HU.T.K
Lichtenfels. Un Ordre de la division, en date du 6 octobre, indique comment doivent marcher les corps qui la composent, savoir :
Bamberg.
La division marchera désormais dans l'ordre suivant :
Les différents corps suivront habituellement dans la marche leur ordre de bataille.
La i,e brigade sera suivie immédiatement par son artillerie composée de 2 pièces de 6 et un obusier.
La 2e aura k pièces de 6 qui marcheront immédiatement après le 32e avec leurs caissons de munitions et les hommes nécessaires pour les servir.
Le reste de l'artillerie formera la réserve et marchera après le 96e.
Tous les bagages, ainsi que les caissons de vivres, marcheront après la réserve d'artillerie.
Les charrettes chargées de pain appartenant aux différents régiments marcheront à leur suite ainsi que les voitures de vivandiers qui ne pourront pas excéder le nombre de 4 par régiment.
Les régiments marcheront sur 3 rangs afin de diminuer la longueur des colonnes.
La division partira demain à la pointe du jour pour Lichtenfels à 6 lieues de Bamberg.
Dupont.
M. Favery (1) se concertera avec le commissaire des guerres Cayrol pour assurer les vivres et le fourrage et procurer à la troupe des marmites et bidons.
Il se rendra auprès du maréchal Bcrnadottc pour le prévenir de l'arrivée de la division et le prier de pousser en avant les corps qu'elle doit remplacer.
Le quartier général du prince de Ponte-Corvo était à Kronach le 7 octobre ; le mouvement du Ier corps pour le 8, fut réglé ainsi qu'il suit :
MM. les généraux de division sont prévenus que d'après les ordres de l'Empereur, S. A. I. le grand-duc de Berg portera demain 8 sa cavalerie à Gràfenthal et Saalfeld sur sa gauche, en avant de Lobenstein et Ebersdorf au centre, et vers Hof à sa droite.
D'après les nouveaux ordres du major général, la division du général Drouet se portera demain en avant de Lobenstein. Il portera le 27e régiment d'infanterie légère en avant d'Ebcrsdorf. Il aura sous ses ordres le 2e régiment de hussards et prendra la meilleure position possible.
La division du général Rivaud dépassera la frontière du pays de Bamberg et se portera en avant de Lobenstein. Le reste de la cavalerie, commandée par le général Waticr, occupera les villages de Nordhalben et ceux à une lieue en avant sur la route de Lobenstein ; il se gardera dans ses cantonnements et communiquera avec les généraux Drouet et Rivaud.
La division du général Dupont suivra l'ordre de marche d'hier en tâchant de se serrer le plus près possible de Nordhalben afin d'être à même de suivre le mouvement des autres divisions le 9.
Le grand parc d'artillerie sera à Steinwiesen et le quartier général sera à Nordhalben.
Les équipages des divisions resteront parqués à Nordhalben jusqu'à ce que les généraux de division leur donnent des ordres de rejoindre.
Le général de division, chef de l'état-major général, Signé : L. Berthier.
La division Dupont quitta Lichtenfels le 8 octobre, à k heures du matin, pour se rendre à Trieb ; elle passa par la petite ville de Kronach, au bas du fortin de Rosemberg,
(1) Le capitaine Favery faisait fonction de chef d'etat-major de la division Dupont.
3/|/i LE GÉNÉRAL DUP0KT
que l'Empereur avait ordonné de mettre en étal de défense. Napoléon arriva à Kronach on même temps que la division et lui donna ordre de pousser sa marche jusqu'à Nordhalben, village à G lieues plus loin. Elle y arriva le soir cl y établît son premier bivouac. Le feu prit à un moulin dans le vallon de la Rodach, el l'on eul lieu de craindre quelque accident dans le village, dont les rues se trouvaient encombrées de voitures du grand quartier général.
Il est quatre heures du matin, écrit le général Dupont, je me lève et vais me rendre à Kronach où le maréchal Bernadotte m'attend... J'ai passé cette nuit chez un ancien ablté de Citeaui. Le contraste de la nuit prochaine sera assez piquant, car nous allons camper. Ce sera le premier bivac de ma division pendant cette campagne. L'état-major trouve toujours quelque renne ou quelque château dans le voisinage du camp. Le maréchal Ney a dû être hier à Ijaireuth, ville prussienne dont l'Empereur a fait prendre possession en son nom. Le corps où je vais me trouver sera au centre de la Grande Armée ; c'est la place habituelle de l'Empereur, et j'aurai ainsi l'occasion de le voir souvent. Je n'ai plus mon beau et brave régiment de hussards. Nous nous regrettons mutuellement; c'est une perle bien sensible pour ma division... (i).
Dans la marche de la Grande Armée sur le Franken-Wald, la colonne de droite (4' et 6e corps) doit déboucher sur Ilot", celle du centre (iei' et 3e corps, réserve de cavalerie et Garde) sur Schleiz, et celle de gauche (5U et 70 corps) sur Saalfeld. Ces colonnes marchent à la même hauteur, mais, au centre, le Ier corps, formant l'avant-garde générale de l'armée, est d'une demi-marche en avant du 3a corps, et il est lui même précédé par les trois brigades de cavalerie légère Lasalle, Milhaud el Watier qui complètent l'avant-garde placée sous les ordres de Murât. Le Grand-Duc de Berg se trouve donc avoir à diriger à la fois la cavalerie légère d'exploration, l'avant-garde générale et les divisions de la réserve de cavalerie qui suivent le 3e corps.
La colonne de gauche, qui jouait en quelque sorte le rôle de flanc-garde de l'armée, était la plus exposée, par suite de son voisinage de l'armée ennemie ; aussi l'Empereur avait-il ordonné au maréchal Lannes d'attendre, pour agir au-delà du défdé de Gràfenthal, qu'il eût été rejoint par le 7e corps. Mais par une négligence réellement inconcevable du major général, le maréchal Augereau, arrivé à Coburg, y resta deux jours à attendre des ordres qui ne vinrent pas ! Il en résulta que Lannes aborda l'ennemi à Saalberg avec son seul corps, et il eût pu se heurter à des forces supérieures et subir un échec.
A l'aile droite, le maréchal Soult atteignit Ilof et s'avança jusqu'à Plauen sans rencontrer l'ennemi.
Le 7, les 3° et /i° divisions de dragons vinrent se placer derrière le Ie1' corps et renforcer ainsi l'avant-garde générale, qui s'avança le lendemain sur Schleiz, par le défdé de Lobenstein et le pont de Saalburg.
Le 9 octobre, la division Dupont quitta son camp de Nordhalben et se porta sur Saalburg ; sa marche se fit par une belle route, à travers quelques bois de sapins. « A une très petite distance de Lobenstein, on entendit quelques coups de canon du côté de Saal-
(1) Lettre à Mme Dupont.
HALLE .H'if»
burg ; c'était un engagement de nos postes avancés avec l'ennemi, qu'ils chassaient de celle ville. L'Empereur, qui se trouvait en avant de Lobenstein, fit marcher la division au pas de course; elle se rangea en bataille un moment après, sur un plateau assez étendu et qui se prolongeait en glacis jusqu'au village de Ebersdorf, à 5oo toises environ en avant de son front. — Deux heures s'étaient à peine écoulées qu'elle était de nouveau en marche pour Saalburg, où elle arriva à 8 heures du soir. — Cette ville est située sur la rive droite de la Saalc, qui y coule entre des montagnes très élevées. Elle présentait à l'ennemi une bonne position défensive. Il ne songea pas à rompre le long pont couvert qui unit les deux rives. — La division bivouaqua sur le plateau au delà de Saalburg, faisant lace au bois qui couronne la droite du plateau (i). »
« >olre entrée en Saxe nous a peu coûté, écrit le général Dupont. L'ennemi saxoprussien nous a cédé le passage de la Saale presque à notre simple apparition ; me trouvant hier et aujourd'hui en troisième ligne, je n'ai pas encore vu ces messieurs. — Le prince Bernadotte, que j'ai rejoint ce matin, m'a reçu comme un ancien ami. — J'ai vu plusieurs fois l'Empereur dans la journée et causé avec lui. Il a dirigé les mouvements du i" corps d'armée. Ma division a marché deux heures au pas de course, d'après son ordre ; on ne lui dispute pas le mérite de la marche, non plus qu'un autre mérite plus brillant encore... (2) »
Dans cette même journée du 9 octobre, le Major général, ordonnant à Bernadotte de porter son quartier général à Saalburg, le prévient que le maréchal Soult arrive à Hof ; le maréchal Lannes marche sur Gràfenthal ; le maréchal Davout porte ce soir son quartier général à Lobenstein ; le grand-duc de Berg, avec sa cavalerie et une brigade du 1" corps, prendra position à Schleiz. L'Empereur couchera ce soir à Ebersdorf. — Le prince de Ponte-Corvo prescrit au général Dupont de se porter sur les hauteurs en arrière de Schleiz, dans la même position qu'occupait le général Rivaud, qui vient de marcher sur Ottcrsdorf. — Ce même jour, 9 octobre, le maréchal Bernadotte eut un engagement, à Schleiz, avec l'ennemi ; il culbuta un détachement de 7 000 hommes appartenant à la division ïauenzien du corps de Hohenlohe.
La division Dupont quitte sa position le 10, à deux heures du matin, et marche sur Schleiz, où elle arrive à la pointe du jour. « La route est toujours inégale, étroite et pierreuse. On apprit dans cette petite ville l'escarmouche de la veille. Le 27e régiment d'infanterie légère, qui faisait partie de la division Drouet, eut ordre d'entrer dans la ville avec le 4e régiment de hussards. Ce dernier régiment chargea l'ennemi qui paraissait n'occuper la hauteur qu'avec peu de cavalerie. Il trouva sur le revers le double de ses forces et fut ramené vivement, jusqu'à ce que l'arrivée du 5e de chasseurs eut décidé l'ennemi à faire retraite. Cependant dans cette charge le colonel saxon perdit la vie, mais le l\e eut quelques tués et une cinquantaine de blessés.
« Quelques heures après son arrivée à Schleiz, la division Dupont reçut ordre de partir pour Auma ; à peine fut-elle arrivée sur les hauteurs de la Mile, que de nouveaux, ordres
(1) Journal des marclies et cantonnements de la division Dupont irch. Dupont).
(2) Lettre à M"le Dupont.
346 LE GENERAI DUPOHT
changèrent sa direction ; elle se forma en ordre inverse et prit la route de Possneck. Ce changement de direction, qui fut ordonné par l'Empereur lui-même, avait pour motif de donner un renfort au maréchal Lannes, qui était attaqué par un corps prussien que commandait le prince Louis de Prusse. Ce mouvement nous portait sur ses derrières. Quelqu'effort que fit la division, elle ne put arriver qu'à la nuit dans des hois à une demi-lieue dePôssneck; le bruit du canon avait depuis longtemps cessé; l'affaire était terminée. Cette action coûta la vie au prince Louis, qui chargea pour encourager les siens. 11 fut tué par un maréchal des logis auquel il refusa de se rendre, i ooo à i 200 hommes et 3o pièces de canon tombèrent au pouvoir du maréchal Lannes.
« Le bivouac de la division fut établi dans les bois, en arrière du petit village de Podeswitz, auquel le feu prit pendant la nuit. La grand'garde fut placée à un demi-quart de lieue en avant du village. L'état-major et le maréchal Davout, avec lequel nous nous trouvions cette nuit, y bivouaquèrent. Cette grand'garde était peut-être un peu éloignée du camp (1). »
Sur des renseignements inexacts communiqués par le maréchal Soult, portant que l'armée ennemie se réunissait à Géra, l'Empereur prescrivit, le 10, à 8 heures du matin, à Murât et à Bernadotte d'intercepter la route de Saalfeld à Géra. Le Ier corps reçut l'ordre de se porter immédiatement sur Auma, en laissant ses bagages afin de pouvoir accélérer sa marche.
Le général Dupont partit de Podeswitz le 1 1 octobre, à 3 heures du matin ; la marche de son artillerie fut retardée par l'incendie du village, occasionné par la négligence du soldat. La division arriva à Neustadt à 10 heures du matin ; elle y séjourna deux heures et reprit sa marche sur Triptis, qu'elle dépassa dans la direction de Géra. A la nuit, on rencontra l'Empereur qui arrêta la colonne à Ebersdorf, où la troupe campa en avant du village. « J'ai passé la journée à cheval, écrit le général Dupont ; il est minuit et je vais me jeter quelques minutes sur un lit de paille. J'ai passé la nuit dernière auprès d'un feu de bivac entouré de mille feux, où les soldats étaient rangés dans un bois de sapin, ce qui faisait un effet très pittoresque. J'avais été envoyé au secours du maréchal Lannes ; il s'est tiré d'affaire par un joli succès, et j'en ai été pour ma course. C'est la division du général Suchet qui a soutenu le combat... J'ai eu aujourd'hui avec moi le i3e de chasseurs à cheval... (2). »
Par suite des mouvements rapides exécutés par toutes les troupes, la division Dupont se trouve, dans la journée du 12 octobre, faire l'arrière-garde et la réserve du Ier corps. Elle reçoit l'ordre de se porter sur Géra, et le maréchal Bernadotte écrit au général Dupont :
Auma, 11 octobre 1806, minuit et demi.
Le major général m'a prévenu hier, mon cher général, que S. M. avait dirigé votre division sur Pôssneck afin que vous fussiez également à portée de former mon avant-garde dans le cas où je marcherais sur Saalfed, et mon arrière-garde si je me portais directement sur Géra.
(1) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arch. Dupont).
(2) Lettre à Mme Dupont.
A l'instant je reçois l'ordre de l'Empereur de marcher dès la pointe du jour sur Géra; en conséquence) mon cher général, vous vous dirigerez sur Géra en passant par Ebersdorf de manière à vous trouver, selon les intentions de l'Empereur, l'arrière-garde et la réserve du Ier corps d'armée.
Vous n'avez pas un instant à perdre, car je pense que ma lettre ne vous sera pas remise avant 3 heures du matin. Je partirai du village de Mittcl, près la ville de Triptis, à G heures du matin.
Si vous aviez reçu de l'Empereur ou du major général des ordres directs qui contrariassent ceux que je vous donne, prévenez-m'en de suite. Dans le cas contraire, suivez exactement ce que je vous prescris.
Le général Milhaud, invité, par l'intermédiaire du maréchal Davout, à flanquer la division Dupont dans sa marche sur Géra, en informa le général par la lettre suivante :
Pôsneck, il octobre 1806, 5 heures et demie du matin.
M. le maréchal Davout m'a fait l'honneur de m'écrire que je dois flanquer votre division dans sa marche sur Géra; je vous prie, mon général, de me faire connaître la route que vous tiendrez afin de bien vous éclairer, et l'heure à laquelle vous voudrez que je me mette en marche.
Je vais retirer tous mes postes et rallier mes reconnaissances, et je serai prêt à 6 heures et demie à marcher avec toute ma cavalerie.
Je me félicite, mon général, d'être des vôtres et vous prie d'agréer la nouvelle assurance de tout mon respectueux dévouement et attachement.
Vu l'importance des événements qui se préparent, le général L. Berthier confirme, à 8 heures du matin, les instructions contenues dans la lettre du maréchal. « L'intention du prince, dit-il, est d'attaquer l'ennemi s'il tient à Géra. Vous sentez combien il est important que vous lui envoyiez un officier à l'avance pour le prévenir de votre arrivée et de la distance qui nous séparerait, afin qu'il soit à même de précipiter ou de retarder son attaque suivant le besoin. — Je vous écris à 8 heures du matin de ce village (Mittel-Pôllnitz) où déjà une de nos divisions a entièrement passé et dont la tète doit être à Ebersdorf. La seconde division suit immédiatement.
En conséquence de ces ordres, la division Dupont se met en marche le 12, à deux heures du matin, et elle atteint Géra à dix heures. L'Ordre de marche du 12 porte que les divisions du Ier corps d'armée reprennent leur ordre de bataille, et cpi'ainsi la division Dupont prendra la tête ; le 9e d'infanterie légère suivra immédiatement les chasseurs et précédera les dragons ; le reste de la division suivra la colonne. La 2e division, général Rivaud, marchera après le général Dupont, et sera suivie de la 3e division, commandée par le général Drouet. La cavalerie légère, général Watier, se portera à Langenberg poursuivre le mouvement du corps d'armée. Le Ier corps devant soutenir le mouvement du Grand- Duc de Berg sur Zeitz, se dirigera sur cette ville par la grande route.
Ces dispositions ne purent être entièrement exécutées, à cause du retard qu'avait la division Dupont, en dépit de la rapidité de sa marche. Après avoir séjourné trois heures à Géra, elle fila immédiatement sur la route de Naumburg, malgré la fatigue extrême de la troupe, et s'arrêta à Meineweh où elle bivouaqua.
3/|8 LE GÉNÉRAL DUPOWT
Ainsi, le 10 octobre, avant de connaître le résultat du combat engagé par le maréchal Lannes à Saalfeld, l'Empereur, mal renseigné par le maréchal Soult, pense que l'armée ennemie est à Géra, et il dirige toutes ses forces sur ce point, qui est à neuf lieues à l'Est d'Iéna. A 8 heures et demie du soir, le major général prescrit au maréchal Davout de partir le lendemain, de grand matin, de Schleiz pour Auma, et il le charge d'inviter le général Milbaud à flanquer avec sa cavalerie la marche du général Dupont. — Le marée liai Soult, qui est en arrière, sur la droite, à Plauen, reçoit l'ordre de se rendre, le 11, à Weida, sur la route de Géra. — Le maréchal Ney est encore sur la Saale, derrière le 4° corps ; il a ordre de marcher sur Neustadt. — Le maréchal Berthier ordonne au prince de Pontc-Corvo de se porter sur Géra avec ses deux divisions ; la division Dupont fera son arrière-garde et sa réserve. — Lannes et Augereau se rendront, le 1 1, à Neustadt, qui est à 12 kilomètres seulement de la Saale et du pont de Kahla, situé lui-même à trois lieues au Sud d'Iéna.
• Mais, dans la journée du n, on ne trouve personne à Géra, et, poussant au Nord sur Zeitz, la cavalerie constate qu'il n'y a pas d'ennemis entre Naumburg et Leipzig. Tous les rapports s'accordent pour établir que l'armée principale des Prussiens est à Erfurt, et que l'armée secondaire recule dans cette direction. Une lettre de Murât à l'Empereur, datée de Géra, n heures du soir, confirme ces renseignements.
Par suite de ces nouvelles, l'Empereur va, dans la journée du 12, modifier la direction de ses corps d'armée. Il ordonne à ses maréchaux de se porter sur les points suivants : Lannes, à Iéna, par Kahla ; Augereau, à Kahla ; le Grand-Duc de Berg, à Zeilz, et de là à Naumburg; Bcrnadolte, à la suite de Murât; Soult, à Géra; Ney, à Mittel (6 kilomètres au Nord d'Auma, route de Géra); Davout, de Mittel à Naumburg, où il arrivera le plus vite qu'il pourra, en se faisant précéder par toute sa cavalerie légère qui enverra des coureurs aussi loin que possible pour avoir des nouvelles de l'ennemi. La division Sahuc (4e division de dragons) est mise à la disposition du maréchal Davout ; elle se rendra à Mittel, où elle prendra les ordres du commandant du 3° corps (1).
Tous ces ordres sont lancés d'Auma, de 4 à 5 heures du matin. On exécutera ponctuellement les mouvements prescrits, mais nul, pas même le major général n'est au courant des intentions de l'Empereur, de ses projets. « Ici encore, dit le général Bonnal, apparaît le défaut que nous avons si souvent signalé dans la méthode de commandement de Napoléon. Le 12 octobre, à 4 heures du matin, le 3e corps est lancé sur Naumburg, le Ier corps sur Zeitz, et le 5e corps sur Iéna, sans qu'un seul des maréchaux qui commandent ces corps d'armée, ait reçu communication des intentions de l'Empereur au cas où
(1) La lettre du major général au général Sahuc, d'Auma, 12 octobre, 5 heures du matin, est ainsi conçue : « L'Empereur ordonne, général, que vous soyez aux ordres de M. le maréchal Davout ; ce maréchal est en avant de vous à Mittel ; le général Sahuc enverra prendre ses ordres, sa division étant destinée à marcher avec son corps d'armée. J'en préviens le grand-duc de Berg. Rendez-vous sur-le-champ avec votre division à Mittel » (Opérations du 3° corps, 180G-1807), par le général Davout. — Il s'agit de Mittel-Pollnitz.
l'ennemi serait rencontré en grande force ou en position... il n'expose [tas ses projets intimes et ne donne d'antre mission que d'occuper des objectifs géographiques. C'était insuffisant et même dangereux. » — Le général Bonnal dit vrai, et nous démontrerons que celte méthode de commandement de Napoléon fut la cause principale du désastre de
Baylen.
Tous les ordres émanés du quartier impérial, dans les journées qui précédèrent la bataille d'Iéna, ont une importance exceptionnelle. Ils montrent que le maréchal Bernadotte ne fit, comme les autres commandants de corps d'armée, que se conformer strictement aux instructions de l'Empereur. La lettre par laquelle il lui fut prescrit d'appuyer le mouvement de Murât, sur Zeitz, est ainsi conçue :
Le Major Général au maréchal Bernadotte.
Àuma, 12 octobre 180G, l\ heures du matin.
Je nous préviens, M. le Maréchal, que je donne l'ordre au Grand-Duc de Berg de se porter sur Zeitz et de là sur Naumburg, si les renseignements qu'il recueillera de l'ennemi le portent toujours à croire (pic ses principales forces sont du côté d'Erfurt. L'intention de l'Empereur est que vous appuyiez le mouvement du Grand-Duc ; concertez-vous avec lui pour votre marche.
Le quartier général sera rendu aujourd'hui à midi à Géra.
Le Prince de Ponte-Corvo répondit, de Zeitz, ainsi qu'il suit :
Zeitz, 12 octobre 1806, 3 heures après midi.
Par votre lettre d'aujourd'hui vous me dites que l'intention de l'Empereur est que j'appuye le mouvement du Grand-Duc sur Naumburg, si les renseignements sur l'ennemi le déterminaient à se porter sur ce point; j'ai l'honneur de vous prévenir que je me suis concerté a\ec S. A. I. et que nous avons pensé qu'il était convenable que je me portasse à Meineweh, entre Zeitz et Stôssen sur la route de Naumburg. Je jetterai un escadron sur Stôssen pour communiquer avec la cavalerie du maréchal Davout qui doit se trouver du côté de Naumburg, Le Grand- Duc se porte avec sa cavalerie et le 27e d'infanterie légère à Tcuchern, sur la roule de Zeitz à W eissenfels. Il envoie un escadron à Pegau, qui demain sera aux portes de Leipzig.
En même temps qu'il écrivait au maréchal Bernadotte, le major général avait adressé à Murât la dépèche suivante :
Auma, 12 octobre 180G, /| heures du matin.
L'Empereur ordonne, mon Prince, que vous partiez sur-le-champ de Géra pour vous rendre à Zeitz ; vous jetterez des coureurs sur Leipzig et sur Naumburg. ■
De Zeitz, si vos renseignements portent que l'ennemi est toujours du côté d'Erfurt, l'intention de l'Empereur est que vous vous portiez sur Naumburg où sera le maréchal Davout.
Le quartier général sera aujourd'hui 12 à Géra;
La position de l'armée, aujourd'hui 12, est ainsi qu'il suit :
Le maréchal Soult à Géra ;
Le maréchal Ney à Mittel;
Le maréchal Larmes a Iéna ;
Le maréchal Augereau à Kahla ;
Le maréchal Davout en route de Mittel sur Naumburg.
35o 'E GÉNÉRAL ni PONT
Il résulte clairement des ordres et lettres qui précèdent, que, dans la journée du 12 octobre, le maréchal Bernadette, se conformant rigoureusement aux instructions précises de l'Empereur, va, d'accord avec le Grand-Duc de iierg, se porter jusqu'à Meineweh, sur la route de Naumburg. Arrivé à Meineweh, il écrit au Major général :
Meineweh, 12 octobre 1806, 7 heures et demie du soir.
J'ai l'honneur de vous informer que je suis arrivé ici de ma personne ; je viens d'envoyer un parti sur Naumburg pour communiquer avec le maréchal Davout, et un autre parti à Weissenfcls pour me mettre en communication avec les troupes du Grand-Duc ; ma cavalerie est déjà arrivée, et mon infanterie n'y sera pas entièrement avant 10 heures.
La position du 1" corps d'armée, pour le 12 octobre, fut réglée ainsi qu'il suit :
MM. les généraux Drouet et Rivaud établiront leurs divisions à Meineweh, à cheval sur la route de Stôssen à Naumburg, le général Rivaud à la droite du général Drouet. Le général Dupont se placera en réserve, en arrière, à 100 ou 200 toises environ.
La cavalerie légère occupera les villages entre Pretzsch et Meineweh ; le général Watier enverra un escadron à Stôssen à l'embranchement des routes, et sur Naumburg pour tâcher de communiquer avec le maréchal Davout, ainsi cpve sur Teuchern pour communiquer avec la cavalerie du Grand-Duc. Le 2e régiment de hussards sera sous les ordres du général Drouet et s'établira à Meineweh et aux environs. Le 27e d'infanterie légère, commandé par le général AVerlé, recevra les ordres du Grand-Duc : il s'établira à Teuchern et correspondra néanmoins avec le général Drouet.
MM. les généraux voudront bien faire serrer le plus possible leurs équipages et les placer immédiatement en arrière de leur parc d'artillerie.
Le général de division, chef de l'état-major général, Signé : L. Berthier.
P. -S. — Le quartier général de M. le prince de Ponte-Corvo sera à Meineweh.
Pendant sa halte à Géra, le général Dupont écrit une lettre dans laquelle il revient sur le combat de Saalfeld :
Géra, le 12 octobre.
Je m'arrête un instant, ma chère amie, pour t'écrire. Nous marchons nuit et jour...
Il y a eu avant-hier une action heureuse pour nous. Le prince Ferdinand de Prusse a eu l'étonnante imprudence d'attaquer avec six à sept mille hommes le corps d'armée du maréchal Lannes, à Saalfeld, où nous avions 25 mille hommes. Ce prince a été battu et tué. Voyant la chance contre lui, il a voulu rappeler la fortune en chargeant le sabre à la main, mais elle l'a abandonné, et un maréchal des logis du ioB de hussards lui a porté un coup mortel. On a pris 3o canons et 1 200 hommes. L'Empereur, croyant l'affaire plus sérieuse, m'avait envoyé pour y prendre part. Il me dit : « Volez au secours du maréchal Lannes. » J'ai marché, en effet, de son côté avec la plus grande rapidité. Les débris de l'ennemi se sont jetés dans les bois pour se sauver.
Je suis revenu au corps du prince Bernadotte dont nous sommes la i'1' division. L'Empereur a traversé ma colonne et m'a dit en passant : « Eh bien ! le fanfaron n'est plus. » — Il parlait du prince Ferdinand (1), grand partisan de la guerre contre les Français. L'esprit de l'armée
(1) Le prince s'appelait Louis Ferdinand.
prussienne en sera vivement affecté. C'est la division du général Suchet qui a donne dans cette affaire, et il partage avec le maréchal Lanncs ce qu'elle a d'honorable. Si j'avais pu arriver à temps, l'ennemi était complètement enfermé...
Le maréchal Ney doit être ici demain. Le maréchal Soult vient d'y arriver. L'Empereur y sera dans une heure. Je pars pour Zeitz, grand chemin de Dresde. Je serai chaque jour voisin du prince Murât qui commande la cavalerie (i).
Pendant ces différents mouvements, l'Empereur s'était tenu généralement au centre de son armée, formée, comme nous Pavons dit, en trois colonnes sur deux lignes ; son quartier général s'était établi successivement en arrière de la seconde ligne, à Ebersdorf le 9, à Schleiz le 10, à Auma le 11, et à Géra le 12. Pendant le jour, Napoléon se porte à l'avant-garde, pour diriger des reconnaissances, étudier le terrain, et être plus vite renseigné sur la situation et les projets de l'ennemi.
Le 12 octobre au soir, conformément aux ordres de l'Empereur, le quartier général du prince de Pontc-Corvo est à Meinevveh, sur la route de Zeitz à Naumburg et à i5 kilomètres de cette ville ; le quartier du Grand-Duc de Berg est à l'Est de Naumburg, à Teucliern, village situé à six kilomètres au Nord de Meinevveh ; le maréchal Davout est à Naumburg ; le grand quartier impérial et le 4e corps sont à Géra ; le corps de Ney vient à Auma ; Lannes est devant Iéna, et Augereau occupe le passage de la Saale à Kahla.
Dans la journée du 12, l'Empereur, n'ayant plus de craintes sur sa droite, a commencé un changement de front sur son aile gauche, en rapprochant ses corps de la Saale, afin de faire face à l'armée prussienne, qui doit être à Erfurt et à Weimar. Quoi qu'il n'ait fait part de ses projets à personne, on peut supposer qu'en portant sur Naumburg le maréchal Davout, le Grand-Duc de Berg et le prince de Ponte-Corvo, avec la cavalerie légère et les 3e et 4e divisions de dragons de la réserve, son intention a été de couper la route de Dresde et celle de Berlin par Leipzig, d'interdire aux Prussiens le passage si important de la Saale au pont de Kôsen, et de balayer la plaine de Leipzig en enlevant les partis ennemis qui pourraient s'être attardés au delà de Zeitz. Il prévoit qu'une grande bataille est imminente, et il la désire, étant sûr de vaincre ; mais avant d'ordonner des mouvements définitifs à ses troupes, il attend que Murât, Davout et Lannes lui aient donné des nouvelles positives de l'ennemi.
Le i3, à 1 heure du matin, l'Empereur donne l'ordre aux deux divisions de cuirassiers et à la division Klein de ne pas dépasser Auma et de prendre position auprès de ce point. — A3 heures de cette même nuit, le major général prescrit au maréchal Ney de se rendre avec son corps d'armée à Boda, qui est à 3 lieues au Sud-Est d'Iéna. — Le reste de l'armée est au repos pour la journée du i3, et le maréchal Berthier en avertit le Grand-Duc de Berg.
A 7 heures du matin, l'Empereur n'a pas encore de nouvelles d'Iéna et de Naumburg. De Géra, il prévient le maréchal Lannes qu'il sera à Iéna à une heure, en passant par Boda ; sa lettre est ainsi conçue :
(1) Lettre à Mme Dupont.
Géra, i3 octobre 1806, 7 heures du malin.
Je serai à une heure à léna. Je passerai par la petite ville de Roda. Faites en sorte que je trouve là de vos nouvelles et des renseignements sur les mouvements qu'aurait faits l'ennemi.
Je n'ai l'ait faire aujourd'hui à l'armée aucun mouvement, pour qu'elle prenne quelque repos, et donner le temps de rejoindre. Seulement le maréchal \c\ scia dans la journée à Roda : il se trouvera ainsi à trois petites lieues de vous. Si l'ennemi vous attaquait, ni; manquez pas de l'en instruire sur-le-champ.
En même temps, il écrit à Murât: « ... Reposez vos dragons, afin que, selon l'ordre
que je donnerai celte nuit, ils arrivent à léna demain. Mon intention est de marcher droit à l'ennemi... Si l'ennemi est à Erfurt, mon projet est de faire porter mon armée sur VVeimar et de l'attaquer le 16. Le général Klein et la grosse cavalerie son! arrivés à Auma où je les fais cantonner. J'attends ma Garde demain. »
Enfin, entre 7 et 9 heures du matin, arrivent des rapports de Kahla, de Naumburg et de Zeitz, expédiés dans la soirée de la veille, avant minuit; ils annoncent que l'armée prussienne se trouve à Erfurt, Weimar et environs, qu'elle a évacué léna, et que le Roi et la Reine sont à Weimar. —Le maréchal Augereau expose qu'il occupe le pontet le défilé de Kahla. — Le maréchal Davout rend compte de son arrivée à Naumburg où sa cavalerie légère est entrée à 3 heures et demie, et son avant-garde à 8 heures du soir ; ses trois divisions sont au bivouac en deçà de Naumburg, sur une profondeur de 3 lieues ; la division Sahuc est placée à hauteur delà 2" division; le lendemain, i3 octobre, à 7 heures du malin, tout le corps d'armée sera à Naumburg. — Le prince Murât écrit :
Zeitz, 12 octobre 1806.
... Sire, j'ai reçu la lettre de V. M. écrite d'aujourd'hui, 4 heures du matin, et celle du prince de Neufchâtel, écrite de la même heure. Le ministre me prescrit de son côté de me borner à jeter quelques coureurs sur Leipzig, si j'apprends que l'ennemi s'est retiré sur Erfurt, et de marcher avec tout mon corps sur Naumburg; etV.M. m'ordonne d'inonder avec toute ma cavalerie, au lieu de quelques coureurs, les plaines de Leipzig. Pour remplir ce double but, voici les dispositions que j'ai cru devoir prendre. Un escadron de hussards couchera ce soir aux environs de Pegau, et aura demain à la pointe du jour un parti aux portes de Leipzig. J'ai envoyé le général Lasalle avec ses deux régiments de hussards à Môlsen ; il aura un escadron à AYeisscnfels ; cet escadron reconnaîtra demain matin Naumburg et jettera des coureurs sur Merseburg et Leipzig. Je m'établis avec la division de dragons à Teuchern, et le prince de Ponte-Corvo à Meineweh avec toute son infanterie, couvert par sa cavalerie légère qui aura un régiment à Stôssen, reconnaîtra demain matin Naumburg. De cette manière nous nous trouvons pour ainsi dire en masse, et en mesure d'exécuter les mouvements qu'il plaira à Y. M. d'ordonner sur Weisscnfels ou sur Naumburg, et ma cavalerie, quoique sous ma main, pourra remplir les intentions de Y. AL Par ma position à Teuchern, je me trouve parfaitement lié avec le maréchal Bcrnadottc et ma cavalerie légère; et je me trouve avoir intercepté les roules de Naumburg à Leipzig, Merseburg et Halle. Le général Milbaud me couvrira avec le i3'' de chasseurs sur Weisscnfels et Naumburg, et le 27e d'infanterie légère que j'établis à Teuchern soutiendrait ma cavalerie en cas d'événements...
Je resterai à Zeitz, jusqu'à ce qu'il ait plu à V. M. de me faire connaître si elle approuve mes dispositions, et si je dois demain me porter sur Weisscnfels ou sur Naumburg.
Ces rapports mettent fin aux incertitudes de l'Empereur. Dans son esprit, deux hypo-