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MES OBSERVATIONS SUR IA RELATION DE LA CAMPAGNE D'ANDALOUSIE

En parcourant la relation de la campagne du Corps de la Gironde, publiée et répandue dans le Lazaret de Marseille, j'ignore à quelle intention, j'ai dû reconnaître que l'on a parfois manqué d'exactitude dans le détail et me convaincre par les fautes qu'on m'attribue, qu'une erreur peut en produire une autre.

Comme je dois à ma réputation de la justifier des atteintes qu'on lui porte, je vais présenter ce que j'ai trouvé d'inexact dans cette relation, et me servir des armes de la vérité pour combattre les imputations qui viennent déposer contre moi, et quoique je ne doive pas savoir bon gré à la personne, auteur de cet écrit, de l'avoir répandu, peut-être pour préparer les esprits, mon cœur, incapable de haine, lui pardonne,

Le récit des événements jusqu'au 12 juillet ne laissant rien à désirer, je commence mes observations à ce paragraphe qui commence ainsi :

« // se porta sur Andujar le i5 juillet... »

Dès le 12 juillet, l'ennemi annonçait des projets et faisait des mouvements. On observa dans la journée des patrouilles de cavalerie rôder dans la campagne. Le i3 au matin, la grande-garde de dragons postée près de Mengibar fut culbutée et perdit quelques hommes. L'ennemi s'établit alors dans ce village et fit paraître, le 1/4 et le i5, quelques corps de troupes. Le général en chef fut informé de ces mouvements, et depuis le i3 les rapports de M. le général Liger-Belair lui furent exactement envoyés.

M. le général Bclair était chargé, avec la valeur de deux bataillons pris sur ma division, de défendre sur le point de Mengibar le passage du Guadalquivir. Dans la nuit du i4 au i5, conformément aux instructions du général en chef, ma division prit les armes et se porta vers le point de Mengibar pour appuyer au besoin le général Bclair.

Dans la matinée du i5, le posteétabli au bac de Mengibar fui attaqué. Le général Belair l'ayant fait soutenir par deux compagnies, il s'engagea une vive fusillade ; l'ennemi ne montra point d'artillerie et ses forces furent estimées de 3 à k 000 hommes.

Ma division était masquée par les collines qui régnent sur la droite du Guadalquivir. Pour déterminer l'ennemi à montrer toutes ses forces, je fis avancer et déployer à sa vue deux bataillons. La fusillade avant cessé et l'ennemi avant retiré ses troupes, je me disposais à revenir à Baylen, lorsqu'un officier d'Etat-Major, envoyé par le général en chef, vinl me prévenir que l'ennemi se montrait en force devant Andujar, et me porter l'ordre d'envoyer un bataillon ou une brigade si je n'avais pas devant moi des forces supérieures.

l82 I>E GÉNÉRAL DUPONT

Informé de la position du général en chef, je renforçai de quatre compagnies le général Belair, et jugeant ainsi le poste de Mengibar suffisamment défendu et d'ailleurs à portée d'être secouru par le général de division Gobert qui avait pris position à Baylen, je résolus de marcher sur Andujar avec le reste de ma division. J'envoyai sur-le-champ un aide de camp prévenir le général en chef de ce mouvement, afin que s'il le désapprouvait, je pusse en chemin recevoir le contre-ordre. Mon aide de camp arriva à 7 heures du soir à Andujar : ainsi ce mouvement, que l'on dit avoir déplu, pouvait donc être d'autant plus facilement arrêté, qu'à deux heures du matin, le 16, j'arrivais seulement à la poste qui partage également le chemin de Baylen à Andujar. Au contraire, si quelque chose peut certifier que ce mouvement n'a pas été vu avec peine, c'est qu'il ne fut point contremandé ; je dis plus, c'est que l'on témoignait à Andujar autant d'impatience que de désir de me voir arriver.

A la vue des renforts que j'amenais, l'ennemi cpii, le 16, avait recommencé son attaque, et qui canonnait vivement Andujar, cessa son feu ; il prit position sur les hauteurs qui dominent la rive gauche du fleuve. Le reste de la journée fut tranquille.

On me blâme d'avoir marché moi-même au secours d' Andujar, tandis que ce jour-là on me dépêcha plusieurs officiers pour accélérer ma marche, et à mon arrivée on me comblait de remerciements sur le parti que j'avais pris.

Ce qui milite encore en ma faveur, c'est qu'il constate par la relation, que le général Gobert, que j'avais prévenu de mon mouvement, avait, ses troupes jointes à celles du général Belair, des forces suffisantes à opposer à l'ennemi, et que, sans la blessure de cet officier général, l'avantage nous serait resté.

Ma marche sur Andujar n'était donc point une faute, puisqu'on était, sur le point de Mengibar, en état de résister à l'ennemi. Si on l'a regardée comme faute, pourquoi ne l'avoir pas prévenue ?

L'insuccès du combat de Mengibar détermina le général en chef à me faire reporter sur Baylen où je devais trouver le général Du four.

Je pars le soir d'Andujar et marche toute la nuit. Les reconnaissances qui me précédaient me rapportent cpi'il n'y a point de troupes à Baylen. J'y arrive le 17 à 8 heures et demie du matin. Je prends des informations sur la marche du général Dufour ; on médit qu'il est parti à minuit et l'on présume qu'il a marché sur Guarroman ou la Caroline.

Je prends position à Baylen et rends compte de suite au général en chef du départ du général Dufour et de sa marche présumée sur Guarroman.

Je fis établir des postes et pousser vers le Guadalquivir des reconnaissances de cavalerie ; à leur rentrée j'acquiers la certitude qu'il n'y a point d'ennemis entre ce fleuve et Baylen.

Pour avoir une donnée sur la marche du général Dufour, je lui écris à Guarroman ; un courrier de confiance lui porte ma lettre. La dépêche est remise et cet officier général me répond qu'il a quitté Baylen sur l'avis qu'il a eu qu'un corps de 10 000 hommes marchait pour s'emparer des gorges de la Sierra-Morena, que les renseignements qui viennent encore de lui parvenir ne laissent plus de doute sur ce mouvement de l'ennemi. Dans ce cas il était important de le gagner de vitesse afin de le combattre avant qu'il n'arrivât dans les gorges. Les forces du général Dufour n'étaient pas suffisantes, il n'y avait donc d'autre parti que d'y joindre les miennes ; je n'hésitai pas, j'en écrivis sur le champ au général en chef et lui envoyai le rapport du général Dufour. Ma lettre fut portée à Andujar et remise à l'entrée de la nuit. Le général en chef, en approuvant le parti qu'avait pris le général Dufour de chercher à devancer l'ennemi, me dit de marcher pour le combattre, soit à la Caroline, ou partout ailleurs où je le rencontrerais, de le jeter sur Baeza et Ubeda, et de le venir joindre ensuite ; cpie d'après ce que je lui marquais il ne tenait pas à occuper Andujar parce que cette position ne signifiait rien, mais que l'essentiel était de battre l'ennemi et de profiter de sa dispersion en petits corps pour l'écraser.

De Guarroman, j'écrivis de nouveau au général en chef, et lui disais que le général Dufour se dirigeait sur la Caroline et Sainte-Hélène et que je le suivrais sous peu d'heures. Ma lettre partit avant minuit et fut remise.

LE PROCÈS l83

J'avais laissé à Baylen, en observation, M. le général Cavrois avec un bataillon et un canon. A minuit je lui envoyai l'ordre de venir s'établir à Guarroman afin d'observer les routes de Linarès et de Baylen.

Le 18, l'ennemi n'était pas à Baylen ; ce qui le prouve, c'est qu'un maréclial des logis, avec douze chasseurs, porteur d'une dépêche pour moi, vint d'Andujar à la Caroline, passant par Baylen, sans y trouver d'obstacles. Ce ne fut que dans la nuit du 18 au 19, que l'ennemi, marchant sur Àndujar, passa sur le territoire de Baylen, sans entrer dans cette ville.

D'après la relation, a Le général en chef leva le camp d'Andujar aussitôt qu'il eut appris la marche des généraux Dufour et Vedel ». C'est annoncer que le camp fut levé le 17 : ceci n'est pas exact. Le général en chef apprit le 17, à l'entrée de la nuit, ma marche pour aller à la recherche de l'ennemi ; si le camp eût été levé aussitôt, les troupes d'Andujar seraient arrivées le 18 au matin, à Baylen, où, comme je l'ai dit, l'ennemi n'était pas alors. Ce qu'il y a de positif, c'est que l'ordre fut donné de lever le camp d'Andujar le 17 au soir, que cet ordre fut révoqué et que le camp ne fut levé que le 18 à la faveur de la nuit.

Le 18, dans la matinée, j'arrivai dans la Caroline. Le général Dufour, avec lui le général Belair ayant de ma division les 20 compagnies qui avaient combattu à Mengibar, arrivaient en même temps à Sainte-Hélène. On poussa des reconnaissances de cavalerie sur toutes les routes qui aboutissent à ces deux endroits ; on prit des informations auprès de quelques paysans fugitifs; on ne vit rien, on ne sut rien. Cependant quatre grenadiers de la 5e Légion qui s'étaient écartés d'un quart de lieue du camp furent faits prisonniers.

Il parait néanmoins que l'ennemi avait fait un mouvement pour s'établir sur nos derrières, qu'il fut aperçu à la hauteur de Guarroman se dirigeant sur les montagnes, et que s'il a renoncé à son projet, c'est qu'il fut prévenu par la rapiditté du mouvement du général Dufour.

Depuis trois nuits et trois jours nos troupes étaient en marche ; les fatigues, les privations en tout genre, l'excessive chaleur qu'elles avaient eu à supporter et la disette absolue de vivres me déterminèrent à prendre position à la Caroline le 18, afin d'y faire subsister ma divission du peu de légumes et des fruits qu'offraient encore les jardins de cette ville. Une considération non moins forte était le mauvais état de mon artillerie, dont le charronnage était tellement dégradé par la sécheresse, que le capitaine d'artillerie vint m'exposer la nécessité de rester au moins jusqu'au lendemain pour des réparations urgentes et du moment.

Je rappelai de suite le général Dufour et le général Belair. Le premier me répondit qu'il avait ordonné au soldat de faire la soupe, qu'il partirait aussitôt qu'elle serait mangée et que quelques heures de repos étaient nécessaires à sa troupe.

Après avoir, selon mes intentions, renforcé d'un Bataillon le poste de Ste-Hélène, les généraux Dufour et Belair revinrent à La Caroline, et y arrivèrent à une heure du matin, la nuit du 18 au 19.

Au point du jour, toutes les troupes se mirent en marche pour Guarroman. A peine sorti de la Caroline j'entendis le canon. L'allure de la troupe est aussi prompte que le permettent et l'incommodité d'une épaisse poussière et l'excessive chaleur et la nécessité de marcher dans le meilleur ordre pour avoir au besoin les troupes toujours ralliées et prêles à combattre ; après avoir vainement cherebé l'ennemi dans les montagnes, je pouvais le rencontrer entre la Caroline et Guarroman. La prudence commandait les mesures les plus sages; la marche s'est trouvée quelquefois entravée par des accidents qui survenaient à l'artillerie et souvent par l'attrait irrésistible de l'eau où le soldat en foule se portait pour étancher sa soif.

Ce fut dans la matinée que j'arrivai à Guarroman ; je ne saurais en préciser l'heure. Le canon tirait encore, mais une halte était nécessaire, après une marche de cinq heures; je l'ordonnai d'une heure. Demi-heure ou trois quarts d'heure après mon arrivée le feu cessa.

Je pensai alors pouvoir sans inconvénienl attendre la reconnaissance que j'avais cnvo\éi> sur Linarès, que l'on m'avait assuré être occupé par l'ennemi; ayant appris, à son retour, qu'il n'y avait rien de nouveau sur ce point, je me suis aussitôt mis en marche, laissanl ;'i Guarroman le général Lcfranc avec le reste de la Division Gobert, consistant en deux Bataillons et quelques

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Compagnies, ainsi que les Cuirassiers commandés par le général Lagrange. Deux Bataillons de cette Division étaient restés à Ste-Hélène, un dans les défdés de Pena-Perros, et deux Compies à La Caroline.

A mon approche des hauteurs de Baylen, on aperçut quelques troupes ; je les pris d'abord pour celles d'Andujar, présumant que le Général en chef serait venu s'y établir pendant que j'étais à la recherche de l'ennemi dans les gorges de la Sierra-Morena ; mais j'apprends bientôt que ce sont des troupes espagnoles. J'envoie de suite au général Lefranc l'ordre de me rejoindre sur-le-champ.

Je fis alors mes dispositions d'attaque. J'établis à la droite de la route, sous les ordres du général Poinsot, le Ier Bataillon de la 5e Légion commandé par le Chef de Bataillon Boche en avant-garde, en arrière le Ier Bat0" du 3e Régiment Suisse pour l'appuyer, et en échelon derrière ce Bataillon le 2e de la 5e Légion ; le 3e de cette Légion fut placé en réserve.

A la gauche de la route, sous les ordres du général Cassagne, la iTe Légion : l'artillerie sur la route pour être portée avec rapidité où le prescriraient les circonstances, et le 6e Régiment provisoire de dragons sous les ordres du général Boussart en arrière delà ire Légion.

Sur ces entrefaites, arrivent deux officiers espagnols parlementaires envoyés par le général Reding, pour me dire qu'on était convenu d'un armistice avec le général Dupont. Prenant cela pour une ruse, je leur réponds d'aller dire à leur général cpie je n'écoute aucune proposition, que je vais l'attaquer et que, j'espère, nous nous battrons comme il faut. Ces officiers insistent, en m'assurant que, dans le moment même, des officiers de l'Elal-Major du Général Dupont étaient auprès du Général Reding. Comme le soleil était encore haut, j'envoyai près de ce général un de mes aides de camp, avec injonction de revenir sous un quart d'heure. N'ayant point trouvé les officiers désignés, sa mission étant ainsi remplie, mon aide de camp voulut se retirer. Le général Reding s'y opposa, et le fit conduire, malgré ses instances pour son retour, près du général Dupont.

Ne voyant pas rentrer mon aide de camps après une demi-heure d'absence, et ne voulant pas perdre le fruit de mes dispositions, j'ordonnai l'attaque. La cavalerie manœuvrant par sa gauche aux ordres du général Boussart, tourna le mamelon et, secondée par l'infanterie, enveloppe les troupes ennemies qui posent les armes. Plus de 1 ooo prisonniers, 3 drapeaux et deux canons restent en notre pouvoir.

Pendant que ceci se passait à la gauche, le commandant Boche attaquait avec son Bataillon la position de l'ermitage ; l'attaque fut vive, la défense opiniâtre. Voyant ce Bataillon un instant ébranlé, je le fis appuyer par un Bataillon Suisse, mais celui-ci ayant plié, le commandant Boche dut venir prendre position un peu en arrière. Je fis alors vivement canonner l'ermitage et renouvelai l'ordre de l'enlever, lorsqu'un aide de camp du général en chef me remit, au milieu du feu, une lettre qui me prescrivait de ne rien entreprendre contre l'ennemi ; qu'après l'action qui a eu lieu dans la matinée, on était convenu d'un armistice, et que les conditions me seraient notifiées. Je fis alors cesser le feu et l'attaque et conservai néanmoins les premières positions enlevées.

Les moyens de conciliation qu'on employait depuis longtemps pour ramener dans le devoir et à l'obéissance à l'autorité légitime les chefs de l'armée espagnole et l'armée elle-même, nous donnèrent à tous à penser que le combat du matin était devenu un moyen plus persuasif, et que les généraux espagnols, en s'abouebant avec le général Dupont, étaient animés du désir de mettre fin aux malheurs qui désolaient le pays.

La nuit se passe et rien de décidé. Ce n'est que dans la matinée du 20, par le retour de mon aide de camp, que j'apprends la position critique du général Dupont. Que de regrets alors de n'en avoir pas été informé la veille ! j'eusse continué mon attaque et tout employé pour le tirer d'affaire. Le début avait été heureux, et les troupes du général Lefranc m'avaient rejoint dans la soirée.

Cependant la journée du 20 s'écoula sans aucun résultat dans les négociations. La présence de ma division devait influer d'une manière favorable. J'avais refusé au général Reding les

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prisonniers, canons et drapeaux qu'il me réclamait ; l'ordre me fut donné de les rendre, je les rendis.

Inquiet de la lenteur des négociations et craignant avec raison d'être enveloppé, car des nuages de poussière, au loin à droite et à gauche, semblaient m'annoncer la marche de quelques troupes, j'envoyai au général en chef le capitaine de frégate Baste, lui proposer d'attaquer l'ennemi le 2 1 au point du jour en même temps et à un signal convenu qu'il me ferait. A peine permit-on au capitaine Baste de s'expliquer ; tout ce qui entourait le Général en chef témoigna hautement un avis contraire au mien, et l'on prétendit que cela gâterait tout ce qui était déjà fait.

Cette proposition n'ayant pas été accueillie, le commandant Baste, d'après mes instructions, demanda à se rendre au lieu des conférences afin d'y avoir connaissance des conditions déjà stipulées ou qui faisaient encore l'objet des discussions. Il y fut conduit, mais on lui refusa l'entrée, prétendant que tout était sur le point d'être conclu et que sa présence pourrait amener des changements défavorables. Le capitaine Baste persiste en vain, alléguant qu'il trouvait étrange que dans un traité où l'on comprenait la division Vedel, on refusât d'admettre à la conférence un officier supérieur de cette division qui put en discuter les intérêts ; ses instances furent inutiles, il dut revenir.

Lassé sans doute d'attendre l'issue des négociations, le Général en chef, craignant de compromettre ma division, me fit dire de profiter de la nuit pour me retirer et aller couvrir Madrid. Cet ordre me fut donné et retiré plusieurs fois dans la journée. Enfin mettant à exécution les dispositions du dernier, mon mouvement de retraite était déjà bien avancé et mon parc d'artillerie à une lieue de moi, lorsqu'un officier vint de la part du Général en chef me prescrire de le suspendre. Je fis répondre au général Dupont que je le ferais si cela se pouvait encore. La chose n'étant plus possible je continuai ma retraite; afin de dérober ma marche à l'ennemi, je laissai en présence un escadron de dragons et 4 compagnies de voltigeurs pour arrière-garde, et me dirigeai sur la Caroline où j'arrivai le 21 au matin. Après une courte balte dont le soldat profita pour ramasser ce qu'il trouvait dans les jardins, je continuai sur St!,-Hélène où je pris position, laissant cependant plus de 600 traîneurs totalement épuisés de misère.

Je fis partir pour Elviso, à mon arrivée, les deux bataillons qui avaient occupé Ste-Hélène, pour aller s'opposer aux tentatives que pourrait faire l'ennemi sur ce point. Les équipages filèrent au même instant sur Sta-Cruz, et afin d'ôter à l'ennemi la facilité de me suivre, j'envoyai au Pena Perros un capitaine d'artillerie y préparer des mines dont l'explosion devait jeter sur la route, dans le plus étroit du défilé, d'énormes masses de rochers ; tout était disposé pour cela et l'ordre de partir à 4 heures après midi était donné, lorsqu'à environ une heure après midi arriva à Ste-Hélène le sous-cbef de l'État-Major, M. Mal Thomas, porteur d'une lettre du général Lcgendrc, qui me prescrivait, delà part du Général en chef, de m'arrêter où je me trouverais au reçu de la lettre, parce que ma division était comprise dans le traité qui venait d'être conclu, et dont on m'enverrait incessamment un double. Une ou deux heures après, me vint une seconde lettre du Général en chef apportée par le capitaine Baste accompagné du général Privé. Le général Dupont me réitérait l'ordre qu'il m'avait donné le malin, de m'arrêter où la présente me trouverait. Je dus donc obéir, les conditions du traité ne m'étaient pas connues.

Arrivé à Sl'-Hélène, le général Privé répandit le bruit que depuis deux jours l'ennemi avait l'ait filer sur nos derrières des colonnes, que toute retraite nous était coupée, que la Manche était insurgée, et qu'on ne pouvait se tirer de là que par une Capitulation. Ce bruit fit quelque impression sur l'esprit du soldat.

L'événement prouve aujourd'hui que j'eusse bien fait de ne pas obéir. Mais pouvais-je alors m'affranebir de l'obéissance et prévoir que le Général Dupont avait eu le malheur de traiter avec un ennemi déloyal qui se ferait un jeu de ne pas respecter ce qu'il y a de plus sacré. Si l'on me fait un crime d'avoir su obéir, il est bien à craindre que cette latitude de se soustraire à l'obéissance ne devienne un exemple dangereux.

On m'accuse d'être resté quatre ou cinq heures à Guarroman, à deux lieues du champ de

bataille, et d'avoir ainsi fait manquer le succès de la journée. Je vais démontrer qu'il m'était impossible de prendre part au combat, puisque le feu a cessé peu après mon arrivée, que je n'ai point fait une balte aussi longue et que je ne pouvais dans cette journée que recommencer l'action.

Quoi qu'en dise la Relation, qui fait durer le combat dix heures, j'avance et je soutiens qu'il n'en a pas duré sept, et que demi-heure ou trois quarts d'heure après mon arrivée à Guarroman, le feu cessa. J'appellerai là-dessus le témoignage de personnes neutres dans cette journée et d'un caractère impartial.

La distance de la Caroline à Baylen est au moins de six lieues de France ; il faut à un petit corps de troupes, la halte non comprise, huit heures pour la parcourir. Un corps nombreux, marchant en ordre et rallié, doit employer un plus long laps de temps. Les incommodités dont j'ai parlé devaient naturellement rendre cette marche encore plus lente. Arrivé à Guarroman, j'étais éloigné de Baylen de trois lieues de France, mais le canon cessa bientôt de se faire entendre ; eùt-il continué deux heures de plus, il est mathématiquement prouvé que, même sans halte, je ne pouvais arriver pour prendre part au combat ; il est vrai que j'aurais été plus tôt à Baylen, si je n'avais pas envoyé reconnaître l'ennemi sur Linarès, mais je n'en serais pas moins arrivé que plusieurs heures après le combat fini. Ne pouvant y donner la main, il ne me restait qu'à le renouveler, et c'est ce que je fis. Les choses étaient ce que j'ai dit plus haut, quand je reçus l'ordre de ne rien entreprendre contre l'ennemi.

Le mauvais succès de cette journée ayant mis le Général en chef dans la nécessité de traiter, on a dressé cette Capitulation qui ne me fut notifiée qu'au dernier moment, et dans la violation de laquelle on a cherché des armes et un prétexte d'accusation contre moi. J'attends ma justification des éclaircissements plus amples qu'on obtiendra sur cette affaire.

Je n'ai présenté mes observations sur la relation de la campagne d'Andalousie, que pour repousser les inculpations qui me sont faites. Si l'on juge d'une manière impartiale, les torts, selon ma conscience, ne peuvent rester de mon côté, et si la fortune seule a dans cette journée exercé son influence, c'est à elle qu'ils appartiennent.

Marseille, le i5 novembre 1808.

Le Général de Division Comte de l'Empire.

Signé: Vedel.

Ces « Observations » du général Vedel ne furent jamais l'objet d'aucun examen, d'aucune discussion. Le général Dupont les ignora et ne put, par conséquent, les réfuter, mais comme elles l'inculpaient, cette raison fut jugée suffisante pour qu'on les joignît, en 181 2, aux pièces de la procédure, dont on écarta avec soin la « Relation » du général Dupont. Nous avons déjà démontré que les « Observations y) du général Vedel sont loin d'être conformes à la vérité et qu'elles dénaturent le plus souvent les faits ; le Procureur général de la Haute-Cour les ayant utilisées contre le général Dupont, nous attirerons à nouveau l'attention sur les graves inexactitudes qu'elles renferment.

Le général Vedel ne nie nullement avoir désobéi le 1 5 juillet, en se portant avec sa division à Andujar, mais il se croit suffisamment excusé en disant qu'il pensait laisser des forces suffisantes devant Mengibar, qu'il fit prévenir le général en chef de son mouvement de façon à pouvoir recevoir contre-ordre, et finalement qu'on le reçut avec plaisir à Andujar. La vérité est que le général Reding était alors à Mengibar avec les 10 000 hommes de sa division, et que le général Vedel ne laissa devant lui que des forces très inférieures ; dans son interrogatoire du 8 janvier 1810, le général Poinsot dit: « Lorsque j'ai voulu attaquer le général Reding à Mengibar, les généraux Vedel et Liger-Belair jugeaient la force de ce

corps d'armée à 10 000 hommes », ce qui est d'une exactitude parfaite ; le général Vedel n'eût donc dû envoyer àAndujar que le bataillon demandé. En second lieu, et comme nous l'avons établi, l'aide de camp Walner parvint beaucoup trop tard à Andujar pour qu'un contre-ordre pût être utilement envoyé à la 2e division, engagée dans des chemins affreux, et, d'autre part, en voyant arriver le général Vedel, le général Dupont devait nécessairement croire que l'ennemi n'était pas en force à Mengibar, ce qui allait lui permettre de déboucher d' Andujar avec ses deux divisions. Gomment concevoir que l'Empereur n'ait pas fait interroger le lieutenant Walner ni le général Ligei'-Belair, qui eussent précisé ce qui s'était passé dans cette journée si importante du 1 5 juillet ? Craignait-il, en constatant la désobéissance de Vedel, de se trouver obligé de sévir contre lui et de reconnaître que Dupont n'était pas le chef inepte qu'il prétendait avoir causé tout le mal ?

Le général Vedel écrit que ce jour-là (i5 juillet), on lui dépêcha plusieurs officiers pour accélérer sa marche sur Andujar. Sa mémoire a dû mal le servir, car il ne lui fut envoyé que le capitaine Desfontaines, aide de camp du général Legendre, pour lui demander un bataillon et un escadron de la division Gobert, ou une brigade dans le cas seulement où il aurait peu de monde devant lui. Si le général Vedel reçut d'autres officiers, pourquoi ne dit-il pas leurs noms, leurs grades, et comment n'en est-il fait mention nulle part? Quant à la proportion des forces au combat du 16, à Baylen, elle était de un Français contre trois Espagnols. Quoi qu'en ait pu dire le général Vedel, sa marche sur Andujar, en désobéissance formelle des ordres du général Dupont, fut une lourde et inexcusable faute.

Le général Vedel dit que, le 17, ses reconnaissances de cavalerie lui donnèrent la certitude qu'il n'y avait point d'ennemis entre le Guadalquivir et Baylen ; mais ce qu'il se garde bien de dire c'est que, dès son arrivée à Baylen, le 17, à 9 heures du matin et avant d'avoir pu envoyer des reconnaissances vers le Guadalquivir, il informa le général Dupont de son intention de partir le même jour vers les gorges delà Sierra-Morena. Les instructions de son général en chef ne consistaient pas d'ailleurs à se borner à constater qu'il n'y avait pas d'ennemis entre le Guadalquivir et Baylen ; là n'était pas la question ; il devait tout d'abord, — et un simple sous-lieutenant en eût compris l'absolue nécessité, — mettre Baylen en sûreté, y faire, là et non pas ailleurs, sa jonction avec Dufour, en y rappelant au besoin ce dernier, puis se mettre à la recherche de l'ennemi et le rejeter sur la rive gauche du Guadalquivir. Or, à ce moment, 17 juillet, le général Beding se trouvait avec 10 000 hommes à Mengibar, et il était facile au général Vedel de s'en assurer, avant d'abandonner le poste de Baylen qui lui était confié et de se mettre à la poursuite, vers les défilés, d'un ennemi imaginaire. Et à supposer même qu'il ait pu, en commettant une grosse erreur, juger nécessaire de suivre le général Dufour vers les gorges, le simple bon sens et les instructions positives de son chef lui faisaient un devoir strict, impérieux, d'occuper fortement Baylen.

Le général Vedel dit, dans ses « Observations », qu'avant son départ de Baylen, le 17, il écrivit au général Dupont pour lui envoyer le rapport du général Dufour, et que sa lettre lui fut remise à Andujar, à l'entrée de la nuit : c'est une erreur absolue, et nous l'avons démontré. Le général Vedel n'écrivit, ce jour-là, que trois lois au général Dupont, la première fois de la maison de poste, au point du jour, la deuxième fois à son arrivée à Baylen, à 8 heures 1/2 du matin, et la troisième fois, de Guarroman, à 10 heures el demie du soir ;

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ces trois lettres existent, ainsi que les réponses qui y furent faites ; de la lettre que le général Vedel prétend avoir écrite dans l'après-midi au général Dupont, il n'y a de traces nulle part, pas même dans le Registre de correspondance du général Vedel, et le rapport du général Dufour, qu'il dit avoir envoyé par cette lettre de l'après-midi, fut expédié par la lettre de 10 heures 1/2 du soir, de Guarroman.

Le général Vedel reconnaît qu'ayant laissé, le 17 juillet, le général Cavrois avec un gros détachement et un canon en observation à Baylen et à cette position si forte de l'Ermitage, il lui envoya, à minuit, l'ordre de venir s'établir à Guarroman, laissant ainsi, par une désobéissance formelle à ses ordres, ce poste capital à la merci des Espagnols, et exposant par là même le Corps de la Gironde à être coupé en deux tronçons, comme cela ne manqua pas de se produire ; mais il ne cherche pas à donner une explication quelconque de cette mesure réellement insensée.

Le général Vedel n'hésite pas à affirmer, contrairement à la vérité des faits, que l'ennemi n'était pas à Baylen le 18 juillet, et le procureur général de la Haute-Cour s'empressa naturellement d'adopter cette thèse ; nous avons prouvé que les divisions Reding et Coupigny occupaient Baylen ce jour-là vers 9 heures du matin, et le général Vedel le savait bien, puisque les chasseurs qu'il avait chargés de porter des dépêches au général Dupont, n'avaient pu passer et les lui avaient rapportées à la Caroline, ce même jour 18 juillet.

Le général Vedel avance que l'ordre fut donné de lever le camp d'Andujar le 17 au soir, et que cet ordre fut révoqué, ce qui retarda d'un jour le départ des troupes et la marche sur Baylen : rien n'est plus faux, et, d'ailleurs, comment ce général peut— il affirmer un fait qui s'est passé loin de lui, et qui est démenti par les généraux mêmes qui commandaient les troupes d'Andujar ?

Les motifs que donne le général Vedel pour justifier son arrêt à la Caroline dans la journée du 18, ne sauraient être pris en considération. N'ayant pas trouvé d'ennemis à la Caroline et à Sainte-Hélène, le moindre bon sens devait lui faire craindre que le général Dupont ne se trouvât tout à coup aux prises, avec 8 ou 9 000 hommes, contre l'armée d'Andalousie tout entière ; sachant Baylen sans défense, il devait donc, de toute évidence, se reporter sur ce point après avoir donné quelques heures de repos à ses troupes ; le général le plus médiocre eût compris qu'il y allait du salut de l'armée. Non seulement le général Vedel ne le fit pas et resta à la Caroline, mais il n'envoya pas l'ordre au général Cavrois de se reporter en toute hâte de Guarroman sur Baylen, et, le lendemain, 19 juillet, ayant entendu dès l'aube le canon tonner vers Baylen, sachant son général en chef aux prises avec l'ennemi, il marcha vers le lieu du combat avec une lenteur désespérante, malgré l'exaspération de ses officiers qui sentaient le général Dupont écrasé par le nombre, et n'arriva devant Baylen qu'à cinq heures du soir, ayant mis treize heures pour faire six lieues (de France) ! ! Et il ne lui vint pas même à l'idée d'annoncer sa présence et son arrivée prochaine au général Dupont par des salves d'artillerie régulièrement espacées, qui eussent suffi pour forcer le général Reding à battre en retraite sur Mengibar ! ! Qu'ont à faire, en semblable occurrence, les raisons alléguées par le général Vedel, fatigue des troupes (qui s'étaient reposées toute la journée du 18 et la nuit suivante), manque de vivres, mauvais état du charronnage de l'artillerie, nécessité d'avoir tout son monde sous la main ? Est-ce qu'il n'eût pas suffi au général Vedel d'arriver vers 10 heures du matin aux

approches de Baylen avec le tiers de sa troupe et quelques canons, pour décupler l'énergie des soldats de Dupont et forcer à la retraite les Espagnols pris ainsi entre deux feux? 11 faut le reconnaître, la faute du général Vedel, en cette journée du 19 juillet 1808, est si grande, si incompréhensible, qu'elle semble infiniment coupable, et de nature à expliquer les véhémentes accusations que portèrent contre lui ses propres généraux et la plupart des officiers du Corps de la Gironde.

Le général Vedel présente son attaque sur Baylen d'une façon très différente de la vérité ; il reconnaît bien qu'il a échoué à droite dans sa tentative sur l'Ermitage de San Cristobal, mais il omet de dire que ses succès à l'attaque de gauche, ses prisonniers, ses canons, ses drapeaux, ont été conquis sur un ennemi qui, confiant dans la trêve, avait ses armes en faisceaux et ne s'était point défendu, croyant à une méprise. Survient le capitaine Barbarin, aide de camp du général Dupont, apportant l'ordre de cesser le feu ; et le général Vedel prétend qu'il ne connut que le lendemain la position critique du général en chef! Est-ce seulement vraisemblable ? Et sans se préoccuper autrement des 10 000 hommes de Lapena qui sont au Rumblar et dont il semble ignorer l'existence, — troupes fraîches et vigoureuses qui n'ont qu'un geste à faire pour anéantir les faibles débris de la division Barbou, râlant sur le sol, — il ne craint pas d'affirmer que s'il eût connu, le 19 au soir, la position désespérée de son générai en chef, il l'eût tiré d'affaire en continuant son attaque ! ! La vérité est que, se heurtant avec 5 000 hommes, affaiblis par les privations, contre les 35 000 soldats ardents et victorieux de Reding, de Coupigny et de Lapena, qui occupaient toutes les hauteurs, il eût couru à un désastre certain et amené le massacre du Corps entier de la Gironde ; ce que l'intrépide Dupont n'avait pas pu faire après dix heures d'un combat acharné, avec 9 000 hommes contre les 25 000 soldats de Reding et de Coupigny, comment Vedel l'eût-il accompli avec ses 5 000 conscrits contre 35 000 Espagnols enthousiasmés par la victoire ?

Tout ce que le général Vedel dit de la mission du capitaine Baste, du refus qui lui fut fait de le laisser entrer dans la salle où l'on négociait les conditions de la capitulation, est d'une fausseté absolue ; tous les témoignages français et espagnols s'accordent, comme nous l'avons montré, pour établir que non seulement le capitaine Baste, accompagné de l'aide de camp Warenghien, fut admis dans la salle des conférences, mais qu'il y prit la parole et faillit, par son insistance, faire rompre les négociations. Comment le général Vedel a-t-il pu écrire des allégations aussi notoirement contraires aux faits, et de nature à porter atteinte à l'honneur de son général en chef? Et comment ne pas remarquer que ce sont précisément ces assertions si erronées du général Vedel, qui, acceptées sans discussion par les courtisans, ont constitué l'histoire et renforcé la légende mensongère que nous subissons depuis un siècle !

Le général Vedel reconnaît lui-même que ses troupes étaient sans vivres et dans un étal d'épuisement tel, que pour se rendre de Baylen à Sainte-Hélène, dans la nuit du 20 au 2 1 juillet, il laissa en arrière « plus de 600 trainears totalement épuisés de misère ».

Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit au sujet de l'impossibilité où se trouvai! le général Vedel d'exécuter sa retraite sur Madrid, au milieu de populations soulevées el à travers les armées d'Andalousie, de la Manche, d'Estrcmadure et de Valence, et les nuées de paysans armés interceptant les vivres. — Il est certain que l'action s'engagea, le 19

If)0 LE GÉNÉRAL DUPONT

juillet, à 2 heures 1/2 du matin, au Rumblar, puisqu'il faisait nuit encore, lorsqu'on arriva devant l'armée espagnole rangée en avant de Baylen, et il est également établi que le feu cessa vers midi 1/2 ou 1 heure au plus tard ; le combat dura donc bien dix heures et non pas moins de sept heures comme l'affirme à tort le général Vedel. A 3 heures 1/2 du matin, le 19, on entendait à la Caroline le canon de Baylen ; le général Vedel atteignit Guarroman à midi seulement, puisqu'il dit lui-même que le feu cessa une demi-heure ou trois quarts d'heure après son arrivée. Sentant le danger terrible que couraient les divisions Barbou et Fresia, il eût dû voler à leur secours, et il pouvait être à Guarroman avant 8 heures du matin, avec sa cavalerie, son artillerie et ses meilleurs soldats, puisqu'il avait moins de il\ kilomètres à parcourir. Tirant alors des salves d'artillerie pour annoncer son approche, il eût, même sans combat, provoqué la retraite de Reding, puisque Lapena n'arriva au Rumblar qu'à deux heures de l'après-midi. D'ailleurs, si le général Vedel considérait comme une nécessité absolue de tenir tout son monde en ordre et sous la main, comme ses troupes s'étaient reposées pendant toute la journée du 18 et qu'il avait appris le soir de ce même jour que les Espagnols occupaient Baylen, son devoir strict, évident, était de se mettre en route la nuit, afin de se trouver au point du jour en face des Espagnols, en évitant ainsi l'extrême fatigue d'une marche de jour sous un soleil accablant. Et à supposer même qu'il n'eût quitté la Caroline qu'à quatre heures du matin, le 19, il eût dû encore annoncer son approche dès sept heures et se trouver en vue de Baylen vers dix heures. Tout général, même des plus médiocres, l'eût compris ainsi, et ce fut ce sentiment unanime du Corps de la Gironde, que le général Poinsot traduisit nettement dans son Interrogatoire et dans son Journal.

Telles sont les « Observations » du général Vedel sur la « Relation de la campagne d'Andalousie » par le général Dupont. Le respect de la vérité nous force à dire qu'elles sont contraires aux faits et nous l'avons longuement établi.

De Marseille, le i5 novembre, le général Vedel adressa au duc de Rovigo la lettre suivante :

Marseille, le i5 novembre 1808.

A Son Excellence Monsieur le duc de Rovigo. Mon général,

A mon arrivée à Marseille mon premier soin est de vous adresser mon rapport sur l'affaire de Baylen. Je vous le dois, puisque vous commandiez alors en chef l'armée d'Espagne. Je vous prie de le mettre sous les yeux de Sa Majesté l'Empereur, si vous le jugez convenable.

La relation ci-jointe a été répandue dans le Lazaret de Marseille, et je crois bien pénétrer l'intention de celui qui l'a fait répandre, en lui prêtant celle d'élever les esprits contre moi et de me désigner à eux comme devant être le bouc expiatoire des fautes commises dans cette campagne. Quoi qu'il en soit, je sais que mon avancement, que l'on dit rapide, et les faveurs de Sa Majesté, m'ont fait bien des jaloux ; que mû par ce sentiment, on veut profiter de cette occasion pour me nuire, et que c'est cette opinion que cherchent à propager ceux qui m'ont précédé en France, pour se disculper des torts qu'ils ont plus ou moins dans les fautes qui ont eu lieu, n'ayant pas de meilleures raisons à alléguer.

Je suis sans fortune, comme sans protection. Ce que j'ai, ce que je suis, je le dois aux bontés de l'Empereur. L'événement de Baylen m'a peut-être retiré sa confiance, mais la voix de ma conscience me dit que je n'en ai point démérité. Je puis lui paraître coupable sans l'être. Si j'ai

eu le malheur de déplaire et que ma disgrâce s'en suive, je la souffrirai sans me plaindre, certain que le voile déchiré et la vérité reconnue, l'Empereur me rendra ses bontés ; ma plus grande peine sera d'être privé de le servir.

Placé en sous-ordre, je n'ai rien à me reprocher sur ce qui s'est passé. Obéir, était mon devoir. Un acte de désobéissance me rendait responsable de ce qui aurait pu résulter de fâcheux pour les troupes de la ire division et celles qui m'étaient confiées ; et, dans ce cas, on n'eût pas manqué de m'attribuer les extrémités auxquelles se serait porté l'ennemi, et la violation du traité. Telle était donc ma position.

Mais vous, mon général, qui êtes sur les lieux, peut-être vous sera-t-il facile de démêler le vrai et d'être ainsi à portée de prononcer, sans prévention aucune ; et nedirai-je pas avec raison : pourquoi lorsque je renouvelai l'attaque du 19, me donna-t-on contre-ordre? Si l'on m'eût laissé agir, il est hors de doute que j'aurais dégagé la 1" division. Une suspension d'armes, il est vrai, avait été convenue, mais elle m'était tout à fait étrangère et l'on devait profiter de l'embarras où j'avais mis l'ennemi par mon attaque, pour obtenir sur l'heure ce que l'on avait demandé. On ne sut point se décider et tandis que j'étais revenu devant Baylen pour amener à des conditions honorables, la lenteur des négociations et l'astuce de l'ennemi, d'autres incidents peut-être réduisirent le général Dupont à signer la capitulation qui fut faite et dont je n'ai eu connaissance qu'au dernier moment.

J'admets encore que toutes les fautes qu'on m'impute soient plus ou moins fondées, ne pouvaient-elles pas être réparées dans un instant? C'était ce qu'il fallait tenter.

Pourquoi encore puisque le général Dupont désapprouvait ma marche du i5 juillet sur Andujar, ne prit-il pas le parti de suivre de sa personne mon mouvement de retour sur Baylen? Placé ainsi au centre de son armée, il l'eût fait mouvoir à son gré et d'après les circonstances. Il pouvait aussi profiter de ma réunion à lui pour attaquer ce jour-là l'ennemi devant Andujar. Soit crainte de compromettre ses troupes, soit ordre de ne rien entreprendre, il ne tenta rien et persista malheureusement encore à garder Andujar.

Ainsi, par une loi de la destinée ou par l'effet d'une irrésolution constante, ou d'une obéissance impassible, nos armes ont reçu dans cette journée un échec devenu d'autant plus majeur par l'inexécution du traité, qu'il prive l'Empereur des services que lui rendrait aujourd'hui le Corps de la Gironde, déjà habitué au climat brûlant de l'Andalousie et qui ne respire que le désir de prendre dignement sa revanche.

J'espère, mon général, qu'un événement dont je ne puis être responsable, ne diminuera pas vos bontés pour moi et cjue vous agréerez, Monsieur le Duc, les sentiments respectueux de votre très humble et très obéissant serviteur.

Vedel, général de division.

Il est impossible, malgré l'inconvénient de répéter les mêmes arguments et d'allonger encore ce récit, de ne pas faire ressortir les inexactitudes de la lettre qui précède. Le général Vedel n'hésite pas à formuler contre son général en chef une accusation d'une extrême gravité ; il le montre, — et c'est ainsi que le représentera le procureur général de la Haute-Cour, — arrêtant la 2 e division dans son combat victorieux le 19 juillet au soir, combat qui, d'après le général Vedel, eût délivre sûrement la 110 division, si le général Dupont ne l'avait pas interrompu, en arguant d'un armistice qui ne pouvait pas s'appliquer à la 2e division. Rien n'est plus inexact. Nous avons démontré : i° que l'armistice devait concerner les troupes du général Vedel ; 2° que le combat livré par ce général avait échoué sur la droite et n'avait réussi à gauche que parce que l'ennemi, confiant en la trêve, n'avait fait aucune résistance ; 3" que si le général Vedel eût continué l'action, il lui

eût fallu d'abord emporter la position très forte de l'Ermitage où il venait de subir un échec, puis se rendre maître du village de Baylen, ce qui eûl pris du temps, et enfin enfoncer, avec ses 5ooo conscrits, les 25 ooo soldats victorieux de Reding, occupant les hauteurs et soutenus par une puissante artillerie, ce que n'avait pas pu faire Dupont dans une lutte opiniâtre de dix heures et avec 9 200 hommes de qualité supérieure aux troupes de Vedel, puisqu'il s'y trouvait les marins de la Garde Impériale et la Garde de Paris; 4° enfin, que si le général Vedel n'eût pas cessé le feu, le général Lapena eût, en quelques instants, écrasé les restes de la division Barbou, hors d'état d'opposer la moindre résistance, et joint immédiatement ses 10000 hommes aux divisions Reding et Coupigny. Cette jonction se fût accomplie avant que le général Vedel eût pu emporter la position de l'Ermitage de San-Cristobal et le village de Baylen. En admettant môme qu'il soit arrivé à se rendre maître de ce village, il se serait ensuite trouvé, avec moins de 5 000 conscrits, au milieu d'une grande armée de 35 000 soldats, qui l'eût rapidement enveloppé. L'affirmation du général Vedel, qu'il eût délivré la i'*e division si le général Dupont ne lui avait pas ordonné de cesser le combat, est donc dénuée de toute vraisemblance et ne supporte pas un instant l'examen.

Ne connaissant rien des instructions que le général Dupont avait reçues de Madrid, ni du combat livré à Baylen dans la matinée du 19, ni de l'arrivée de Lapena au Rumblar, le général Vedel ne se permet pas moins de critiquer son général en chef et le blâme de ne pas s'être retiré avec lui le 16 sur Baylen ; après avoir causé la catastrophe par sa désobéissance et sa prodigieuse inintelligence de la guerre, il incrimine celui dont il a occasionné la perte. Quelques mots suffisent pour mettre à néant son imputation : le général Dupont, homme de devoir et de discipline, n'a pas quitté Andujar le 16 juillet 1808, parce qu'il avait l'ordre formel, impératif, d'y rester, et qu'il s'était engagé, après avoir montré le péril de sa situation, à s'y maintenir avec la dernière opiniâtreté ; il fit, à Andujar, ce qu'il avait fait à Haslach, alors qu'il se savait seul, abandonné, en présence de toute l'armée autrichienne, et s'il essuya un désastre, ce ne fut pas parce qu'il était resté à Andujar, mais bien parce que le général Vedel n'exécuta pas ses ordres et le priva, au moment décisif, de deux de ses divisions. S'il y eut, suivant l'expression de Napoléon, bêtise, sottise inconcevable, ineptie dans les événements de Baylen, l'épithète doit remonter à celui qui, ayant donné des ordres précis à Dupont, en a assumé les conséquences.

Avant de quitter Marseille pour être amené à Paris, le général Vedel subit, le 4 janvier 1809, au fort Saint-Nicolas, où il était enfermé, un interrogatoire qui fut immédiatement envoyé au ministre de la guerre et transmis à l'Empereur, ainsi qu'il suit :

J'ai l'honneur de transmettre ci-joint à Votre Majesté l'interrogatoire du général Vedel qui va bientôt arriver à Paris ainsi que le général Chabcrt.

J'y joins une lettre qui a été envoyée chez moi pour Votre Majesté. Je suis avec respect, sire...,

Signé : Le comte d'HuNEBouRG. Paris, le 21 janvier 1809.

Je soussigné, général de brigade, commandant d'armes de la place de Marseille, en vertu de l'ordre qui m'a été donné par M. le général divisionnaire Cervoni, commandant la 8e division

LE PROCÈS ig3

militaire, exécutif de celui qui lui a été adressé le 27 décembre dernier par Son Excellence le ministre de la guerre, tendant à faire subir l'interrogatoire ci-après à M. le général divisionnaire Vedel.

Je me suis transporté au fort Saint-Nicolas où se trouve détenu M. le général Vedel, et après lui avoir donné connaissance de l'ordre dont j'étais chargé, j'ai de suite procédé audit

interrogatoire.

Ier Article

A quelle époque êtes-vous parti pour aller renforcer le général Dupont et quelles furent les troupes mises à vos ordres ?

Réponse. — Je suis parti de Tolède le 19 juin 1808 pour aller renforcer le général Dupont. Les troupes mises à ma disposition étaient la 5e Légion de réserve, le Ier bataillon du 3e régiment suisse, la ire Légion et le 6e régiment provisoire de dragons, le tout présentant la force de 5 000 hommes, plus un détachement de la ire division aux ordres du général Roize, fort de 5oo hommes.

2e Article

Quelles instructions avez-vous reçues pour celle mission ?

Réponse. — J'ai reçu l'instruction de forcer le passage du Pena Perros, dans la Sierra- Morena, et de me joindre au général Dupont, sans compromettre ma division ; il me fut enjoint ensuite, attendu l'incertitude de la position qu'occupait ce général, de communiquer avec lui par tous les moyens à mon pouvoir et d'établir en attendant, ma division, partie dans ces montagnes et partie à El Viso.

3e Article

Comment avez-vous opéré votre réunion et à quelle époque avez-vous passé immédiatement sous les ordres du général Dupont ?

Réponse. — Le 26 juin, j'ai forcé le passage de Pena Perros. Je me suis établi le même jour à Sainte-Hélène, après avoir fait garder les défilés par un bataillon.

Le 27 au malin, j'ai reçu, par un détachement que commandait le capitaine de frégate Baste, des nouvelles du général Dupont qui était à Andujar ; je lui ai aussitôt fait connaître mes instructions, et je suis parti le même jour pour la Caroline, afin de communiquer plus facilement avec lui ; dès ce moment j'ai passé immédiatement sous ses ordres.

4e Article

Quels sont les ordres qui vous ont été donnés par le général Dupont ?

Réponse. — Le général Dupont m'a ordonné de cjuitter la Caroline et de venir occuper Baylen, où je suis arrivé le 28 juin. J'ai observé au général Dupont le but de mes instructions ; il a jugé convenable de me faire garder la Caroline et El Viso pour assurer les communications, et de m'ordonner d'occuper Baylen avec mes troupes. Je fis partir de là le général Roize avec son détachement pour Andujar ; je reçus du général en chef plusieurs ordres relatifs aux subsistances, et celui d'envoyer ma seconde brigade à Jaen, où elle s'est battue les ipr, 2 et 3 juillet; le but de cette expédition était de faire des vivres ; n'ayant trouvé ni habitants, ni transports dans cette ville, cette expédition devint infructueuse. Le 3 juillet, je reçus l'ordre de faire rentrer cette brigade, et de faire garder le point de Mengibar avec un bataillon. Ce poste fut successivement renforcé jusqu'à 20 compagnies, 100 dragons et 2 pièces de canon.

Le général en chef m'ordonna aussi de faire reconnaître les gués du Guadalquivir et de soutenir le poste de Mengibar s'il était attaqué.

5e Article

Pourquoi avez-vous quitté le Gal Liger-Belair le i5 juillet au soir, tandis que vous étiez chargé de le soutenir ?

Le (jénéhal Dupont. III. — i3

I()4 le GÉNÉRAL DUPONT

Réponse. — J'ai quitté le Gal Belair le i5 juillet au soir, parce que l'ennemi fut estimé n'avoir sur ce point qu'environ 3 ooo hommes, sans artillerie, que le Gal Belair soutenu par les troupes du Gal Gobert, pouvait sufïire pour couvrir ce poste, que d'ailleurs le Gal en chef me demandait un bataillon et un escadron, ou une brigade, l'ennemi se montrant en force devant Andujar : il ne me restait alors que la valeur d'une brigade, je crus la rendre plus utile en la joignant aux forces réunies qu'avait leGal Dupont, avec lesquelles j'aurais cru qu'il était possible d'entreprendre quelque chose.

6e Article

Quels ordres avez-vous reçus ce jour-là du Gal Dupont ?

Réponse. — D'établir mes troupes sur un plateau en arrière de la ville, ayant devant moi la ire division.

7 e Article

On voit par une lettre du Gal Dupont, écrite le i5 juillet de Baylen, qu'un aide de camp du G"1 Dupont, qui vous y croyait encore, y était arrivé pour vous demander de sa part un Bat0n et un Escadron, et que comme vous étiez parti pour aller soutenir le Gal Liger-Belair, Vaide de camp suivit votre marche pour vous porter les ordres du Gal Dupont. Pourquoi ne vous êtes-vous pas borné à suivre ces ordres au lieu de marcher à Andujar avec toute votre division ?

Réponse. — La réponse à la 5e question répond aussi à celle-ci ; l'aide de camp m'a demandé un bataillon et un escadron, ou une brigade ; tels étaient les ordres qu'il m'apporta.

8e Article

Pourquoi avez-vous quitté le Gal Dupont, après vous être réuni à lui, et quelles instructions avezvous reçues en marchant sur Baylen le 17 juillet?

Réponse. — Parce que j'en ai reçu l'ordre de lui, le 16 juillet, au soir, pour me joindre au Gal Du four, que l'on présumait à Baylen, et réuni à lui, battre l'ennemi, lui faire repasser le Guadalquivir, pousser même jusqu'à Baeza, l'en chasser s'il y était, retourner à Baylen, y laisser des forces pour défendre ce poste et revenir à Andujar.

9e Article

Pourquoi avez-vous quitté Baylen le 1*] juillet?

Réponse. — J'ai quitté Baylen le 17 juillet au soir, pour me joindre au Gal Dufour (voyez l'art, précédent), attendu qu'il m'instruisit qu'il n'était parti de Baylen, que parce que l'ennemi fort de 10 mille hommes avait cherché à le gagner de vitesse pour s'emparer de la Sierra- Morena, et que j'avais jugé ses forces insuffisantes pour battre un ennemi si nombreux.

10e Article

Vous avez écrit le 18 juillet au Gal Dupont, qu'il n'y avait point d' 'ennemis dans la Sierra-Morena, ni à l'entrée des défilés, et que vous alliez revenir sur vos pas ; ainsi c'était sur cette fausse nouvelle que vous aviez marché le jour précèdent. Comment pouviez-vous hasarder un mouvement aussi dangereux, sans avoir la certitude la plus entière de la position de l'ennemi ?

Réponse. — Les difficultés de connaître la véritable position de l'ennemi, dans un pays où tous les habitants étaient les nôtres, ont occasionné cette erreur ; moi, arrivant d'Andujar, je ne pouvais, quant aux renseignements sur les mouvements de l'ennemi, que m'en rapporter au compte que me rendaient les généraux qui avaient eu affaire à lui la veille et qui devaient l'avoir observé. Le général Dufour m'a fait ce rapport et me l'a confirmé encore de vive voix le 17, 1 1 heures du soir, moment de ma jonction avec lui à Guarroman. J'en rendis compte de Baylen au Gal en chef, qui a reçu ma lettre avant la nuit du 17. Ce rapport me parut d'autant plus conséquent que les reconnaissances que j'avais poussées de Baylen ne trouvèrent aucune trace de l'ennemi entre cette ville et le Guadalquivir ; je renvoyé pour cet article aux observations que j'ai faites sur la Relation de la campagne d'Andalousie du Gal en chef.

ii« Article

Lorsque vous avez compris la nécessité de revenir sur vos pas le 18, pourquoi n'éles-vous pas reparti, sans délai, de la Caroline pour marcher sur Baylen ?

Réponse. — L'extrême fatigue des troupes qui n'avaient cessé de marcher nuit et jour depuis le i5 juillet, le manque total de subsistances, car depuis le i4 la troupe n'avait reçu qu'une demiration de biscuit, le mauvais état du charronnage de mon artillerie, après lequel on travailla tout l'après-midi et toute la nuit. Enfin ce temps me devenait d'autant plus nécessaire, qu'il me mit dans la possibilité de faire reposer la troupe et d'attendre l'arrivée du Gal Dufour, à qui j'avais donné l'ordre de quitter Ste-Hélène pour me rejoindre.

12e Article

A quelle heure êtes-vous arrivé le 19 juillet à Baylen ?

Réponse. — La tète de ma colonne est arrivée à portée de l'ennemi à 4 heures environ ; je l'ai attaqué à 5 heures.

i3e Article

Comment avez-vous été autant de temps à parcourir le chemin de la Caroline à Baylen ? Votre retard paraissant être cause du malheur de cette journée, rendez compte des circonstances qui vous ont retenu si longtemps éloigné du Gal Dupont, tandis <pie votre réunion était si nécessaire?

Réponse. — L'excessive chaleur, la nécessité de marcher en colonne et prêt à combattre, plusieurs accidents survenus à l'artillerie, l'épuisement des troupes, les précautions que je crus devoir prendre pour faire éclairer ma marche et pour conserver mes derrières à l'abri d'être coupés, enfin la fatigue de mes troupes qui avaient marché toute la nuit, venant de Stc-Hélène, ralentirent la marebe. J'étais d'ailleurs éloigné de présumer la situation où se trouvait le Gal Dupont qui, à mon avis, ne pouvait jamais être aussi funeste, si l'on eût eu la précaution de faire sauter le pont de la Rumblar.

i4u Article

Rendez compte des circonstances de votre arrivée à Baylen le 19 juillet.

Réponse. — A mon approche des hauteurs de Baylen, j'aperçus des troupes qui les couronnaient. Je les fis reconnaître, c'était l'ennemi ; je fis de suite mes dispositions d'attaque. Dans le temps que je faisais déployer ma première brigade et serrer en masse la 2e, arrivèrent plusieurs parlementaires ennemis, m'assurant qu'il existait une trêve avec le Gal en chef. Je me refusai d'écouter leurs propositions, en leur répondant qu'il n'y aurait de trêve entre moi et le Gal Reding, que quand ce dernier se serait retiré à deux lieues de mes avant-postes, et que j'allais l'attaquer. Ces officiers insistant et m'assurant que dans ce moment même des officiers de l'État -Major du Gal Dupont étaient auprès du Gal rebelle Reding, je me déterminai d'y envoyer un de mes aides de camp, avec ordre de revenir sous un quart d'heure. En attendant, nies troupes débouchaient de la route et prenaient leur place de bataille ; mon mouvement préparé, et mon aide de camp n'étant point rentré, j'ordonnai l'attaque. Cet officier avait été envoyé par Reding près du Gal Dupont.

La cavalerie, commandée par le Gal Boussart, ayant tourné la position de l'ennemi par sa droite, enveloppe à l'aide de l'infanterie tout ce qui se trouvait là, fail poser les armes à plus de 1 000 hommes, après en avoir sabré un grand nombre ; trois drapeaux et deux pièces de canon restent en notre pouvoir.

La gauche de l'ennemi présente plus de résistance à la position de l'Ermitage; le Ier Bat0" de la 5e Légion est ébranlé ; je le fais soutenir par le Bon Suisse qui plie et qui oblige celui de la 5e Légion de prendre une position plus en arrière. Je fis alors diriger mon feu d'artillerie sur l'Ermitage et je renouvelai l'ordre de l'enlever de vive force, lorsque l'aide de camp Barbarin me porta l'ordre du G*1 Dupont, qui me prescrivait de ne rien entreprendre contre l'ennemi jusqu'à

ig6 LE GÉNÉRAL DUPONT

nouvel ordre, qu'il était convenu d'un armistice, et que les conditions me seraient notifiées. Je fis cesser le feu, en conservant les positions enlevées à l'ennemi.

i5e Article

Qn'avez-vous fait dès lors, jusqu'au moment où vous avez entrepris votre marche rétrograde sur la Sierra-Morena ?

Réponse. — Le 90 s'est passé dans l'attente des résultats des propositions que faisaient ou l'ennemi ou le Gal en chef, et dans celle des ordres de ce Gal. Mon aide de camp, qui était resté la veille près du Gal en chef, rentra et me fit connaître sa position que j'ignorais jusque-là.

Inquiet sur le mouvement que faisaient les troupes ennemies sur mes ailes, et voyant que rien ne se concluait, j'envoyai près du Gal Dupont le command1 Baste, lui proposer d'attaquer de rechef l'ennemi le 2 1 . Cet officier eut beaucoup de peine à s'expliquer ; tout ce qui entourait le Gal en chef était d'un avis contraire au mien, et l'on prétendait que cela gâterait tout. Cette proposition n'ayant pas été goûtée, M. Basic demanda, d'après mes ordres, à se rendre au lieu des conférences, pour être témoin et discuter les intérêts de mes troupes. Il y fut conduit, maison lui refusa l'entrée, sous prétexte que sa présence amènerait des changements défavorables. Le command1 Baste persista en vain, alléguant qu'il trouvait étrange que dans un traité où l'on avait reçu ordre de comprendre ma division, on refusât d'admettre à la conférence un officier supérieur que j'avais envoyé. Il n'est rentré que le 21, porteur de l'ordre du Gal Dupont pour arrêter ma division partout où elle se trouverait.

Le général Reding réclama plusieurs fois ses prisonniers ; l'ordre me fut donné de les rendre, je les rendis.

16e Article

Pourquoi n'avez-vous pas fait des réclamations contre la prétention des Espagnols à votre sujet, et employé tous les moyens qui étaient en votre pouvoir afin de vous soustraire à une Capitulation qui ne devait vous regarder en aucune manière ?

Réponse. — J'ai ignoré jusqu'au dernier moment les prétentions des Espagnols et je devais m'attendre à ce que les conditions stipulées fussent favorables pour ma troupe.

La mission du capile de frégate Baste prouve assez que j'ai employé tous les moyens en mon pouvoir pour me soustraire à cette Capitulation.

17e Article

Du moment où votre Gal en chef se trouvait séparé de vous par l'ennemi et en capitulation avec lui, n'avez-vous pas compris que sa position lui interdisait la faculté de vous donner des ordres et que vous étiez par le fait dispensé d'obéir ?

Réponse. — Le Gal en chef séparé de moi par l'ennemi et en pourparler avec lui, était seul instruit des propositions de ce dernier ; c'était ce me semble à lui de profiter des différents officiers de l'Etat-Major qu'il m'a envoyés pour me les faire connaître et me tracer une conduite que tout autre aurait ordonnée à sa place. Je ne pouvais douter du but des ordres de mon Gal, et je ne me suis pas cru dispensé de lui obéir, tant qu'il a jugé être en droit de me commander.

Si, le 19, il ne s'en fût attribué le droit, surtout en me laissant ignorer sa position, les résultats de cette journée auraient probablement été tout autres.

M'affranchir de l'obéissance me rendait responsable des extrémités auxquelles l'ennemi se serait porté envers la ir division et celles où auraient pu être réduites mes troupes par un refus d'obéir ; d'ailleurs, qui aurait pu penser que l'ennemi aurait été assez déloyal, pour ne pas respecter ce qu'il y a de plus sacré.

18e Article

Quand êles-vous revenu pour vous faire comprendre dans la Capitulation ?

Réponse. — Je ne me suis pas fait comprendre dans la Capitulation ; le 22 juillet, il m'a été enjoint de me rendre à Guarroman.

19° Article

Que s'est-il passé à la Division que vous commandiez, depuis votre Capitulation jusqu'au moment de votre départ d'Espagne ?

Réponse. — Depuis la Capitulation, la division a marché par journée d'étape jusqu'à Moron, où elle fut arrêtée le 3 août ; elle a eu à souffrir les insultes du peuple dans les divers lieux de passage. Une nouvelle Convention stipulée à Séville portait, en dernière analyse, que la troupe serait cantonnée dans un rayon de dix lieues, en attendant que les bâtiments transports fussent en état de tenir la mer. J'ai refusé longtemps d'adhérer à celte condition ; j'y ai été contraint par les troupes que la Junte de Séville envoya pour l'exécution de cette mesure, et par le défaut de pain que l'on refusait à la troupe. J'ai fait de nombreuses réclamations sur la violation du traité, des lettres atroces du Gal rebelle Morla furent les réponses qui me furent faites, et qui ne me laissèrent aucun doute sur la violation du traité.

Enfin les troupes ont été cantonnées dans les villes d'Osuna, Lebrija, Puente de Don Gonzalo, Marchena, Grenada et les environs. Le soldat avait en remplacement de subsistances, le pain, le bois et 12 quartos par jour payés par les alcades ; les officiers de tout grade recevaient deux piécettes par jour.

Les généraux restèrent d'abord à Moron, sans troupes ; nous fûmes ensuite répartis dans les cantonnements, revînmes ensuite à Moron, d'où nous fûmes conduits au fort S'-Sébastien de Cadix, et de là embarqués pour France.

20e Article

Dans quelle situation se trouvaient les troupes à celte époque, et où est en ce moment le général Dufour ?

Réponse. — La réponse précédente satisfait en partie à cet article.

Les généraux Dufour et Lefranc se trouvaient dans le royaume de Grenade. Je les ai vainement réclamés à la Junte et à M. Morla ; je n'ai pu obtenir une seule réponse à leur sujet.

A Marseille, le 4 janvier 1809.

Vedel. De JEAN.

Il importe de faire remarquer les erreurs graves que commet le général Vedel dans sa manière de raconter les faits.

Dans sa réponse à la question du 5e article, il dit, pour justifier sa désobéissance, que l'ennemi fut estimé n'avoir que 3 000 hommes, sans artillerie, le i5 juillet, en face du général Liger-Belair : Reding en avait 10000 avec toute son artillerie, et le général Poinsot, qui commandait la iro brigade de la 2e division, déclare que les généraux Vedel et Liger-Belair estimèrent à 10 000 hommes la force des Espagnols sur ce point. Il eût été d'ailleurs facile au général Vedel de s'en assurer par une forte reconnaissance. — Lorsqu'il dit, sans plus, que le général Dupont lui demanda « un bataillon et un escadron, ou une brigade », il commet une omission très grave et inexcusable, qui présente la situation sous un jour très différent de la vérité : le général Dupont ne lui demandait une brigade que dans le cas seulement où l'ennemi ne se trouverait pas en force à Mengibar, et, comme nous venons de le dire, il y avait des forces très supérieures. Si le général Vedel se fut conformé aux ordres de son chef, il n'eût donc dû lui envoyer qu'un bataillon. — La réponse du 70 article renferme la môme inexactitude, dénaturant les faits.

A la question du 10e article, le général Vedel répond qu'à Baylen, le 17, il ne pouvait avoir des renseignements sur la position de l'ennemi qu'en s'en rapportant aux généraux

qui l'avaient combattu la veille. Général de division à l'âge de trente-trois ans, ignorait-il donc ce que c'est qu'une reconnaissance ? et, sachant que, la veille, les Espagnols étaient venus de Mengibar, comment l'idée ne lui vint-elle pas de constater tout d'abord qu'ils n'y étaient point retournés, d'autant qu'ils s'étaient retirés dans cette direction ? et il n'avait pas beaucoup de chemin à faire pour cela, puisque Mengibar n'est qu'à trois lieues de Baylen ! — Quant à sa lettre contenant le rapport du général Dufour, que le général Vedel dit avoir été remise au général Dupont avant la nuit du 17, nous avons montré qu'elle n'existe point au Registre de correspondance du général Vedel, qu'il n'en est fait mention nulle part, et que c'est par la lettre datée de Guarroman à 10 heures du soir le 17, que le général Dupont reçut le rapport du général Dufour.

Au i3e article, le général Vedel dit que la position du général Dupont eût été beaucoup moins mauvaise si l'on avait pris la précaution de faire sauter le pont du Rumblar. C'est montrer une bien singulière ignorance des événements et de la configuration des lieux, car les Espagnols ne parvinrent à ce pont qu'à deux heures de l'après-midi, au moment où tout était terminé, et si les marins du capitaine Grivel, qui y avaient placé des obus chargés, ne le firent point sauter, c'est que cela eût été complètement inutile ; le Rumblar, alors presque sans eau, n'était pas d'ailleurs un obstacle pour l'infanterie. — Quant aux raisons alléguées par le général Vedel pour expliquer son séjour à la Caroline et la lenteur de sa marche sur Baylen, le 19 juillet, nous en avons montré l'inanité.

Au i4e article, rendant compte de son attaque du 19, à 5 heures du soir, le général Vedel, qui avoue son échec sur la position de l'Ermitage, omet de dire qu'à son attaque de gauche, les Espagnols, se reposant sur la foi de la trêve, ne se défendirent pas.

Dans sa réponse à la question du i56 article, tout ce que dit le général Vedel de la mission du commandant Baste, est d'une inexactitude sans excuse, puisqu'elle incrimine faussement le général Dupont, et que le général Vedel a dû se renseigner auprès de Baste lui-même, qui ne le quitta pas du 21 juillet au 12 novembre. Non seulement le commandant Baste fut admis dans la salle des conférences, à la maison de poste, mais il y prit la parole, et ses instances irritèrent à ce point les commissaires espagnols qu'ils menacèrent de rompre les négociations.

Nous ferons en dernier lieu remarquer combien est étrange l'assertion contenue dans la question du 17e article, qu'un général en chef placé dans une position critique avec une partie de ses troupes, perdrait le droit de pouvoir donner des ordres à l'autre partie. Où est la loi, le règlement militaire, qui s'exprime de la sorte ? Nous avons montré que celte assertion ne supporte pas un seul instant l'examen, et qu'un général en chef ne peut perdre son droit au commandement sur des troupes actives, que par un acte définitif, révocation, reddition le constituant prisonnier de guerre.

Le général Vedel, parti de Marseille le it\ janvier 1809, arriva à Paris le 23 ; il fut écroué à l'Abbaye par les ordres du général Buquet, chef d'état-major de l'Inspection Générale de la Gendarmerie Impériale.

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