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RELATION DE LA CAMPAGNE D'ANDALOUSIE

Le Corps d'observation de la Gironde, qui occupait Valladolid, Zamora et les autres villes situées sur la rive droite du Douro, reçoit l'ordre de se diriger sur Madrid. La ire division commandée par le général Barbou et la division de cavalerie commandée par le général Fresia, se mettent en mouvement le \l\ mars et arrivent le 21 à Guadarrama, à une marche de Madrid. La 2e division, aux ordres du général Vedel, se porte sur Ségovie, et la 3e division, commandée par le général Laval, continue à occuper Valladolid.

Le corps du maréchal Monccy, où se trouvait S. A. I. le grand duc de Berg, était parti de Burgos et se dirigeait en même temps sur Madrid par Aranda et Buitrago. La marche des troupes n'éprouve aucune difficulté et le Prince fait le 22 son entrée dans la capitale.

La révolution d'Aranjuez venait d'éclater. Cet événement change tout à coup la position des armées françaises en Espagne. Leur présence cause de vives inquiétudes aux nombreux partisans du prince des Asturics, nouveau Roi, la fermentation des esprits s'accroît et s'étend de tous côtés dans l'attente des événements de Bayonne.

(1) Copie. L'original est dans le dossier de cette affaire; il a été envoyé à S. E. par l'Empereur, de Valladolid, le 10 janvier 1809. — (Cette note est en marge de la pièce). E. T.

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La ire division se rend le 29 à l'Escurial et la cavalerie se rapproche également de Madrid, afin d'être plus à portée de réprimer les mouvements du peuple. Ces troupes se portent ensuite sur Aranjuez où elles arrivent le 1 1 avril. La 2e division vient s'établir à l'Escurial et la 3° à Ségovie. On remarque leur bonne tenue et leur instruction, fruit du zèle que les généraux et les officiers supérieurs ont mis à former un nouveau corps, depuis leur entrée en Espagne.

L'agitation sourde qui régnait à Madrid et qui y préparait les événemens du 2 mai, existait également dans plusieurs villes ; elle éclata le 23 avril à Tolède. Les paysans des campagnes se joignent à ses babitans, le désordre est extrême, des officiers français qui s'y trouvaient échappent avec peine à la fureur du peuple.

Le général en chef se hâte de prévenir les suites d'un rassemblement séditieux ; il se rend à Tolède avec les troupes d'Aranjuez où elles sont remplacées par la 2e division, qui l'est ellemême par la 3'1 division à l'Escurial. Ce mouvement sur Tolède calme les troubles de cette ville et de la province, on rassure les esprits, on éclaire l'opinion et la tranquillité rétablie y est maintenue par la bonne intelligence que les chefs militaires et les magistrats tâchent de faire observer entre les Français et les Espagnols. Si à cette époque des troupes françaises eussent été placées dans les villes principales, la soumission de toutes les provinces était assurée ; mais un temps précieux s'est écoulé et une vaste insurrection s'est rapidement organisée. Tout le peuple espagnol est armé ; c'est un ancien usage auquel il est fortement engagé ; chaque individu a un fusil de calibre qu'il s'est exercé à manier dès l'enfance. On sait d'ailleurs qu'il porte habituellement le poignard. Les mœurs et la férocité des Africains se retrouvent en Espagne. L'ancienne antipathie nationale, réveillée par les événements de Bayonne, produit une explosion générale contre les Français, dans les derniers jours du mois de mai.

Après un mois de séjour à Tolède, les divisions Barbon et Frcsia se mettent en marche pour se rendre à Cadix. Elles traversent la Manche sans obstacles. La 2e division quitte Aranjuez et vient occuper Tolède. La 3e reste à l'Escurial. Le 2 juin, à son arrivée à Andujar, le général en chef est instruit que le feu de l'insurrection est répandu dans toute l'Andalousie et que la Junte de Séville s'est déclarée Junte suprême de gouvernement. Les provinces de Cordoue, de Jaen et de Grenade ont suivi l'exemple de celle de Séville et des corps de rebelles se forment de toutes parts. Le camp de S'-Boch, formé de troupes de ligne, tous les régiments de milice qui se trouvent dans le Midi, les troupes réglées du corps du général Solanoqui avaient été destinées pour le Portugal, sont entraînés parles factieux et forment une armée régulière réunie aux insurgés. Il a été alors évident que les mesures prises pour s'assurer de l'Andalousie étaient insuffisantes. Si le corps d'armée avait marché réuni, il aurait pu, dans ces premiers moments de l'insurrection, obtenir d'heureux résultats, mais il avait laissé une division à Tolède et l'autre à l'Escurial : le général en chef n'avait avec lui que la ire division, une brigade de deux régimens suisses-espagnols, Preux et Beding, et deux faibles brigades de troupes à cheval, le tout formant un corps de 7 3oo hommes. Trois régimens suisses au service d'Espagne devaient s'y réunir, mais ils faisaient déjà partie de l'armée des rebelles. Une brigade de l'armée de Portugel, qui était aussi destinée pour le corps d'armée, n'a pu opérer sa jonction et elle est rentrée à Lisbonne. Le Gal en chef, après avoir rendu compte à S. A. I. le Grand-Duc de Berg de ces circonstances graves de sa position si délicate, prend néanmoins la résolution de continuer sa marche. Il se porte sur Cordoue. Il était prévenu que le pont d'Alcolea, à deux lieues de cette ville, était défendu par un corps considérable commandé par Echavary. Les colonnes qui avaient marché jusqu'alors séparées pour la facilité des vivres et comme dans un pays ami, se rejoignent à Andujar. Le 6, on prend position à Carpio, et le 7, à la pointe du jour, on se présente au pont d'Alcolea. L'ennemi avait une tète de pont, 12 pièces de canon et i5ooo hommes sur la rive droite du Guadalquivir, pour en défendre le passage; un autre corps de i5 à 20000 hommes était sur la rive gauche, 5 à 6000 hommes de troupes réglées se trouvaient parmi les insurgés.

Il s'engage d'abord une canonnade et un feu de mousqueterie très vif d'un bord à l'autre du fleuve. Bientôt l'attaque des retranchemens est ordonnée. Le Gal de Division Barbou marche contre la tête de pont avec la brigade du Gal Pannclier, composée de la Garde de Paris et de la

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3e Légion. Nos bataillons s'avancent au pas de charge essuyant tout le feu des ennemis : les premiers pelotons se précipitent à l'assaut et malgré la profondeur des fossés ils parviennent à franchir les parapets. L'ennemi est culbuté dans les ouvrages et poursuivi de l'autre côté du pont. Nous nous emparons du village d'Alcolea.

Pendant ce temps, le Gal de division Fresia, avec la brigade de dragons du Gal Privé et la brigade de chasseurs du général Dupré, soutenues par la brigade des Suisses aux ordres du Gal de division Rouyer et du Gal de brigade Schramm, et par le bataillon des Marins de la Garde commandé par le capitaine de vaisseau Daugier, agissait contre le corps ennemi qui était descendu des hauteurs situées sur la rive gauche du Guadalquivir et qui nous attaquait par derrière pour nous forcer à abandonner le pont d'Alcolea. Notre cavalerie a fait plusieurs charges très heureuses. Les insurgés ont laissé une foule de morts sur le terrain.

Aussitôt que le pont est emporté, le général en chef fait passer toutes les troupes sur la rive droite. Il confie la défense de ce passage important aux Marins de la Garde, et il marche contre les ennemis qui avaient pris position en avant de Cordoue. Mais ils n'attendent pas un nouveau combat, ils se retirent, abandonnent leur camp où nous avons trouvé des fusils anglais, des vivres et des munitions ; ils se jettent dans la ville et en barricadent les portes. Nos troupes s'approchent et l'investissent. Le corrégidor est sommé de se présenter, on promet aux habitans une sûreté entière s'ils se soumettent ; mais tous les moyens de douceur sont inutiles, ces furieux rejettent la clémence qui leur est olferte et leur feu continue du haut des murailles et des maisons. Le temps s'écoulait et il fallait enfin vaincre cette opiniâtreté. Le succès de la journée eût été incomplet sans la possession de la ville. Le canon enfonce les portes. Nos colonnes s'élancent dans les rues à travers les coups de fusil qui partent des fenêtres. Cette impétuosité déconcerte les insurgés et ils prennent la fuite vers Séville. Les rues sont jonchées de leurs morts.

Quelque temps après la victoire, l'ordre commence à renaître dans la ville. Le pillage a été défendu sous peine de mort, et les compagnies d'élite ont été employées au maintien delà police. Le gaI Laplane est nommé commandant supérieur de la place.

Cette journée a été glorieuse ; un corps de 7 000 hommes bat complètement et disperse un rassemblement six fois plus nombreux. Mais il faut poursuivre ce succès et la faiblesse de nos moyens s'y oppose. Ayant acquis la certitude qvie les troupes de ligne et les milices font cause commune avec les rebelles et obéissent à la Junte de Séville, il devient impossible de se porter sur cette ville, qui a pour sa défense 25 000 hommes environ de troupes régulières et une armée d'insurgés. Séville a une fonderie de canons et un arsenal. Tous les moyens d'armement s'y trouvent et c'est là que se sont rendus les bataillons formés dans les différentes villes du Midi. Cadix, place forte, est également remplie des fureurs de la révolte et il faut un siège et des moyens puissans pour la réduire.

Ces considérations décisives suspendent notre mouvement. Cependant le général en chef n'abandonne pas l'espérance de marcher sur Séville, ce foyer principal de l'insurrection du Midi. Il attend pendant dix jours à Cordoue des renforts qui n'arrivent pas. L'ennemi, que cette inaction enhardit, prend l'offensive et il cherche à profiter de sa supériorité. Il eût été contre les principes de la guerre de livrer un combat dont le succès même nous eût été inutile, puisque nous étions dans l'impuissance d'en profiter pour nous porter en avant; en conséquence, nous nous replions sur Andujar et nous prenons position, le 18, sur la rive droite du Guadalquivir.

Depuis notre passage par cette ville, il s'y était commis des excès déplorables. Les rebelles de Jaen s'y étaient portés et avaient massacré le commandant français. Sur la route, nous avons trouvé en plusieurs endroits des traces d'une cruauté inouïe, particulièrement à Montoro. Des soldats marchant isolément et même des détachemens, surpris et enveloppes par les paysans, ont éprouvé tout ce que la férocité des sauvages a de plus affreux. Des bandes de contrebandiers commandés par des officiers de la ligne, s'étaient emparés des gorges de la Sierra-Morena et coupaient nos communications avec Madrid. Tous les officiers ou courriers chargés de missions riaient arrêtés et y trouvaient une mort affreuse. Le général René a péri ainsi, à la Caroline, de

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la manière la plus cruelle, avec plusieurs officiers d'Etat-Major ; plus de 4oo Français ont été égorgés par ces barbares dans les hôpitaux de Manzanarès, la Caroline et autres villes.

Pour punir Jaen et en tirer des vivres, le Capitaine de frégate Baste y est envoyé, le 20 juin, avec un détachement de cavalerie et le 3e bataillon de la 4e Légion ; cet officier exécute très bien cette opération, il dissipe les rebelles. Rentré à Andujar, il reçoit l'ordre de se porter avec un nouveau détachement dans la Sierra-Morena, pour chasser les brigands de la Caroline et favoriser les opérations du gal Vedel, qui était en marche pour faire sa jonction avec la i1-e Division. Le 26, ce général attaque un rassemblement de 3 000 hommes qui voulait lui disputer le passage des gorges ; la brigade du général Poinsot emporte rapidement et avec audace tous les obstacles et s'empare de tout le canon des ennemis. Le g:'' Vedel vient le lendemain prendre position à Baylen, laissant dans la Sierra-Morena les postes nécessaires pour les communications avec la Manche.

Un corps de rebelles s'etant porté de Grenade sur Jaen, le gal Vedel reçoit l'ordre d'y envoyer la brigade du gal Cassagne. Ce mouvement s'exécute le Ier juillet, et le général Cassagne s'empare de la ville après un combat brillant pour sa troupe et qui se renouvelle le 2 et le 3 avec le même succès. Chaque jour les renforts que l'ennemi avait reçus lui ont été inutiles et n'ont fait qu'augmenter sa perte. Le major Molard, commandant la ire Légion, et le commandant Baste s'v sont distingués.

Ces différentes opérations servaient à donner de la confiance à des troupes nouvelles qu'il fallait former et aguerrir pour attendre les renforts sans cesse demandés et toujours plus nécessaires. Le général en chef était obligé, d'après ses instructions, de garder la position d'Andujar ; il lui était enjoint de ne rien tenter d'offensif, jusqu'au moment de la reddition de Valence et de Saragosse, et d'ailleurs il n'avait pas assez de forces pour réussir dans ce dessein. Il lui était également prescrit de ne pas repasser la Sierra-Morena, dans la crainte de voir la Manche se soulever et les rebelles d'Andalousie marcher sur Madrid. Cependant cette position était devenue très faible, la sécheresse de la saison ayant rendu le Guadalquivir guéable sur plusieurs points, et elle était d'ailleurs très pénible sous le rapport des vivres, la plupart des habitans armés et réfugiés dans les montagnes laissaient leurs moissons sur pied, on n'avait de ressources que dans la nouvelle récolte, et il a fallu que la troupe elle-même pourvût à tous ses besoins. Les corps, lorsqu'ils n'avaient pas les armes à la main, moissonnaient le blé autour de leur camp et c'était le soldat qui confectionnait son pain. Mais ces moyens extraordinaires étaient insuffisans ; les distributions étant toujours incomplètes, on n'a pu donner quelquefois qu'un quart de ration ; il n'y avait de vin que pour les hôpitaux. La chaleur du climat rendait ces privations plus accablantes.

A ces considérations le général ajoutait, dans toutes ses dépêches à S. A. I. et ensuite au Duc de Rovigo, ses observations sur le danger de l'inaction et de la défensive. On donnait par là, à l'ennemi, le tems de s'organiser, de compléter les cadres des troupes de ligne, d'armer et d'équiper les nouveaux bataillons et de former ses trains d'artillerie. Chaque jour de délai augmentait sa confiance et ses moyens. Il augmente, en effet, ses forces de manière à pouvoir mettre en campagne une armée d'environ [\o 000 hommes avec beaucoup d'artillerie. Il se porte sur Andujar, et le i5 juillet il couronne les hauteurs qui se trouvent entre cette ville et Argonilla. Il établit ses batteries contre la tête de pont que le général Dabadie, commandant le génie, avait fait construire, et commence son attaque. Le gal de division Barbou avait placé dans les ouvrages de la tète de pont, quatre compagnies de la Garde de Paris et de la 3e Légion sous le commandement du gal Pannetier, et avait disposé une ancienne tour qui se trouve à l'entrée du pont, pour recevoir une compagnie de grenadiers. La ire brigade bordant la rive droite à la gauche du pont, et la 2e brigade commandée par le gal Chaberl s'étendant à droite, formaient notre première ligne de défense. Les marins de la Garde occupaient la ville, que le capitaine de vaisseau Daugier était chargé de défendre. Les généraux Rouyer et Schramm avaient placé en réserve la brigade suisse. La cavalerie du g;<l Fresia était formée dans la plaine, en arrière de la ville, et elle

éclairait par ses détachemens le cours du fleuve. L'altitude de nos troupes respirait la confiance, malgré la supériorité considérable en nombre des ennemis. Le gal en chef Castanos voyant nos dispositions, se borne à une canonnade qui nous a très peu coûté. Le gal Faultrier, commandant l'artillerie, n'y a répondu que faiblement, afin de ménager des munitions qu'il ne pouvait remplacer, et pour les employer plus utilement dans une action plus décisive. Le lendemain l'ennemi renouvelle son attaque sur Andujar. Pendant que ses batteries, composées en grande partie de pièces de 12 et de 16, jouent avec vivacité, ses colonnes s'avancent pour tenter le passage du fleuve. Notre feu, dirigé avec avantage, leur fait abandonner ce dessein et elles se replient hors de la portée de notre canon. LTn corps de 3 à [\ 000 hommes, qui avait passé le Guadalquivir et s'était jeté sur les derrières de notre camp, a été vivement repoussé et rejeté dans les montagnes par le 6e Régiment provisoire, commandé par le gal Lefranc.

Pendant que cela se passait à Andujar, l'ennemi avait porté quelques troupes vers Mengibar, sur la route de Jaen à Baylen. Le général Liger-Belair occupait depuis plusieurs jours cette position importante, et le gal Vedel, placé à Baylen, avait l'ordre de le soutenir au besoin avec toute sa Division. Celte disposition était motivée sur la nécessité de couvrir ce passage, afin de prévenir les intentions de l'ennemi, qui, désespérant de forcer Andujar, pourrait entreprendre par sa droite sur Baylen. Le gaI de Division Gobert, qui venait d'arriver à la Caroline avec une partie de sa Division, se rapproche de Baylen, afin de pouvoir se porter plus rapidement soit sur Andujar, soit sur Mengibar, selon les circonstances. Nos forces se trouvaient ainsi concentrées autant qu'il était possible et prêtes à agir avec ensemble et célérité.

Le i5, un Corps espagnol se présente devant le gal Liger-Belair; aussitôt le g1' Vedel marche vers Mengibar pour rejeter l'ennemi de l'autre côté du fleuve s'il forme quelque entreprise, mais il se replie le même jour. Le gal en chef envoyé un officier d'Etat-major au gal Vedel pour le prévenir que l'ennemi est en forces devant Andujar et pour lui porter l'ordre d'envoyer un Bataillon ou une Brigade, dans le cas où il n'aurait pas de forces supérieures contre lui. Au lieu de se conformer à cette disposition, le gal Vedel marche sur Andujar, dans la nuit du i5 au 16 avec toute sa Division. L'ennemi, qu'il croyait éloigné, profite de son départ et attaque le 16 au matin le gal Liger-Belair, qui n'avait que la valeur de deux bataillons. Le gal de division Gobert, qui avait remplacé à Baylen le g'1 Vedel, se porte avec la plus grande vivacité au secours du gal Liger-Belair, amenant avec lui deux Bataillons et le 2" Régiment de cuirassiers. Le combat devint très vif. Nos cuirassiers font des charges très heureuses et nous aurions consersé nos avantages sans la blessure du gn| Gobert ; il est frappé d'une balle à la tète. Ce brave général, l'un des plus distingués de l'armée française, est mort le lendemain, emportant les regrets les plus profonds et les plus mérités. Après sa blessure, le g"' Dufour prend le commandement et vient prendre position devant Baylen. Il devait couvrir cette ville et y attendre des ordres, mais trompé par de faux avis, il s'avance et se rend à la Caroline où il pensait que l'ennemi voulait se diriger par le chemin de Baeza.

A la première nouvelle du combat de Mengibar, le G11 en chef, qui avait vu avec peine le mouvement du G'1 Vedel sur Andujar, lui donne l'ordre de se reporter de suite à Baylen, de combattre l'ennemi s'il s'y présente, et après avoir mis ce poste en sûreté, de revenir à Andujar pour profiter de la séparation des forces de l'ennemi en deux corps et attaquer celui qui menaçait Andujar. Le Gal Vedel se remet en marche dans la soirée du 16. Le lendemain malin, arrivé à Baylen, il n'y trouve plus le Gal Dufour qui s'élail porté sur la Caroline, et il prend le même chemin sans s'assurer de la position de l'ennemi. Il abandonne ainsi ce poste si essentiel et il laisse à l'ennemi la faculté de s'y établir et de couper notre communication. Cette faute grave où l'entraîne le mouvement du G'1 Dufour, donne en effet à l'ennemi un avantage dont il se hâte de profiter. Il prend possession de Baylen et y réunit ses meilleures troupes au nombre de 20 à 25 000 hommes.

A peine le G'1 en chef a-t-il appris la marche des Généraux Dufour et Vedel sur la Caroline, qu'il redoute vivement les suites de ce faux mouvement. Il craint pour Baylen et afin d'y prévenir l'ennemi, il lève aussitôt le camp d'Andujar. Nous dérobons notre marche au corps qui était

campé devant cette ville, et nous nous trouvons le 19 à trois heures du matin devant Baylen. Le parti que l'ennemi avait pris de se diviser en deux corps pouvait lui devenir funeste. En effet, si le Gal Vedel, qui n'avait rien trouvé à la Caroline et cjui avait reconnu la fausseté des nouvelles qui l'y avaient attiré, ainsi que le Gal Dufour, était revenu rapidement sur Baylen, le G'1 Reding qui s'en était emparé, se serait trouvé dans une situation très critique. On peut même juger qu'il était perdu, étant attaqué des deux côtés à la fois.

Dans la position où l'on se trouvait, il n'y avait pas à délibérer ; il fallait agir sur-le-champ pour dégager le passage de Baylen. La plus grande vivacité était nécessaire pour ne pas donner au Gal en chef Castanos, que nous avions laissé devant Andujar, le temps d'arriver sur nos derrières. Le corps du Gal Reding avait pris son ordre de bataille de manière à couvrir Baylen et le grand cbemin, faisant face au pont de l'Harumblar, petit ruisseau qui coule à une demi-lieue de Baylen. Il avait une nombreuse artillerie et d'un calibre supérieur. Aussitôt que le jour permit de reconnaître sa position, nos troupes se forment et le combat s'engage. La Brigade du GaI Chabert, composée de la 4e Légion, commandée par le Major Teulet, et du bataillon suisse du Colonel Freuler, commence l'action ; elle est soutenue par la Brigade Suisse formée des Régimens de Preux et de Reding, n° 2. La ire Brigade, commandée par le Gal Pannetier, hâte sa marche pour arriver sur le champ de bataille, et le Gal de Division Barbou prend position, avec un corps tiré de la Garde de Paris et de la 3e Légion, sur les hauteurs qui dominent le pont de l'Harumblar, pour en défendre le passage. Le Bataillon des Marins de la Garde est placé en réserve et la cavalerie est disposée selon la nature du terrain qui est, en partie, coupé de ravins et couvert d'oliviers. Nos premiers efforts sont heureux, nous gagnons du terrain et nous prenons du canon et des drapeaux. L'ennemi nous débordant par l'étendue de sa ligne, attendu sa grande supériorité en nombre, a fait plusieurs tentatives sur nos lianes, mais sans succès; toutes les attaques ont été repoussées ; notre cavalerie a fait des charges audacieuses qui ont été, pour lui, très meurtrières. Un Escadron de Cuirassiers et les Chasseurs à cheval se sont particulièrement distingués. Le feu de notre artillerie et de nos bataillons lui enlevait beaucoup de monde ; mais sa position lui donnait de grands avantages et les points les plus importants étaient occupés par ses meilleures troupes de ligne. Celles du camp de Sl-Roch et d'autres vieux régimens s'y trouvaient réunies. Trois fois, pour enfoncer la ligne, nous avons engagé une charge générale: nos bataillons et surtout le bataillon des Marins de la Garde, ont montré beaucoup de courage ; plusieurs corps ont été ébranlés et repoussés, mais tous les obstacles n'ont pu être emportés. Le passage de Baylen n'a pu être dégagé, après dix heures du combat le plus violent. Si, pendant qu'il durait encore, le Gal Vedel avait paru, le succès pour nous était infaillible et cette journée devenait très brillante. Mais il a malheureusement perdu un tems irréparable pour revenir de la Caroline ; il en est parti dans la matinée du 19, ayant déjà entendu le canon de Baylen qui n'en est éloigné que de quatre lieues, et par une fatalité inouïe, il s'arrête pendant quatre à cinq heures à Guaroman, à deux lieues du champ de bataille.

Lorsqu'il est enfin arrivé près de Baylen, le combat avait cessé et la nécessité avait forcé de convenir avec l'ennemi d'une suspension d'hostilités, afin d'obtenir, s'il était possible, la liberté du passage. Le soldat, épuisé de fatigue, accablé par une chaleur excessive et dévoré par la soif, ne pouvait plus se soutenir et ne se battait plus. Il ne restait pas deux mille hommes présens ; le plus grand nombre était dispersé. Le dévouement des chefs avait beaucoup obtenu, dans le principe, de ces nouveaux soldats, non encore aguerris et qui combattaient pour la première fois contre une armée régulière ; mais ils étaient alors totalement rebutés ; ils ne faisaient plus usage de leurs armes, tant la violence du combat avait été grande et tant l'influence d'un climat brûlant était accablante pour eux en ce moment. Nous avons perdu le G*1 Dupré et le Major des Chasseurs, Bureau ; on ne peut leur donner trop d'éloges et de regrets. Le Major Teulet et le chef de Bataillon Duzas ont été blessés ; le Gal Chabert a eu deux chevaux tués sous lui ; le Gal Schramm a été blessé légèrement.

L'ennemi a, de son aveu, perdu 3 000 hommes. Notre perte a été moins considérable des deux tiers, mais nous avons eu la douleur de voir les Régimens Suisses-Espagnols de Preux et de

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Reding, qui s'étaient d'abord bien montrés, déserter presque en totalité et passer dans les rangs de l'ennemi.

M. de Villoutrcys, officier de l'État-Major et Écuyer de l'Empereur, qui avait été envoyé auprès du Gal Reding, l'ayant trouvé disposé à traiter à des conditions honorables pour les troupes françaises, on convint d'une suspension d'hostilités. Le même officier fut envoyé auprès du Gal en chef Castanos qui était à Andujar, et sur son rapport, le Gal Marescot et le Gal Chaberts'y rendirent pour négocier un arrangement que la nécessité de la guerre rendait indispensable. Le passage deBaylennous était fermé et nous avions sur nos derrières le corps que nous avions laissé devant Andujar et qui se trouvait alors au pont de l'Harumblar. Il n'y a qu'un chemin pour traverser la Sierra-Morena, et cette chaîne de montagne, partout ailleurs, est impraticable. Nous nous trouvions dans la position d'une troupe assiégée, qui est sans vivres et sans munitions. Nous avons demandé la liberté de nous retirer sur Madrid, mais un incident fâcheux a aggravé notre situation. L'ennemi ayant intercepté une lettre de M. le Duc de Rovigo qui ordonnait au Gal en chef de se replier promptement sur Madrid, et voyant les inquiétudes que l'on avait pour cette capitale, est devenu plus difficile et il a fallu consentir aux dispositions de la Convention qui a été faite ; on a été obligé de céder à des circonstances extraordinaires.

On voit dans cette relation les contretems qui ont eu lieu relativement à l'Andalousie, au commencement et à la fin de cette campagne, et l'ont peut juger que toutes les dispositions du Général en chef ont été conformes aux principes de la guerre. S'il y a eu des fautes, elles lui sont évidemment étrangères. Cette campagne a commencé par des succès brillans et si elle n'a pas fini aussi heureusement, on n'en peut trouver la cause dans les mesures qu'il a prises. La journée deCordouea été très belle. Celle de Baylen, malgré son insuccès, fait honneur aux troupes. Ce brave Corps de la Gironde, qui a donné, dans les fatigues et les privations, tant de preuves de constance et de dévouement à l'Empereur, pendant cette campagne si pénible, a des droits assurés à l'estime de la France.

Le G'1 Dupont.

Pour Copie conforme Le Ministre de la Guerre,

Cte d'HuNEBOURG.

Si l'on veut se reporter au récit que nous avons fait des événements d'Andalousie d'après les témoignages de généraux et d'officiers y ayant pris une part importante, on reconnaîtra que, dans sa Relation de la campagne, le général Dupont ne s'écarte pas un seul instant de la vérité historique, si ce n'est dans l'évaluation de ses forces au départ de Tolède, qui s'élevaient alors à environ 10 600 hommes, réduits à g 200 combattants à l'époque du 19 juillet; erreur ne modifiant pas d'ailleurs les faits essentiels, et provenant sans doute de ce que le général Dupont dut écrire de mémoire, tous ses papiers lui ayant été enlevés le jour même de son arrivée à Toulon. Comme il le dit fort bien, les fautes commises lui sont évidemment étrangères, et c'est parce que le désastre de Baylen a sa cause première dans les fautes de Napoléon, que le général Dupont sera accablé sans pitié et traité avec une injustice inconcevable et la plus révoltante cruauté (1).

L'Empereur était à Erfurt le 27 septembre. Il y reçut une Note du ministre de la

(1) Le général Dupont compléta sa Relation de la campagne d'Andalousie par un Précis de mm opérations militaires en Andalousie, depuis le i5 jusqu'au aa juillet 1808, et par un Second compte rendu de mes opérations militaires en Andalousie, faisant suite à mou Précis de ces opérations, dont nous avons donné les passages essentiels au cours de notre récit, et qu'on trouvera in extenso aux Annexes de ce volume.

marine lui donnant la liste des olïiciers débarqués à Toulon le 21 septembre avec le général Dupont. Il l'adressa immédiatement au ministre de la guerre, en l'accompagnant de quelques lignes où la vérité est si grossièrement altérée, qu'on en arrive à se demander comment Napoléon a bien pu les écrire. Cette lettre est ainsi conçue :

« Erfurt, 3 octobre 1808.

« Monsieur le général Clarke, vous trouverez ci-joint une note que m'envoie le ministre

de la marine. Le général Dupont sera mis en arrestation et le scellé sera mis sur ses

papiers. Comme la capitulation n'a pas été suivie, aucun des généraux ne sera considéré

comme prisonnier de guerre, et ils attendront tous, à Marseille, des ordres pour reprendre

du service. Vous me ferez connaître leur désir là-dessus, soit pour être employés à l'armée

d'Espagne, soit pour être employés aux autres armées.

Napoléox. »

Comment l'Empereur a-L-il bien pu écrire que les généraux du Corps de la Gironde ne seraient pas considérés comme prisonniers de guerre parce que les Espagnols n'avaient pas observé la capitulation ? Ne savait-il pas mieux que personne, par le texte même de cette capitulation, qu'une fois débarqués en France, officiers et soldats, n'étant astreints à aucune obligation, reprenaient par le fait même toute leur liberté et pouvaient rentrer en campagne ? Et qu'importait, pour ce point spécial, que les Espagnols eussent ou n'eussent pas observé la capitulation? Napoléon entendait-il, en faussant la vérité, donner à penser à l'armée et à la France, que le général Dupont avait livré ses troupes à l'ennemi, comme l'avaient fait Serurier et Rosily, et que, sans la violation de la capitulation, tous ses officiers eussent été prisonniers de guerre ?

Nous avons dit à plusieurs reprises que les divisions Yedel et Du four ne pouvaient, en aucun cas, être considérées comme prisonnières de guerre, et que le traité d'Andujar n'imposant aucune obligation aux divisions Barbou et Fresia après leur retour en France, elles recouvraient par là même leur liberté entière. C'est ainsi que le comprirent tous les officiers du Corps de la Gironde, et le général Dupont s'en expliqua au ministre de la guerre, ainsi qu'il suit :

Au fort Joubert, le 16 octobre 1808.

A Son Excellence le comte de Hunebourg, Ministre de la Guerre. Monseigneur, Je crois devoir observer à Votre Excellence que les généraux et les autres officiers qui sont arrivés avec moi, sont susceptibles de recevoir dès ce moment de nouvelles destinations. Tous les corps considérés comme prisonniers de guerre, dans le traité d'Andujar, cessent de l'être aussitôt leur arrivée en France et ils peuvent servir de suite soit en Espagne, soit partout ailleurs. L'ennemi a insisté pour faire insérer dans ce traité que ces corps ne serviraient pas jusqu'à leur échange ou pendant l'espace d'une année, mais cette condition a été formellement écartée par les négociateurs. Si la convention n'avait pas été violée avec tant de perfidie, toutes les troupes seraient rentrées en France depuis longtemps, et elles pourraient déjà se retrouver sur le théâtre de la guerre. C'est celte considération importante que j'ai eu particulièrement en vue, en traitant avec l'armée ennemie, ne pouvant pas prévoir la déloyauté inouïe qui a suspendu jusqu'ici l'effet de la Convention. J'ai l'honneur d'être, de Votre Excellence, ...

Cette lettre eut dû trancher la question, et rien ne montre mieux la perfidie apportée dans l'examen de l'affaire de Baylen, que la persistance avec laquelle Napoléon fit écrire aux officiers des divisions Vedel et Dufour, qu'ils n'étaient point considérés comme prisonniers de guerre, uniquement parce que les Espagnols n'avaient pas observé la capitulation. La Vérité, pour l'Empereur, c'est son bon plaisir, c'est ce qui cadre avec sa passion, et, le 9 octobre, il écrit encore au ministre de la guerre :

Monsieur le général Clarke, le colonel Daugier commandant les Marins de la Garde sera mis à la disposition du Ministre de la Marine ainsi que tous les autres officiers du bataillon des Marins de la Garde revenus avec lui. Ils ne peuvent être considérés comme prisonniers de guerre, la Capitulation n'ayant pas été exécutée par l'ennemi, et le Ministre de la Marine me proposera de les employer de la manière la plus conforme à leurs talents. — Tous les officiers du génie seront envoyés à Bayonne pour y être employés ; les connaissances locales qu'ils ont acquises pourront être utiles ; et de même aucun d'eux ne peut être considéré comme prisonnier de guerre. — Vous donnerez les mêmes ordres pour les officiers d'artillerie. — Le général de division Barbou se rendra à Milan auprès du Vice-Boi, qui l'employera en Italie. Les généraux Schramm, Pannetier, Legendre et Laplane se rendront à Paris. Le général de brigade Boize se rendra en Italie. Le colonel Huche, de la Gendarmerie, retournera à son poste, ainsi que le chef d'escadron et tous les autres officiers de gendarmerie. Les aides de camp du général Dupré se rendront à leurs régiments. Le lieutenant Leclerc, aide de camp du général Dupré, ira servir dans un régiment de cavalerie. Le général Bouyer se rendra en congé chez lui. Tous les aides de camp des généraux qui se rendent à Paris, iront attendre de nouveaux ordres à Bayonne. Tous les officiers d'Etal-Major se rendront à Bayonne où ils seront attachés à l'Etat-Major Général. Les différents officiers de cavalerie se rendront au dépôt de leurs régiments. — Par ce moyen, tout ce qui est arrivé à Marseille recevra une destination.

Vous déclarerez à chacun de ces officiers qu'ils ne sont pas prisonniers de guerre, la Capitulation n'ayant pas été observée pour le général Vedel, ni pour les troupes qui n'ont pas été renvoyées en France.

Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.

Erfurt, le 9 octobre 1808.

Napoléon.

En écrivant la lettre qui précède, Napoléon connaissait donc le retour en France des généraux qui avaient combattu à Baylen ; si, en Chef d'État et en Chef Suprême de l'armée soucieux de son devoir, c'est-à-dire respectueux de la Justice et de la Vérité et ne voulant punir qu'à bon escient, il eût tenu à se renseigner exactement sur ce qui s'était passé à Baylen, il n'avait qu'un signe à faire et à appeler à Paris ces glorieux généraux, ces braves officiers qui l'avaient servi avec tant de dévouement, et avaient, eux aussi, contribué à placer la couronne sur la tête du pauvre lieutenant corse. En les interrogeant lui-même, en questionnant ou en faisant questionner par des hommes intègres, au cœur élevé, les chefs de corps, les chefs d'état-major, les aides de camp, les commissaires des guerres, le colonel de gendarmerie, il eût bien fallu que la vérité éclatât au grand jour. // n'en fit rien. Prévoyant bien que toute information sérieuse amènerait la démonstration de l'innocence du général Dupont, il préféra se borner aux apparences en les exploitant astucieusement, mensongèrement. Sur les quatre généraux désignés pour se rendre à Paris, un seul, Legendre, fut interrogé, mais le 16 février 1809 seulement, alors que les jugements de l'Empereur sur l'affaire de Baylen avaient pris un caractère de plus en plus marqué Le Général Dupont. III. — 10

d'injustice et de violence, et la déposition du général Legendre, malgré le danger évident de sa situation, fut tout à l'honneur du général Dupont. Le général Schramm fut envoyé à l'armée d'Allemagne le 18 décembre 1808, Napoléon étant alors en Espagne. Quant aux généraux Pannetier et Lapiane, l'ordre qui leur avait été donné d'abord de se rendre à Paris fut annulé par l'Empereur, qui leur fit prescrire de se rendre en poste à Bayonne pour rejoindre le quartier général de l'armée d'Espagne ; le ministre de la guerre en informa le général Pannetier par lettre du 8 novembre 1808. Le général Pannetier, brave et loyal, avait, pour le général Dupont, une admiration et un respect que les événements de Baylen ne firent que grandir, et il lui en donna des preuves touchantes ; « tous les militaires vous ont toujours bien aimé », lui écrivait-il le 18 mai 181/i. Son dévouement envers le général Dupont fut cause de l'arrêt de sa carrière ; jamais Napoléon ne lui pardonna d'avoir déclaré qu'à Baylen le général Dupont avait fait tout ce qu'il était possible de faire.

Tous les officiers qui, comme Barbou, Pannetier, Fresia, Rouyer, Schramm, Faultrier, Lapiane, Dabadie, Roize, Daugier, Kervéguen, Huche, et les aides de camp, eussent pu donner des renseignements précis sur les événements d'Andalousie, furent dispersés individuellement par l'Empereur, et nous verrons le Procureur Général de la Haute-Cour déclarer qu'il n'a pas pu les interroger parce qu'ils étaient aux armées !!

Le général Barbou, très attaché au général Dupont, fut expédié à l'armée d'Italie dès qu'il eut purgé sa quarantaine. Le ministre de la guerre lui écrivit, le i5 octobre :

Général, l'intention de l'Empereur est que vous vous rendiez à Milan auprès de S. A. I. le Vice-Roi qui vous emploiera en Italie. S. A. I. est informée de cette disposition. Elle vous fera remettre vos lettres de service.

J'ai l'honneur de vous prévenir que vous n'êtes point prisonnier de guerre, la capitulation n'ayant pas été observée pour le général Vedel ni pour les troupes qui n'ont pas été renvoyées en France.

Recevez

Nous avons montré que, dans sa Relation de la campagne d'Andalousie, le général Barbou donna son approbation entière à tout ce qu'avait fait le général Dupont ; nous verrons plus loin qu'il n'hésita pas à se prononcer en faveur du général Legendre, indignement poursuivi par ordre de Napoléon.

Le général Legendre avait reçu, par lettre du ministre de la guerre en date du i5 octobre, l'ordre de se rendre à Paris à l'expiration de sa quarantaine. Le major général lui écrivit, le 8 novembre, que l'intention de l'Empereur était qu'il se rendît en poste à Bayonne, pour rejoindre le quartier général de l'armée d'Espagne. Il se trouva ainsi à Valladolid, le i3 janvier 1809 ; c'est là que Napoléon, au lieu de le questionner sur ce qui s'était passé à Baylen, lui fit cette scène affreuse, remarquable autant par le mépris de toute vérité que par la violence, et sur laquelle nous reviendrons en détail. Le jour même, le général Legendre s'adressa au prince de Neufchâlel pour solliciter sa mise à la retraite, et tout aussitôt le maréchal Berlhicr écrivit au ministre de la guerre, par ordre de l'Em-

LE PROCÈS l/(7

pereur, pour lui marquer que Sa Majesté approuvait la mise à la retraite du général Legendre, autorisé à se rendre en France. Arrêté à son arrivée à Paris, le général fut interrogé, le 16 février, par le Procureur Général de la Haute-Cour, puis mis en liberté et replacé en activité le 6 août 1 8 1 1 .

Le général Rouyer, à sa sortie du lazaret de Toulon, se trouvant gravement malade, fut autorisé à se rendre à Nancy, dans ses foyers. Il rentra en activité, à l'armée d'Allemagne, au mois de mars 1809, et se rendit à Wùrzburg, pour s'y occuper de la formation de quatre régiments composés des troupes des maisons ducales de Saxe et des petits princes.

Le général Roize, par ordre du ministre de la guerre en date du i5 octobre 1808, se rendit à l'armée d'Italie dès qu'il eut terminé sa quarantaine.

Le général Faultrier fut, dans les mêmes conditions, envoyé à l'armée d'Espagne où il commanda l'artillerie du Corps du duc de Danzig ; il conserva toute sa vie un véritable culte pour le général Dupont, aimé, disait-il, de tous les militaires, pour son humanité, son affabilité et ses glorieux services.

Le général Dabadie, âgé de soixante ans en 1808, était fort malade à son retour d'Andalousie ; il ne put rejoindre le poste qui lui avait été assigné à l'armée d'Espagne, et resta en congé à Bayonnepour soigner sa santé.

Le général Fresia, entré au service de Sardaigne en 1766, en qualité de cornette aux Dragons du Roi, avait eu sa santé très altérée par les fatigues de la campagne d'Andalousie. Il se rendit, le i3 décembre 1808, à Dijon, pour y prendre le commandement de la 18e Division militaire.

Tous les aides de camp furent dispersés ; l'Empereur n'en interrogea ou n'en fit questionner aucun, et pourtant certains d'entre eux, tels que Warenghien, Barbarin, de Choiseul, de Knyff, Daguzan, de Fénelon, Desfontaines, rentrés avec le général Dupont, auraient pu donner de précieux éclaircissements sur des points très importants de la bataille de Baylen et des opérations qui l'avaient précédée.

Nous avons dit la belle conduite, sur le champ de bataille de Baylen, du capitaine de Montgardé, aide de camp du prince de Neufchàtel. Le ministre de la guerre lui adressa, le i5 octobre, la lettre suivante :

Le Ministre de la Guerre à M. le capitaine de Montgardé, à Toulon, en quarantaine.

Le i5 octobre 1808.

J'ai l'honneur de vous prévenir, Monsieur, que vous n'êtes point prisonnier de guerre, la capitulation n'ayant été observée pour le général Vcdel, ni pour les troupes qui n'ont point été renvoyées en France.

Vous voudrez bien, en conséquence (?) à l'expiration de votre quarantaine, vous rendre en poste auprès de S. A. S. le prince de Neufchâtel, vice-connétable major général.

L'intention de l'Empereur est que vous gardiez le plus profond secret sur les affaires d'Espagne. Vous ne devez répondre qu'aux questions de S. A. S. ou à celles que je pourrais vous faire moi-même à cet égard.

Vous voudrez bien m'accuser réception de cet ordre. J'ai

Nous n'insisterons plus sur ce point que, de par la Capitulation, le capitaine de Montgardé n'étant plus prisonnier de guerre dès sa rentrée en France, sa liberté d'action n'était nullement subordonnée à ce qu'avaient pu faire ou ne pas faire les Espagnols relativement à l'observation de la Capitulation ; et ces mots du ministre : « vous voudrez bien, en conséquence », durent lui paraître absolument étranges. Quant à l'ordre formel de garder le plus profond secret sur les affaires d'Espagne, il montre assez combien l'Empereur redoutait que la vérité ne fût connue, dans la crainte qu'elle ne dégageât le général Dupont dont il voulait la perte à tout prix.

Dans des Notes remises le 19 mars i8l\i au comte Dupont, fils du général, par le général baron de Montgardé, on lit ce qui suit : 0 Je fus transporté en France sur le même bâtiment que le général Dupont. Au lazaret de Toulon, je reçus l'ordre du prince de Neufchâtel dont j'étais aide de camp, de lui porter de suite un rapport sur l'affaire de Baylen ; on me recommandait également de ne le communiquer à qui que ce fût. Je ne voulus pas agir à l'insu du général Dupont ; je lui dis l'ordre cpie j'avais reçu et lui donnai même connaissance des bases de mon travail... En me voyant, à Vitoria, l'Empereur me fit de grands compliments sur ma conduite à Baylen, me disant : « Si tout le monde s'était comporté comme vous... » Le prince de Neufchâtel s'approcha de moi alors et me dit : eh bien, le rapport ? — Je le tirai de ma poche et le lui présentai. Il le parcourut et me parut peu satisfait : « ce n'est pas là ce que nous voulions, ce n'est pas ainsi qu'il fallait faire », me dit-il. — Je compris alors qu'on voulait rejeter les torts sur le général Dupont et pallier ceux du général Vedel. Le prince de Neufchâtel emporta le rapport, je ne sais ce qu'il a pu devenir. »

Le chef de bataillon de Warenghien, premier aide de camp du général Dupont, avait paru, avec le commandant Baste, aux négociations de la Capitulation, à la maison de poste. Par ordre de l'Empereur, il fut, à sa sortie du lazaret de Toulon, mis en prison au fort Saint-Jean, à Marseille ; il recouvra sa liberté après le départ du général Dupont pour Paris, mais dut rester à Marseille pour y attendre les ordres du ministre ; il quitta cette ville le 12 décembre, pour aller prendre le commandement d'un bataillon du 112e de ligne, à l'armée d'Italie. Jamais il ne fut questionné sur les événements qui s'étaient accomplis sous ses yeux. Cet olïicier s'était très brillamment comporté à Halle, où il avait reçu une balle dans le bras, à Mohrungen, à Friedland et à Baylen. Il conserva jusqu'à la fin de sa vie un véritable culte pour le général Dupont, qu'il proclamait le premier de tous les généraux à qui Napoléon avait jamais confié des troupes ; sa franchise et son dévouement lui valurent un traitement fort dur de la part du maréchal Davout, dont la

brutalité était connue de toute l'armée, et qui alla jusqu'à menacer Warenghien de le faire fusiller (i), parce qu'il prenait, en loyal officier, la défense du général Dupont.

Le capitaine Barbarin, deu\ième aide de camp du général Dupont, avait, le 19 juillet, rempli auprès du général Vedel une mission importante, que le moindre souci de la vérité commandait d'élucider ; il ne fut pas non plus interrogé. Par ordre de l'Empereur, le ministre de la guerre l'affecta, le 8 novembre 1808, au io3e de ligne, où il prit le commandement d'une compagnie. Barbarin, très brave officier, plein de droiture, avait fait prisonnier un général ennemi à la bataille de Halle, le 17 octobre 1806. De même que tous les officiers qui approchèrent le général Dupont, il avait pour son général un dévouement et un respect infinis.

Le lieutenant de Knyff, né à Bruxelles, aide de camp du général Dupont, avait, de même que le lieutenant de Choiseul-Stainville, porté des ordres verbaux au général Vedel, dans la journée du 20 juillet. On évita de questionner ces deux officiers ; à leur sortie du lazaret de Toulon, ils furent envoyés à Marseille, pour y attendre les ordres du ministre de

(1) La lettre suivante, du général de Warenghien, est caractéristique et se passe de commentaires :

Rodez, le 23 janvier i835.

« Mon général,

Notre connaissance date de la malheureuse affaire de Baylen, où vous eûtes le bonheur de vous distinguer dans une brillante charge de cavalerie. J'étais alors affaibli par une maudite fièvre tierce qui me laissait à peine assez de forces pour me tenir à cheval. J'ai cependant essayé différentes charges, entre autres avec la Garde de Paris (les Rouges) qui n'ont malheureusement pas eu le succès que j'en attendais.

D'après mes sollicitations, je fus envoyé par le général Dupont, auprès du général Caslanos, pour rompre la capitulation, si elle devait comprendre la division Vedel.

Arrivé en France, l'Empereur m'a traité avec beaucoup de rigueur. Mis en prison au fort Saint-Jean, à Marseille, j'en suis sorti pour aller prendre le commandement d'un bataillon du 112e régiment de ligne, qui, six mois après, fit partie de l'armée d'Italie...

Ces marques de dévouement ne purent apaiser le ressentiment de l'Empereur; il m'envoya en Espagne, avec le grade de major en second, pour y commander un régiment de marche composé de conscrits que je fis habiller...

J'ai quitté ensuite l'Espagne pour aller prendre le commandement du 48e de ligne à Hambourg, sous les ordres du maréchal Davout, qui m'accueillit très bien lors de mon arrivée Un jour, étant à table à côté de lui, il me demanda si je n'avais pas été aide de camp du général Dupont. Sur ma réponse affirmative, il dit des choses injurieuses pour le général Dupont, en me demandant ce que j'en pensais Voyant que je ne partageais pas son opinion à cet égard, il ne médit plus rien jusqu'à la fin du dîner, et quand on fut réuni dans le salon, il me réprimanda avec colère, en disant que j'avais beaucoup de malades dans mon régiment, et qu'il me ferait fusiller. Chaque fois que je le voyais, j'étais exposé à de nouvelles brusqueries. .

Je ne vous parlerai pas de mes services avant la malheureuse affaire de Baylen qui a attiré particulièrement sur moi la colère de l'Empereur, parce que j'ai défendu avec chaleur mon malheureux général, en disant que les désastres arrivés en Espagne étaient la suite d'un mauvais plan d'opérations ; à la même époque, Junot a capitulé en Portugal, et le maréchal Moncey a été obligé d'évacuer le royaume de Valence. Mous dînions être secondés, lors de notre mouvement sur Cadix, par la flotte, qui avait capitulé avant notre arrivée, et par un corps que devait envoyer le général Junot, pour se joindre à nous par l'Estremadure. Vous connaissez ensuite la faute commise par le général Vedel, et les désastres qui en ont été la suite.

Pendant la campagne de Prusse, le prince Bernadette m'honorait de sa confiance particulière ; il m'a chargé de commander lis éclaireurs pendant toute la poursuite de Blûcher, après la bataille d'Iéna. J'ai pris une part active à la prise de Halle, de Lùbcck, où, par ordre du général Dupont, j'ai reçu la capitulation de la Garde Royale de Suède, qui était embarquée et se disposait à mettre à la voile, au combat de Nosscntin, et à la bataille de Friedland...

Le maréchal de camp commandant le département de l'Aveyron, Ch. dk Warenghien. »

(Arch. Guerre).

la guerre. Le lieutenant de Knyff, tombé gravement malade, sollicita un congé de convalescence pour aller se rétablir dans sa famille, et il produisit, à l'appui de sa demande, un certificat de trois médecins de Marseille constatant qu'il était atteint « de fièvre lente avec toux et émophtisie », et lui prescrivant « le repos et l'air natal ». En marge de cette demande, transmise par le Bureau des États-Majors, le 20 décembre 1808, le général Clarke écrivit : « Refusé. M. de Knyff restera à Marseille jusqu'à son rétablissement. Un autre aide de camp sera donné au général Verdier. — Signé Clarke, 20 décembre. » Le 3i mars 1809, le ministre de la guerre écrivit au lieutenant de Knyff, à Marseille, pour l'inviter à se rendre, sans délai, à l'armée d'Allemagne, où il devenait aide de camp du général Dutaillis. — Par ordre du 21 novembre 1808, le lieutenant de Choiseul fut envoyé à l'armée d'Espagne, comme aide de camp du général Gautier, chef d'état-major du 4e Corps.

Le capitaine Desfontaines, aide de camp du général Legendre, avait, le 1 5 juillet, porté au général Yedel l'ordre du général Dupont d'envoyer à Andujar un bataillon et un escadron, ou une brigade dans le cas seulement où l'ennemi ne serait pas en force devant lui. Sa déposition devait donc avoir une importance considérable pour déterminer la responsabilité du général Vedel. Il ne fut pas interrogé. Par ordre de l'Empereur, le minisire de la guerre lui écrivit, le i5 octobre, la lettre suivante :

Le Ministre de la guerre à M. Desfontaines, capitaine aide de camp

du général Legendre.

Le i5 octobre 1808.

L'intention de Sa Majesté, Monsieur, est qu'à l'expiration de votre quarantaine, vous vous rendiez à Bayonne où vous recevrez des ordres ultérieurs.

J'ai l'honneur de vous prévenir que vous n'êtes point considéré comme prisonnier de guerre, la capitulation n'ayant pas été observée pour le général Vedel ni pour les troupes qui n'ont pas été renvoyées en France.

Très souffrant à ce moment, le capitaine Desfontaines avait vainement sollicité la permission de se rendre à Montpellier pour s'y reposer.

L'adjudant commandant Martial Thomas avait été arrêté dès son arrivée à Toulon ; le lendemain il fut emprisonné au fort Joubert et mis au secret, dans un lieu où il ne pouvait pas « respire)^ l'air, même une seule fois par jour ». Conformément aux ordres de l'Empereur, le comte d'Hunebourg avait prescrit au général Cervoni d'arrêter le général Dupont et son sous-chef d'état-major, et d'interdire à tous les officiers, soldats et domestiques du Corps de la Gironde débarqués le 21 septembre, de quitter Toulon ou Marseille après leur quarantaine.

Les mesures prises à l'égard de Martial Thomas étaient à la fois odieuses et sans excuse, puisque, en dehors du champ de bataille 011 il s'était conduit très bravement, son rôle à Baylen s'était borné à porter au général Vedel un ordre du général Dupont, ce à quoi il ne pouvait pas se refuser. En outre, sa santé était fort ébranlée. Il adressa au comte d'Hunebourg la lettre suivante :

LE PROCÈS l5l

Au Fort Joubert de Toulon, le 7 octobre 1808. A S. E. le Ministre de la guerre.

Monseigneur,

Le lendemain de notre arrivée à Toulon, j'ai été arrêté et conduit au Fort Joubert, où, d'après les ordres de V. E. j'ai été étroitement renfermé dans une prison et mis au secret ; la conduite que j'ai tenue dans les affaires qui ont eu lieu en Espagne et notamment dans la dernière où j'essuyai trois coups de feu et eus un cheval tué, ce qui peut être constaté dans le rapport que le général en chef peut faire, ne m'aurait jamais fait soupçonner qu'on employerait à mon égard

une mesure aussi rigoureuse.

Je serais parti une heure même après notre sortie du Lazaret et me serais de suite rendu près de V. E. pour solliciter d'être de nouveau employé aux armées, si ma santé délabrée depuis quatre mois et devenue plus mauvaise encore depuis que nous avons été prisonniers des Espagnols, ne m'avait impérieusement forcé à prendre les bains et à suivre un traitement qui m'est ordonné, étant en outre attaqué d'affections nerveuses qui me privent de tout repos.

N'ayant rien à me reprocher sur mes services militaires et sur mes principes prononcés pour le chef du gouvernement, je réclame de la justice et de l'humanité de V. E. qu'elle veuille bien adoucir mon sort et me mettre à même de pouvoir soigner ma guérison, ce que je ne peux faire dans l'affreuse position où je me trouve.

J'ai l'honneur d'être...

L'adjudant command',

Martial Thomas.

Il fut transféré au fort Saint-Jean, à Marseille, où le chef d'escadron Saint-Remy lui fit subir un interrogatoire, ainsi qu'il suit :

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