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I.F, PROCÈS 32 q

Savoir, un Bataillon d'infanterie, l'artillerie et le train à Vclez-Malaga ; le reste de la troupe à Puente-del-Rcy, espèce de fort placé à deux lieues Ouest de Malaga, et les généraux, officiers supérieurs et des compagnies, à Malaga. La troupe se rendit à sa destination. Mrs les généraux et le corps des officiers, se rendant à Malaga, trouvent sur leur route la cavalerie de la garde nationale de cette ville, qui les protège contre les fureurs d'une populace, composée au moins de iôooo individus de tout sexe, qui s'était portée à leur rencontre. M1'3 les généraux et leurs aides de camp sont conduits dans un hôtel sur le port, et le corps des officiers dans une caserne placée à l'extrémité du faubourg Nord de la ville.

Arrivés dans la cour de ce quartier, les employés de la douane se présentent pour fouiller chacun individuellement, enlèvent l'argent et s'emparent de tous les chevaux. Le jour se passe sans fourniture ni distribution; le jour suivant, on distribue un matelas pour deux officiers ; le 3e jour, un préposé payeur annonce qu'il sera fourni une ration et six sols par jour à chaque soldat, et quarante sols à chaque officier sans distinction de grade.

Pendant cinq ou six jours, le peuple se porte chaque soir, en foule, aux environs de notre caserne, vomissant contre nous des injures atroces et les menaces les plus terribles ; je m'en plaignis à un ofticier de place qui venait inspecter la caserne, et nous ne dûmes la fin de ces scènes dégoûtantes qu'à l'habitude de nous voir ; quelques patrouilles de cavalerie parurent vouloir y contribuer. Peu de jours après, ayant demandé et obtenu la permission d'écrire à M. le Gouverneur, je me plaignis des mauvais procédés à notre égard. Après avoir communiqué les détails que je lui en donnai à la Junte, il chercha à nous en donner quelque satisfaction. Je demandai aussi qu'il fût permis à chaque chef de corps d'envoyer de temps en temps un officier pour visiter les soldats dans leur prison, ce qui fut refusé : un officier seulement, chargé de faire le prêt, eut la permission de se rendre auprès des troupes.

Les maladies tardèrent peu de jours à se manifester parmi les soldats entassés dans un lieu étroit et malsain. Ceux qui en furent atteints, transportés dans une espèce d'hôpital à Malaga, n'y trouvèrent que peu de secours et pas desoins. Plusieurs cependant échappèrent à la maladie par la force de leur tempérament, pour accepter un enrôlement dans le parti des insurgés ou dans les troupes anglaises, plutôt que de rentrer dans ces prisons infectes où ils croyaient trouver une mort certaine.

J'aurai l'honneur de rappeler à Son Excellence, qu'il a été impossible à Mrs les officiers d'empêcher une défection aussi pénible, toutes communications nous étant interdites avec ces malheureux, par les premières dispositions de la Junte, et par un arrêté subséquent, qui, sous peine de mort, défendit à chacun de nous de rien dire ou faire contre ces enrôlements honteux.

Dans trois mois, le nombre des soldats enfermés à Pucntc-del-Rey fut diminué d'un tiers par la maladie et les enrôlements. Plusieurs officiers avaient été atteints de maladie, mais nul n'avait succombé à l'époque de mon évasion.

M. le général Lefranc, atteint depuis quelque temps d'une fièvre lente, mourut le 10 novembre. Je sollicitai auprès du Gouverneur la permission de lui faire rendre des honneurs funéraires ; cette consolation me fut refusée.

Privé de toutes communications avec les troupes détachées à Velez-Malaga et à Loja, je ne puis donner à Votre Excellence d'autres détails sur la situation de cette partie de la Division.

L'intérêt soutenu que vous portez aux troupes de Sa Majesté a fait désirer à Votre Excellence de connaître le sort d'un Corps d'année aussi brave que malheureux ; j'ai tâché de vous peindre ses privations et ses dangers avec la même simplicité que je les ai partagés, bien persuadé que ce tableau naïf intéressera votre cœur.

J'ai l'honneur d'être

Signé : Vigier.

Malgré la bonne foi évidente du colonel Vigier et son intention bien arrêtée de présenter les faits conformément à la vérité, il est certain que, ignoranl ce qui s'étail passé sur le champ de bataille de Baylen ainsi que l'arrivée de Lapena au Rumblar, il ne pouvait

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avoir des événements qu'une idée incomplète et erronée ; de là les appréciations inexactes qu'il porte sur des faits essentiels, et auxquels le témoignage d'officiers de sa division ne saurait donner aucun poids puisqu'ils ne pouvaient pas être mieux renseignés que lui.

Le long récit que nous avons fait des événements est une réponse à l'Exposé du colonel Vigier ; nous en signalerons pourtant les erreurs évidentes.

Le colonel commence par dire que le général Dupont a enveloppé dans sa capitulation deux divisions de 9 à 10 000 hommes, qui « avaient la faculté de se retirer sur Madrid ». Rien n'est plus inexact, nous l'avons démontré ; non seulement le général Vedel avait été devancé au Despenaperros par la division Goupigny, mais, fait d'une gravité exceptionnelle el qui suffisait à rendre sa retraite impossible, il était absolument sans vivres et sans moyens de s'en procurer ; ses soldats, affaiblis par les privations, ne se nourrissant plus guère que de pastèques et de concombres, étaient à ce point épuisés, que dans la seule marche de nuit du 20 juillet, de Baylen à Sainte-Hélène, il en resta en arrière huit cents, succombant à la misère, qui furent égorgés par les Espagnols. Le colonel Vigier ne dit pas un mot de cette affreuse détresse, qui est absolument certaine et cai'actérise la situation.

Le colonel Vigier présente l'attaque du général Vedel, le 19 au soir, comme un succès, et émet l'avis que si le général Dupont ne l'eût pas interrompue, il eût pu être délivré avec les divisions Barbou et Fresia. Il semble ignorer l'échec à la position de l'Ermitage et la non-résistance des deux bataillons espagnols, qui, au cerro del Ahorcado, confiants dans la trêve, se sont laissés cerner, croyant à une méprise. Il avance que, tout en envoyant au général Vedel l'ordre écrit de rendre ses mille prisonniers, il lui fit dire verbalement de tâcher d'en éluder la remise ; cette version, peu vraisemblable, n'est confirmée par aucune déposition ou déclaration, et elle semble démentie par la correspondance et les interrogatoires. — Le colonel considère comme « honteux pour des militaires armés » l'article de la capitulation par lequel les ctaux divisions Vedel et Lefranc étaient astreintes à évacuer l'Andalousie par mer. Il se trompe grossièrement, car c'est exactement ce qu'avaient accepté, dans des situations beaucoup moins critiques, Desaix, Belliardet Junot, et des conditions beaucoup plus dures avaient été imposées à des généraux tels que Serurier (fait ensuite maréchal) et Rosily, sans qu'ils se soient crus pour cela déshonorés.

Il dit que les troupes du général Dupont réclamaient la « captivité » des divisions Vedel et Lefranc. C'est d'une inexactitude complète, puisque la capitulation portait expressément que ces divisions n'étaient pas prisonnières de guerre et ne posaient pas les armes. — Il est également dans l'erreur, lorsqu'il avance que les gorges étaient occupées par nos Iroupes et que nous avions des détachements sur la route jusqu'à Manzanarès. La division Coupigny prit possession du Despenaperros sans éprouvera la moindre résistance, ce qui prouve bien qu'il ne s'y trouvait aucun détachement français, et lorsque le capitaine de Villoutreys traversa la Sierra -Morena, il ne rencontra aucun poste français avant Manzanarès. Le mouvement enveloppant des Espagnols avait commencé dès le 20, vers les gorges.

Les lettres du général Legendre et du général Dupont, remises au général Vedel le 21 juillet, ne lui intimaient nullement l'ordre précis de revenir à Baylen ; elles se bornaient à lui dire de s'arrêter, et cette forme vague avait pour but de lui donner à penser qu'il restait maître de continuer sa retraite s'il la jugeait possible ; dès la réception de la lettre du général Legendre et sans avoir consulté personne, le général Vedel écrivit qu'il se ran-

geait à la capitulation. En l'acceptant, ses troupes ne devenaient point prisonnières, ne posaient pas les armes, et elles sauvaient les divisions Barbou et Fresia absolument à la merci de l'ennemi et qui, d'après la capitulation, ne devaient être considérées comme prisonnières de guerre que pendant le court trajet de Baylen aux ports d'embarquement, toute liberté de servir activement étant rendue à toutes les troupes sans exception, dès leur débarquement en France. Si le Corps de la Gironde fut entraîné, comme le dit le colonel Vigier, dans une position malheureuse, ce ne fut nullement par le fait de la capitulation, qui stipulait son retour immédiat en France, mais uniquement par la violation de cette capitulation, déloyauté qu'il était impossible de prévoir, et dont il serait odieux de faire supporter le poids au général Dupont.

Ce qui est réellement lamentable, c'est que ce soient précisément les inexactitudes, les erreurs les plus évidentes, qui, par suite du parti pris de n'interroger aucun témoin et de ne faire la lumière sur rien, aient été, sans la moindre discussion, accueillies et colportées comme vérités, parce qu'elles pouvaient être utilisées contre le général Dupont.

Ayant eu connaissance que le général Poinsot devait faire des déclarations devant la Haute-Cour, et que le capitaine de Villoutreys avait fourni de nouveaux renseignements sur les événements d'Andalousie, le général Dupont demanda que les explications le concernant lui fussent communiquées, de façon à ce qu'il pût présenter ses observations et, en établissant la vérité, démontrer l'irréprochabilité de sa conduite. Il adressa au comte Regnaud la lettre suivante :

Clichy, le 7 janvier 1810.

Monsieur le Grand Procureur Impérial,

J'ai appris que M. le général Poinsot a été appelé à Paris et je présume qu'il sera entendu sur les événements de l'Espagne. Je dois, dans ce cas, prier Votre Excellence de vouloir bien me mettre à même de lui donner les nouveaux éclaircissements qui seraient nécessaires, d'après les déclarations du général Poinsot, avant qu'elles soient présentées à Sa Majesté. Il était employé dans la division du général Vedel. Il doit avoir une connaissance exacte des faux mouvements, contraire-. à mes ordres, que cette division a opérés, le 16 et le 17 juillet, et de l'inaction où elle est restée le 19, pendant le combat ; mais, ne s'étant pas trouvé près de moi, il ne peut avoir de notions précises sur ma position et sur mes dispositions militaires.

Il m'est également revenu que M. le capitaine Villoutreys a fait de nouvelles dépositions. J'en ignore l'objet, mais si elles me concernent je désire ajouter aux détails que j'ai déjà donnés tous ceux que Votre Excellence croira utiles pour confirmer la vérité des faits que j'ai énoncés et la justesse de toutes mes opérations. Mon devoir envers Sa Majesté et l'intérêt d'une cause fondée sur l'honneur me prescrivent de ne laisser échapper aucune occasion de justifier toujours davantage ma campagne d'Andalousie.

J'ai l'honneur d'être

Le Gal Dupokt.

Il est à peine besoin de dire qu'il ne fut pas plus tenu compte de cette demande que de celle où le général sollicitait tout au moins une copie de sa correspondance saisie à Marseille. Ce que l'Empereur voulait, c'était un Dupont bâillonné et désarmé.

Napoléon, engagé dans une nouvelle guerre contre l'Autriche, avait quitté Paris le

i3 avril 1809, pour aller prendre le commandement de son armée, un instant compromise par l'étonnante incapacité de Berthier. Ayant connu, le 12, le passage de l'Inn par l'archiduc Charles, et obligé de partir sur-le-champ pour Donauwôrth, il s'était décidé à arrêter, le jour même, l'action de la Haute-Cour, en donnant ce prétexte que l'éloignement des principaux témoins des événements d'Andalousie, empêchait de continuer l'instruction de l'affaire du général Dupont. Ce qui semble vraisemblable, c'est que, voulant à tout prix la perte de Dupont et craignant que la Haute-Cour ne l'acquittât en son absence, il préféra suspendre le fonctionnement de la justice, quitte à maintenir dans une prison infecte des généraux qui l'avaient glorieusement servi et qu'il savait innocents.

Rentré à Fontainebleau le 26 octobre, l'Empereur y séjourna jusqu'au i5 novembre et se rendit à Paris avec la Cour. Il se préoccupa fort peu des infortunés qui, tombés gravement malades par suite d'un séjour prolongé dans l'atmosphère empestée de l'Abbaye, ne cessaient de réclamer qu'on voulût bien leur donner des juges. La lettre de Clarke, du 27 octobre 1809, lui envoyant l'Exposé et le Rapport historique du colonel Vigier, vint lui rappeler et ses fautes d'Espagne, et l'existence de ceux sur qui il en rejetait la responsabilité. Il écrivit alors au Grand Procureur Général ce qui suit :

Monsieur le Comte Regnaud, l'affaire de Dupont, de Marescot et deVedel ne peut pas rester plus longtemps en suspens, et il est convenable que le Public la connaisse sous son véritable point de vue. Je désire donc que, aux termes de la Constitution, vous fassiez un rapport détaillé au parquet, avec les pièces à l'appui, tendant à demander que la Haute-Cour soit saisie de cette affaire. Cette demande me sera présentée par M. l'Arcbicbancelier ou par tout autre, ce qui sera un motif pour faire imprimer les pièces et ordonner la transmission à la Haute-Cour. Après cela, les opérations de la Haute-Cour suivront. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.

A Paris, le 5 janvier 1810.

Napoléon.

Il est facile d'imaginer ce que l'Empereur entend par le « véritable point de vue » de l'affaire de Baylen : c'est celui qui consiste à représenter la capitulation comme un acte honteux, infâme, et le général Dupont comme un inepte, un lâche, un traître, un voleur. « Jamais monarque asiatique, jamais idole humaine jetant ses oracles aux foules prosternées, n'avait tranché avec une infaillibilité plus tranquille les grands problèmes du bien et du mal, — dit Lanfrey. — Le bien n'était plus qu'une émanation de sa propre personne ; c'était tout ce qui servait ses desseins ; le mal c'était tout ce qui les contrariait. Les actions des individus, comme celles des peuples, n'avaient plus d'autre critérium que l'intérêt de Napoléon ».

On put croire, après la lettre de Napoléon au Procureur Général, que l'affaire de Baylen allait être reprise par la Haute-Cour. Le jour même où il écrivait au comte Regnaud la lettre qui précède, il lui fit remettre par son secrétaire, le baron Fain, un dossier de £2 pièces recueillies au cabinet sur les événements d'Andalousie ; le procureur général en accusa réception le i5 janvier. — Le 6, le comte Regnaud appela à Paris, pour y exercer ses fonctions de substitut auprès de la Haute-Cour, M. Fouquet, procureur général à Rouen. — Le 8, le général Poinsot fut interrogé par le grand procureur général.

Six mois se passèrent sans qu'on eût interrogé un seul témoin et sans qu'on entendît parler de l'affaire de Baylen ; il y avait alors près de deux ans que le général Dupont et ses coaccusés, indignement outragés par l'Empereur, réclamaient des juges et le droit de se défendre. Le 6 août 1810, Napoléon chargea l'archichancelier de demander au grand procureur général un Rapport sur l'affaire Dupont. Le prince Gambacérès adressa au comte

Regnaud la lettre suivante :

Paris, le 7 août 1810.

J'ai reçu hier au soir, Monsieur le Comte, une lettre de l'Empereur, qui me charge de vous demander un rapport sur l'affaire Dupont, Marescot, etc. S'il vous était possible de satisfaire dans le jour aux intentions de Sa Majesté, je pourrais mettre ce soir ce travail sous ses yeux, mon projet étant d'aller à Trianon, au sortir de mon dîner.

Je vous renouvelle, Monsieur le Comte, l'expression de mes sentiments d'attachement et de

considération.

L'Archichancelier de l'Empire,

Cambacer.es.

Le Rapport du comte Regnaud ne fut terminé que le 10 août. Il est ainsi conçu :

RAPPORT

du Grand Procureur Général Impérial sur la Capitulation de Baylen.

Sire,

D'après les dispositions de l'acte des Constitutions du 18 mai 1804, je vais rendre compte à Votre Majesté de l'état actuel delà Procédure faite par les Magistrats du Parquet de la Haute-Cour, sur la capitulation de Baylen.

Dans la première partie de ce rapport, je ferai connaître l'Instruction qui a eu lieu jusqu'à ce jour.

Dans la seconde, j'exposerai une analyse des faits d'après le contenu de cette Instruction et des Pièces qui sont entre mes mains.

Enfin je présenterai mes idées sur la suite de cette affaire.

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