‹ Le général DupontChapitre 30 sur 90 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Analyse des faits d'après l'instruction et les Pièces.

L'affaire de Cordoue et les deux combats de Jaen avaient honoré les armes de Sa Majesté et Elle en avait fait témoigner sa satisfaction au général Dupont par Son Excellence le Major Général de son armée d'Espagne.

Vers le milieu du mois de juin, le général Dupont s'est décidé à quitter Cordoue, sur l'avis que l'armée ennemie marchait de Séville sur Cordoue, et dans l'intention d'aller au-devant des renforts qu'il avait demandés, et qu'il attendait de Madrid.

Le 17 juin, le général Dupont partit de Cordoue, où selon quelques renseignements il laissa des malades français, pour se porter sur Andujar.

Pendant ce temps, la Division Vedel avait reçu et exécuté l'ordre de passer la Sierra-Morena, et de se joindre au général Dupont.

Depuis, et dans les premiers jours de juillet, le Lieutenant de sa Majesté à Madrid, le Duc de llovigo, sur la demande du Gal Dupont lui avait envoyé la division Gobert, qui avait assuré, en laissant deux bataillons, la ligne d'opérations sur Madrid.

Ainsi, au i4 juillet, le général Dupont, avec la division Barbou, était à Andujar, ayant en outre à sa disposition, i° la division Vedel qui était à Baylen, chargée de défendre ce poste et le passage du Guadalquivir à Mengibar ; 20 la division Gobert, arrivant de la Caroline.

D'après cela, selon les États de situation, les troupes aux ordres du GaI Dupont formaient un total effectif de 22 83 1 hommes ; dont 3 743 de cavalerie, que le Lieutenant général de Sa Majesté évaluait à igooo hommes présents sous les armes, avec 38 pièces de canon (1).

Le i4 juillet, l'ennemi a menacé Andujar, où était le général Dupont.

Le 1 5 et le 16, cette Place a été attaquée sans succès.

Le 16, le G"1 Liger-Belair, défendant le passage du fleuve à Mengibar, y a été attaqué, soutenu par le Gal Gobert qui a été blessé.

Après l'affaire, le GaI Dufour, qui a pris le commandement de la Division Gobert, s'est retiré sur Baylen, d'où le général Vedel s'était porté sur Andujar, pour se joindre avec sa Division à la Division Barbou.

Jusqu'à cette époque, il y a peu de diversité entre les récits des généraux. Ils diffèrent essentiellement dans la suite.

Mais ce qui va être exposé immédialement est prouvé par des pièces.

Le 16, le général Dupont, par une lettre de sa main, ordonna au général Vedel de partir le

(1) Voyez la Lettre du duc de Rovigo du 2 juillet, et l'Etat de situation des divisions portant un elTectif de 27007 hommes, et présents sous les armes, aa83i hommes (Note du Procureur (jénéraï).

plus rapidement possible pour Baylen et y faire sa jonction avec le corps qui avait combattu à Men- (jibar. L'intention du général était que l'ennemi fut rejeté le lendemain (17) sur Mengibar au delà du fleuve ; que les postes de Guarroman et de la Caroline restassent en sûreté, étant d'une grande importance.

« Lorsque vous aurez obtenu ce succès (ajoute le général Dupont), je désire que vous réunissiez à Andujar une partie de vos forces, afin de combattre l'ennemi qui se trouve devant nous : vous ne laisserez à Baylen que ce qui sera nécessaire pour sa défense (1). »

Le 17, à huit heures et demie du matin, le général Vedel instruit le général Dupont: qu'il n'a trouvé personne à Baylen ; que le général Dufour en est parti à minuit pour se rendre à Guarroman, sans laisser personne pour faire connaître son motif; que le bruit commun est qu'un corps de 5 à 6000 hommes a passé la veille le Guadalquivir et a pris le chemin des gorges par Linarès, elipie le général Dufour est à sa poursuite pour le combattre.

Comme les instructions de Votre Excellence (dit Vedel) portent de faire ma jonction avec le corps

qui s'était retiré sur Baylen Je partirai pour gagner la journée que l'ennemi a sur moi, le

battre et déjouer ainsi ses projets sur les gorges Je désire recevoir celte nuit à Guarroman des

ordres de Votre Excellence. J'en partirai de bonne heure.

Cette lettre est arrivée au général Dupont.

Le même jour, à onze heures du matin, et avant de la recevoir, le G '' Dupont écrivait au Gal Vedel, lui témoignait son impatience d'avoir de ses nouvelles, annonçait son opinion que l'ennemi avait fait un mouvement sur sa droite, recommandait de le joindre et de le battre. Car nous devons à tout prix nous opposer à ce qu'il s'établisse sur notre ligne d'opérations.

Après cette lettre écrite, le général Dupont reçut celle ci-dessus rapportée du Gal Vedel, et lui répondit de sa main :

« J'ai reçu votre lettre de Baylen. D'après le mouvement de l'ennemi, le général Dufour a très bien fait de le gagner de vitesse sur la Caroline et Ste-Hélène, pour occuper la tète des gorges. Je vois avec plaisir que vous vous hâtez de vous réunir à lui alin de combattre avec avantage si l'ennemi se présente. Mais au lieu de se rendre à Ste-Hélène, l'ennemi peut suivre la vieille route... S'il prend ce parti, il faut le gagner encore de vitesse, afin de l'empêcher de pénétrer dans la Manche. S'il est plus considérable, manœuvrez pour suspendre sa marche, ou pour le combattre dans les gorges, en attendant que j'arrive à votre appui, etc., etc. »

Le 17, le Gal Vedel arriva à neuf heures à la Caroline et envoya le général Dufour à Ste-Hélène. La route était libre. L'ennemi n'avait point paru. Le chef de bataillon Daguzan était venu de Madrid, porteur de dépèches pour le Gal Dupont.

Le 18, le G'1 Vedel instruisit le Gal Dupont de ces circonstances, le prévint qu'on croyait l'ennemi sur la route de Linarès, annonça l'intention de l'y chercher pour de là revenir à Baylen, etc.

Le même jour, 18, le Gal Dupont écrivit à sept heures du matin au Gal Vedel une lettre qui lui est parvenue. Par cette lettre, le G'1 Dupont accuse réception de celle écrite de Guarroman. Comme dans la précédente, il approuve les opérations du Gal Vedel, lui recommande d'assurer les communications par la Caroline et Sle-Hélène d'un côté, par Baeza et Linarès de l'autre, puis lui ordonne de revenir à Baylen, et même s'il le peut d'y envoyer des troupes pour assurer les communications, etc., etc.

J'ai cru devoir entrer dans ces détails parce que le général Dupont dans son interrogatoire s'en explique différemment (a).

Il affirme avoir donné pour instructions au Gu Vedel, de garder Baylen quand le corps de 10 000 hommes aurait existé dans les gorges, et il ajoute n'avoir rien reçu du G'1 Vedel depuis son départ de Baylen.

(j) Voyez la lettre du général Dupont du 16 juillet (Note du Procureur général). (a) Voyez l'interrogatoire du général Dupont {Noie du Procureur général).

Ici commencent les événements qui ont amené la capitulation de Baylen.

11 paraît que dès le 17, le G'1 Dupont avait ordonné, pour le soir même, la levée du camp d'Andujar, qui fut retardée ensuite jusqu'au 18 (1) qu'elle s'effectua à la nuit.

L'ordre de marche est important à remarquer.

L'avant-garde, formée d'un Bataillon de la 4e Légion, de quatre Compies de Grenadiers et Voltigeurs des autres Bataillons de la même Légion, d'un escadron de Chasseurs et de deux pièces de quatre, partit à 6 heures du soir (2).

Une heure et demie après, les autres troupes se mirent en marche, savoir :

Deux Bataillons de la 4 e Légion.

Quatre pièces de canon.

La file d'équipages qu'on dit composée de 800 voitures ou fourgons, escortés par le 3'' Bataillon du 4e Régiment suisse.

Enfin, le Corps de l'armée composé de :

Deux Régiments Suisses.

Deux Bataillons de la 3e Légion.

Deux Bataillons de la Garde de Paris.

Deux Régiments Provisoires de Chasseurs à Cheval.

Deux Régiments de Dragons.

Un Escadron de Cuirassiers (3).

De cet ordre de marche, il est résulté que l'avant-garde a été d'abord seule aux prises avec l'ennemi, à trois heures et demie du matin. A cinq heures, les deux Régiments de Chasseurs à cheval arrivèrent, ayant dépassé les équipages aux premiers coups de canon, et successivement à six, huit et neuf heures le reste des troupes.

Le combat s'est prolongé, selon les uns jusqu'à deux heures, selon les autres jusqu'à midi.

Alors le général Dupont a envoyé le capitaine Yilloutreys demander une suspension d'armes.

Elle a été accordée par le général Reding, qui a renvoyé au général Castanos pour obtenir la demande du général Dupont de passer par Baylen pour rentrer dans la Manche.

Il est constant que nulles conditions de la suspension d'armes n'ont été constatées par écrit.

Elle n'a été demandée et accordée que pour la division Barbou qui seule avait combattu.

Cependant les Divisions Vedel et Dufour étaient parties de la Caroline pour revenir à Baylen.

Elles s'arrêtèrent à Guarroman, où Vedel laissa reposer et rafraîchir ses troupes. Il envoya en même temps sur Linarès une reconnaissance dont il attendit le retour.

Vers les cinq heures, la Division Vedel arriva sur les derrières du Gal Reding. Cet officier envoya des parlementaires pour annoncer au Gal Vedel la conclusion d'un armistice,

Celui-ci envoya son aide de camp Meunier, pour s'assurer du fait et des détails.

Cet aide de camp ne revint pas. Le Général fit marcher à l'ennemi, l'attaqua, prit 1 5oo hommes, 2 canons, 2 drapeaux, et poursuivait le cours de ses succès, quand l'aide de camp du général Dupont, Barbarin, lui apporta l'ordre verbal de ne rien entreprendre jusqu'à nouvel ordre, contre l'ennemi.

Une lettre du Gal Dupont, adressée au Gal Vedel, contient aussi cet ordre daté du 19.

Le Gal Vedel obéit et fit prendre position à ses troupes. Il assure avoir ignoré, en se sou-

(1) Voyez l'interrogatoire du général Marescot (Note du Procureur générât).

(a) Voyez une déclaration de M. Villoutreys (Note du Procureur général).

(3) Cet ordre de marche est ridiculement faux. Le procureur général s'est empressé de le prendre, sans le dire, dans un Récit du capitaine de Villoutreys, du mois de novembre 1809, dont nous avons montré le caractère suspect. E. T.

mettant, quelle était la position du Gal Dupont et de son armée, et ne l'avoir apprise que le lendemain, 20, par le retour tardif de son aide de camp Meunier.

Le Gal Dupont envoya en outre l'ordre écrit de rendre les prisonniers faits et les canons enlevés au général Reding.

Pendant que ceci se passait, le sieur de Villoutreys se rendait près le Gal Castanos pour obtenir la capitulation proposée par le Gal Dupont. Le 20, M. de Villoutreys revint annoncer que le Gal Castanos demandait que l'armée se rendît à discrétion.

Un officier espagnol vint faire une sommation conforme.

Alors le Gal Dupont proposa au GaI Marcscot d'aller trouver le Gal Castanos qu'il avait connu en 1795 à l'armée des Pyrénées, pour en obtenir une Capitulation.

Le Gal Marescot n'avait pris aucune part aux dispositions militaires, aucune part à la demande d'une trêve, à la proposition de capituler.

Il consentit à aller trouver Castanos.

Il s'y rendait quand il rencontra, à la tête de l'avant-garde espagnole, le Gal Lapena, qu'il avait aussi connu en 1795, et qui annonça avoir des pouvoirs pour traiter, et demanda que toutes les troupes françaises y compris les divisions Vedel et Dufour se rendissent à discrétion.

Enfin le général Lapena en vint à proposer de regarder la seule Division Barbou comme prisonnière de guerre ; les deux autres devaient seulement évacuer l'Espagne par mer et recevoir leurs armes lors de l'embarquement, se faisant fort de l'adhésion des Anglais.

Le général Marescot rapporta ces propositions au Gal Dupont.

Celui-ci assembla un Conseil de guerre dont le Gal Marescot ne fit pas partie, et qui fut d'avis de la Capitulation.

Cependant les conditions et la durée de l'armistice n'étaient pas fixées: les positions réciproques n'étaient pas réglées.

Castanos avait de plus en plus resserré et entouré la division Barbou en faisant avancer toutes ses troupes.

C'est dans cet état que le Gal Dupont proposa au Gal Marescot ses pouvoirs, que celui-ci refusa, alléguant qu'il ne faisait pas partie de l'armée.

Le général Chabert les reçut.

Nulle instruction écrite ne les accompagne. Le Gal Dupont dit avoir donné oralement celle de demander l'évacuation sur Madrid par Baylen.

M. Villoutreys fut envoyé avec le G'1 Chabert, sans être compris dans les pouvoirs, mais aussi avec des instructions verbales.

Le général Marescot fut invité à aller avec eux et y consentit.

La négociation s'ouvrit à la Maison de Poste, entre Andujar et Baylen.

Les officiers interrogés prétendent qu'elle prit une tournure plus défavorable par l'interception d'une lettre du G'1 duc de Rovigo qui annonçait de fâcheuses nouvelles et rappelait à Madrid le G11 Dupont.

J'observe que la seule lettre du Duc de Rovigo au Gal Dupont, à laquelle ceci puisse être rapporté, es1 celle du 17 juillet, laquelle est conçue avec beaucoup de discrétion et de réserve, et n'a pas dû relever autant les prétentions des ennemis (1).

Quoi qu'il en soit, la Capitulation a été arrêtée, communiquée au Gal Dupont, consentie par lui, conclue, signée comme porteur de pouvoirs par le G'1 Chabert, par le Gal Marescot comme témoin seulement.

Je n'en rapporterai pas ici les conditions : j'aurai besoin de les rappeler plus bas.

Elles furent signées le 22 juillet seulement.

Depuis le 20 cependant, le G'1 Yedcl n'était pas resté tranquille dans sa position. II avait

(1) Voyez au Registre du due de llovigo cette lettre n° £3, en date du 17 juillet (Note <lu Procureur général).

fait proposer an G*1 Dupont, le 2 i, d'attaquer l'ennemi. Le G1' Dupont l'avait refusé; niais en même temps, il lui avait fait dire d'opérer sa retraite sur la Sierra-Morena.

Le mouvement était commencé quand un aide de camp vint apporter contre-ordre.

Mais le Gal Vedel suivit sa marche jusqu'à Stc-Hélène, où il arriva le 21 avant midi.

Là, il reçut d'abord du Gal Legendre, à midi, et à une heuredu Gal Dupont, l'ordre de rester où il était sans rétrograder, attendu que sa Division était comprise dans le traité fait avec le Général espagnol ( 1 ) .

Je remarque que ces lettres sont du 2 1 , qu'elles sont arrivées à Ste-IIélène à midi et à une heure, qu'elles sont conséquemment écrites de très bonne heure le 21, qu'elles annoncent comme existant déjà un traité qui n'a été signé que le 22.

Le Gnl Vedel se soumit à cet ordre, le transmit aux généraux sous ses ordres, il fut exécuté ; et les divisions suspendant leur marche, attendirent la destinée inconnue que leur préparait la Capitulation.

Toute désastreuse qu'elle est, la mauvaise foi en a éludé l'exécution.

Le Gal Marescot, comme ne faisant pas partie de l'armée, a été renvoyé en France par Séville.

Le Sieur Yilloutreys a été renvoyé à Madrid avec une escorte espagnole. Il est ensuite revenu en France par Bordeaux et le département où sont ses propriétés.

Les généraux Dupont, Chabert et quelques autres sont revenus par mer et ont débarqué à Marseille.

Le reste a été retenu prisonnier.

La spoliation des bagages et des équipages de la Division Dupont a eu lieu à Ste-Marie.

On a publié sur les causes qui y ont donné lieu, des circonstances, des détails, qui remontent au pillage de Cordoue, mais qui ne sont jusqu'à présent qu'indiquées et non prouvées.

Tel est l'exposé général et analytique des faits relatifs à ce fatal événement.

Dans ce qu'ils offrent de criminel ou de blâmable, je vais tâcher d'assigner la part dont chacun des prévenus peut être accusé.

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