés que vous avez bien voulu me témoigner. « J'ai l'honneur délie a\cc respect...

Signé : Du Monceau. »

(Papiers Trêvise. Cité par le capitaine Aloinbert.)

[\l \ LE GÉNÉRAL 1)1 PONT

Dans scs Mémoires, le général Dupont consacre à cette revue les lignes suivantes :

Détachée de l'armée, pour ainsi dire, ma division a\ait toujours agi séparément et loin de l'Empereur. Toutes les divisions avaient merveilleusement fait, mais la mienne avait plus combattu et recueilli, dans son isolement, une gloire distincte et en quelque sorte plus personnelle. 11 était donc temps que le chef suprême de l'armée la \ît et lui décernât les éloges qu'elle était en droit d'espérer. 11 la passa en revue près de Schœnbrûnn. Les premières paroles furent celles-ci : « Voilà donc les vainqueurs d'Haslach ! » Il ajouta beaucoup de choses flatteuses, et la satisfaction de la troupe fut complète, comme la sienne paraissait l'être. Le nom de Jlaslach doit être surtout remarqué ; il désigne rengagement victorieux d'une simple division contre une armée entière et il n'en est point qui doive être mieux consacré par l'histoire. Napoléon ne pouvait l'oublier dans cette revue solennelle ; les soldais ne l'auraient pas compris, s'il ne l'avait pas prononcé. C'est par erreur qu'il a appelé ce grand combat du nom d'Albeck ; elle a été causée par la rapidité des opérations ; elle nuirait à la gloire de nos troupes et ne peut subsister: rien ne doit prévaloir contre la vérité historique.

La paix ayant été conclue à Presbourg, le 25 décembre i8o5, les troupes françaises évacuèrent immédiatement l'Autriche.

Le général Dupont eut, le 7 nivôse (28 décembre i8oô), Tordre départir le lendemain avec sa division, pour se rendre à petites journées à Munich, où il recevrait de nouvelles instructions. Il écrivit aux généraux Rouyer et Marchand ce qui suit :

Vienne, 7 nivôse an XIV.

La division se réunira demain, à dix heures du matin, sur le terrain où elle a passé la revue de l'Empereur, sur l'esplanade en face du palais, et partira de suite pour se rendre à Burkersdorf.

Les régiments marcheront dans leur ordre de bataille, le Ier régiment de hussards en tète. L'artillerie suivra le 96° régiment, qui fournira 20 hommes de garde et un officier.

Le pain et la viande seront pris avant de partir jusqu'au 10 inclusivement.

Signé : Dupont.

Au moment de quitter Vienne, le général écrivait : « C'est moi, ma chère amie, qui ouvre la joyeuse marche ; c'est ma Division qui part la première pour rentrer en France ; elle se met en route aujourd'hui. J'espérais, mais vainement, que je pourrais prendre la poste ; nous marchons en ordre de guerre, et il faut que je sois à la tête de ma troupe... Toute l'armée se rendra à Paris. L'Empereur veut lui donner une grande fête au mois de mai... »

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