INTERROGATOIRE
du sieur de Villoutreys par M. le Grand Procureur Général près la Haute-Cour,
les 22 et a4 février 1809 (1).
Le 22 février 1809, à midi, le comte Regnaud de Saint-Jean-d'Angely, Grand Procureur Général près la Haute-Cour, se transporta à la prison de l'Abbaye, où, assisté de MM. Legoux, Bourguignon et Fouquet, magistrats officiers du parquet de la Haute-Cour et du greffier en chef de cette Haute-Cour, il reçut les déclarations du sieur de Villoutreys, ainsi qu'il suit :
Demande. — Vos nom, prénoms, âge, lieu de naissance, qualités et demeure ?
Réponse. — Charles Villoutreys, âgé de 29 ans, né à Versailles, écuyer de Sa Majesté l'Empereur, capitaine de cavalerie, chevalier de la Légion d'honneur, chevalier grand-croix de l'Union de Bavière, demeurant à Paris, hôtel des Pages, rue Saint-Thomas-du-Louvre.
Demande. — En quelle qualité étiez-vous à l'armée du général Dupont?
Réponse. — En qualité d'officier d'état-major, d'après des lettres de service signées du ministre de la guerre, et avec le grade de capitaine de cavalerie.
Demande. — A quelle époque a commencé votre service dans cette armée ?
Réponse. — J'ai rejoint l'armée du général Dupont le 2 janvier, à Vitoria, et je ne l'ai quittée qu'après la capitulation.
Demande. — Avez-vous connaissance de ce qui s'est passé lors de l'entrée à Cordoue, et du pillage que l'on a reproché à l'armée ?
Réponse. — Lors de notre arrivée devant Cordoue, le général en chef, trouvant les portes de la ville barricadées, chercha tous les moyens pour obtenir des habitants qu'elles fussent ouvertes, en leur promettant sécurité et assistance. Il employa même plusieurs moines des couvents en dehors de la ville, mais ses efforts restèrent inutiles. Il prit alors le parti de faire enfoncer les portes avec le canon, ce qui fut exécuté à l'instant.
Voulant pourtant éviter les excès qu'il ne prévoyait que trop, il témoigna le désir de voir le corrégidor de la ville, avant l'entrée des troupes : je reçus l'ordre de chercher moi-même le corrégidor, et j'entrai avec les troupes sous les ordres du général Chabert : nous y fûmes reçus par une fusillade qui partait de toutes les maisons environnantes, et les troupes reçurent l'ordre d'y répondre et d'entrer dans les différentes maisons qui étaient devenues autant de champs de bataille. J'ai su que plusieurs de ces maisons avaient été livrées au pillage du soldat, qui avait dû se délivrer et se défendre des habitants qu'elles contenaient.
(1) Dans la séance du 24 février, le comte Regnaud de Saint-Jean-d'Angely délégua le sieur Bourguignon pour recevoir les déclarations de M. de Villoutreys.
TE PROCÈS 2iS T
Il me fut impossible, malgré tous mes soins, de trouver le corrégidor, que j'ai su depuis s'être caché jusqu'au moment où la paix a été rétablie. Je puis attester que le général en chef prit à l'instant toutes les mesures convenables pour arrêter les excès <jiii étaient devenus inévitables, et que les seules maisons qui ont été pillées servaient de repaire aux brigands; j'ajouterai que le général en chef nomma à l'instant même le général Laplane, commandant de la place, et que tous les officiers d'état-major furent chargés de visiter les différents quartiers de la ville, pour rétablir l'ordre et le calme parmi les habitants, ce qui fut exécuté avec le plus grand succès.
Demande. — Avez-vous eu connaissance de ce qui a été pratiqué pour mettre les caisses publiques à l'abri, en vérifier l'état et en assurer la conservation ?
Réponse. — J'ai su qu'aussitôt l'ordre rétabli dans la ville, le général en chef prit un arrêté pour que les différentes caisses publiques fussent versées dans le trésor de l'armée ; que les fonds ont été généralement employés pour la solde de l'armée ; j'ai su, de plus, que les caisses particulières appartenant aux rebelles, et qui avaient été livrées un instant à la discrétion du soldat qui les regardait comme la dépouille de son ennemi, puisqu'il les trouvait dans les différentes maisons où il était contraint de défendre son existence, ont été sauvées en grande partie, et employées encore tant à la solde, qu'aux gratifications données aux officiers, et ont servi de plus à réparer différents dommages, et particulièrement à la rentrée de tous les étalons du haras royal de Gordoue, qu'on n'avait pu soustraire à l'avidité du soldat, et dont la rentrée a été confiée à mes soins. Je produis à l'appui le certificat qui m'en a été donné par le directeur général du haras.
Demande. — Quelles étaient les maisons où le soldat a trouvé les caisses appartenant aux rebelles ?
Réponse. — J'ai su que parmi ces maisons se trouvait l'évèché, qui servait de quartier général et où l'on a rencontré toutes les armes et autres bagages qui ont pu assurer que les brigands l'avaient habité.
Demande. — Savez-vous qui a fait les procès-verbaux de la vérification des caisses ?
Réponse. — Le soin de l'arrêté a été confié au général Legendre, et les procès-verbaux pour l'examen des caisses à une commission de plusieurs membres, dont je me rappelle le major ïeulet.
Demande. — Savez-vous à quelle somme maniaient les différentes caisses saisies ?
Réponse. — Il me serait impossible de la fixer avec exactitude, mais j'ai su qu'elle se montait à deux millions de réaux, ou deux millions cinq cent mille environ.
Demande. - — Savez-vous à combien ont monté les gratifications accordées ?
Réponse. — J'ai su que les généraux de brigade avaient eu 8 000 francs. Il me serait impossible de déterminer les sommes accordées aux autres officiers, et je ne puis parler avec assurance que de celle de 5 000 francs, qui me fut donnée, ainsi qu'aux autres officiers de l'état-major.
Demande. — Avez-vous connaissance qu'on ail pillé, et que le soldat se soit emparé de beaucoup de vases d'églises ?
Réponse. — Je n'ai jamais eu l'idée qu'un pillage de ce genre ail été commis, elle premier soupçon m'en a été donné par les généraux ennemis, quand ils réclamaient un article du traité, pour que les vases sacrés fussent rendus, s'il en avail élé enlevé.
Demande. — Vous croyez donc qu'il n'y a pas eu de vases sacrés enlevés?
Réponse. — Je répèle que la première nouvelle m'en a élé donnée par les généraux ennemis qui, pourtant, n'établissaient pas leurs doutes comme des faits.
Demande. — Avez-vous connaissance qu'à l'évacuation de Cordoue on ait laissé îles malades dans les hôpitaux ?
Réponse. — J'ai appris, lors de notre retraite de Cordoue, qu'il restait des malades dans les hôpitaux, que le général eh chef les recommanda particulièrement aux soins du corrégidor, et j'ai su depuis que les différentes autorités de la \ille cl les chefs de l'armée insurgée avaient eu tous les égards que le général en chef a recommandés avant son départ.
Demande. — Pourquoi ne les a-t-on pas évacués V
Réponse. — Ceux qui étaient en étal de suivre lu retraite -le l'armée onl été évacués, e) il n'est resté dans les hôpitaux que ceux donl les maladies trop graves ne permeltaienl pas l'évacuation .
Demande. — Savez-vous le nombre de ceux qui sont restés?
Réponse. — Je ne pourrais que le donner imparfaitement.
Demande. — A l'affaire du 19 juillet, devant Baylen, à quelle heure avez-vous été chargé par le général en chef d'aller demander la suspension d'armes au Gal Reding ?
Réponse. — A une ou deux heures après midi, et après un combat de dix heures.
Demande. — Quelle mission avez-vous reçue du général en chef?
Réponse. — Je n'avais d'autre mission que celle de demander un armistice.
Demande. — L'avez-vous obtenu, et quelles en ont été les conditions ?
Réponse. — Je me suis présenté dans le camp ennemi, où j'ai trouvé le général Reding, à qui j'ai fait part de la mission dont j'étais chargé : ce général m'a observé qu'il commandait les deux divisions contre lesquelles nous venions de combattre, et qu'il ne pouvait accorder l'armistice qu'avec l'assentiment du général Castaiïos, commandant en chef l'armée d'Andalousie ; qu'il convenait d'accorder la suspension dans la condition expresse que je me rendrais de suite auprès du Gal Castaiïos, dont les divisions avaient annoncé leur arrivée sur nos derrières par plusieurs coups de canon, pour faire confirmer ladite suspension.
Je repassai de suite dans le camp français, où j'instruisis le Gal en chef des réponses du Gal Reding, et je continuai ma marche pour me rendre auprès duGal Castanos. Je trouvai, près le pont de l'Herrumblar, les divisions du général Lapena qui marchaient, et suivaient leur mouvement pour s'emparer du pont de l'Herrumblar, dont la garde avait été confiée à un bataillon à peu près, sous les ordres de M. le général Barbou.
J'instruisis le Gal Lapena, qui était à la tête de ses troupes, de l'objet de ma mission, et il reçut en même temps l'avis du Gal Reding de différer son mouvement jusqu'à mon retour d'Andujar, où était alors le général Castanos. Arrivé près de lui, j'obtins la confirmation de l'armistice, et je retournai au camp français annoncer au Général en chef le succès de ma mission. J'ajouterai qu'étant auprès du général Reding, je fus retenu par ce général, qui espérait alors voir arriver le Général Castanos, et cela avec d'autant plus de fondement qu'il le croyait à la tête des divisions dont le canon s'était fait entendre sur les derrières de la division Barbou, et que ce n'est qu'après un retard de deux ou trois heures, pendant lequel l'armistice reçut toujours son effet, que je me rendis auprès du Gal Castanos pour le faire confirmer.
Demande. — La demande d'armistice que vous avez faite le 19 a une ou deux heures, ne regardait-il pas uniquement la division Barbou, qui venait de combattre contre le général Reding?
Réponse. — Cette demande était d'autant plus exclusive à la division Barbou, qu'on ignorait alors où pouvaient être les divisions Vedel et Gobert, puisqu'elles ne donnaient aucun signe d'existence; quoique j'aie su, depuis, que la division Vedel est restée pendant cinq heures à Guarroman, distant du champ de bataille de deux lieues d'Espagne, et d'où l'on entendait distinctement la canonnade et le feu de mousqueterie : j'ai su encore que plusieurs officiers généraux et autres officiers de cette armée avaient représenté avec instance au Gal Vedel, que nous étions aux prises avec l'ennemi, et que notre infériorité nous ferait sans doute succomber, s'il ne s'empressait pas d'arriver à Baylen ; mais que ce général s'était contenté de répondre à ces différentes instances, en envoyant des paysans pour reconnaître la vérité, qui lui était déjà démontrée. J'ai reçu ces renseignements depuis les différentes audiences que j'ai reçues de S. M., et les interrogatoires ministériels qu'il m'a fallu subir.
Demande. — Quels sont les généraux et officiers de qui vous avez eu ces renseignements ?
Réponse. — Ces indications m'ont été données par le Gal Chabert, qui les tenait directement du général Cassagne, commandant une brigade de la division Vedel, du commandant Baste qui était alors à cette division, et du major Christophe, l'un de ceux qui demandaient au général Vedel avec le plus d'instance de marcher sur Baylen pour nous délivrer du danger qu'il ne prévoyait que trop : ces différentes indications m'ont été données par le général Chabert, et je les ai de plus entendues du général Dupont.
Demande. — - Au moment où la trêve a été accordée, qu'avez-vous réglé sur la position respective des troupes des deux armées pendant sa durée?
Réponse. — Je me suis renfermé dans le seul but de ma mission, qui était de demander un armistice ; j'ai rendu compte au général en chef de ses résultats, et les mesures ont été ordonnées par les chefs des deux différentes armées. Je puis ajouter encore qu'à l'instant où je me présentai au GaI Reding pour demander la trêve, ce général envoya l'ordre à ses troupes de cesser leur feu, et cette même recommandation au général Lapena commandant la division espagnole sur nos derrières. J'instruisis le Gal en chef des mesures qui venaient d'être prises, et pareils ordres furent donnés aux troupes françaises. J'observerai que le Gal Reding, en envoyant la recommandation au Gal Lapena, avait appris que le Gal Castanos n'y était pas en personne, mais qu'on attendait son arrivée.
Demande. — Qu'avez-vous réglé avec le Gal Castanos, près de qui le général Reding vous a renvoyé ?
Réponse. — L'armistice, et rien de plus.
Demande. — Avez-vous stipulé quelques conditions?
Réponse. — Aucune, et mes instructions ne le comportaient pas.
Demande. — A quelle heure êtes-vous parti d'Andujar pour rapporter au camp français la réponse du Gal Castanos ?
Réponse. — A onze heures du soir ou minuit.
Demande. — A quelle heure êtes-vous arrivé près du général Dupont?
Réponse. — Le 20, à cinq ou six heures du matin.
Demande. — Quels ordres en reçutes-vous alors ?
Réponse. — Lors de mon arrivée, aucun.
Demande. — A quelle heure avez-vous reçu la mission de retourner au camp du général Castanos ?
Réponse. — A dix ou onze heures du matin, le Gal Marescot revint du quartier général du Général Lapena, et annonça au Général Dupont, en présence de plusieurs officiers généraux, que le Gal Lapena exigeait que l'armée française se rendît à discrétion, et donnait deux heures pour obtenir une réponse positive ; que, sans cela, il menaçait la division Rarbou de marcher sur elle, et qu'alors il ne pouvait répondre des excès et de la fureur où se porterait son armée, dont une grande partie était composée d'insurgés sans honneur et sans discipline. Le Gal Marescot s'était engagé sous parole d'honneur, de donner une réponse quelconque au Gal Lapena dans le terme de deux heures qu'il avait prescrit. J'étais alors auprès du Général en chef, et je lui observai qu'ayant été auprès des généraux ennemis, je ne leur avais pas reconnu un caractère assez déraisonnable pour annoncer des prétentions aussi exagérées et aussi ridicules ; je puis d'autant plus donner preuve de mon observation, qu'elle a été entendue de tous les officiers généraux, et que tous peuvent en rendre témoignage.
Le général en chef donna quelques instants après la mission au général Chabert de se rendre au quartier général ennemi, comme fondé de pouvoirs pour traiter sur le sort des armées ; il en donna une au Gal Marescot, dont j'ignorai alors le caractère, et je reçus celle d'accompagner ces deux généraux, sans autres instructions que la recommandation verbale de profiter de tous les droits qui me seraient permis pour contribuer à une meilleure convention : j'eus en outre la recommandation d'observer et de surprendre tous les détails relatifs aux événements d'Espagne, et qui pouvaient servir aux intérêts de l'Empereur. Je crois avoir prouvé que ma mission n'a pas été sans utilité.
Demande. — Quand êtes-vous parti du quartier général, pour remplir la mission qui vous était donnée ?
Réponse. — A midi ou une heure environ ; je ne puis le préciser avec exactitude, n'en concevant pas alors les conséquences.
Demande. — Aviez-vous reçu quelques instructions touchant la division Vedel ?
Réponse. — J'ai reçu celle de contribuer de tous les pouvoirs qui me seraient laissés, à ce qu'elle ne fût pas comprise dans le traité.
Demande. — A quelle heure êtes-vous arrivé au quartier général ennemi ?
Réponse. — Nous rencontrâmes, à peu près à trois heures et à moitié chemin de Raylen à
Andujai\ le Gal Castanos et le Cle de Tilly qui étaient en marche pour se rendre au quartier général de la division Lapena. Le Gal Castanos proposa aux généraux Marescot et Chabert de rétrograder pour s'arrêter dans une maison de poste qui était à peu de distance de là, et la proposition fut acceptée.
Demande. — Quelles propositions furent faites par les généraux ennemis ?
Réponse. — Ils annoncèrent d'abord que l'armée française, y compris les divisions Ycdel et Gobert, se rendit à discrétion.
Demande. — Qui a discuté cette proposition ?
Réponse. — Le refus formel fut général ; et malgré que je n'eusse aucun caractère reconnu, je ne pus m'empècher d'observer au Gal Castanos, de concert avec les généraux Marescot et Chabert, qui me permettaient alors d'être l'organe de ces différents intérêts, que je le croyais trop militaire, pour exiger que des divisions qui ne s'étaient pas battues fussent comprises dans un traité, que ses prétentions étaient entièrement opposées au droit de la guerre. Je trouvai particulièrement une résistance opiniâtre dans le généi'al Escalante, capitaine général de Grenade, qui commanda à l'instant cpie je devinsse étranger aux conférences.
Le Gal Castanos observa que ce n'était pas défendre les intérêts de ces divisions, que de refuser leur admission dans le traité, et vouloir leur retraite sur Madrid, qui serait obstruée par l'armée de l'insurrection de la Manche, une partie de l'armée de Valence, et autres troupes qui leur seraient infiniment supérieures. Je représentai au GaI Castanos que le sort de ces divisions dépendrait d'elles-mêmes, et que le général en cbcf préférait leur retour sur Madrid, malgré toutes les chances fâcheuses qu'elles pouvaient éprouver. Il est prouvé que, par un zèle longtemps soutenu, il fut arrêté que les divisions Vedel et Gobert se retireraient sur Madrid, sous la condition expresse de ne pas tirer un coup de fusil avant leur sortie de l'Andalousie : il est aussi prouvé que les intérêts de ces divisions ont été révoqués par l'arrivée d'une lettre du général en chef des armées en Espagne, écrite au Gal Dupont, laquelle lettre fut interceptée, et dont le Gal Castanos donna lecture au Gal Marescot seulement, en en référant à son jugement sur cette révocation.
Peu d'instants après, le GaI Marescot dit au Gal Chabert ainsi qu'à moi, que cette lettre portait en substance, que le Mal Moncey revenait à Madrid après avoir éprouvé des pertes considérables sous Valence ; que le Mal Bessières avait en présence une armée formidable commandée par le Gal Cuesta ; et que cette même lettre donnait l'ordre positif au Gal Dupont de se retirer promptement avec son armée sur Madrid, pour couvrir cette capitale. Il fallut alors renoncer à ce qui avait été arrêté pour les divisions Vedel et Gobert : je suppose que la division Barbou aurait obtenu aussi le privilège de se retirer sur Madrid, mais rien n'avait encore été convenu à cet égard.
Séance du i(\ février.
Demande. — Dans vos précédentes réponses, vous avez expliqué comment, dans la conférence qui eut lieu entre les G""x Marescot et Chabert, vous, et les généraux ennemis, vous n'aviez pu obtenir le retour de Vannée sur Madrid ; mais comment se fait-il que les divisions Vedel et Dufour, qui n'avaient point pris de part à l'action, qui n'étaient pas cernées, et qui avaient leurs derrières libres, aient été comprises dans la capitulation ?
Réponse. — J'ai motivé, dans ma réponse précédente, que ces observations avaient été faites aux généraux ennemis et que le Gal Castaùos répondit que ces divisions rencontreraient dans leur retraite les troupes de la Manche, de Valence et autres, qui ne pouvaient manquer d'obstruer leur marche ; mais cette considération ne fut pas celle qui contraignit de se rendre aux prétentions de l'ennemi, puisqu'il déclara que si les divisions Vedel et Dufour n'étaient pas comprises dans le traité, il fallait renoncer à toute espèce de convention, et qu'alors les divisions de Lapena marcheraient sur la division Barbou, et, après l'avoir complètement détruite, se joindraient aux divisions Beding et Coupigny, pour attaquer de nouveau les divisions Vedel et Dufour. Cette menace était d'autant plus appuyée de vérité, qu'il fallait au plus un quart d'heure aux divisions ennemies pour se rendre maîtres de la division Barbou, et opérer leur jonction pour commencer
de nouvelles attaques. J'ajouterai de plus que l'obligation de souscrire aux prétentions de l'ennemi était devenue une suite inévitable de la lettre interceptée, dont il est question dans le précédent article.
Demande. — Ce n'est pas aux dires des généraux ennemis qu'il fallait s'en rapporter sur le point de savoir si le général Vedel pouvait ou non effectuer sa retraite sur Madrid ; et quant à la position des divisions Barbon et Fresia, il semble que la seule chose que l'ennemi pût prétendre, c'est que ces deux divisions se rendissent prisonnières de guerre ; et ce qui prouve que l'ennemi n'avait pas même l'intention de les traiter avec une rigueur extrême, c'est que, de votre aveu, il avait accordé la trêve sans condition, et avant le retour du Gal Vedel. Cette trêve annonçait les dispositions de l'ennemi de traiter avec les divisions Barbon et Fresia, sans s'occuper des autres divisions qui n'étaient pas sur le champ de bataille ; et encore une fois, le traité le plus favorable que pût prétendre l'ennemi, était que les troupes cernées se rendissent prisonnières de guerre ; d'où il suit qu'il est fort étonnant que les troupes commandées par le Gal Vedel aient été comprises dans la Capitulation.
Réponse. — Il est déjà prouvé que les observations de l'ennemi, sur les difficultés que pouvaient rencontrer les divisions Vedel et Dufour clans leur retraite sur Madrid, n'ont eu aucune influence sur leur admission dans le traité, puisqu'il avait été primitivement convenu que leur retraite était accordée, et qu'on n'a dû seulement la révocation de cette convention déjà arrêtée, qu'à l'arrivée de la lettre interceptée. Ce qui prouve de plus que l'ennemi ne se serait pas conlenté de traiter avec la division Barbon, quoique la trêve qui fut demandée lui lut entièrement exclusive et ne comportât aucune autre condition, c'est que, si la division Vedel, qui avait quitté sa position, ne recevait l'ordre à l'instant de venir la reprendre, il marchait aussitôt sur la division Barbon, et après l'avoir détruite, comme je l'ai déjà dit, continuait son mouvement pour attaquer de concert avec les divisions Redinget Coupigny les divisions Vedel et Dufour.
Je répète encore que l'ordre que j'avais reçu d'aller demander une trêve à l'ennemi, ne comportait aucune autre instruction ; mais je dois ajouter que si l'ennemi n'avait eu l'espoir de prescrire un autre traité, il n'aurait point accordé la suspension, puisque le général Reding exigea rigoureusement qu'elle fût ratifiée par le général en chef; ce qui atteste encore que l'ennemi voulait que toutes les divisions de l'armée fussent comprises dans le traité, c'est la déclaration formelle qu'il fit, le 20, à 7 ou 8 heures du matin, au général Marescot, qui avait été auprès du général Lapena.que si l'armée française, y compris les divisions Vedel et Dufour, ne se rendait à discrétion, il marcherait aussitôt sur la division Barbou et ne pourrait comprimer la fureur de son armée, dont une grande partie était composée d'insurgés sans discipline.
Les prétentions de l'ennemi étaient d'autant plus positives, et annonçaient tellement son éloignement de toute convention, qu'il fit déclarer au général Dupont, aussitôt qu'il apprit le départ de la division Vedel, que si cette division ne reprenait sa position, il n'accéderait à aucun traité. L'ordre fut donc envoyé à la division Vedel de revenir, et ce n'est qu'après avoir donné l'assurance à l'ennemi de son retour, dont le général Cassagne vint lui-même se rendre caution, que les généraux ennemis consentirent à traiter. L'obligation du traité était devenue tellement impérieuse, qu'à l'arrivée du général Marescot, qui annonça que l'ennemi voulait que l'armée se rendit à discrétion, le général Dupont déclara qu'il préférait se faire tuer avec les troupes qu'il commandait ; et ce ne fut que sur les instances des généraux, qui lui représentèrent l'impuissance de faire de nouveaux efforts, qu'il se détermina à donner les pouvoirs de traiter.
Demande. — Il paraît que vous confondez les époques, en disant que les généraux ennemis exigèrent d'abord que le Gal Vedel vînt reprendre les positions qu'il avait quittées. Remarquez que c'est le 20 juillet que les buses de la Capitulation furent convenues dans In maison de la poste, sur la roule d'Andujar, et que l'on y comprit les troupes commandées par le G'li Vedel, qui n'avait fuit encore aucun mouvement depuis le [9 : que ce ne fut que dans la nuit du 20 au 21, que le G"1 Vedel commença sa retraite, et que si les généraux ennemis se plaignirent le 21 de ce mouvement, c'est qu'ils prétendirent que c'était une infraction des conditions qui avaient été arrêtées la veille à la maison de la poste.
Réponse. — Il peut exister une erreur dans les époques que j'ai précisées, mais elle ne contredit nullement les faits que j'ai déjà annoncés, et qui sont relatifs à la nécessité de la capitulation.
Demande. — Le commandant Basle ne vint-il pas de la pari du général Vedel au lieu des Conférences, accompagné d'un aide de camp du Gal Dupont, pour demander que les troupes commandées par le G'Ll Vedel ne fussent pas comprises dans la Capitulation?
Réponse. — Le commandant Baste vint, en effet, au lieu des conférences, le 20 juillet, accompagné de l'aide de camp Warenghien. Il s'annonça venir non pas de la part du général Vedel, mais de celle du général Dupont pour recommander de faire en sorte que les divisions Vedel et Dufour ne fussent pas comprises dans la Capitulation ; mais lorsqu'ils arrivèrent, la lettre interceptée, dont j'ai parlé, avait déjà fait changer les premières dispositions du Gal Castanos, et de nouveaux efforts furent inutiles pour obtenir ce que demandait le commandant Baste.
Demande. — Comment avez-vous souffert que l'on inscrivît dans la Capitulation l'article relatif aux vases d'église ?
Réponse. — Je n'avais aucun caractère pour m'opposer à l'insertion de cet article ; Cependant, je témoignai la plus vive répugnance et fis, à cette occasion, preuve de zèle et de dévouement pour empêcher qu'il ne fût admis ; mais les généraux ennemis insistèrent en disant que défendant les droits d'un peuple superstitieux et fanatique, ils se trouvaient dans la nécessité, pour leur sûreté personnelle, de comprendre dans le traité un article qui prouvât à ce même peuple qu'ils défendaient ses intérêts ; ils ajoutèrent que l'article n'exprimait pas un fait positif, mais une simple hypothèse.
Demande. — Pourquoi les conditions du traité ayant été convenues le 20 juillet, n'ont-elles été signées que le 22?
Réponse. — Les bases du traité furent, en effet, convenues le 20, à la maison de la poste. Sur la proposition faite par le Gal Castanos aux généraux Marescot et Chaberl, on se rendit à Andujar le 20 au soir, pour le continuer ; mais comme il était trop tard lorsqu'on y fut arrivé, la conférence fut remise au lendemain 21 ; cette journée fut employée à rédiger et à arrêter tous les articles. Le soir, le général Cliabert et moi, revînmes au camp français pour en donner communication au général Dupont, et la signature ne put avoir lieu que le lendemain 22.
Demande. — Fùles-vous présent, lorsque le projet de traité fut présenté à l'approbation du général Dupont, et que se passa-t-il à ce sujet?
Réponse. — J'étais présent, lorsque le général Chabcrt remit le traité, le 21 au soir, au Gal Dupont, dans son bivouac, en présence de plusieurs officiers généraux. Le général Dupont en prit lecture et témoigna toute l'affliction que les circonstances lui causaient. Les généraux qui étaient présents lui observèrent que ce traité ne blessait en rien l'honneur français, et qu'il était aussi favorable que sa position critique le permettait. Il donna verbalement alors au général Chabert des instructions sur les articles supplémentaires qu'il jugea alors devoir être ajoutés au traité. C'est dans cette conférence que je vis pour la première fois le Gal Cassagne, qui était venu assurer le retour de la division Vedel ; en sorte que c'est par erreur que dans une précédente réponse, j'ai annoncé que le mouvement du général Vedel s'était effectué le 20, et que le Gal Cassagne était venu le même jour se rendre caution de son retour.
Demande. — Durant les conférences, qui est-ce qui a discuté les articles pour l'intérêt de l'armée française ?
Réponse. — Je ne pris part à la discussion que dans le commencement, et surtout pour ce qui concernait les divisions Vedel et Dufour. Le général espagnol Escalantc ayant observé que je n'avais pas de pouvoirs, il me resta la ressource de faire des observations aux généraux Marescot et Chabert, et ce sont ces deux généraux qui ont discuté et successivement arrêté les divers articles.
Demande. — En consentant l'évacuation par mer, comment se fait-il qu'on n'ait pas demandé, pour l'exécution de cet article, la garantie des Anglais, qui étaient maîtres de la mer ?
Réponse. — Aucun général anglais n'ayant assisté aux Conférences, on se contenta de la pro-
messe et de la parole d'honneur des officiers espagnols, qui assurèrent que le trajet par mer n'éprouverait aucune difficulté, et qui garantirent, par un article exprès inséré dans le traité, la traversée des troupes françaises contre toute expédition hostile.
Demande. — // parait cependant qu'il y avait dans le camp ennemi un officier supérieur anglais, cliargé des pouvoirs de son gouvernement ?
Réponse. — J'ai su qu'en effet il y avait au camp ennemi un Colonel anglais que j'ai même vu au moment de mon départ, mais les généraux française moi n'en avons eu connaissance qu'après la signature du traité.
Demande. — Pourquoi au milieu des intérêts si importants pour l'État et pour V honneur de l'armée, s'est-on occupé avec un soin si particulier de ce qui concernait les bagages, soit dans la Capitulation, soit dans les articles supplémentaires ?
Réponse. — Je n'ai rien vu qui annonçât une attention particulière pour la défense de ces intérêts relatifs aux bagages, et j'ai toujours pensé que les généraux chargés de traiter, se sont bornés aux conditions d'usage, dont l'oubli serait un désavantage et même un déshonneur.
Demande. — Après la signature du traité, êtes-vous revenu au camp du général Dupont ?
Réponse. — ■ Je n'ai point assisté à la signature de la Capitulation, mais ayant été désigné par le Gal en chef pour porter le traité à Madrid, je retournai le 22 juillet à Andujar, afin d'assurer ma route et d'obtenir une escorte suffisante. Le général Castanos détermina le moyen d'assurer ma route ; je revins le même jour au camp français et je partis le lendemain 23 à onze heures du matin, après l'entière évacuation des troupes françaises. Je dois remarquer ici que, malgré toutes mes instances, je ne pus obtenir l'escorte pour mon départ que le 24 à trois heures du matin, et que ce jour-là même, ayant rencontré le général Vedel qui arrivait à Baylen, je m'empressai de lui demander, dans le cas où il aurait effectué sa retraite, quelles forces il eût espéré de ramener sur Madrid ; il me répondit que s'il eût continué sa retraite, il aurait ramené douze ou quinze cents hommes au plus.
Demande. — En passant à Manzanarès, neules-vous pas une conférence avec l'ojjïcier qui commandait le bataillon qui s'y trouvait, quel fut l'objet de cette conférence ?
Réponse. — En arrivant à Manzanarès, après avoir traversé la Sierra-Morena que j'avais trouvée occupée par des troupes espagnoles, je trouvai un poste français. Je fis appeler le commandant, à qui je crus devoir donner connaissance de ce qui venait de se passer dans l'Andalousie, pour lui faire connaître combien sa position devenait critique. Ce commandant, dont j'ignore le nom, me dit qu'il avait sous ses ordres environ un bataillon dont 2 ou 3oo malades ; qu'étant entouré et harcelé par les rebelles, il avait été obligé de se retrancher dans un château fort où il n'avait d'autres subsistances que celles que lui procuraient les autorités de la ville de Manzanarès ; que ses soldats ne pouvaient sortir du château sans être attaqués, et qu'il avait été obligé de se faire accompagner par l'alcade pour trouver sûreté en venant mu parler.
En lui faisant reconnaître combien son retour sur Madrid était urgent, il m'observa que quelques jours auparavant, ayant envoyé un détachement de 200 hommes, dont une partie était malade, à Madridejos, ce détachement fut attaqué, sur le pont de Villaharta, par des troupes insurgées très supérieures qui le massacrèrent en totalité ; d'où il tirait la conséquence que son retour sur Madrid serait très difficile à effectuer et que d'ailleurs il répugnait à abandonner ses malades qui seraient infailliblement sacrifiés, comme l'avaient été ceux de plusieurs hôpitaux tombés au pouvoir des rebelles. A cette occasion, il me pria d'écrire au Général de l'année ennemie pour demander qu'on évacuât incessamment ses malades, en conformité d'un article du traité dans lequel ils se trouvaient implicitement compris.
J'écrivis, en effet, dans ce sens au général Castanos, et l'Alcade de la ville se chargea de lui (aire parvenir ma lettre. Quant à ce commandant, n'ayant aucun ordre à lui donner, je me bornai à lui donner toutes les instructions qui devaient le porter à effectuer sa retraite sur Madrid. Après avoir passé Villaharta, je trouvai dans un village un cuirassier français qui me confirma l'assassinat commis à Villaharta et m'assura être le seul qui s'en était échappé. Je le lis onduire à Madridejos au commandant Plicque, instruisis ce commandant de la même manière
que j'avais fait à l'égard de celui de Manzanarès ; en continuant ma marche sur Madrid, je rencontrai le général Laval arrivant à Tembleque; il conduisait un corps d'infanterie dans l'Andalousie. Je lui donnai les mêmes détails que j'avais donnés aux autres commandants français qui s'étaient trouvés sur ma route. Je lui fis part en outre de la position critique du bataillon établi à Manzanarès, en lui faisant sentir combien il était instant de lui envoyer des troupes pour faciliter sa retraite. Le général Laval me promit de le faire, j'ignore s'il l'a exécuté.
Demande. — Vous avez dit dans une relation annexée à vos premières réponses sur les questions (jui vous ont été adressées de la part du Ministre de la guerre, quêtant allé à Andujar pour proposer au G'1' Castanos la confirmation de la trêve qui avait été consentie par le Gal Reding, vous étiez reparti d' Andujar le 20 à une heure du matin, accompagné d'un aide de camp du G-'1 Castanos, qu'à quelque distance de cette ville vous fûtes rappelé de la pari de ce général, qui vous dit avec humeur, ainsi que le comte de Tilly, que le Gal Vedel venait de violer la trêve qui avait été accordée, en quittant sa position pour s'en aller, et que vous n'étiez venu auprès de lui, GiU Castanos, que pour gagner du temps et faciliter la retraite de Vedel ; cependant il parait par l'instruction, et même vous êtes convenu dans l'une de vos réponses de ce jour, (jue le général Vedel n'avait quitté sa position pour effectuer sa retraite que dans la nuit du 20 au 21 ; d'où il résulte qu'il n'est pas possible que le Gal Castanos vous ait adressé un pareil reproche dans la nuit du 19 au 20.
Réponse. — J'ai fait erreur dans la relation jointe à mes premières réponses, en attribuant l'humeur du G"1 Castanos et du Comte de Tilly au départ du général Vedel. Je me rappelle fort bien que lorsque le Gal Castanos me fit rappeler, dans la nuit du 19 au 20, il se plaignit vivement, ainsi que le comte de Tilly, de ce que le général Vedel était arrivé faisant des démonstrations hostiles sur les derrières des divisions Reding et Coupigny, en sorte que la demande de l'armistice semblait avoir pour seul objet de gagner du temps. Je ne pus m'engager à rien, si ce n'est de rapporter au général Dupont la confirmation de l'armistice et les observations qui venaient de m'être faites. Je dois ajouter ici que j'ai confondu ce motif d'une première impatience avec les plaintes que le même général Castanos adressa le 21, lorsqu'il apprit le départ du général Vedel.
Demande. — Vous avez cependant répété la même assertion dans une autre pièce trouvée chez vous, écrite de votre main, cotée n° 8 ; et dans ces deux pièces, vous annoncez que le général Castanos, en accédant à la trêve, vous avait d'abord informé de l'arrivée du Gal Vedel, qui avait pris position en arrière de Baylcn et pris part à la trêve ; que ces messieurs vous invitèrent à souper, etc. Puisque le Gal Castanos vous avait averti de l'arrivée du Gal Vedel avant le souper, on ne conçoit pas pourquoi il vous aurait fait appeler à une heure du matin, pour le même motif.
Réponse. — La pièce cotée n° 8 n'est que la copie de la relation mentionnée dans la question précédente : ainsi elle doit contenir la même erreur ou pour mieux dire la même transposition de faits, que la promptitude avec lacmelle j'ai rédigé ma relation et mes réponses, m'a fait commettre.
Demande. — Est-il bien certain que vous n'ayez été instruit de l'arrivée du général Vedel à Baylen, que lorsque vous fûtes rappelé par le Gal Castanos ?
Réponse. — Oui, car mon rappel ne peut pas avoir eu d'autre motif que celui-là.
Demande. — Cependant, le Gal Vedel étant arrivé à Baylen le 19 sur les quatre heures, et ayant commencé à tirer le canon sur les cinq heures, le G'1 Castanos a dû en être instruit avant l'époque de votre départ.
Réponse. — Il est vraisemblable que l'avis de l'arrivée du Gal Vedel n'a pas été porté au Gal Castanos avec toute la célérité possible. D'ailleurs l'indication des heures n'a pas été précisée avec une grande exactitude.
Demande. — Il existe encore, entre votre relation et vos réponses d'aujourd'huy, une contradiction importante, en ce que dans la relation vous attestez que le Gal Castanos, après s'être plaint de la violation de la trêve par le Gal Vedel, vous déclara que la Divoa Reding suivait la Div"n Vedel, que la Div"n Coupigny garderait la position, et qu'il venait d'envoyer à l'instant aux divisions du Gal Lapena l'ordre de marcher sur le camp français et de le cerner de toutes parts ; tandis que dans vos dernières
réponses vous avez dit qu'en revenant au camp du général Dupont, vous aviez rapporté l'acceptation pure et simple de la trêve par le Gal Castaiïos.
Réponse. — Cette contradiction apparente n'est que la suite de la transposition de faits que j'ai expliquée dans ma dernière réponse. La vérité est que j'ai rapporté l'acceptation pure et simple de la trêve par le Gal Castanos ; les autres détails rapportés dans ma relation n'étaient que des observations du Gal Castanos, desquelles je devais rendre compte au Général en chef.
Demande. — // parait cependant que ce fut d'après le rapport que vous fîtes au Gal Dupont, des menaces du Gal Castanos de reprendre immédiatement l'attaque tant contre le général Dupont que contre le général Vedel, que le Gal Marescot fut invité à se rendre auprès des généraux ennemis pour entamer la négociation.
Réponse. — Je crois que cette observation est d'autant moins fondée que, lorsque je revins auprès du Général Dupont pour apporter l'acceptation de l'armistice, le Gal Marescot était déjà parti pour se rendre auprès du Gal Lapena, et que c'est le GaI Marescot seul qui a rapporté les prétentions de l'ennemi.
Demande. — Avez-vous eu connaissance d'une sommation qui fut faite de la part des généraux ennemis au général Dupont, et pouvez-vous en expliquer le contenu ?
Réponse. — 11 est possible qu'il ait été fait une sommation, mais je n'ai eu connaissance que de celle rapportée par le Gal Marescot, et portant que l'ennemi voulait que l'armée française, y compris les divisions Vedel et Gobert, se rendit à discrétion, et qu'il s'était engagé sous parole d'honneur de rendre une réponse dans le terme de deux heures.
Demande. — Cette assertion n'est pas conforme à celle du Gal Marescot qui a constamment déclaré que le Gal Lapena avait d'abord proposé que l'armée se rendît à discrétion, mais que ce général avait donné pour ultimatum les conditions suivantes, savoir : que les troupes françaises auraient les honneurs de la guerre, que la Divon Dupont serait seule prisonnière, et que toutes les troupes françaises évacueraient l'Andalousie par mer. Telles sont les propositions que le Gal Marescot a dit avoir rapportées au camp.
Réponse. — ■ Je persiste à déclarer que j'étais présent lorsque le GaI Marescot arrivant de l'armée ennemie, rapporta que l'on exigeait que généralement toutes les troupes françaises se rendissent à discrétion, que dans le cas où on n'accéderait pas à cette demande, le général Lapena menaçait de marcher avec sa division et ne pouvait répondre des suites funestes qui en résulteraient. Le général Marescot dit qu'il lui avait été donné deux heures pour donner une réponse. C'est alors que j'observai au Général en chef que je n'avais pas reconnu dans le caractère de l'ennemi des prétentions aussi exagérées, ni aussi ridicules.
Demande. — Le général Marescot soutient au contraire que ce fut vous qui annonçâtes le 20 au matin, lorsque vous revîntes d'auprès le Gal Castanos, que ce général ne voulait accorder aucune Capitulation, qu'il exigeait qu'on se rendit à discrétion, que peu après un officier espagnol vint de la part du Gal Castanos faire une sommation conforme à ces prétentions, et que ce fut dans cet état de choses qu'on lui proposa d'aller trouver le général Castanos.
Réponse. — J'ai répondu à cette fausse imputation par mes réponses précédentes ; je n'ai parlé que d'après la vérité, et les généraux qui étaient présents dans ces différentes circonstances peuvent en rendre témoignage.
Demande. — Lorsque vous fûtes le 19 auprès du général Reding, et successivement auprès du G'1 Castanos pour proposer l'armistice, ne fûtes-vous pas chargé en même temps d'annoncer aux généraux ennemis l'intention où était le Gal Dupont défaire évacuer l'Andalousie par toutes les troupes françaises ?
Réponse. — Je répète, comme je l'ai déjà dit, que ma mission avait pour but la demande d'un armistice, et ne comportait aucune autre instruction.
Demande. — // est difficile de concevoir que dans la position où se trouvait la division Barbou à l'instant où vous proposâtes l'armistice, l'ennemi l'eût accepté purement et simplement, s'il n'eût été flatté en même temps de l'espoir d'une prochaine Capitulation.
Le Génkhal Dupont. III.
Réponse. — j'ignore quels résultats l'ennemi pouvait en espérer, mais je me renferme dans mes précédentes réponses.
Signé: C. Villoutreys. — Bourguignon. — Fouquet. — Garnier.
Les déclarations du capitaine de Villoutreys achèvent de dégager nettement les grandes lignes des événements d'Andalousie : i° la ville de Cordoue a été prise d'assaut, et quoique, dans ces conditions, les lois de la guerre autorisassent le pillage, il n'a eu lieu que dans les maisons d'où Ton faisait feu sur les troupes ; le général Dupont, dès la cessation du combat et la soumission de la ville de Cordoue, « prit à l'instant toutes les mesures convenables pour arrêter les excès qui étaient devenus inévitables. » — 20 Le général Dupont, en quittant Cordoue, n'a pas abandonné ses malades ; il les a emmenés et n'a laissé que ceux qui n'étaient pas transportables, en les recommandant tout particulièrement aux soins du corrégidor. — 3° Dans sa marche si lente de la Caroline sur Baylen, le 19 juillet, le général Vedel fut vivement pressé par plusieurs de ses généraux et d'autres officiers, de se hâter pour courir au secours du général Dupont et il n'en fit rien. — 4° Si les divisions Vedel et Dupont ont été comprises dans la Convention, c'est que l'ennemi ne consentait à traiter qu'à cette condition et que le traité était devenu impérieusement nécessaire, ces deux divisions, fortes à peine de 8000 hommes au total, étant sans vivres depuis plus de huit jours, enveloppées, et dans l'impossibilité de faire leur retraite, comme il ressort des déclarations mêmes du général Vedel au capitaine de Villoutreys, au général Cervoni et au grand procureur général. — 5° Le traité dit capitulation de Baylen ne blessait en rien l'honneur français. — 6° A Port-Sainte-Marie, les officiers français ont été maltraités et dévalisés par une populace furieuse qui leur a pris tout ce qui leur appartenait, jusqu'à leur linge et leurs vêtements, et les a forcés à sejeter dans des barques sans qu'ils puissent emporter la moindre valise ; l'incident des vases sacrés et l'assertion de journaux espagnols qu'on aurait trouvé des millions dans les fourgons du général Dupont, — imputations dont on n'a jamais fait la moindre preuve et que Napoléon a accueillies avec un empressement manifeste pour en souffleter son plus glorieux divisionnaire, — ne sont que de grossières inventions, imaginées pour donner un semblant de raison à un véritable acte de sauvagerie. Quel honnête homme pourrait admettre qu'il suffise d'un article de journal, pour déshonorer un des plus illustres serviteurs de la patrie ?
Telles sont les déclarations des officiers sur lesquels Napoléon a résolu de faire peser, quoi qu'il arrive, ses injustes rigueurs. Les affirmations des généraux Marescot, Legendre et Chabert, du capitaine de Villoulreys et de M. Plauzoles, ont ceci de particulier qu'elles émanent d'officiers qui, ayant tout à redouter de la colère de l'Empereur et sachant la façon dont il entend que l'affaire de Baylen soit jugée, ne craignent pas de dire la vérité et d'affirmer que le général Dupont a fait tout son devoir et n'a cédé qu'à la plus dure des nécessités, en restant fidèle à l'honneur. Il serait ridicule d'imaginer que Napoléon fût seul à s'entendre aux questions d'honneur, et quand Dupont et ses généraux, — qui non seulement avaient fait preuve de la plus grande intrépidité sur les champs de bataille, mais n'avaient jamais trompé personne, ni tendu de guet-apens comme celui de Bayonne, ni surpris déloyalement aucune forteresse, ni employé de moyens immoraux et cyniques, — estimaient
que le traité conclu à Andujar avec les Espagnols ne blessait en rien l'honneur français, pourquoi donc leur appréciation n'eût-elle pas valu celle de Napoléon ? Et si Ton voulait considérer comme déshonorés tous les hommes que l'Empereur a plus ou moins qualifiés de coquins, de lâches, de traîtres, de voleurs, combien en resterait-il d'indemnes dans son entourage? N'a-t-il pas dit, à Ste-Hélène, qu'il eût dû faire fusiller Soult, « le plus pillard » de tous ses maréchaux ? Cela ne l'avait pourtant pas empêché d'en faire son major général en partant pour Waterloo, et cela n'empêcha pas non plus le duc de Dalmatie d'être plusieurs fois ministre de la guerre.
Aux témoignages concordant pour approuver la conduite du général Dupont en Andalousie, il convient d'ajouter celui du vaillant et loyal Daugier, commandant le bataillon des Marins de la Garde. Son rapport au maréchal Mortier (1), est daté du 8 décembre 1808, et c'était un document trop important pour qu'il n'ait pas été immédiatement soumis à l'Empereur, d'autant que le duc de T révise devait avoir à cœur de dégager celui qui l'avait sauvé à Diernstein. Comme ce rapport disait simplement et loyalement la vérité, on le passa sous silence et jamais il n'en fut question dans la procédure.
(1) Voir ce rapport aux Annexes du 2e volume.