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le feu de six pièces tirant à mitraille et la fusillade d'une infanterie trois fois supérieure en nombre, elle se précipita sur le village Le choc fui terrible ; les Russes se défendirent avec une opiniâtreté incroyable. Dans la mêlée, l'aigle du 9e fut prise et reprise deux fois. L'ennemi amenant des réserves, le prince fil soutenir le commandant Bouge par deux bataillons du 27° d'infanterie légère: le 20 bataillon, conduit parle prince lui-même, et ayant à sa tète le général Werlé, s'avança au pas de charge ; le Ier bataillon, aux ordres du colonel Charnotet, longea le bois qui était à notre droite, comme pour tourner la gauche ennemie qui s'y appuyait. Après un combat des plus sanglants, les Russes, ayant perdu un de leurs généraux, emporté par un boulet, nous abandonnèrent le village ; dans leur retraite, ils furent vigoureusement chargés par un escadron du 19e de dragons.
Le prince de Ponte-Corvo disposa ses troupes pour aborder la ligne russe. A droite, le 8e de ligne prit position entre le village de Pfarrersfeldchen et le bois où était resté le Ier bataillon du 27e léger; au centre, se plaça le 27'' d'infanterie légère, et, à la gauche, le q^ régiment ; la brigade de dragons du général Laplanche fut mise en bataille à la gauche du village. L'ennemi fut attaqué avec impétuosité sur tous les points, et la lutte devint acharnée ; le général Pacthod, qui conduisait le 8B de ligne, fut blessé d'un coup de mitraille à la cuisse, mais il n'en continua pas moins à diriger sa troupe au milieu du feu et à l'encourager de son exemple.
Au moment d'engager le combat, le maréchal Bernadotte avait envoyé son premier aide de camp à la rencontre du général Dupont, pour lui dire de se hâter et de déboucher par Wicse sur Georgenthal, de manière à tomber sur le flanc droit de l'ennemi en menaçant de le tourner. — La ire division avait pris les armes à Elbing, à deux heures du matin, et, sans se reposer, sans manger, ces admirables soldats avaient fourni une marche de douze lieues, par de très mauvais chemins, où l'artillerie avait peine à avancer. Il était trois heures du soir, lorsque le général Dupont se présenta à Neuhof, à trois quarts de lieue de Mohrungen, avec un bataillon du 9e léger (commandant Rameau), le 32e de ligne, le 96e, et la cavalerie légère (2e de hussards et 5e de chasseurs).
L'attaque de front sur la ligne russe venait de commencer. Le général Dupont lança sur Georgenthal le bataillon du 9e léger, qui se précipita à la bayonnette dans le village et s'en rendit maître, non sans avoir fait un véritable carnage des Russes. Après une heure de combat, l'ennemi, se voyant tourné sur sa droite, par Georgenthal, abandonna sa position et se retira dans le plus grand désordre sur la route de Liebstadt. Il fut vivement poursuivi par le 32e de ligne et sabré par les dragons et la cavalerie légère du général Tilly ; le général Laplanche eut son cheval tué sous lui. La nuit, qui survint, empêcha de pousser plus avant la poursuite.
Pendant le combat, les Cosaques étaient entrés dans Mohrungen, insuffisamment protégée, et avaient fait main basse sur les équipages du 1e1' corps. Dès que le prince eut connaissance de cet incident, il envoya un bataillon du 8e, qui pénétra dans la ville sans tirer un coup de fusil, et massacra tout ce qui s'y trouva ; en fuyant, les Cosaques se heurtèrent au 5° de chasseurs à cheval, qui en tua un grand nombre.
Le maréchal Bernadotte avait eu à lutter, avec 8000 fantassins et 2 000 cavaliers, contre un corps comptant plus de i5 000 hommes. Le combat, très sanglant et très disputé, faisait honneur au Ier corps et surtout à la division Dupont, qui, après avoir franchi, sans s'arrê-
1er, une, distance de douze lieues, à travers la neige, avait décidé la victoire par son irrésistible élan. Le Journal de la Division mentionne ainsi cet engagement :
« Dans la nuit du 24 au 25, les 9e léger, 32e et 96e de ligne prirent les armes et se mirent immédiatement en route. A trois heures du soir, ils avaient fait 12 lieues et se mettaient en bataille sur le plateau en avant du village de ÎSeuhof, distant d'environ trois quarts de lieue de Mohrungcn. Les deux autres divisions, qui avaient précédé celle du général Dupont, étaient en position à droite de cette ville. Dans ce même moment, l'avant-garde de l'armée russe, forte d'environ 10 000 hommes, débouchait et se formait en avant du village de Georgenthal. Des tirailleurs furent envoyés de part et d'autre et bientôt l'affaire devint générale et sur toute la ligne . Ce village, vivement défendu par l'ennemi, fut enlevé à la bayonnette par un bataillon du 9e d'infanterie légère. Ce premier choc ébranla l'ennemi et le força à la retraite, après une heure de combat dans lequel il perdit quelques centaines d'hommes tués ou faits prisonniers. Notre perle fut légère. Pendant que l'on se battait, les Cosaques parvinrent à tourner la ville de Mohrungen, y pénétrèrent et s'emparèrent d'une partie des équipages. Le général Paclhod avait fait la faute de ne pas y laisser une garde suffisante. — Malgré ce succès, le prince de Ponte-Corvo, qui savait que l'armée russe et le corps prussien étaient en mouvement, prit la sage résolution de battre en retraite sur Thorn, pour donner le temps à l'Empereur, qui était à Varsovie, de savoir ce qui se passait et de secourir le Ier corps d'armée (1). »
Les pertes du ier corps s'élevèrent à 800 hommes, dont plus de i5o tués; l'ennemi eut i5 ou 1 600 hommes hors de combat.
Le maréchal Bernadotte fit preuve, dans cette circonstance, de beaucoup de résolution et d'une bravoure remarquable. « Le Prince de Ponte-Corvo a dirigé toutes les opérations avec ce talent qui le distingue ; il est demeuré constamment exposé au feu de l'ennemi et toujours au poste le plus dangereux. L'un de ses aides de camp, M. le capitaine Lebrun, a eu, à ses côtés, son cheval tué sous lui par un coup de mitraille (2). »
Les troupes victorieuses prirent position sur le champ de bataille : le 27e léger bivouaqua en avant de Georgenthal, à gauche de la route de Liebsladt, et à droite de cette même route, s'établit le 9e léger, ayant en avant de lui des postes de cavalerie légère; le 82'" et le 96e occupèrent Georgenthal, avec les 2e et 4e régiments de hussards et le 18e de dragons; un bataillon du 8e de ligne et le 94e se placèrent en arrière de Georgenthal ; un escadron de cavalerie légère et deux compagnies d'infanterie s'installèrent à Wiese pour surveiller la route de Rolland.
Dans la marche de la ire division d'Elhing sur Mohrungen, le 32e régiment avait couru un terrible danger, dont il n'avait été sauvé que par le sang-froid et l'énergie du général Dupont. Au moment où l'on venait de découvrir les lignes russes et où la iTL' division faisait force de marche pour prendre part au combat, le 32° régiment, fatigué de gravir les petits monticules qui se succédaient presque sans interruption sur sa route, s'engagea, pour arriver plus vite à l'ennemi, sur une pente couverte de neige. Tout à coup,
(1) Journal des marches et cantonnements de la division Dupont (Arch. Dupont). (a) Précis historique des campagnes du Ier corps (Arch. Guerre).
des craquements significatifs se produisirent sous les pieds des hommes ; on était sur un lac!... les soldats se regardèrent avec inquiétude. Si une panique se fût produite, le régiment pouvait être englouti. Le général Dupont rassura son monde : « Nous sommes, dit-il à haute voix, sur une prairie où il y a seulement quelques pouces d'eau. » La traversée se fit sans encombre. La plaine était un lac qui avait trente pieds de profondeur. Dans ses Mémoires, le général Dupont raconte ainsi le combat de Mohrungcn :
Nous quittons Elbing le a4 janvier, et ce qui nous confirme dans la pensée que les Russes sont en marche, c'est l'insurrection de ses habitants à notre départ. La pensée de la grandeur de la puissance russe dominait donc ces contrées ; cependant cette timide émeute est sans effet ; ma division, chargée de faire l'arrière-garde, l'a contenue sans peine. Le prince de Ponte-Corvo porte habilement son corps d'armée au-devant de l'ennemi qui marchait sur Mohrungen ; ce point était important à conserver : s'il eût été enlevé, la ligne de nos quartiers d'hiver aurait été coupée, et le Ier corps se trouvant isolé aurait eu des chances graves à surmonter, et la surprise que méditait l'ennemi était, si elle eût réussi, susceptible de nous faire perdre la rive droite de la Vistule.
La rencontre des deux corps opposés devant Mohrungen décide à l'instant le combat ; leurs forces étaient à peu près égales ; ils avaient tous deux le même intérêt à posséder cette petite ville qui était comme la clé de nos quartiers d'hiver. Située à quatorze lieues d'Elbing, la distance que ma division avait à parcourir ne devait pas lui permettre de se trouver au combat qui la disputait ; mais son ardeur lui fait franchir dans une seule marche ces quatorze lieues pour se rallier aux autres divisions. Le froid excessif qui règne concourt lui-même à la rapidité de notre mouvement. Le soldat courait plutôt qu'il ne marchait, et l'issue du combat était encore indécise, lorsque nous arrivons pour y prendre part. Le maréchal Bcrnadotte m'envoie le colonel Gérard, son aide de camp, pour m'instruire de la position de nos troupes ; je vois qu'il est temps d'agir avec vivacité et de hâter notre attaque. Je porte directement ma division sur le flanc droit de la ligne ennemie.
Le terrain, couvert d'une neige peu profonde, offrait des mamelons sans nombre et très rapprochés ; une petite plaine cependant s'ouvre devant nous, et le 32e, fatigué de monter et de descendre ces petites collines, marche plus prompt sur cet espace aplani. 11 marchait serré en masse et j'étais à sa tète. Bientôt des craquements redoublés nous annoncent que la glace, que nous a dérobée ce voile de neige, est prête à céder sous nos pieds, et l'inquiétude commence* à se manifester Uans nos rangs.
Nous sommes, dis-je alors à haute voix, sur une prairie où il y a seulement quelques pouces d'eau. A ces mots, le soldat rassuré ne fait plus que rire des craquements de la glace qu'il foule audacieusement, et nous franchissons enfin ce que nous avions pris pour une prairie, qui eût pu devenir un gouffre sous nos pas, car nous apprîmes bientôt que c'était un petit lac de trente pieds de profondeur. Ce danger a beaucoup égayé la troupe lorsqu'elle l'a connu.
L'ennemi appuyait sa droite à ce lac malencontreux ; il est vivement attaqué de flanc et de revers, et notre passage téméraire ajoute encore à sa surprise. Il se replie vivement sur son centre, s'amoncelle et semble tournoyer sans pouvoir reformer ses rangs ; nous le pressons alors plus vivement, de concert avec les deux autres divisions. Un bataillon du 9e léger fait une charge brillante ; toute la ligne aborde l'ennemi de plus près et le force de tous côtés à la retraite. La nuit tombe, et le succès le plus heureux est décidé, malgré 1 irruption faite par un corps de Cosaques dans la petite ville de Mohrungen, pendant le combat livré sous ses murs (1).
Le prince de Ponte-Corvo rendit compte du combat de Mohrungen, par les deux rapports suivants :
(1) Mémoires inédits du général Dupont fArch. Dupont).
Mohrungen, le 26 janvier 1807.
Sire, J'ai rendu compte, avant-hier, au Major Général, du mouvement que j'exécutais pour me serrer sur ma droite. Les avis que M. le Mal Ney m'avait donnés et les renseignements que j'avais moi-même sur l'ennemi ne me laissaient plus aucun doute que les Russes ne marchassent avec un Corps assez considérable pour attaquer nos quartiers. Je n'ai point perdu do temps pour faire masser, le plus possible, les Divisions, et quoique j'eusse encore, le a'i, des troupes à Elbing, Tolkemit, Frauenburg et Braunsberg, j'ai pu hier les réunir toutes à Mohrungen. J'v suis arrivé à l'instant où l'ennemi venait attaquer le général Paclhod, qui était placé là avec le 8" régiment. La veille, le poste que nous avions à Liebstadt avait été forcé après avoir perdu près de 200 hommes tués, blessés ou prisonniers.
Il était midi lorsque l'attaque commença sur Mohrungen ; l'ennemi ne nous montra d'abord qu'une ligne de cavalerie ; il manœuvra de manière à nous faire croire qu'il se bornerait à une reconnaissance ; il voulait profiler de ce temps pour faire filer des troupes sur notre droite ; il s'attacha particulièrement à nous cacher ses forces. Quand je fus bien assuré des véritables projets de l'ennemi, je le prévins ; je marchai à lui après avoir formé ma ligne de bataille ; un bataillon du 9e d'infanterie légère fut chargé de s'emparer du village de Pfarrersfeldchen. Il était défendu par trois bataillons russes ; malgré une fusillade des plus vives et sous le feu de six pièces de canon qui tiraient à mitraille, le bataillon du 9e entra dans le village ; l'ennemi s'y défendit avec une ténacité incroyable ; la mêlée dura plus de dix minutes, il se fit un grand carnage. L'aigle du 9e fut prise et reprise deux fois de suite. L'ennemi fit avancer une réserve qui était derrière le village ; de mon côté, je fis appuyer le bataillon du 9e par deux autres. Enfin, après un combat des plus sanglants, nous restâmes maîtres du village. L'ennemi tenait au delà une position très avantageuse ; il appuyait sa gauche à une forêt et à des lacs ; il était à cheval sur la route de Mohrungen à Liebstadt, et sa droite paraissait bien couverte par des marais et des lacs gelés. Je fis avancer une ligne d'infanterie, le 8e régiment à la droite, le 27e d'infanterie légère au centre, et le 94e à la gauche ; l'ennemi nous attendit sur les hauteurs qu'il avait hérissées d'une nombreuse artillerie ; on l'aborda sans hésiter, et pendant plus d'une demi-heure on se fusilla sur toute la ligne, à moins de cent pas de distance.
Pendant ce temps, le Général Dupont, qui débouchait de la route de Rolland avec les 32e et 96e régiments, eut l'ordre de se diriger de Wiesc sur Georgenthal, afin de tourner la droite de l'ennemi. Il arriva à ce village en même temps que les troupes de l'attaque de front. Un bataillon du 32e s'y précipita le premier (1) ; l'ennemi fut horriblement maltraité. Tout ce qui se trouvait dans le village fut tué ; on ne fit de prisonniers que ceux qui se cachèrent dans les maisons. L'ennemi fut encore poursuivi jusqu'à une demi-lieue au delà de Georgenthal. La nuit nous empêcha d'aller plus loin ; toutes les troupes bivouaquèrent en avant du village.
Dans cette affaire, les troupes de Votre Majesté ont donné une nouvelle preuve de leur dévouement, comme de leur audace et de leur supériorité sur l'ennemi. Presque toutes, parties de leurs cantonnements à 3 heures du matin, avaient fait dix et douze lieues pour venir couper sa marche, et l'ont combattu jusqu'à dix heures du soir sans avoir pris ni repos ni nourriture. Je n'avais pas plus de 8 mille hommes d'infanterie, la brigade de dragons commandée par le général Laplanche, et pas plus de deux régiments de cavalerie légère. L'ennemi avait au moins i4 mille hommes d'élite. Ils étaient commandés par le comte de Pallen et le prince Gallitzin. Un de leurs régiments avait pour colonel le prince Dolgorucki.
L'ennemi a perdu plus de 1 5oo hommes. 600 sont restés sur le champ de bataille. Parmi les
(1) Il y a là une erreur ; le village de Georgenthal fut enlevé par le bataillon du 9e léger du commandant Rameau, qui fut blessé. Comme le marque le Précis historique des campagnes du Ier corps, c'est à l'attaque qui suivit la prise du village et à la poursuite des Russes, que le 32° se distingua. (Voir aussi le Journal des marches de la division Dupont). Pourtant le général Girod (De l'Ain), alors sous-lieutenant au 9e léger, dit que ce bataillon fut peu engagé.
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prisonniers, est un colonel de hussards, qui s'est dit appartenir à la Maison Impériale. Nous avons pris un obusicr. Nos troupes ont eu & à 700 hommes hors de combat, dont plus de i5o tués.
J'ai beaucoup à me louer de toutes les troupes ; un bataillon du 9e s'est particulièrement distingué. Le 8* a montré la plus grande valeur ; il a chargé l'ennemi avec une vigueur admirable, s'est mêlé plusieurs Ibis avec lui et s'est battu longtemps à la bayonnelte ; c'est le régiment cjui a le plus souffert. Les 94e et 270 d'infie légère ont soutenu leur brillante réputation. Le 19e régiment de dragons a fait dans le village une charge très belle et très heureuse sur l'infanterie russe. J'ai été on ne peut plus satisfait du Général Laplanche et de toute sa brigade. La cavalerie du Général Tilly s'est aussi très bien conduite. Les généraux Dupont (r) et Drouct ont continué à justifier la confiance de Votre Majesté.
Il était huit heures du soir que nous poursuivions encore l'ennemi à deux lieues de Mohrungen. Pendant ce temps, trois escadrons de Cosaques et 200 hommes d'infanterie, qui étaient égarés, ont pénétré dans la ville et ont pillé les Equipages. Dès que j'en ai été instruit, j'ai fait avancer un bataillon du 8e et le 5° de chasseurs. Ce bataillon est entré dans la ville sans faire feu et a chargé tout ce qui s'y trouvait. Les Cosaques, en fuyant, ont rencontré nos chasseurs, qui les ont fort maltraités.
Il est difficile de pénétrer les projets de l'ennemi. D'abord on avait assuré que le Maréchal Nev n'avait été suivi que par un parti de 6 mille hommes ; depuis, il a été su que les Russes ont marché sur trois colonnes. Celle que j'ai combattue à Mohrungen vient directement de Grodno. On assure qu'il arrive beaucoup de troupes clans les environs de Mùhlhausen et Wormditt. On dit cpie ce Corps doit manœuvrer par Danzig, sur la rive gauche de la Vistulc. Ce qui pourrait faire ajouter quelque foi à cette nouvelle, c'est que les Russes qui étaient à Liebstadt ont dû se retirer sur Preuss-Holland.
Dans l'incertitude où je suis, et ne pouvant connaître parfaitement les intentions de Votre Majesté, ni les forces de l'ennemi, venant d'apprendre que les avant-postes du maréchal Neyont été reconnus par les Russes, j'ai cru nécessaire de me serrer par ma droite et de m'établir avant tout en communication avec le 6e Corps. Je fais occuper Oslerode par une Division ; les deux autres sont en échelons depuis Liebemùhl jusqu'à Mohrungen que je n'occupe que par des avantpostes. Dès que je serai bien lié avec le corps du maréchal Ney et que nous connaîtrons les projets de l'ennemi, nous pourrons manœuvrer d'accord.
Je suis avec un profond respect
J. Bernadotte.
A Mohrungen, 2O janvier.
Liebemiihl, le 27 janvier 1807.
Sire,
J'ai eu l'honneur de rendre compte à \otre Majesté du combat qui a eu lieu avant-hier en avant de Mohrungen, et je l'ai prévenue qu'après avoir battu et repoussé les Russes jusqu'à deux lieues en arrière de leur position, j'avais cru nécessaire de me serrer sur ma droite occupant Ostcrode et Liebemùhl et ne laissant plus que des avant-postes à Mohrungen. Dans la nuit, les Russes ont reparu devant Mohrungen, et nos postes ontquilté cette ville, sans engagement, conformément aux ordres qu'ils avaient reçus. Je viens d'apprendre qu'Allenslein est également occupé par l'ennemi, ce qui semblerait annoncer son projet d'attaquer Ostcrode et de tourner ma droite. En conséquence, je pense que je dois plus que jamais me serrer sur le Gc Corps, et éviter tout engagement partiel jusqu'à ce que j'aie reçu les ordres de Votre Majesté. Demain, de
(1) Il est à remarquer que le 5/ie Bulletin de la Grande Armée dit, à propos de l'affaire de Mohrungen, que « la division Dupont arriva au moment où le combat finissait et ne put y prendre part » ; ce qui est absolument contraire aux faits, puisque, dans son rapport, le maréchal Bernadotte cite comme s'étant distingués dans ce combat, le général Dupont, le colonel Darricau du 82e, les chefs de bataillon Hameau et Bouge du y1 léger. — Le 55' Bulletin rectifia, d'ailleurs, cette erreur.
grand matin, le Ier Corps ira s'établir, la gauche à Roichenau, et la droite à Schmûckwald. De là, il est possible que je marche sur Lôbau. Une fois bien réuni avec le Corps de M. le Mal Ney, nous manœuvrerons de manière à recevoir l'ennemi avec avantage, s'il continue sa marche offensive.
Il est de mon devoir de prévenir Votre Majesté que le Ier Corps, qui n'a pas encore eu huit jours de repos depuis son entrée en campagne, est, en outre, extrêmement affaibli par les pertes qu'il a faites dans les diverses affaires où il s'est trouvé. Les Divisions Rivaud cl Drouet n'ont pas ensemble plus de 7000 hommes d'infanterie. Dans la journée d'avanl-hier, le 8' régiment d'infanterie et le 27e d'infanterie légère ont encore beaucoup souffert. Il n'existe pas à chacun de ces régiments plus de mille hommes présents sous les armes. Je prie Votre Majesté de vouloir bien ordonner que les détachements qui ont été retenus àCustrin, Slettin et Varsovie rejoignent promptement leurs corps. Je viens d'apprendre qu'il se trouve dans cette ville environ cinq cents hommes des 8e, 45° et 54° régiments.
En rendant compte à Votre Majesté de la belle conduite de ses troupes à l'affaire de Mohrungen, j'ai omis de nommer les officiers qui se sont fait remarquer.
Le général Pacthod a été blessé, après avoir combattu avec la plus grande valeur. Le général Laplanchc s'est parfaitement conduit; il a eu un cheval tué sous lui. Les colonels d'infanterie Darricau, Razout et Charnotct ont fait des prodiges de valeur. Le colonel du 18e de dragons, se trouvant près de moi à l'instant où un demi-bataillon était accablé par des forces quadruples, a mis pied à terre pour le rallier. Le colonel du 19e a aussi montré beaucoup d'audace. Le colonel Ronncmains, à la tête du 5° de Chasseurs, a fait une très belle charge sur les hussards russes et a fait leur colonel prisonnier. M. Rameau, chef de bataillon au 9e d'infanterie légère, a conduit ses soldats avec intrépidité, il a clé blessé. Le chef d'escadron Pistres, les chefs de bataillon Rouge, Lamartinière, Aymar, se sont parfaitement comportés. Le chef d'escadron Roudinhon, malgré trois blessures, a continué à commander vaillamment le 4e régiment de hussards, en l'absence du colonel Rurthe, blessé la veille. M. Roudinhon est un officier de premier mérite ; je demande pour lui le grade de colonel.
Les officiers de l'État-Major ont tous rivalisé ensemble pour se rendre dignes de la bienveillance de Votre Majesté. Le général Gérard a montré sa bravoure et son intelligence ordinaires. L'adjudant commandant Hamelinaie m'a secondé sur le terrain avec autant de zèle que de valeur.
Tous mes aides de camp ont eu leurs habits criblés de balles ; le capitaine Lebrun a eu un cheval tué sous lui.
Je recommande aux bontés de Votre Majesté M. S' Mars, sous-lieutenant au 18e de dragons. Cet officier, sans fortune, a eu la cuisse emportée d'un boulet de canon.
Notre perte a été un peu plus considérable que je ne l'avais d'abord annoncé à Votre Majesté. Il y a une quantité de blessures graves.
Je n'ai pu, Sire, laisser ignorer à Votre Majesté à quel point le Ier Corps d'armée se trouve affaibli par les marches continuelles, les fatigues et les pertes à l'ennemi. Je pense qu'il serait très à propos de le renforcer de deux régiments, ne fût-ce que pendant un mois et en attendant les renforts qui doivent lui arriver de France.
Je suis avec un profond respect
J. Reunadotte.
A Liebemùhl, le 27 janvier.
P. -S. — J'ordonne au général Rouyer de lever le blocus de Graudenz, de se porter sur Rehden et d'observer la place.
Je prescris au général Dombrowski , à qui j'avais enjoint de se porter sur Neuenburg et de serrer Danzig, de se concentrer et de ne pas trop se commettre. Je pense qu'il est essentiel que ces nouvelles troupes aient des succès dans leurs débuts.