‹ Le général DupontChapitre 25 sur 90 · HAUTE-COUR · texte numérisé non relu

HAUTE-COUR

DÉCLARATION DE M. VlLLOUTREYS

Renvoyée par S. M. l'Empereur le 23 novembre 1809.

Demande. — Comment n'avez-vous pas fait connaître, dans vos réponses à Sa Majesté, les dispositions prises par le Git[ Dupont le 18 juillet ?

Réponse. — Lorsque j'eus l'honneur de répondre à Sa Majesté, j'ignorais que le GaI Dupont en quittant Andujar le 18 juillet, marchait avec l'assurance de rencontrer un ennemi ; je croyais alors cette rencontre un événement inattendu, et les dispositions jusque-là me semblaient à l'abri de reproches. J'ai su depuis ma détention seulement, que le Gal Dupont avait été informé, le 18 juillet au matin, que l'ennemi s'était emparé de Baylen. Cette assertion est d'autant plus appuyée de vérité, que la presque totalité des généraux qui étaient à cette armée, sont peut-être encore dans l'ignorance où j'étais alors. La longue absence de Sa Majesté pouvait seule retarder ces informations, et j'ai eu l'honneur de lui écrire le jour de son arrivée.

Demande. — Quels motifs vous ont fait adopter la défense de ce général avec autant de zèle?

Réponse. — Je n'avais d'autre motif que l'intérêt et le dévouement qu'on doit au malheur ; je croyais alors le G:tl Dupont seulement malbeureux et je suis arrivé pénétré de ces sentiments. Je ne connaissais pas le Gal Dupont avant l'ordre d'aller le joindre à l'armée ; j'étais près de lui comme tout autre officier d'État-Major eût été, n'ayant d'autre gratification et privilège que ceux généralement accordés. C'est seulement à mon titre d'Écuyer de Sa Majesté qu'il confia la mission dangereuse dont j'étais chargé, ne considérant alors que ses propres intérêts et ma plus grande habitude dans l'honneur de parler à Sa Majesté. Je reçus, comme les autres officiers d'État-Major, 5 000 francs de gratification, et 7 000 francs au moment de mon départ pour suffire aux frais de voyage. Je ne fus chargé d'aucun transport d'argent, d'aucun intérêt personnel, ni d'aucun soin qui aurait avili ma mission et répugné à ma délicatesse.

Demande. — Pourquoi n'avez-vous pas informé Sa Majesté de la conduite des généraux pendant la journée du 19 juillet ?

Réponse. N'ayant pas été appelé par Sa Majesté à répondre sur leur conduite, je ne pouvais, sans craindre de perdre son estime, me constituer leur délateur, mais aujourd'hui qu'il lui importe de connaître toutes les causes qui ont amené ces fâcheux événements, je dois la

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vérité tout entière. J'avais, en outre, la recommandation expresse de Sa Majesté d'éviter les apparences d'un accusateur, et je devais l'observer pour tous ceux que la prévention pouvait atteindre ; Sa Majesté daignera se rappeler que j'eus cette même réserve pour le général Vedel, en lui annonçant que ce général était arrivé à Baylen dans la journée du 19 sans attaquer l'ennemi, ce que je regardais alors comme une action reprochable.

Demande. — Pourquoi navez-vous pas fait connaître à Sa Majesté la conduite du général Marescot, lorsqu'elle vous appela à répondre sur ce général ?

Réponse. — J'eus l'honneur de répondre à Sa Majesté, sur un fait qui lui était déjà connu. Je devais au général Marescot la même réserve qui m'animait pour les autres généraux, sachant d'ailleurs que le silence sur tous ces détails ne pouvait être nuisible aux intérêts de Sa Majesté. Ma soumission aux ordres qu'elle daigna ine donner pour éviter tout ce qui pouvait porter l'empreinte d'une accusation, ne m'a cependant pas préservé du caractère de délateur dans l'opinion du Gal Marescot, et dans celle que sa famille a pu influencer ; mais Sa Majesté connaît ma conduite et son suffrage me suffit.

D'après ces détails, Sa Majesté daignera reconnaître que j'ai été seulement reprochable de m'être attiré ses fâcheuses préventions, que je fus sacrifié aux intérêts d'un seul homme, et que ma conduite, dans cette position difficile, n'a connu que l'honneur et le dévouement d'un sujet fidèle.

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