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reçois l'ordre de nie rendre à Dûsseldorf. Je comptais bien ne quitter Francfort que pour rentrer en France et me rendre à Paris, mais un courrier qui arrive à l'instant me fait prendre une autre route. Je serai à Dûsseldorf le 25 de ce mois. Je dois là recevoir de nouveaux ordres, et l'Empereur dit qu'il m'y enverra un de ses aides de camp. L'arrangement avec la Prusse étant terminé, d'après ce que vient de me dire M. de Luchesini qui retourne à Paris, il est probable que ma marche n'a pour objet que d'occuper le territoire qui est détaché de la Prusse et particulièrement la ville de Wesel... Je ne partirai d'ici que le 17, de ma personne... »

Le 1/1 mars, nouvelles dispositions : « Je t'ai annoncé, ma chère amie, le départ de ma division, mais il se trouve encore accéléré par de nom eaux ordres que je viens de recevoir. J'ai reçu une lettre de l'Empereur qui me fait passer sous les ordres du prince Murât, et une lettre de ce prince qui m'annonce son arrivée à Cologne, où je dois me rendre. Je pars à l'instant. On croit fort que la rive droite du Rhin va prendre une nouvelle forme politique et que le prince Murât jouera un grand rôle dans ce changement. Il m'écrit des choses fort obligeantes... »

Arrivé à Cologne le 19 mars, le général Dupont vit le prince Murât, qui lui fit le plus gracieux accueil, et lui apprit son élévation à la souveraineté du Grand-Duché de Berg et de Clèves ; le général était chargé de prendre toutes les mesures nécessaires pour éloigner le souverain dépossédé et préparer l'entrée solennelle du prince dans la capitale de ses États. Il partit immédiatement pour Dûsseldorf, laissant Murât à Cologne. « Dûsseldorf voit entrer ma division dans ses murs avec un vif étonnement, écrit le général Dupont ; elle était alors la résidence du prince Pie, beau-frère du roi de Bavière. Tout contribuait à donner un air extraordinaire à notre appareil guerrier, au milieu d'une si profonde paix et loin de tout ennemi ; mais la surprise du peuple égale à peine celle des autorités. Le comte de Hompech, neveu d'un grand maître de Malte, dirigeait cette régence ; il apprend de moi la paisible conquête dont je suis chargé et il est quelque temps à se remettre de cette brusque nouvelle. Je me rends alors chez le Prince, qui n'était pas plus instruit que lui de ma mission, et ce fut un moment bien pénible que celui où je la lui annonçai, et j'en partageai véritablement l'amertume.

« Comment, Monsieur, me dit ce prince, déjà âgé et très respectable, vous venez me chasser de chez moi avec ma famille ! Où voulez-vous que je me retire ? Je n'ai pas un asile. Je suis le beau-frère du Roi (de Bavière) et il ne m'a rien fait savoir, il n'a pris aucune mesure pour que je puisse être abrité quelque part, et vous exigez que je quitte sur-le-champ mon unique foyer ! » — Des plaintes si justes, une douleur si touchante ne m'offraient aucune réponse satisfaisante à leur opposer. Je disais qu'une notification lui serait sûrement faite et qu'il recevrait un ample dédommagement du sacrifice que les circonstances exigeaient, mais il répétait tristement : « il faut que je parte et je ne sais où aller. » Je reconnus alors la nécessité de donner à ce prince quelques jours de délai pour sa sortie de Dûsseldorf. M. de Hompech fit préparer à la hâte un appartement dans un château délabré du voisinage, pour le recueillir, et nous nous occupâmes, dans cet intervalle de temps, à remplir toutes les dispositions que demandait la prise de possession. Le prince Mural devait trop alors aux faveurs de la fortune et il avait le cœur trop généreux pour ne pas acquiescer aux observations que je lui adressai à ce sujet. L'on sait que ?sapo-

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léon a fait, depuis, épouser la fille du prince Pie de Bavière au maréchal Bertliicr (i). »

Murât fit son entrée dans Diisseldorf, le 25 mars. « Je vais monter à cheval, écrit le général Dupont. C'est dans une heure que le nouveau duc de Clèves et Berg l'ait son entrée solennelle. Le cérémonial roule sur moi. Mes fonctions de commissaire finiront là... » Et le lendemain : « L'entrée du prince a été hier très brillante. Il y a encore une cérémonie aujourd'hui pour la prestation du serment (2). » — « L'apparition souveraine du nouveau Grand-Duc fut ainsi entourée d'un cérémonial convenable, d'une affluence joyeuse, et les cris de Vive Joachim ! articulés sur vingt tons différents, grâce au mélange des deux langues française et allemande, ne manquèrent pas à cette solennité. La présence de ma division et sa belle tenue, relevée par ses beaux faits d'armes, ne contribuèrent pas faiblement à l'éclat de la fête ; la gloire d'Ulm et d'Austerlitz semblait planer sur elle, et la ville de Diisseldorf pouvait croire en ce moment qu'elle fixait tous les regards sur les vastes bords du Rhin. Parmi les marques d'honneur offertes au Prince, les vins ne pouvaient pas être oubliés, dans une ville allemande. Ils lui sont présentés avec profusion dans sa voiture, où je me trouvais avec lui, mais il ne s'empressait pas d'accepter le verre des mains de l'échevin, et il me dit tout bas : « Faut-il donc que je boive ? J'en ai peu d'envie. » — « Certainement, il faut boire ; ce bon peuple ne vous croirait pas son Grand- Duc, sans cela. » Je prends alors un verre et je lui donne l'exemple, qu'il suit aussitôt. Sa grâce chevaleresque et ses paroles achèvent de flatter le peuple, et l'ovation se termine avec joie et dignité. Tel fut le premier degré de sa puissance politique. Heureux dans les combats, le sera-t-il sur le tronc (3) ? »

Henri Heine a fait, de l'entrée des soldats de Dupont à Diisseldorf, et du changement de gouvernement, un saisissant tableau. Ecoulons le grand poète :

« Dans ce temps-là, les princes n'étaient pas des personnages tourmentés comme ils le sont aujourd'hui. La Couronne leur poussait sur la tète, et y tenait fermement. La nuit, ils mettaient un bonnet de coton par-dessus et dormaient tranquillement , et tranquillement à leurs pieds dormaient les peuples ; et quand ceux-ci se réveillaient le matin, ils disaient : — Bonjour ! père. Et les princes répondaient: — Bonjour ! chers enfants.

« Mais tout à coup les choses changèrent. Un matin, à Diisseldorf, lorsque nous nous réveillâmes, et que nous voulûmes dire : — Bonjour, père ! le père était parti, et dans toute la ville régnait une sourde stupéfaction. Tout le monde avait une mine funèbre, et les gens s'en allaient silencieusement sur le marché, et y lisaient un long papier, affiebé sur la porte de la maison de ville. Le temps était sombre, et cependant le mince tailleur Kilian portait sa veste de nankin qu'on ne lui voyait jamais qu'au logis, et ses bas de laine bleue tombaient sur ses talons, de manière à laisser passer tristement ses petites jambes nues ; et ses lèvres minces tremblaient, tandis qu'il lisait le papier affiché sur celte porte. Ln vieil invalide du Palatinat lisait à peu près à haute voix, et, à chaque mot, une larme bien claire découlait sur sa blanche et loyale moustache. J'étais près de lui et je pleurais avec lui, et je lui demandai pourquoi nous pleurions. Il rue répondit : — L'électeur

(1) Mémoires inédits du général Dupont.

(2) Lettres à M"'< Dupont.

(3) Mémoires inédits du général Dupont.

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remercie ses sujets de leur loyal attachement pour lui. Puis il continua de lire, et à ces mots : « il les dégage de leur serment de fidélité », il se mit à pleurer encore plus fort. C'est une chose inexprimable, que de voir ainsi pleurer si fort tout à coup un vieil homme, avec un uniforme passé et un visage de soldat couvert de cicatrices. Pendant que nous lisions, on enleva l'écusson électoral qui décorait l'hôtel de ville. Tout prit un aspect inquiétant et désolé : on eût dit qu'on s'attendait aune éclipse. MM. les Conseillers municipaux se promenaient lentement avec des figures dégommées ; même le tout-puissant commissaire de police semblait n'avoir rien à interdire, et regardait tout avec une indifférence pacifique, quoique le fou Aloïsius dansât, selon son habitude, sur sajambe droite en faisant des grimaces et psalmodiant les noms des généraux français. Pendant ce temps, l'ivrogne Gumpertz se vautrait dans le ruisseau et chantait : « Malborough s'en va-t-en guerre. »

« Pour moi, je m'en allai à la maison, où je me mis à pleurer en disant : L'électeur nous remercie. Ma mère chercha tendrement à me calmer, moi je savais ce que je savais, je ne me laissai pas persuader ; j'allai me coucher en pleurant, et dans la nuit je rêvai que le monde allait finir. Les beaux jardins de fleurs et les prairies vertes étaient enlevés de la terre et roulés comme des tapis ; le commissaire de police était monté sur une haute échelle, et décrochait le soleil comme un réverbère ; le tailleur Rilian était là tout proche et il se disait : — Il faut que j'aille à la maison et que je fasse une belle toilette, car je suis mort et on va m'enterrer aujourd'hui. Et le ciel devenait de plus en plus sombre, et quelques étoiles brillaient parcimonieusement, et encore tombèrent-elles sur la terre, comme des feuilles jaunies dans l'automne ; peu à peu tous les hommes disparaissaient ; moi, pauvre enfant, j'errais de côté et d'autre avec inquiétude. Je m'arrêtai enfin près d'une métairie, et je vis un homme qui remuait la terre avec une pelle, et auprès de lui une laide femme qui portait dans son tablier quelque chose de semblable à une tète d'homme coupée. C'était la lune ; elle la plaça avec soin dans la fosse ouverte, et derrière moi j'entendis le vieil invalide qui sanglotait et qui épelait ces mots : « L'électeur remercie ses sujets. »

« Lorsque je me réveillai, le soleil reparaissait comme d'ordinaire sur la fenêtre, dans la rue on entendait les tambours, et lorsque j'entrai dans la chambre de mon père pour lui donner le bonjour, je le trouvai en manteau à poudrer, et j'entendis son perruquier qui lui disait que ce matin même on devait prêter serment au nouveau grand-duc Joachim, dans la maison de ville ; que celui-ci était de la meilleure famille, qu'il avait épousé la sœur de l'empereur Napoléon ; qu'il avait vraiment bonne tournure avec ses belles boucles de cheveux noirs, qu'il ferait bientôt son entrée et plairait certainement à toutes les femmes. Pendant ce temps le tambour se faisait toujours entendre dans la rue; je sortis devant la porte de la maison, et je vis la marche des troupes françaises, ce joyeux peuple de la gloire qui traversa le monde en chantant et en faisant sonner sa musique, les visages graves et sereins des grenadiers, les bonnets d'ours, les cocardes tricolores, les baïonnettes étincelantes, les voltigeurs pleins de jovialité et de point d'honneur, et le grand et immense tambour-major tout brodé d'argent qui savait lancer sa canne à pomme dorée jusqu'au premier étage, et ses regards jusqu'au second aux jeunes filles qui regardaient par les croisées. Je me réjouis de voir que nous aurions des soldats logés à la maison (ce qui ne

réjouissait pas ma mère), et je courus à la place du Marché. Elle avait un aspect tout différent. Il semblait que l'univers eût été badigeonné à neuf. Un nouvel écusson était appendu à la maison de ville, le balcon était recouvert de draperies de velours brodé, des grenadiers français montaient la garde, messieurs les vieux conseillers avaient revêtu des visages réintégrés et leurs habits des dimanches ; ils se regardaient, à la française et se disaient : bonjour ! De toutes les fenêtres regardaient les dames ; des bourgeois curieux et des soldats bien luisants couvraient la place; et moi, ainsi que d'autres enfants, nous grimpâmes sur le grand cheval de l'électeur pour regarder à notre aise toute cette foule tumultueuse du marché. . .

« Le long Kurz nous dit qu'il n'y aurait pas d'école ce jour-là, à cause de la prestation de serment. Il nous fallut longtemps attendre que le serment parût. Enfin le balcon se remplit de messieurs bariolés, de drapeaux, de trompettes et M. le bourgmestre, dans son célèbre habit rouge, lut un discours qui s'allongeait comme un bonnet de coton tricoté dans lequel on jette une pierre... mais non pas la pierre philosophale. J'entendis les derniers mots : il dit distinctement qu'on voulait nous rendre heureux ; et, à ces mots, les trompettes sonnèrent, les drapeaux s'agitèrent, les tambours roulèrent, et les vivat retentirent de toutes parts. Et moi-même je criai vivat, tout en m'accrochant de toutes mes forces à la perruque du vieil électeur. Cette précaution était nécessaire, car la tête me tournait ; je croyais déjà voir tous ces gens marcher sur la tête parce que le monde s'était renversé, lorsque le vieil électeur me dit tout bas : — Tiens-toi ferme à la vieille perruque. Et ce ne fut qu'au bruit du canon qui résonnait sur le rempart que je revins à moi, et je descendis lentement du cheval électoral.

« En revenant à la maison, je revis le fou Aloïsius qui dansait sur une jambe en psalmodiant les noms des généraux français, et l'ivrogne Gumpertz courir les rues en hennissant : — « Marlborough s'en va-t-en guerre ! » Je dis à ma mère : — On veut nous rendre heureux, c'est pourquoi il n'y a pas d'école. »

Et quel portrait que celui du tambour Legrand !...

« Parbleu ! que ne dois-je pas au tambour français qui logea si longtemps chez mon père, par billet de logement, qui avait la mine d'un diable, et qui était bon comme un ange, et surtout qui tambourinait si bien !

« C'était une petite figure mobile, avec une noire et terrible moustache, sous laquelle s'avançaient fièrement deux grosses lèvres rouges, tandis que ses yeux de feu tiraillaient de tous côtés.

« Moi, petit enfant, je tenais à lui comme un grateron, et je l'aidais à rendre ses boutons luisants comme des miroirs, et à blanchir son gilet avec de la craie ; car M. Legrand voulait plaire. — Et je le suivais au corps de garde, à l'appel, à la parade... Ce n'était alors que joie et retentissement des armes... Les jours de fête sont passés.

« M. Legrand ne savait que des lambeaux d'allemand, seulement les expressions principales : — Du pain... Un baiser... Honneur... Mais il savait parfaitement se faire comprendre sur sa caisse. Ainsi, quand je ne savais pas ce que signifiait le mot liberté, il me tambourinait la Marseillaise , et je comprenais. Si j'ignorais la signification du mot égalité, il me jouait la marche : Ça ira, çà ira ! les aristocrates à la lanterne ! et je comprenais. J'ignorais le mot sottise, il jouait la marche de Dessau, que nous autres Allemands, pen-

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dant la révolution, nous avons tambourinée en Champagne, et je comprenais. Il voulut un jour m'expliquer le mot Allemagne, et il joua cette simple et primitive mélodie que Ton joue, les jours de foire, devant des chiens dansants, et qui retentit ainsi : Dam, dam, dam ! (i) Je me fâchai ; mais je compris cependant (2). »

Le général Dupont partit de Dûsseldorf le 28 mars, chargé, par le prince Murât, d'une mission pour Paris.

Il séjourna dans sa famille pendant trois mois. Dans le courant de juillet, il reçut l'ordre de rejoindre sa division et se rendit à Cologne par Péronne et Bruxelles ; il était à Dûsseldorf le 23 juillet. « Le prince Mural me reçoit toujours très bien, écrit-il à cette date, et il m'a offert de loger chez lui ; il habile le joli château de Benrath, à deux lieues d'ici. La princesse doit arriver dans quelques jours... »

Les trois régiments de la division avaient été disséminés dans les États du Grand-Duc de Berg ; le 90 léger avait occupé le duché de Clèves, le 32e était allé à Liège, et le 96e était resté à Dûsseldorf. « J'ai été hier deux fois au château de Benrath, écrit le général Dupont le 27 juillet ; la première, pour chercher le prince, qui est venu voir la manœuvre du 96e régiment ; la seconde, pour dîner. Je n'ai pas profité de l'offre qu'il m'avait faite de loger chez lui, pour ne pas gêner les personnes de sa Cour. J'ai pris d'aujourd'hui un logement à Dûsseldorf, et j'ai quitté le triste séjour de l'auberge... On dit que les Prussiens se renforcent dans le comté de la Marck; cela nous touche et s'ils ont réellement 20000 hommes à Munster, nous pourrions bien aller demander compte de leurs intentions secrètes. — Le 32e régiment vient à Cologne. Bien de nouveau encore pour les autres régiments... » — Et le 29 juillet, il écrit encore : «... Nous sommes ici dans la même incertitude sur notre destination. Je t'ai dit que le 32e régiment venait de Liège à Cologne. Le prince Murât prend possession de ses nouveaux Etats ; il envoie ses commissaires, d'un côté jusqu'à Dillembourg, et de l'autre jusqu'à Bertheim. Bien de nouveau du côté des Prussiens. Le prince Berthier m'annonce des renforts pour mes régiments... »

Le 3i juillet, le général Dupont reçut des ordres pour réunir sa division à Cologne. Le prince Murât le prévint, de la part de l'Empereur, de tenir sa troupe prête à marcher. Il se rendit, le 3 août, à Cologne, où il devait établir son quartier général ; ses trois régiments occupèrent alors les villes de Coblentz, Bonn et Cologne. « J'ai donné hier spectacle à Cologne, écrit-il le 1 1 août ; il y a eu de grandes manœuvres à une demi-lieue de la ville, où la foule s'est portée. Le soir, il y a eu cercle en notre honneur chez le général Terigny qui commande ce département. » — La fête de l'Empereur fut célébrée le i5 août, à Cologne, avec un grand éclat ; les autorités se réunirent, à sept heures du matin, chez le général Dupont, de là, on se rendit à la cathédrale, et la journée tout entière fut consacrée à des réjouissances publiques.

Le Boi de Hollande passa, le 19 août, à Cologne, se rendant aux eaux d'Aix-la-Chapelle ; il fut reçu avec tous les honneurs militaires mais ne s'arrêta pas ; il conversa lon-

(1) Dumm, en allemand, signifie bête (Note de Henri Heine), (a) Reisebilder. Tableaux de voyage, par Henri Heine.

halle 333

gucincnt avec le général Dupont, à la portière de sa voiture. La Reine, venant de Mayence en yacht sur le Rhin, arriva à Cologne le 26 août, à deux heures, accompagnée de quatre de ses dames; elle traversa les régiments rangés en haie dans les rues, et assista à un bal donné en son honneur. « Les valses et les écossaises, qui ne finissaient pas dans cette salle immense, n'ont permis de danser que deux contredanses. Elle a dansé la première avec le prince Murât, moi avec M"1 Adèle. La seconde, l'honneur a été pour moi. Elle a bien voulu me dire que c'est en considération de celte belle division qu'elle a accepté le bal que la ville lui a offert (1). »

Les trois aides de camp du général Dupont, de Conchy, Morin et Dupin, l'avaient alors quitté, promus au grade supérieur. Le 28 juillet, il eut, sur sa demande, comme premier aide de camp, le capitaine de Warenghien, qui cessa ainsi de faire partie du corps du génie ; à la fin d'août, il reçut le capitaine Barbarin ; le troisième aide de camp lui son neveu, le lieutenant Yinceslas Dupont-Chaumonl.

Le 22 septembre, le général Dupont fut éveillé par un courrier extraordinaire du ministre Dejean, lui portant l'ordre de l'Empereur de se rendre à Mayence, et de là à ^ i'irzburg. La guerre avec la Prusse était devenue imminente, et l'Empereur songeait à grouper ses différents corps sur la rive droite du Rhin, dans la vallée supérieure du Main. Dès le 19 septembre, il avait prescrit des mouvements et des dispositions générales pour la Grande Armée. « Envoyez, écrit-il au général Dejean, l'ordre au général de division Dupont de partir sans délai avec tous ses régiments, infanterie, cavalerie et artillerie, et de se rendre à Mayence, d'où il partira le 28 pour se rendre à Wiïrzburg. En passant à Mayence, il complétera ses cartouches, son armement et ses objets d'artillerie. Il est nécessaire qu'il arrive à W urzburg le 2 octobre... »

Le général Dupont partit en poste pour Mayence, où il arriva le 26 septembre au soir, et y attendit ses troupes. Sa division n'appartenait à aucun corps d'armée. « J'ai vu, à mon arrivée ici, le prince Murât, écrit-il de Mayence, le 28 septembre ; toujours même accueil. Il doit demander ma division pour la réunir à son corps de cavalerie. On dit que l'Empereur arrivera ici demain, mais je ne le verrai pas, je serai à /Vschaffcnburg. Je vais partir pour coucher ce soir à Francfort. L'Impératrice est aussi attendue à Mayence et doit y faire séjour... Il parait que le maréchal Lanncs ne vient pas. Le prince Mural en parlait à l'Empereur et lui rappelait ses services ; — oui, mais il m'a quitté (2) — a-t-il répondu. — Voici une autre anecdote : Le maréchal Ney témoignait à l'Empereur sa surprise de ce que je n'avais pas été récompensé. — « Il faut attendre. » — « Mais c'est l'un de vos meilleurs généraux !» — « Je le sais, c'est le premier ». — Ce serait trop flatteur... (3) ».

A l'époque du 22 septembre 1806, la division Dupont a ses deux brigades comman-

(1) Lettre à Mmt Dupont.

{•>.) LTmipcreur faisait sans doute allusion au départ du maréchal Larmes pour Paris, après la bataille d Austerlitz, cl a\aut la conclusion de la paix, à la suite d'une brouille dont les motifs n'ont jamais été bien connus.

CS) Lettre à Mme Dupont.

(Ires par les généraux Rouyer cl Legendre. La situation de ses régiments présente les effectifs suivants :

9e léger (colonel Meunier). . . 3 bataillons <)4 officiers

32e de ligne (colonel Darricau).. a — 07 —

96e de ligne (colonel Barrois). . 2 — 07 —

Total. ... 7 bataillons 178 officiers 6535 hommes.

2 210 hommes présents 2 i4i —

Au moment où le général Dupont reçut Tordre de quitter Cologne pour se rendre à Wûrzburg, sa division occupait les emplacements ci-après : Ier de hussards, à Coblenlz ; oe d'infanterie légère, à Bonn; 32° et 96° de ligne, et artillerie, à Cologne. Ces corps se mirent en marche le i'6 septembre et firent la route jusqu'à Wûrzburg en dix jours, ainsi qu'il suit (1):

23 septembre 1806. — Départ.

24 septembre 180G. — Départ

25 septembre i8ou\

26 septembre 1806.

27 septembre 1806.

28 septembre 1806.

29 septembre 1806.

30 septembre 1806.

Ier octobre 1806.

du Ier régiment de hussards, de Coblenz pour Boppard.

du g1- d'infanterie légère, de Bonn à Andernach.

des 32e et 96° et de l'artillerie, de Cologne à Bonn.

du Ier de hussards, de Boppard à Bacharach.

du 9e d'infanterie légère, d'Andernaeh à Coblenz.

du 96e pour Sinzig.

du 32e et de l'artillerie pour Andernach. Le i01' régiment de hussards se rend de Bacharach à Bingen. Le 9'' d'infanterie légère à Bacharach.

Le i)01' de ligne à Coblenz.

Le 3a° de ligne, à Kapellcn, Bhens, Spay, Ober et Mcder-Spay. L'artillerie à Boppard.

Le Ier régiment de hussards arrive à Mayence. Le 9e d'infanterie légère à Bingen et en avant. Le 3a' à Bacharach et en avant.

Le 96^ à Saint-Goar.

L'artillerie à Bacharach.

Le Ier régiment de hussards séjourne à Mayence. Le 9'' et le 32e y arrivent avec l'artillerie. Le 96e reste en arrière dans les villages de Nicder-Ingelheim, Ober-Ingelheim,

Wackernheim, etc.

Le Ier régiment de hussards se rend à Oflenbach. Le 9'', le 32e et l'artillerie à Francfort. ( Le 96e à Hôchst et villages voisins.

Le icr de hussards, le ge, le 32e et l'artillerie à AschafTenburg. Le 96e' à Seligenstadt.

Le icr régiment de hussards à Trennfurt et villages voisins. Le 9e à Esselbach et villages voisins.

Le 321' à Bischbrunn et Steinmarck.

Le 96e à Bessenbach et villages voisins. L'artillerie bivouaque à Bohrbrunn.

Le Ier régiment de hussards à Hettstadt, etc. 1 Le 9e à Uttingen et villages voisins. Le 32e à Beimlingen et autres vil'-f Le 96e à Esselbach et villages voisins.

L'artillerie à Lengfurt à 2 lieues en arrière.

(1) Les détails que nous donnerons sur les mouvements de la division Dupont sont tirés en partie du Journal des Marches et Cantonnements de cette dhisinn pendant les campagnes de 1806 et 1807, que nous avons trouvé dans les papiers du général Dupont, mis à notre disposition par M. le comte Dupont, son petit-fils, et qui n'existe pas aux Archives de la guerre.

L'état-major général à \\ iirzburg.

Le Ie'' régiment de hussards à Thùngersheim. a octobre 1806. . . 1 Le 9e et l'artillerie à Veitshochheim. Le 32e à Versbach.

Le 96e, un bataillon à la citadelle de Wiirzburg et l'autre à Untcr-Dùrrbach. Le Ier régiment de hussards est détaché de la division. Séjour à Wûrzburg.

3 octobre 180G.

Dans cotte marche, les 32° et 96e régiments et l'artillerie divisionnaire, partis de Cologne, avaient franchi, en dix étapes, 80 lieues, sans un séjour. Nous verrons, dans la campagne de Pologne, la division Dupont entreprendre des trajets de 25 lieues, d'une seule traite, au cœur de l'hiver, par des chemins épouvantables ; et son chef pouvait dire, avec un légitime orgueil, que ses soldats marchaient aussi bien qu'ils se battaient.

Après la conclusion de la paix qui avait suivi la bataille d'Austerlitz, la Grande Armée avait évacué l'Autriche, mais la Garde seule était rentrée en France pour aller tenir garnison à Paris. Les troupes françaises avaient été réparties dans des cantonnements larges, en Bavière, en Wurtemberg et aux environs de Mayence.

En l'absence de Napoléon, le major général remplissait les fonctions de commandant en chef de l'armée. Elles se réduisaient à fort peu de chose, l'Empereur ne tolérant autour de lui, dans l'ordre militaire, aucune initiative. « Tenez-vous en strictement aux ordres que je vous donne, écrivait-il à Berthier le 1 1\ février 1806; exécutez ponctuellement vos instructions ; que tout le monde se tienne sur ses gardes et reste à son poste ; moi seul, je sais ce que je dois faire ». — « Une telle façon de comprendre le rôle du commandant en chef, par intérim, de la Grande Armée, ne fait pas honneur au caractère de Napoléon, dit le général Bonnal. Des conséquences fâcheuses en sont résultées, qui ont failli compromettre le succès des premières opérations de la campagne commencée en octobre (1). »

La Prusse ayant mobilisé son armée dans le courant du mois d'août et acheminé des détachements vers la frontière de l'Ouest, Napoléon songea, de son côté, à rapprocher ses troupes de la Saxe, afin d'être prêt à tout événement. Sa lettre du 19 septembre, au maréchal Berthier, arrêta les mouvements et dispositions générales pour la réunion de la Grande Armée, ainsi qu'il suit :

J'ai donné directement des ordres au roi de Hollande pour qu'il se trouve le 2 octobre avec son corps d'armée à Wesel.

Le maréchal Augereau se réunira à Francfort le 2 octobre, ayant des postes de cavalerie et une petite avant-garde à Giessen.

Le maréchal Lefebvre se réunira à Kônigshofen le 3 octobre. Ce mouvement s'exécutera plus tôt si l'ennemi était en force à Halle.

(1) La manœuvre d'Iéna. (Cours de stratégie et de tactique générale à l'École supérieure de guerre (1896l8(j(ij, par H. Bonnal, colonel d'infanterie.)

LE GENERAL 1)1 l'ovr

Le maréchal Da\out sera réuni à Bambcrg, avec luul son corps d'armée, au plus tard le 3 octobre.

Le maréchal Soult sera réuni à Bamberg (hormis le 3° de ligne qui reste à Braunau) et scia prêt à partir le k octobre avec tout son corps.

Le prince de Ponle-Corvo sera réuni à Nuremberg le 2 octobre. Il y sera réuni avant celte époque, si les dispositions des Prussiens paraissent être de faire (les mouvements hostiles.

Le maréchal Ney sera réuni à Anspach le a octobre. Les 6 divisions de cavalerie de la réserve se mettront en mouvement et seront arrivées en position le long du Main, depuis Kronacb jusqu'à Wurzburg, le 3 octobre. La grosse cavalerie sera du côté de Wurzburg.

Le 2 octobre, on prendra possession du château de \\ ûrzburg, qu'on armera ei approvisionnera. On prendra possession de Kônigshofen et du château de Kronacb. , et on le mettra en état de défense.

Le parc général se rendra à W ûrzburg, le petit quartier général à Bamberg, les gros bagages à Wurzburg ; tout cela en position le 3 octobre.

La gendarmerie de divers corps d'armée sera affaiblie, afin d'établir à une journée en arrière sur chaque grande route qu'on prendra, un détachement commandé par un ollicicr supérieur, pour arrêter les traînards et maraudeurs et empêcher le désordre.

Les troupes de Bade se réuniront à Mergentheim ; les troupes de Wurtemberg à Ellwangen. Les troupes de Bavière prendront la position qui a été indiquée dans le temps, entre l'Isar et l'Inn, et occuperont les forteresses de Passau et deKûfstein. Une division de G ooo hommes scia sous les ordres du prince de Ponle-Corvo et devra être rendue prèle à partir avec le corps d'armée, le 2 octobre. Les troupes de Darmstadt, au nombre de 7 000 hommes, se réuniront sous les ordres du maréchal Augereau.

Les précautions prescrites par la lettre impériale à l'égard des traînards el des maraudeurs, montrent que, même à l'époque de nos plus grands triomphes et dans la plus belle armée qu'ait jamais eue la France, la discipline était loin d'être parfaite.

En conséquence des instructions de l'Empereur, le major général ordonna aux six divisions de cavalerie de la réserve de se trouver, le 3 octobre, sur les points suivants :

i° division de cuirassiers (gal Nansouty), à Aschaffenburg ; 20 — (gal d'IIautpoul), à Windsheim ;

i° division de dragons (gaI Klein), à Aschaffenburg ;

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