BALLE
thèses seulement sont possibles : ou l'ennemi va battre en retraite sur Magdebourg, sans combattre, ou il tentera tout d'abord une action en masse sur l'armée française, vers Iéna. Pour parer à cette dernière éventualité, Napoléon va donc serrer la majeure partie de ses forces sur Iéna ; n'imaginant pas que les deux grands groupes qui constituent l'armée prussienne pourront agir isolément en cas de bataille, et ne prévoyant par suite aucun danger, aucune, attaque de l'ennemi vers Naumburg, il estime que le corps de Davout sera suffisant pour garder le passage de Kôscn et la roule de Leipzig, et, en conséquence, il rappelle vers Iéna, à Dornburg, le Grand-Duc de Bcrg et le prince de Ponle-Corvo, avec la cavalerie et le i"' corps, recommandant à Murât d'amener surtout ses dragons. Si le 3 corps reste isolé à Naumburg, ce ne sera donc pas, comme on l'a généralement écrit, parce que le maréchal Bernadotte aura refusé d'appuyer le maréchal Davout, mais uniquement parce que l'Empereur, dont nul ne discutait les ordres, aura jugé que ce 3e corps suffisait à Naumburg et prescrit à Bernadotte de quitter Davout pour se rendre à Dornburg.
La lettre de l'Empereur à Murât dévoile sa pensée et montre nettement le rôle qu'il assigne au ier corps :
Géra, i3 octobre 1806, 9 heures du matin.
Enfin le voile est déchiré ; l'ennemi commence sa retraite sur Magdeburg. Portez-vous le plus tôt possible avec le corps de Bernadotte sur Dornburg, gros bourg situé entre Iéna et Naumburg. Venez-y surtout avec vos dragons et votre cavalerie.
Toute la grosse cavalerie et celle du général Klein marchent sur Iéna. Je crois que l'ennemi essavera d'attaquer le maréchal Larmes à Iéna, ou qu'il filera. S'il attaque le maréchal Lannes, votre position à Dornburg vous permettra de le secourir. Je serai à 2 heures après midi à Iéna. Vous savez déjà que les magasins de l'ennemi qui étaient à Naumburg, sont, pris, que le bel équipage de pontons attelé est également pris. 11 paraît que cet équipage se dirigeait sur Halle. S'il n'y a rien de nouveau, venez de votre personne cette nuit à Iéna.
A la même heure, Napoléon fait donner l'ordre au maréchal Soult de se porter le plus rapidement possible à Roda avec une division et toute sa cavalerie légère, ses deux autres divisions devant se tenir prêtes à partir dans la nuit. — Il envoie un officier d'ordonnance à la rencontre de la réserve de cavalerie, pour lui ordonner de se rendre à Roda, et de continuer sa route au-delà de ce point, sur Iéna, si le canon se fait entendre dans cette direction.
Ainsi, dans la matinée du i3 octobre, l'ordre de mouvement pour le ior corps est très précis : le maréchal Bernadotte doit se rendre le plus tôt possible à Dornburg. Mais les événements vont, quelques heures plus tard, modifier ces premières instructions.
Aussitôt après avoir fait expédier ses ordres au maréchal Soult et aux divisions Nansouty, d'Hautpoul et Klein, l'Empereur monta à cheval et prit la route d'Iéna, par Langenberg et Kostritz. Arrivé dans ce dernier village, il s'arrêta un instant, pour y appeler les deux divisions du [f corps restées à Géra ; puis il reprit sa marche sur Iéna.
Avant d'atteindre cette ville, il reçut du maréchal Lannes un rapport rédigé entre midi et une heure, par lequel le maréchal lui annonçait qu'il avait occupé Iéna dans la matinée du i3, et que l'ennemi avait un camp de 3o 000 hommes à une lieue plus loin, sur la route de Weimar.
Le Générât. Dupont. a3
Je suis arrivé hier avec mon corps d'armée devant léna, écrivait le maréchal ; l'ennemi y était au nombre de 12 ooo à i5ooo hommes. Après nous avoir tiré quelques coups de canon, il s'est relire sur Weimar ; je n'ai pas pu le poursuivre la nuit, le pays étant abominable. J'ai placé la division Sucbet à une lieue en avant sur la route de Weimar ; celle du général Gazan reste en position en arrière de la \illc
D'après les renseignements donnés par les habitants, le Roi était encore avant-hier à Erfurt ; je ne sais s'il veut nous livrer bataille au lieu de se retirer ; il y a un camp d'environ 20000 à 26000 hommes entre léna et Weimar. Je vais pousser des reconnaissances pour savoir au juste où l'ennemi se trouve. Je désirerais savoir si l'intention de V. M. est que je marche avec mon corps d'armée sur Weimar. Je n'ose prendre sur moi d'ordonner ce mouvement par la crainte que j'ai que V. M. ne veuille me donner une autre direction. Il parait que le plus grand désordre règne dans l'armée ennemie. Us ont laissé ici quelques caissons et une pièce de canon. J'ai poussé un fort détachement sur la route de Naumburg pour chercher à communiquer avec le corps du maréchal Davout.
Je prie V. M. de me faire connaître le plus tôt possible ses intentions.
P. -S. — J'apprends à l'instant même que l'ennemi a un camp de 3oooo hommes à une lieue d'ici sur la route de Weimar : il serait très possible qu'il voulût nous livrer bataille.
Lorsque l'Empereur reçut cette dépêche, à 3 heures du soir, dans sa route sur léna, il était à environ une lieue et demie de cette ville, et Ton entendait nettement la fusillade dans la direction de Weimar. Il fut alors fixé et pensa que la bataille aurait lieu le lendemain, si toutefois elle ne s'engageait pas le soir même. Il s'arrêta donc au point où le rapport de Lannes lui était parvenu, et dicta au major général des ordres pour hâter la marche des troupes sur léna.
i° au Maréchal Lcfebvre, commandant la Garde.
Au bivouac à une lieue et demie d'Iéna, i3 octobre 1806, 3 heures du soir.
Il paraît, M. le Maréchal, que l'ennemi attaque l'armée ce soir, ou sûrement demain matin. Dans ce moment, ses avant-postes fusillent. L'Empereur vous ordonne d'avancer le plus tôt possible ; faites passer le même avis au maréchal Soult qui vous suit. Qu'un aide de camp crève un cheval s'il le faut.
20 au Maréchal Soult.
L'Empereur vous fait dire, M. le Maréchal, que l'ennemi marche en force sur léna, on croit même qu'il a envie d'attaquer ce soir ; hâtez votre marche sur léna.
3° au Maréchal Ney, à Mœrsdorf.
L'ennemi est avec 4oooo hommes entre Weimar et léna ; poussez avec tout votre corps d'armée aussi loin que vous pourrez sur léna, afin d'être demain de bonne heure à léna. Réunissez toute votre cavalerie légère et rendez aux régiments toutes les ordonnances... Tâchez d'être de votre personne ce soir à léna, pour être à la reconnaissance que l'Empereur fera ce soir sur l'ennemi.
4° au Maréchal Davout.
L'Empereur, M. le Maréchal, apprend à une lieue d'Iéna que l'ennemi est en présence du Maréchal Lannes avec près de 5oooo hommes. Le Maréchal croit même qu'il sera attaqué ce soir ; si vous entendez une attaque ce soir sur léna, vous devez manœuvrer sur l'ennemi et débor-