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INTERROGATOIRE DU GÉNÉRAL VEDEL

Par M. le Grand-Procureur Général près la Haute-Cour.

17 février 1809.

Le 17 février 1809, à dix heures du matin, le Cte Regnaud de S'-Jean d'Angely, assisté des magistrats ordinaires, s'étant transporté à la prison de l'Abbaye, y reçut les déclarations du général Yedel, ainsi qu'il suit :

Demande. — Vos nom, prénoms, âge, lieu de naissance, qualité et demeure ?

Réponse. — Dominique-Honoré-Marie-Antoine Vedel, âgé de 37 ans, né à Monaco, général de division, commandant de la légion d'honneur, Comte de l'Empire, demeurant à Monaco, dép' des Alpes-Maritimes.

Demande. — Quand avez-vous reçu l'ordre d'aller rejoindre le général Dupont dans V Andalousie ?

Réponse. — Le 19 juin, je suis parti de Tolède, sur l'ordre donné par le G'1 Rclliard.

Demande. — Quand êtes-vous arrivé dans la Sierra-Morena ?

Réponse. — Le 26 juin, j'ai culbuté l'ennemi à Penapcrros : j'ai pris son artillerie, et je me suis établi à Ste-Hélène.

Demande. — Quelle était la force des troupes de votre division?

Réponse. — J'avais cinq mille hommes dans ma division, ou environ ; j'ai été joint par cinq cents hommes aux ordres du général Roize : et le 27, j'ai été joint avec un détachement par le commandant Baste, venant de la Caroline, où il avait laissé son infanterie au nombre de mille hommes environ : j'avais onze pièces de canon.

Demande. — Quand avez-vous établi votre communication avec le G"1 Dupont ?

Réponse. — Le même jour 27, je l'ai prévenu de mon arrivée; je lui ai communiqué mes instructions et je suis parti pour la Caroline, afin de communiquer plus facilement avec lui : dès ce moment, je n'ai plus reçu d'ordres que de lui.

Demande. — Quels ordres vous a donnés le Gal Dupont ?

Réponse. — Le Gal Dupont m'a ordonné d'envoyer un bataillon et deux pièces de canon à Penaperros, pour garder le défdé, devenir m'établir avec ma division à Baylen, et d'envoyer une brigade sur Jaen pour faire des vivres.

Demande. — Que s'est-il passé après l'exécution de ces ordres ?

Réponse. — La brigade détachée à Jaen s'est battue les ior, 2 et 3 juillet. Le but de son expédition n'ayant pas pu être rempli, attendu que les habitants avaient fui et que les moyens de transport étaient nuls, j'ai reçu ordre de rappeler cette brigade, d'établir d'abord un bataillon, et ensuite jusqu'à deux bataillons, un escadron de cavalerie et deux pièces de canon pour garder le gué du Guadalquivir au point de Mengibar, d'y faire construire des redans afin de défendre le passage avec plus d'avantage, si l'ennemi voulait le tenter.

Demande. — Que vous est-il arrivé dans cette position ?

Réponse. — Le général Belair était chargé de commander le poste de Mengibar. Le i3 au matin, le poste avancé, composé de 10 à 12 hommes, fut culbuté et l'ennemi s'établit dans le village de Mengibar. Le i5 juillet, en suite des ordres du général en chef qui s'attendait à être attaqué, je quittai Baylen et je me portai vers le Guadalquivir, pour soutenir le Gal Belair qui était au point de Mengibar. Arrivé à ce point, une vive fusillade s'engagea entre l'ennemi et quelques postes du Gal Belair. Je vins reconnaître l'ennemi, et, pour le déterminer à me montrer ses forces, je fis déployer deux bataillons à sa vue; ils se tinrent pendant plusieurs heures en présence. L'ennemi rappela ses tirailleurs, et j'estimai ses forces peu au-dessus de 3ooo hommes ; il ne fit point paraître d'artillerie.

Je fis revenir mes deux bataillons derrière la colline où était placé le reste de mes troupes, et après avoir renforcé de quatre compagnies le général Belair, je me disposais à revenir à Baylen,

où le Gal Gobert m'avait remplacé en suite des ordres du Gal en chef, quand un aide de camp envoyé d'Andujar me fit changer de disposition. Il venait d'arriver un détachement de cuirassiers, parti de Linarès,qui me donna la certitude que l'ennemi n'avait pas passé le Guadalquivir sur ma gauche.

Demande. — Quel ordre vous portait Vaide de camp du général, et que fîtes-vous alors ?

Réponse. — L'aide de camp me portait l'ordre d'envoyer à Andujar un bataillon et un escadron, ou une brigade si l'ennemi ne se montrait pas en force devant moi. J'appris de lui, que la vive canonnade que j'avais entendue dans la matinée avait été dirigée contre Andujar, que l'ennemi avait cherché à passer le Guadalquivir, qu'il avait effectué ce passage sur plusieurs points, mais encore en petit nombre. Sentant le danger auquel était exposé le Gal en chef avec des forces bien inférieures, jugeant le poste de Mengibar suffisamment gardé et à même d'être secouru par le Gal Gobert, je me déterminai à marcher au secours d'Andujar ; mais pour ne rien faire qui pût contrarier les intentions du Gal en chef, je fis partir sur-le-champ un des mes aides de camp, M. Walner, avec l'officier qui était venu me porter les ordres, nommé Desfontaines, afin de recevoir contre-ordre en route, si le général en chef le jugeait convenable.

Je prévins sur-le-champ le Gal Gobert de mon mouvement, afin qu'il soutînt le Ga! Belair au besoin. Mon aide de camp arriva à sept heures du soir, le i5, à Andujar. Je me mis en marche et j'arrivai à deux heures après minuit à la poste, moitié chemin de Baylen à Andujar. La nature et les difficultés du chemin m'empêchèrent d'arriver plus tôt. Je fis halte pour rallier, et je partis, mon mouvement n'ayant pas été contremandé, à 4 heures et demie pour Andujar.

L'ennemi renouvelait alors son attaque contre Andujar, et cela devint si sérieux, que le Gal en chef m'expédia plusieurs officiers, afin de me faire accélérer ma marche. Quelque diligence que je fisse, je ne pus cependant arriver avant dix heures du matin. L'ennemi, à la vue des renforts que j'amenais, diminua son feu, et peu d'instants après il cessa. Mais l'ennemi avait fait aussi une attaque sur Mengibar, elle Gal Belair, qui y était, avait été obligé de se retirer. Cependant l'engagement sur ce point, ne produisit d'autre malheur que la mort du Gal Gobert. Le Gal Dufour ayant pris le commandement de ses troupes, qui s'étaient retirées sur ce point, n'y fut point inquiété: ce qui vient à l'appui de l'appréciation que j'avais faite des forces de l'ennemi, c'est qu'il ne poussa pas, ce jour-là 16, jusqu'à Baylen. D'ailleurs, puisqu'on était prévenu de son mouvement, il aurait pu être arrêté.

Demande. — Le général Dupont vous a-l-il fait connaître qu il eût reçu le ib, à sept heures du soir, par votre aide de camp, la nouvelle de votre marche sur Andujar ?

Réponse. — Mon aide de camp est revenu vers moi à mon arrivée à Andujar, sans avoir reçu d'autre ordre que de me placer en arrière de la division de cavalerie.

Demande. — Dans cette position, quels ordres avez-vous reçus du Gal Dupont, le 16 ?

Réponse. — De me porter précipitamment sur Baylen. Cet ordre fut occasionné par l'arrivée d'un officier d'Etat-Major de la division Gobert, qui annonçait ce qui était arrivé à cette division. L'ordre de partir m'a été donné par écrit, par le Gal en chef, à l'heure de son dîner, qui était ordinairement fort tard ; et je suis parti à neuf heures. Mes instructions étaient de me joindre au général Du four, de repousser l'ennemi sur Mengibar et de lui faire repasser le fleuve, d'attaquer môme l'ennemi s'il était à Bacza, de revenir à Baylen et de là à Andujar, en laissant des postes à Baylen pour garder ce point.

Demande. — Q'uavez-vous fait à votre arrivée à Baylen ?

Réponse. — N'ayant pas trouvé le Gal Dufour à Baylen, je pris position, le 17, à 8 heures et demie du matin. Je rendis compte au Gal en chef de mon arrivée à Baylen, du départ du Gal Dufour. Je fis pousser des reconnaissances vers le Guadalquivir: on ne vit rien. Présumant que le Gal Dufour avait pris le chemin de la Caroline, je lui expédiai un courrier de confiance ; ce courrier ayant rencontré le général Dufour à Guarroman, me rapporta une lettre de lui, dans laquelle il me disait que sur l'avis qu'il avait eu qu'un corps de dix mille hommes avait filé pour s'emparer de la Sicrra-Morena, et que, d'après les avis qu'il venait de recevoir, il n'y avait aucun doute que l'intention de l'ennemi fût de nous enfermer dans ces montagnes ; qu'il était

parti à minuit de Baylen pour prévenir l'ennemi, et que lui, Gal Dufour, était en position sur Guarroman.

J'envoyai ce rapport original au général en chef. Je lui écrivis que j'allais me joindre au Gal Dufour, pour tâcher de gagner l'ennemi de vitesse, et le battre. Le Gal en chef me répondit le 17 au soir ; il approuva le mouvement du Gal Dufour, le mien, et me donna la latitude de chercher l'ennemi partout où je pourrais le rencontrer, et d'empêcher surtout qu'il ne passât dans la Manche, par la route de Quemada qui y mène; d'attaquer l'ennemi, si j'avais des forces suffisantes, et, dans le cas contraire, de manœuvrer, et d'attendre que lui, général en chef, vînt à mon secours. Le général en chef sentit si bien la lacune qui allait exister entre lui et moi, qu'il donna l'ordre de lever le camp d'Andujar le 17 au soir ; cet ordre fut malheureusement révoqué. Ne devais-je pas m' attendre, d'après la lettre du général en chef, qu'il quitterait sur-le-champ la position d'Andujar ? d'autant plus qu'il me disait qu'il n'y tenait pas, mais bien à profiter de la dispersion de l'ennemi en plusieurs corps pour l'écraser.

Demande. — Quels autres ordres avez-vous reçus ultérieurement du Gnl Dupont ?

Réponse. — Une lettre du 18, qui confirmait les ordres précédents, et qui me disait de revenir sur Baylen, après avoir battu l'ennemi. Je crois aussi que cette lettre me disait de garder Bacza et Linarès.

Demande. — Quand avez-vous opéré votre jonction avec le G"1 Dufour, et qu' avez-vous fait alors ?

Réponse. — Ma jonction avec le Gal Dufour a eu lieu le 17, avant minuit. Il m'a confirmé le rapport qu'il m'avait fait le même jour ; j'ai pris position à Guarroman, j'ai fait partir sur-lechamp le Gal Dufour pour Ste-Hélène, je l'ai suivi moi-même avec mes troupes, quelques heures après. Le Gal Dufour a dû à peu près arriver à Ste-Hélène, en même temps que moi à la Caroline ; j'ai fait reconnaître la roule de Puerto-del-Rey, ou de Quemada. Le Gal Dufour a pris position à Ste-Hélène, et moi à la Caroline ; le G1' Dufour m'a écrit qu'on avait vu quelques troupes armées, mais en petit nombre. C'est alors que j'ai reconnu que le Gal Dufour avait été trompé par un faux rapport, et que l'ennemi n'avait pas marché pour occuper la Sierra- More na.

Demande. — D'après les ordres que vous avait donnés le Général en chef, et les nouvelles que vous veniez d'apprendre, quel mouvemeut avez-vous fait faire alors à votre division ?

Réponse. — J'ai donné l'ordre au Gal Dufour de rétrograder et devenir me joindre en laissant deux bataillons à StL'-Hélène. Depuis le i5, mes troupes avaient été constamment sur pied ; elles avaient marché jour et nuit ; la fatigue, le manque de subsistances, attendu que depuis le 1 4 ma division n'avait reçu qu'une demi-ration de biscuit distribuée le 16 à Andujar, l'impossibilité bien reconnue de faire subsister pendant le 18 ma division ailleurs qu'à la Caroline des fruits qu'offraient les jardins de cette ville, me déterminèrent à y prendre position, pour y attendre le G'1 Dufour, et pour faire réparer le charronnage de mon artillerie, qui fut l'objet d'une occupation constante. Les troupes du Gal Dufour me rejoignirent entre une et deux heures du matin le 19, et je partis à la pointe du jour pour Baylen.

Demande. — Avez-vous donné avis de ce mouvement au Gal Dupont, et l'a-t-il reçu ?

Réponse. — J'en ai donné avis au Gal Dupont ; mais comme j'ai fait porter ma lettre par un homme du pays, j'ignore s'il l'a reçue.

Demande. — Quelles ont été les opérations dans la journée du 19 ?

Réponse. — Je ne puis préciser l'heure de mon arrivée à Guarroman ; mais j'assure que demi-heure ou trois quarts d'heure après que j'y fus arrivé, le feu cessa de s'y faire entendre : je l'avais entendu dès ma sortie de la Caroline. Le feu ayant cessé, je crus pouvoir attendre sans inconvénient à Guarroman le retour d'une reconnaissance que j'avais envoyée sur Linarès, que l'on m'avait assuré être occupé par l'ennemi. Je laissai le général Lefranc en position à Guarroman avec le reste des troupes de la division Gobert, et je partis vers midi avec celles de ma division pour Baylen.

Arrivé près des hauteurs de cette ville, j'aperçois l'ennemi, et je me dispose à l'attaquer. Dans le temps que je faisais ces dispositions, on m'annonce deux officiers parlementaires envoyés

par le général ennemi Reding, me prévenir qu'il avait été conclu un armistice entre le Gal Dupont et lui. Je répondis à ces officiers de retourner vers leur général et de le prévenir cpie j'allais l'attaquer. Ces officiers insistant, je me déterminai, dans le temps que mes troupes se formaient, à envoyer un de mes aides de camp, Meunier, chef de bataillon, près du général Reding, pour s'assurer par lui-même s'il était vrai qu'à l'instant même il y avait des officiers de l'Etat-Major du G'1 Dupont auprès du général rebelle Reding ; je donnai ordre à cet officier d'être de retour sous un quart d'heure.

Aussitôt que j'avais aperçu l'ennemi, j'avais donné ordre au Gal Lefranc de venir me rejoindre. Ne voyant pas revenir mon aide de camp, j'ordonne l'attaque. Déjà j'étais maître des hauteurs de Raylcn, j'avais fait plus de mille prisonniers et pris deux pièces de canon ; mes troupes allaient s'emparer de la position de l'Ermitage, que je fais canonner vivement alors, quand l'aide de camp Barbarin, du général en chef, m'apporta l'ordre de ne rien entreprendre jusqu'à nouvel ordre contre l'ennemi. Je ne sus rien de ce qui s'était passé, et je restai dans la fausse persuasion que l'affaire avait été heureuse. Ce ne fut que dans la matinée du 20, que mon aide de camp, de retour de chez le Gal Dupont, où le Gal Reding l'avait fait conduire, m'apprit la position du Gal en chef. D'après l'ordre qui m'en fut donné, ayant fait cesser le feu, j'établis ma division dans les positions qu'elle avait pu enlever à l'ennemi.

Demande. — Voire succès, dans celte attaque contre l'ennemi, fut-il disputé ? ou bien prîtes-vons le bataillon, les drapeaux, les canons, parce que les troupes ennemies, se reposant sur la trêve, ne se défendirent pas ?

Réponse. — La droite de l'ennemi fut tournée par ma cavalerie et attaquée de front par mon infanterie. Dans cette position, l'ennemi fit peu de résistance; mais sa gauche, à la position de l'Ermitage, fit plier d'abord le Ier bataillon de la 5e Légion, cpii l'attaquait. Je fis soutenir ce bataillon par le Ier bataillon du 3° régiment suisse, qui plia également, et j'ordonnais à la cavalerie et au reste de la 5e Légion d'enlever de force cette position, lorsque l'aide de camp Barbarin m'apporta l'ordre de ne rien entreprendre contre l'ennemi. Je conclus de là que la défense a été aussi vigoureuse de la part de l'ennemi, qu'elle pouvait l'être.

Demande. — Vous auriez pu partir plus tôt de la Caroline, et même en ne parlant <pià V heure où vous l'avez fait, vous auriez pu arriver plus tôt sur les derrières du général Reding, et avant que le général Dupont ait été obligé de cesser le combat.

Réponse. — La distance de la Caroline à Baylen est telle qu'il faut à un petit corps de troupes en été 9 à 10 heures (r) pour la parcourir; un corps nombreux marchant en ordre, pour être prêt à tout événement, doit nécessairement y mettre plus de temps. Quand je suis arrivé à Guarroman, il était indispensable d'y faire une halte; je crois qu'elle n'excéda pas deux heures. L'excessive chaleur, un nuage épais de poussière, l'attrait irrésistible de l'eau où le soldat se portait toutes les fois qu'il en rencontrait, quelques accidents survenus au charronnage de mon artillerie auxquels il fallait remédier de suite, l'état d'épuisement où se trouvait la troupe par les longues privations et les fatigues du métier, tout cela concourait à ralentir ma marche : dcinilieure ou trois quarts d'heure après mon arrivée à Guarroman, le feu ayant cessé, et n'étant alors qu'à moitié chemin de Baylen, il est prouvé que je ne pouvais y arriver avant la fin du combat ; le feu aurait-il duré encore pendant deux heures, j'aurais été dans l'impossibilité de parcourir cet espace pendant ce temps.

Demande. — A quelle heure est arrivé M. Barbarin, aide de camp du général Dupont, vous porter l'ordre de cesser le feu ?

Réponse. — Je pense qu'il est arrivé le 10 à 3 heures et demie.

(1) La distance do la Caroline à Baylen n'est pas tout à fait de 36 kilomètres, soit six lieues jusqu'au cerro Alioreado. Entendant le canon tonner sans relâche à Baylen, le général \ edel avait le devoir strict de se li;\ter pour aller au secours de son général en etief ; et il mit huit heures pour faire les trois lieues et quart qui séparent la Caroline de (Juarroman !! C'est à dix heures, au plus tard, que le général Vedel eût dû être avec ses tètes de colonnes devant Baylen, et le simple bon sens devait lui indiquer qu'en annonçant son arrivée pardes salves d'artillerie, il eût forcé les Espagnols à battre en retraite. E. T.

Demande. — Quel compte vous a-t-il rendu de la position du général Dupont ?

Réponse. — Il ne m'a rendu aucun compte ; il était accompagné par un officier espagnol.

Demande. — Est-il reparti tout de suite ?

Réponse. — Oui, tout de suite.

Demande. — Et sans vous dire que le général Dupont était dans la situation la plus critique ?

Réponse. — Sans m'en parler en aucune manière, en sorte que je suis resté dans la persuasion que l'affaire avait été heureuse : toute ma division le croyait aussi.

Demande. — Jusqu'à quelle époque êtes-vous resté dans cette ignorance ?

Réponse. — Jusqu'au lendemain 20, à la rentrée de mon aide de camp Meunier.

Demande. — Cet aide de camp vous a-t-il apporté quelques ordres ou instructions du général Dupont ?

Réponse. — Cet aide de camp m'a dit qu'il avait ordre de me faire connaître la position du général en chef, que le général en chef lui avait dit qu'il désirait bien que je pusse me retirer, mais qu'il croyait la chose difficile : que le général en chef formait plusieurs projets, soit d'attaquer l'ennemi de rechef, soit de me faire retirer, si je pouvais ; et enfin que je devais tenir la même position, jusqu'à ce qu'il me fût donné d'autres ordres.

Demande. — Votre position resta donc la même, qu'après votre combat du 19?

Réponse. — Oui.

Demande. — Vous ne fûtes pas compris dans la trêve ?

Réponse. - — Je l'ignore.

Demande. — Le général Dupont ne vous fit rien dire de positif à cet égard, par son aide de camp ?

Réponse. — Rien.

Demande. — Quand avez-vous reçu du général Dupont l'ordre de rendre ce que vous aviez pris à l'ennemi ?

Réponse. — Le 20, un aide de camp du général Dupont me porta l'ordre écrit de tout rendre, et me donna l'ordre verbal d'en éluder l'exécution, tant que je pourrais : ce n'est que depuis, que par un autre aide de camp, j'ai reçu l'ordre verbal et absolu de tout restituer.

Demande. — Le général Dupont ne vous a-t-il pas fait dire d'opérer votre retraite sur la Sierra- Morena ?

Réponse. — Cet ordre me fut apporté, je crois, par l'aide de camp Choiseul, attendu que la proposition, que j'avais fait faire d'attaquer de rechef le 21 l'ennemi, ne pouvait avoir lieu. La même intention avait été aussi manifestée par le général en chef, mais il paraît que les troupes qui étaient sous ses ordres n'étaient plus en état de l'entreprendre. Cet ordre et plusieurs autres avaient été donnés et retirés dans le même jour ; mon mouvement était commencé et bien avancé, lorsqu'un aide de camp du général en chef vint m'enjoindre de le suspendre, le 20 au soir : mais il était trop avancé, et je le continuai jusqu'à Sainte-Hélène où j'arrivai le 21 avant midi, laissant malheureusement plus de 800 hommes exténués de fatigue et de misère, mais qui purent me rejoindre parce que je ne fus pas poursuivi. C'est là que je reçus par écrit, à midi, du général Legendre, à une heure du général Dupont, l'ordre de m'arrèter partout où je serais, attendu que j'étais compris dans la capitulation qui venait d'être conclue.

Demande. — Vous fit-on connaître les conditions de la capitulation ?

Réponse. — Pas dans ce moment: ce ne fut qu'à Guarroman, où j'étais revenu par l'ordre du général Dupont, que, la nuit du 23 au i[\, on m'envoya une copie de la capitulation.

Demande. — N'aviez-vous eu, avant, aucune connaissance des conditions proposées ?

Réponse. — Je n'en ai eu aucune. J'en aurais pu avoir, si le commandant Baste avait pu être admis au lieu des conférences. La capitulation a été faite sans qu'il m'ait été fait aucune notification, ni communication quelconque.

Demande. — Pourquoi n avez-vous pas continué votre retraite, qui était déjà si avancée le 21 ?

Réponse. — Parce que j'ai reçu l'ordre du général en chef de m'arrèter partout où je serais, attendu que j'étais compris dans la capitulation qui venait d'être conclue.

LE PROCÈS 26f)

Demande. — Le commandant Basle, à son retour, ne vous fit-il rien connaître sur les conditions de la capitulation ?

Réponse. — Il me dit n'en avoir aucune connaissance positive ; qu'il avait entendu dire seulement, que ma division n'était pas prisonnière de guerre.

Demande. — Comment, dès ce moment, n'avez-vous pas envoyé vos réclamations contre ce projet, au général Dupont ?

Réponse. — Parce que je ne croyais pas en avoir le droit ; d'ailleurs je n'avais aucun moyen de faire parvenir près du général Dupont (1).

Demande. — Lorsque vous avez appris cette nouvelle par le commandant Baste, comment cela ne vous a-t-il pas confirmé dans la résolution d'opérer votre retraite ?

Réponse. — J'aurais cru me rendre coupable de la violation de la Capitulation par l'ennemi, laquelle m'aurait été nécessairement imputée ; et quoique jamais l'obéissance n'ait été plus pénible, j'ai cru devoir me sacrifier à l'existence de la division Barbou, contre qui l'ennemi aurait tourné sa rage. D'un autre côté, j'aurais pris sur moi toutes les pertes que j'aurais faites, tous les événements que j'aurais pu essuyer dans ma retraite. D'un autre côté encore, le général Privé vint m'annoncer que toute la Manche était insurgée, que le passage serait coupé, et me demanda, au nom des généraux, de ne pas les sacrifier à la fureur des Espagnols.

Demande. — Il paraît que ces bruits n'étaient pas vrais, mais que vous auriez pu opérer votre retraite ?

Réponse. — Je crois que j'aurais pu l'opérer, à moins que le défaut de subsistances ne s'y fit opposé.

Demande. — N'avez-vous pas été sensiblement blessé par l'article de la Capitulation relatif aux vases d'église, ei a-t-il été exécuté dans votre division ?

Réponse. — L'ordre ne me regardait pas. Ma division n'avait été en détachement qu'à la prise de Jaen, et j'avais donné des ordres très sévères pour empêcher la violation des églises et de toutes les propriétés.

Demande. — Cependant le commandant Baste a fait piller Jaen pendant quelques heures ?

Réponse. — Il n'était pas employé alors dans ma division.

Demande. — Avez-vous eu connaissance des causes du pillage des bagages de l'armée à Sle-Marie?

Réponse. — Non, si ce n'est par les lettres du Capitaine Général Morla.

Demande. — Le général Dupont vous a-t-il fait donner une gratification, quand vous l'avez rejoint ?

Réponse. — Oui ; j'ai reçu du payeur de ma division dix mille francs pour dépenses secrètes.

Demande. — Savez-vous sur quels fonds cette somme a été prise ?

Réponse. — Je l'ignore.

Demande. — Ce n'est donc pas le général Legendre qui vous a remis ces fonds ?

Réponse. — Il les a remis à mon payeur, lorsqu'il l'a vu à Andujar.

Demande. — Vous ou votre division, avez-vous été pillés?

Réponse. — On nous en a menacé souvent. Nous avons eu beaucoup de vols partiels, mais on ne nous a pas pillés, et j'ai entendu dire par le peuple que c'était parce que nous n'avions pas volé. Cependant, à Cadix, les douanes ne nous ont pas permis d'embarquer notre argent, et nous avons été obligés de le laisser contre des lettres de change.

Signé: Le Ctc H. de S'-Jean-d'Angely, Garmeu. — Vedel.

Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit des inexactitudes étranges du général Vedel, dans la façon dont il présente les événements ; en se reportant à l'examen détaillé que nous avons fait de ses opérations militaires du i5 au 21 juillet, et à nos critiques de ses

(1) Le général Vedel avait si bien le moyen de faire parvenir près du général Dupont, qu'il lui envoya le commandant Kaslc. De son coté le général Dupont lui adressa des instructions par ses aides de camp, sans que les Espagnols eussent exercé le moindre contrôle sur les communications des deux généraux. E. T.

27O LE GENERAL DUP<>.\ r

« Observations sur la Relation de la Campayne d'Andalousie », el de ses réponses à l'Interrogatoire qu'il subit à Marseille, on se rendra compte jusqu'à quel point il est presque toujours, dans son récit, à côté de la vérité. N'est-il point inouï qu'il puisse prétendre que Baste se vit refuser l'entrée de la salle des conférences où l'on discutait les conditions de la capitulation? — L'exposé qu'il fait de son attaque du 19 juillet à 5 heures et demie du soir et de ses succès, est faux, car il eut un échec sérieux sur sa droite, et réussit, à sa gauche, non pas sur deux régiments (1), comme l'avança l'Empereur, mais sur deux bataillons qui, confiants dans la trêve, ne se défendirent pas. Quant aux raisons qu'il allègue pour expliquer son arrivée tardive, à Baylen, le 19 juillet, nous en avons montré l'inanité. — Le général Dupont ne donna pas l'ordre de lever le camp d'Andujar le 17. Il ne s'était pas borné à prescrire au général Vedel de faire sa jonction avec le général Dufour, et il avait dit et écrit que cette jonction devait avoir lieu à Baylen, point d'une importance telle, qu'un simple sous-lieutenant eût compris qu'il ne fallait jamais l'abandonner. Et nous redirons encore : en interrogeant les aides de camp Desfontaines, Walner, Meunier, Barbarin, de Knyff, de Ghoiseul, et le commandant Baste, le grand procureur général eût pu déterminer la vérité ; pourquoi ne le fit-il pas, et pourquoi l'Empereur dispersa-t-il luimême ces officiers, avec une hâte manifeste, dès leur rentrée en France?

Le général Chabert fut entendu les 20 et 23 février 1809, ainsi qu'il suit:

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