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Au Quartier -Général de /eJt) o uji^J le 7 ff'wÛsfZtJ i. de U f. Année de la République Française ,
*^ une & indivisible.
ANDRE MASSENA Général de Division
Commandant -^C^Tt/V^"-^ &-*J'**^
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Lettre du général Masséna au général Dupont
m; I78/I A MARENGO 67
s'ouvrent, que vais-je faire ? Si l'ennemi m'attaque, c'est ce que je ne puis dire. Les subsistances nous font une guerre des plus cruelles ; depuis dix jours, les habitants de Gènes et des environs n'ont que deux onces de pain, et l'armée est au quart de rations ; la compagnie Antonini n'a encore rien fait pour l'armée active.
Le Gouvernement ligurien m'a déclaré ce matin qu'il ne pouvait* plus nourrir l'aile droite, qu'il se vo\ait même dans l'impossibilité de nourrir les habitans, que je devais renoncer à l'espoir d'avoir les deux millions demandés. Je suis dans l'impossibilité d'avoir une pièce d'artillerie, faute de chevaux ; ma cavalerie est dans le même cas. Depuis mon arrivée à l'armée, j'ai tout écrit à Bonaparte et à Berthier : j'ai lait tout ce qui a dépendu de moi pour améliorer son sort et je n'ai pas assez l'ait pour la préserver des malheurs qui la menacent. L'ennemi, instruit, de notre misère et de notre faiblesse, fait des rasscmblemens considérables à Aqui et à Sestri di Levante. Je m'attends à être attaqué au premier jour ; en réunissant les trois divisions de la droite qui sont la principale force de l'armée, j'aurai tout au plus quatorze mille hommes sans artillerie movible et sans cavalerie : malgré qu'il ne soit pas bien nécessaire d'avoir cette dernière, il faudrait au moins deux cents hommes pour tenir la défensive et beaucoup plus pour l'offensive.
Voilà, mon cher Dupont, en peu de mots, le tableau effrayant de notre situation. J'attends tout de votre amitié. Je vous embrasse (1).
Signé : Massena.
Au Quartier Général à Zurich, le i4 vendre an VIII.
L'Adjudant Général, chargé de la Direction du Bureau topographique militaire, Au Général de Division Dupont, Membre du Comité Militaire de la Guerre.
Je ne puis résister, mon cher Général, au plaisir de vous donner quelques nouvelles sur l'expédition hardie et bien combinée qui nous a ouvert les portes de Zurich. Cette affaire, pour
moi surtout qui ne m'enthousiasmes guère, tient du prodige L'attaque en tirailleurs les a
déconcertés (les Busses), et ce moyen seul les peul culbuter. Je les ai vus, ces petits tirailleurs conscrits et autres, pèle-mèle, tourner des bataillons russes, et, cachés dans les vignes, dans les broussailles, ou même à découvert, les fusiller en les approchant de trente pas. Les Busses, déconcertés, accoutumés aux manœuvres d'ensemble, faisaient bien à droite, à gauche, en face, un feu d'enfer, mais mal dirigé ; d'ailleurs attaqués de tous côtés dans leur retraite, ils se croyaient enveloppés, se voyant tirailler dans tous les sens
Comme tous les environs et le pourtour de la ville, qui avait déjà élé cernée la veille, étaient remplis de tirailleurs, la fuite des Busses a été une déroute pendant cinq heures jusqu'à la nuit, telle, que les cadavres obstruaient les deux routes de Winterthur et de Bulacb. Trois quarts de lieue de chariots pris ou pillés ; les ducats, l'argent, répandus sur les chemins, mais ramassés soigneusement, par le 9e de hussards et autres Les équipages, les housses, les cordons, les crachats, les portefeuilles, les bijoux, les pelisses surtout, tout cela se vendait, jusqu'à une chapelle tout en argent avec une trentaine de saints autour, qu'on a dévissés et vendus à
peu près moitié de valeur Il y avait une vaisselle de plus Go 000 francs qui a également
été dévalisée
Crovés à la vérité d'un officier qui ne voudrait point vous tromper. Peu de personnes connaissent le Gal Massena ; encore moins l'ont vu d'assez près pour savoir l'apprécier. Et ce qu'il vient de faire ne m'a point (moi) étonné ; des talents naturels, de la déliance de soi-même ;
tous ses movens sont dans son intérieur ; en un mot, il n'a point de faiseur (2)
Agréez, mon général, mon respectueux attachement,
Signé : Abancourt.
(1) Archives Dupont.
(a) Archives Du/iunt.
Lorsque les traités de Bàle et de Campo-Formio eurent mis la France en paix avec l'Europe continentale, les travaux du Cabinet topographique perdirent forcément de leur importance et de leur activité. Le général Dupont fut placé par le Directoire à la tête du Dépôt de la guerre, avec la mission de réunir tous les documents, tous les matériaux nécessaires pour écrire l'histoire des glorieux événements militaires qui venaient de s'accomplir : « Vous ferez l'histoire de la guerre, lui dit Carnot ; moi, je me réserve d'en faire le discours préliminaire. » Ce vaste travail reçut un commencement d'exécution, et le général Dupont imprima une vigoureuse impulsion à l'organisation du Dépôt de la guerre; mais le coup d'Etal du 18 fructidor, en écartant Carnot du Directoire, modifia profondément la marche des affaires et amena la suppression du Cabinet topographique.
Les grands travaux auxquels le général Dupont se consacrait avec tant d'ardeur et de talent, ne lui avaient pas fait perdre le goût de la littérature, puisé dans de brillantes études. C'est ainsi que l'Académie ayant mis au concours le sujet de la Liberté, l'Ode envoyée par le général obtint la première mention honorable, à défaut du prix qui ne fut point décerné. Parmi les belles strophes de cette Ode, se remarquaient les vers suivants :
Loin des rivages de Golconde,
L'hôte géant de ces déserts,
De leur solitude profonde
Chérit l'image dans ses fers.
Jamais son épouse enchaînée
Ne veut d'un servile hyménée
Subir les honteuses douceurs ;
L'amour en vain gronde et l'accuse-,
Sa jalouse fierté refuse
Des sujets à ses oppresseurs.
Sur la demande des généraux Milet-Mureau, Bcrnadotte et Dubois-Crancé, qui se succédèrent au ministère de la guerre, le général Dupont conserva auprès d'eux, à la direction des armées, les hautes fonctions qu'il avait précédemment remplies avec tant de distinction.
Lorsque Bonaparte revint d'Egypte, le général Dupont alla lui rendre visite à l'hôtel de la rue Chantereine. « J'avais connu Bonaparte, écrit-il dans ses Mémoires; je vais le voir à son arrivée et lui remets, comme un cadeau unique, l'État de toutes les troupes de la France, dont j'avais seul le secret. Il parut flatté de cet hommage rendu à sa célébrité et qui semblait, de ma part, un pressentiment de son élévation. Ses négociations politiques étaient déjà entamées, il marchait à son but et cherchait à se faire des partisans. Son déjeuner est servi et il me presse de le suivre. Nous entrons dans une pièce qu'une table de cinq couverts emplissait tout entière. Joséphine, Hortense, Lucien viennent s'y placer avec nous. Quel est mon étonnement? Ce ne sont plus des détails sérieux de guerre qui occupent Bonaparte, comme dans les premiers moments de ma visite ; il prend gaiement à parti les plus hauts personnages du temps, blâme tout ce qui se fait, et, sans changer de ton, s'écrie : « N'est-ce pas, général Dupont, que nous jetterons tout cela par la fenêtre? »
DE I78I A MARENG0 6f)
« J'allais répondre, lorsque voyant Lucien si étonné, ou plutôt si épouvanté de celte sortie, je crus devoir laisser tomber ce propos vraiment extraordinaire. La conversation change, mais l'émotion de tous ceux qui étaient dans le grand secret restait la même. Dans ce moment, une petite porte s'ouvre et l'on voit paraître la figure de Sieyès, président du Directoire et chef du parti antijacobin. L'éclair n'est pas plus rapide ; Bonaparte jette sa serviette, se lève et entraîne Sieyès dans une autre pièce.
« L'air mystérieux qui accompagnait cette visite, l'étonncment de Lucien qui, ne connaissant pas mes opinions, craignait apparemment que Bonaparte ne se fût trahi en parlant de jeter le Gouvernement par la fenêtre, me firent comprendre sur quel terrain je me trouvais. La révolution de Saint-Cloud s'avançait, en effet, et j'étais destiné à y jouer un rôle moins important que celui que m'avait réserve Sieyès dans le plan qui, avant l'arrivée de Bonaparte, devait arrêter la marche du parti jacobin. »
C'est au cours de ces graves événements que commença à s'affirmer le dévouement du général Dupont envers Bonaparte, dévouement qui fut toujours absolu et désintéressé, et que l'Empereur reconnut finalement par des procédés réellement odieux et une ingratitude peut-être sans exemple. — Quelques jours avant le 18 brumaire, le général Dupont fit au Directoire une proposition ayant pour objet de conférer au général Bonaparte le commandement en chef des trois armées d'Allemagne, d'Helvélie et d'Italie. Il en informa Bonaparte. « Il fut frappé de cette confidence, écrit le général Dupont, et me remercia de l'idée que j'avais conçue pour sa gloire personnelle et celle de la France ; mais ramené surle-champ, dans sa pensée, au mouvement qui se préparait et qui lui offrait encore une plus vaste arène, il fit des objections, tout en reconnaissant la sagesse et l'utilité de ce plan de guerre (1). »
Chargé de l'intérim du ministère de la guerre pendant les journées du 18 et du 19 brumaire, le général Dupont se trouva constamment aux côtés de Bonaparte, à Paris et à Saint-Cloud, et assista à toutes les péripéties des événements qui marquèrent la chute du Directoire et la transformation du gouvernement de la France.
Un nouveau ministère ayant été formé, le Premier Consul confia le portefeuille de la guerre au général Berthier. « Lorsque je dirigeais le Cabinet topographique près du Directoire, écrit le général Dupont, le général Berthier, chef de l'état-major de l'armée d'Italie sous Bonaparte, m'adressait les relations de tous les événements militaires, et je les publiais comme pièces officielles. Ces rapports fréquents, auxquels la célébrité des campagnes d'Italie donnait un si vif intérêt, avaient déjà formé entre nous une liaison étroite, sans nous connaître personnellement. Investi du ministère, il m'engage à continuer le travail dont j'étais chargé et qui embrassait toutes les dispositions relatives aux armées. J'accepte cette proposition et je conserve en même temps un travail particulier avec le Premier Consul. Chaque jour, je me rendais au Luxembourg à cet effet ; le ministre n'en concevait aucun ombrage et ce concert de tous les travaux donnait une activité nouvelle aux opérations militaires (2). »
(1) Mémoires inédits du général Dupont.
(2) Mémoires inédits du général Dupont.
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Campagne de 1800. — La campagne de 1800, on Italie, allait donner au général Dupont l'occasion de faire preuve de ses hautes qualités d'activité, de bravoure et de science de la guerre.
Entre l'armée d'Italie, sous le commandement de Masséna, en partie défendant Gènes et en partie sur le Var, et l'armée du Rhin, sous les ordres de Moreau, le Premier Consul avait résolu de jeter une masse importante qui prît à revers, dans la vallée du Pô, l'armée autrichienne du feld-maréchal de Mêlas, maîtresse de toute l'Italie à l'exception de la rivière de Gênes. Un arrêté du 8 mars 1800 ordonna la formation d'une armée de réserve forte de 60 000 hommes, dont les différents corps se mettraient immédialemeut on marche sur Dijon, où ils seraient cantonnés dans les villes, à vingt lieues à la ronde (1). Pendant le mois de mars, le ministre de la guerre et le général Dupont donnèrent tous leurs soins à la formation de cette armée.
Aux termes mêmes de l'Arrêté du 8 mars (art. 2), l'armée de réserve devait être directement commandée par le Premier Consul. Pourtant, voulant se réserver la direction suprême des opérations, de la vallée du Mein aux côtes de la Méditerranée, Bonaparte jugea bon de désigner un général en chef pour l'armée de réserve ; son choix se porta sur Berthier, qui avait été son chef d'état-major pendant la campague d'Italie. « C'est ici, dit le général Dupont dans ses Mémoires, que je dois placer une anecdote ignorée et singulière. J'entre dans le cabinet du ministre ; il dictait une dépêche télégraphique à son premier aide de camp, le colonel Dutaillis, aujourd'hui lieutenant-général. » — « Je donne, me dit-il gaiement, le commandement de l'armée de réserve; devinez à qui:* » — Je réponds aussitôt et sur le même ton de gaieté : « C'est à vous-même. » — « Comment, répliquet— il, voilà l'ordre du Premier Consul et je le transmets ; devinez donc. » Frappé moimême de l'inspiration de ma réponse, « oui, ajoutai-je, c'est vous qui devez commander cette armée que nous avons mis tant de soin à créer. Voyez quelle occasion s'offre à vous ! Vous n'avez jamais commandé en chef, songez à votre gloire personnelle ; le Premier Consul ne peut pas vous refuser ce commandement. Vous l'avez suivi comme chef d'étatmajor dans sa conquête de l'Italie, marchez sur ses traces comme général en chef. »
« L'émotion dont j'étais animé passe dans Berthier. Frappé à son tour de la perspective glorieuse que je lui présente : « Je crois, me dit-il, que vous avez raison. Je vais trouver le Premier Consul ; si je pars, vous viendrez avec moi. » — « Oui, sans doute, je vous suivrai ; allez, et revenez général en chef. » Il se rend aussitôt aux Tuileries ; il s'explique et il ose, pour la première fois peut-être, émettre un vœu devant Bonaparte. — Quelle surprise accueille d'abord sa proposition ! « Quoi, vous, Berthier, vous voulez commander une armée ! » Mais changeant bientôt de langage, le Premier Consul ajoute : « J'entre dans cette idée, cela me convient aussi. Vous avez été mon compagnon d'armes,
(1) L'armée de réserve se concentra effectivement à Dijon et aux environs. Il n'est donc pas exact que le Premier Consul ait fait cette désignation de Dijon pour tromper les espions des puissances étrangères.
CARTE GÉNÉRALE DE il»