CHAPITRE X
Napoléon avait fixé au 10 juin la reprise des hostilités. À cette époque, indépendamment du 5e corps laissé avec le maréchal Masséna sur la Narew, il disposait des corps des maréchaux Ney, Davout, Soult, Bernadotte et Murât, sur la Passarge, et de deux corps qui avaient servi à Danzig, le 8e sous le maréchal Mortier, et un corps de réserve commandé par le maréchal Lannes, alors sur la basse Yistule, et que la prise de Danzig rendait disponibles. En y ajoutant la Garde, l'ensemble de ces forces se montait à environ 160 mille hommes, présents sous les armes et ainsi répartis :
A droite, le maréchal Ney campait entre Guttstadt, sur l'Aile, et Deppen, sur la Passarge. A sa gauche, le maréchal Soult, à Liebstadt, gardait les ponts de Pittehnen et de Lomitten, sur la Passarge, et entre le 6e et le 4e Corps, le maréchal Davout, établi en arrière entre Allenstein et Hohenstein, empêchait qu'on ne pût tourner le maréchal Ney par sa gauche et l'enlever. — Le maréchal Bernadotte défendait la basse Passarge, de Spanden à Braunsberg. En cas d'attaque par des forces supérieures, le maréchal Ney devait reculer sur Deppen, le maréchal Davout sur Osterode, le maréchal Soult sur Mohrungen et le maréchal Bernadotte sur Preussisch-IIolland, et, s'ils étaient forcés à une marche de plus, ces maréchaux devaient se réunir à la Garde, à Lannes et à Mortier, aux environs de Saalfeld, ville située à quatre lieues à l'Est de Finkenstein.
Le général Benningsen avait porté son armée, environ ioo mille hommes, de Kônigsberg à Heilsberg, sur l'Aile, où il faisait face aux cantonnements français. Il laissait sur la Narew un Corps de 20000 hommes, commandé par le général Essen, puis par le général Tolstoï, et, à sa droite, se trouvait un autre corps d'égale force, composé de la division Kamenski et des Prussiens du général L'Estocq. — En prenant l'offensive contre un adversaire tel que Napoléon, liés bien posté et supérieur en nombre, l'armée russe s'exposait au danger d'être non seulement battue, mais coupée de Kônigsberg et détruite. Le parti le plus sage, pour le général Benningsen, eût été de s'établir derrière la Prégel, la droite à Kônigsberg et la gauche à Wehlau, puis si cette ligne était forcée, de reculer sur le Niémen, et finalement d'attirer l'armée française dans les profondeurs de l'empire moscovite, en évitant de livrer de grandes batailles. Mais l'empereur Alexandre avait donné l'ordre de combattre, et les soldats russes eux-mêmes, souffrant beaucoup de la disette de vivre-, demandaient à marcher.
55o I.F. GÉNÉRAL 1)1 PONT
Le général Benningsen résolut donc de se jeter avec le gros de ses forces sur le maréchal Ney, de l'accabler et de l'enlever, pendant que l'autre partie de son armée détournerait l'attention des Fiançais du véritable point d'attaque, en faisant des démonstrations sur la Passarge, à Lomitten, à Spanden et à Braunsberg. Devançant ainsi l'offensive projetée par Napoléon, le général russe mit ses troupes en mouvement dès les premiers jours du mois de juin.
Le k, l'ennemi engagea une canonnade assez vive sur Braunsberg et sur la tête de pont de Spanden, et il dessina, sur ce dernier point, une attaque qui fut repoussée. En rendant compte des événements de la journée au Major Général, le prince de Ponte-Corvo cite, comme s' étant distingués, les 63e et 96e de ligne, le 27e léger et le 27° de dragons. « Il me semble, dit le maréchal, que toutes ces démonstrations de l'ennemi tendent à cacher un grand mouvement. Je me tiens en mesure à tout événement, et j'ose assurer Y. A. que toutes les troupes que je commande sont bien disposées à faire leur devoir. J'ai concentré la 4° division de dragons entre la Passarge et Muhlhausen, et les 6 bataillons du camp d'Ebersbach sont prêts à se porter partout où besoin sera. » On assure que les Russes marchent sur Heilsberg, et que leurs réserves et les magasins ont passé la Prégel pour suivre le mouvement que l'armée fait en avant.
Ce même jour, le maréchal Bernadotte fait savoir au général Dupont que l'ennemi a fait une démonstration devant Boarden, qu'il a canonné la tête de pont de Spanden, et que ses attaques ont été repoussées. Le maréchal invite le général Dupont à masser sa cavalerie légère et à la disposer de manière à pouvoir en porter une partie le lendemain matin, soit sur Pettelkau, Tiedmansdorf et Ebersbach, soit partout où l'ennemi voudrait effectuer un passage.
Le 5 juin, à la pointe du jour, le général Benningsen attaque le maréchal Ney, qui résiste avec une merveilleuse intrépidité aux forces écrasantes de l'ennemi, et, sans se laisser entamer, bat en retraite sur Deppen, infligeant aux Russes de grandes perles. En même temps, le général Doctorow se porte contre le maréchal Soultavec deux divisions et attaque le pont de Lomitten, pendant qu'une colonne de Russes et de Prussiens, sous les ordres des généraux Ramenski et Diercke, aborde les retranchements de la tête de pont de Spanden.
Il était 8 heures du matin lorsque cette dernière action se produisit. Après une vive canonnade et de fausses attaques sur différents points, cinq régiments russes, conduits par le général Warneck, se présentèrent pour donner l'assaut à la tête de pont. Le général Frère fit cesser le feu de l'artillerie et ordonna à ses soldats de se dissimuler derrière les parapets, de façon à donner à croire aux assaillants que l'ouvrage était évacué; lorsque les Russes furent sur les abatis qui entouraient les retranchements, à quinze pas des défenseurs, un feu terrible de mitraille et de mousqueterie les accueillit et en coucha par terre un grand nombre ; en quelques instants, cinq ou six cents morts jonchèrent le terrain. iUnsi décimé et dans l'impossibilité même d'aborder l'obstacle, l'ennemi recula précipitamment, protégé dans sa fuite par une nombreuse cavalerie qui empêcha de continuer la poursuite trop loin de l'ouvrage.
Les Russes tentèrent une diversion à gauche de Spanden. En se portant sur ce point, vers onze heures, le maréchal Bernadotte fut blessé d'une balle au cou, mais il ne voulut
FIUEIH.WII
pas s'éloigner, et malgré la douleur qu'il éprouvait, il conserva le commandement des troupes jusqu'à la fin de l'action (i). L'ennemi fut repoussé par un détachement du 0,5° aidé de quelques pièces d'artillerie, sous les ordres du général Gérard.
Le 17e de dragons passa la rivière et poursuivit l'ennemi jusqu'à Wusen.
Dès qu'il avait pu se rendre compte de l'importance de l'affaire, le maréchal Bernadotte
en avait informé le général Dupont par la lettre suivante :
Du 5 juin 1807.
Au Général Dupont, à Braunsberg.
Je vous préviens, mon cher Général, que le point de Spanden est fortement attaqué. Je fais venir sur Deutschendorf deux régiments du général Lapisse, et sur Spanden les deux régiments du camp de Garwinden. Il est nécessaire que de votre côté vous fassiez manœuvrer votre cavalerie légère, et que même vous fassiez faire quelque mouvement à votre infanterie, pour vous lier avec moi le plus possible.
Je vous salue avec amitié.
J. Bernadotte.
Au camp de Deutschendorf, le 5 juin, à 11 heures.
De son côté, le chef d'état-major du iot' Corps, en mettant le général Dupont au courant de ce qui se passait au 4e et au 6e Corps, l'invitait à se mettre en mesure de porter rapidement sa division à Muhlhausen :
Au Quartier Général à Schlobitten, le 5 juin 1807. A Monsieur le Général de Division Dupont, à Braunsberg. J'ai l'honneur de vous prévenir, mon cher Général, que M. le maréchal Soult s'est battu toute la journée devant Loinittcn contre des forces très supérieures. Il a fait évacuer la tête de pont de Lomitten, mais il garde la Passarge. Cependant S. E. craint qu'il lui soit difficile de s'y maintenir jusqu'à demain. Le 6° corps a été obligé, par des forces supérieures, d'évacuer Gutlstadtet de se replier sur Dcppen. Si M. le maréchal Soult est forcé de se replier, nous devons aussi suivre son mouvement et faire notre retraite sur Holland. Dans cette supposition, le Prince désire, mon cher Général, que vous preniez les mesures nécessaires pour que votre Division arrive aussitôt à Muhlhausen pour se lier avec les 2e et 3e Divisions. J'ai l'honneur de vous saluer.
Le Général chef d'État-major Général, J. Maison.
V 1 1 heures du malin, le maréchal Bernadotte écrit au Major Général ce qui suit :
Schlodien, le 5 juin 1807, à 11 heures du matin.
A S. A. S. le Prince de Neufchàtel.
Major Général de la Grande Armée.
Prince, j'ai l'honneur de vous prévenir que l'ennemi rpii, dès quatre heures du matin, a attaqué M. le Mal Soult, s'est porté vers les 8 heures sur la tête de pont de Spanden, qu'il a
(1) M. Thiers commet une erreur en disant que le prince de Ponte-Corvo se fit remplacer dès le commencement de l'action par son chef d état-major, je général Maison, emi était seulement général de brigade.
attaquée vivement avec environ sept à huit mille hommes cl dix bouches à feu; il a été reçu comme hier, et, comme l'attaque dure encore, j'ai fait avancer la Brigade du Général Gérard
pour soutenir le Général Frère.
En m'approchant de la position qu'occupe l'ennemi, pour mieux juger de ses intentions, j'ai été blessé d'une balle an cou. Ma blessure n'est pas, je crois, bien dangereuse, mais comme il y a gonflement sur l'apophyse mastoïde droite, il a fallu faire une incision et je souffre beaucoup, dépendant je ne quitte point le champ de bataille, et assurez à l'Empereur, M. le Duc, que j'y resterai autant que mes forces me le permettront.
Je ne sais pas encore bien ce que veut l'ennemi, mais il me semble que son mouvement offensif est très décidé, cjuoique j'ignore encore quel est le véritable point de son attaque. Je pense qu'il est bien nécessaire que Sa Majesté donne promptement des ordres.
Les troupes sont dans les meilleures dispositions ; elles ont paru affligées de ma blessure, mais je suis resté au milieu d'elles, et elles sont animées du désir de venger leur Général, cl de donner des preuves de leur dévouement à Sa Majesté l'Empereur et Roi.
Je vous renouvelle, M. le Duc, l'expression de mes sentiments distingués.
J. Bernadotte.
P. -S. — J'ai la satisfaction de vous apprendre, M. le Duc, que l'ennemi, cpii vient de former une colonne d'attaque de quatre mille hommes et cju'il a fait avancer pour escalader la tète de pont, a été repoussé vigoureusement par le 27e régim1 d'infanterie légère et les autres troupes de la Brigade du Gal Frère.
J'aperçois à l'instant de nouvelles troupes qui débouchent et se dirigent contre nous, mais la Division du Gal Lapisse arrive dans ce moment dans la plaine en avant de Deulschcndorf, et nous allons voir comment cette affaire se décidera. J'aurai soin de vous en rendre compte (1).
Lorsque l'engagement fut tout à fait terminé, le prince de Ponte -Corvo en rendit compte au Major Général par le rapport suivant :
Au Quartier Général à Schlobitten, le 5 juin 1807, 6 heures du soir.
A S. A. S. le Prince de Neufchâtelet Valangin Major Général.
Prince, le succès que j'ai eu l'honneur de vous annoncer par ma lettre de ce jour écrite à midy (2), a été complet, et les Russes qui ont cherché à escalader la tète de pont de Spanden, ont été mis dans une déroute parfaite, après avoir laissé 3oo morts au pied de nos retranchements, et une centaine de blessés qu'il n'a pas eu le temps d'emporter.
Cinq régiments d'infanterie russe, sous les ordres du Général Warneck, se sont présentés pour monter à l'assaut. Le Général Frère a fait alors cesser le feu de l'artillerie de la tète de pont, et il a ordonné au 27e régiment d'infanterie légère de se cacher derrière les parapets. L'ennemi a cru que nous nous retirions et que le peu de inonde qui restait dans les retranchements n'était pas disposé à faire une grande résistance. Dans cette idée, il s'est précipité sur les abatis et déjà il commençait à les franchir, lorsque des décharges de mitraille et de mousquclcric à quinze pas de distance, lui ont fait voir que cette conquête n'était pas facile. Les Russes ont soutenu un moment leur premier effort, mais, à la fin, déconcertés par le grand nombre des leurs qui tombait sans cesse, ils ont fait demi-tour à droite et pris la fuite en grande hâte. Leur cavalerie, forte de plus de 3 000 chevaux, et les nouvelles colonnes qui arrivaient à son secours, se sont avancées pour protéger la retraite des cinq régiments et celle de l'artillerie ; cela nous a empêchés de les suivre loin de nos retranchements.
(1) On remarquera que dans cette lettre de onze heures du matin, le maréchal Bernadotte, en annonçant sa blessure, dit qu'elle n'est pas dangereuse, et ne parle pas de quitter le commandement du Ier corps.
(2) Le prince de Ponte-Gorvo entend certainement parler de sa lettre de 11 heures.
J'avais ordonné au général Laboussayc de faire passer la Passargc au 17e régiment de Dragons, aussitôt qu'il verrait l'ennemi se retirer. Ce régiment a très bien exécuté ce mouvement et malgré son infériorité en nombre, il a suivi l'ennemi jusqu'au delà de Wubscn, sur la route de Meblsack. Ce village a été trouvé rempli de deux cents blessés abandonnés.
Les troupes russes et prussiennes qui nous ont attaqués, étaient sous les ordres du général prussien Diercke. Le régiment russe Solcski est le premier qui s'est présenté pour monter à l'assaut ; son colonel, nommé Gernir, est du nombre des blessés restés en notre pouvoir.
Je ne saurais trop, M. le Duc, vous faire l'éloge des troupes qui ont agi dans cette glorieuse affaire. Le :27e régiment d'infanterie légère, les grenadiers et voltigeurs du 63e se sont particulièrement distingués.
Le général Frère et le colonel Lacoste ont puissamment contribué au succès par leur énergie et leur bonne contenance dans la redoute.
Le général ^ illattc a déployé beaucoup de talent et d'activité dans la manière de disposer les troupes et d'en imposer à l'ennemi, en lui montrant des forces partout où il se présentait pour passer la rivière. C'est particulièrement à gauebe de Spanden et au bois près duquel j'ai étéblessé, que l'ennemi a essayé cette diversion, mais quatre à cinq cents hommes du go1' régiment et quelque artillerie, conduite par le général Gérard, ont rendu sa tentative inutile.
Je recommande particulièrement à \otre Altesse et aux bontés de Sa Majesté le Général Maison, Chef de 1 Ktat-Major ; il s'est toujours trouvé, pendant l'action, sur les points les plus périlleux, et lorsque j'ai été obligé momentanément d'entrer dans une maison pour faire panser ma blessure, je lui ai fait connaître mes dispositions, qu'il a fait exécuter avec une intelligence et un zèle au-dessus de tout éloge. Il est de mon devoir de vous faire connaître la brillante conduite de cet estimable ollicier, mais je vous avoue, M. le Duc, que je paye un tribut bien doux à l'amitié, en lui rendant ici justice.
Je ne connais pas encore le nombre de nos blessés, mais je sais qu'heureusement il n'est pas considérable.
Le général Dupont n'a pas été attaqué.
Les médecins m'ayant déclaré ce soir, après la levée du premier appareil, qu'il y a à craindre une inflammation et qu'il est nécessaire que je prenne quelque repos pour éviter les accidents, j'ai écrit au général Dupont de venir prendre le commandement du Corps d'armée, et j'envoie à Braunsbcrg le général de division Lapisse pour le remplacer momentanément. Agréez, Monsieur le Duc, l'expression de mes sentiments inviolables.
J. Beunadotte.
Il ressort clairement de cette lettre que, en même temps qu'il connut la nécessité où se trouvait le prince de Ponle-Corvo de quitter momentanément le commandement du Ier Corps, l'Empereur sut que le prince avait confié ce commandement au général Dupont, et avait envoyé le général Lapisse à Braunsbcrg pour l'y remplacer à la tète de la 1"' Division. Les talents et la gloire du général Dupont étaient si bien établis, et son beau succès de Braunsberg était si récent, que le maréchal Bernadotte ne doutait pas que son choix ne fut confirmé par Napoléon. En même temps qu'il écrivait au Major Général, il rendait compte des événements à l'Empereur, par la lettre suivante :
Sthlobitten, le 5 juin 1807.
Sire, J'ai rendu compte au Major général des attaques que l'ennemi a faites sur le Ier Corps hier et aujourd'hui ; dans ces différentes affaires, les troupes de Votre Majesté se sont conduites avec leur courage ordinaire, et ont rendu infructueuses toutes les tentatives des Prussiens et des Busm»;.
554 lr- GÉNÉRAL DUPONT
J'ai prévenu de même le Prince de Neuchâtel que ce matin vers lesdix heures, en reconnaissant l'ennemi qui attaquait la tète fie pont de Spanden, j'avais été atteint d'une balle au cou. Cette blessure ne m'a point empêché de commander votre ["Corps pendant toute la journée, et je ne suis rentré à Schlobitten que ce soir, lorsque l'ennemi a été entièrement retiré. En ce moment, les médecins m'annoncent (pic les douleurs que je ressens doivent augmenter encore et être suivies de la fiè\re de suppuration, ce qui me forcera pendant quelques jours de renoncer à toute occupation.
J'ai écrit en conséquence au Général Dupont de se rendre près de moi, et je lui remettrai le commandement. J'envoie le Général de Division Lapisse pour commander momentanément sa Division qui occupe le poste important de Braunsberg, et à laquelle sont réunis les trois régiments de cavalerie légère, et je donne provisoirement le commandement de la 2r Division au Général Pacthod.
Je désire que Votre Majesté daigne approuver ces dispositions et être bien persuadée du vrai chagrin que j'éprouve d'être contraint de m'éloigner pour quelques jours du champ de bataille, et de ne pouvoir continuer à lui donner, dans ce moment, des témoignages de mon dévouement pour la gloire de ses armes et pour sa personne.
Permettez, Sire, que je profite de celte occasion pour recommander aux bontés de Votre Majesté le Général Maison, mon Chef d'État-Major, et mes aides de camp l'Adjudant Commandant Hamelinaye et le Capitaine Champcaux. J'ai déjà sollicité pour les deux premiers le grade de Commandant de la Légion d'honneur, et celui de Chef d'Escadron pour le 3". Votre Majesté, en m'accordant ces grâces, ajouterait encore, s'il est possible, à la reconnaissance que je lui dois pour les bienfaits dont elle m'a comblé.
Je suis avec un profond respect...
J. Bernadotte.
Après avoir envoyé ces deux dépèches, le prince de Ponte-Corvo se hâta de prévenir le général Dupont qu'il lui remettait le commandement du Corps d'armée. Il lui écrivit ce qui suit :
Schlobitten, le 5 juin 1807, à 7 heures du soir.
A Monsieur le Général de Division Dupont,
Je vous ai prévenu ce matin, mon cher Général, que l'ennemi faisait des mouvements sur le front de Spanden. Vers 9 heures, il a décidé son attaque sur lu tète de pont d'une manière très vigoureuse; il avait quinze ou dix-huit pièces d'artillerie et douze à quinze mille hommes. Après une canonnade très vive de plus d'une heure, les Russes, au nombre de trois mille hommes, ont tenté l'escalade de la redoute. On les a laissé approcher jusqu'aux abatis ; une fois engagés dans les premiers, ils ont été reçus par une décharge à mitraille et une fusillade telle qu'elle les a fait rétrograder en grande hâte. Tout le contour de l'ouvrage a été couvert de morts cl de blessés. Cette affaire coûte à l'ennemi plus de trois cents morts el beaucoup de blessés, dont plus de cent restés en notre pouvoir et près de deux cents abandonnés au village de Wuhsen.
En donnant quelques ordres, j'ai été blessé entre Spanden et Schlodien ; une balle m'a atteint au cou ; ma blessure ne m'a pas empêché de continuer à prendre les dispositions nécessaires. Je suis resté sur le terrain jusqu'à près de cinq heures et jusqu'à ce que l'ennemi ait été en pleine retraite. Maintenant, quoique les médecins m'assurent qu'il n'y a rien de dangereux dans ma situation, ils me conseillent cependant de me retirer pour pouvoir me guérir plus promptement ; ils pensent que je ne pourrai me livrer à aucune occupation d'ici à quinze jours. Je prends donc le parti, mon cher général, de suivre leur avis, et je vais me rendre à petites journées à Marienburg.
Dans cette occurrence, j'ai pensé que je ne pouvais pas mieux confier l'honneur du i'r Corps qu'à vous, mon cher général. Je vous prie donc de vous rendre de suite à Schlobitten, de manière
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à y être arrivé demain au jour. Si j'étais parti, le général Maison yous donnerait tous les renseignements que nous pourriez désirer. Le poste de Braunsberg étant très intéressant, je donne l'ordre au général Lapisse de s'\ rendre, afin de prendre le commandement de votre Division. Connue il ne sera pas arrivé avanl votre départ, laisse/ \os instructions au général qui doit commander provisoirement. Je rends compte de ces dispositions à l'Empereur ; j'espère que Sa Majesté les approuvera.
Je quitte mon corps d'armée avec chagrin, mon clier général ; la seule chose qui puisse adoucir mes regrets est de le savoir entre les mains d'un général digne de toute sa confiance.
Je \ous renouvelle, mon cher général, l'assurance de ma considération et de mon amitié.
J. Bernadotte.
P. -S. — Je vous ai déjà l'ait connaître les intentions de l'Empereur, il y a quelques jours, sur Braunsberg. Veuillez les faire savoir au général Lapisse.
Amitié.
Au reçu de cette lettre, le général Dupont se rendit, le 6, au quartier général de Schlobitten. Dans la journée, il alla à Spanden pour se rendre compte de la situation ; puis, de retour à Schlobitten, il adressa au Major Général la lettre suivante :
Schlobitten, le C juin 1807, à 5 heures du soir.
A S. A. le Prince de Neufchâtel, Major Général, Monseigneur, S. A. le prince de Ponte-Corvo m'a ordonné de prendre le commandement du Ier Corps pendant l'absence momentanée que sa blessure exige. Je vous prie d'assurer Sa Majesté de mon dévouement à la gloire de ses armes.
J'ai reçu vos dépêches d'aujourd'hui adressées au prince de Ponte-Corvo. Tous les ordres qu'elles contiennent seront exécutés.
J'arrive de Spanden ; il n'y a rien de nouveau sur la ligne. Le corps prussien et russe qui s'étend depuis Mehlsack jusqu'à Iloff par Heiligenbeil, est, d'après mes rapports, de a5ooo hommes, dont iôooo Prussiens. Les troupes qui ont été battues à Spanden en font partie.
Je n'ai point encore de nouvelles de l'affaire qui a eu lieu aujourd'hui au 4e Corps ou au ()". J'ai envoyé des officiers pour savoir sur quel point elle s'est passée et quel en est le résultat.
J'ai l'honneur d'être, Monseigneur, avec respect, de Votre Altesse, Le très humble serviteur,
Ce même jour, 6 juin, le général Maison avait fait connaître au 1" Corps le remplacement du maréchal Bernadotte par le général Dupont, ainsi qu'il suit :
GRANDE ARMÉE
Ier Corps
Au Quartier Général à Schlobitten le 6 juin 1807.
Ordre du Jour.
Le Maréchal Prince de Ponte-Corvo, blessé hier à l'attaque du fort de Spanden, ayant été
(1) Archives Dupont.
obligé de se retirer sur les derrières de l'année pour se rétablir, Monsieur le Général de Division Dupont a pris en l'absence de S. A. le commandement du icr Corps d'armée. Le Général Lapissc commande la ire Division, et le Général Pacthod la 2°.
Les troupes sont prévenues que la place importante de Neisse, en Silésie, a capitulé entre les mains du Prince Jérôme Napoléon.
Le Général Chel de l'État-Major Général. J. Maison (i).
La prise de possession du commandement du i'r Corps par le général Dupont, avait été immédiatement connue. — De Braunsberg, le G juin, à g heures du soir, le général Lapisse lui écrivit pour lui rendre compte de son arrivée à la tête de la ire Division. — Le général Garra-Saint-Cyr, commandant la 2e division du kP Corps, au camp de Liebstadl, l'informa, de la part du maréchal Soult, que le village d'Alcken, par lequel les troupes du 4e Corps communiquaient avec celles du Ier Corps, n'était plus que faiblement gardé, par suite des nouvelles dispositions du maréchal Soult, le 6'' Corps ayant effectué sa retraite sur Deppen.
Mais, en prenant ce commandement, distinction à laquelle ses talents si souvent affirmés, l'éclat de ses services et sa haute réputation lui donnaient tant de droits, le général Dupont ne s'était fait aucune illusion. Il se doutait bien que Napoléon, qui l'avait remis simple divisionnaire après la grande bataille de Pozzolo, ne le laisserait pas à la tète d'un Corps d'armée, au moment où les grands événements qui se préparaient auraient pu lui permettre de jouer un rôle digne de lui. Le 6 juin, il écrivait, de Schlobitten :
Le prince de Ponte-Corvo a eu hier une très belle affaire avec les Russes, à Spanden. lia été blessé. Une balle est venue le frapper à la tète, près du cou ; elle était mourante et on l'a trouvée sous le collet de l'habit. La blessure est heureusement légère, et nous espérons bien revoir le prince dans t5 jours. Il s'est retiré ce matin à Marienburg, et il a trouvé la princesse cjui était partie hier au moment du combat et qui revenait sur la triste nouvelle de sa blessure. Il m'a remis le commandement comme au plus ancien dégrade. L'Empereur nommera sûrement un autre chef, si l'absence du prince n'est pas très courte. Je ne reçois point les compliments qu'on veut me faire à cette occasion... (2).
Pour des raisons que nous indiquerons plus loin, l'Empereur, voulant nommer le général Victor maréchal, cherchait une occasion de lui donner un commandement en chef. Lorsque le siège de Danzig avait été décidé, il avait désigné Victor, alors chef d'état-major du maréchal Lannes, son ami, pour commander les troupes destinées à cette grande opération ; mais le général s'était laissé enlever par l'ennemi, le 1 3 janvier, auprès de Kolberg, et il était resté éloigné de l'armée pendant que le général Dupont s'y couvrait de gloire. Dès qu'il sut, par la lettre du prince de Ponte-Corvo datée du 5 juin, 6 heures du soir, que le prince était obligé, par sa blessure, de quitter son commandement et qu'il le remettait au général Dupont, Napoléon se hâta de prévenir le général Victor qu'il le
(1) Archives Dupont.
(1) Lettre à M""-- Dupont.
FRIEDLAN-D 557
désignait pour remplacer le maréchal Bernadotte. Sans perdre un instant, il lui écrivit ce qui suit :
Au Général ^ iclor, commandant le siège devant Graudenz.
Finkenstein, 6 juin 1807.
Je vous écris par les relais de la Garde, parce qu'il est possible que l'ordre vous arrive par cette voie plus toi que par le courrier que vous expédie le major général. Un quart d'heure après la réception du présent ordre, partez dans la plus grande diligence, et arrivez au quartier général aujourd'hui de bonne heure, ayant un commandement important à vous donner. Dirigez vos chevaux et vos bagages, h double marche, sur Finkenstein. Laissez le commandement du siège au général de division Rouver ; recommandez-lui de prendre des mesures extraordinaires pour faire hier sur Marienwerder toulcs les barques qui sont entre Thorn et Graudenz.
L'ennemi a attaqué hier les 6e, 4'' et Ier Corps ; il a été partout repoussé avec d'énormes pertes. Les noires étaient partout retranchés dans des tètes de pont. Le prince de Pontc-Corvo a été touché d'une balle morte au col. Cette blessure est légère, mais les chirurgiens ont pensé qu'elle exigeait du repos.
Napoléon .
La teneur même de celte lettre montre qu'au moment où l'Empereur récrivit, c'est -àdire de grand matin le 6 juin, il avait reçu les deux dépêches adressées la veille à 6 heures du soir, par le prince de Ponte-Corvo, à lui-même et au Major Général, dépèches dans lesquelles le prince parlait pour la première fois de l'avis des médecins sur sa blessure et le besoin de repos qui s'ensuivait. En agissant avec celte précipita lion, en recommandant au général Victor de ne pas perdre un quart d'heure pour se mettre en roule et d'être rendu au quartier impérial le jour même, de bonne heure, Napoléon voulait se créer le prétexte de n'avoir su la prise de possession du commandement du ier Corps par le général Dupont, qu'après avoir envoyé un courrier au général Victor pour lui prescrire d'aller immédiatement remplacer le prince de Ponte-Corvo. C'est, en effet, ce que l'Empereur et le Major Général écrivirent et affirmèrent, et le matin du i/l juin, Napoléon n'hésita pas à dire au général Dupont : « A propos ! Berthier a dû vous dire que je vous aurais laissé avec confiance l'intérim du commandement de Bernadotte, si j'avais su qu'il vous l'avait confié. » La vérité, comme nous venons de l'établir, est qu'en écrivant au général Victor, l'Empereur savait que le prince de Ponte-Corvo avait confié au général Dupont le commandement du Ier Corps.
La dépêche à laquelle le général Dupont fait allusion dans sa lettre datée du 6 juin, 5 heures du soir, avait été écrite par le Major Général, ce même jour, à 3 heures du matin. Elle est ainsi conçue :
Finkenstein, 6 juin 1807, 3 heures du matin.
A M. le Maréchal Bernadotte.
Sa Majesté, M. le Maréchal, n'a pas encore reçu les rapports des différents points de l'armée : nous n'avons de vos nouvelles que de midi.
L'Empereur me charge de vous faire connaître que si vous pensez devoir faire votre retraite, vous devez l'effectuer de manière à gagner du temps et en couvrant Holland par la position que vous prendrez. Il serait possible «pie S. M. voulût prendre l'offensive par l'extrémité de sa gauche, c'est-à-dire par vous.
558 LE GENERAI DUPOHT
Si vous faites évacuer Braunsberg par le général Dupont, il doit faire son mouvement lentement sur Ilolland, et de manière à couvrir Elbing le plus longtemps cju'il pourra.
Comme on le voit, il n'est fait, dans cette lettre, aucune mention de la blessure du Prince de Ponte-Corvo, ce qui prouve qu'on la croit peu grave, au quai lier impérial. Mais dans la nuit, sans doute vers quatre ou cinq heures au plus tard, puisqu'il y a dix lieues seulement de Schlobitten à Finkenstein (i), arrivent les deux dépêches de 6 heures du soir, annonçant que, sur l'avis des médecins, le maréchal Bernadotte quitte son commandement et le remet au général Dupont. C'est alors que l'Empereur l'ait savoir en toute hâte au général Victor qu'il le choisit pour remplacer le prince de* Ponte-Corvo.
Quoique l'Empereur n'eût pas hésité un seul instant à enlever au général Dupont le commandement du ior Corps, comme il en avait incontestablement le droit, il pouvait cependant lui paraître délicat d'agir avec aussi peu de sans-façon à l'égard d'un général aussi réputé, aussi glorieux et dont la supériorité sur le général Victor ne pouvait être mise en doute. Assurément Victor était un vaillant officier, non dépourvu de mérite, mais sa carrière ne montrait aucune action de guerre pouvant être comparée à Pozzolo, à Haslach et à Halle.
Pour trancher la difficulté, Napoléon décida qu'on serait censé n'avoir connu que le 7 juin, au quartier impérial, le choix fait par le maréchal Bernadotte, du général Dupont, pour le remplacer ; et le Major Général, qui était au courant depuis le 6 au matin, écrivit, le 7, ce qui suit :
Saalfeld, le 7 juin 1807, 8 heures du matin.
Au Général de Division Dupont.
L'Empereur apprend aujourd'hui à six heures du matin par votre lettre. Général, que comme le plus ancien Général de Division, vous vous trouvez commander le Ier Corps. Mais, dès hier, Sa Majesté avait expédié un courrier au Général Victor, qui commandait devant Graudenz, pour se rendre au Ier Corps et remplacer le prince de Ponte-Corvo. L'Empereur connaît vos talents, votre zèle, combien il est important que votre Division reste aussi bien commandée qu'elle l'est. D'ailleurs, le Général Victor avait déjà reçu ses ordres et était arrivé de Graudenz ici, quand j'ai communiqué à Sa Majesté votre lettre de ce matin (2).
Le Major Général Prince de Neufchâtel, Bertiiier.
Malheureusement pour le maréchal Berthier, la lettre écrite la veille, 6 juin, par l'Empereur au général Victor, prouve qu'on savait, au quartier impérial, le 6, de grand matin, que le maréchal Bernadotte avait, dès le 5, confié au général Dupont le commandement du i01 corps.
(1) M. Thiers dit, qu'à Finkenstein, Napoléon était à peine à douze lieue» du plus éloigné de ses lieutenants et qu'il avait eu soin de préparer ses moyens de correspondance « de façon à être informé des moindres accidents, avec une extrême promptitude »; et il observe que, six ou sept heures après les tentatives simultanées sur la Passarge, l'Empereur en reçut la nouvelle à Finkenstein. On peut donc considérer comme certain que la lettre écrite par le maréchal Bernadotte, le 5 juin, à 6 heures du soir et expédiée sur les derrières de l'armée, fut remise à l'Empereur vers 4 ou 5 heures du matin, le 6, ce qui lui permit d'écrire au général Victor assez h temps pour lui recommander d'arriver à Finkenstein le jour même, (Je. bonne heure
(2) Archives Dupont .
FRIEDLANI) 55f)
De son cC)\i\ l'Empereur quia reçu le 6 au malin la lettre du prince de Ponte-Corvo, datée du 5 juin G heures du soir, lui écrit le 7, dans le milieu de la journée :
Saalfold, 7 juin 1807, n heures du malin.
Mon Cousin, je reçois voire lettre. J'ai appris avec la plus grande peine que vous aviez été blessé. Je désire que vous ne perdiez pas un moment à vous rendre dans Danzig ou dans Marienburg. Il est possible (pie je fasse un mouvement, et vous savez tous les dangers attachés aux derrières d'une année. Je vois avec grand plaisir que M"" Bernadotte se trouve dans cette circonstance près de vous. Je désire votre prompt rétablissement et vous revoir à la tète de mon corps d'armée pour le bien de mon service, mais aussi par l'intérêt particulier que je porte à tout ce qui vous regarde.
Je suis encore à deviner ce que l'ennemi a voulu faire ; tout cela m'a bien l'air d'un coup d'étourdi. Je réunis aujourd'hui à Mohrungen mes réserves d'infanterie et de cavalerie, et je vais tâcher de trouver l'ennemi et de l'engager dans une bataille générale, afin d'en finir.
J'ai envoyé le général Victor pour commander provisoirement votre corps; à vous parler franchement, j'ai une médiocre confiance dans le général Paclhod ; j'en ai beaucoup dans le général Dupont; mais la division qu'il commande est si importante que ce déplacement aurait trop d'inconvénient. Le général Victor a besoin de faire quebjue chose pour se distinguer; d'ailleurs j'espère qu'il conservera ce commandement très peu de temps.
Dites, je vous prie, mille eboses aimables à madame la maréchale, et faites-lui un petit reproche ; elle aurait bien pu m'écrire un mot pour me donner des nouvelles de ce qui se passe à Paris ; mais je me réserve de m'en expliquer avec elle la première fois que je la verrai (1).
Vous trouverez à Danzig le prince de Bénévent. Vous aurez besoin de le rassurer, car il n'a pas mal peur (2).
Napoléon.
Ainsi l'Empereur écrit au maréchal Bernadotte qu'il reçoit sa lettre à 11 heures du matin, le 7 juin, quand il la possède depuis plus de vingt-quatre heures. Il n'hésite pas à reconnaître que s'il enlève au général Dupont le commandement du ier Corps, pour le donner au général Victor, ce n'est pas parce que Victor est un général distingué, mais parce qu'il « a besoin de faire quelque chose pour se distinguer ». Quant au général Dupont, dont les talents sont hors de pair, et dont la réputation est faite et proclamée par Napoléon lui-même, il servira sous les ordres du général Victor, car il est à ce point distingué que personne, pas même Victor, ne pourrait le remplacer à la tête de sa division ; ce qui revient à dire qu'à la guerre, ce sont les généraux les plus capables qui doivent être en sous-ordre. Et comme il va arriver que le général Dupont se couvrira de gloire avec sa division, à la bataille de Friedland, le général Victor n'ayant trouvé aucune occasion « de faire quelque chose pour se distinguer », ce sera le général Victor qui sera nommé maréchal d'Empire! Il est impossible de n'être point frappé de telles étrangetés, et nous les mettons en lumière, parce qu'elles font comprendre Baylen.
(1) Le maréchal Bernadotle avait épousé, le 17 août 1798, Désirée Clary, sœur de la femme de Joseph Bonaparte qui devint roi de Naples et roi d'Espagne. Désirée (Jlary, fdle d'un négociant de Marseille, avait été la fiancée de Napoléon en 1794, et leur mariage devait être célébré au commencement de l'année suivante.
(a) Correspondance de Napoléon /er (Comm. par S. M. le Boi de Suède).
56o LE GÉNÉRAI. DUPONT
\u reçu do la leltre de l'Empereur, le maréchal Bernadolle, induit en erreur sur la véritable raison de l'écarlemenl du général Dupont, lui adressa la leltre suivante :
Au Quartier Général à Hohendorf, le 7 juin 1807. A Monsieur le Général de Division Dupont.
Je viens de recevoir, mon cher Général, une lettre de l'Empereur, et je m'empresse de vous faire part de ses intentions.
Sa Majesté désire que je m'éloigne vers les derrières de l'armée sur Marienburg ou Dantzig.
Avant d'avoir reçu ma lettre, Sa Majesté avait désigné le général \ictor pour me remplacer dans le commandement du tet Corps pendant les quinze a vingt jours que durera mon rétablissement. Sa Majesté me dit sur sa confiance en vos talents les choses les plus flatteuses pour vous: mais elle me marque que. dans le plan de ses opérations, elle attache la plus haute importance à \otrc division.
Croyez, mon cher Général, qu'il me tarde d'être en état de vous rejoindre, et sitôt que cela me sera possible, je ne perdrai pas un instant pour aller reprendre mon commandement. Je classerai toujours au premier rang le plaisir de retrouver un bon camarade tel que vous.
Je vous renouvelle, mon cher Général, l'expression de mon inaltérable attachement et de toute mon amitié.
J. Bernadotte (i).
Le Prince de Ponte-Corvo ignorait la lettre adressée le 6 juin, de grand matin, par l'Empereur, au général Victor. Avant d'écrire au général Dupont, il avait, de Hohendorf, rappelé à Napoléon la prise de possession du commandement du 1" Corps par ce général ; celte dépêche s'était croisée avec celle de l'Empereur précédemment citée ; elle est ainsi conçue :
Hohendorf, le 7 juin 1807.
Sire, J'ai eu l'honneur de rendre compte à Y. M. que ma blessure me forçait à m'éloigner pendant quelques jours du corps d'armée qu'elle m'a confié, et que j'en avais remis le commandement
au général Dupont, dont elle connaît les talents et la capacité
Les médecins m'assurent que dans quinze jours je pourrai rejoindre mon corps d'armée
J. Bernadotte.
Le général Dupont, dont le désintéressement était réellement extraordinaire, n'eut pas un mouvement de protestation, pas un mot de plainte ; il remit le commandement du icr corps d'armée au général Victor et retourna à sa division, qui était pour lui comme une grande famille, dont il était fier et qui lui était infiniment dévouée; c'est avec elle, avec les glorieux soldats de Haslach, de Diernstein, de Halle et de Braunsberg, qu'il allait, à Friedland, et suivant l'expression même de Napoléon, « décider la victoire ».
Napoléon quitta Finkenstein le 6 juin, pour se rendre à Saalfeld, après avoir appelé sur ce point les corps des maréchaux Lannes et Mortier et y avoir envoyé la Garde. Ce jour-là, l'ennemi redoubla son attaque contre le maréchal Ney, cpii s'était arrêté la veille à Ankendorf, et le poussa jusqu'au pont de Deppen, sans pouvoir l'entamer. — Il n'y eut
(1) Archives Dupont.
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Lettre du général Bernadotte au général Dupont.
PRIEDLAND 5()I
aucune alerte sur la Passarge, et, le 7 à midi, le général Lapisse écrivait au général Dupont, commandant le Ier corps, que tout était tranquille en avant de la iri' Division.
Le 8 juin, au malin, l'Empereur se rendit à Leppen, où il vit l'armée russe arrêtée comme si elle eût cessé d'avoir une direction. — Le général \ ictor écrit de Spanden au Major général, qu'il se rend à Schlobitten pour y attendre ses ordres. — Le soir de ce jour, le général Benningsen, apprenant la concentration des Français sur Saalfeld, et craignant, s'il s'avançait vers ^ arsovie, d'être tourné sur son (lanc droit et coupé de Konigsberg, se décida à la retraite ; il ordonna à ses divisions de descendre l'Aile et de se porter sur Heilsberg, pour s'y arrêter dans une excellente position défensive qu'il avait fortifiée avec soin. Il ne resta personne devant la Passarge. Le général L'Estocq, avec son infanterie, se sépara des Russes, et recula en suivant le bord de la mer, pour couvrir Konigsberg ; il fut talonné, dans la matinée du 9, par le général Dupont, sorti de Braunsberg pour exécuter une reconnaissance sur la rive droite de la Passarge.
Le prince de Ponte-Corvo atteignit Marienburg le 10 juin; il écrivit au général Dupont la lettre suivante, où il lui marquait toute son affection :
V Marienburg, 10 juin 1807.
A Monsieur le Général Dupont, Commandant la ire Division. J'ai reçu, mon cher Général, la lettre par laquelle vous m'annoncez que vous avez repris le commandement de votre Division. Je suis bien sensible à l'intérêt que vous prenez à mon rétablissement. J'espère que sous quinze jours je pourrai rejoindre le Ier Corps. Exprimez, je vous prie, aux militaires de votre Division, combien je suis reconnaissant de rattachement qu'ils me témoignent. Je ne me console d'être séparé d'eux que par la confiance que j'ai dans les généraux qui les commandent et surtout dans les talents et la valeur de celui qui a acquis à sa division une si brillante réputation.
Je vous renouvelle, mon cher Général, l'expression de mes sentiments inviolables.
Je vous embrasse,
J. Bernadotte.
La voiture l'ayant fatigué, le prince s'arrêta à Marienburg. 11 en informa l'Empereur par lettre du 12 juin.
Par ordre du général Victor, il y eut, le 10, une grande reconnaissance en avant des positions occupées par le 1 or Corps ; les trois divisions repoussèrent quelques détachements laissés par le général L'Estocq pour couvrir son mouvement rétrograde, et qui parurent se retirer dans la direction de Mehlsack.
Le général Victor reçut, dans la soirée du 1 1 juin, l'ordre de se porter avec le 1" Corps sur Mehlsack. De Schlobitten, à 7 heures du soir, il écrit au Major Général que les ordres que S. À. lui a adressés le 10, par un officier d'état-major du ier Corps, ont été interceptés par les Cosaques (1). « C'est seulement à celte heure (7 heures après midi), dit le
(1) Nous avons déjà fait remarquer, à plusieurs reprises, combien le service si important de transmission des ordres laissait à désirer dans la Grande Armée, et, sous ce rapport, le maréchal Berthier est loin de mériter la réputation qu'on lui a généralement faite. « Quant aux missions à cheval, écrit le général do Fezensac', on ne s'informait pas si nous avions un cheval seulement en état de marcher quand il s'agissait d'aller au galop, si nous connaissions le pavs et si nous avions une carte ; nous en manquions presque toujours. »
Le Général Dli'o.nt. o(i
562 11 GÉNÉRAL I>i PONT
général Victor, que je reçois l'avis des dépèches qui devaient me parvenir hier, et Tordre de me rendre à Mehlsack. » Le général ajoute qu'il met immédiatement ses troupes en marche.
Dans la soirée du 10 juin, le général Victor avait présenta la ir0 Division les mouvements suivants, pour le lendemain :
Au Quartier Général à Schlobitten, le 10 juin 1807.
A Monsieur le Général Dupont, Commandant la ire Division.
L'intention du Général en chef, mon cher Général, est que vous exécutiez, demain 11, à 2 heures du matin, le mouvement ci-après indiqué:
Vous placerez à Braunsberg le 24e Régiment de ligne, 120 chevaux des trois régiments de cavalerie légère, et deux pièces de canon : cette cavalerie sera commandée par le colonel Boudinhon. Le général Labruyère restera à Braunsberg.
Le 32e Régiment viendra s'établir au camp de Petlelkau avec le bataillon du 96' Régiment, et le 9e d'infanterie légère remplacera au camp de Zagern le 241" de ligne.
Le 41* Régiment de hussards occupera Borchertsdorf avec un escadron; le reste du régiment sera placé à Ebersbach et Lauck.
Le 2° Régiment de hussards occupera la ligne de la Passarge ; et le 5e Régiment de Chasseurs à cheval sera établi à Frauenburg et derrière Braunsberg, de manière à pouvoir être promptement réuni à Pettelkau ou à Braunsberg.
Dans le cas où il serait nécessaire de laisser Braunsberg isolé, vous laisseriez des instructions pour la défense de cette ville à l'Officier général que vous en chargeriez avec le petit corps qui y est formé pour y rester au besoin.
Le reste de votre artillerie sera réparti dans les Brigades sur les différents points de votre
ligne.
Par Ordre du Général Commandant en chef,
Le Général de Brigade Chef de l'État-Major Général, J. Maison.
Le icr Corps quitta la ligne de la Passarge le 1 1 juin au soir. La 4'' division de dragons, les divisions Lapisse et Villatte débouchèrent par le pont de Spanden, le 4e Régiment de hussards formant l'avant-garde. La ire Division, précédée des ae de hussards et 5e de chasseurs, partit de Braunsberg et de Frauenburg à dix heures du soir et remonta la rive gauche de la Passarge jusqu'à Spanden, où elle franchit la rivière pour se porter sur Mehlsack, où elle rejoignit les autres divisions. Le général Dupont laissait à Braunsberg un bataillon du 24e de ligne avec 2 pièces d'artillerie et 120 chevaux, sous les ordres de M. Boudinhon, Colonel à la suite du 4e de hussards.
La marche du Ier Corps sur Mehlsack continua dans la matinée du 12. La division Dupont eut plus de dix lieues à faire pour s'y rendre. Apprenant que l'ennemi avait envoyé des partisans sur nos derrières, dans l'intention de capturer les convois, le général Victor ordonna au colonel Boudinhon de courir la campagne avec sa cavalerie, et il rappela le bataillon et les 2 pièces laissés à Braunsberg. A 7 heures du soir, le commandant du ier Corps reçut l'ordre de se porter sur Eylau en passant par Landsberg ; il prescrivit immédiatement les dispositions suivantes :
FR1EDLAND 563
Au Quartier Gal à Sclilobitten, le 12 juin 1807.
Ordre de Mouvement pour le i" corps le 12 au soir.
Le Gal Bcaumont réunira de suite sa Division de ca\alcrio légère en avant de Mehlsack sur la route de Landsberg, pour faire l'avant-garde du corps d'armée et marcher sur Preuss-Eylau en passant par Landsberg. Les 5'' de chasseurs et a'' de hussards étant loin en arrière, le général Beaumont se mettra en mouvement avec le 4° de hussards aussitôt que le G"1 Villatte, qui marche derrière lui, aura réuni aussi sa Division en avant de Mehlsack. Les 20 de hussards et 5e de chasseurs gagneront la tète de la colonne aussitôt qu'ils le pourront.
La 3'" Division se portera de suite en avant de Mehlsack sur la même route que la cavalerie légère et suivra son mouvement : elle appuyera cette avant-garde de cavalerie.
La 2P Division partira de sa position aussitôt que la 31* aura dépassé Mehlsack et suivra son mouvement sur Preuss-Eylau à environ un quart de lieue de distance.
Le GJ| Lahoussayc réunira aussi en avant de Mehlsack les trois régiments de sa Division qui sont à portée de cette ville. Le 27'' de dragons, qui est détaché sur Drewenz, recevra de lui l'ordre de se porter de là directement sur Landsberg et Preuss-Eylau, où il rejoindra sa Division. Deux dès trois régiments réunis à Mehlsack marcheront à un quart de lieue de la Division, et suivront le mouvement sur Landsberg ; le 3' fermera la marche et sera derrière la Division du Général Dupont.
La irc Division suivra à un quart de lieue de distance la Brigade de Dragons qui marche derrière la 2e Division, et elle sera suivie par le Rég* de Dragons qui l'orme l'arrièrc-garde.
On marchera en guerre et on s'éclairera sur les flancs, surtout sur le flanc gauche.
Le corps d'armée est prévenu que Sa Majesté l'appelle à une bataille qui se donnera vraisemblablement demain ; ce motif fera supporter aux soldats, avec courage, les fatigues et les privations.
Chaque Division laissera tous ses bagages et vivres en arrière, avec une escorte de 5o hommes pour l'infanterie, commandée par deux officiers. Toutes les voitures qui auraient été déchargées aujourd'hui seront soigneusement conservées pour le transport des blessés.
Tous les convois des différentes Divisions seront réunis en un seul par les soins du vaguemestre général qui en aura la direction sous le commandant de gendarmerie, aux ordres duquel seront les escortes : il mettra ce convoi en mouvement immédiatement après le dernier régiment du Corps d'armée.
Les voitures seules de MM. les Généraux et les caissons d'ambulance marcheront dans les colonnes.
P. O. du Général en chef Le GaI Chef de l'État-Major G".
J. Maison.
P. -S. — Le corps d'armée suivra la route de Landsberg par Borwalde, Sonnenwalde, Lichtenau, Drewenz, Gross-Glandau et Landsberg.
Dans son mouvement du i3 juin sur Preussisch-Eylau, le Ier corps s'arrêtera pendant trois heures à Landsberg pour s'y reposer. Le général Victor rendit compte de sa marche au major général, par la lettre suivante :
Landsberg, i3juin 1807, 11 heures du matin. Monseigneur, D'après les ordres de Y. A. S. que j'ai reçus hierà 7 heures du soir, à Mehlsack, le Ier Corps s'est mis en marche pour Landsberg où il arrive en ce moment. 11 s'y reposera trois heures et en partira pour Preuss-Eylau en exécution des ordres de S. M. qui m'ont été transmis posté-
564 LE GÉWÉRAL Dl l'OM
rieurement aux vôtres par le Grand-Duc de Berg cl par M. le maréchal Souk. Les troupes étant fatiguées de la marche qu'elles ont faite celle nuit, ne pourront guère arriver à Preuss-Eylau, mais elles en approcheront. La cavalerie légère y .sera rendue ainsi que lc> dragons. Ils éclaireront noire gauche et les routes de koni^sberg. Si l'infanterie ne peut arriver à Eylau, je l'établirai à Gallehnen et environs.
La cavalerie ennemie nous a beaucoup harcelés hier. Depuis, nous ne la voyons plus. On dit (pie le corps de M. de L'Estocq était hier à Zinten, d'où il doit se retirer sur KônigsJberg. Les Russes, dil-on également, se portent vers leur gauche. Je ne puis rien donner de certain à cet égard. L'officier porteur de la présente pourra me rapporter les ordres de V. A. à Eylau ou à Gallelmen,
Je prie V. A. d'agréer l'hommage de mon respect.
\ I CTO u.
De Landsberg, le général Victor détermina les emplacements du i" corps pour le soir, ainsi qu'il suit :
Au Quartier Général à Landsberg, lo i3 juin 1807. Emplacement du Corps d'Armée pour aujourd'hui 13 juin. La division de cavalerie légère partira de sa position actuelle aujourd'huy à trois heures pour se rendre dans les villages de Roditten, Althof, Drangsitten, Grawentien, Rlein-Johken et Kompau. Elle couvrira la route de Kônisgberg, communiquera avec le 4e corps qui doit être sur cette route et avec les troupes qui sont à notre droite.
La division de dragons partira à la même heure pour se rendre dans les villages de Cornen, Tenknitten, Wonditten, Schlawitlen, Storchncst, Klein et Gross-Dexen, Piltzen et Slrobehnen: elle couvrira notre gauche.
La division Villatte partira à S heures et demie, pour arriver ce soir le plus près possible d'Eylau et y prendre position.
La division Lapisse et celle du général Dupont suivront ce mouvement et s'établiront, la division Lapisse en 2e ligne, et la division Dupont en 3° ligne. Toutes trois se garderont particulièrement à gauche.
Le quartier général du Ier corps sera établi a Gallehnen.
Par Ordre du Général en chef,
Le Général chef de l'État-Major Général,
AISON.
Le soir du i3 juin, le quartier général du Ier corps fut à Dultzen. Le général Victor donna l'ordre au général Dupont de partir le lendemain à 3 heures du matin, avec sa division, pour Eylau, où il recevrait de nouveaux ordres. Le général Maison écrivit, à ce sujet, la lettre suivante :
Au Quartier Général à Dultzen, le i3 juin 1807.
A Monsieur le Général de Division Dupont.
Je vous préviens, mon cher Général, que l'intention du Général en chef est que vous réunissiez votre Division demain à trois heures du matin et que vous la portiez sur Eylau où vous recevrez de nouveaux ordres.
Les Divisions marcheront dans le même ordre qu'aujourd'hui, de manière à ce qu'il y ait un quart de lieue de dislance entre chacune d'elles.
Je vous préviens qu'il est nécessaire qu'il y ait tous les jours un officier de votre État-Major au Quartier Général du corps d'armée, afin d'y prendre les ordres. J'ai l'honneur de vous saluer.
Le Général chef d'Etat-Major Général, J. Maison.
Pendant ce temps, les corps avancés de la Grande Armée, suivant de près l'armée russe, lui avaient livré à Heilsberg, le 10 juin, une sanglante bataille, très disputée à cause de l'extrême disproporlion des forces, Napoléon étant encore en arrière avec la majeure partie de ses troupes. Le lendemain, menacé d'être débordé sur sa droite, le général Benningsen avait continué son mouvement rétrograde sur Bartenstein, par la rive droite de F Aile.
Le plan de l'Empereur était de s'interposer entre les Russes et Kônigsberg, de façon à s'emparer de cette grande place et des dernières ressources de la Prusse, tout en surveillant le général Benningsen et en épiant l'occasion de lui faire subir, à la première faute, quelque irréparable désastre.
En conséquence, il détacha, sur sa gauche, Murât avec une partie de sa cavalerie, les corps des maréchaux Soult et Davout, pour se porter sur Kônigsberg par Landsberg et Eylau, pendant que l'armée russe descendrait la rive droite de l'Aile par Schippenbeil, sur Friedland. Lui-même, laissant la cavalerie légère sur la rive gauche de l'Aile pour observer les mouvements de l'ennemi, appela à Eylau les corps de Lannes, de Mortier et de Ney, ainsi que le Ier corps resté sur la basse Passarge, et se rendit de sa personne, le i3 au matin, dans cette ville, témoin de la terrible bataille du 8 février.
Les reconnaissances de la cavalerie lui ayant appris, dans la soirée du i3 juin, que l'armée russe continuait à descendre l'Aile sur Friedland, comme cette ville est le point où la rivière est le plus rapprochée de kônigsberg, Napoléon pensa que le général Benningsen pourrait être tenté d'y abandonner l'Aile pour se porter au secours de cette place. Il dirigea immédiatement les corps des maréchaux Lannes et Mortier, et toute la cavalerie disponible aux ordres du général Grouchy, sur la route de Friedland par Domnau et Georgenau, et prescrivit au maréchal Ney et au général ^ ictor de prendre la même direction. Le maréchal Lannes avait l'ordre de chercher à s'emparer de Friedland et des ponts de l'Aile ; il détacha sur cette ville le o° de hussards, qui put y pénétrer mais en fut bientôt délogé par une nombreuse cavalerie et rejeté sur Georgenau après avoir subi des pertes sérieuses. Cet échec, en favorisant le passage de l'armée russe sur la rive gauche de l'Aile, fut l'occasion d'un des plus beaux triomphes de Napoléon.
Sachant qu'un corps ennemi, dont on ignorait la force, avait été détaché sur Kônigsberg après la bataille d'Heilsberg, et pensant qu'une grande bataille pourrait avoir lieu le lendemain vers l'Aile, l'Empereur avait fait prescrire au général ^ ictor de mettre ses troupes en marche le i/|, dès le jour. La lettre du major général est ainsi conçue :
Eylau, i3 juin 1807, à 10 heures du soir.
Au Général Victor, Commandant le Ier Corps d'Armée. Il parait, Général, que plusieurs corps de l'armée ennemie se trouvent coupés. On s'est battu ce soir sur plusieurs points. Faites donc partir votre corps d'armée au jour, de manière à pouvoir
faire demain dix lieues et vous trouver encore de bonne heure sur le champ de bataille. Faites filer votre cavalerie, et de votre personne rendez-vous promptement vers l'Empereur. Faites-moi connaître, par le retour de l'officier d'état-major que je vous envoie, l'endroit où vos troupes bivouaqueront ce soir, et à quelle heure vos têtes de colonne arriveront à E\lau, ce qui ne saurait être d'assez bonne heure.
Le Major Général, prince de Neufchâtel, Mal Bertiuer.
Le i4 juin, à trois heures du matin, le Ier corps d'armée se mit en marche sur Domnau.