‹ Le général DupontChapitre 2 sur 90 · DU CHEF DE BATAILLON · texte numérisé non relu

DU CHEF DE BATAILLON

Ch. d'Affry

A M. le Général de division Belliard, comte de l'Empire, chef de l'état-major général.

Rapport sur les événements qui ont eu lieu à la 2e division du 2e corps, du 13 courant au 18 au soir.

Le t3 juillet la 20 division campait à Baylen et avait à deux lieues, au bac de Mcngibar sur le Guadalquivir, une avant-garde commandée par le général de brigade Liger-Belair et forte de deux bataillons d'infanterie, quatre pièces de quatre et 80 dragons.

Dans la nuit du i3 au i/|, les grand-gardes des dragons placées au-dessus du bourg de

Mengibar sur la rive gauche du fleuve, furent attaquées, forcées de repasser la rivière et perdirent 6 hommes tués ou pris.

Le i4, au point du jour, une colonne espagnole forte d'environ 3ooo hommes, déboucha à la droite du bourg de Mengibar, y jeta la majeure partie de son monde, et avec un régiment de ligne et environ 200 chevaux, vint occuper les hauteurs de la rive gauche vis-à-vis la position du général Belair : l'ennemi engagea de suite une fusillade assez vive avec les postes d'infanterie restés sur la rive gauche et ceux qui bordaient la rive droite du Guadalquivir. Les généraux ennemis reconnurent notre position, et la fusillade cpii se soutint longtems n'eut de résultat que quelques tués et blessés (en petit nombre) de part et d'autre.

Le i4 au soir, le général Belair fit renforcer les postes de la rive gauche et occuper deux redoutes sur la rive droite. On passa la nuit sous les armes.

Le i5 avant le jour, l'ennemi, plus nombreux que la veille, attaqua vivement les postes de la rive gauche et les deux flèches de la rive droite ; il fit rétrograder nos tirailleurs ainsi qu'une compagnie de grenadiers et une de voltigeurs qu'on envoya à leur secours, et s'étant réunis en grand nombre sur la hauteur, il fit un feu très vif sur notre infanterie et notamment sur l'artillerie qui parvint à le contenir et à l'empêcher de passer le Guadalquivir. Ce feu dura de 3 heures du matin à 10 heures environ ; la perte ne fut pas considérable en morts; il y eut quelques blessés dont deux ofliciers de la 5e Légion.

Le général Vedel, qui était à Baylen, instruit par le bruit et les ordonnances envoyées par le général Belair, se mit en marche avec sa division et arriva vers onze heures sur le revers des collines en arrière de la position du général Belair, pour le soutenir. Peu d'instants après, le général Vedel reçut un aide de camp du général Dupont avec l'ordre de se rendre de suite à Andujar avec sa division (1), où l'ennemi avait fortement canonné toute la matinée avec des pièces de position, et s'était montré très en force. Le général Dupont ordonnait de laisser au bac de Mengibar des forces suffisantes pour défendre le passage, et de marcher avec le surplus. Le général Belair fut renforcé de quatre compagnies, ce qui porta ses forces à 21 compagnies et 80 dragons, et à 5 heures la division Vedel partit pour Andujar.

Dans la nuit du i5 au iG, le général Belair, prévenu que le général Gobert avait remplacé la division Vedel à Baylen, fit un mouvement en arrière pour élever sa ligne sur la hauteur, et laissa 4 compagnies pour occuper la rive et les redoutes au bord du fleuve. Averti que l'ennemi était en mouvement sur notre gauche, le général Belair poussa une forte reconnaissance sur Javalquinto, qui, à deux heures, nous apprit qu'effectivement quelques insurgés s'étaient montrés sur la rive droite. Le général Belair expédia de suite plusieurs ordonnances au général Gobert, et le lendemain il fut vérifié qu'elles avaient été enlevées par l'ennemi.

Le 16, au point du jour, l'ennemi engagea une forte fusillade sur tout le front de la rive du Guadalquivir, et fit un feu très soutenu de deux pièces qui obligèrent successivement et après environ cinq quarts d'heure de combat, nos quatre compagnies à évacuer les redoutes, une vieille ferme brûlée et la rampe du bac, et à se replier sur les hauteurs à la gauche du bataillon. Sur ces entrefaites, des avis réitérés parvenus au général Belair, le déterminèrent à faire un changement de front en arrière sur sa droite et à commencer un mouvement rétrograde (il est à observer que l'ennemi, maître des deux rives, s'était étendu dans la plaine, sur la rive droite et nous attaquait vivement de front). Je fus chargé de couvrir la gauche, de suivre par le flanc et serré le mouvement de notre artillerie filant au centre ; le 2e bataillon de la 5e Légion, par peloton en colonne, se retira par la droite, et le mouvement se fit avec beaucoup de calme et d'ensemble.

Il nous était bien connu que nous étions absolument tournés par notre gauche, et, en effet, à peine eus-je gagné les premiers arbres de la forêt que je fus vivement attaqué par une force à peu près triple de la mienne ; je suivis mon mouvement en continuant un feu de mousquclcrie

(1) Il y a la, comme nous l'avons montré dans le précédent volume, une erreur capitale. E. T.

qui m'a paru être très meurtrier pour l'ennemi. Au passage d'un petit ravin, un de mes caissons l'ut Tracassé, et deux des chevaux et un charretier d'une pièce furent tués. J'entrepris d'y atteler des mules, mais il fut impossible de réussir à les atteler et la pièce fut abandonnée malgré nies efforts et ceux du chef de bataillon Chaudron de la 5e Légion. Nous nous ralliâmes cependant à ce même ravin, et le 2e bataillon de la 5e Légion contint l'ennemi pendant que je reformais le mien. Nous continuâmes notre retraite sur Baylen, quoique nous fussions absolument débordés par la droite et la gauche, harcelés continuellement par l'infanterie, l'artillerie et la cavalerie ennemies. Les dragons ennemis fournirent une charge sur la droite de la colonue et furent repoussés avec perte de la presque totalité des assaillants. Nous arrivâmes enfin vers les huit heures en vue des troupes du général Gobert dont nous reçûmes les ordres, et prîmes position sur les hauteurs en avant de Baylen.

L'ennemi nous laissa du temps ; il déboucha lui-même de plusieurs vallées et nous vîmes que sa force était environ de 12 000 hommes d'infanterie et 800 à 1 000 chevaux, avec plusieurs pièces de huit (quatre), quelques-unes de quatre et une couple d'obusiers, environ 10 bouches à feu.

Le général Gobert avait réuni i5o cuirassiers sur sa droite, un bataillon d'infanterie légère et les deux bataillons du général Belair au centre, les dragons et 5o cuirassiers sur la gauche. La canonnade s'engagea et devint assez vive : les cuirassiers de la droite exécutèrent une charge en bon ordre, mais l'ennemi étant très nombreux elle n'eut pas de succès quoiqu'elle fût soutenue d'un grand feu d'artillerie et de mousqueteric. Le terrain fut ensuite longtemps disputé à coups de canon et par des tirailleurs, mais en peu de teins (vers midi) il fut facile de s'apercevoir que l'ennemi se dissimulait dans les vallées et se portait sur notre gauche. Un seul bataillon de la division Gobert se trouvait à cette affaire ; un autre, placé à Liguario, fut attaqué en même tems par un corps de 6000 ennemis, au rapport de ceux qui s'y sont trouvés; un 3e arrivait de Guarroman et était à notre vue quand il reprit la route de Guarroman pour y escorter le général Gobert blessé à la tète d'une petite balle, un moment après la charge des cuirassiers, et dont il est mort en voiture pendant le trajet. A deux heures, les tirailleurs avaient absolument cessé et l'ennemi ne montrait qu'une tète de colonne sur notre extrême gauche.

Le général Dufour, qui avait pris le commandement, tint la position, et à 10 heures du soir ordonna un mouvement rétrograde par Baylen sur Guarroman : nous ne fûmes pas inquiétés.

Le 17, au point du jour, nous primes position à Guarroman, et la troupe fut prévenue qu'après quelques heures de repos elle continuerait le mouvement. Vers les midi, un paysan, porteur de dépèches, nous prévint que le général Vedel était en marche, que nous attendrions son arrivée pour continuer notre mouvement sur la Caroline et Sainte-Hélène. Le général Vedel arriva d'Andujar le 17 à 10 heures du soir, et dès qu'il fut formé nous continuâmes le mouvement, et après avoir laissé 4 compagnies à la Caroline nous primes position le 18, à n heures, sur les hauteurs de Sainte-Hélène. Le général Vedel nous ayant annoncé qu'il partirait de Guarroman au point du jour, nous l'attendions à 3 heures après midi, mais, au contraire, le corps du général Dufour reçut, à 5, l'ordre de se porter en avant sur la Caroline et Guarroman.

Le 18 au soir, je partis de Sainte-Hélène, avec un transport de malades et de blessés. Le capitaine Tavel, du 3'' régiment suisse, qui a quitté Sainte-Hélène le 19 au matin, a entendu du côté de la Caroline un feu d'artillerie et de mousqueterie fort et soutenu, qui, commencé au point du jour, se faisait encore entendre dans la Sierra-Morena après midi.

J'évalue la perte totale des journées des i4. i5 et 16, pour le corps du général Belair et la dhision Gobert, à 3oo hommes morts, pris ou blessés, non compris une compagnie delà 5e Légion détachée au moulin d'Espelui entre le bac de Mengibar et Andujar.

Je crois la perte de l'ennemi très considérable, notamment dans la forêt près du Guadalquivir, et par l'effet de notre artillerie qu'il a été facile de distinguer. L'ennemi avait beaucoup de troupes de ligne. Il a montré quelque ordre dans ses mouvements, mais peu d'intelligence à profiter de la supériorité de son nombre ; il a tenu avec constance au feu de notre artillerie. J'ai appris par les officiers du 3'; régiment suisse, que j'ai vus le 17 au soir à Guarroman, que

l'ennemi avait été en position devant Andujar toute la matinée du ifi, au nombre d'environ 4o ooo hommes, tant troupes que paysans enrégimentés.

J'ai passé la nuit du 18 au 19 dans la Sierra-Morena, et le 19 au matin je suis arrivé à Santa-Cruz. L'alcade m'a instruit qu'une bande de 5o contrebandiers avait enlevé le même jour, à 10 heures du matin, un courrier qui vous était adressé et parti la veille au soir de Sainte- Hélène ; (je lui avais parlé la veille, il est Catalan de nation). Je trouvai la ville en fermentation, on y parlait beaucoup des événements de Valence et d'Andalousie. J'en partis de bonne heure le 20, et à une lieue je rencontrai 1 1 contrebandiers bien montés, qui ayant reconnu notre force et nos mesures, s'enfuirent dans la montagne. Arrivé à Valdcpeiîas, je trouvai la ville en rumeur ; j'eus quelques difficultés à passer, et une charrette d'équipages des cuirassiers fut pillée, on prit les armes et les effets et on ne laissa que quelques cuirasses.

Le 20 au soir j'arrivai à Manzanarès, où je m'arrêtai le 21. Le même jour, à la nuit, j'en partis, j'arrivai au jour à Villaharta d'où je partis le 22 à midi ; à 3 heures, à moitié chemin de Madridejos, je fus attaqué par un parti de l\0 brigands ; je formai ma petite troupe en masse et marchai dessus l'arme au bras, tandis que 8 cuirassiers, montés sur des chevaux blessés, faisaient le simulacre de les tourner. Ces démonstrations les mirent en fuite et je continuai ma route sur Madridejos, où j'instruisis de suite M. le commandant de ce qui m'était arrivé. J'ai observé plusieurs cadavres sur la route, notamment une fosse à peine recouverte, dans le lieu où étaient les brigands; je soupçonne que c'est un officier et 3 soldats d'infanterie légère.

Le 23, je suis parti de Madridejos ; j'ai trouvé la ville de Tembleque en grande fermentation et on nous y a traités avec beaucoup d'inconvenance ; le soir, j'ai vu encore quelques brigands en deçà de la Guardia, qui n'ont pas osé nous attaquer, et à onze heures du soir je suis arrivé à Ocana.

Je me suis hasardé dans ma route à provoquer la confiance de quelques habitants chez cpii j'étais logé et de quelqu'autres. A Manzanarès, le 21, étant assoupi et malade dans un lit, je trouvai à mon réveil, sur ma table, un billet en espagnol, qui m'apprenait qu'en vertu d'une capitulation passée le 20, le général Dupont s'était rendu prisonnier de guerre ; mon hôte, en effet, accourut et me dit epic cet événement avait eu lieu à la suite d'une malheureuse affaire arrivée le 19, qu'il venait d'en être instruit par le passage d'un aide de camp du général Castanos allant à l'armée des Valenciens, et que le même en avait apporté la nouvelle officielle et par écrit à la Junte de Manzanarès, et qu'il était parti de suite. Le même homme a dit le même jour qu'une forte colonne de Valenciens serait dans deux ou trois jours à la Solana, pour marcher sur la Sierra-Morena, et que le même jour les garnisons de Manzanarès et Madridejos seraient attaquées par de la cavalerie de Valence ; que les insurgés d'Estramadure étaient à Talavera et seraient dans peu à Tolède, mais ne se porteraient pas plus loin pour le moment. J'ai tâché, par la rapidité de ma marche, de précéder la publication delà nouvelle de la prise fausse ou vraie du général Dupont. Déjà l'alcade et les principaux habitants de Villaharta en étaient instruits. De même à Madridejos et même à Tembleque. A Aranjuez on prétend avoir reçu une lettre du 21 d'Almagro, qui annonce que le même jour on y a chanté un Te Deum pour cet événement.

Voilà, mon général, le rapport exact des événements dont j'ai été le témoin, et le sommaire des renseignements que j'ai cherché à obtenir sur la route difficile que je viens de faire.

J'ai l'honneur, etc..

Ch. d'ArFRY.

Chef de bataillon au 3e régiment suisse.

Nous ferons remarquer que, dans ce rapport, le commandant d'Affry, mal renseigné, commet une très grosse erreur, en disant que, le i5 juillet, le général Vedel reçut du général Dupont Tordre « de se rendre à Andujar avec sa division ». Le général Dupont ne demandait qu'un bataillon et un escadron, ou une brigade dans le cas seulement où le général \edel aurait peu d'ennemis devant lui. En se portant à Andujar avec sa division,

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