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CHAPITRE III

Cependant le général Dupont, séparé de sa troupe par les ordres de la Junte de Séville résolue à ne tenir aucun compte de la Convention d'Andujar, avait cpiitté Cadix, à bord d'une polacre sarde, avec de nombreux officiers (i), et était arrivé en rade de Toulon le 21 septembre. Tous les passagers furent soumis à la quarantaine, la fièvre jaune sévissant dans certains ports de l'Espagne.

Le même jour, à 6 heures du soir, se présenta sur la polacre, avec un détachement armé, M. Lauzerat, adjudant de la place de Toulon, envoyé par le général de division Micas, commandant l'arrondissement, pour arrêter les généraux Dupont, Chabert et Vedel, et mettre leurs papiers sous scellés, conformément aux ordres de l'Empereur, transmis par le Ministre de la guerre le 9 septembre. Les généraux Chabert et Vedel étant encore en Andalousie, l'adjudant Lauzerat se borna à saisir les papiers du général Dupont et les mit sous la garde du caporal commandant le détachement et d'un aide de camp du général Micas. Le lendemain, arriva au lazaret le lieutenant de gendarmerie Menouillard, accompagné du maréchal des logis Paul, de sa compagnie ; ce dernier se rendit à bord de la polacre, et, par ses soins, les papiers mis sous scellés la veille, furent transportés dans le logement occupé au lazaret par le général Dupont ; inventaire en fut immédiatement dressé devant lui, et toutes les pièces furent décrites, cotées et paraphées par le général Dupont, l'adjudant de place Lauzerat et le lieutenant Menouillard, en présence du maréchal des logis Paul. Le général Dupont déclara avoir perdu, au pillage de Sainte-Marie, ses armes, ses malles et la totalité de ce qu'il possédait, volées par la populace ; plus tard, les Espagnols lui avaient rendu ceux de ses papiers qu'ils jugeaient sans importance.

Les papiers saisis au général Dupont, à Toulon, se composent de 3o4 pièces, dont i48 embrassent l'intervalle depuis sa nomination au commandement en chef du 20 Corps d'observation de la Gironde jusqu'à son départ de Tolède pour se porter sur Cadix ; 101 concernent les événements qui se sont passés depuis le départ de Tolède jusqu'à la capitulation de Baylcn, et 58 n'ont pour objet que des affaires particulières. Toutes ces pièces

(1) Voir aux annexes de ce volume la liste des i35 personnes qui accompagnaient le général Dupont.

furent envoyées au Ministre de la guerre le 17 octobre, par le général Micas, et une Commission nommée par le comte crHunebourg se réunit le 27 octobre dans une des salles de l'hôtel du ministre, pour en faire le classement ; elle termina son travail le 29, et le procès-verbal de ses opérations fut remis de suite au ministre de la guerre, avec les pièces inventoriées. Nous avons donné in extenso toutes celles de ces lettres qui offraient quelque intérêt.

Après avoir examiné tous ces jiapiers, le général Clarke rendit compte de leur analyse à l'Empereur, par le rapport suivant :

Rapport à S. M. l'Empereur et Roi, sur les papiers trouvés chez le général Dupont.

V. M. avait ordonné, à l'occasion de l'arrestation du général Dupont, que le scellé fût mis sur ses papiers et qu'ils me fussent adressés. J'ai nommé une commission pour les examiner et en faire l'analyse, afin de me mettre à même d'en rendre compte à Votre Majesté. Il résulte de cet examen que sur 3o4 pièces qui forment la totalité des papiers trouvés chez le général Dupont, ilib sont uniquement relatives à la nomination de ce général au commandement du 2'' Corps d'observation de la Gironde, à la composition de ce corps, h son entrée en Espagne et à ses opérations jusqu'à l'époque où il est parti de Tolède pour se porter sur Cadix. 101 autres pièces comprennent tout le temps cjui s'est écoulé depuis ce départ jusqu'à la capitulation, avec quelques pièces qui font suite jusqu'au moment où le général Dupont s'est embarqué pour revenir à Toulon. Enfin le reste des pièces n'a pour objet que des affaires particulières.

On voit par ce résumé que la 20 série peut seule offrir des pièces qui ayent quelque rapport avec l'affaire du général Dupont, mais sur celles dont elle se compose, toutes n'ont pas la même importance ; on n'en trouve que a5 ou 3o de nature à jeter quelque jour sur cette malheureuse affaire.

Parmi ces pièces on en remarque plusieurs qui paraissent servir de preuves aux allégations contenues dans les mémoires et interrogatoires du G;|' Dupont. On y voit en effet diverses lettres qui lui furent écrites de Madrid, pour l'engager à rester dans la position d'Andujar. Une lettre du général Belliard en date du 2 juillet, en lui annonçant que le duc de Rovigo succède au Grand-Duc deBerg, lui réitère qu'il ne faut point engager une guerre régulière dans le Midi, avant d'être débarrassé des opérations de Valence, Saragosse et Saint-Ander. Le général en chef désire toutefois que le général Dupont puisse rester en présence de l'ennemi jusqu'aux premières nouvelles de Valence... Il voudrait que ce général ne fît point de marche rétrograde au delà de la Sierra-Morena.

Le 9 juillet, le duc de Rovigo écrit au général Dupont :

Continuez à tenir votre position d'Andujar ; vous y êtes plus que respectable pour les ennemis que vous avez devant vous.

Le i4 juillet, il lui écrit encore :

Quoique vos observations soyent très justes, vous ne pouvez ni ne devez rien entreprendre d'offensif avant le résultat des opérations du Afal Bessières. Vous êtes plus que respectable pour M. de Castanos avec le corps que vous avez.

Il parait que ces diverses lettres ont été cause du parti que le Gal Dupont prit de rester à Andujar. On voit, par les mémoires et interrogatoires du général Marescot, que ce premier, souvent sollicité de quitter la position d'Andujar a toujours répondu que ses instructions le forçaient d'y rester.

Il se trouve aussi plusieurs lettres relatives aux mouvements du général Vedel, qui jettent un grand jour sur ses opérations, comme sur les causes cpii l'ont tenu séparé du Gal Dupont, dans les moments les plus décisifs. Une lettre du Gal Gobert, du i5 juillet, écrite de Baylen, apprend qu'un aide de camp du Gul Dupont, qui croyait le Gal Vedel encore à Baylen, y était venu pour lui demander un bataillon et un escadron. Dans ce même instant, le général Vedel était en marche pour aller soutenir le Gal Liger-Belairqui avait été attaqué à Mengibar. Le Gal Gobert en instruisit

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l'aide de camp, qui fut suivre le Gal Vedel, pour lui demander 'ce [bataillon de renfort dont le Gal Dupont avait besoin : mais ce fut le général Gobert qui fournit l'escadron.

On voit par la suite de la correspondance que le G'1 Vedel, ayant quitté le Gal Liger- Belair, se rendit à Andujar dans la nuit du i5 au 16 juillet avec sa division ; mais rien n'indique par quel motif il ne s'est pas borné à envoyer le bataillon que lui demandait le Gal Dupont. Du reste, on trouve encore, qu'il repartit d'Andujar dans la soirée du 1 6, et le 17 juillet il écrit de Baylen au G^1 Dupont, qu'il y est arrivé à 8 heures du malin. Il n'y a plus trouvé le Gal Dufour (1), qui en était parti à minuit pour Guarroman.

Le Gal Vedel qui avait l'ordre de se réunir à lui à Baylen, où le Gal Dupont l'avait supposé, crut devoir le suivre pour le rejoindre où il le trouverait, m'atteignit à Guarroman, à 10 h. 1/2 du soir : mais le G''1 Dufour, qui croyait que l'ennemi avait marché par Linarès sur Sainte-Hélène, voulut l'y prévenir, et se mettait en marche pour s'y rendre, au moment où le Gal Vedel entrait à Guarroman. Ce dernier prit le parti de suivre encore le GaI Dufour jusqu'à la Caroline, d'où il écrivit au Gal Dupont, qu'il y était arrivé à 9 heures du matin, tandis que les généraux Dufour et Liger-Belair arrivaient à Sainte-Hélène. Ils avaient enfin acquis la certitude que l'ennemi n'était point venu dans cette partie. Même la communication avec Madrid était encore libre, puisque le chef de bataillon Daguzan, qui en venait, était arrivé sans obstacle. L'ennemi occupait alors Baeza, Ubeda, Linarès et Mengibar. Cette circonstance engagea le Gal Vedel à revenir sur ses pas. Sa lettre au Gal Dupont, du 18, annonce qu'il partira le lendemain 19 juillet de la Caroline pour revenir à Baylen. Le général Dufour devait, de son côté, revenir à Guarroman.

Toutes ces lettres font voir que le G''-1 Dufour a été le premier induit en erreur sur les mouvements de l'ennemi, et que cette circonstance a également trompé le général Vedel; mais il est très malheureux que ce dernier, arrivé le 18, à 9 heures du matin, à la Caroline, n'en soit reparti que le lendemain et ne soit arrivé à Baylen qu'à cinq heures du soir, quoiqu'il n'eût que quatre lieues de chemin à parcourir.

Plusieurs lettres du Gal Gobert se trouvent dans les papiers du Gal Dupont. Dès le i5 juillet il lui manifestait ses craintes que l'ennemi ne passât les deux ponts vis-à-vis Baeza. Le général Gobert avait été obligé de faire revenir les cuirassiers de Linarès (le 2e provisoire), parce qu'ils ne pouvaient y rester après le départ du général Vedel qui les protégeait. Le même jour, à 3 heures après midi, le général Gobert écrit encore : J'apprends du général Lagrange que l'ennemi est à Baeza et va se diriger sur la Caroline. Cette circonstance embarrasse beaucoup leGal Gobert : car, ajoute-t-il, si je vais à l'ennemi, je me sépare de vous ; si je reste, la porte de Madrid nous sera fermée. Enfin je ferai de mon mieux. Le iG juillet, il écrit encore deux fois au Gal Dupont. Il réitère chaque fois que l'ennemi est à Baeza ; mais comme le Gal Liger-Belair est attaqué, il marche à son secours. Le même jour, le G'1 Gobert fut blessé à mort et le Gal Dufour, qui lui succéda, se replia sur les hauteurs en avant de Baylen. On voit par deux lettres de ce dernier, en date du 16 et du 17 juillet, que l'ennemi est à Linarès, qu'il a chassé les 3oo hommes qui y étaient, et qu'il se dirige sur Sainte-Hélène.

Le général Dufour commença par y envoyer un bataillon du 7e provisoire, et partit avec le reste pour Guarroman, d'où il se porta ensuite sur Sainte-Hélène, comme on l'a vu dans l'extrait des lettres du Gal Vedel.

Tel est à peu près le résultat des pièces cjui m'ont paru mériter l'attention et que je crois devoir mettre sous les yeux de V. M. Si elle désirait prendre connaissance des pièces en original, le procès-verbal de leur examen, qui contient une analyse sommaire de chaque pièce, la mettrait à même défaire le choix qui lui conviendrait, en supposant qu'elle ne voulût pas lire le tout.

Je remarquerai de plus qu'on trouve, dans le nombre des papiers du général Dupont, deux ou trois pièces postérieures à la capitulation, qui offrent encore quelque intérêt, san> rire liées comme les autres au fond de cette affaire. L'une est un état sommaire de la situation des 2e et

(1) Ce général avail remplacé le général Gobert, tué au combat de la veille.

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3e divisions, ou divisions Vedcl et Dufour (ci-devant Gobert), daté du 8 août, renfermant ainsi tout ce qui était compris dans la capitulation. Le résultat est comme suit :

4 269 hes infant'6 et 666 cavie — Division Yedcl. 3 174 id. 33o id. — Division Dufour.

7/,33 infi0 996

996 cavie,

5o8 art"- et l'état-major.

8 937 Total des présents.

7/10 Aux hôpitaux ou détachés.

9677 hes. Total de l'effectif en i3 Bat0DS et 10 Cies de cavalerie.

Deux autres pièces faites pour être particulièrement mentionnées sont les originaux en langue espagnole de deux lettres écrites de Cadix, sous les dates du 8 et du 10 août, au général Dupont, par le général espagnol Thomas Morla, dont la traduction m'avait été ci-devant transmise par l'ordre de V. M.

Le Ministre de la guerre,

Gte d'Hunebourg.

P. -S. — Il résulte d'un État de Situation trouvé dans les papiers du général Dupont, mais qui est du 10 juillet, huit jours avant le combat de Baylen, que ses forces étaient :

/ Dlv0n Barbou. 8 Batons : 5 7^6 h. présents sous les armes, offrs compris ) OQO ■ r

rt 1 l i\. t« r 1 l 1 OOO inl'e.

Corps du } Divon nouyer. 5 — 2 142 — — ) '

général Dupont f Divon Fresia, cavie, 22 Cies 1 8a3 h. — détachés 6/41. \ Artie et génie — 1 o3a h.

i3 Bons, 11 Escons — 10750 h. présents d'après ledit État de Situation du 10 juillet.

Comme on le voit, le général Clarke a, dans cette circonstance, le courage de dire la vérité à l'Empereur. Son Rapport peut se résumer ainsi : si le général Dupont est resté à Andujar, c'est pour se conformer aux instructions qu'il a reçues de Madrid ; il avait, le 16 juillet, donné l'ordre au général Vedel de faire sa jonction avec Dufour à Baylen et non pas ailleurs ; le général Vedel, arrivé le 18 au matin à la Caroline, constate que l'ennemi n'a pas paru de ce côté, et, au lieu de revenir immédiatement à Baylen, il ne se met en marche que le 19, et ayant seulement !\ lieues d'Espagne à faire, il n'arrive devant Baylen qu'à cinq heures du soir ; le général Vedel semble donc être cause de la catastrophe et sa conduite est inexplicable. — Dans ces conditions, que devait faire l'Empereur ? Le sentiment le plus élémentaire de la justice et de l'équité lui imposait le devoir strict : i° de vérifier si réellement le général Dupont avait reçu l'ordre de rester à Andujar ; 20 de faire examiner à fond la conduite du général Vedel. — Et pour faire la lumière sur ces deux points, Napoléon n'avait qu'à interroger le duc de Rovigo, les généraux Dupont et Vedel, et quelques généraux, aides de camp et officiers ayant joué un rôle dans les événements du mois de juillet 1808. Mais, la vérité, l'Empereur la connaissait bien, et résolu à perdre quand même le général Dupont, il ne tint aucun compte du Rapport du ministre de la guerre et ne fit ni questionner le général Savary, ni contrôler sérieusement la conduite du général Vedel du i5 au 19 juillet 1808 ; pour lui, — et il continua de le crier à tous les échos, préférant en appeler à Morla qui le traitait de capitaine de bandits, plutôt qu'à

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Marescot et aux officiers français, — le général Dupont devait être quand même un inepte, un lâche et un voleur !... Existe-t-il dans l'histoire crime plus repoussant?

Le lendemain de son arrivée à Toulon, le général Dupont écrivit au ministre de la guerre les deux lettres suivantes :

Toulon, le 22 septembre 1808.

A Son Excellence le ministre de la guerre. Monseigneur,

J'ai l'honneur de vous rendre compte cpie je suis arrivé hier à Toulon avec les généraux, officiers supérieurs et autres individus dont l'Etat est ci-joint. Je suis parti de Cadix le 5 de ce mois. Pendant mon séjour dans l'Andalousie, après le traité d'Andujar, j'ai été, ainsi que les autres généraux qui sont avec moi, constamment sous les poignards. La férocité et la fureur de ce peuple sont extrêmes.

On m'a communiqué, en arrivant ici, un ordre d'après lequel je suis en surveillance, ainsi que les généraux Chabert et Vedel. Le général Chabert est resté au fort Saint-Sébastien à Cadix, auprès de sa femme mourante, et je ne puis prévoir le moment de son retour.

Le général Vedel, au moment de mon départ, était à Moron avec sa division. Je n'ai pu établir de communication avec lui, et j'ignore si on le forcera à se séparer de la troupe et à partir sans elle, ainsi que l'on a fait pour les généraux de la ire division. J'ai réclamé avec la plus grande force l'exécution du traité que la nécessité de la guerre m'a obligé à faire avec l'armée ennemie, mais je crains que la déloyauté espagnole, que je n'avais pas pu prévoir, ne rende mes instances infructueuses en ce moment où les esprits sont dans la plus grande effervescence contre les Français. Si je suis réduit à me justifier et si la réputation honorable que j'ai toujours cherché à me faire ne peut m' épargner ce malheur, il me serait facile de prouver que toutes mes opérations dans cette campagne sont à l'abri de tout reproche.

Lorscpie j'ai été envoyé dans l'Andalousie, si j'avais eu avec moi le corps que j'avais mis tant de soin à former, la soumission du Midi de l'Espagne était assurée. Mais je n'avais qu'une division, et cependant j'ai eu le bonheur de battre à Cordoue et de disperser un rassemblement de 4oooo hommes. Je n'ai cessé, depuis cette époque, le 7 juin, de faire sentir la nécessité d'agir offensivement et de prévenir l'organisation d'une armée régulière, mais je n'ai point reçu de renforts à temps et j'ai eu ordre de rester sur la défensive. M'étant replié sur Andujar, il m'a été prescrit de garder cette position et il a fallu, pour m'y maintenir, essuyer des privations que la chaleur excessive du climat rendait plus accablantes pour la troupe. Ce que j'avais prévu et annoncé tant de fois est arrivé. Toute l'Andalousie a été en armes. Une armée ennemie, composée des troupes de ligne et des milices complétées par de nouvelles levées, a pris l'offensive. Après plusieurs combats qui ont été à notre avantage, l'ennemi s'est présenté le i5 juillet devant Andujar et nous avons repoussé son attaque. Mais il en méditait une autre sur Mengibar afin de se porter à Baylen.

Le général Vedel couvrait celte position essentielle. Je lui donne l'ordre, le i5, de m'envoyer un bataillon et, dans le cas où l'ennemi ne serait pas en force devant lui, de m'en envoyer trois. Ce' général, au lieu d'exécuter cet ordre, se rend avec sa division à Andujar, et pendant son mouvement, l'ennemi fait son attaque le 16. C'est dans ce combat que le général de division Gobert a été tué. Je donne aussitôt l'ordre au général Vedel de se reporter sur Baylen qu'il n'aurait pas dû quitter, conformément à ses instructions, de combattre l'ennemi qui menace cette position, et, après l'avoir mise en sûreté, de venir me rejoindre à Andujar pour faire une tentative sur le camp ennemi qui était depuis trois jours devant cette Mlle.

Le général Vedel, trompé par de faux rapports, se porte de Baylen sur la Caroline et laisse Baylen à découvert. Aussitôt que je t'apprends je me hâte de m'y rendre pour prévenir les inconvénients de ce mouvement, et je lève le camp d'Andujar. Mais l'ennemi s'était déjà mis en

possession de Baylen avec un corps de 20 à 25 000 hommes. Le combat s'engage à quatre heures du matin et dure onze heures. Nous prenons des drapeaux, des canons et nous faisons éprouver à l'ennemi une perte plus considérable que la notre. Mais la supériorité de l'ennemi, qui avait sur ce point ses meilleures troupes de ligne, ne permet pas à la dhision Barbou de reprendre Baylen et de s'ouvrir le passage de la Sierra-Morena.

Pendant ce temps, la division Vedel était à Guarroman, à deux lieues du champ de bataille, et malgré le bruit du canon et de la mousquelerie elle ne marche pas. Le combat cesse enfin ; il ne me restait que très peu de monde présent; le soldat, épuisé par la faim et la fatigue, dévoré par la soif sous ce climat brûlant, ne pouvait plus soutenir ses armes, et le plus grand nombre était dispersé. La division Vedel est arrivée, mais la ire division n'était plus en état de combattre et il y avait déjà une suspension d'hostilités. Tous les généraux m'ont engagé à sauver, par un arrangement, des troupes qui étaient perdues et sans espoir de retraite, attendu qu'un autre corps de 20000 hommes fermait le passage du côté d'Andujar.

Le combat a été violent, mais il faut observer que nos corps n'étaient composés que de conscrits qui n'avaient pas encore combattu. Il a fallu tout le dévouement des chefs pour soutenir aussi longtemps cette lutte inégale. Si le général Vedel avait marché à temps sur Baylen pour dégager ce passage, nul doute que notre succès ne fût assuré. Toutes mes dispositions, tous les ordres que j'ai donnés se justifient d'eux-mêmes.

Je prie Votre Excellence de soumettre ces considérations à Sa Majesté. Dévoué à la gloire de ses armes et à l'honneur, mon premier vœu sera toujours de chercher une mort honorable sur le champ de bataille, pour son service.

J'attends les ordres de Votre Excellence.

J'ai l'honneur d'être de Votre Excellence

Le très humble serviteur,

Toulon, le 22 septembre 1808.

A Son Excellence le ministre de la guerre,

Mon cher ministre, permettez-moi d'ajouter cette lettre particulière à celle que je viens de vous écrire officiellement pour vous rendre compte de mon arrivée à Toulon. L'ordre qui me concerne est si rigoureux et si imprévu que je ne puis vous exprimer mon étonnement et mon affliction. Ne respirant que pour l'honneur et jaloux comme je le suis d'une réputation militaire honorable, comment puis-je me trouver dans une situation aussi accablante ? Je n'ai jamais donné plus de preuves de dévouement à Sa Majesté que dans cette campagne. Mes premières opérations dans l'Andalousie ont été heureuses, et si le succès ne m'a pas accompagné jusqu'à la fin, je puis prouver jusqu'à la dernière évidence que ce n'est pas la faute de mes dispositions.

Après la brillante journée de Cordoue, j'ai senti le danger de donner à l'Andalousie le temps de s'organiser et je n'ai cessé de réclamer la réunion du corps d'armée. Je me suis maintenu pendant plus d'un mois avec ma division, dans un pays où j'avais contre moi 25 à 3oooo hommes de troupes régulières et plus de 100 000 paysans armés. Le défaut de vivres et la chaleur du climat rendaient chaque jour notre position plus critique, et j'ai surmonté toutes les difficultés pour remplir mes instructions qui me prescrivaient de ne pas repasser la Sierra-Morena. Les habitants laissant leurs maisons désertes et leurs moissons sur pied, il a fallu que le soldat moissonnât lui-même le grain et fît son pain, pendant que le reste de la troupe avait les armes à la main.

L'ennemi sentant sa supériorité a pris une offensive décidée, et cependant Je recevais des ordres réitérés pour garder la position d'Andujar. Je ne pouvais m'y maintenir qu'en occupant Baylen et en observant avec le plus grand soin le chemin qui y conduit de Mengibar. Le général Vedel en était chargé. Je ne veux point attaquer ses intentions, mon malheur ne me rendra point injuste ; il a sûrement cru bien faire, mais je suis forcé d'avouer que ce sont les fautes qu'il a faites qui ont

amené un événement qui fera le désespoir de ma vie, si je ne puis le réparer par quelque action qui me rende la confiance de l'Empereur. La première faute du général Vedelest d'avoir quitté, le i5, sa position entre Baylen et Mengibar, pour venir à Andujar. Je lui avais donné l'ordre de m'envoyer un bataillon, et il vient avec la division, et il en est résulté que le général Gobert a été trop faible sur ce point. C'est dans cette affaire, que ce général, si regrettable et si dévoué à l'Empereur, a été tué.

Le général Vedel s'étant reporté de suite sur Baylen pour y prévenir l'ennemi, a commis la faute d'abandonner cette ville pour se porter à la Caroline, et pendant ce temps l'ennemi s'est emparé de Baylen. Aussitôt que j'apprends ce fàcbeux contretemps, je lève le camp d' Andujar, je dérobe une marche au corps ennemi qui était devant cette ville, et j'attaque le 19, à [\ heures du matin, le corps qui occupait Baylen. Si le général Vedel était arrivé pendant l'action, ce corps était perdu ; mais il s'arrête plusieurs heures à deux lieues du champ de bataille, par une fatalité singulière et malgré les observations de ses généraux et chefs de corps. Il arrive enfin, mais il n'était plus temps d'agir; le corps ennemi que j'avais laissé à Andujar était sur nos derrières et tous les chemins nous étaient fermés. La Sierra-Morena est une chaîne de montagnes impraticables.

Je vous donne ces détails confidentiellement, espérant que je ne serai pas obligé de justifier mes opérations, et que la mesure qui m'affecte si cruellement va être révoquée. Tous les généraux m'ont engagé à traiter avec l'ennemi, l'honneur étant sauvé par le combat violent que nous avons rendu, pour conserver à l'Empereur des troupes qui ne pouvaient plus agir.

Je vous prie de me dire, si vous le pouvez, quelque chose de satisfaisant, car ma position est bien pénible.

Recevez l'assurance de mes sentiments.

On peut dire de ces deux lettres qu'elles ne contiennent pas une ligne qui ne soit l'expression digne et sincère de la vérité. Découvrant une faute de l'Empereur, elles devaient rester sans effet.

Pendant sa quarantaine au lazaret de Toulon, le général Dupont rédigea une Relation de la Campagne d'Andalousie, dans laquelle il expose les faits ainsi qu'il suit :

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