‹ Le général Dupont (volume 2)Chapitre 84 sur 97 · VIST CLE ET LA.PRE05.L · texte numérisé non relu

VIST CLE ET LA.PRE05.L

MOHRUNGEN l\ \ I

Poson, icr décembre 1806, 7 heures du soir.

L'intention de l'Empereur. M. le Maréchal, est que vous parliez de Francfort le 3, avec votre corps d'année, pour être rendu le 7 à Posen ; si cependant le temps était par trop mauvais et qu'il v ait de grandes pluies, \ous pourrez prendre un séjour en route. Envoyez-moi l'itinéraire de \olre marche afin que je sache où vous donner des ordres.

Un ordre de mouvement, du 3 décembre 1806, régla ainsi qu'il suit les mouvements du Ier Corps d'armée :

La 3" division partira de Reppcn, demain l\, à G heures du matin et ira cantonner le même jour,

à Schermeisel, Grochow et environs.

Le 5, à Schilln et environs.

Le 6, à Pinne —

Le 7, à Ramioneck, Tarnowo et environs. Le 8, elle se dirigera sur Jcrzycc (nouveaux ordres).

La 21" Division partira de Francfort-sur l'Oder, demain L\, à 5 heures du matin ; elle ira cantonner le même jour,

à Zielcnzig et environs.

Le 5, à Belschc —

Le 6, à Durrehund —

Le 7, à Mlodawsko, Gay, Sierpowko et environs. Le 8, elle se dirigera sur Jcrzycc (nouveaux ordres).

La i1'' Division, commandée par M. le général Dupont, partira de Francfort-sur-1'Oder, demain [\, à 7 heures du matin, et ira cantonner le même jour,

A Hcinersdorf-Mahl, Langenfeld et environs, passant par Kùnersdorf, Zohlow, Kohlow, Zerbow et Drossen.

Le 5, à Meseritz, Bobelwitz, Politzig et environs, passant par Zielenzig, Schermeisel, Grochow, Tcmpel et Kurziger-Mahl.

Le G, à Lewitz cl environs, passant par Bctsche et Schilln.

Le 7, à Podrzcwic, Senkowo, Wilczyn et Roszki, passant par Linde, Durrehund, Pinne et Chelmno.

Le 8, elle se dirigera par Bytin, Mlodawsko, Gav, Ramioneck, Tarnowo, Sady, Swadzim, Michalowo et Sykkowo, sur Jerzyce, où elle recevra de nouveaux ordres pour ses cantonnements.

Le Grand Parc d'artillerie partira de Falkcnhagen demain 4. passera l'Oder à Francfort et ira cantonner le même jour,

à Drossen et environs.

Le 5, à Schermeisel, Grochow et environs. Le 6, à Belsche et environs.

Le 8, à Tarnowo, où il recevra de nouveaux ordres. Le Quartier Général et Administrations iront : Le l\, à Zielcnzig.

Le 3, à Meseritz.

Le 6, à Linde.

Le 7, à Bytin.

Le 8, à Posen.

Le Prince sera le !\ à Meseritz et le 5 à Posen.

4^2 LE GÉNÉRAL THPONT

Le Journal des marches et cantonnements de la division Dupont, donne les détails suivants de la marche jusqu'à Margonin :

Le 4. les régiments composant la Division du général Dupont (9e léger, 32e et 96" de ligne) furent dirigés sur Poscn et allèrent coucher le même jour à Langcnfeld, 8 lieues de Francfort. Le temps, qui, depuis le départ de Lùbeck, avait été presque constamment pluvieux, devint extrêmement froid ; il neigea toute la journée.

5 décembre (10 lieues^). — La marche fut continuée le lendemain par un froid excessif. Le quartier général fut porté à Mescritz avec deux bataillons, et le gros delà Division cantonna dans les villages voisins de cette petite ville, déjà occupée par le prince de Ponte-Corvo et son état- major.

6 décembre (7 lieues). — On se rendit le 6 à Lcvvitz. Le général Dupont, son état-major, et un bataillon du 3ae s'établirent dans ce petit village. Les autres troupes furent dispersées dans les villages environnants.

7 décembre (S lieues). — Poursuivant sa marche, la Division alla coucher à Podrzewic et environs. Ce village est si pauvre, que le général et ses aides de camp logèrent dans une maison de paysan, pêle-mêle avec la famille.

8 décembre (10 lieues), 9 décembre (8 lieues). — Au lieu de se rendre à Posen, comme le portait l'ordre primitif, la Division se dirigea sur Obornik où elle arriva à 5 heures du soir, et le lendemain 9 sur Wongrowitz, où elle devait attendre de nouveaux ordres. Mais cette petite ville offrait si peu de ressources pour pourvoir aux besoins du soldat, cjue le général Dupont envoya à quelques lieues en avant le capitaine Barbarin, son aide de camp, pour désigner d'autres cantonnements. D'après les renseignements recueillis, cet officier fil le logement de la troupe à Gollantsch et à Margonin, et celui du quartier général dans un château situé à un quart de lieue de cette dernière ville, et appartenant à M. Skorzenski, président de la Chambre de Brombcrg. Le mouvemenl eut lieu dans la journée du 11. Ce fut le seul logement convenable qvii put être donné au général depuis son départ de Berlin.

Les troupes restèrent dans cette position les 12, i3, i4 et i5 décembre (1).

Le quartier général du Ier Corps d'armée fut successivement à Berlin le 29 novembre, à Herzfelde le 3o, à Mùnchberg, le Ier décembre, à Francfort-sur-1'Oder les 2 et 3 décembre, à Zielenzig le 4, à Meseritz le 5, à Neustadt le 6, à Bytin le 7, à Posen, le 8, à Pobiedisko le 9. — La cavalerie légère est momentanément détachée du Corps d'armée. La 2e division a ses cantonnements, du 9 au iô décembre, à Wongrowitz et dans les villages des environs; la 3e division est à Riszewo, Modliszewo et environs. Le prince de Ponte-Corvo reste à Posen jusqu'au 10.

Le bataillon du 32e, qui était resté à Lùbeck, rejoint sa division le i4 décembre. — Le 2e bataillon du 45e est détaché à l'escorte des prisonniers.

Le général Faultrier arrive au quartier général et prend le commandement de l'artillerie du Corps d'armée.

A la date du i5 décembre, la situation du ier Corps, non compris la cavalerie légère et le 2e bataillon du 45e, présente les effectifs suivants :

(1) Archives Dupont.

ira Division

rai

9e d'Inlantie 32e de ligne 96'' de ligne

légère

1 73o hommes 1 716 —

370 chevaux.

8e de ligne 45e de ligne 54'' de ligne

Total.

5 584 hommes

370 chevaux.

2e Division

27° d'infanl'1 94P de ligne 95p de ligne Artillerie .

légère

Total.

4 275 hommes

383 chevaux.

3e Division

îd Parc d'Artillerie

Total.

Total Général.

4 982 hommes

i5 483 hommes

425 chevaux.

1 655 chevaux.

Pendant son séjour à Posen, du 28 novembre au i5 décembre, Napoléon avait acheminé tous ses Corps d'armée vers la Vistulc. Sachant que les Russes, appuyés à leur droite par les i5 000 Prussiens du général L'Estocq, s'étaient avancés dans les vallées de la Narew et de l'Wkra et occupaient en force le confluent de ces rivières, ainsi que la région qui s'étend de Pultusk à la Yistule et à Varsovie, il avait réparti toutes ses troupes en trois grands groupes : la gauche, formée des Corps des maréchaux Bernadotte et Ney et d'une réserve de cavalerie commandée par le maréchal Bessières ; le centre, composé des Corps des maréchaux Soult et Augereau ; la droite, formée du Corps de Lannes, du Corps de Davout, de la Garde et des réserves.

Maître du cours de la Vistule par Varsovie, où Murât et Davout étaient entrés le 28 et le 3o novembre, et par Thorn d'où le maréchal Ney avait, par un coup d'audace, chassé les Prussiens, l'Empereur avait formé le projet de faire exécuter à son armée un grand mouvement de conversion en pivotant sur sa droite à Varsovie, et de pousser sa gauche en avant, de façon à séparer les Russes du versant maritime, très bien cultivé, qui longe la Baltique de Danzig à Kônigsberg, et à les rejeter dans les plaines boueuses de la Pologne, pauvres et peu peuplées, couvertes de forêts et presque impraticables en hiver.

Informé par le Major Général du rôle qui lui était destiné, le maréchal Bernadotte adressa à l'Empereur la lettre suivante :

Sire,

Le Major Général m'a prévenu que l'intention de V. M. était de me détacher pour me porter sur Elhing, hlocpaer Danzig et Graudenz, m'emparer de ces places, et couvrir tout le has de la

\f\\ LE GÉNÉRAI. DUPONT

Vistule, en menaçant Kônigsberg. J'ai, de suite, répondu au Major Général, et je lui ai dit que

je n'attendais que les ordres définitifs de Votre Majesté pour entreprendre le plan d'opérations dont Elle daigne nie confier l'exécution.

Le général Rivaud, à qui j'avais prescrit d'envoyer des détachements, pour resserrer la garnison de Graudenz, me rend compte que cinq bataillons composant celte garnison, avec environ trois cents hussards, se sont retirés dans la place, et que les reconnaissances de cavalerie ne s'éloignent pas à plus d'un mille de la ville.

Le général Rivaud me marque aussi qu'un détachement considérable sorti de Danzig s'est avancé sur Konitz et Flatovv, et a poussé un parti sur Bromberg, qnc ce parti est entré dans la ville, a sabré des factionnaires et pillé un magasin. Le peu de troupes qui s'y trouvait a pris les armes, et après quelques coups de fusil, le détachement ennemi s'est enfui. Dès que le général Rivaud en a été instruit, il a disposé des petits dépôts de la a" réserve de cavalerie que j'avais engagé le maréchal Bessières à envoyer à Thorn pour se refaire. Les chevaux les plus en état ont été dirigés sur Bromberg, afin de couvrir ce point. Le commandant de Bromberg s'en servira pour pousser des reconnaissances aussi loin que les forces ennemies le permettront. J'ai été très satisfait, dans cette circonstance, du zèle et de l'activité du général Rivaud.

Dès que Votre Majesté m'aura autorisé à exécuter mon mouvement sur Elbing, je ferai serrer Graudenz de très près, et je mettrai tous mes efforts à me rendre maître de cette place. Je ferai également attaquer la garnison de Danzig, si elle tient encore la campagne, et après l'avoir renfermée dans ses murs, je ne négligerai aucun moyen pour la forcer à capituler.

La prompte reddition de Danzig et Graudenz aurait le double avantage de rassurer tous les Seigneurs Polonais qui sont voisins de ces places, et d'enlever au Roi de Prusse la majeure partie des ressources dont il dispose encore, en recrues, en contributions et en approvisionnements.

En même temps que ces opérations se poursuivront, j'espère pouvoir réussir, si Votre Majesté m'y autorise, à forcer le reste de l'armée prussienne à se retirer derrière la Prégel.

Je suis avec le plus profond respect...

J. Beunadotte.

A Krzynowloga-Wielka, le 6 décembre 1806.

L'Empereur quitta Posen dans la nuit du 1 5 au 16 décembre, pour se rendre à Varsovie. Avant son départ, le Major Général prescrivit au maréchal Bernadotte de se rendre à Thorn :

Posen, i5 décembre.

L'Empereur, M. le Maréchal, me charge de vous faire connaître qu'il sera demain au soir, à Klodavva, et probablement le 17 à Lowicz et le 18 à Varsovie; il est donc nécessaire que vous dirigiez vos dépêches sur Klodavva.

L'Empereur, M. le Maréchal, ordonne que vous partiez demain 16, avec votre corps d'armée, pour vous rendre à Thorn, où il est nécessaire que de votre personne vous soyez rendu le 17, ainsi qu'une brigade d'infanterie et 0 pièces de canon cpii pourraient y être rendues le 17 au soir.

Aussitôt votre arrivée à Thorn, vous y prendrez position, et la division Levai, qui y sera avant vous, en partira pour se diriger sur Gollup, conformément aux ordres qu'elle a reçus.

Quant à vous, M. le Maréchal, vous attendrez des ordres à Thorn.

En exécution de ces instructions, le prince de Ponte-Corvo fit immédiatement les dispositions nécessaires pour que ses troupes se missent en route le 16, de grand matin, et se rendissent à marche forcée à Thorn. Il adressa au général Dupont l'ordre suivant :

GRANDE ARMÉE i1'' Corps

MOIIRUNGEN 445

An Quartier Général à- Pudwitz, le iG décembre 180G, à deux heures du matin.

Il doit y avoir une bataille en avant de ïhorn ou de Varsovie, clans la journée du 19.

S. M. l'Empereur a ordonné que le Corps d'armée soit rendu à Thorn dans la journée du 18. et que votre première brigade arrive dans cette ville avec six pièces de canon de votre artillerie le 17 au soir.

Ainsi donc, sans avoir égard à l'ordre de marche qui vous a été adressé hier soir, vous dirigerez vos troupes sur Maydau, en arrière de Thorn, par Bataillons ou Compagnies, des points où elles se trouvent cantonnées, et lorsqu'elles seront arrivées là vous les réunirez pour qu'elles restent ensemble et en ordre à Thorn.

Forcez de marche et employez tous vos moyens pour arrivera Maydau et Thorn le 17 avec quatre Bataillons et six pièces de canon, et pour que le 18 le reste de votre Division puisse entrer à Thorn.

J'ai l'honneur de vous saluer,

Le Général Chef de l'Etat- .Major.

P. -S. — Le Prince de Ponte-Corvo sera rendu à Thorn le 17. Il est nécessaire que vous le fassiez prévenir par aperçu du nombre de troupes que vous pourrez faire entrer dans cette ville le même jour (1).

La division Dupont reçut cet ordre à trois heures du soir, le iG. Elle se mit en route par des chemins affreux, et fournit en une seule marche cette étape réellement extraordinaire et peut-être sans exemple, de vingt-cinq lieues. « Je ne puis oublier, écrit le général Dupont, la marche la plus pénible que jamais un corps de troupes ait faite. Le iG décembre, ma diYÏsion était à Margonin, et je reçois l'ordre de me rendre, dans une seule marche, à Thorn, distant de 25 lieues. Cet ordre me parut d'abord donné par mégarde, mais, dans l'incertitude, je l'ai fait exécuter à travers des chemins où l'on courait le danger de se perdre dans des gouffres. Les drapeaux étaient quelquefois portés en avant, moyen suprême d'encourager le soldat et de lui faire tout surmonter (2). »

Le Journal des marches et cantonnements de la division Dupont mentionne ainsi cette marche :

16 décembre (25 lieues). — Le 16, vers trois heures du soir, les troupes reçurent ordre de quitter leurs cantonnements et de se rendre en une seule marche à Thorn. Bien qu'il y eût 25 lieues à franchir et que le temps et les chemins fussent extrêmement, mauvais, la tète de la colonne arriva dans cette place le 17, à neuf heures du soir, et toute la Dhision s'y réunit dans la journée du lendemain. — Le pont sur la Vislule avait été brûlé peu de temps auparavant par les Prussiens, en abandonnant la ville au maréchal Ney (3).

(1) Archives Dupont.

(■2) Mémoires inédits du général Dupont.

(3) Archives Dupont .

546 l .K GÉMÉHAL DUPONT

Ainsi, eu trente heures consécutives, la division Dupont avait franchi une distance de vingt-cinq lieues, sous la pluie et la neige, par des chemins épouvantables où hommes et chevaux couraient le risque de s'enliser parfois dans de véritables gouffres de boue.

Le quartier général du Ier corps, parti de Pobiedisko le 16, arriva le i8à 'fhorn. Dans cette même journée, les 2'' et 3° divisions et le grand parc, qui avaient quitté leurs cantonnements le 16, de grand matin, se réunirent au village de Maydau, en arrière de la ville. — Les troupes passèrent la journée du 19 sur leurs positions.

L'intention de l'Empereur étant de diriger les opérations vers la Narevv, il donna le commandement de son aile gauche au prince de Ponte-Corvo, à qui le major général écrivit la lettre suivante :

Sompolno, 17 décembre 1806, 2 heures du matin.

L'Empereur ordonne, M. le Maréchal, que vous laissiez une de vos divisions pour garder Thorn, et que vous vous dirigiez avec les deux autres sur Gollup et Rypin, pour appuyer le maréchal Ney. S. M. se trouvant entièrement séparée de ce corps d'armée qui a passe à Thorn et qui est sur la rive droite, son intention est que, comme le plus ancien maréchal, vous preniez le commandement sur le maréchal Bcssières et sur le maréchal Ney.

Les événements qui se passeront sur la Narevv décideront des mouvements des corps des maréchaux Ney, Bcssières, et du vôtre. Le but du moment est de marcher sur l'Ultra, d'inquiéter la droite de l'ennemi et se mettre en communication directe sur la droite sur Zakroczvm, qu'occupe le maréchal Augereau.

Je vous envoie copie de l'ordre donné au maréchal Bcssières et au maréchal Ney, et des ordres qui leur font connaître qu'ils sont aux vôtres.

Le maréchal Ney avait reçu de Posen, le i4 décembre, l'ordre de concentrer ses forces sur la rive droite de la Vistule, du côté de Gollub, avec son avant-garde vers Rypin. Aussitôt l'arrivée du maréchal Bernadotte à Thorn, la division Levai en partirait pour se porter sur Gollub, afin de soutenir le maréchal Ney.

De Posen, le i5 décembre, il avait été prescrit au maréchal Bessières de se porter sur Biezun et d'envoyer des partis sur Soldau et Plonsk, le long de l'Wkra, de manière à se réunir avec la cavalerie du maréchal Augereau et avec celle du Grand-Duc de Berg, et à couvrir les mouvements du maréchal Ney, se dirigeant de Thorn sur Pultusk, par Rypin et Biezun. — Le maréchal Soult, tenant la droite du maréchal Ney, se dirigeait sur Plonsk.

La 2e réserve de cavalerie, distincte de la réserve placée sous les ordres directs du Grand-Duc de Berg, était composée de 4 divisions :

i° Une division de cavalerie légère, prise au ier corps, et commandée par le général de division Tilly ;

20 La 2e division de dragons, aux ordres du général Grouchy ;

3° La 4e division de dragons, commandée par le général Sahuc ;

4° La 2e division de cuirassiers, sous les ordres du général d'Hautpoul.

Cette réserve de cavalerie avait été organisée sous le commandement du maréchal Bessières, afin de balayer tout le pays situé entre l'Wkra, la Drevvenz et la Vistule, d'occuper Biezun, Plonsk, Plock, et de pousser des partis sur Soldau, Neidenburg, Willenbcrg, Chorzele et Prasnysch. Elle devait se lier par sa gauche avec le corps du maréchal Ney, cl

MOHRVNGEN 4^7

détruire tous les partis qui auraient pu se trouver entre sa droite et les différents corps d'année marchant sur Pullusk.

De Thorn, le 18 décembre, le maréchal Bernadette rendit compte de la situation à l'Empereur, par la lettre suivante :

Sire,

J'ai transmis hier au Major Général les renseignements que j'avais pu recueillir sur les positions de l'ennemi ; les rapports que j'ai reçus" depuis confirment que les Russes sont rassembles entre Pultusk et Willenberg, ayant de fortes avant-gardes sur Mlawa et Lautenburg. Les troupes prussiennes tiennent la droite de la ligne ennemie ; leurs détachements ont paru à dix lieues d'ici sur les routes d'Osterode et de Graudenz.

Le maréchal Ney est à Gollub ; je l'appuie avec deux de mes Divisions. J'ai ordonné qu'il soit jeté deux ponts sur la Drewenz, afin de pouvoir manœuvrer plus facilement sur les deux rives.

Le général Colbert avec la cavalerie du 6n corps observe Graudenz et Osterode, mais la faiblesse de cette cavalerie l'oblige à être toujours en alerte. J'ai invité le maréchal Bessières à envover à Rvpin au moins une brigade qui pourra se porter de suite sur notre gauche pour appuyer le général Colbert.

Le maréchal Bessières fait aujourd'hui un mouvement sur Plonsk et Biezun ; il s'est montré hier plusieurs partis dans tous ces environs.

Si je dois me porter en avant, sans avoir reçu les ordres de Votre Majesté sur l'instruction à donner au commandant qui restera à Thorn, je lui en laisserai une et je ne négligerai rien pour la sûreté de ce point important.

Je supplie Votre Majesté d'être assurée que je ferai tout ce qui dépendra de moi pour justifier la confiance dont elle veut bien m'honorer.

Je suis avec le plus profond respect.

Sire, De Votre Majesté Impériale et Royale, Le très humble et très obéissant serviteur et fidèle sujet.

J. Bernadotte.

A Thorn, le 18 décembre 1806.

Les emplacements des troupes du icr corps et leurs mouvements pour le 18 et le 19 décembre, furent arrêtés ainsi qu'il suit :

Au Quartier Général à Thorn, le 18 décembre 1806. Emplacements du ■lrr Corps d'armée pour le 18 décembre.

Deux bataillons dans les trois faubourgs de Thorn, sur la rive droite de la Vistule. Un bataillon au village de Makrow, à un quart de lieue en avant de la ville. Trois bataillons dans la ville de Thorn. L'artillerie à Thorn.

2e DIVISION

A Podgorz, Maydau, Kozybor, Kl. Nieszewke et tout ce qui est environnant ces quatre endroits dans le rayon d'une lieue et demie environ.

/j/|8 LE GÉNÉRAL Dl POHÏ

3e DIVISION

A Thorn en totalité; on donnera, à son arrivée, une destination à son artillerie.

Par Ordre du Prince de Ponle-Cono,

Le Général Chef de ['État-Major Gal, J. Maison.

Au Quartier Général à Tliorn, le 19 décembre 1806. Ordre de Mouvement pour le 1" Corps d'armée.

lTe DIVISION

La irc Division partira demain 20 du courant, à 7 heures précises du malin : elle se dirigera sur Leibitsch où elle passera la Drewcnz, elle, suivra ensuite la route de Lipno jusqu'à Dobrzejowice où le général Dupont appuiera la gauche de ses cantonnements ; il en étendra la droite jusqu'à Stecklineck inclusivement, ayant pour ligne de démarcation sur ses derrières la route de Lipno.

Il occupera en avant de cette ligne tous les villages jusqu'au ruisseau qui se jette dans la Drewentz au moulin de Dulnik.

La gauche se prolongera jusqu'à la rivière depuis Dobrzejowice par Lonzinck, Malszyce et Ziechocin.

2 e DIVISION

La 2e Division aura le 54e régiment à Thorn.

Le 8e cantonnera sur la route de Kulrn en avant de Thorn jusqu'à Biskopice, occupant les villages à droite et à gauche de cette route à une demi-lieue de distance.

Le bataillon du 45e régiment sera établi dans les villages depuis Thorn jusqu'à Leibitsch inclusivement ; il occupera à la gauche de celte route Popowo, Grymboczyn, Ilogowo, Rogowko, Brzenzynkow, Dzida et tous les villages intermédiaires.

L'artillerie sera placée à Mokra-Weishoff.

3e DIVISION

La 3e Division partira demain de Thorn, à 8 heures du matin ; elle sera cantonnée depuis Gastkowo, jusqu'à Kowalewo inclusivement.

Le général Drouct occupera Kulmsce par quatre compagnies de voltigeurs, et communiquera de ce point avec le général Colbert établi à Kulm et chargé d'observer la place de Graudcnz avec la cavalerie légère sous ses ordres.

Le Général Drouet communiquera de même par la droite avec le maréchal Ney qui se trouve à Gollub.

Monsieur le Général Dupont aura son quartier général à Obrowo,

Le Général Rivaud à Thorn,

Le Général Drouet à Turzno.

Si M™ les Généraux de Division jugeaient à propos de changer leur quartier général, ils en donneraient avis de suite, pour qu'il n'y eût point de retard dans l'expédition des ordres ; ils se tiendront toujours prêts à marcher et enverront à l'Etat-Major l'emplacement de Mrs les généraux de brigade et colonels.

Le Grand Parc d'artillerie restera à Stuczewo jusqu'à nouvel ordre.

Le Quartier Général de S. A. restera à Thorn jusqu'à nouvel ordre.

Messieurs les Généraux Dupont et Drouet laisseront dans cette ville un officier chargé de leur porter des ordres, lequel fera connaître son logement à l'Etat-Major.

Le Général Chef de l'Etat-Major Gal J. Maison.

MnilIUNGEN /|/|j)

arrivé à Varsovie, dans la nuit du 18 au 19 décembre, Napoléon fit immédiatement ses dispositions pour attaquer l'ennemi, afin de l'éloigner de la Vistule et de pouvoir prendre ses quartiers d'hiver. Le major général donna des instructions au maréchal Bernadette sur les mouvements que devait exécuter l'aile gauche de l'armée :

Varsovie, io, décembre 1806.

Je nous ai l'ait connaître les ordres de l'Empereur datés de Sompolno, et dont je vous envoie copie, n'ayant pas reçu de réponse de vous.

Vous devez manœuvrer avec vos deux corps d'armée, de manière que le maréchal Ney soit la gauche, et votre corps la droite, mais en vous trouvant cependant à portée de vous réunir et de combattre ensemble. L'ennemi parait être très en force à Pultusk et sur la Narcw, et avoir une sorte d'avant-garde à Plonsk sur l'Y\ tara. Le 2 1 ou le 22, toute l'armée qui est à Zakroczym aura passé et se joindra à vous. Nous occupons Wiszogrod et votre marche balayera la rive droite de ï'Wkra; vous couperez vraisemblablement quelques escadrons de l'armée prussienne.

Du moment que voire cavalerie" se sera mise en communication avec Wiszogrod, vous communiquerez avec le grand quartier impérial, par là. Vous n'avez pu manquer de m'écrire tous les jours, aussi m'attendai-je à connaître les mouvements que l'ennemi a faits sur la rive droite de la Vistule.

Si l'ennemi n'avait pas à Plonsk une force capable de vous en imposer, l'Empereur ne verrait pas d'inconvénient à ce que le 2 1 ou le 22 vous l'attaquassiez là ; d'ailleurs, nous recevrons d'ici-là de vos nouvelles.

Le lendemain, nouvelle lettre du maréchal Berthier :

Varsovie, 20 décembre.

Aujourd'hui, M. le Maréchal, nous n'avons pas encore reçu de vos nouvelles de Thorn, si ce n'est du 17.

L'intention de l'Empereur est que vous manœuvriez avec prudence sans trop vous engager ; avant tout, il est bien nécessaire cpie votre communication se trouve établie avec Zakroczym. Le pont ne pourra èlre établi cpie le 23 ou le 24 ; mais cela n'empêche pas que nous n'ayons de gros corps de la cavalerie sur la rive droite. Tout le corps du maréchal Augereau a passé; mais toute la cavalerie du Grand-Duc ne pourra être à la rive droite que quand le pont sera achevé, c'est-à-dire le 23 ou le 2l\.

Vous sentez combien il est important, M. le Maréchal, d'avoir de vos nouvelles : expédiezmoi un officier tous les jours, et je vous le répète, ne communiquez point avec des courriers, l'Empereur le défend : ils sont faits pour courir sur les grandes routes et non pour porter les ordres de l'armée.

DeRypin, le 22 décembre, à 6 heures du matin, le prince de Ponle-Gorvo écrit au major général pour lui accuser réception de sa dépèche du 19 et lui rendre compte de la situation. Il va exécuter les dispositions prescrites par l'Empereur. Le maréchal Ney se porte sur Mlawaoùil sera rendu demain. Les deux divisions du Ier corps se rendent à Biezun et en avant. La cavalerie de Bessières soutiendra ce mouvement ou le précédera, suivant la nature du terrain. Le maréchal Bernadolle a cru devoir marcher droit sur Ciechanow, ayant le maréchal Ney à sa gauche et se dirigeant de manière cpie le centre de ce maréchal se trouve à Mlawa en même temps que les deux divisions du Ier corps seront à Miszoka et Radzanow, en avant de Biezun; il pourra alors, suivant les circonstances, manœuvrer Le Général Dupont. ay

LE GENERAL nri'ONT

sur sa droite ou sur sa gauche. Il n'y avail que des partis sur la rive droite de l'Wkra; ils ont été chassés par la cavalerie de Bessières. La communication avec Augereau esl établie. — Le prince de Ponte-Corvo sera ce soir à Biezun ; il prie Le major général de lui rendre sa cavalerie légère (division Tilly, mise à la 2e réserve) ; il a failli être enlevé, parce que toute la cavalerie étant à plus de vingt lieues sur la droite, il a dû faire ses reconnaissances, seul, avec une escorte de quinze hommes seulement. — Le général Bivaud reste à Thorn.

En même temps, le maréchal Bernadotlc donne au général Dupont Tordre de se rendre à Rypin :

Au Quartier Général à Rynin, le 22 décembre, à 6 heures du matin.

Au général Dupont, à Obrowo.

Au reçu de la présente, mon cher Général, vous vous mettrez en mouvement pour vous rendre avec toute votre division à Rypin, où vous recevrez de nouveaux ordres ; il est essentiel epic vous marchiez serré, et que la tête de votre colonne arrive ce soir à Rypin : vous y viendrez de votre personne aujourd'hui. Vous préviendrez vos troupes qu'elles doivent se tenir prêtes à continuer ce mouvement demain.

Vous placerez votre division par échelons depuis Rypin jusqu'à deux lieues en arrière.

Vous pouvez envoyer de suite un officier à Rypin pour prendre les ordres pour la continuation de votre marche.

Agréez.

EUNAbOTTE.

P. -S. — Je vous préviens, mon cher Général, cpie le mouvement sera continué sur Biezun ; ainsi toutes les troupes qui seront restées ce soir en arrière de Rypin devront être réunies dans Rypin demain dans la matinée, afin de continuer leur marche de concert avec nous.

Comme il y a heaucoup de partis égarés, vous préviendrez vos troupes qu'elles doivent marcher serrées.

Dans la matinée du 23 décembre, la cavalerie du maréchal Bessières eut, à Biezun, un engagement assez vif avec les troupes du général L'Estocq. Le maréchal Bernadotte, commandant l'aile gauche de la Grande Armée, en rendit compte à l'Empereur par la lettre suivante :

Sire,

Comme je l'ai mandé au Major Général, je me suis rendu hier à Biezun. Le maréchal Bes sières y était déjà ; une partie de sa cavalerie occupait cette ville ; ce matin, l'ennemi vint attaquer nos postes qui étaient placés au delà de l'Wkra. Jusqu'à neuf heures, on crut que ce n'était qu'une reconnaissance, mais bientôt l'ennemi montra de l'infanterie en assez grand nombre et beaucoup d'artillerie. Quoique je n'eusse encore ici que deux compagnies d'infanterie, le maréchal Bessières fut d'accord avec moi pour repousser vigoureusement cette attaque et prendre l'offensive ; en un instant, tout ce qui était devant nous a élé culhuté et mis en déroute. Le Mal Bessières a l'honneur d'adresser à Votre Majesté, le rapport détaillé de cette affaire. Les résultats sont quatre à cinq cents prisonniers, quatre pièces de canon, un obusier et deux drapeaux. Nous avons perdu très peu de monde. Le Mal Bessières a été fort content des deux compagnies d'infanterie. J'étais là comme amateur, avec mes aides de camp. J'ai remarqué dans la charge du 6° de dragons les généraux Grouchy et Roget.

L'ennemi nous a montré de sept à huit mille hommes, dont plus de quinze cents de cavalerie. La division Dupont arrive aujourd'hui, ici : celle du général Drouct y sera demain.

Si, ce que je ne présume pas, l'ennemi nous attendait à quelques lieues d'ici, je le ferai attaquer, et nous manœuvrerons avec prudence,,

Le M'1 Ne) exécute son mouvement surMlawa, comme j'en ai rendu compte hier au Major général. Il a ce soir des troupes à Gurzno.

L'ennemi se retire sur Soldau et Neidenburg. Le Mal Ney pourra, peut-être, lui faire du mal.

Je suis

J. Behnadotte.

à Biezun, a3 décembre à 5 heures du soir.

Nos communications avec le Mal Augereau sont très bien établies.

L'Empereur comptait attaquer les Russes le il\- Il avait donné Tordre au maréchal Augereau d'établir un pont à Zakroczym, à l'embouchure du Bug dans la Vistule. Le 22 décembre, il ordonna au maréchal Davout de passer sur-le-champ le Bug avec tout son corps d'armée, et de se mettre en communication, vers Plonsk, avec le maréchal Augereau.

Après avoir passé deux jours à Thorn, le général Dupont se dirigea avec sa division, par Wola et Skomp, sur Stccklincck où il séjourna lc2i. Les régiments reçurent l'ordre de se garder militairement. Les troupes se remirent en marche le 22, à 4 heures du soir; elles arrivèrent à Rvpin le lendemain matin à 8 heures, s'y reposèrent trois heures et continuèrent leur route sur Biezun, où elles prirent position le 24, savoir : le o/ régiment d'infanterie légère à 7 beurcs du matin, le 32'' de ligne à m heures, et le 96° à 3 bernes du soir. Dans la soirée, ces trois régiments se portèrent à deux lieues en avant de Biezun, et s'établirent, dans les villages voisins de la route. Le quartier général de la division resta dans cette dernière ville où se trouvaient déjà le prince de Ponlc-Corvo et le marécbal Bcssièrcs. On y apprit que l'arrière-garde de l'armée prussienne avait été battue la veille par le général Roussel d'Hurbal, qui lui avait pris 000 hommes et 4 pièces de canon. La irH dixision resta dans cette position le a5 et 20 décembre (1).

Le 23 décembre, le major général faisait connaître au maréchal Bernadotte la position des différents corps de l'armée :

Varsovie, le a3 décembre 1806, 3 heures du matin.

Je profite de l'occasion que j'ai d'écrire à M. le Marécbal Soult, pour vous faire connaître In situation de l'armée ; quant à la position des maréchaux Bcssièrcs et Ney, nous attendons que \ous nous en donniez des nouvelles.

Le corps du marécbal Soult est parti de Plock et marche sur Plonsk.

Le maréchal Augereau est à Plonsk.

Le corps du maréchal Davout a passé le Bug, ainsi que la cavalerie du Grand-Duc de Berg.

L'Empereur, qui se rend au pont du Bug, vous expédiera de là des ordres vers neuf heures du malin, afin de vous faire connaître la direction que vous aurez à suivre. Si les renseignements que vous pouvez avoir vous donnent à croire epic l'ennemi soit en force à Pultusk, ou en tout autre endroit, il faut vous v diriger : l'important est de s'approcher de l'ennemi, d'établir votre communication avec les différents corps d'armée ; il vaut mieux être rassemblés que trop éparpillés.

(1) Journal îles marches et cantonnements de la division /'»/>»»/ Arch. Dupont .

f\5'2 LE GÉNÉRAI DUPOHT

Pressé de déloger les Russes des positions qu'ils occupaient dans les vallées inférieures de la Narew el de l'Wkra, pour les rejeter ensuite \ers les grandes plaine- boisées et marécageuses de la Pologne, Napoléon se transporta de sa personne, le 2.3 décembre dans la matinée, à Okunin, sur la Narew, au-dessous du confluent de l'W kra, pour diriger luimême les opérations. Un violent combat fut livré à Czarnowo, par la division Morand, du corps de Davout, el les Russes, battus, se retirèrent sur Nasielsk, suivis de près par la division Priant ; ils tentèrent de défendre ce point, dans la soirée du 2'i, mais, abordés vigoureusement, ils se retirèrent en loule bâte, poursuivis par les dragons.

L'Empereur appela immédiatement le marécbal Lanncs à Nasielsk, dans la crainte d \ être attaqué par des forces supérieures ; puis, le lendemain 20, de Slostowo, il lui prescrivit de s'élever sur la droite du corps de Davout, de remonter la Narew jusqu'à Pultusk et d'y construire une tète de pont. La division de dragons Becker était jointe au 5" corps. Ln même temps, il fit ordonner à Davout de se porter sur Golymin ; le major général écrivit au commandant du 3e corps la lettre suivante :

Slostowo, le 25 décembre 1806.

Le Major Général au Maréchal Davout.

Changez de direction, M. le Maréchal, et rendez-vous sur Slrzegoczsu, avec toute \otre cavalerie légère et la division Beaumonl; de là, rendez-vous sur Golymin en vous faisant éclairer sur Gicchanow où il parait que l'ennemi a encore des forces.

Le maréchal Larmes marche sur Pultusk, avec la division Becker.

Le maréchal Augercau marche sur Nowemiasto.

Le maréchal Soult marche sur Sochoczyn.

Les maréchaux Ney, Bernadotte et Bessières marchent sur Ciechanow.

Il parait que le maréchal Augercau a bien frotté l'ennemi hier à Kurzomb.

La cavalerie du général Rapp, les brigades de Marizv et Latour-Maubourg se dirigent sur Strzegoczyn. Les choses enfin commencent à se débrouiller.

Arrivé le 26 au matin en vue de Pultusk, le marécbal Lannes y trouva une armée de 43 000 Russes; il n'hésita pas à l'attaquer, quoiqu'il n'eût que 18000 soldats, en comprenant les dragons du général Becker. La bataille fut acharnée ; en dépit d'un temps affreux, de la pluie, de la neige et des rafales qui rendaient les mouvements des troupes très difficiles, nos soldats restèrent victorieux, et- l'ennemi profita de l'obscurité de la nuit pour se retirer. — Le même jour, les maréchaux Davout et Augereau culbutaient les Russes à Golymin, pendant que le marécbal Soult s'avançait sur Ciechanow sans rencontrer de résistance, et qu'à l'aile gauche, Ney, Bernadotte et Bessières continuaient leur mouvement de conversion vers la droite.

En quittant Thorn, conformément à l'ordre du 17 décembre, daté de Sompolno, le maréchal Bernadotte avait laissé sa 2e division (général Rivaud) pour tenir cet important débouché et observer la garnison de Graudenz; un régiment de cette division occupa Gollub. A Biezun, l'avant-garde de la réserve de cavalerie du marécbal Bessières eut un engagement très vif avec la cavalerie du général L'Estocq. <c Dans cette rencontre, une brigade de dragons, commandée par le général Roget,fit une belle charge et prit un étendard. L'ennemi, forcé de renoncer à son projet, se retira sur Mlawa (1). » De son côté, le

(ij Précis historique des campagnes du iur corps de la Grande Armée (Arcli. guerre).

MOIIIUNGEX 453

maréchal \ov cul une affaire liés brillante à Soldau, dont il chassa les Prussiens; le gêné rai L'Estocq, disposant de six mille hommes et d'une nombreuse artillerie, défendit cette position avec la plus grande opiniâtreté; la ville, entourée de marais, n'était abordable que par une longue et étroite chaussée (2G décembre).

Le quartier général du 1er corps d'armée était, le 23 décembre, à Rypin, et le lendemain à Biezun ; les irc et 3e divisions cantonnèrent dans les villages des environs, et y séjournèrent le 25 et le 26.

De Biezun, le i\ décembre, à midi, le maréchal Bernadotte informe le major général que les divisions Dupont et Drouel ont pris poste à Biezun. Le général Dupont se porte ce même jour un peu en avant sur Badzanowo et Olchewo, pour faciliter le mouvement du maréchal Ney qui se rend à Mlawa. La cavalerie légère aux ordres du général ïilly est en avant de la division Dupont. « Les dragons sont derrière moi, dit le prince de Porte-Corvo, et les cuirassiers en réserve... Les troupes sont ici, fort mal; elles sont sans pain, sans eau-de-vie. Les malades augmentent. » Il insiste pour qu'on rende au 1" corps sa cavalerie légère (division Tilly).

Les mouvements du ier corps, pour le 27 et le 28, furent réglés ainsi qu'il suit :

Au Quartier Général, à Bieszun, le a() décembre 180G. Ordre de Mouvement pour le i" Corps d'Armée pour le 27.

La 1 re Division partira de suite avec armes et bagages pour se rendre à Szrensk en passant par Sailowo et Mallocin.

Le général Dupont enverra son Chef d'Etat- Major à l'avance pour reconnaître les villages qui sont à deux lieues en avant de Szrensk et sur la route de Mlawa.

C'est là que la 1"' Division devra s'établir ce soir.

Le Capitaine adjoint Steck accompagnera l'Adjudant Commandant Pellegard dans cette reconnaissance.

La 3'' Division partira de suite avec armes et bagages et toute son artillerie pour se rendre à Szrensk en passant par Sarlowo et Mallocin.

Le général Drouct enverra son Chef d'État-Major à l'avance pour faire reconnaître les villages qui entourent Szrensk à une demi-lieue, pour y établir sa Division ce soir.

Le Quartier Général du Corps d'armée sera aujourd'hui à Szrensk.

MM. les Généraux de Division feront prendre, partout où ils en trouveront, du pain, de la farine et de la viande pour la subsistance de leurs troupes.

Par Ordre de S. A. le Prince de Ponte-Corvo, Le Général Chef de l'État-Major Général, J. Maison.

Au Quartier Général à Szrensk, le •>.- décembre 1806.

Ordre de Mouvement pour le ior Corps d'Armée.

La 1" Division occupera, demain 28, Mlawa par un Bataillon ; le général Dupont y établira son Quartier Général ; il placera le reste de ses troupes sur la route de Ciechanow jusqu'à Stupsk inclusivement ; il pourra les étendre, à la gauche de cette route, à une demilieue de dislance.

Un général de Brigade sera établi à Stupsk.

La 3" Division aura un Bataillon à Szrensk. Un Régiment sera placé sur la route de Szrensk

/|5/| l-F. GÉNÉRAL DUPONT

à Cicchanow par Dombrowo jusqu'à Drogiska, inclusivement. Trois Bataillons seront cantonnés sur la route de Szrensk à Mlawa, s'étendant à droite jusqu'à kowolewo.

Le général Drouet aura son quartier général dans l'un de ces deux endroits.

L'intention de S. A. est que MM. les Généraux de Division fassent la répartition de leur artillerie par Brigade, que les Divisions se gardent en guerre dans leurs cantonnements et qu'elles marchent toujours comme en présence de l'ennemi.

Les réserves d'artillerie marcheront à la queue des Divisions ; elles n'en seront pas éloignées de plus de cent toises et elles seront toujours escortées.

L'ambulance de chaque Division suivra l'artillerie de réserve.

Quand le Corps d'armée marchera sur une seule colonne, les Équipages devront se trouver réunis par Divisions sous la surveillance d'un vaguemestre à la queue de la Colonne ; ils la suivront à une dcmic-lieue de distance ; il leur sera fourni une escorte par Division. Les Equipages du Quartier Général tiendront toujours la tète de ceux des Divisions.

Les voitures seules de MM. les Officiers Généraux pourront marcher dans les intervalles des Brigades et des Divisions.

Celle de l'Ordonnateur en chef marchera à la tète des Equipages du Quartier Général.

Le Quartier Général du Prince sera établi demain àBogurzyn.

MM. les Généraux de Division adresseront au Chef de l'Etat-Major Général l'État de leurs cantonnements, aussitôt après l'établissement de leurs troupes.

J. Maison.

Dans ses Souvenirs militaires, le duc de Fezensac, alors sous-lieutenant aide de camp du maréchal Ney, décrit la visite qu'il fit au commandant du Ier corps ; ses impressions confirment ce que nous avons dit de l'amabilité du maréchal Bernadotte et de la courtoisie avec laquelle il accueillait jusqu'aux plus humbles officiers.

« Je n'assistai point a cette affaire (combat de Solclau), dit le duc de Fezensac, ayant été envoyé la veille auprès du maréchal Bernadotte, avec lequel nous combinions nos mouvements. Je partis le soir de Zielona, et après l'avoir cherché inutilement à Biezun, je le trouvai le matin dans un village à trois lieues de là au moment où il allait en repartir. Je fis trois lieues avec lui jusqu'à un village près de Mlawa, d'où il me renvoya le soir même au maréchal Ney, que je trouvai le lendemain matin à Soldau.

« C'est la seule fois que j'ai vu le futur roi de Suède, qui me parut bien différent de nos autres généraux. D'abord il était parfaitement aimable, aimable pour tout le monde ; première différence. Il le lut beaucoup pour moi, dont il ne connaissait que le nom. Il mangeait avec ses aides de camp, avec les officiers en mission. Mon cheval étant très fatigué, il m'en fit donner un autre pour faire roule avec lui. Le soir de mon départ, le temps était affreux ; je lui dis en riant que je tacherais de ne pas laisser tomber sa dépêche dans la neige... »

En arrivant à Mlawa, le 28, le général Dupont y avait trouvé la division Marchand, du 6R corps, et il avait dû rebrousser chemin. Le maréchal Bernadotte lui prescrivit de s'y reporter le 29 et d'y être rendu à 2 heures au plus tard, le général Marchand quittant Mlawa pour se poster sur les routes de Soldau et de Neidenburg.

La Division resta dans cette position (Biezun) les 25 et 26 décembre, et reçut l'ordre, le 27 dans la matinée, de se diriger sur Mlawa. Elh cantonna à deux lieues en arrière de cette ville,

MOIIIirNfiEN

et le quartier général passa la nuii au château de Podzkraievo. Il Taisait un temps affreux depuis

plusieurs jours ; les chemins avaient été tellement dégradés et délayés par la pluie et la marche des troupes, qu'on eut la douleur de voir disparaître plusieurs hommes dans la bouc. L'artillerie arriva avec beaucoup de peine.

La marche fut continuée le lendemain 28, mais, arrivé à Mlawa, le général Dupont apprit que la division du général Marchand occupait celte ville, et, quelques instants après, un ordre du prince de Ponte-Corvo le lit rétrograder avec ses troupes sur les cantonnements qu'elles avaient laissés le matin ; le quartier général fut établi de nouveau à Podzkraievo, où venaient d'arriver le général d'Hautpoul avec son état-major et plusieurs régiments de cavalerie.

On se porta de nouveau, le 29, sur Mlawa. Deux bataillons logèrent en ville et les autres s'établirent dans les villages voisins. On y séjourna le 3o ; et, le 3i, on se rendit à Chor/ellen et villages voisins, et à Szumsk où fut établi le quartier général. A peine descendu de cheval, le général Dupont apprit qu'un officier, venant du quartier général impérial et allant à Thorn, avait annoncé que les Russes avaient été battus à Pultusk, et que l'armée allait prendre des quartiers d'hiver. Quelques instants après, le prince de Ponte-Corvo confirma celte nouvelle et ordonna d'étendre les cantonnements pour faire reposer le soldat. Le prince s'établit au grand Krzvnowloga (château) (1).

Le résultat de ces mouvements et de ces combats fut de séparer les Prussiens des Russes, et de forcer ces derniers à remonter vers la Prégel pour pouvoir subsister. Pendant les trois jours qu'il passa à Golymin, avant de rentrer à Varsovie, Napoléon se préoccupa d'arrêter l'établissement de ses quartiers d'hiver, l'état du sol, transformé en boues où l'on enfonçait jusqu'à mi-corps, lui interdisant absolument toute poursuite qui eût achevé la déroute et la ruine de l'ennemi. Il distribua ses Corps d'armée, du Bug au Frische-Haff, sur une grande ligne orientée du Sud-Est au Nord-Ouest, couvrant à son extrême droite la capitale de la Pologne, et à sa gauche la basse Vistuleoù se trouvait la grande forteresse de Danzig dont on allait faire le siège. Le Corps de Lannes cantonna dans l'angle formé par le Bug, la Narew et la Vistule, et eut son quartier général à Sierock, au confluent du Bug et de la Narew. Le Corps de Davout eut son quartier général à Pultusk et étendit ses cantonnements jusqu'à Ostrolenka, sur la Narew, vers le confluent de l'Omulew. Le Corps de Soult s'établit, avec la réserve de cavalerie, derrière la rivière de l'Orezyc, ayant son quartier général à Golymin, et, derrière lui, à Plonsk, le Corps d'Augereau, sur la rive droite de l'Wkra. Ces quatre Corps d'armée et la réserve de cavalerie de Murât couvraient ainsi Varsovie.

A la gauche du maréchal Soult, vers Mlawa et les sources de l'Orezyc, le maréchal Ney se plaça de manière à contenir les Prussiens et à les pousser au delà de Soldau, vers Neidenburg. Enfin, le Corps de Bernadotte, qui avait d'abord dû appuyer à droite vers Willenberg et Chorzele, aux sources de l'Omulew et de l'Orezyc, reçut l'ordre de s'étendre sur la gauche jusqu'à Osterode, et, en même temps, l'Empereur plaça sous les ordres du prince de Ponte-Corvo, les troupes de Bade, de Ilesse-Darmstadt, de Nassau, et de Wûrzburg, ainsi que tous les corps polonais qu'on pourrait réunir ; avec ces deux groupes de

(1) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arch. Dupontj.

troupes auxiliaires, forts chacun d'environ i5 mille hommes, le maréchal Bernadotte bloquerait Dauzig et Graudenz, toul en maintenant son i"r Corps dans ses positions, en face des Prussiens.

Ces différentes dispositions, arrêtées dans les derniers jours de décembre, fixent l'objet des lettres suivantes :

Le Major Général au Maréchal Bernadotte.

Paluki, :>.~ décembre 1 8o(i .

L'intention de l'Empereur, M. le Maréchal, est que vous vous portiez sur \\ illenberg et d'ahord sur Chor/clleu, de là passer la rivière d'Omulcw qui se jette dans la Narew à Oslrolenka. L'objet de votre mouvement est de l'aire croire à l'ennemi que nous voulons nous porter sur Grodno.

Quant au Corps du maréchal Ney, il contiendra les Prussiens et les poussera même sur Neidenburg, en se tenant cependant toujours à portée, de manière à ce que les deux Corps d'armée puissent réunir leurs forces suivant les circonstances ; ce mouvement peut s'opérer lentement pour que l'artillerie suive les colonnes ; la cavalerie marchera en avant pour agir suivant la position de l'ennemi et les circonstances.

Le Major Général au Maréchal Soult.

(iolvmin, 29 décembre 1806, 1 heure du matin.

S. M., M. le Maréchal, a résolu de faire prendre des quartiers à son armée. Elle destine votre Corps d'armée à couvrir ces quartiers en occupant Prasnilz, Makow, et tous les autres ponts et gués ou positions le long de la petite rivière d'Orezyc.

L'Empereur a ordonné au maréchal Augereau de prendre provisoirement ses cantonnements du côté de Nowemiasto, et lui ordonne positivement de n'occuper que les villages de la rive gauche de la Sonna jusqu'à Lopaczyn, afin que Ciechanow et tout le pays, jusqu'à Plock sur la Vistule, puisse servir à votre Corps d'armée.

Le maréchal Davout occupera Pultusk et tout le pays situé entre la Sonna et la Narcw.

Le maréchal Lannes occupera Sicrock et la rive droite du Bug, et par là menacera l'ennemi de se porter sur Bielsk, ce cpii l'obligera à se dégarnir d'autant devant vous.

Le maréchal Bernadotte occupera Chorzcle, Soldau, Mlawa, etc.

Ces dispositions sont des cantonnements provisoires pour quatre ou cinq jours, temps pendant lequel on verra le parti cpie prendra l'ennemi, et pendant lequel il faut espérer que cet horrible temps cessera.

Ce qui est d'abord de la première importance, M. le Maréchal, est cpie vous occupiez Prasnitz pour avoir plus de moyens de subsistances.

L'Empereur ordonne au Grand-Duc de Bcrg de cantonner sa cavalerie pendant plusieurs jours dans ses cantonnements actuels ; après cela, pour mettre plus d'ensemble, l'intention de l'Empereur est d'ordonner que plusieurs divisions de cavalerie légère et de dragons soient spécialement mises à vos ordres, afin de vous donner les moyens de couvrir vos cantonnements et de contenir les partis ennemis.

Du moment cpie vous pourrez faire ramasser l'artillerie ennemie, vous la ferez diriger sur Pultusk ou sur toute autre partie de la Narew.

Vous comprendrez, M. le Maréchal, que, dans votre position, tout le pays depuis Chorzcle. Prasnitz, Makow, et jusqu'à l'endroit où la petite rivière d'Orezyc se jette dans la Narew, doit être couvert par votre Corps d'armée.

MOIIRUNGEN 4^7

Le Major Général au Grand-Duc de Berg.

Golymin, ai) décembre.

L'Empereur, Prince, est décidé à prendre ses quartiers d'hiver, et S. M. vient d'ordonner qu'en attendant chacun prît des cantonnements provisoires, afin de cesser de bivouaquer; il est donc convenable qu'aucune artillerie, si ce n'est deux ou trois pièces, ni aucune voiture ne passe la rivière d'Orezyc; s'il y en a de passées, vous les ferez repasser lentement.

Votre cavalerie débarrassée ainsi de tout ce qui peut rendre sa marche pesante, restera pendant ces trois ou quatre jours cantonnée entre la petite rivière d'Orezyc et Roshan, pour couvrir Prasnitz et le corps du maréchal Soult qui occupe la rive droite de l'Orezvc. Vous sentez, Prince, qu'il est nécessaire que l'ennemi découvre le moins possible ces intentions afin de le déterminer a s'éloigner. C'est ce qui l'ait désirer à l'Empereur que vous restiez encore quatre ou cinq jours dans votre position.

S. M. désire que vous lui lassiez connaître votre opinion sur la quantité de cavalerie qu'il faudrait pour couvrir les cantonnements, les mettre à l'abri des incursions des Cosaques.

Lorsque les quartiers d'hiver seront définitifs, S. AI. pense que la partie de cavalerie qui sera laissée pour les couvrir, devra être mise sons les ordres du maréchal Soult, afin qu'il y ait facilité et unité dans les mouvements.

Vous trouvère/ ci-joint. Prince, la note des cantonnements provisoires que l'armée va prendre pendant les quatre ou cinq jours.

L'Empereur se rend aujourd'hui à Pullusk.

Le Major Général au Maréchal Bernadotte.

Golymin, 29 décembre.

L'Empereur. M. le Maréchal, ayant résolu de faire prendre à son armée des quartiers d'hiver, désire qu'au préalable vous preniez des cantonnements provisoires de quelques jours, temps pendant lequel vous ferez évacuer toute l'artillerie prise à l'ennemi.

L'intention de l'Empereur, M. le Maréchal, est que vous désigniez les cantonnements, non seulement pour votre corps d'armée mais encore pour celui du maréchal Ney et pour le ae corps de la cavalerie de réserve aux ordres du maréchal Bessières. Vous disposerez les cantonnements de manière à occuper Chorzel, pour appuyer la position du maréchal Soult, cpii se trouve derrière la petite rivière d'Orezyc, depuis Prasnysch, Nlakow, Pultusk et en arrière jusqu'à Cicchanow. \ ous aurez également pour but de couvrir Thorn, ville sur laquelle vous ferez évacuer toute l'artillerie prise à l'ennemi ou abandonnée par lui, les parcs de votre corps d'armée; ceux du maréchal Ne) et du maréchal Bessières doivent être rapprochés de la Yistulc.

Quand les opérations préliminaires de ce premier cantonnement seront laites, ce qui tiendra quatre ou cinq jours, temps pendant lequel on évacuera l'artillerie ennemie et où on sera à même déjuger des mouvements de l'ennemi, S. M. vous fera connaître les cantonnements clé fini tifs d'hiver qui seront désignés pour chaque corps d'armée.

De Mlawa, le *jq décembre, le maréchal Bernadotte écrit au Major Général qu'il n'a reçu que le 28, à 8 heures du soir, l'ordre de se porter sur \\ illenberg. Dans le trajet de Szrensk à Mlawa, on n'a trouvé cpie des chemins épouvantables. Le pays tout entier n'est qu'un marais ; deux soldats sont morts dans la boue. Le maréchal se dirige sur Willenberg. Le maréchal Ney occupe Soldau et Neidenburg. Les Prussiens se retirent sur Hohenstein, d'où ils doivent," dit-on, gagner Konigsberg. Le Commandant du Ier Corps réitère sa demande qu'on lui rende sa division de cavalerie.

/J58 LE GÉNÉRAL Dl PORT

Les emplacements de la ire Division, pour le 29 décembre, lurent réglés ainsi qu'il

suit :

1 \ iniszka — Zawadski.

()" d'infanterie légère \\ ieczfnia.

32e de li";ne

Kucklin.

1 Bataillon a Mlawa.

1 Bataillon à Mlawa et Yllowo.

I 1 Bataillon à Mlawa.

96e de ligne 1/2 Bataillon à Wola-Lomska.

[ 1/2 Bataillon à Studzinice.

Les Ordres suivants réglèrent les cantonnements du i" Corps d'armée, pour la journée du 3o décembre :

Ordre de mouvement du 1er Corps d'armée pour le 30 décembre.

La ire division marchera demain 3o sur la route de Chorzellcn et cantonnera sur cette route depuis Dembsk jusqu'à Krinowloga inclusivement. Le général Dnpont pourra l'aire occuper les villages à droite et à gauche à la distance d'une demi-lieue: il pourra porter même quelcpies compagnies en avant dans la direction de Rcmhclin.

Les cantonnements devront se garder vers Chorzellcn et principalement du côté de Prasnvsch que l'ennemi peut occuper encore.

M. le général Dupont aura son quartier général à Szumsk.

La 3e Division occupera Mlawa, demain 3o, ainsi que les villages de Szydlowo, Nowarics, Tunsk-Zawadkv, Stahogura et tous les villages et hameaux intermédiaires, mais sans s'étendre au delà, la Division devant marcher le 3i vers Dembsk.

MM. les généraux de Division ordonneront aux Régiments de l'aire prendre dans les magasins de Mlawa, deux livres de larine par homme.

L'intention du Prince est aussi que les régiments soient munis d'eau-de-vic pour quatre jours.

Le Quartier Général du Prince sera établi demain à Dembsk; cependant M. le général Dupont pourra y envover une ou deux compagnies, P. 0..'

,1. Maison.

Ordre pour l'établissement île la lTe Division, le 30 décembre.

La Division partira demain à 8 heures précises du matin pour se diriger sur Chorzellcn. Elle s'établira ainsi qu'il suit, demain 3o décembre, dans ses cantonnements :

9e Régiment il' infanterie légère. Krinowlc Sawadv.

Sur la route Krinowloga.

A 1 lieue de la route . ,

( Kri/y.

32e Régiment.

0 , ( Szumsk.

sur la route n .

/ Dzierzowo.

A droite, à 1 lieue Spaki.

Sur la roulo .

A droite, à 1/2 lieue

Sur la route .

A droite, à t/a lieue

L'artillerie légère

L'artillerie à pied, à

96'° Régiment, Dembsk.

Garlino.

kilki.

Choszj weka.

Kxinow loga.

kitki et environs, avec son Parc.

J. Ma

Cantonnements que la lre Division devra prendre le 31 décembre.

La ire Division cantonnera sur les deux routes qui conduisent de Mlawa àChorzellen. Le seul village d'Umersk-Zawadzky excepté, elle occupera tous les villages intermédiaires entre ces deux routes en exceptant aussi Stabogura près de Mlawa.

« Un Bataillon sera établi à Chorzellen et le général Dupont pourra étendre ses cantonnements vers la route de Prasnysch jusqu'aux villages occupé par les troupes de M. le maréchal Soult.

« Le général Dupont verra s'il peut s'étendre à gauche de la route de Chorzellen. Il fera connaître de suite le lieu où il aura établi son quartier général.

« Le général Dupont attendra dans cette position de nouveaux ordres pour se rendre dans les quartiers d'hiver que l'Empereur promet à l'armée.

« Le Prince désire que les troupes puissent bien vivre dans ce moment de repos et que les soldats puissent emporter en partant pour 3 ou k jours de pain et que les Divisions aient à leur suite un approvisionnement de viande et d'eau-dc-vie pour le môme temps. Par Ordre...

J. Maison.

Par lettre du 3i décembre, de son quartier général à Chorzellen, le prince de Ponte- Corvo rend compte à l'Empereur des cantonnements provisoires arrêtés pour les trois Corps de l'aile gauche, en attendant les quartiers d'hiver que Sa Majesté doit faire prendre à la Grande Armée. — Le Corps du maréchal Ney s'établit entre Neidenburg, Hohenstein et Gilgenburg; sa cavalerie se porte à gauche pour observer la route de Kônigsberg et celle de Graudenz. — La cavalerie légère du maréchal Bessières occupera Ortelsburg et AVillcnberg, pour la communication de la grande route de Kônigsberg. La Division de dragons du général Grouchy est à Piwnitz et Chorzellen. La division du général Sahuc est àChorzellen et sur les roules d'Ostrolenka et de Prasnysch. La division de cuirassiers est en réserve à Janow et en arrière de Chorzellen et la cpieue à Mlawa. Le maréchal Bernadotte se lie par sa gauche, à Soldau, avec le maréchal Ney, et par sa droite avec le maréchal Soult ; il attend, dans cette position, de nouveaux ordres. Son quartier général est à Krinowloga ; son état-major sera à Mlawa. Le général Rivaud a ordre d'envoyer des troupes à Kulmsee et Kowaliewo, pour couvrir Thorn du côté de Graudenz.

Les dispositions relatives au Ier Corps furent modifiées par un Ordre du Ier janvier 1807, chargeant le maréchal Bernadotte de couvrir la basse Vistule et de bloquer Danzig, et mettant, à cet effet, sous ses ordres immédiats, des troupes polonaises et des corps

/|Go LE GÉNÉRAL DUPONT

alliés formés des contingents de Bade, de Hesse-Darmstadt, de Nassau el de Wùrzburg (i), de façon à ce que le ior Corps d'armée restât libre pour l'aire lace aux Prussien-. Dans ces conditions, le prince de Ponle-Gorvo devait étendre ses cantonnements sur sa gauche, jusqu'à Osterode. L'Ordre du Major général est ainsi conçu :

Le Major Général au Maréchal Bernadotte.

Pultusk, iur janvier 1807.

L'intention de l'Empereur, M. le Maréchal, est de vous détacher avec voire corps d'armée, votre cavalerie légère et la division de dragons de Sahuc, pour vous porter sur Elbing, couvrir tout le bas de la Vistule, bloquer Danzig, et menacer Kônisgberg. A cel effet, vous aurez sous vos ordres immédiats les corps des troupes de Bade, de Hesse-Darmstadt, de Nassau et de Wùrzburg, ce qui vous formera environ lôooo hommes : ces troupes se réunissent eu ce moment à Stettin, hormis Darmsladt qui se réunit à Tborn ; vous aurez en outre toutes les troupes polonaises qu'on pourra réunir. Le présent sous les armes monte déjà à environ i5 ooo hommes; ainsi S. \I. pense que vous aurez assez de troupes pour bloquer Danzig et assurer toutes vos communications, en laissant votre corps d'armée actuel libre pour faire face aux Prussiens.

Pour exécuter ce plan, l'Empereur désire que votre corps d'armée prenne ses cantonnements sur sa gauche et s'étende jusqu'à Osterode, si toutefois vous jugez cpi'il n'y a aucun inconvénient, car il ne faut courir aucune chance.

L'Empereur pense que les Prussiens, abandonnés des Russes, se concentreront sur Kônigsberg.

Vous donnerez l'ordre au maréchal Ney d'occuper Aeidenburg et environs, car dans cette position il menace également les Prussiens.

Dans cette situation de cantonnements, les corps qui sont à Stettin auront le temps d'arriver, et les autres corps auxiliaires de vous rejoindre; comme vous êtes près des lieux et que vous êtes dans la position de mieux voir les choses, S. M. désire qu'avant d'agir sur "Elbing, vous lui fassiez connaître votre opinion sur ses projets à votre égard.

Mettez la division des cuirassiers d'Hautpoul en cantonnement entre Tborn et votre position, de manière à ce qu'elle se repose. Vous chargerez le maréchal Ney de couvrir directement Tborn .

Dans le projet de l'Empereur, indépendamment de l'avantage d'occuper une grande quantité de troupes auxiliaires qui lui seraient inutiles à Varsovie, il y aurait celui de prendre Elbing, Danzig, de menacer Kônigsberg et de vous charger également du blocus du fort de Graudcnz. Vous établiriez un pont sur la \ islule à Maricnwcrdcr ou à Graudcnz même.

L'Empereur attend à connaître le parti qu'aura pris l'ennemi, pour vous donner des ordres définitifs.

Envoyez l'état de vos tués et blessés, l'état de vos cantonnements, etc., etc.

Le 3 janvier, le prince de Pontc-Corvo écrit à l'Empereur pour lui rendre compte que, d'après ce qu'il a appris des mouvements des Russes, il s'est rendu, avec le maréchal Bessières, à Willcnberg, qui est à 4 lieues au Nord de Chorzellen, sur l'Omulew ; il y a fait venir quelques compagnies d'infanterie pour soutenir au besoin la cavalerie légère. Il

(i) Ainsi, deux mois et demi après avoir accusé le maréchal Bernadotte d'une véritable trahison qui aurait pu perdre l'armée, l'Empereur mit sous ses ordres, en présence de l'ennemi, outre le I" corps, le corps du maréchal Ney, la réserve de cavalerie du maréchal Bessières et 3o mille alliés. Ne donnait-il pas par là la preuve qu'il n'avait jamais cru le maréchal Bernadotte capable même de commettre l'acte indigne qu'il lui reprochait ?

MOIIRCNGES 4.6l

fait remarquer qu'il avait invite le maréchal Ney à se concentrer entre Neidcnburg, Ilohenstein et Gilgenburg, mais qu'avant d'à voir- reçu sa lettre, ce maréchal avait déjà poussé plus en avant, sur la route de konigsberg, et porté sa cavalerie sur Gultsladl, ville située à 10 lieues au Nord de Ilohenslein et à 18 lieues au Sud de konigsberg. Le maréchal Bernadolle ajoute que la crainte de faire quelque chose qui ne fût pas dans l'ensemble des opérations générales, l'a déterminé à écrire de nouveau au maréchal Ney pour l'engager à ne pas trop s'éloigner afin de pouvoir se joindre rapidement au Ier Corps si les circonstances l'exigeaient.

La région affectée aux cantonnements du 6e Corps était un pays affreux, absolument sans ressources ; le maréchal Ney l'appelait « un cimetière. » C'est celte raison qui l'avait déterminé à s'avancer au Nord, vers l'Aile et la Passarge, pour y trouver des vivres.

L'Empereur avait décidé de consacrer la mauvaise saison à prendre les places de la basse Vistule et celle du haut Oder, afin d'empêcher tout mouvement offensif de l'ennemi par la mer, de profiler des immenses ressources que renfermaient ces places, et, d'autre part, de garantir sa droite par l'occupation de la Silésie. La grande forteresse de Danzig était d'une importance capitale. Pour en faire le siège, Napoléon forma un io° Corps d'armée, composé d'Allemands et de Polonais, dont il donna le commandement au général A ictor. Le [\ janvier, le Major général prescrivit à ce général de cesser ses fonctions de chef d'état-major du 5e Corps, et de se rendre à Stettin pour y passer en revue les troupes de Bade et la ire Légion polonaise, forte de 5 ooo hommes, qui arrivait de France ; ces deux Corps réunis devaient former plus de io ooo hommes. Le général Victor se porterait devant la place de Ivolberg et en formerait le blocus, puis il y laisserait le Corps de Bade et cernerait ensuite Danzig; il aurait sous ses ordres la Division Dombrowski, de i4ooo Polonais, qui devait arrivera Bromberg vers le 12 janvier. Le maréchal Bernadotte couvrirait les deux sièges de Kolberg et de Danzig, et aurait le commandement supérieur des troupes du général Victor.

En même temps, le général Bouyer, promu divisionnaire, reçut l'ordre de se rendre à Bromberg pour y prendre le commandement de toutes les troupes de Hesse-Darmstadt, et de bloquer avec ces troupes la place deGraudenz. Il serait aidé dans celle opération par la 2e Division (général Bivaud) du ior Corps, laissée à Thorn, et recevrait, pour le blocus de Graudcnz, les ordres du maréchal Ney.

Le commandant du 6° corps fut prévenu de ces dispositions par la lettre suivante, du Major général :

Varsovie, 4 janvier 1807.

L'ordre de l'Empereur, M. le Maréchal, est que vous couvriez avec votre corps d'armée Thorn et le blocus de Graudenz.

Le général de division Rouyer va se rendre à Bromberg pour y prendre le commandement des troupes de llessc-Darmstndt ; il se fera aider pour l'investigation delà place de Graudcnz par la division du corps du Prince de Ponle-Corvo qui est encore à Thorn.

Nous aurez soin, M. le Maréchal, de veiller au blocus de Graudenz, ainsi qu'à la conservation de Thorn et des magasins de Bromberg.

Le Prince de Ponle-Corvo va se porter sur voire gauche pour couvrir le siège de Danzig et celui de la place de Kolberg.

/if)2 r.F. GÉNÉRAL DUPONT

L'Empereur, M. le Maréchal, ne voulant faire avec ses armées aucun mouvement offensif pondant l'hiver, désire que \ous preniez des cantonnements tels qu'ils appuyent la gauche du maréchal Soult et la droite du Prince de Ponte-Corvo. Indépendamment de votre cavalerie

légère, la division Grouchy sera directement sous vos ordres.

D'après ces nouvelles dispositions, le ior Corps d'armée, d'abord placé à la droite du 6e Corps, allait prendre sa gauche et former ainsi l'extrême gauche de la Grande Armée. Le Prince de Ponte-Corvo reçut, à ce sujet, la lettre suivante:

Le Major Général au Maréchal Bernadotte.

Varsovie, 'i janvier 1807.

L'intention de l'Empereur, M. le Maréchal, est que vous donniez l'ordre au général de division Rouyer de se rendre à Bromberg, d'y prendre le commandement de toutes les troupes de Hesse- Darmstadt, et qu'il s'aide de la division que vous avez encore à Thorn, pour former le blocus de la place deGraudenz. Le général Rouyer et les troupes que vous avez encore à Thorn seront momentanément sous les ordres du maréchal Ney, sans cesser de faire partie de votre Corps d'armée.

L'Empereur ordonne que la division de dragons du général Sahuc et que la division de cavalerie légère du général Tilly soient sous vos ordres et restent, l'une et l'autre, dans leurs positions actuelles, sans éveiller l'attention de l'ennemi.

Quand vous le jugerez convcnahle, vous vous porterez sur Osterode, et une fois le blocus de Graudenz formé, on le confiera aux troupes de Hesse-Darmstadt, et vous ordonnerez aux troupes que vous aurez laissées à Thorn, et qui auront aidé au blocus, de venir vous rejoindre.

Vous ferez successivement occuper Elbing ; vous couperez la communication de Danzig à Kônigsberg, et tout le pays de Marienwerdcr cl de Danzig sera sous vos ordres.

Au i5 janvier, le général de division Victor, auquel l'Empereur donne le commandement de la division polonaise du général Dombrowski, forte de 12 à 1 5 000 hommes, doit se porter devant Danzig pour bloquer cette ville; alors, le général Victor et ses troupes seront sous vos ordres.

Le désir de l'Empereur, M. le Maréchal, est que vous attiriez sur vous toutes les forces prussiennes en menaçant Kônigsberg de plus près que les autres Corps d'armée ; mais ce cpii intéresse encore plus l'Empereur, c'est que les pays d'Osterodc, Elbing, Holland et Marienwerdcr vous offrent de grandes ressources pour rétablir votre Corps d'armée pendant l'hiver; d'ailleurs, selon les forces de l'ennemi, et dans le temps que le Corps de Bade et les Polonais entreront en ligne, S. M. sera à même de vous envoyer de nouveaux ordres; le principal est de faire vos mouvements doucement, sans rien compromettre et sans éveiller l'attention de l'ennemi.

Le Corps du maréchal Ney appuie la gauche du maréchal Soult en même temps qu'il appuie votre droite et qu'il couvre Thorn et le blocus deGraudenz.

Le même jour, h janvier, le prince de Ponte-Corvo, à Krinowloga-Wielka, rendait compte au Major Général, qu'il se disposait à étendre ses cantonnements par sa gauche. « Osterode, Hohenstein, Neidenburg sont déjà occupés par le maréchal Ney. Il avait poussé ses troupes bien avant ; je l'ai engage à se concentrer davantage afin d'ôter à l'ennemi la facilité de lui faire la moindre insulte ; mais, avec un peu de surveillance, il n'y a aucun inconvénient à tenir Osterode, qui, par sa situation, est un point très avantageux. J'écris

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encore au maréchal Ney, d'après vos nouveaux ordres, pour qu'il ail à resserrer sa ligne ; il peut continuer, sans danger, à occuper les points de Hohenstein, Neidenburg et Gilgenburg. »

La 2° réserve de cavalerie ayant cessé d'être utile par suite de rétablissement des quartiers d'hiver. l'Empereur ordonna qu'elle serait dissoute ; le maréchal Bessières fut informé de la destination à donner à ses divisions, parla lettre suivante, du Major Général :

Varsovie, \ janvier.

L'intention de l'Empereur, M. le Maréchal, est que vous mettiez sous les ordres du Prince de Ponte-Corvo la division de dragons du général Sahuc ; que vous mettiez sous les ordres du maréchal \ev la division de dragons du général Grouchy ; que vous cantonniez la division de grosse cavalerie du général d'Hautpoul entre Gollub et R y-pin, de manière à ce qu'elle couvre Thoin et qu'elle puisse se porter en 3 marches sur Cicchanow ; ces opérations faites, vous rejoindrez l'Empereur.

J'ai oublié de vous dire que vous devez mettre la division de cavalerie du général Tilly aux ordres du maréchal Bernadotte.

Le 6 janvier, le maréchal Bernadotte rappelle au Major Général qu'il attend ses instructions définitives pour commencer son mouvement sur Elbing, comme il en a été averti, par la lettre du icr janvier.

L'ordre du 7 janvier arrêta les cantonnements définitifs de l'armée ; ceux du ior et du 6° corps étaient ainsi désignés :

Le Corps de M. le Maréchal Bernadotte, avec la division de dragons du général Sahuc, prendra ses cantonnements à Osterode, où sera le quartier général, Elbing, Marienwerder et les pays formant ces départements.

Le Corps de M. le Maréchal Ney aura ses manutentions et ses ateliers de réparation à Thorn ; il y aura également son parc. Son corps d'armée occupera Soldau, Mlawa et Chorzellen, ayant des postes à Willenberg ; il occupera les arrondissements dépendant de ces villes, se concertant avec le maréchal Bernadotte et le maréchal Soult sur la lisière de ces cantonnements.

Des points de réunion, en cas d'alerte, étaient indiqués aux différents corps de l'armée, savoir:

En cas de mouvements offensifs de la part de l'ennemi, les maréchaux dont les corps sont plus près de l'ennemi, en préviendront les autres maréchaux de l'Étal-Major Général.

Le Corps du maréchal Ney se réunirait à Mlawa,

Le Corps du maréchal Soult à Golymin,

Le Corps du maréchal Davout à Pultusk,

Le Corps du maréchal Lannes à Sierock,

Celui du maréchal Augereau à Plonsk.

La cavalerie, comme on l'a dit, se rendrait au chef-lieu de chaque brigade pour y attendre des ordres.

Le maréchal Bernadotte reçut, le 1 1 janvier, les ordres relatifs aux cantonnements définitifs de l'armée. Il en accusa réception au Major Général, ainsi qu'il suit :

\n Quartier (Général à Dembsk, le i a janvier 1807.

J'ai reçu hier, M. le Duc, les ordres que vous m'avez adressés, et les dispositions générales pour les cantonnements définitifs. Le mouvement, pour me porter à gauche, étail déjà commencé ; il se continuera comme vous le désirez, lentement et de manière à ne pas éveiller l'attention de l'ennemi. » — (Le prince de Ponle-Corvo demande que sa situation à l'égard du général Victor, pour le blocus de Danzig, soit bien déterminée. Il présente des observations sur la mission coi 1 liée au général Rouyer, dont les troupes, sans cesser de faire partie du i" Corps, vont se trouver sous les ordres du maréchal Ney, quoique le commandant du Ier Corps, avant son quartier général à Oslcrodc, soil le plus rapproché de Graudenz).

Les troupes du ior Corps d'armée étaient restées pendant douze jours dans leurs cantonnements provisoires: la lre Division avant son quartier général à Szumsk (|)° léger à Krinowloga, 32° de ligne à Dzierzovvo, oO" de ligne à Kilki cl enviions); la 2" Division détachée à Thorn : la 3e Division, quartier général à Szrensk (27e léger à Mlawa et environs, le 9/i0 de ligne à Soldait et environs, le o5e de ligne à Szrensk et environs); le Grand Parc (colonel Navelel) à Podgorz, rive gauche de la Vistule.

La Division de cavalerie légère se réunit an Corps d'armée le 1 3 janvier, le général de brigade Cambacérès remplaçant le général Watier : elle était sous les ordres du général de division Tilly. Ce même jour, la l\K Division de dragons, commandée par le général Sahuc, passa sous les ordres du prince de Ponte-Corvo; la 1'" brigade, général Margaron, comprenait les 170 et 27e régiments, et la 2e brigade, général Laplanche, était formée des 18e et 19e régiments.

L'ensemble de tous ces Corps présentait, au i3 janvier 1807, les effectifs suivants :

Cavalerie légère 1 o32 hommes. . . . 1 025 chevaux.

i'° Division 5 5o3 — .... » —

2e Division l\ 691 — .... » —

3e Division . . . . . . [\ /109 — .... »

Artillerie 1 583 — .... 1 688

4e Division de Dragons . . 2 25i ■ — .... 23/jo —

Total .... 19 /(Gg hommes. . . . 5o53 —

Les lettres suivantes, émanant de deux des plus braves officiers de l'armée, montrent quels sentiments de respect et d'admiration le général Dupont inspirait à ceux qui servaient sous ses ordres :

Le 32 décembre 1806.

Monsieur le Général, J'ai l'honneur de vous envoyer l'état de distribution des capottes que j'ai fait confectionner sur le drap que vous avez eu la bonté de faire donner au régiment.

Je vous prie de croire, M. le Général, que je n'ai rien eu plus à cœur que de mériter l'estime des personnes bien nées, surtout celle des chefs qui ont autant de droits à l'admiration et à l'amitié que vous avez droit d'en attendre de ceux qui sont sous vos ordres.

Je suis

Daiuucau, Colonel du 3a" de li<mc.

Au Général Dupont.

MOBCRUNGEH 465

A. klusiowo, le n janvier 1807.

Le Colonel du 9G1' Régiment d'Infanterie, Commandant de la Légion d'honneur,

à Monsieur le Général Dupont.

Mon Général, J'ai l'honneur de vous adresser les états demandés par le Chef de votre Etat-Major. J'y ai ajouté une demande en faveur du capitaine Dubois. L'officier que j'ai envoyé à Varsovie n'est point encore revenu : j'attendais qu'il fût de retour pour vous en prévenir et vous témoigner la vive reconnaissance dont vos bontés m'ont pénétré. Quel que soit le succès de votre demande, mon général, l'obligation en est la même, et le souvenir m'en sera toujours présent. Je suis glorieux d'avoir pu mériter votre estime, et ma reconnaissance, qui ne peut s'exprimer, égale mon entier dévouement et mon attachement respectueux (1).

Baurois.

Le 1e1' corps d'armée se mit en marche le i3 janvier, conformément à Tordre suivant :

Au Quartier Général à Mlawa, le 12 janvier 1807, 2 heures du matin.

Ordre de Mouvement pour le 1" Corps d'armée.

La i'e Division partira de ses cantonnements demain i3 du courant, pour se rendre à Neidenburg, le général Dupont réglera son mouvement et ses cantonnements du i3, de manière à arriver le i4 dans celle ville, où il recevra de nouveaux ordres pour continuer sa route sur Osterode ; dans le cas où il n'en recevrait pas, sa division séjournerait à Neidenburg et environs.

La 3'' Division partira de ses cantonnements, demain i3 du courant, pour se rendre à Soldau. Le général Drouet réglera son mouvement du i3, de manière à arriver le i4 dans cette ville où il recevra de nouveaux ordres pour continuer sa roule sur Lôhau. S'il n'en recevait pas, sa Division séjournerait le 1 5 à Soldau et environs.

Les cantonnements d'hiver seront ensuite assignés à chaque Division.

Le quartier général du Prince sera le i4 à Soldau, et le i5 à Neidenburg.

Apres avoir occupé Guttstadt, le maréchal Ney, ne tenant aucun compte des dispositions de Tordre du 7 janvier relativement aux cantonnements définitifs de l'armée, s'était avancé jusqu'à Eylau, sur la route de Kônigsberg, et, clans plusieurs dépêches du 10 janvier, il manifestait l'intention de marcher sur celte place située à une trentaine de lieues des cantonnements que devait occuper le 6° corps. De même il continua à occuper Oslerode, affectée au Ier corps et désignée pour être le cpiartier général du prince de Pontc-Corvo.

L'Empereur fit rappeler le maréchal Ney à l'obéissance par la lettre suivante :

Varsovie, le i3 janvier 1807.

Je viens de soumettre à l'Empereur, M. le Maréchal, vos dépêches du 10. J'ai reçu en même temps le drapeau pris à Soldau.

(1) Il est à peine besoin de dire que Barrois, qui était non seulement un brave officier, mais un homme de cœur, n'ajouta jamais foi aux odieuses accusations que Napoléon dirigea contre le général Dupont sans vouloir jamais en faire la preuve. Il lui conserva fidèlement son respect et son dévouement sans bornes, et lorsque son ancien chef et son héros mourut, il lint à honneur de se joindre à Marchand et à Meunier pour l'accompagner jusqu'à sa dernière demeure, le 12 mars i84o.

Le Gé.nékal Dupont. 00

L'Empereur, après avoir pris lecture des dispositions que vous avez faites pour marcher sur Kônigsberg, me charge de vous répondre que vous devez vous conformer strictement aux dispositions de cantonnement qui vous ont été ordonnées. Les mesures ordonnées par S. M. sont communes à toute l'armée et tiennent à l'ensemble des dispositions : on ne doit pas faire d'expédition partielle.

Vous trouverez ci-joint une copie de la disposition générale, en date de Varsovie, du 7. Vous y verrez, pour ce qui vous concerne, ce que vous avez à faire.

Le Major Général, Maréchal Alex. Berthier.

Le maréchal Ney ne tint aucun compte de cet avertissement, et il conclut même, à Bartenstein, un armistice de quelques jours avec l'avant-garde prussienne ; ce village était occupé par le général Colbert qui devait pousser ses avant-postes le plus près possible de Kônigsberg. Le prince de Ponte-Corvo invita le maréchal Ney à se conformer aux instructions formelles de l'Empereur ; dans sa lettre, il lui rappelait quels étaient leurs cantonnements respectifs, et il ajoutait : « Au reste, je dois vous prévenir que j'exécute les ordres qui me sont donnés et que mes troupes continuent à se porter dans les positions que l'Empereur m'a désignées ; il serait pénible pour vous et pour moi que le défaut d'exécution des ordresde S. M. compromît la sûreté de son armée. Ainsi, je vous prie, mon cher Maréchal, de faire évacuer, de suite, tous les points que je dois occuper et particulièrement Osterode, où mon quartier général est fixé par l'Empereur. »

Le maréchal Bernadette envoya au Major Général copie des instructions qu'il avait adressées au maréchal Ney ; dans sa lettre, datée de Hohenstein, le i5 janvier, il rend compte que le Ier corps est en mouvement. La division Dupont sera demain à Osterode; celle du général Drouet (3e) marche de Lôbau sur Elbing et une brigade de dragons suit son mouvement. La division de cavalerie légère et la 2n brigade de dragons couvrent le front du Ier corps. Le général Bivaud, qui était à Behden avec la 2e division, et qui a resserré Graudenz, se porte en avant de Freystadt et suit le mouvement de la division Drouet. Les troupes de Hesse- Darmstadt se portent sur les deux rives de l'Ossa pour investir Graudenz. L'ennemi est à Holland.

En se rendant en poste à Stettin pour se conformer aux instructions du Major Général, le général Victor fut enlevé par l'ennemi et fait prisonnier. Le 1 5 janvier, il écrit à l'Empereur qu'il a été pris par des soldats prussiens déguisés et par des paysans, et conduit à Kolberg. L'Empereur le remplaça, dans le commandement du 10e corps, par le maréchal Lefebvre, alors à la tête de l'infanterie de la Garde ; le maréchal en fut averti par lettre du Major Général, en date du 23 janvier. Le ioft corps comprenait la division Dombrowski, forte de il\ 000 Polonais, les troupes de Bade, commandées parle général de Clossmann, la ire Légion du Nord (polonaise) sur le point d'arriver à Stettin, la brigade des 19e et 23e de chasseurs à cheval sous le général Dupré, et la brigade française des 2e et i5e régiments d'infanterie légère commandée par le général Boivin ; 1 2 pièces de campagne attelées seraient attachées au 10e corps. Le Major Général informait le maréchal Lefebvre que le prince de Ponte-Corvo occupait Elbing.

Le Ier corps avait quitté ses cantonnements provisoires le i3 janvier ; le quartier gêné-

rai du prince fut à Mlawa le i3, à Soldau le 1/1, à Neidenburg le i5, à Hohenstein le 16, et à Osterode le 18. Par ce grand mouvement vers le Nord, le corps d'armée se rapprochait de la basse Vistule et de la mer, et il devait avoir sa droite à Osterode et sa gauche à Elbing, près du Frische-Haff.

La ire division reçut l'ordre de se rendre à Elbing. Elle alla coucher le i3 à Nowarics, le \!\ à Neidenburg, le i5 à Petzendorf, le 16 à Doring, le 17 a Osterode. Là le général Dupont reçut, la lettre- suivante, du maréchal Bernadotte, lui prescrivant de partir le lendemain 18, et d'occuper successivement Mohrungen, Holland, Elbing et Braunsberg.

Au Quartier Général à Osterode, le 17 janvier 1807.

A Monsieur le Général de Division Dupont.

Les cantonnements que je destine à votre Division, mon cher Général, sont Holland, Elbing, Frauenburg, Braunsberg, et villages environnants.

Vous ferez de plus occuper Mohrungen et Licbstadt où se trouvent, dans ce moment-ci, des troupes du 6'' corps qui ont reçu l'ordre d'en partir quand elles seront relevées par les vôtres.

Vous partirez en conséquence, demain 18 du courant, avec votre Division, votre artillerie, votre ambulance et vos équipages légers. Vous vous porterez sur Mohrungen et vous ferez occuper successivement Holland, Elbing, Frauenburg et Braunsberg ; vous enverrez vos gros équipages provisoirement à Rosemberg.

Vous marcherez en guerre.

Si vous rencontrez l'ennemi, vous aurez toujours soin de le faire attaquer par des forces trois fois supérieures, afin de n'engager rien de sérieux et qui puisse retarder votre mouvement.

Je joins ici un extrait des ordres donnés aux autres divisions de mon Corps d'armée, afin que vous connaissiez leur position et que vous sachiez où se trouvent les troupes qui peuvent vous soutenir et celles qui doivent prendre vos ordres...

Vous réglerez vos marches de manière à ne pas faire faire à vos Régiments plus de cinq lieues par jour.

A nus ordonnerez que les cantonnements se gardent militairement et que dans ceux de 1" ligne le quart des troupes soit de service.

Je serai le 19 à Saallèld avec la Brigade de Dragons. Si contre mon attente vous avez besoin d'être soutenu, je ferai avancer d'autres troupes.

Le général Tilly a l'ordre d'envoyer un escadron à Braunsberg; concertez-vous avec ce général pour la marche et l'emploi de cet escadron.

Je vous salue avec amitié, J. Bernadotte.

Il est à remarquer que les ordres du prince de Ponte-Corvo, tout en restant concis, sont d'une netteté et d'une précision qui ne laissent rien à désirer.

Partant d'Osterode le 18 janvier, le général Dupont alla coucher le même jour à Alt-Jeschkendorf, et il arriva le 19 à Saalfeld. Il y apprit que l'ennemi était encore dans cette ville la veille, et qu'il s'était dirigé sur Holland. « Le 20, on se mit à sa poursuite, et on sut, par les reconnaissances, qu'il était effectivement dans cette ville. Pendant la marche, quelques partis de cavalerie ennemie se montrèrent sur les flancs et à la queue de la colonne, mais ils furent éloignés par des tirailleurs du 96e régiment de ligne qui leur tuèrent plusieurs hommes. A une lieue de Holland, le 18'' de dragons, qui précédait l'infanterie, rencontra

/j(j8 LE GÉNÉRAL DUPOHT

un régiment de dragons prussiens, le chargea, le poursuivit jusqu'aux portes de la ville, et lui fit 60 prisonniers. Pendant ce temps, le général Dupont avait fait déployer l'infanterie sur le plateau qui domine celle ville et prescrivait des dispositions d'attaque, lorsqu'on vint lui rendre compte que l'ennemi continuait sa retraite.

« Un bataillon d'infanterie légère (9e régiment) et un du 96° logèrent dans la ville. Les autres troupes bivouaquèrent en avant (1). »

Arrivé à Ilolland, le maréchal Bernadotle régla les mouvements du i"r corps, ainsi qu'il suit :

Ordre de mouvement.

Le général Dupont partira demain, 21 du courant, à 10 heures précises du malin, avec le g6u régiment, un bataillon du 32e, un bataillon du 9e et la Brigade de dragons pour se rendre à Elbing, passant par Preuss-Marck. Il y arrivera serré et de manière à pouvoir surprendre la ville où, suivant les rapports, il doit se trouver 7 à 800 hommes d'infanterie, et un ou deux escadrons de cavalerie.

Le général Dupont laissera à Ilolland le colonel Darricau avec un bataillon de son Régiment ; deux compagnies de ce bataillon seront placées l'une à Marienfelde et l'autre à Steegen.

Le général Dupont laissera aux ordres du général Tilly le colonel Meunier, un bataillon du 9e el deux pièces d'artillerie.

Le général Tilly partira de ses cantonnements à 9 heures précises du malin, avec la division de cavalerie légère et les troupes que lui laisse le général Dupont. Il se dirigera sur Mûhlhausen et, après avoir fait reconnaître si l'ennemi occupe celte ville, il y fera entrer l'infanterie dans le cas où l'ennemi ne fût pas en état d'y opposer une grande résistance.

La cavalerie légère sera cantonnée à Herrendorf, Schônfeld, Sumpf, et villages environnants.

Le 2L' de hussards sera placé en 2e ligne pour pouvoir faire ferrer ses chevaux.

Les généraux Dupont et Tilly communiqueront ensemble par des détachements afin de pouvoir se secourir mutuellement.

Le Prince suivra l'un ou l'autre mouvement ; mais il ordonne aux deux généraux de correspondre entre eux toutes les heures et de se prévenir mutuellement de ce qu'ils apprendront de l'ennemi.

Les compagnies du 9e restées en arrière rentreront à leur régiment.

Le général Tilly arrivé à Mûhlhausen enverra de fortes reconnaissances sur la roule de Braunsbcrg, Mehlsack et Wormditt.

Tous les soldats malades et les chevaux éclopés seront envoyés à Ilolland.

Le général Dupont donnera les ordres au colonel Meunier pour la rentrée des compagnies.

J. Beuxadotte.

Le lendemain, ayant appris que l'ennemi s'était porté sur Mûhlhausen, le maréchal Bernadotte prescrivit au général Dupont de laisser le 9'' léger en entier, à Ilolland, à la disposition du général Tilly. « Vous marcherez, écrit le prince, avec le 96'' régiment et un bataillon du 32e, et voire brigade de dragons. Vous donnerez l'ordre au colonel Darricau d'établir un service de surveillance ; il se servira, au besoin, des hommes qui restent icy avec les chevaux éclopés. »

(1) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arch. Duponlj.

MOHRUNGEN /|6f)

De Muhlhausen, le 21 janvier, le général Tilly écrit au général Dupont, que L'ennemi en

est parti à une heure ce môme jour. Il avait un bataillon de 700 hommes, 6 pièces de canon, 2 obusiers et 3 escadrons. Ce même jour, le général Dupont entra sans coup férir à Elbing, vers cinq heures du soir; l'ennemi s'était retiré sur Kônigsberg (1).

Cependant le maréchal Ney avait envoyé l'aide de camp de Fczensac, de Bartenstein à Varsovie, pour expliquer à l'Empereur ses instructions et les mouvements de son corps d'armée en avant des cantonnements qui lui avaient été assignés. Parti le i5 janvier, par un temps épouvantable, cet officier remit ses dépêches à l'Empereur le 18. « L'Empereur me garda un jour à Varsovie, écrit le duc de Fezensac, et me renvoya le 18 avec le colonel Jomini chargé d'une mission particulière et verbale pour le maréchal Ney. En voici la cause. La lettre dont j'étais porteur avait irrité Napoléon ; et il exprima son mécontentement contre le maréchal en termes fort durs. Que signifiaient ces mouvements qu'il n'avait point ordonnés, qui fatiguaient les troupes et qui pourraient les compromettre ? Se procurer des vivres ? S'étendre dans le pays, entrer à Kônigsberg ? C'était ù lui qu'il appartenait de régler les mouvements de son armée, de pourvoir à ses besoins. Qui avait autorisé le maréchal Ney à conclure un armistice, droit qui n'appartenait qu'à l'Empereur généralissime ? On avait vu pour ce seul fait des généraux traduits devant un conseil d'enquête. Jomini était donc chargé de lui témoigner le mécontentement de l'Empereur. Il voulut bien me raconter tout cela pendant notre voyage, et je fus fort sensible à une marque de confiance dont je n'ai point abusé. Nous rejoignîmes le maréchal à Allenstein(2). »

Une lettre du Major Général traduisait en termes fort durs le mécontentement de Napoléon, montrant comment il entendait être obéi, par ses maréchaux comme par ses serviteurs les plus humbles, à la lettre et sans la moindre observation. Cette lettre est ainsi conçue :

Le Major Général au Maréchal Ney.

Varsovie, 18 janvier 1807, 8 heures du soir.

J'ai soumis, M. le Maréchal, à S. M. votre lettre et une du maréchal Bernadottc qui fait connaître les mouvements que vous avez faits sans ordre de l'Empereur : S. M. me charge de vous en témoigner son mécontentement, et même elle regarderait comme une désobéissance à ses ordres si, du moment où vous avez reçu l'ordre des cantonnements, vous n'aviez pas manœuvré pour les prendre ainsi qu'ils vous ont été prescrits. L'intention de S. M. n'est point d'aller à Kônigsberg ; elle vous eût fait passer ses ordres si tels eussent été ses projets. L'Empereur, M. le Maréchal, dans l'ensemble de ses projets, n'a besoin ni de conseils, ni de plans de campagne : personne ne connaît sa pensée et notre devoir est d'obéir : S. M. s'attendait d'autant moins au mouvement que vous avez fait, qu'elle vous avait déjà fait connaître, dans quelques circonstances, que vous n'auriez pas dû agir sans ses ordres ; vous sentez assez, M. le Maréchal, que les mesures partielles nuisent au plan général des opérations et peuvent compromettre toute une armée. L'intention de l'Empereur est que son armée se repose; ses cantonnements tiennent à des plans ultérieurs.

(1) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arch. Dupont).

(2) Souvenirs militaires île i8o4 à 1814, par le duc de Fezensac, général de division.

Vous dites que M. le maréchal Mortier a ordre d'investir Danzig et jamais je ne vous en ai parlé: vous avez dû voir que M. le maréchal Soult n'a pas seulement suivi l'ennemi et qu'il est resté sur l'Orzyk. Quant aux Hessois, S. M. a été très contrariée que vous les ayez tirés de Bromberg où ils étaient pour garder les magasins qui, par là, onl manqué d'être entièrement pillés par un parti prussien. S. M. ordonne que vous renvoyez les Ilcssois devant Graudcnz, conformément à leur première destination.

L'Empereur savait que les Prussiens étaient en retraite ; ce n'était pas une raison pour vous disséminer sur une étendue de 20 lieues.

L'Empereur vous ordonne, M. le Maréchal, de prendre les cantonnements tels qu'ils ont été ordonnés. Faites-le lentement, car c'est le premier pas rétrograde que l'Empereur fait faire ; d'abord portez-vous sur Neidenburg. Au surplus, M. le Maréchal, l'adjudant commandant Jomini vous fera connaître combien l'Empereur est contrarié par les mouvements que vous avez faits sans ses ordres.

Le lendemain, nouvelle lettre :

Le Major Général au Maréchal Ney.

Varsovie, 19 janvier.

L'Empereur, M. le Maréchal, a été extrêmement étonné de voir par une dépêche qu'il reçoit du maréchal Soult, et par la vôtre même, que non seulement vous ne vous êtes point conformé aux ordres de S. M. relativement à vos quartiers d'hiver, mais qu'encore vous conseilliez au maréchal Soult d'en faire autant. Je vous réitère, M. le Maréchal, l'ordre de rentrer dans les positions qui vous ont été indiquées pour les quartiers d'hiver : l'Empereur est immuable dans ses plans, et sans des considérations politiques il aurait fait mention à l'ordre du jour de la nonexécution de ses ordres par votre corps d'armée.

Vous n'êtes point détaché comme à Magdcbourg, vous êtes en ligne et vous n'êtes point autorisé à conclure un armistice; s'il vous arrive des parlementaires, vous les adresserez au quartier général.

A l'avenir, M. le Maréchal, l'Empereur ordonne que votre corps d'armée marche en masse, et jamais décousu ainsi que vous l'avez fait dans ce dernier mouvement.

Si vous avez conclu un armistice, vous n'en ferez pas moins marcher votre infanterie pour prendre ses quartiers d'hiver dans les positions qui vous ont été ordonnées, mais vous en profiterez pour laisser votre cavalerie et couvrir la faute que vous avez faite.

En même temps, le Major Général écrivait au maréchal Soult :

Le Major Général au Maréchal Soult.

Varsovie, 19 janvier 1807.

L'Empereur, Monsieur le Maréchal, m'a ordonné de témoigner son mécontentement au maréchal Ney de ce qu'il n'avait point exécuté ses ordres : l'Empereur est immuable dans ses dispositions et ce ne sont pas les mouvements de retraite de l'ennemi qui dirigent ses vastes projets. S. M. espère que c'est la dernière fois que M. le maréchal Ney, par des dispositions légères, s'exposera à compromettre le sort de l'armée par des fautes aussi graves ; si vous répondez à ce maréchal, ce doit être dans ce sens.

Je vous le répète, M. le Maréchal, votre point de réunion, si l'ennemi prenait l'offensive, est à Golymin. Peu importe aux profondes combinaisons de l'Empereur que l'ennemi cède ou évacue du terrain, S. M. a toujours l'initiative, elle veut que sa Grande Armée se repose ; profitez de cela pour vous étendre sur vos derrières et améliorez vos moyens de vivre ; sans l'ordonner, S. M. désirerait qu'une brigade de cavalerie légère soit encore envoyée à Plock sur la Vistule pour s'y refaire et s'y reposer.

MOIIKIXGEN 571

11 résulte clairement de ces lettres, qu'à l'armée l'Empereur est tout. Son cerveau mûrit de vastes projets, dont il ne doit compte à personne ; ses desseins sont immuables; il n'a besoin ni de conseils, ni d'avis; c'est à lui qu'appartient toujours l'initiative, et s'écarter si peu que ce soit de ses instructions, c'est apporter une perturbation dans ses grandes combinaisons et compromettre le salut de l'armée.

Certes, on s'explique très bien qu'un homme de guerre aussi extraordinaire que Napoléon ait entendu, dans la conduite des armées, tracer nettement à chacun de ses lieutenants son rôle et déterminer d'une façon précise l'étendue de ses attributions; mais ce que l'on comprend moins bien, c'est que, dans ces conditions, on puisse faire un crime à un général d'avoir obéi à la lettre aux instructions de l'Empereur, comme cela se produisit pour le maréchal Bernadotte, à propos du i4 octobre 1806 et des journées qui précédèrent la bataille d'Eylau, et pour le général Dupont au sujet de Baylen. Au chef suprême, qui exige l'obéissance stricte, muette, à ses ordres, revient toute la responsabilité des conséquences qu'ils entraînent; l'inférieur, à qui il est interdit d'apprécier l'ordre reçu, a pour devoir de s'y conformer et n'est responsable que dans la sphère très limitée de l'exécution.

Cependant le général Benningsen, battu à Pultusk par le maréchal Lannes, et s'estimant sans doute fort heureux de n'avoir pas subi un désastre complet, s'était prétendu victorieux et avait reçu, en récompense, le commandement en chef des troupes russes, en même temps que le général Buxhoewden était rappelé de l'armée. Libre de ses mouvements et renonçant à se maintenir dans la vallée de la Narew et à menacer directement Varsovie, il conçut le projet de gagner par un grand circuit vers le Nord -Ouest, les sources de l'Aile et de la Passarge et de se porter ensuite vers la région maritime où les ressources abondaient, puis de se rabattre vers l'Ouest le long du littoral par Braunsberg, Elbing, Marienburg et Danzig, de façon à tourner la gauche des cantonnements français, en enlevant peut-être le corps de Bernadotte, et à forcer Napoléon à abandonner ses positions sur la rive droite de la Vistule. Ce projet, de conception audacieuse, présentait d'autant plus de chances de réussite, que la marche vers le Nord pouvait s'exécuter àl'insu des Français, derrière un rideau impénétrable de forêts. Mais avec un adversaire comme Napoléon, il fallait agir vite et vigoureusement, sans quoi on risquait d'être coupé soi-même, séparé de Kônigsberg et de la Prégel, acculé à la mer et exposé au plus grave péril.

L'armée russe remonta la Narew, vers l'Est, jusqu'à Tykoczyn, au delà du confluent du Bober et à environ quarante lieues de Varsovie; là, elle franchit la Narew et s'éleva au Nord, passa le Bober à Gonionds, et se porta vers le Nord-Ouest, contournant la ligne des lacs et la grande forêt qui s'étend, sur une étendue de vingt lieues, entre le lac Spirding et Ostrolenka sur la Narew. Sa force était de 80 mille hommes répartis en sept divisions ; elle laissait, en outre, deux divisions, sous le général Essen, dans la vallée inférieure de la Narew, pour inquiéter la droite des Français, et une division à Gonionds, pour maintenir les communications d'Essen avec l'armée principale.

La marche des Russes, qui avait tant d'intérêt à se faire rapidement, fut très lente; ils

mirent près d'un mois pour faire soixante-dix lieues, de Pultusk à Heilsberg, but l'Aile, en passant par Gonionds, Rhein qui est au Nord du lac Spirding, Rastenburg et Bischofstein.

Pourtant ce grand mouvemcut était resté complètement ignoré des Français, et lorsque Napoléon en eut vaguement connaissance, le l!\ janvier, à Varsovie, il pensa qu'il venait de Kônigsberg et le crut motivé par la pointe inconsidérée du maréchal Ney vers la Prégel. « Sa Majesté pense, écrit le maréchal Berthier, que la position extraordinaire de l'ennemi tient au mouvement inconsidéré qu'a fait le maréchal Ney (i). »

Le a5 janvier, le bruit du mouvement général de l'armée russe se confirma. A ce moment, le. maréchal Bernadette était à Oslerode et s'étendait jusqu'à la mer, le maréchal Ney était à Neidenburg, le maréchal Soull à Prasnysch, les maréchaux Larmes et Augereau en 2e ligne, et le maréchal Davout à Pultusk. Le 26, le Major Général écrivait encore au maréchal Soult : « La pointe inconsidérée qu'a faite le maréchal Ney, M. le Maréchal, paraît avoir déterminé l'ennemi à faire un mouvement sur sa droite. » Le mouvement de l'armée russe résultait d'un plan d'ensemble; les excursions du maréchal Ney n'y entraient pour rien.

Les voltigeurs et les grenadiers du 6e corps s'étaient avancés jusqu'à Schippenbeil, sur l'Aile, village qui est à 5 lieues au Sud de Fiïedland et à i3 lieues au Sud-Est de Kônigsberg. D'Allenslein, le 22 janvier, le maréchal Ney informe le Major Général que le mouvement rétrograde de son corps d'armée a commencé le 20; il aura, le 24, toutes ses troupes réunies depuis Hohenstein jusqu'à Neidenburg. « Je resterai un jour dans cette dernière ville pour m'assurer des desseins de l'ennemi, écrit le maréchal Ney ; j'ai cependant tout lieu de croire qu'il n'a pas assez de forces pour pouvoir me nuire de quelque manière que ce soit; il n'a montré jusqu'à présent que beaucoup de cavalerie, peu d'infanterie et il n'a point fait usage d'artillerie. »

Dès le 19, l'ennemi avait fait une reconnaissance générale depuis Langheim, Leuncnburg, sur la Zaine et Barten, jusqu'à Schippenbeil. Partout, ses tentatives ont été repoussées vigoureusement; à Leunenburg principalement, il a éprouvé une assez grande perte; vers Langheim et à Schippenbeil, on a eu les mêmes succès.

Le 20, l'ennemi a fait suivre nos colonnes par de la cavalerie et par quelque peu d'infanterie qui était transportée par des traîneaux. Le soir et pendant la nuit, cette cavalerie vint insulter presque à la fois toutes les positions occupées par nos troupes...

Le 2 1 , la position de Seeburg a été également inquiétée jusqu'à 8 heures du soir ; le général Colbert fit alors attaquer les villages d'Elsau et de Lockau, où l'ennemi faisait mine de vouloir passer la nuit et d'où il a été chassé avec grande perte en hommes tués...

Aujourd'hui, le général Colbert, en se retirant sur Wartenburg et Alt-Wartenburg, n'a point vu d'ennemis...

Les prisonniers et déserteurs assurent que 10 régiments de cavalerie russe, forts de 8 à 900 hommes chacun, marchent sur Guttstadt, Allenslein, Hohenstein et Neidenburg ; que l'infanterie russe qui doit suivre cette colonne, et dont on ne connaît pas encore la force, est à quelques marches derrière la cavalerie ; ils ajoutent que le général Benningsen est à Rastenburg et que

(1) Lettre du Major Général au maréchal Soult, de Varsovie, le 1^ janvier 1807.

MOinu'\i;r\

les Prussiens aux ordres du général Lestocq se dirigent sur Liebstadt et Elbing, par la ri\e gauche de l'Aile.

Je préviens S. A. le Prince de Ponte-Corvo et M. le maréchal Soult de mon mouvement rétrograde et des renseignements que j'ai sur l'ennemi. J'ai l'honneur...,

Le Maréchal Ney.

P. -S. — On vient de m'assurer qu'une colonne d'infanterie russe et quelques régiments de cavalerie se dirigent de Sensburg sur Willenberg. Je charge le général Grouchy de s'en assurer.

Le maréchal Ney avait prévenu, le 22 janvier, le commandant du ier Corps, de son mouvement rétrograde et de l'approche de l'ennemi. Le maréchal Bernadolte reçut la dépêche du commandant du 6'' Corps, le 2.3, de grand matin, et prévint immédiatement le général Dupont de la possibilité d'une attaque de l'ennemi et de la nécessité de ne pas étendre encore sa division dans ses cantonnements ; sa lettre est la suivante:

Elbing, le 23 janvier 18o7, 6 heures du matin.

Au général Dupont, à Elbing.

Je viens d'apprendre, mon cher Général, que l'ennemi a fait un mouvement sur le Maréchal Ney dans sa marche rétrograde ; comme il serait possible que nous fussions obligés de le soutenir, ou que nous fussions attaqués nous-mêmes, je désire que nous ne donniez point encore d'ordre à voire division de s'étendre dans ses cantonnements, mais que vous ordonniez aux Colonels de se procurer des souliers dans le pays qu'ils occupent et de se tenir prêts à marcher.

Je vous prie même d'ordonner au général Laplanche de recommander aux régiments le dragons de faire ferrer leurs chevaux.

Ordonnez au Colonel du 9" d'infanterie légère de concentrer un bataillon à Mùhlhausen et environs. Celui qui a dû aller à Braunsberg devra se concentrer sur ce point et en arrière.

J. Bernadotte.

P. -S. — Ordonnez à vos Colonels de prendre des renseignements sur la position et les mouvements des armées russe et prussienne ; faites-vous rendre compte tous les jours, et prévenez-moi de ce que vous apprendrez.

Le maréchal Bernadolte, voulant éviter d'èlre coupé du maréchal Ney, prit immédiatement des mesures pour serrer ses forces vers Mohrungen et Osterode. Il prescrivit, pour son Corps d'armée, les mouvements suivants :

GRANDE ARMÉE

icr Corps

Au Quartier Général à Elbing, le a3 janvier 1807.

Etat-Major Générai.

Ordre de Mouvement pour le 2U janvier 1807. Le Général Dupont fera partir demain a4 janvier le bataillon du 9° régiment qui est à Braunsberg, et se dirigera sur Mùhlhausen.

Le bataillon qui est à Mùhlhausen sera dirige sur Neuendorf et environs près de Holland. Le bataillon du 32" et celui du 96'% qui sont entre Elbing et Holland, seront cantonnés près fie Holland sur la route de Mohrungen.

!\~j!x LE GÉNÉRAL DUP01IT

La brigade de dragons se mettra en marche et ira cantonner à Rogehnen, Schônan et vill ;, . dans un rayon d'une lieue; elle poussera un détachement sur Crônau pour se lier avec Mohrungen.

Le Général Tilly fera suivre par le 5" de chasseurs le mouvement du bataillon qui part de Braunsberg. Ce régiment se repliera sur Mfdilhausen avec ce bataillon.

Le 2e de hussards ira s'établir à Schlobillen.

Le 4r restera à Liebstadt.

Le Général Drouct se réunira avec toute sa Division à Saalfeld ; il ne laissera aucun détachement derrière, si ce n'est 20 dragons pour observer Marienburg et Marienwerder.

Mouvemeitts du 2.5.

Le Général Dupont concentrera sa Division entre Holland et Mohrungen exclusivement. 11 mettra le plus de monde qu'il sera possible dans les villages près de Mohrungen.

La brigade de dragons se portera à une lieue en avant de Mohrungen sur les routes de Liebstadt et d'Allenstcin.

Le Général Drouet enverra un régiment à Licbemuhl, un autre entre Liebcmùhl et Mohrungen ; il placera le 3e par échelons depuis Saalfeld jusqu'à la roule de Liebcmùhl à Mohrungen.

Le Général Tilly couvrira avec le 51" de chasseurs et le 2e de hussards la marche du Général Dupont ; il se concertera pour cet objet avec cet officier général.

Le Général Dupont pourra laisser à Elbing un détachement de a5 dragons commandés par un officier intelligent.

Le Général Tilly laissera un escadron du 5'' et un chef d'escadron à Sumpf pour éclairer Braunsberg.

Ces détachements se replieront sur Holland aussitôt qu'ils auront connaissance de l'ennemi.

Celui d'Elbing pourrait se retirer sur Chrislburg en tournant le lac, si la route de Holland n'était pas sûre.

Les généraux Tilly et Dupont donneront des ordres pour éclairer les débouchés de la Passarge.

Le général Tilly fera couper le pont sur la route de Liebstadt à Guttstadt.

Le quartier général du Maréchal Prince de Ponte-Corvo sera demain à Holland, et le 25 à Mohrungen ; c'est là qu'on lui adressera les Rapports.

MM. les Généraux donneront toutes les instructions de détail ; ils sont prévenus que tous ces mouvements sont commandés par ceux de l'ennemi qui a levé ses quartiers d'hiver et a inquiété la marche du Maréchal Ney.

Tous les bagages seront dirigés sur Kulmsce, passant par Rosenbcrg et Bischofswcrder.

Les Généraux Rivaud et Sahuc resteront sur la position qu'ils occupent maintenant, savoir : le Ier à Mohrungen, Osterode et Liebstadt, et le 2° à Osterwein, entre Hohenstein et Osterode.

Le Maréchal Prince de Ponte-Corvo, Beunadotte.

Le prince de Ponte-Corvo informa de ces dispositions le maréchal Ney, par la lettre suivante :

A Holland, le 23 janvier 1807.

A S. E. Monsieur le Maréchal Ney, Commandant en chef le 6'' Corps d'Armée.

Je viens de recevoir, mon cher Maréchal, la lettre que vous m'avez écrite hier d'Allenstein. J'avais toujours eu la crainte que l'ennemi ne vous suivît lorsque vous feriez votre mouvement de retraite. J'étais occupé à faire la répartition de mes cantonnements et je voulais m'établir poulies quartiers définitifs ; votre dépêche m'a déterminé à attendre. Je me tiens assez réuni : au besoin, je pourrai promptement avoir sous la main tout mon corps d'armée. Je viens d'ordonner quelques dispositions préparatoires. Je tiens Mohrungen et Liebstadt par de l'infanterie et un

MOIIRUNGEN 4^5

régiment de hussards; ces troupes ont l'ordre d'observer Guttstadt ; j'ai deux régiments à Osterode, et la Division Drouet se trouve très.à portée de soutenir facilement ces régiments s'il en était besoin. Les Dragons du Général Sabuc, qui occupaient llohenstcin, ont reçu l'ordre de L'évacuer et de serrer sur Osterode : ils se lieront par leur droite avec vos troupes qui seront à Hohenstein.

Pour prendre un parti définitif, mon cher Maréchal, j'attends de nouveaux détails sur la nature des mouvements de l'ennemi ; je vous prie d'avoir l'obligeance de me faire part de tous ceux qui \ous parviendront. Il est essentiel que notre communication soit toujours bien établie; vos troupes gardant fortement Hohenstein, notre ligne est bien pleine et nous nous trouvons en mesure de combiner nos manœuvres, si le cas l'exigeait ; ainsi, dans le cas où l'ennemi continuerait ses mouvements offensifs, prévenez-moi de suite afin que je me porte en entier sur Osterode, et que nous l'attaquions deconcert, ou que nous exécutions d'accord un mouvement rétrograde, en attendant les ordres de l'Empereur.

Au reste, je ne pense pas que l'ennemi ait le projet de nous attaquer en force ; cependant déjà, depuis quelques jours, on répand le bruit qu'une armée de 80 000 Russes marche sur nous ; on dit que le général Beningsen doit avoir son quartier à Rastenburg. Sans ajouter grande confiance à ces nouvelles, il ne faut pas rester dans une trop grande sécurité.

Vous aurez, sans doute, prévenu le Maréchal Soult des mouvements de l'ennemi ; il serait peut-être nécessaire que l'Empereur en fût aussi instruit. Je vous renouvelle,

J. Bernadotte.

L'offensive des Russes s'accentuant, le maréchal Ney en prévint le Major Général par cette lettre :

Hohenstein, le a3 janvier 1807, à 8 heures du soir.

Au Prince de Neuchâtel, Ministre de la Guerre. Monseigneur, Le Général Grouchy me prévient à l'instant par sa lettre de ce jour, datée de Jebwabno, que l'ennemi avance de toutes parts sur mon flanc droit ; qu'il est entré à Orlclsburg, à Mcnsguth et à Passcnheim aussitôt après que ces différents points ont été évacués par nous, et qu'en général il montre assez d'infanterie ; je charge ce général de donner à M. le Maréchal Soult tous les renseignements qui peuvent lui parvenir. Je pense, Monseigneur, que l'ennemi n'avance sur nous que pour nous obliger à rester dans les cantonnements que nous devons occuper ; cependant on assure qu'il a dégarni une grande partie de sa gauche depuis Oslrolenka, Johannisburg et Nikolaïken pour se diriger sur la Passargc en débouchant par Rastenburg. J'ai l'honneur d'être...,

Le Maréchal Ney.

En conséquence des mouvements de l'armée russe, le maréchal Ney crut devoir modifier les emplacements de ses troupes, ainsi qu'il suit :

\ouveUes dispositions pour V emplacement du 6e Corps, en conséquence du mouvement prononcé de l'ennemi sur le Corps d'armée du prince de Pontc-Corvo, et dans le but de couvrir la droite du Ier Corps et de lui laisser le temps de reprendre l'offensive.

Hohenstein, le a3 janvier 1807, à onze heures du soir.

L'ennemi paraissant diriger ses forces sur le Corps d'armée du prince de Ponte-Corvo, il est essentiel de couvrir sa droite et de lui laisser le temps de reprendre l'offensive.

/l'y G LE GÉNÉRAL DUPONT

En conséquence, les dispositions suivantes seront exécutées les uf\ et 2.") du courant. Le 3" régiment de hussards cl le io« de chasseurs. ) Lc Gén6ral Colbert. La compagnie d artillerie légère du capitaine Martin. S Les 5o° et 5g" de ligne resteront à Hohenstein. ) L(> Général Labassée.

Les 2§1' d'infanterie légère et 27" de ligne iront demain s'établir à Mûhlen et villages en arrière du lac de Mûhlen, depuis Thyman jusqu'à Petzdorf.

Les Généraux Gardanne et Roguet s'établiront à Mûhlen.

Lc Go/ restera à Neidenburg.

Le 76e étendra ses cantonnements jusqu'à Scboltau, route de Gilgenburg. — Le Général Marcognet à Neidenburg.

Les dragons de la division Grouchy, savoir :

Deux régiments sur la route de Gilgenburg, entre Skottau, Gardienen et Tbnrau. Les deux autres régiments à Neidenburg et villages sur la roule de Hohenstein, communiquant a\cc les troupes qui se trouvent à Hohenstein, et couvrant néanmoins les communications de Willenberg.

Le 3()' à Soldau.

Le 6° d'infanterie légère à Gilgenburg.

Le Général Marchand aussi à Gilgenburg.

Le 23 janvier, le colonel Meunier, commandant le 9e léger à Miïhlhausen, écrit au général Dupont qu'il se met en route pour Braunsberg. Par une deuxième lettre de 10 heures du soir, il l'informe qu'il vient d'arriver à Braunsberg avec son Ier bataillon. La cavalerie a tout épuisé, tout enlevé. Frauenburg a subi le même sort. Il demande à y placer son 20 bataillon. — L'ennemi est à 1 lieue, mais en petit nombre.

Le 23 janvier au soir, le maréchal Ney rend compte au Major Général de la continuation du mouvement rétrograde du 6° corps et du changement de direction de l'ennemi, qui appuie maintenant sur sa droite et semble se diriger sur Gultstadt, comme si son intention était d'aborder les cantonnements du prince de Ponte-Corvo. La lettre du maréchal Ney est ainsi conçue :

Hohenstein, le 23 janvier 1807, à 8 heures du soir.

A S. A. S. le Prince de Neuchâtel, Ministre de la Guerre. Monseigneur,

J'ai l'honneur de rendre compte à V. A. que le mouvement rétrograde des troupes du Ge corps s'est continué aujourd'hui, sans que l'ennemi ait cherché à inquiéter sa marche.

Le Gal Colbert m'a fait le rapport qu'hier, à deux heures du matin, l'ennemi est venu faire une reconnaissance sur Wartenburg ; mais il s'est retiré aux premiers coups de fusil ; ce matin il m'a écrit que la cavalerie russe avait fait préparer des vivres à Bischofsburg, et que Seeburg était occupé par plusieurs régiments de cavalerie.

Le Gal Grouchy me prévient de Jedwabno, en date d'hier, que depuis son départ de Bischofsburg avec la brigade du général Marcognet, l'ennemi ne l'a plus suivi, et que les Russes et les Prussiens appuient à droite et semblent se diriger sur Guttstadt ; il ajoute que le rég' de dragons qui était à Ortelsburg, et qu'il a rapproché de lui, n'a aucun renseignement sur l'ennemi : ce qui paraîtrait démentir la nouvelle qu'on m'avait donnée de la marche d'une colonne se dirigeant de Sensburg sur Willenberg.

Les troupes de mon corps d'armée occuperont, le 25 du courant, les positions suivantes : Neidenburg, Gilgenburg, Soldau, Lautenburg, Kutschbork, Mlavva, Janovv et Chorzellen.

La division de dragons du Gal Grouchy, ayant des avant-postes à Mûhlen, route de Hohenstein à Gilgenburg, occupera avec deux rég'9 les cantonnements depuis Neidenburg jusqu'à

moitié chemin de Gilgeoburg; les deux autres régta seront placés depuis Neidenburg jusqu'à Soldau.

La cavalerie légère du Ga' Colberl sera à Janow, fournissant un escadron à Chorzcllen, et un autre en amont de Neidenburg, pour couvrir les communications de Willenberg, Jcdwabno et Hobenstein.

Je suis en mesure de pouvoir rassembler mon corps d'armée en moins de deux jours, soit sur Neidenburg, soit sur Gilgenburg, Soldau ou Mlawa.

Je me rendrai demain à Neidenburg, où je resterai jusqu'à ce cpieje connaisse les desseins de l'ennemi.

J'ai trouvé la Divon de dragons du Gal Sabuc, occupant Hobenstein, point essentiel à cause de sa communication avec Osterode. Je fais part au Prince de Ponte-Corvo de la position de mes troupes au ao du courant, et de la direction cpie l'ennemi semble avoir prise sur Guttstadt. J'en donne également avis au nr'1 Soult.

J'ai l'bonneur d'être ,

Le Maréchal Ney.

Dans la journée du 24 janvier, les Russes continuent à s'avancer clans la direction de Liebstadt sur la roule de Danzig, pendant que le maréchal Ney se retire sur Hohenstein et Neidenburg, devant les masses ennemies, et que le prince de Ponte-Corvo fait ses dispositions pour rapprocher toutes ses troupes d'Osterode, afin de se lier fortement à la gauche du 6'' corps. — A 3 heures et demie du matin, les Russes attaquent Passenheim à l'improvisle et s'en emparent, culbutant l'escadron de dragons qui s'y trouvait ; le général Grouchy gagne Neidenburg sans être inquiété. Ortclsburg tombe de même au pouvoir de l'ennemi, qui ne pousse pas davantage les troupes du maréchal Ney, son effort principal se portant vers le Nord-Ouest pour aborder la gauche des cantonnements de la Grande Armée.

De Holland, où il s'est arrêté en venant d'Elbing, le maréchal Rernadotte informe le Major Général que le Ier corps se rendait dans ses cantonnements définitifs, fixés par l'Empereur, lorsque, le 22, deux lettres successives du maréchal Ney avertirent du mouvement offensif de l'ennemi qui semblait s'avancer de toutes parts sur le flanc droit du i"1 corps. « Des rapports particuliers, dit le prince de Ponte-Corvo, m'instruisaient en même temps qu'une armée russe, venant de Riga, marebait par Konigsberg, et que le général Benningsen, commandant en chef, devait avoir son quartier à Rastenburg. Le mouvement offensif de l'ennemi se trouvant ainsi prononcé, je n'ai point balancé à me mettre en mesure de le recevoir ; d'ailleurs, S. M. ayant déterminé, en cas d'attaque, les points sur lesquels chaque corps doit se réunir, sans attendre de nouveaux ordres, j'ai fait de suite les dispositions nécessaires pour concentrer mes troupes sur Osterode. Le mouvement s'opère en ce moment, et demain je serai prêt à combattre l'ennemi, quelle que soit sa manœuvre. Je me suis concerté avec le maréchal Ney qui occupe Hobenstein et Neidenburg... »

En même temps, le prince de Ponte-Corvo écrit au maréchal Ney ce qui suit :

Au Quartier Général à Holland, le i!\ janvier 1807.

J'ai reçu, M. le Maréchal, les deux lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 22 de ce mois.

f{-j8 LE GÉRERAI DUPONT

D'après les avis que vous me donnez des mouvements de l'ennemi, je crois devoir lever mes quartiers. Je me concentre aujourd'hui et demain sur Mohrungen, Saalfeld et Osterode; je me

lie avec vous à Hohenstein, et je puis me réunir ensuite dans une marclie à Osterode, si le projet offensif de l'ennemi paraît plus prononcé.

En conservant votre position à Hohenstein et ÏNeidenburg, je vois que nous sommes en mesure de recevoir l'ennemi partout où il se présentera pour nous attaquer. Vous sentez que tout le succès dépend de l'accord de nos mouvements soit en avançant, soit en retraite ; et qu'il est essentiel que nos deux corps soient toujours assez rapprochés pour se soutenir au besoin et pour que l'ennemi ne puisse se mettre entre nous, ce qui serait très préjudiciable à l'intérêt général de l'armée.

Agréez ,

J. Bernadotte.

Dans la matinée du 2/1, le colonel Darricau, du 32e régiment, à Holland, rendait compte au général Dupont, qu'il n'y avait rien de nouveau à Mohrungen, et que Liebstadt était occupée par 3 compagnies et de la cavalerie.

A 5 heures du soir, de Holland, le maréchal Bernadotte envoie au général Dupont l'ordre de partir d'Elbing le lendemain, à 4 heures du matin, et de se trouver à Holland avant 10 heures. L'Ordre est ainsi conçu:

Une reconnaissance du 2'' d'hussards s'est portée sur Wormditt. Elle a appris du baillif qu'un corps de 8 000 Russes se trouvait à 4 lieues au delà de cette ville.

Cette reconnaissance a trouvé, à son retour, sur les bords de la Passarge, un détachement de ko chevaux, hussards noirs et Cosaques ; elle les a vivement chargés et a fait quelques prisonniers dont le commandant du détachement.

M. le Maréchal Ney me marque, d'un autre côté, que les Russes se sont emparés de Passenheim et d'Ortclsburg.

Je pense, mon cher Général, que, d'après ces renseignements, nous n'avons point de temps à perdre pour nous réunir ; en conséquence, je désire que vous partiez d'Elbing à 4 heures et que vous soyez arrivé au plus tard demain matin à 10 heures à Holland, avec toutes les troupes que vous avez dans cette première ville, et je vous engage à recommander bien expressément de marcher en bon ordre, et de se bien garder dans les cantonnements...

Ordonnez au colonel du 96'' de partir d'Elbing avant son bataillon et de réunir toutes les compagnies qu'il a cantonnées dans les villages, et de désigner un rendez-vous général, afin qu'on marche ensemble et dans le plus grand ordre, et toujours comme en présence de l'ennemi.

Je vous répète qu'il n'y a pas un moment à perdre.

Je ne doute pas que les armes ne soient en bon état, que chaque soldat ait les 5o cartouches, et que chaque régiment ait son caisson avec lui.

J'ai l'honneur de vous saluer avec amitié.

J. Bernadotte.

Tout faisait vivement désirer aux troupes un long séjour dans la ville d'Elbing, dit le Journal de la Division Dupont ; elles étaient certaines de pourvoir abondamment à tous leurs besoins, et les marches qu'elles venaient de faire par un temps continuellement mauvais, leur rendaient le repos nécessaire ; mais les espérances furent bientôt déçues. — Le 3,: jour, c'est-à-dire le a4 janvier, on acquit la certitude que l'armée russe, qui avait pris des cantonnements à Kônigsberg et dans les environs, se portait rapidement sur Thorn pour couper nos communications avec la Grande Armée. Le prince de Ponte-Corvo, qui était ce jour-là à Elbing, jugea qu'il était instant de s'opposer à la marche de l'ennemi, ou du moins de le gagner de vitesse sur la route de Thorn,

et donna l'ordre au général Dupont, ainsi qu'aux commandants des 2e et 3° divisions de son corps d'armée, de se diriger immédiatement avec leurs troupes sur Holland cl Mohrungen (i).

Le 24 janvier, à six heures du soir, le maréchal Ney, à Hohenstein, écrit au Major Général que l'ennemi s'est borné, dans celte journée, à faire de simples reconnaissances, mais que son mouvement sur Danzig paraît prononcé. Un rassemblement considérable de troupes russes se l'ait, dit-on, entre Mùhlhausen et Preuss-Eylau. Soooo hommes seraient réunis sous les ordres du général Benningscn, et marcheraient sur Danzig pour y recevoir l'appui d'un corps anglais et d'un corps suédois. On a entendu le canon dans la direction de Liebstadt. Les Russes prétendent que la rive droite de la Vistule sera évacuée par les Français avant dix jours. Le maréchal Ney joint à sa dépêche une lettre du prince de Ponte-Corvo, annonçant l'affaire fâcheuse qui vient d'avoir lieu à Liebstadt. 11 demande des ordres pour la marche du 6e corps.

Le général Maison, chef d'État-Major du Ier Corps d'armée, était resté à Osterode. A io heures du soir, le 24 janvier, il fait savoir au maréchal Ney que le général Pacthod a été délogé de Liebstadt, dans la journée, par des forces supérieures, et s'est retiré à Mohrungen. L'ennemi est en forces à Guttstadt et a le projet de rétablir les communications avec Danzig. « Si ce mouvement de l'ennemi continue par Liebstadt sur Mohrungen, dit le général Maison, V. E. pensera sûrement que celui qu'elle projette de faire le 26 pour prendre ses cantonnements doit être retardé, et qu'elle doit rester dans la position où elle se trouve, afin de pouvoir manœuvrer de concert avec le Prince de Ponte-Corvo et combattre l'ennemi. »

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