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DU PROCUREUR GÉNÉRAL

Monseigneur, Messieurs,

L'intérêt de l'Etat, les principes de la justice, l'honneur des armées françaises veulent, et Sa Majesté ordonne que l'affaire de la capitulation de Baylen soit soumise à un examen approfondi.

Je vais remplir, Messieurs, une lâche douloureuse, et vous rendre compte de ce déplorable événement militaire qui a dépassé toutes les suppositions de la prévoyance, et trompé tous les calculs de la sagesse.

Après avoir tracé le tableau général des événements, j'assignerai à chacun de ceux cpii y ont figuré, la part qui me paraît devoir lui être attribuée.

De l'ensemble des faits, et de la coopération particulière des individus à l'ensemble ou à une partie des résolutions et des actes, je déduirai enfin et je distinguerai la nature des imputations qui me sembleront peser sur chaque prévenu .

Je sais que pour former votre opinion, Messieurs, pour fixer votre jugement, il est nécessaire de ne laisser échapper aucune des particularités qui peuvent les éclairer. Je ferai mes efforts pour n'en point omettre d'essentielles, et s'il est des faits dont mon récit semble ne pas vous donner tous les détails, c'est qu'ils doivent se développer, et même à plusieurs reprises, lors de la lecture des pièces et des interrogatoires, et que je veux tâcher de ne pas fatiguer votre attention par des répétitions inutiles.

Je passe sous silence, Messieurs, toutes les opérations du général Dupont, jusqu'au moment où le corps d'armée qu'il commandait, parti de Tolède pour suivre la roule de Cadix, cl se dirigeant sur Cordoue, fut arrêté au passage du Guadalquivir, à Alcolea.

Une tête de pont défendue par des insurgés auxquels des troupes de ligne s'étaient réunies, fut emportée. Les ennemis, repoussés sous les murs de Cordoue, n'osèrent y attendre les troupes françaises victorieuses, et se dispersèrent ou entrèrent dans Cordoue dont ils barricadèrent les portes.

Ce faible obstacle et l'aveugle fureur des rebelles préparaient à l'armée française un nouveau succès.

Le général Dupont l'obtint le jour même : les portes furent enfoncées par le canon, et une des principales villes des Espagncs se vit h la merci du vainqueur.

Je dois le dire ici, Messieurs, et la lecture des pièces vous le fera connaître, le général n'usa pas de ce triomphe avec les ménagements nécessaires avec des hommes séduits et trompés.

Il parait qu'on traita en ennemis les sujets du frère de l'Empereur, qu'on devait se borner à soumettre, et que le pillage, impossible sans doute à réprimer dès le premier moment dans une ville où on entre de vive force, ne fui pas .'issez tôt, ne fut jamais assez sévèrement réprimé.

Depuis le 7 juin, époque de cet événement, jusqu'au 17, le général Dupont, resté à Cordoue, y calculait l'étendue et de ses propres forces, et de celles qu'il pouvait avoir à combattre sur la route de Séville, et après avoir d'abord suspendu son mouvement, il finit par se replier sur Andujar, où il prit position le 18.

En partant de Cordoue, le général en chef emmena des équipages très considérables pour une plus forte armée, immenses pour la sienne, et qui ont été évalués à 800 voitures.

Et pourtant l'évacuation des hôpitaux ne fut pas complète ; 4oo malades y sont restés, que n'a point revus l'armée, et qui ne reverront pas leur pays.

Depuis le passage du général Dupont par Andujar, les rebelles de Jaen s'y étaient portés, et suivant ensuite la route de la Sierra-Morena, s'étaient emparés de toutes les communications et des gorges de la montagne.

La division du général Vedel. marchant pour faire sa jonction avec le général Dupont, dissipa les rassemblements, rétablit la liberté des passages, laissa en station à Madridejos, à Manzanarès, à Puerto-del-Rey, trois bataillons comme l'avait ordonné le duc de Rovigo, pour assurer les communications avec la Manche.

Cependant, à la fin du mois de juin, un corps de rebelles s'étant porté de Grenade sur Jaen, le général Vedel reçut et fit exécuter par le général Cassagnc l'ordre de les repousser, de manière que nul ennemi ne menaçait de ce côté.

Durant ces opérations et pendant les premiers jours de juillet, tous les renforts annoncés et envoyés par le duc de Rovigo au général Dupont, avaient fait leur jonction, et ce général avait sous ses ordres, selon quelques Etats 27067 hommes, dont près de 23 000 présents sous les armes, et selon les États mêmes de l'état-major de son armée, 2687/1 hommes, dont 22 2S1 présents sous les armes au 10 juillet, et 3g. pièces d'artillerie.

Le général Dupont avec la division Barbou était à Andujar ; le général Vedel était à Bavlen avec sa division, chargée de défendre le passage du Guadalquivir à Mcngibar ; enfin, le général Gobert arrivait de la Caroline avec ses troupes, et faisait sa jonction avec Vedel.

C'est sur cette armée qui trouvait sur le pays même, alors garni de moissons, de quoi pourvoir à ses besoins en vivres et en fourrages, que se dirigeait l'armée du général Castanos.

Dès le 12 juillet, on aperçut ses mouvements.

Le i3, une grande garde de dragons établie à Mengibar fut culbutée, et l'ennemi menaçait de forcer le passage ; le général Vedel s'avança de Baylen, la nuit du i4 au i5, pour soutenir le général Liger-Belair qui était en avant avec deux bataillons.

Dans la nuit du i5, le poste de Mengibar fut attaqué ; le général Liger-Belair le fit soutenir et l'ennemi se replia.

Au moment même, le général en chef faisait prévenir le général Vedel que l'ennemi se montrait en force, et lui envoyait l'ordre de faire partir pour Andujar, un bataillon, ou une brigade dans le cas où il n'aurait pas devant lui des forces supérieures.

Le général Vedel ne se borna pas à exécuter cet ordre ; il alla plus loin.

Il laissa seulement /| compagnies de plus au général Liger-Belair, fit recommander au général Gobert qui avait pris position à Baylen, de le soutenir, et partit pour Andujar avec sa division.

Un aide de camp du général Vedel fut envoyé pour prévenir le général en chef de ce mouvement, afin qu'il pût l'arrêter et faire rétrograder, s'il le jugeait convenable.

Nul ordre contraire ne fut donné, et le 16, le général Vedel arriva de bonne heure à Andujar.

Pendant ce mouvement, l'ennemi avait de nouveau attaqué Mengibar, le 16 au matin ; le général Gobert, accouru pour soutenir le général Liger-Belair, avait été blessé mortellement, ce qui avait fait reprendre des avantages à l'ennemi, et le général Du four, qui avait pris le commandement à la place du général Gobert, s'était replié sur Baylen et y avait pris position.

L'armée de Castanos avait cessé son attaque contre Andujar, et à la nouvelle de l'affaire de Mengibar, le général Dupont donne ordre au général Vedel de repartir pour Baylen avec sa division.

LE procès 3y5

Elle se met en marche le soir du même jour, 16 juillet, et arrive à Baylen le lendemain 17, à 8 heures et demie du matin.

Ici les événements se pressent, les circonstances deviennent plus graves, et les moindres particularités acquièrent de l'importance.

L'ordre du général en chef, du 16, prescrivait au général Vedel de partir le plus rapidement possible pour Baylen, d'y faire sa jonction avec le corps qui avait combattu à Mengibar, de rejeter V ennemi le lendemain sur Mengibar au delà du fleuve, de mettre en sûreté les postes de Guarroman et de la Caroline, étant d'une grande importance. Quand vous aurez obtenu ce succès, ajoute le général, je désire que vous réunissiez une partie de vos forces à Andujar pour combattre l'ennemi qui se trouve devant nous. Vous ne laisserez à Baylen que ce qui sera nécessaire pour sa défense.

Arrivé à Baylen, comme nous l'avons dit, le 17 à 8 heures et demie du matin, le général Vedel ne trouve point le général Dufour. 11 apprend que sa division est partie à minuit pour Guarroman, sans prendre aucun moyen pour faire connaître ses motifs.

Il écrit au général Dupont en ces termes :

« Mon général, il est huit heures et demie. J'arrive à Baylen, où je n'ai trouvé personne. Le général Dufour en est parti à minuit et a marché sur Guarroman. Comme il n'a laissé personne pour m'instruire des motifs de cette démarche, je ne puis rien dire de positif à cet égard, mais le bruit commun étant que les troupes ennemies qui ont attaqué hier le général Belair, se sont dirigées, avec celles qui étaient à Ubeda, vers les gorges, par Linarès et Sainte-Hélène, on doit penser que le général Dufour s'est mis à leur poursuite, afin de les combattre.

« Comme les instructions de Votre Excellence portent que je dois faire ma jonction avec ce corps qui s'était replié sur Baylen, quoique harassé de fatigue, je partirai d'ici pour me rendre encore aujourd'hui à Guarroman, afin de regagner la journée que l'ennemi a sur moi, l'atteindre, le battre, et déjouer ainsi ses projets sur les gorges.

« Je vais écrire au général Dufour pour l'informer de mon mouvement, avoir quelque chose de positif sur sa marche et sur les données qu'il peut avoir de celle de l'ennemi.

« Le corps ennemi qui a combattu le général Belair est évalué à 6 000. On n'a pu me dire le nombre de ce qu'il y avait à Ubeda. Il n'est rien passé de ces troupes par Baylen.

« Je désire recevoir cette nuit, à Guarroman, des ordres de Votre Excellence ; j'en partirai de bonne heure.

« L'ordonnance porteur de votre lettre au général Dufour, ne l'ayant point trouvé à Baylen, est retourné à Andujar avec sa dépêche.

« Je fais partir celle-ci par 12 dragons ; j'espère qu'ils ne trouveront point d'obstacles.

« Je prie Votre Excellence d'agréer...

«Le général de division, Vedel. »

Le général Dupont, a reçu cette lettre. Elle s'est croisée avec celle qu'il écrivait, le même jour 17 juillet à onze heures du matin au général Vedel.

Il y témoignait son impatience d'avoir de ses nouvelles, annonçait l'opinion que l'ennemi avait fait un mouvement sur sa droite, recommandait de le joindre, de le battre, car nous devons à tout prix nous opposer à ce qu'il s'établisse sur notre ligne d'opérations.

Le général Dupont ayant reçu la Ici Ire écrite le 17 à 8 heures et demie par le général Vedel, y répondit le même jour, en ces termes :

« J'ai reçu, mon cher général, votre lettre de Baylen. D'après le mouvement de l'ennemi, le général Dufour a très bien lait de le gagner de vitesse sur la Caroline et Sainte-Hélène, pour occuper la tête des gorges ; je vois avec plaisir que vous vous hâtez de vous réunir à lui. afin de combattre avec avantage, si l'ennemi se présente. Mais au lieu de se rendre à Sainte-Hélène, l'ennemi peut suivre la vieille roule, qui de Baeza va à Quemada, el qui esl parallèle à la grande route. S'il prend ce parti, il faut le gagner encore de \ilcsse au débouché de relie route, afin de l'empêcher de pénétrer dans la Manche. D'après ce que vous me dites, ce corps ne serait que

3yG LE GÉNÉRAL DUPONT

d'environ ioooo hommes, et vous êtes en mesure de le battre complètement. S'il est plus considérable, manœuvrez pour suspendre sa marche, ou pour le contenir dans les gorges, en attendant que j'arrive à votre appui.

« Je vous engage, pour avoir des nouvelles, à envoyer un parti assez l'oit à Linarès et à Baeza, pour qu'il ne soit pas compromis. 11 est de la plus haute importance de savoir la force et la direction des ennemis qui ont passe par ces deux villes.

« Il y a encore devant Andujar un ennemi assez nombreux ; mais s'il est passé plus de dix mille hommes par les montagnes, je ne dois pas balancer à quitter Andujar et à me réunir à vous, pour suivre l'ennemi et lui livrer bataille. Marquez-moi bien rapidement ce que vous aurez de certain à cet égard. Mon parti dépend de ce que vous me direz. Il est delà plus grande importance d'empêcher tout corps ennemi de se répandre du côté de Madrid.

« Si vous trouvez l'ennemi à la Caroline ou sur tout autre point de la grande route, tâchez de le battre.pour venir me rejoindre et repousser ce qui est devant Andujar.

« Faites porter vos lettres par des détachements, pour plus de sûreté. Nos succès dépendent en ce moment de la célérité de vos opérations.

« Si vous apprenez quelque chose d'important et si vous vous portez plus loin, prévenez-en le général T3elliard. Il faudra, dans tous les cas, observer les gorges de Puerto-del-Rey et les garder.

J'ai reçu la lettre du commandant Baste et celle du général Dufour.

Donnez-moi des nouvelles du général Gobert. J'attendrai vos lettres arec la dernière impatience.

Le 17, à dix heures et demie du soir, le général Vedel écrit de Guarroman au général Dupont :

« Mon général, j'arrive en ce moment à Guarroman avec ma troupe. J'y ai rejoint les généraux Dufour et Belair. Ils partent à l'instant pour aller prendre position à Sainte-Hélène. Peut-être l'ennemi y arrivera-t-il avant eux. Dans ce cas, ils m'attendront pour agir, s'ils pensent ne pouvoir le faire sans moi.

« Les rapports de quelques paysans s'accordent à dire que l'ennemi marche par plusieurs chemins pour s'emparer des gorges. On le dit fort de huit à dix mille hommes. Ceci paraît exagéré. Quoi qu'il en soit, j'espère que nous le mènerons demain à la française.

« Je donne ordre au général Cavrois, que j'avais laissé ci Baylen pour proléger les communications, d'en partir au reçu de ma lettre, pour me rejoindre demain à Sainte-Hélène.

« Je chercherai l'ennemi sur toutes les routes, afin de le battre partout. Mon expédition terminée, je reviendrai à Baylen avec le gros de ma troupe, et y prendrai position pour vous rejoindre ensuite dans le plus court délai.

« J'ai examiné de nouveau la situation de Baylen. Elle me parait très avantageuse sous tous les rapports. Un corps d'armée établi à Baylen, serait maître de tout le royaume de Jaen, en faisant occuper Baeza et Ubeda, et y vivrait bien. La position de Javalquinto commande toutes les autres. Ce village est à peu de distance de Baylen, et couvre tout le pays.

« Votre Excellence peut se servir avec toute confiance du courrier que je lui envoie. Je le paye bien et il est entièrement dévoué.

« J'annonce avec peine à Votre Excellence que le pauvre général Gobert est mort aujourd'hui de ses blessures.

« Ci-joint la lettre que m'a écrite le général Dufour, en réponse à la mienne.

« Je prie Votre Excellence d'agréer mes respects.

Le général de division.

Vedel. »

Le 18, à sept heures du matin, le général Dupont répond à la lettre que je viens de vous lire, de la manière suivante :

le procès 3yy

« Je reçois à l'instant, mon cher général, votre lettre de Guarroman, de dix heures du soir.

« L'intention de l'ennemi est évidente. lia voulu nous enfermer dans la Sierra-Morena, entre Andujar et Sainte-Hélène, dans l'espoir de nous affamer, pour nous attaquer ensuite de front. J'espère que le général Dufour sera arrivé à temps à Sainte-Hélène, et que l'ennemi n'aura pas pu gagner les gorges avant la réunion de vos forces sur ce point si important. Après l'avoir battu, vous le rejetterez sur Baeza et vous établirez une bonne défense à Sainte-Hélène. Faites-y construire quelques ouvrages pour y placer du canon. Ce poste sera alors plus en sûreté.

« Baeza et Linarès devront aussi être gardés.

« Lorsque vous serez de retour à Baylen, le résultat de vos opérations actuelles déterminera le parti que nous aurons à prendre. Aussitôt que vous le pourrez, envoyez-y quelques troupes pour assurer nos communications. Je ne puis pas me dégarnir ici, comme vous le sentez bien, ayant toujours devant moi l'ennemi que vous avez vu et qui paraît être de la même force.

« J'avais craint que ce corps, qui s'est jeté dans les montagnes, ne cherchât à gagner la Manche par Quemada. Cela nous aurait obligés à un mouvement très long et nous aurait séparés.

« Je ne vous recommande pas de hâter vos opérations, vous en sentez trop l'importance. Instruisez le général Belliard du résultat de vos mouvements, et demandez-lui l'itinéraire des renforts qui doivent être en marche. Leur arrivée ne peut être trop prompte. Il faut reprendre sur-le-champ l'offensive sur l'ennemi.

« Les bataillons de la division Gobert laissés à Madridejos et Manzanarès ont dû recevoir l'ordre de se réunir à la division. Assurez-vous si cet ordre s'exécute. Il faut que d'autres troupes les remplacent, pour assurer la route. Parlez-en au général Belliard. Je l'ai demandé plusieurs fois au général en chef.

« J'attends avec impatience des nouvelles de votre journée. J'ai la meilleure espérance, et ce que vous me dites y ajoute encore. Ce moment est bien important pour nous.

« J'ai gardé les dragons qui m'ont apporté hier votre lettre ; gardez ceux qui vous ont porté ma réponse.

Mille amitiés, Le général Dupont.

« P. -S. — Je suis navré de la perte du général Gobert ; je le regretterai amèrement toute ma vie.

« J'espère que votre retour à Baylen sera très prompt. L'ennemi fait des mouvements devant nous. »

Enfin, arrivé à la Caroline le 1 8, à g heures du matin, le général Vedel prend tous les renseignements, et écrit au général Dupont une dernière lettre dont la teneur suit :

« Mon général, je suis arrivé ici à neuf heures. Les généraux Dufour et Belair arrivaient à la même heure à Sainte-Hélène. Tous les renseignements que j'ai recueillis n'annoncent l'existence d'aucun corps ennemi en marche clans la Sierra-Morena. Le chef de bataillon Daguzan, qui arrive de Madrid avec des dépêches pour Votre Excellence, n'ayant rien rencontré, je ne crois pas devoir remonter plus haut. En conséquence, je prends position ici aujourd'hui et me reporterai demain à Baylen.

« L'on m'a dit que l'ennemi occupe Baeza, Ubeda, Linarès et Mcngibar ; que Reding est dans ce dernier endroit. On n'a pas su me dire qui commande à Baeza.

« J'ai écrit au général Dufour de renforcer le poste de Sainte-Hélène. Il me joindra demain à Guarroman, et s'il se confirme que les insurgés soient à Linarès, je m'y porterai et reviendrai ensuite m' établir à Baylen, à moins que les circonstances ne m'engagent à pousser des reconnaissances sur Baeza cl Ubeda. »

L'arrivée de cette dépèche trouvée dans les papiers du général Dupont, en original, prouve un fait contesté entre les généraux Dupont et Vedel, c'est que la route de Ba) len à Andujar a été libre toute la journée, puisque les ordonnances du général Vedel n'ont pas été interceptée-;.

3y8 LE GÉNÉRAL DUPONT

J'ai fait cette remarque, Messieurs, par les mêmes motifs qui m'out fait rapporter en entier les dépèches des deux généraux, parce qu'ils n'étaient pas d'accord sur deux faits, Vedel affirmant et Dupont niant, primo que le mouvement sur la Caroline eût été autorisé, 2° que le passage d'Andujar à Baylen lût libre.

Nous arrivons aux événements qui ont amené plus immédiatement la capitulation de Baylen.

Dès le 17, le général Dupont, sentant vivement, sans doute, l'inconvénient de laisser ainsi la ire Division isolée des deux autres, et le besoin de faire sa jonction avec elles, avait ordonné, pour le soir même, la levée du camp d'Andujar ; et plût à Dieu qu'il l'eût exécutée! mais elle fut retardée, et ne s'exécuta que le 18 à la nuit, et dans l'ordre suivant :

L'avant-garde formée d'un bataillon de la 4e Légion, de 4 compagnies de grenadiers et voltigeurs des autres bataillons de la même Légion, d'un escadron de chasseurs et de deux pièces de 4. partit à 6 heures du soir.

Une heure et demie après, les autres troupes se mirent en marche, savoir :

2 Bataillons de la 4n Légion ;

4 pièces de canon.

La file d'équipages, qu'on a dit composée de 800 voitures ou fourgons, escortée par le 3e bataillon du 4° régiment suisse.

Enfin, le corps de l'armée, composé de :

2 Régiments Suisses ;

2 Bataillons de la 3e Légion :

2 Bataillons de la Garde de Paris :

2 Régiments provisoires de Chasseurs à cheval ;

2 Régiments de Dragons ;

1 Escadron de Cuirassiers (1).

De cet ordre de marche il est résulté que l'avant-garde a été d'abord seule aux prises avec l'ennemi, à 3 heures 1/2 du matin. A 5 heures, les deux régiments de Chasseurs à cheval arrivèrent, ayant dépassé les équipages aux premiers coups de canon, et successivement à 6, 8 et 9 heures, le reste des troupes.

Le combat s'est prolongé, selon les uns jusqu'à 3 heures, selon les autres jusqu'à midi : les narrations des généraux espagnols énoncent cette dernière heure.

Le général Dupont avait alors, à ce qu'il paraît, 800 hommes hors de combat ; le général Dupré avait été lue; plusieurs généraux, un grand nombre d'officiers, le général Dupont luimême étaient blessés, et le soldat accablé de chaleur et dévoré par la soif, manquait ou de force ou de volonté pour continuer d'attaquer et même de se défendre.

Instruit par ses généraux de cette funeste situation, le Général en chef envoya demander au général Reding qu'il avait en tête, une suspension d'armes.

Le général Reding l'a accordée.

Mais, quand il a été question des conditions, quand le général Dupont a demandé pour ses troupes le passage par Baylen, pour rentrer dans la Manche, le général espagnol a renvoyé au général Castanos, Commandant en chef, pour régler les conditions de la Capitulation.

Ce général n'avait pas combattu Dupont : il le suivait ; il était même encore à Andujar, lorsque tout ceci se passait.

Autorisé par le général Dupont, le capitaine Villoutreys partit pour l'aller trouver.

Et cependant, l'armée française, ou plutôt la division qui venait de combattre, restait avec cet armistice consenti par le général Reding, sans conditions comme sans garantie : aucune stipulation pour la conservation des positions respectives, aucune pour la durée de la suspension d'armes, aucune pour les formes à suivre avant de les reprendre.

(1) Nous avons prouvé que cet ordre de marche est faux. E. T.

Avec Castanos, l'armistice n'a pas été stipulé avec plus de prudence, et vers 5 ou 6 heures du matin, le 20 juillet, le Sr de Villoutrcys a apporté le simple consentement verbal à la trêve accordée par Reding.

Cependant la division Vcdel était partie dès le 19 au malin de la Caroline, pour retourner à Baylen, avec les généraux Dufour et Belair, arrivés à une heure du malin de Ste-Hélène.

Chemin faisant, on avait entendu le bruit du canon annonçant un engagement avec l'ennemi.

Arrivé à Guarroman, le canon se faisait entendre encore, et le général Yedel accorda cependant une halte.

Pendant sa durée, le soldat profita d'une occasion qui s'offrit de se procurer des vivres ; et quand la division se remit en route pour Baylen, le feu avait cessé.

Arrivé près du terrain occupé par l'ennemi, le général Vedcl faisait ses dispositions de combat, quand le général Beding envoya deux officiers espagnols parlementaires pour lui annoncer la trêve.

Le Gal Vedel envoya un de ses aides de camp près du Gal Reding, avec ordre de lui rapporter des renseignements, et au bout d'une demi-heure, ne le voyant pas revenir il ordonna l'attaque.

Le succès fut heureux.

Les généraux Vcdel, Poinsot et autres disent qu'il fut disputé et obtenu parle courage des troupes. Le général Dupont prétend que se reposant sur l'armistice, les Espagnols ne se défendirent pas.

Quoi qu'il en soif, Vedel avait fait 1 5oo prisonniers, pris deux canons et deux drapeaux, cl poursuivait le cours de ses succès, lorsqu'un aide de camp du général Dupont, le Sr Barbarin, apporta l'ordre verbal de cesser le combat, ordre que le général Dupont renouvela par une lettre qui fait partie des pièces.

Le général Vedel fit alors cesser le feu et prit position.

Il assure avoir ignoré la situation du général Dupont et de sa division (il croyait que la trêve avait élé amenée par quelque disposition conciliante des généraux espagnols), et n'avoir appris la funeste vérité que le lendemain matin 20 juillet, par le retour tardif de son aide de camp Meunier.

Le même jour, deux lettres successives du général Dupont prescrivent au général Vedcl de rendre aux Espagnols les prisonniers qu'il avait faits, les canons et les drapeaux qu'il avait pris.

Le général Vedcl obéit.

Le même jour, 20 juillet, le général Marcscot qui, invité par le général en chef, avait été trouver le général Lapefïa dans l'espoir d'en obtenir des conditions supportables, ne rapporta qu'une sommation de se rendre à discrétion.

Un Conseil de guerre fut convoqué par le général Dupont, et ceux qui le composaient ayant opiné pour une Capitulation, elle fut résolue.

Bemarquez, Messieurs, qu'à ce Conseil de guerre ne furent appelés ni le général Vedel, ni aucun officier de sa division, et qu'avant d'exécuter celte délibérai ion d'après laquelle on allait disposer du sort d'une division entière, armée, combattante, victorieuse, on ne lui communiquait aucune des résolutions qu'on voulait prendre.

Les choses étaient en cet état, cpiand le général Dupont proposa au général Marcscot ses pouvoirs, que celui-ci refusa, alléguant qu'il ne faisait pas partie de l'armée.

Le général Chabert les reçut.

Nulle instruction écrite ne les accompagne.

Le général Dupont dit avoir donné oralement celle de demander l'évacuation sur Madrid par Baylen.

M. Villoutreys fut envoyé avec le général Chabert, sans être compris dans les pouvoirs, mais aussi avec des instructions verbales.

Le général Marcscot fut. invité à aller avec eux et y consentit.

38o LE GÉNÉRAL DUPONT

La négociation s'ouvrit à la maison de poste entre Andujar et Baylen.

Les officiers interrogés prétendent qu'elle prit une tournure plus défavorable par l'interception d'une lettre du Duc de Rovigo qui annonçait de fâcheuses nouvelles, et rappelait à Madrid le général Dupont.

J'observe cjue la seule lettre du Duc de Rovigo au général Dupont à laquelle ceci puisse être rapporté est celle du 17 juillet, laquelle est conçue avec beaucoup de discrétion et de réserve et n'a pas dû relever autant les prétentions des ennemis.

Quoi qu'il en soit, la capitulation a été arrêtée, conclue, signée par le général Chabert comme porteur des pouvoirs, par le général Marescot comme témoin seulement. En voici les termes.

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