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INTERROGATOIRE DU GÉNÉRAL CHABERT

Par Monsieur le Grand Procureur Général de S. M. près la Haute-Cour

20 février 1809.

Cet interrogatoire eut lieu à la prison de l'Abbaye. Le général Chabert fit les déclarations suivantes :

Demande. — Vos nom, prénoms, âge, lieu de naissance, qualités et demeure ?

Réponse. — Théodore Chabert, âgé de cinquante ans, né à Villefranche, département du Rhône, général de brigade, l'un des commandants de la Légion d'honneur, demeurant à Grenoble, département de l'Isère.

Demande. — Quel corps commandiez-vous à V affaire du 19 juillet devant Baylen ?

Réponse. — Trois bataillons de la 4 e Légion, et le 3e bataillon du 4e régiment suisse.

Demande. — Oh étaient vos troupes, à l'instant où le général Dupont a demandé la trêve ?

Réponse. — Nous étions dans les oliviers, sur la gauche du chemin qui conduit à Baylen, sur le champ de bataille d'où nous avions repoussé l'ennemi.

Demande. — Quelle perle avaient essuyée les troupes que vous commandiez ?

Réponse. — A l'époque de la suspension d'armes, j'avais six cents hommes hors de combat, dont un grand nombre, officiers. Il ne me restait d'officier supérieur que le chef de bataillon Baraige. Les bataillons étaient commandés par des capitaines, et quelques compagnies par des sous-officiers.

Demande. — Avez-vous pris part à la délibération qui a eu lieu au camp le 20 juillet, dans la baraque du général en chef, louchant la proposition de capituler ?

(1) Il est vrai que les régiments de milice étaient à un bataillon, mais on eût dû le mentionner. E. T.

Réponse. — Sur les huit heures du matin environ, je me rendis à la baraque du général en chef, où je trouvai les généraux Marescot, Barbou, Fresia, et autres officiers généraux. Ils me dirent tous qu'ils avaient la triste conviction qu'on ne pouvait rien espérer du soldat, exténué par la fatigue, la soif et la faim ; qu'on était forcé de traiter avec le chef ennemi ; qu'on m'avait choisi pour cette mission (1). J'observai que j'étais moins propre que tout autre pour la remplir, que je ne connaissais même pas les formalités d'usage, que le général Marescot, ou tout autre, convenait infiniment mieux. Le général Marescot objecta que ne faisant pas partie du corps de l'armée, il ne pouvait être chargé des pouvoirs du général en chef ; mais que, si cela était nécessaire, il viendrait volontiers avec moi pour m'aider de ses conseils. Je persistai dans mon refus, mais, pressé par mes camarades, je cédai à leurs instances.

Demande. — Pourquoi n'essaya-t-on pas dans ce moment, au lieu de capituler, de faire une attaque combinée, contre Reding, ainsi que l'avait proposé le général Vedel, et de se faire ainsi jour à travers la division ennemie ?

Réponse. — J'ignore si le général Vedel a proposé de faire une attaque de concert avec les troupes du général Dupont, mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'on ne pouvait rien espérer de la troupe qui était entre le Rumblar et Baylen. On avait fait tout ce qu'il était possible de faire pour la rallier ; elle était tellement accablée de faiblesse et découragée , que la plupart des soldats avaient jeté leurs cartouches.

Demande. — Le général, Dupont na donc pas fait part aux généraux assemblés de la proposition que lui avait fait faire le général Vedel, de faire une attaque combinée ?

Réponse. — J'ignore si le général Dupont en a fait part aux autres ofïiciers généraux ; quant à moi, je n'en ai pas eu connaissance. J'ignore même si le général Vedel a fait cette proposition.

Demande. — Lorsque vous êtes parti pour régler les conditions de la Capitulation, avec qui êtesvous parti, et quelles instructions avez-vous reçues ?

Réponse. — Je suis parti avec le général Marescot, ses deux aides de camp et M. Villoutreys. Le général me donna pouvoir par écrit de traiter avec le chef ennemi ; et au général Marescot et à moi des instructions verbales portant de faire tous nos efforts pour obtenir de nous retirer sur Madrid.

Demande. — Lorsque Von vous eut refusé de permettre l'évacuation des troupes sur Madrid, prîtes-vous de nouvelles instructions du général Dupont ?

Réponse. — L'ennemi ayant refusé positivement et après de longs débats l'évacuation sur Madrid, nous ne pûmes, après d'autres longs débats, obtenir que la Capitulation qui a été signée ; mais auparavant, et le 2 r , je me rendis près du général en chef auquel j'en communiquai les conditions, à qui j'en laissai une copie : après l'avoir examinée, il m'autorisa à signer, me donna des articles supplémentaires, avec ordre de retourner à Andujar et de conclure.

Demande. — Qui a été chargé de la discussion avec le général ennemi ?

Réponse. — Le général Marescot et moi.

Demande. — Quelle part y a prise M. Villoutreys ?

Réponse. — 11 n'a pas pris positivement part à la discussion ; mais il discutait de son côté avec des généraux ennemis présents, et notamment avec le capitaine général de Grenade, qui cherchaient à entraver la Capitulation.

Demande. — Pourquoi avez-vous compris la division Vedel dans la Capitulation, lorsqu'elle n'était pas comprise dans la trêve ?

Réponse. — Le général ennemi s'était déjà expliqué à ce sujet avec le général Marescot, qui avait été envoyé auprès de lui, avant que nous eussions été chargés l'un et l'autre de traiter définitivement. Il ne voulait entrer dans aucune espèce d'accommodement, si la division Vedel n'était

(1) Comme on le voit, le général Chabcrt fait, à la question très nette du procureur général, une réponse évasive ; en 1812, il prétendra qu'il n'assista pas au Conseil de guerre et recevra à ce sujet des l'rlicilaliuus du Conseil d'enquête. Or il y assista si bien, que sa signature figure à son rang sur l'original de la délibération du Conseil de guerre, dont nous donnons le fac-similc. E. T.

pas comprise dans le traité ; au surplus, elle ne pouvait pas être comprise dans la trêve, attendu qu'elle n'était pas arrivée, lorsque la trêve a été demandée et consentie.

Demande. — Que serait-il arrivé, si vous eussiez refusé absolument de comprendre la division Vedel dans le traité ?

Réponse. — Premièrement, il serait arrivé que les ennemis, c'est-à-dire le général Lapeiîa, qui était sur les derrières de la division Barbou, auraient tombé sur la division Barbou. Secondement, le général Vedel aurait trouvé, soit dans la Sierrra-Morena, soit dans la Manche, des obstacles qui auraient empêché son passage sur Madrid ; et il aurait été poursuivi par le corps de Reding.

Demande. — Cependant le Général Marescot a dit que M. Villoutreys avait annoncé le 20 au Gal Dupont, que le général Castanos exigeait que la division Barbou se rendit à discrétion, et quant à la division Vedel, elle n'était pas cernée, elle n'était pas comprise dans cette sommation, et qu'il allait la combattre ?

Réponse. — Je n'en ai pas connaissance, et je ne crois pas que M. Villoutreys ait tenu ce langage.

Demande. — Vous dites que le Gal Vedel n'aurait pas pu se retirer; cependant il avait déjà effectué sa retraite avec succès, et la tête de sa colonne était déjà à Sl(,-Hélène, quand il a reçu l'ordre de venir reprendre sa position à Baylen ?

Réponse. — Je suis certain que le général Vedel n'aurait pas pu effectuer sa retraite. Il l'a dit au général Cervoni, ce qui m'a été rapporté par le général Dejean, commandant d'armes à Marseille. Les troupes ennemies gardaient les passages de la Sierra-Morena ; la Manche était insurgée ; et étant poursuivi par les divisions Reding et Coupigny, le général Vedel n'aurait pu effectuer sa retraite.

Demande. — Comment avez-vous laissé mettre dans la Capitulation l'article relatif aux vases

ise

d'égl

Réponse. — Cette note m'a été remise en écrit, par le général Marescot, comme demandée absolument par le général ennemi ; je me refusai à l'accepter, disant que je ne signerais pas la Capitulation si cette condition en faisait partie : il m'engagea à en parler au Gal Castanos, à qui j'observai, ainsi qu'à son chef d'État-Major, que je ne signerais pas la Capitulation, si cette note en faisait partie. Je leur observai en outre, que j'ignorais s'il y avait eu des vases sacrés de volés, que je ne le croyais pas ; dans tous les cas quelle idée ils auraient de nous, si nous consentions à l'insertion d'un pareil article. Alors il fut fait successivement deux nouvelles rédactions, et la dernière, qui a été insérée au traité après de longs débats, n'est rédigée que d'une manière conditionnelle, et dans la supposition qu'il y aurait eu des vases enlevés.

Demande. — Le Général Dupont vous a-t-il fait des observations sur cette condition, lorsque vous avez été lui porter les articles de la Capitulation ?

Réponse. — Oui, il me fit des objections contre cet article, et sur le compte que je lui rendis de ce qui s'était passé, il finit par consentir à cet article et aux autres.

Demande. — Puisque vous consentiez à une évacuation par mer, comment n avez-vous pas demandé pour l'exécution, la garantie des Anglais, qui étaient les maîtres de la mer ?

Réponse. — Cela n'était pas dans nos instructions ; elles ne pouvaient le porter ; les Anglais n'avaient pris part à aucune des affaires qui avaient eu lieu contre le Corps de la Gironde. Ils étaient en outre éloignés de nous de plus de 60 lieues, et ils étaient en mer. Cependant, si les Espagnols n'eussent pas violé la Capitulation, les Anglais ne se seraient certainement pas opposés à notre passage, puisqu'environ 800 Français, portés par trois bâtiments, sont arrivés en France, après avoir été visités plusieurs fois dans leur traversée sans éprouver d'obstacles, les ordres ayant été donnés à ce sujet : au surplus, les généraux ennemis nous donnèrent leur parole d'honneur que les Anglais ne nous inquiéteraient pas dans la traversée.

Demande. — Comment au milieu des intérêts si importants pour l'Etat et l'honneur de l'armée, vous êtes-vous occupé avec un soin si remarquable soit dans le corps de la Capitulation, soit dans les articles supplémentaires, de ce qui concernait les bagages ?

Réponse. — Je mériterais des reproches si j'avais tenu une conduite contraire. Il est d'usage, l'intérêt et l'honneur même commandent de laisser le moins possible de ses bagages à son ennemi ; il n'est pas de Capitulation où cette demande ne soit faite; on regarde toujours comme un avantage de pouvoir l'obtenir ; ï. est, en outre, des exemples où cet avantage n'a pas été obtenu, ce qui est alors une perte et une humiliation.

Demande. — Après la signature de la Capitulation, y a-t-il eu une visite de faite, conformément à la stipulation que vous aviez consentie ?

Réponse. — En revenant le 22, je n'ai pas repris le commandement de ma Brigade; mais j'ai su cpie le Général de Division Barbou avait donné l'ordre de visiter et qu'on n'a rien trouvé.

Demande. — Lorsque les troupes françaises ont quitté Baylen pour se rendre au lieu de l'embarquement, qu'avez vous fait ?

Réponse. — Depuis le départ, j'ai commandé la seconde colonne jusqu'à las Cabezas ; j'ai reçu l'ordre de me rendre à Lebrija près du Général en chef, afin d'y recevoir des instructions pour me rendre à Séville, auprès du GaI Castanos ou des autorités compétentes. Je partis avec le Colonel Daugier, commandant les marins de la Garde : à notre arrivée à Séville, nous fûmes arrêtés et conduits à la Junte, à laquelle nous fîmes part des motifs de notre voyage ; le président de la Junte nous dit que le général Castanos et le comte deTilly, qui avaient déjà traité avec nous, seraient encore chargés de traiter sur les demandes du Général en chef. Le surlendemain, autant que je puis me le rappeler, les Généraux Castanos et Tilly vinrent près de nous, nous dirent que la Junte avait accordé nos demandes, et nous donnèrent de nouveau l'assurance que la Capitulation serait fidèlement exécutée ; malgré cela, nous ne pûmes obtenir de sortir de Séville, qu'après cinq jours de séjour.

Demande. — Lorsque vous êtes arrivé à Ste-Marie, avez-vous connaissance des circonstances qui ont précédé ou accompagné le pillage des équipages de l'armée française ?

Réponse. — Lorsque nous arrivâmes à Ste-Marie, croyant que nous serions cantonnés jusqu'à l'époque de l'embarquement, nous fûmes très surpris de recevoir l'ordre de r ..us embarquer : au même instant, le peuple, les officiers, les prêtres, les soldats, les femmes tombèrent sur nos équipages qui furent complètement dévalisés : plusieurs généraux furent cruellement maltraités, et j'arrivai à S^Sébastien avec ce que j'avais sur le corps à mon départ de Lebrija.

Demande. — Avait-on commencé à embarquer les bagages, lorsque le pillage a commencé ?

Réponse. — A mesure que nous descendions de nos voitures, on nous faisait, embarquer ; aussitôt on s'est jeté sur nos voitures et nos caissons, et on les a pillés.

Demande. — Au moment de l'entrée des troupes dans Cordoue, ne se sont-elles pas livrées au pillage ?

Réponse. — // n'y a pas eu de pillage à Cordoue. La troupe y est entrée de vive force; elle avait à combattre non seulement les rebelles qui étaient dans les rues, mais encore ceux qui étaient retranchés dans les maisons, et qui, des fenêtres, tiraient des coups de fusil contre la troupe, notamment à l'évèché où il y avait une réunion de rebelles; toutes ces maisons furent forcées; l'on se battit dans les appartements. Ces maisons seulement peuvent avoir été pillées, ainsi que l'évèché, où il y avait des armes et de l'argent à l'usage des rebelles. A huit heures du soir ou environ, la tranquillité fut parfaitement rétablie, d'après les mesures ordonnées par le Général en chef et prises par le G"1 Laplanc, commandant de la place : les troupes furent campées en avant et en arrière de la ville, dont la garde fut confiée aux troupes d'élite pour le maintien de la police. Le lendemain, le Général en chef ordonna que l'argent pris à l'évèché fût porté et versé dans la caisse du payeur, ce qui a été exécuté.

Demande. — Avez-vous eu connaissance de ce qui a été fait pour les caisses publiques de la ville de Cordoue ?

Réponse. — J'ai su que des commissaires avaient été nommés pour recevoir l'argent trouvé dans les diverses caisses.

Le Général Dupont. III. — 18

Demande. — Avez-vous eu connaissance qu'indépendamment des caisses publiques, il ait été pris d'autres caisses appartenant aux rebelles ?

Réponse. — J'ai ouï dire que celle trouvée et prise à l'évêché était destinée à la solde des rebelles ; je crois en outre qu'il y a eu d'autres caisses dont l'argent a été versé dans celle du payeur ; j'ignore le montant des sommes.

Demande. — Savez-vous quel emploi on a fait de ces fonds ?

Réponse. — Il a été donné des gratifications aux généraux et officiers supérieurs : j'ai reçu huit mille francs, qui m'ont été pris dans ma voiture avec l'argent que j'avais.

Demande. — Qui vous a compté cet argent ?

Réponse. — Le général Legendre qui l'a remis à mon aide de camp, parce que j'étais blessé à la jambe.

Signé : Cte R. de S'-Jean-d'Angely, Chabert. — Bourguignon. — Legoux. — Fouquet. — Garnier.

Le 22 du même mois de février, le général Chabert écrivit au Grand Procureur général pour demandera être entendu de nouveau. Dans la matinée du lendemain 23, il fit les déclarations suivantes :

Demande. — Vous avez annoncé hier, dans une lettre adressée à M. le Grand Procureur Général, avoir quelque chose à ajouter à vos précédentes réponses, je vous invite à vous expliquer à cet égard.

Réponse. — Dans mes précédentes réponses, j'ai déclaré que la division Vedel n'avait pas pu être comprise dans la trêve qui fut proposée le 19 juillet, entre une et deux heures de l'aprèsmidi, parce que cette division Vedel n'était arrivée à Baylen sur les derrières de l'ennemi, qu'à cinq heures du soir. Je dois ajouter que le général Vedel était ce jour-là avec sa division à la Caroline, qui n'est distante de Baylen que de quatre lieues ; qu'il entendit le canon à trois heures et demie ou quatre heures du matin, que plusieurs officiers de sa division l'ayant entendu, l'en avertirent en lui disant que le Général Dupont était, sans doute, aux prises avec l'ennemi ; cependant il ne partit qu'à cinq heures ou cinq heures et demie de la Caroline. Arrivé à Guarroman, il fit faire une halte de cinq à six heures à sa troupe ; pendant ce temps, il fit tuer un troupeau de chèvres, et fit faire la soupe à ses soldats, quoiqu'il entendit alors très distinctement le feu de l'artillerie et de la mousqueterie, qui était très vif. Les généraux et plusieurs autres officiers sous ses ordres lui observèrent vainement qu'il fallait se presser de venir à notre secours ; il se contenta d'envoyer un paysan pour s'assurer d'où venait le feu : il est à remarquer que Guarroman n'est distant de Baylen que de deux lieues.

Ces faits m'ont été attestés à Lebrija par le général Cassagne, le capitaine de vaisseau Baste, en présence du général Dupont et des généraux Barbou, Fresia et Legendre, du colonel Daugier, commandant les Marins de la Garde, et de l'Inspecteur aux revues Chevillard. Ils m'ont été ensuite confirmés au fort S'-Sébastien, par les généraux de sa division. Il est hors de doute que si le général Vedel fût arrivé à Baylen sur les neuf heures du matin, même quelques heures après, l'ennemi qui se serait trouvé pris entre deux feux aurait été détruit ou dispersé, et que cette journée, qui a été si malheureuse pour l'armée française, aurait été des plus avantageuses et des plus glorieuses.

Sur une autre question qui m'a été faite par M. le Grand Procureur Général, sur le point de savoir s'il était de ma connaissance que M. de Villoulreys eût annoncé en revenant du camp du Gal Castanos, que ce général exigeait que la Division Barbou se rendit à discrétion, et qu'il allait réunir ses forces pour attaquer la Division Vedel, j'ai répondu que je n'avais pas connaissance de ce fait et que je ne croyais pas que M. de Villoutreys eût tenu ce langage. J'ajoute que je suis d'autant plus certain qu'il ne l'a pas tenu, que je lui en ai entendu tenir un tout opposé.

LE PROCÈS l'jb

En effet, lorsque le général Marescot revint au camp, après avoir eu une conférence avec le général ennemi, il dit, dans le sein du Conseil de guerre, que l'ennemi ne voulait entendre à aucune espèce d'arrangement, si la division Vedel ne faisait pas partie du traité, et qu'il exigeait en outre qu'on se rendît à discrétion. M. de Villoutreys prit alors la parole, pour observer qu'il était d'autant plus étonné de ces propositions, que venant lui-même d'auprès des généraux ennemis, il n'avait pas reconnu en eux des prétentions aussi extraordinaires et aussi ridicules. Ce fait s'étant passé en présence de tous les officiers généraux, ne peut faire la matière d'un doute.

Le général Dupont dit alors : eh ! bien, il faut nous faire tuer, et ne pas traiter avec de pareils ennemis. Les généraux lui répondirent tous : Nous nous ferons tuer volontiers tous avec vous, mais le vrai courage ne consiste pas à sacrifier des soldats qui se sont bien conduits pendant dix heures, et qui ne peuvent plus se défendre ; le vrai courage et l'honneur exigent, au contraire, que l'on fasse un traité avantageux pour ramener des troupes que S. M. puisse de nouveau diriger contre les rebelles. Le général Marescot répéta ce qu'il avait d'abord dit, que l'ennemi ne donnait que peu de temps pour se décider ; il ajouta : vous êtes enveloppés de toutes parts, vous ne pouvez échapper à l'ennemi, il ne vous fera pas de quartier.

Le Conseil engagea le Général en cbef à donner ses pouvoirs et instructions. Il prit d'abord la plume, puis la jetant, il dit : mais ne pourrions-nous pas encore tenter une nouvelle attaque pour forcer le passage ? Les généraux lui répondirent qu'il n'y avait plus rien à espérer de la troupe, dans l'état d'épuisement absolu où elle était, et l'engagèrent de nouveau à donner les pouvoirs. Il s'y détermina enfin avec la plus grande peine.

Il est encore un point que je dois éclaircir relativement à ce qui s'est passé dans la conférence, et pendant la discussion avec les généraux ennemis. Ces derniers proposèrent d'abord qu'on se rendit à discrétion ; après de vifs débals, cette proposition fut écartée, et nous obtînmes que nous effectuerions notre retraite sur Madrid, savoir les troupes du général Vedel avec armes et bagages, et celles qui se trouvaient placées entre le Rumblaret Baylen, sans armes. Dans le temps que je rédigeais cet article, le général Castanos reçut une lettre du duc de Rovigo au général Dupont, laquelle avait été enlevée à un adjoint de l'Etat-Major, que je crois être M. Fénelon ; et lorsque je présentai au Gal Castanos la rédaction de l'article portant le retour sur Madrid, il dit d'abord : cet article n'est pas consenti. J'interpellai alors le Comte de Tilly et les autres généraux espagnols, qui convinrent que l'article avait passé ; sur quoi, le général Castanos dit <pie s'il avait été consenti, il ne pouvait plus l'être, d'après la lettre qu'il venait de recevoir.

Je lui observai que, dans ce cas, il n'y avait plus moyen de traiter avec lui, puisque lorsqu'un article était consenti, il le rétractait aussitôt, et que nous allions nous retirer. Le général Castanos dit alors que pour nous prouver qu'il agissait loyalement, il allait donner connaissance de la lettre qu'il venait de recevoir au général Marescot, qui verrait alors s'il était possible à lui, général Castanos, de consentir à notre retour sur Madrid. Après avoir pris lecture de cette lettre, le général Marescot me dit que c'était une lettre du duc de Rovigo, qui donnait avis au général Dupont de la position critique dans laquelle il se trouvait à Madrid : il lui donnait l'ordre de s'y retirer de suite avec toutes ses troupes ; il lui marquait aussi que le Mal Moncey revenait avec le débris du Corps qu'il avait conduit devant Valence, et que le MaI Rcssières se trouvait dans une position très gênée. Le G1' Marescot me dit que cette lettre avait pour date le 17 juillet.

La discussion se rétablit néanmoins avec les généraux ennemis, et nous insistâmes pour la conservation de l'article convenu. N'ayant pu l'obtenir, nous proposâmes notre retour par terre sur Rayonne, en engageant notre parole d'bonneur de ne pas nousretirer sur Madrid : les généraux ennemis ne voulurent point y consentir, et nous nous trouvâmes forcés à consentir à notre retour par mer. Sans l'arrivée de cette lettre, le traité eût été avantageux, et se serait trouvé garanti par ceux-mêmes qui l'auraient consenti.

J'ai oublié encore de dire dans mon interrogatoire, aux articles relatifs à notre entrée à Cordoue, que le lendemain l'ordre fut donné de visiter les sacs des soldats, et de faire rentrer dans les caisses l'argent qu'on pouvait trouver: cet ordre a été exécuté.

27D LE GENERAI. DUPONT

Relativement à l'emploi des fonds trouvés dans les caisses de Cordoue, j'ai dit que partie avait été emplovée à donner des gratifications aux généraux et officiers supérieurs, et je dois ajouter que partie de ces fonds a été aussi employée à solder la paye des troupes, et aux service et besoins des hôpitaux.

Je sais encore qu'un fourgon contenant de l'argent de la caisse du payeur général Plauzoles, et qui était surveillé par Leremboure, payeur divisionnaire, a marché avec ma colonne depuis Porcuna jusqu'à Lebrija, et qu'arrivé à Ste-Marie il a été pillé comme tous les autres effets de l'armée.

Signé : Bourguignon. — Chabert. — Garnier.

Cette déposition du général Chabert, malgré quelques erreurs de détail, définit parfaitement le rôle du général Dupont en Andalousie ; à Cordoue et à Baylen, il a fait tout son devoir, en vaillant soldat et en homme de cœur. Elle affirme aussi, de la façon la plus catégorique et contrairement à ce qu'en avait dit Napoléon, que le général Yedel n'eût jamais pu faire sa retraite sur Madrid. Aussi, l'Empereur, dont les odieuses imputations se trouvaient ainsi mises à néant par un témoin des faits, ne pardonna-t-il pas au général Chabert sa franchise et sa droiture, et nous le verrons tout à l'heure lui refuser inhumainement sa solde, qui lui était nécessaire pour subvenir aux besoins de sa femme et de sa fille, absolument sans fortune (1). — En somme, Cordoue n'a pas été livrée au pillage ; si le général Dupont n'a pas renouvelé le combat, lors de l'arrivée de Vedel devant Baylen, c'est que les quelques soldats qui lui restaient étaient anéantis et jetaient leurs armes, leurs cartouches ; si les divisions Vedel et Gobert ont été comprises dans le traité, c'est que l'ennemi, victorieux et maître de la situation, l'exigeait impérieusement, et qu'il était impossible à ces divisions d'exécuter leur retraite sur Madrid ; on n'a fait, pour la question relative aux bagages, que ce qui se fait dans toutes les capitulations, et on eût été coupable de ne pas le faire.

Que deviennent alors les abominables accusations d'ineptie, de lâcheté, de vol, lancées par l'Empereur contre le général Dupont, avant toute étude des événements de Baylen, et n'ayant pas même pour elles la moindre vraisemblance?

Le 16 février 1809, le général Legendre fut interrogé, ainsi qu'il ressort du procèsverbal suivant :

Parquet. Haute-Cour Impériale

Le 16 février 1809, à neuf heures du matin, le Gal Legendre fut extrait du Dépôt de la Préfecture de police, et amené rue de Provence par-devant le Grand Procureur général de la Haute- Cour, qui lui fit subir l'interrogatoire suivant :

(1) Nous verrons qu'à son retour de l'île d'Elbe, Napoléon, passant à Grenoble, accueillit très amicalement le général Chabert, reconnut les torts qu'il avait eus envers lui et le fit bientôt général de division. N'était-ce point proclamer que la capitulation de Baylen n'était pas un acte honteux, et que Chabert ne s'était pas déshonoré en la négociant? Par sa conduite, en i8i5, à l'égard de Chabert et de Marescot, l'Empereur a donné lui-même à son inique verdict sur Baylen le plus éclatant démenti.

Demande. — Vos nom, prénoms, âge, lieu de naissance, profession et demeure ?

Réponse. — François-Marie-Guillaume Legendre, âgé de l\o ans environ, né à Cormerey département de la Manche, général de brigade, baron de l'Empire, demeurant ordinairement à Deux-Ponts, département de Mont-Tonnerre, logé actuellement à Paris, rue de Richelieu, hôtel de Suède.

Demande. — Le 17, lorsque les troupes étaient à Andujar, vous rappelez-vous ce qui a empêché que l'évacuation ail eu lieu le 17 ainsi qu'il avait été projeté, et pourquoi cette évacuation n'a eu lien que le 18 ?

Réponse. — Autant que je puis me le rappeler, la cause qui a empêché de partir le 17, est qu'on attendait des nouvelles du Ga1 Vcdel et du Gal Liger-Belair.

Demande. — Le délai n'est-il pas provenu du temps employé à l'évacuation des bagages de l'armée ?

Réponse. — Nous ne nous occupions pas des bagages. On a songé seulement aux malades qu'on ne voulait pas laisser aux mains de l'ennemi. Le nombre de ces malades était au moins de quinze cents.

Demande. — Après le combat de Baylen, avez-vous été consulté sur la demande d'une trêve et du projet de capitulation ?

Réponse. — Non.

Demande. — Lorsqu'on a tenu un Conseil de guerre pour savoir si les troupes étaient en état de combattre et si on accepterait la capitulation, avez-vous donné votre avis ?

Réponse. — J'étais présent au Conseil de guerre, mais je n'ai pas donné d'avis parce qu'on ne m'en a pas demandé.

Demande. — Uy a eu cependant un procès-verbal du Conseil de guerre?

Réponse. — Oui, mais ne commandant pas de troupes, je n'y ai point pris part. J'ai entendu des officiers généraux dire au général en chef qu'ils avaient tenté tous les efforts pour ramener le courage du soldat qui jetait ses armes et ses cartouches, mais que ces efforts avaient été inutiles : ceci se passait le 19, à 5 heures, à l'arrivée du général Vcdel.

Demande. — Le 20 et le 21, le soldat ayant pris quelque repos, n' eût-il pas été possible de ranimer son courage, et de tenter un nouvel effort ?

liéponsc. — Les divisions ennemies avaient fait des mouvements qui nous avaient cernés de tous côtés, tellement que, dépourvus de vivres, et ne pouvant faire aucuns mouvements, nous étions comme dans une ville assiégée.

Demande. — Pourquoi au moment de la trêve n'avait-on pas stipulé que chacun resterait dans ses positions, ce qui vous eût empêchés d'être cernés ?

Réponse. — On l'avait stipulé, mais l'ennemi n'en avait tenu aucun compte. D'ailleurs les montagnes avaient pu cacher ses mouvements.

Demande. - — Vous avez eu connaissance de l'article de la capitulation portant qu'il serait fait visite des bagages de Vannée pour rechercher les vases d'église ? A-t-il été exécuté ?

Réponse. — Il n'a pas été exécuté sur-le-champ. L'ennemi avait fait insérer cet article en se prévalant de la position où nous étions, qui ne nous permettait pas de lui rien contester. C'est ainsi que le Gal Chabcrt s'en est expliqué avec le Gal Dupont, lorsque celui-ci lui faisait des reproches d'avoir consenti à l'insertion de cet article.

Demande. — Avez-vous eu connaissance qu'il eût été, en effet, pris des vases sacrés, soit à Andujar, soit à Cordoue, soit dans toute autre ville?

Réponse. — J'ai connaissance qu'à Andujar on se plaignit du pillage d'une église. Le Gal en chef ordonna une visite pour retrouver les objets pris, et menaça de la peine de mort ceux sur qui ils se trouveraient. 11 est possible aussi qu'à Cordoue, entrant de vive force dans la place, il v ail eu du pillage.

Demande. — Il paraît constant, qu'à Inprise de Cordoue, le pillage a eu lieu non seulement à l'entrée des troupes, mais qu'il a duré quelques jours. Avez-vous pris, comme chef d'Etat Major, les mesures nécessaires pour l'empêcher?

Réponse. — Aussitôt après l'établissement de nos postes, j'ai donné, au nom du général en chef.

oy8 LE GÉNÉRAL DUPONT

les ordres les plus sévères. Les officiers généraux et supérieurs ont parcouru la ville, et le pillage a été défendu sous peine de mort.

Demande. — Lors de votre entrée dans la ville de Cordoue, qu'a-t-on fait pour empêcher le pillage des caisses publiques ?

Réponse. — On apprit qu'à l'évêché, qui était l'arsenal des rebelles, il se trouvait des fonds. On donna des ordres pour en empêcher le pillage par le soldat. Quelques jours après, le général en chef chargea l'Ordonnateur de faire la vérification des caisses et de remettre les fonds au payeur.

Demande. — N'y avait-il des caisses qu'à l'évêché ?

Réponse. — Il y en avait dans trois ou quatre endroits. Celle de l'évêché contenait des fonds appartenant à la Junte et à sa disposition. Ces fonds provenaient, d'après ce que j'ai ouï dire, des souscriptions de l'évêque, du clergé, de la noblesse et de la ville.

Demande. — Vous êtes-vous fait remettre les procès-verbaux de vérification de ces caisses?

Réponse. — Non : mais l'administration du pays a reçu, pour chaque caisse, un récépissé du payeur, chargé de toucher les fonds.

Demande. — A combien se montaient les fonds provenant des diverses caisses ?

Réponse. — Il faut faire une distinction. Les fonds des caisses publiques ont été versés au payeur. Les autres sont restés à la disposition de l'Ordonnateur qui les a envoyés chez moi. Le payeur a dû recevoir cent soixante ou deux cent soixante mille francs, autant que je me rappelle lui avoir entendu dire ; on a porté chez moi environ trois cent cinquante mille francs.

Demande. — Qui était gardien ehez vous de ces fonds ?

Réponse. — Mon aide de camp nommé Piché, homme de probité et d'honneur. Je n'ai ni vu ni vérifié les sommes.

Demande. — L'ordre du général en chef portait que tout serait versé dans les caisses publiques ; pourquoi cela n'a-t-il pas été exécuté ?

Réponse. — Parce que le général en chef a ensuite ordonné que les fonds pris sur les rebelles fussent employés en gratifications à l'armée. Ayant été chargé de les faire payer moi-même; on envoya les fonds chez moi, et ce fut mon aide de camp qui fit la distribution suivant l'état.

Demande. — De quelle main est écrit Vétat desdites gratifications trouvé chez vous, et coté 10e pièce?

Réponse. — Il est de l'écriture de mon secrétaire.

Demande. — Ces mots, « sur la caisse des Insurgés », qui sont en tête de cet Etat, ne sont-ils pas écrits d'une autre main ?

Réponse. — Oui, ces mots sont écrits de ma main.

Demande. — Pourquoi les avez-vous ajoutés ?

Réponse. — Pour prouver que ces gratifications étaient payées sur cette caisse et non sur les caisses publiques.

Demande. — Qu' avez-vous fait du reste des fonds ?

Réponse. — L'ennemi les a pris.

Demande. — Étaient-ils restés entre vos mains ?

Réponse. — On les avait remis entre les mains du payeur, sans lui donner un compte, et en lui disant seulement de soigner le fourgon où ils étaient ; arrivé à Cadix, on comptait régulariser tous ces comptes.

Demande. — Quel était le payeur chargé de la conservation de ce fourgon ?

Réponse. — C'étaient en même temps Plauzoles et Leremboure, qui étaient ensemble et qui tous deux en avaient connaissance. Mon aide de camp dont je viens de parler tout à l'heure y veillait particulièrement.

Demande. — Lorsque les bagages sont partis de Baylen pour le port Ste-Marie, l'ordre de choses pour la conservation des équipages a-l-il toujours eu lieu ?

Réponse. — Oui.

Demande. — Avez-vous été témoin du commencement du pillage à Sle-Marie ?

Réponse. — J'ai été pillé le premier, en arrivant à Stc-Marie. Le marquis de Las Cuevas, colonel d'un régiment de milices de Lorca s'est emparé de mon porte-manteau qui contenait mon linge et mon argent, l'a jeté dans la voiture du général en chef, et malgré mes réclamations, il a refusé de me le rendre : il s'est assis dans la voiture du général en chef, l'a fait conduire chez lui et nous n'en avons rien eu.

Demande. — Avez-vous été témoin du pillage des fourgons?

Réponse. — Non.

Demande. — Avez-vous connaissance que l'une des causes qui a provoqué le peuple au pillage ait été la vue des vases d'église tombés des caisses qve l'on embarquait ?

Réponse. — Cela n'est pas vrai. On n'a pas embarqué une seule caisse. Les Espagnols ont pillé parce que, ainsi que je viens de le dire, leurs chefs leur en ont donné l'exemple.

Demande. — 77 paraît cependant, d'après des papiers espagnols, qu'il a été versé à Cadix un million de francs provenant de la division Dupont.

Réponse. — On a voulu dire, sans doute, un million de réaux. Ce que possédaient les généraux et officiers, et le montant des caisses, pouvaient s'élever à cette somme. Il ne faut pas d'ailleurs croire ce que disent les Espagnols, nos ennemis les plus acharnés.

Demande. — A votre retour en France, avez-vous vu le payeur de l'armée ?

Réponse. — Je suis revenu avec lui, mais depuis mon débarquement je ne lui ai pas parlé.

Demande. — Vous n'avez donc rien réglé avec lui touchant la comptabilité dont il était chargé ?

Réponse. — Non, parce qu'il a perdu tous ses papiers.

Demande. — Il paraît cependant que Plauzoles a eu avec vous une conférence sur des versements de fonds, après votre débarquement ?

Réponse. — Cela est possible mais je ne m'en rappelle pas.

Demande. — Il paraît qu'indépendamment des fonds dont vous venez de parler, vous avez fait à Lebrija un versement au Sr Plauzoles ?

Réponse. — Ce sont les mêmes fonds dont je viens de parler.

Demande. — Il paraît par une lettre adressée par le S'' Plauzoles au Sc Leremboure que vous avez eu une conférence avec lui, qu'il était convenu de ce qu'il écrirait au ministre sur les versements de fonds, et que M. Plauzoles charge Leremboure d'en parler au général Dupont.

Réponse. — Je me rappelle actuellement avoir vu M. Plauzoles à Marseille ; il me dit avoir écrit au ministre sur sa comptabilité, mais je ne m'en rappelle pas.

Demande. — Le Sr Plauzoles, dans son interrogatoire, fait remarquer que vous lui aviez proposé de ne pas donner à connaître que vous aviez un fonds de soixante-cinq mille francs ; quel était votre motif en faisant cet arrangement avec le Sr Plauzoles ?

Réponse. — Cela est faux, je n'en ai jamais parlé au Sr Plauzoles.

Demande. — Comment se fait-il cependant que i° Plauzoles se concerte avec vous sur ce qu'il a écrit au Ministre louchant la comptabilité ; 2° qu'il écrive à Leremboure d'en faire part au G:a Dupont; 3° que Leremboure fasse connaître à Plauzoles que le général Dupont lui a dit que ce serait parfaitement bien, s'il n'y avait pas eu un concert pour masquer et déguiser le véritable étal de la comptabilité ?

Réponse. — Je ne me suis pas concerté avec Plauzoles, puisque c'est lui qui, à mon passage à Marseille, m'a dit ce qu'il avait écrit au ministre. D'ailleurs, que m'importait le résultat de la comptabilité, puisque l'ennemi s'était emparé de tout. Je pouvais prouver, par les dates de mon arrivée à Marseille cl de la correspondance de Plauzoles avec le ministre, que je n'ai pu me concerter avec lui.

Signé : Le Cte R. de St-Jean-d'Angely, Legendre, Bourguignon, Garnier, Fouquet.

Ce fait, avons renvoyé ledit général Legendre en liberté, à la charge de se représenter à toute réquisition de Justice et a signé avec nous et le greffier en chef.

Mêmes signatures que ci-dessus.

Le récit du général Legendre corrobore, comme on vient de voir, celui du général Chabert sur tous les points essentiels des événements d'Andalousie : détresse absolue des troupes ; efforts constants du général Dupont pour empêcher les excès de ses soldats à Cordoue, comme à Andujar ; plus de i 5oo malades au départ d'Andujar, le i (S juillet ; soldats épuisés et jetant leurs armes, après le combat de Baylen ; il n'est pas vrai qu'à Port-Sainte- Marie des vases d'église soient tombés de caisses qu'on embarquait, puisqu'il n'a pas été embarqué une seule caisse, tous les fourgons et bagages des officiers ayant été retenus à terre par les Espagnols pour être pillés.

Le capitaine de Villoutreys fut interrogé les 22 et 2 !\ février 1809, ainsi qu'il suit :

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