‹ Le général Dupont (volume 2)Chapitre 69 sur 97 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le général Dupont quitta Vienne avec sa division, le 29 décembre i8o5, se dirigeant sur Munich. Il était à Saint-Pôlten le Ier janvier, et séjourna successivement à Linz où il occupa l'appartement même qu'avait habité Napoléon deux mois auparavant, à Braunau, à Landshut, pour faire son entrée dans la capitale de la Bavière, le 17 janvier 1806. Il y fut reçu avec la plus grande distinction par le Roi et par le prince Eugène, qui l'entretinrent longuement des succès de sa division. Les deux lettres suivantes font part de ses impressions sur cet accueil si flatteur.

Munich, le 17 janvier.

Me voilà enfin à Munich, ma clière amie, après vingt jours de marche, je ne devais y arriver que demain, d'après mon premier itinéraire ; j'ai hâté mon arrivée dans l'espoir d'y trouver encore l'Empereur. Je l'y ai en effet trouvé, mais il sortait par une porte lorsque ma division entrait par une autre... Je verrai demain matin le Prince Eugène. Je voulais, en arrivant, lui rendre visite avec mon état-major, mais il m'a fait dire de l'aller voir seul. L'Empereur se rend directement à Paris....

Munich, le 18 janvier.

...J'ai vu ce matin le Prince Eugène, dont j'ai été très bien reçu. J'avais fait demander au Roi le moment où je pourrais me présenter, et il m'a fait inviter à dîner pour réponse. On dîne à la Cour à deux heures après midi. Le roi de Bavière est plein d'affabilité ; il m'a présenté à la Reine et au Prince Royal. Les succès de ma division ont fait vingt fois le sujet de la conversation. Le Prince Eugène est ensuite revenu a\ec moi plus particulièrement sur cet objet, et à propos de récompenses et de distinctions il m'a dit des choses trop incertaines pour t'en parler ; et c'est bien l'occasion de citer le mot fort plaisant du Maréchal Berthier qui me disait, la dernière fois que je l'ai vu : « Il est beau de mériter et de ne pas obtenir. » — « Ne serait-il pas aussi beau, ai-je répondu, de mériter et d'obtenir? » — Il a ajouté ensuite : « Je donnerais bien ma campagne pour la vôtre (1). »

(1) Lettres à Afme Dupont.

A Munich, le général reçut de l'Empereur l'ordre de partir immédiatement pour Augsbourg. La lettre est ainsi conçue :

Monsieur le général Dupont, vous devez avoir reçu les ordres du major général pour continuer votre route sur Augsbourg. Si vous ne les avez pas reçus, mon intention est que vous partiez le 21 pour vous rendre dans cette ville où vous recevrez les ordres du major général sur votre destination ultérieure.

Napoléon.

Stuttgart], le 19 janvier 1806(1).

Il se mit en route le 22 janvier. « Je suis dans les détails du départ, écrit-il, le 21 ; ... Je t'écrirai à Augsbourg après-demain... Le colonel Meunier est commandant de la Légion d'honneur, ainsi que tous mes autres colonels ; mes deux généraux de brigade sont nommés généraux de division. J'ai beaucoup insisté en leur faveur et cela a réussi... » — Et le 22, il annonce son départ : « ... Je pars à l'instant. J'ai reçu hier soir un courrier de l'Empereur et un ordre de départ. J'avais déjà reçu celui du Ministre. L'Empereur était à Stuttgard. Il doit être aujourd'hui à Carlsruhe et dans deux jours à Strasbourg. Je me rends à Fribourg ; je toucherai à la France, mais quel éloignement encore !... J'ai été hier soir prendre congé du Roi. Son affabilité est toujours égale... Il fait un temps assez triste, pluie et vent, il n'embellira pas la Forêt-Noire que nous allons traverser dans quelques jours... (2). »

Le général Dupont arriva à Augsbourg le 23 janvier. Il y reçut, le 25, une lettre de Napoléon lui prescrivant de se rendre dans le pays de Darmstadt, pour y cantonner. Cette lettre est conçue en ces termes :

Au Général Dupont à Augsbourg.

Strasbourg, 24 janvier 1806.

Partez aussitôt que possible avec votre division, et rendez-vous dans le pays de Darmstadt, où vous cantonnerez. Marchez en marche de guerre, avec votre artillerie et tout ce qui vous est nécessaire pour faire campagne. Vous ne ferez point partie du corps du maréchal Augereau, mais vous serez sous ses ordres, excepté pour les mouvements militaires, et vous attendrez là un ordre ultérieur. Ne fatiguez point vos troupes par des marches forcées, mais ne vous arrêtez point que vous ne soyez arrivé, et prenez le chemin le plus court.

Napoléon .

Le général ignorait encore en quoi consistait sa mission et quelle était sa destination définitive. « Mon cousin, écrivait l'Empereur au maréchal Lefebvre, le i!\ janvier, la division Dupont, composée du 9e d'infanterie légère, des 32e et 96e de ligne, va se rendre à Darmstadt... Tenez secrète le plus possible la marche du général Dupont sur Darmstadt. »

La division, évitant la Forêt-Noire, fit donc un crochet sur Stuttgart, Heilbronnet Heidelberg, qu'elle atteignit le 5 février.

(1) Archives Dupont.

(2) Lettre à Mme Dupont.

« Je vais prendre des cantonnements dans le pays de Darmstadt, écrit-il de Heidelberg ; ainsi, il n'esl point question du Hanovre. Il est vraisemblable que nous rentrerons sous peu en France et que nous sommes là pour attendre que l'armée, dont nous avons précédé le mouvement, soit arrivée sur le Rbin... (1). »

Le 10 février, un aide de camp du ministre Dejean apporta un ordre de l'Empereur prescrivant de se rendre à Francfort. La division entra dans cette ville le 17 février. Le maréchal Vugereau vint y établir son quartier général. — Le général Dupont y reçut la lettre suivante du colonel Rouvillois, lui rendant compte que le ior régiment de hussards était de nouveau réuni à sa division :

A Braunau, le 17 février 1806(2).

Rouvillois, colonel du 1" régiment de hussards, Officier de la Légion d'honneur, à Monsieur le Général de Division Dupont. Mon Général,

Le i3 février à deux heures du matin, j'ai reçu à Tillisbourg, où j'étais arrivé la veille après avoir fait dix lieues, l'ordre du ministre de la guerre pour me réunir à votre division. A cet ordre était joint l'itinéraire de la roule que je dois tenir jusqu'à Darmstadt, où j'arriverai le 10 mars. Je ne sais d'où peut provenir le retard qu'on a apporté à remplir les intentions de Sa Majesté. Le fait est que je serai un mois entier avant de vous avoir rejoint.

Vujourd'huy seulement j'ai reçu à mon passage par Braunau votre lettre du 27 janvier. J'ai fait part aux officiers et hussards que nous nous réunissions à vous ; tous ont partagé la satisfaction de leur chef: tout ce que nous aurions le plus à regretter ce serait de ne point arriver assez à temps pour entrer en lice avec les braves de votre division.

J'écris par le même courrier au dépôt de mon régiment pour qu'on tienne prêts les hommes et les chevaux disponibles. Je crains qu'il y en ait peu en raison de ce que M. le maréchal Lcfèvre a déjà 5o hommes montés avec lui.

Le capitaine Dupin a la fièvre ; je l'ai laissé à deux marches derrière moi ; j'espère qu'il rejoindra ces jours-ci.

Mon régiment a, depuis votre départ de Vienne, éprouvé toutes les contrariétés possibles. Exténué de fatigue d'avoir fait pendant six semaines le dégoûtant service de la correspondance, on l'a mis sous les ordres du général Milhaud où il a resté 48 heures, ensuite sous ceux du général Margaron, puis avec le général Milhaud, le général St-IIilaire et le général Legrand ; aussi ai-je perdu beaucoup de chevaux et laissé des hommes aux hôpitaux ; heureusement que je n'aurai plus d'ordres à recevoir que de vous.

Je verrai avec bien du plaisir le moment qui me rapprochera de la possibilité de vous réitérer l'assurance des sentiments respectueux avec lesquels j'ai l'honneur d'être.

Mon Général, Votre très humble et très obéissant serviteur. Signé : Rouvillois.

A Monsieur le général Dupont à Darmstadt, ou partout où il sera.

Après un séjour de près d'un mois à Francfort, le général Dupont eut ordre de se mettre en route pour Dusseldorf. « Voici du nouveau, chère amie, écrit-il le 1 1 mars ; je

(1) Lettre à Mme Dupont.

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