BATAILLE DE FRIEDLAND
L'Aile, qui, dans la partie supérieure de son cours, coule dans la direction générale du Sud au Nord, à peu près parallèlement à la Passarge, s'infléchit vers le Nord-Est depuis Launau jusqu'à Schippenbeil, se redresse alors vers le Nord jusqu'au dessous de la ville de Friedland, sur une distance d'environ cinq lieues (en ligne droite), pour tourner une dernière fois vers l'Est, en décrivant une courbe qui l'amène dans la Pregel à YVehlau, à dix lieues à l'Est de Kônigsberg.
Cette rivière est très sinueuse. A deux kilomètres au Sud de Friedland, elle laisse sur la rive gauche le village de Sortlack, et décrit une double boucle, dont la dernière branche, orientée de l'Ouest à l'Est sur une étendue de deux kilomètres, baigne la ville de Friedland, sur la rive gauche. L'Aile prend alors brusquement la direction du Nord, reçoit, à cinq cents mètres plus bas, sur la gauche, le Ruisseau-du-Moulin, laisse ensuite, à droite, le village de Koschenen, et, à une lieue au delà, tourne de nouveau vers l'Est.
Le Ruisseau-du-Moulin (Mùhlen Flûss), qui sort d'étangs situés au Sud de Georgenau et de la route d'Eylau, coule d'abord vers le Nord ; au-dessous du village de Posthenen, où il coupe la route d'Eylau, il tourne vers l'Est et conserve celte direction générale jusqu'à son embouchure, sur un parcours d'environ trois kilomètres ; il coule alors dans un ravin très encaissé et forme, à la lin de son cours, un étang très allongé, de 700 mètres de long sur une largeur maximum de 200 mètres, qui se termine à 5oo mètres de son confluent dans l'Aile. Par suite de celte disposition, la ville de Friedland, resserrée au Nord et au Sud par deux cours d'eau et un étang, se développe sur une langue de terre de 1 5oo mètres de long et d'une largeur ne dépassant pas 5oo mètres. Ce cul-de-sac s'évase ensuite vers l'Ouest et vers le village de Posthenen, qui est à trois kilomètres de Friedland.
La contrée traversée par l'Aile est un pays de collines boisées, où l'on rencontre des lacs nombreux, de petite dimension, et des flaques d'eau ; à cette époque de l'année (juin), le sol est, presque partout, couvert de grands seigles et de blés susceptibles de masquer les mouvements de l'infanterie.
La route de Schippenbeil, par laquelle s'avançait l'armée russe, franchit l'Aile sous les murs mêmes de Friedland et sur le côté Sud de la ville. Au Nord, la route, sortant de Friedland par la porte de Kônigsberg, coupe le Ruisseau-du-Moulin à la pointe orientale de l'étang, gravit le ravin et se divise immédiatement en deux branches, l'une qui va au
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Nord-Oucst sur Konigsberg et passe au village d'Hemrichsdorf, à trois kilomètres de Friedland, l'autre qui remonte vers le Nord et conduit à Wehlau en suivant d'abord la rive gauche de l'Aile. — Une troisième route, celle d'Eylau, vient de l'Ouest, passe à Domnau, à Georgenau, à Posthenen, et se dirige sur Friedland par l'entonnoir que forment l'Aile et le Ruisseau-du-Moulin ; Georgenau est à six kilomètres de Friedland, et Posthenen est à égale distance entre ces deux localités.
Entre la route de Konigsberg et celle d'Eylau sont de grands bois qui s'approchent assez près d'Heinrichsdorf, sur la gauche de ce village (en venant de Friedland) ; d'autres bois occupent l'intervalle compris entre Posthenen et Sortlack.
L'intention de l'Empereur fut d'abord d'empêcher les Russes de déboucher de Friedland, et il avait donné ses ordres en conséquence au maréchal Lannes, qui commandait le corps de réserve, composé des deux divisions Oudinot et Verdier. Le maréchal, malgré la fatigue extrême de ses troupes, était parti de Domnau dans la nuit, emmenant seulement les grenadiers et voltigeurs d'Oudinot, les dragons de Grouchy, les chevau-légers et les cuirassiers saxons. À une heure du matin, il arriva à Posthenen et s'y arrêta, ne se jugeant pas assez fort pour attaquer la ville de Friedland. Comme il s'agissait avant tout d'assurer le débouché de l'armée par la route d'Eylau, le maréchal Lannes, dès les premières lueurs du jour, s'occupa d'abord d'occuper fortement la position de Posthenen ; il disposa son artillerie sur un plateau qui est en arrière de ce village, et distribua ses bataillons de grenadiers et de voltigeurs dans les bois qui étaient à sa droite, vers Sortlack, et, à sa gauche, vers Heinrichsdorf. Les Russes devant nécessairement passer par ce village pour gagner Konigsberg, sa possession ne pouvait manquer d'être disputée avec acharnement, mais, à cette heure matinale, le peu de forces dont disposait le maréchal Lannes (environ ioooo hommes) ne lui permettait pas de l'occuper.
Le feu commença à trois heures du matin. L'aube naissante montra aux Français l'armée russe franchissant l'Aile aux ponts de Friedland, puis se développant en masses profondes sur les plateaux de la rive gauche. Pour accélérer le passage de ses troupes, le général Renningsen, résolu à gagner Konigsberg le plus rapidement possible, avait fait établir trois ponts sur l'Aile, auprès de Friedland, et, afin d'assurer sa retraite, en cas d'échec, il avait placé plusieurs batteries sur la rive droite qui domine la rive opposée. Lorsque ses divisions eurent débouché, il les plaça en partie dans la plaine aux environs de Heinrichsdorf, et en partie en avant de Friedland, entre l'Aile et le Ruisseau-du- Moulin, à cheval sur les deux routes de Konigsberg et d'Eylau. Sa position, avec une rivière à dos, était périlleuse, mais possédant à ce moment les avantages du nombre, il espérait pouvoir accabler les Français avant l'arrivée du gros de leurs forces.
Vers sept heures, l'armée russe, forte d'environ 76000 hommes, marcha résolument sur les positions françaises. Heureusement, la division Nansouly (cuirassiers et carabiniers), et la division Dupas, du corps de Mortier, venaient d'arriver. Il y eut un premier combat très vif à Heinrichsdorf, où le maréchal Lannes avait envoyé la brigade Albert (grenadiers Oudinot), les dragons de Grouchy et les cuirassiers de Nansouty; la cavalerie russe fut taillée en pièces et le village resta au pouvoir des Français. L'attaque s'étendit bientôt sur toute la ligne, avec une opiniâtreté et une fureur croissantes; les grenadiers et les voltigeurs combattirent avec une merveilleuse intrépidité et se maintinrent sur la lisière des bois,
d'où ils dirigeaient sur les masses ennemies un feu très meurtrier; le généra] Oudinotse prodigua, encourageant ses braves, et profitant avec habileté de tous les accidents de terrain,
de la hauteur des blés, pour ployer ou déployer ses bataillons. Pourtant, cette belle division s'émiettait sous le feu d'une infanterie très supérieure en nombre, et taisait de- pertes
cruelles, quand la division \ ertlier, du corps de Lannes, arriva el occupa solidement le bois de Sortlack.
Arrêté à noire droite, l'ennemi tourna ses efforts vers Heinrichsdorf, où le terrain, découvert, se prêtait mieux à l'action de sa nombreuse cavalerie. Le général Grouchj lit preuve des plus grands talents, et, grâce à son élan, à ses lionnes dispositions, la cavalerie russe, attirée au delà d'Heinrichsdorf par une fuite simulée de nos cuirassiers, chargée ensuite de front el de flanc, couvrit de ses morts toute la plaine et s'enfuit dans un désordre inexprimable.
La lutte continua ainsi, acharnée, entre les 20 000 hommes de Lannes, de Mortier et de Grouchy, et les 70000 Russes de Benningsen, ce général n'osant pas trop se hasarder dans une attaque à fond sur les bois qui protégeaient toute l'étendue de notre ligne.
11 était temps pourtant que des renforts arrivassent, et le péril grandissant à chaque instant devant leurs troupes épuisées, Lannes, Oudinol et Mortier dépêchaient à toute vitesse leurs aides de camp à l'Empereur pour lui exposer la gravité de la situation et lui demander du secours. « Crève ton cheval, Saint-Mars, dit le maréchal Lannes, pour rapporter plus tôt à l'Empereur que c'est l'armée russe tout entière que nous avons sur les bras. » — Le général Oudinot envoya jusqu'à six officiers : « Dites à l'Empereur, leur recommandait-il, que mes petits yeux y voient bien ; que c'est toute l'armée russe, et que je ne pourrai pas tenir (1). »
D'Eylau à Posthcnen il y a environ cinq lieues. Napoléon quitta Eylau vers dix heures du matin. Sur la roule de Friedland s'avançaient successivement le Corps du maréchal Ney, le Corps du général Victor el l'infanterie delà Garde Impériale. La cavalerie de ces Corps les précédait.
A Domnau, l'Empereur passa devant le Ie1' Corps, rangé en bataille sur le bord de la route. Le général Victor, qui l'accompagnait depuis Eylau, le lui présenta. Napoléon admira la belle tenue et la fière prestance de la troupe. « Combien de pièces avez vous, Sénarmont ? » — « Trente-six, Sire. » — « C'est bien. Il faudra chauffer; le Russe aime les boulets. » — Puis il appela le général Dupont, et, tout en continuant sa route, il causa longuement avec lui. « C'est dans celle marche, écrit le général, que j'ai enfin entendu Napoléon s'expliquer sur les faits de ma division. Elle se trouvait sur son passage; il me fait appeler, el je l'accompagne longtemps. Jl m'entretient de ce qui me touche, des dernières campagnes et s'abandonne à la facilité de son élocution sur les objets même les plus importants. Le voyant si bien disposé, je cherche à faire naître l'occasion de savoir s'il avait réellement chargé le prince Berthier de me dire qu'il était fâché de n'avoir pas su que j'avais pris le commandement du Ier Corps d'armée, et qu'il me l'aurait confié s'il en avait été instruit.
(1) Nouvelle Relation de lu bataille de Friedland, par M. Derode (i83;)).
« Pendant que je tâche de tourner la conversation dans ce sens-Là, Napoléon semble me deviner et me dit brusquement : « A propos ! Berthier a dû vous dire que je vous aurais laissé avec confiance l'intérim du commandement de Bernadolle, si j'avais su qu'il vous l'avait confié. » Je crus à ces paroles de l'Empereur, malgré les doutes qui s'élevaient dans mon esprit. Le temps devait m'en apprendre davantage.
« Pendant cet entretien, que Napoléon semblait prendre plaisir à prolonger, je demandai quelquefois, malgré ce qu'il avait de flatteur pour moi, la permission de rejoindre ma division, dont j'étais déjà éloigné, et il me retenait toujours, mais bientôt un officier d'ordonnance, qui accourait au-devant de lui, vient lui annoncer que le combat est engagé à Friedland. — « Allons, dit l'Empereur, c'est la bataille pour aujourd'hui ou pour demain. C'est le soleil de Marengo, ajoute-t-il » , et il part au galop, suivi de plusieurs maréchaux (1). »
En quittant l'Empereur, le général Dupont fut fort surpris de ne point apercevoir sa division, qui devait l'avoir suivi. Il la trouva au point où il l'avait laissée, et dans l'impossibilité absolue d'avancer. La Garde Impériale avait voulu passer la première sur un pont, au passage d'un ruisseau, et les bataillons de la ir'' division s'étaient trouvés ainsi séparés les uns des autres ; des canons, des équipages obstruaient le pont, et la marche était arrêtée au moment où la bataille grondait et où il était si urgent de se hâter. Le général Dupont entra dans une colère terrible ; il ordonna de jeter par-dessus les parapets du pont les voitures qui s'y étaient entassées, fit aussitôt passer la Garde en accélérant le pas, et remit sa division en route. « Cet incident, écrit-il, s'il s'était prolongé, eût empêché des corps nombreux de se trouver sur le champ de bataille. Le sort de la journée pouvait en être compromis, et je me suis félicité d'avoir connu à temps le désordre pour le réprimer. Quelle grave leçon pour le maintien de l'ordre dans les marches qui précèdent de près les combats. Nous avions plusieurs lieues à faire pour arriver sur le terrain de Friedland, c'est vers cinq heures du soir que ma division s'y présente et se réunit à l'armée (2). »
L'Empereur arriva à Posthenen à une heure. Il vit venir à lui Lannes et Oudinot, qui lui rendirent compte des opérations de la matinée et lui montrèrent l'armée russe déployée dans la plaine de Friedland. « Je lui mettrais le cul à l'eau, si j'avais du monde, dit Oudinot, mais j'ai usé mes grenadiers. » Et, de fait, tous ses bataillons étaient engagés et formaient un mince rideau, qu'un effort soutenu de l'ennemi eût facilement percé ; le général n'avait, par extraordinaire, reçu aucune blessure, mais son cheval, atteint de plusieurs balles, était couvert de sang. « Oudinot, lui dit Napoléon, je savais que partout où vous étiez je n'avais à craindre que pour vous; mais aujourd'hui, vous vous êtes surpassé. »
L'armée russe, ayant une rivière à dos, occupait une position des plus périlleuses. Ses deux ailes s'appuyaient à l'Aile, à Sorllack et en face d'IIeinrichsdorf, et elles étaient séparées par le Iluisseau-du-Moulin, sur lequel on avait, jeté quatre ponts volants pour
(1) Mémoires inédits du (jénéral Dupont.
(a) Mémoires inédits du général Dupont (Areh. Dupont).
faciliter les communications entre les deux parties de l'armée. Napoléon vit immédiatement le parti qu'on pouvait tirer de cette situation : en culbutant l'aile gauche des Busses et en s'emparant de Friedland et des ponts, on coupait toute retraite à la droite de l'ennemi et on la jetait dans l'Aile, à moins qu'elle ne se rendît prisonnière. C'est donc à Friedland qu'était le nœud de la bataille ; i\apoléon réserva au maréchal Ney l'honneur d'exécuter celte opération décisive.
Les troupes du 6° Corps commençaient à arriver à Postbenen. On les fit obliquer à droite et elles entrèrent dans le bois de Sortlack, où elles remplacèrent la division Verdier qui appuya à gauche pour renforcer la division Oudinot. Ce bois était percé de grandes allées où le maréchal Ney put organiser ses colonnes en attendant le signal du combat. Les corps de Soult, de Davout et de Murât étant absents, Napoléon voulut avoir le reste de ses forces sous la main pour commencer l'attaque, et il attendit que la Garde et le Ier corps eussent débouché. A cette époque de l'année les jours sont fort longs, et il savait qu'il aurait toujours le temps d'écraser l'armée russe avant la nuit.
Napoléon précisa, avec une concision et une netteté parfaites, le rôle réservé à chacun de ses Corps dans l'action qui allait s'engager. Il dicta l'ordre de bataille suivant :
Ordre de bataille (i).
Le maréchal Ney prendra la droite ; il appuiera à la position actuelle du général Oudinot. Le maréchal Lannes fera le centre, qui commencera à la gauche du maréchal Ney, c'est-à-dire à peu près vis-à-vis du village de Posthenen. La partie de la droite que forme actuellement le général Oudinot appuiera insensiblement à gauche pour renforcer le centre, et le maréchal Lannes réunira autant qu'il le pourra les divisions. Par ce ploiement il pourra se placer sur deux lignes.
La gauche sera formée par le maréchal Mortier qui n'avancera jamais, le mouvement devant être fait par notre droite, et devant pivoter sur la gauche.
Le général Grouchy, avec la cavalerie de l'aile gauche, manœuvrera pour faire le plus de mal possible à l'ennemi, qui, par l'attaque vigoureuse de notre droite, sentira la nécessité de battre en retraite.
Le général Victor formera la réserve. Il sera placé en avant du village de Posthenen, ainsi que la Garde à pied et à cheval.
La division Lalour-Maubourg sera sous les ordres du maréchal Ney. La division Lahoussaye sera sous les ordres du général Victor.
L'Empereur sera à la réserve au centre.
On doit toujours avancer par la droite, et on doit laisser l'initiative du mouvement au maréchal Ney, qui doit attendre l'ordre de l'Empereur pour commencer.
Du moment que le maréchal Ney commencera, tous les canons de la ligne devront doubler le feu, et dans la direction de protéger son attaque.
Devant Friedland, au bivouac, le i!\ juin 1807, à deux heures après midi.
Le prince de Neufchàtel, major général,
Maréchal Al. Berthier.
(1) Nous donnons le texte de M. Derode, copié sur l'original envoyé par le major général au maréchal Victor. Il présente des différences avec celui qu'on trouve dans .Tomini, dans Mathieu Dumas et dans les
ouvrages de différents historiens
D'après ces dispositions, le i6r et .le 6e Corps conservaient leurs divisions de dragons (4e, Lahoussayc, et iro, Latour-Maubourg), mais leurs divisions de cavalerie légère (Beaumont et Colberl) avaient été détachées par ordre de L'Empereur, pour appuyer l'aile gauche de L'armée sur Heinrichsdorf et la débarrasser des Cosaques. La division Latour- Maubourg fut renforcée des cuirassiers hollandais, et la division Lahoussayc, des cuirassiers saxons. — Un régiment de la Garde de Paris et un bataillon du 4e léger, de la division Dupas (8° Corps) avaient remplacé à Heinrichsdorf la brigade Albert, de la division Oudinot.
A son arrivée sur le champ de bataille, le Ier Corps s'établit en avant de Posthenen, sur la droite du Ruisseau-du-Moulin, faisant face vers Friedland, et de façon à prendre la gauche du 6e Corps. Chaque division, placée dans l'ordre de bataille, fut formée sur deux lignes, la division Dupont à droite, la division Lapisse au centre, et la division Villatte à gauche : la première ligne était déployée, la seconde était serrée en masse par bataillon, un bataillon derrière chaque extrémité de la première ligne, et deux bataillons derrière son centre. — La 4e division de dragons fut placée en bataille derrière la division Dupont.
A cinq heures, tout le monde étant à son poste, Napoléon donna le signal de l'attaque. Une batterie de vingt pièces, placée en arrière de Posthenen, tira une salve qui fut répétée sur toute la ligne par l'artillerie de l'armée. Aussitôt, le maréchal Ney sortit du bois de Sorllack avec ses deux divisions Marchand et Bisson, enleva ra}:>idement le village de ce nom, et marcha vers le Nord, poussant devant lui une nuée de tirailleurs ennemis. Ce mouvement amena la division Marchand devant un coude de l'Aile très prononcé vers l'Ouest, et que la pente ascendante du terrain n'avait pas permis d'apercevoir ; deux mille Russes, forcés de reculer devant nos baïonnettes, avaient été précipités dans la rivière et se débattaient dans ses flots. A ce moment, une grêle de mitraille, venant des batteries de la gauche russe et des pièces placées sur la rive droite de l'Aile, vint frapper de front et de flanc la colonne du général Marchand, qui devançait un peu la division Bisson. Sous ce feu terrible, la division s'arrêta, cherchant à obliquer sur la gauche pour tourner le coude de la rivière. L'ennemi profita de ce moment d'indécision pour lancer sa cavalerie sur le flanc gauche de la colonne, mais l'infanterie tint ferme, et les dragons de Latour-Maubourg, chargeant à leur tour, dispersèrent cette cavalerie.
Pendant que le général Marchand reformait ses troupes dans un ordre moins compact, la division Bisson, disposée en échelons, s'était avancée. Bientôt les neuf régiments du 6e Corps se trouvèrent déployés sur une ligne barrant l'entonnoir de Friedland, la droite à l'Aile et la gauche au Ruisseau-du-Moulin. Du point où ils étaient placés, le terrain s'abaissant vers l'Aile, les soldats apercevaient l'aile gauche de l'armée ennemie déployée sur deux lignes, soutenues immédiatement en arrière par la garde russe, cachée dans le creux du ravin, vers l'étang; sur la rive droite de l'Aile, une division, placée en réserve, occupait la route de Schippenbeil. Cette aile était sous le commandement du prince Bagralion. Au delà du Ruisseau-du-Moulin, on distinguait les divisions du général Gortschakof soutenues par la plus forte partie de la cavalerie de l'armée, s'étendant jusqu'à l'Aile, •sers Ziegelei, et faisant face à Heinrichsdorf, sur la route de Lvônigsberg. La ligne
572 LE GÉNÉRAX IHI'ONT
ennemie décrivait ainsi un angle dont le saillant était au Ruisseau-du-Moulin, et dont les deux côtés s'appuyaient à l'Aile.
« Arrivés où nous venons de le dire, les soldats du maréchal \cy pouvaient distinguer à gauche, de l'autre côté du ruisseau, les charges de notre cavalerie cherchant à détourner d'eux les feux de cette partie de l'armée russe. Les reflets lumineux, renvoyés par les cuirasses, étincelaienl en mille éclairs et disparaissaient soudain, quand les cuirassiers galopaient dans les hlés dont la hauteur les cachait à demi. Dans celte perspective lointaine, plusieurs croyaient voir des obus étendre rapidement des traînées d'incendie à travers les seigles d'une maturité hâtive. Alors, dans les rares intervalles des détonations, il leur semblait entendre, comme un glas funèbre, les cris perçants des fantassins blessés qui n'avaient pas le temps d'échapper à ces flammes (1). »
Cependant les deux divisions du maréchal Ney, se. rapprochant des Russes pour les refouler dans l'étroit espace au fond duquel est la ville de Fricdland, recevaient un feu terrible partant des batteries qu'elles avaient en face, et de celles de la rive droite ; ces dernières, établies sur une plate-forme dominant la rive gauche et tout le champ de bataille, causaient des ravages affreux dans nos rangs, et l'on ne pouvait songer à s'en rendre maître puisqu'elles étaient protégées par la rivière même.
Sa gauche souffrant moins, par suite de la disposition du terrain, qui la défilait en partie, le maréchal Ney prit l'artillerie du général Bisson pour la porter à droite, mais ces pièces étaient en nombre encore trop insuffisant pour lutter contre une telle convergence de feux, et, sous cette pluie de boulets qui, à tout moment, emportaient des files entières, un flottement commença à se produire dans la ligne française. Superbe, l'œil en feu, la contenance héroïque, le maréchal Ney parcourait ventre à terre le front de ses divisions, et, de sa voix tonnante, s'efforçait de ranimer les courages.
En ce moment, aucun souffle d'air n'emportant la fumée des décharges, les combattants restaient enveloppés d'un nuage opaque qui les dérobait à la vue ; Russes et Français se fusillaient à bout portant, sans se voir. — En arrière, l'Empereur, attentif et surveillant sa bataille, avait fait avancer la division Dupont en l'appuyant vers le Ruisseau-du-Moulin, sa batterie la précédant sur sa gauche. — Du côté d'Heinrichsdorf, le feu semblait avoir cessé, comme si tous les regards se fussent portés vers ce point de Friedland, où se jouait l'acte suprême du grand drame.
Tout à coup, on voit de nombreux groupes de soldats se détacher de la ligne française et reculer en désordre comme sous la pression d'un grand choc irrésistible. Le général Dupont s'élance, seul, au galop, pour se rendre compte de ce qui se passe. En quelques instants, la situation est devenue d'une gravité extrême. Voyant les divisions du 6° Corps hésiter sous la mitraille qui les décime, le prince Bagration a lancé sur elles la cavalerie de la Garde impériale russe, commandée par le général Kollogribow. Abordés avec furie par cette troupe d'élite, les rangs français, déjà ébranlés par un feu terrible, plient et se renversent ; quelques régiments, saisis d'une terreur panique, tourbillonnent confusément, sans pourtant se disperser encore. Le général Marchand fait des efforts inouïs pour arrêter le
(1) Nouvelle Relation /le la bataille de Friedland, par M. Derode (1 839^.
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désordre. Dans la 2e division, le mouvement de recul est devenu une véritable déroule ; le spectacle esl effrayant. Le général Bisson s'épuise en tentatives désespérées pour maintenir ses troupes ; il est entraîné par le torrent des soldats débandés, mêlés aux cavaliers russes. Encore quelques minutes de cette débâcle, et l'aile droite française subit un désastre.
Le général Dupont comprend qu'il n'y a pas un instant à perdre. A toute bride il regagne sa Division et passant au galop devant ses beaux régiments, il leur jette quelques paroles enflammées, rappelant leurs glorieux exploits, Haslacb, Diernstein, Halle, Braunsberg, puis les entraîne au secours du maréchal Ney. Une émotion indicible s'est emparée de tous ces braves ; ils acclament leur intrépide chef, ils seront dignes de lui. L'instant est solennel.
a Ceux de nos guerriers, acteurs ou témoins de cette grande bataille, qui survivent encore aujourd'hui, écrivait en 1839 M. Derode, se rappellent leur élan de joie et d'admiration à la vue de cette infanterie qui se présentait comme un mur d'airain devant les pas delà garde russe. A sa droite, à sa gauche et par ses intervalles, on vit s'écouler en tumulte la foule des soldats de Bisson, entraînant avec elle et à pied ce général, connu dans l'armée par sa forte stature et son courage. Des voix crient que le maréchal Ney a péri, qu'on l'a vu tomber. L'aigle d'un de ses régiments, pour échapper au danger d'être pris, se réfugie à la hâte dans les rangs de Dupont (1), et tous, d'un pas rapide, marchent à la vengeance.
« Il était temps, car déjà à la poursuite des fuyards encore épars devant eux, quelques cavaliers russes entraient dans la batterie de Dupont et l'un des officiers avait le plumet coupé d'un coup de sabre. « Tirez ! » crie le capitaine Ricci (2) à ses canonniers. »
Les décharges de cette batterie, portée audacieusement en avant, arrêtent net l'effort de l'ennemi. Le général Dupont, ayant laissé s'écouler autour de ses quatre régiments la cohue des soldats de Bisson, et conservant sous une grêle de projectiles un calme et un sang-froid admirables, marche à la rencontre de l'infanterie russe et la reçoit sur la pointe de ses baïonnettes. En peu d'instants l'ennemi est culbuté, renversé par l'élan extraordinaire des soldats de Dupont ; à droite, les dragons de Latour-Maubourg s'élançant sur la cavalerie russe, la refoulent et la forcent à se rabattre sur son infanterie. Sous la protection de la division Dupont, dont la gauche s'appuie au Ruisseau-du-Moulin, le maréchal Ney, le général Marchand et le général Bisson reforment rapidement leurs régiments et les remettent en ligne.
Napoléon s'était porté au i°r Corps, d'où il suivait avec attention les phases de la lutte acharnée, engagée en avant de Friedland. Frappé de l'insuiïisance de l'artillerie dont dispose le maréchal Ney, il ordonne au général Victor de réunir toutes les pièces des divisions Lapisse et Yillalte et de les établir en avant du 6° Corps. Le général Sénarmont, comman-
(1) Ce fut le 3ae régiment qui le recueillit. Il était commandé par le colonel A) mard (Note de M. Derode).
(2) Le capitaine Ricci devint maréchal de camp. Lorsqu'on conduisit le général Dupont à sa dernière demeure, le général Ricci, qui n'avait jamais ajouté foi aux mensongères imputations dirigées contre son ancien chef, à propos de Baylen, tenait un des coins du poêle ; les autres coins étaient tenus par le maréchal Oudinot, les lieutenants généraux Marchand et .Meunier, l'ancien colonel du 9e léger.
0"]l\ LE GÉNÉRAL DUPONT
dant l'artillerie du ior Corps, est charge de cette mission. 11 revenait en ce moment de la batterie du général Dupont, où la bravoure des canonniers l'avait émerveillé ; il avait vu les sous-officiers mettre pied à terre et atteler leurs chevaux aux pièces, pour remplacer les chevaux tués. « A merveille ! s'était-il écrié ; c'est manœuvrer comme au polygone. »
Sénarmont part aussitôt au galop vers les 2e et 3e divisions, et ramène leurs canons ; il (orme deux grandes batteries de quinze pièces chacune, et une réserve de six pièces. La batterie de droite compte dix pièces de 6, deux pièces de 3 et trois obusiers ; elle est commandée par le brave colonel Forno, chef de l'étal-major de l'artillerie, et par le chef de bataillon Bernard. La batterie de gauche a le même nombre de pièces ; à sa tête est le major Raulot (i).
Ainsi disposée, cette artillerie s'ébranle au grand galop de ses chevaux, et va prendre position à 200 toises des Russes ; elle tire cinq ou six salves, puis se rapproche à 100 toises de la ligne ennemie, qu'elle crible de boulets. Rien ne peut résister au feu des trente pièces de Sénarmont ; toutes les batteries que les Russes tentent de mettre en ligne sont en peu d'instants fracassées et réduites au silence ; les projectiles, entrant dans les rangs pressés de l'ennemi, de plus en plus resserré dans l'entonnoir de Friedland, y font d'affreux ravages. Enfin, pour compléter les effets effroyables de son tir sur la brave infanterie de Bagration, le général Sénarmont, cessant de s'occuper des pièces ennemies, amène à soixante toises des Russes ses deux batteries maintenant rapprochées en une seule par le rétrécissement croissant du terrain, et ordonne de ne plus tirer qu'à mitraille. Sous cet ouragan de fer, les masses ennemies reculent, déchiquetées, se morcelant et se tassant dans le gouffre de Friedland, au point d'être bientôt réduites à un front de quelques bataillons et privées de la presque totalité de leurs feux.
Napoléon, surpris et un peu inquiet de voir le général Sénarmont s'avancer si audacieusement, lui envoya le général Mouton, son aide de camp, pour lui recommander de ne pas s'aventurer. — « Laissez-moi faire avec mes canonniers, répondit brièvement Sénarmont, je réponds de tout. » Lorsque Mouton lui rapporta ces paroles, l'Empereur sourit et dit : « Ce sont de mauvaises têtes ; laissons-les faire. »
Cependant la situation du prince Bagration devenait extrêmement critique ; bientôt il allait ne plus pouvoir reculer et se voir menacé d'être jeté dans l'Aile. Pour retarder cette crise, il reploya sa gauche le long de la rivière, faisant ainsi face aux Français par les deux côtés d'un angle dont le sommet était en avant de Friedland, sur la route d'Eylau, et dont les côtés s'appuyaient à l'Aile et au Ruisseau-du-Moulin. En même temps, pour tenter de se dégager, il lançait toute sa cavalerie à l'assaut de la grande batterie dont le feu meurtrier devait finir par avoir raison de la constance de ses soldats. Sénarmont vit venir la cavalerie russe; lorsqu'elle fut sur le point de charger, il lui envoya, de toutes ses pièces, une telle trombe de mitraille, qu'elle s'arrêta, broyée à la seconde décharge, et courut à toute bride se réfugier derrière son infanterie.
(1) La batterie de droite était servie par la 6e compagnie du Ier régiment d'artillerie à pied, la moitié de la ire compagnie du 2e d'artillerie à cheval, et par la moitié de la 2" compagnie du 3e d'artillerie à cheval. La batterie de gauche était servie par les 2e et Gc compagnies du 8e d'artillerie à pied, par la 3e compagnie du 3e d'artillerie à cheval et par la seconde moitié de la 2e compagnie du même régiment.
FR1EDLAND 5^5
Pour échapper à un désastre qui semblait imminent, Bagration lit avancer la Garde impériale russe, masquée, auprès de l'étang, dans le ravin où coule le Ruisseau-du-Moulin. Sortant de son abri, cette belle troupe marcha résolument sur la division Dupont, qui se trouvait devant elle, la gauche appuyée au même ruisseau, et soutenue par la brigade de cavalerie légère Durosnel. Le général Dupont ne l'attendit pas ; faisant croiser la baïonnette à ses soldats, il se précipita sur la Garde russe, la repoussa, l'accula au ravin et en fit une affreuse boucherie. — Bientôt la ligne de Bagration lut brisée ; une partie se jeta au delà du ruisseau, où elle forma une nouvelle ligne adossée aux troupes du général Gortschakof ; l'autre partie, cédant à l'effort du 6e corps, s'engouffra dans l'avenue d'Eylau, vers les maisons de Friedland.
Le maréchal Ney et le général Dupont se rencontrèrent sur le terrain jonché des cadavres de la Garde russe ; les deux héroïques soldats s'étrcignirenl ; ils avaient fait preuve d'une égale intrépidité, mais Dupont s'était montré supérieur comme homme de guerre. Ney lui serra longuement la main, le félicitant du glorieux exploit qu'il venait d'accomplir.
Mais le sifflement des balles annonçait que tout n'était pas terminé. La nouvelle ligne russe établie au-delà du Ruisseau-du-Moulin, en potence sur la gauche de Gortschakof, ouvrait un feu très vif sur la division Dupont et sur les troupes du maréchal Ney. Un bataillon du 9e léger, jeté en tirailleurs dans le ravin, le franchit, et, s'élevant sur le plateau, prit à revers une batterie qui dirigeait son feu sur le 6e corps. Le général Dupont fît soutenir le colonel Meunier par des bataillons du 32e et du 960, qui refoulèrent les Russes, pendant que le 2/i0 régiment, se glissant le long de l'étang, débouchait bientôt sur la route de Kônigsberg, à la porte même de Friedland.
Ainsi coupé de l'aile droite de l'armée par la division Dupont, et voyant le maréchal Ney et le général Marchand s'avancer rapidement par la route d'Eylau, le prince Bagration se préoccupa de sauver les débris de ses divisions et de faire repasser son artillerie sur la rive droite de l'Aile. Lorsque le 5ge régiment, commandé par le colonel d'Alton, pénétra au pas de charge dans Friedland, il y trouva peu de résistance ; il s'y rencontra avec les troupes du général Dupont, qui venaient d'entrer dans la ville par la porte de Kônigsberg. En descendant vers la rivière, les Français virent les ponts qui brûlaient, incendiés par les obus de Sénarmont et aussi par les Russes eux-mêmes, qui, pour arrêter les vainqueurs, avaient mis le feu à des matières combustibles disposées à l'avance sur les ponts.
Lorsque Napoléon vit Friedland en notre pouvoir et les ponts de l'Aile détruits, il mit sa gauche et son centre en mouvement pour pousser l'aile droite ennemie vers la rivière. Gortschakof, comprenant le terrible danger dont il était menacé, espéra un moment pouvoir s'échapper par les ponts de Friedland, et il dirigea une attaque sur cette ville ; elle fut vigoureusement repoussée par Ney et Dupont. Ramenés dans cette plaine sans issue, entourés par un demi-cercle de batteries et de baïonnettes, battus en brèche par les boulets et par les charges furieuses de notre cavalerie, et acculés à une rivière, les Russes préférèrent se jeter dans l'Aile plutôt que de se rendre. Une partie de l'infanterie parvint à s'échapper, la rivière étant guéable en plusieurs endroits ; un grand nombre de soldats se noyèrent ; presque toute l'artillerie tomba dans les mains du vainqueur. Grâce à l'obscurité de la nuit, une colonne formée de troupes de l'extrême droite des Russes, sous
les ordres du général Lambert, et d'une partie de la cavalerie, put se sauver en descendant la rive gauche de l'Aile. Le général Benningsen laissait sur le champ de bataille de Friedland 20 000 hommes tués, blessés ou noyés, 80 pièces de canon et plusieurs drapeaux.
La nuit, était venue lorsque le silence commença à régner sur ces champs arrosés de tant de sang. L'obscurité, la fatigue des troupes, qui avaient combattu toute la journée et marché une partie de la nuit précédente, empêchaient de poursuivre l'ennemi. Les corps bivouaquèrent sur les points où ils se trouvaient à la fin de l'action. — Le Ier corps occupa les emplacements suivants : la division Dupont bivouaqua sur le champ de bataille, en arrière de Friedland, ayant un régiment dans la ville ; la division Lapisse, à la gauche de la division Dupont ; la division Yillatte, à la gauche de la division Lapisse ; la cavalerie légère à la gauche de la division Yillatte ; la 4e division de dragons près du bois à la droite de Posthenen.
Le général Dupont se roula dans son manteau et s'étendit sur le sol, au milieu de ses braves. « L'obscurité était si profonde, écrit-il, que les rangs des heureux vainqueurs se mêlaient avec les victimes du combat. Brisé de fatigue, je m'étais moi-même couché et assoupi sur le sol. Dans mon sommeil, si léger, je sentais mes soldats glisser doucement sous ma tête quelques brins de paille ramassés à l'entour, pour m'en former un coussin. Je me trouvai, à mon réveil, entouré des corps de la Garde russe prisonniers. »
Les pertes des Français s'élevaient à environ io5oo hommes. La division Marchand avait 1 576 officiers et soldats tués ou blessés, et la division Bisson comptait 886 hommes hors de combat. La division Dupont eut 65o hommes tués ou blessés, ainsi répartis :
l'IUEDLAMi
GRANDE ARMÉE
Ier CORPS I'1' DIVISION
ETAT de MM. les officiers, soas-officiers et soldai* des Corps delà i'° Division du Ier Corps d'Armée, tués el blessés à l'a flaire de Friedland, le i '4 juin 1807.
gc régiment d'infanterie légère.
Gondouin, lieutenant
Rameaux, chef de bataillon
Billon, adjudant-major
Aubry, capitaine
Balson, —
Bruyère, —
Bernard, —
Segond, —
Vadel, —
Pouthier, lieutenant
Pierron, —
Duchcmin, sous-lieutenant.
Sous-officiers et soldats
Ïotai
a41' régiment d'infanterie de ligne.
Sémélé, colonel
Dunet, capitaine
Olivier, —
Sous-officiers et soldats
ToTAI
32° régiment d'infanterie de ligne.
Jovin. lieutenant
^ allât, capitaine
Sarrant, lieutenant
Bériés, — ■
Darbel, sous-lieutenant
Bertrand. —
Margcrit, —
Sous-officiers et soldats
Total. . . ' .
96e régiment d'infanterie de ligne.
Gourdon, capitaine
Garnier, —
Dumontier, lieutenant
^ ilmorin, sous-lieutenant
Sous-officiers et soldats
Total
Artillerie.
Bernard, chef de bataillon
Marcillat, lieutenant
Sous-officiers et soldats
Totai
Total général des tués et blesses.
L'Adjudant Commandant chef de l'Etat-Major de la iri division
Signé : Peli. égard.
Ll (ji'm'ual Dupont.
tues