‹ Le général DupontChapitre 43 sur 90 · CAPITULATION DE BAYLEN · texte numérisé non relu

CAPITULATION DE BAYLEN

« Leurs Excellences, Monsieur le Comte de Tilly, et Monsieur de Castanos, Général en chef de l'armée d'Andalousie, voulant donner une preuve de leur haute estime à son Excellence Monsieur le Général Dupont, Grand Aigle de la Légion d'honneur, commandant en chef le Corps d'observation de la Gironde, ainsi qu'à l'armée sous ses ordres, pour la belle et glorieuse défense qu'ils ont faite contre une armée infiniment supérieure en nombre et qui les enveloppait de toutes parts ;

« et Monsieur le général Chabert, commandant de la Légion d'honneur, chargé de pleins pouvoirs de Son Excellence le Général en chef de l'armée française, Son Excellence Monsieur le Général Marescot, Grand Aigle de la Légion d'honneur, et premier Inspecteur général du Génie, présent,

« Sont convenus des articles suivants :

Art. 1e1'.

« Les troupes sous les ordres de Son Excellence Monsieur le Général Dupont sont prisonnières de guerre, la division Vedel et les autres troupes françaises en Andalousie exceptées.

Art. 2.

« La division Vedel, et toutes les troupes généralement en Andalousie, n'étant point dans la position des troupes comprises dans l'article précédent, évacueront l'Andalousie.

Art. 3.

« Les troupes comprises dans l'article second conserveront généralement tous leurs bagages, et, pour éviter tout sujet de trouble pendant la marche, elles remettront leur artillerie, train et autres armes à l'armée espagnole, qui s'engage à les leur rendre au moment de l'embarquement.

Art. 4.

« Les troupes comprises dans le premier article du traité sortiront de leur camp avec les honneurs de la guerre, chaque bataillon ayant deux canons en tète, les soldats armés de leurs fusils, qui seront déposés à 4oo toises du camp.

Art. 5.

« Les troupes du général Vedel et autres ne devant pas poser les armes, les placeront en faisceaux sur leur front de bandière ; elles y laisseront aussi leur artillerie et train, et il en sera dressé procès-verbal par des officiers des deux armées, et le tout leur sera remis ainsi qu'il est convenu dans l'article 3''.

Art. 6.

« Toutes les troupes françaises en Andalousie se rendront à San Lucar et Rota par journées d'étape, qui ne pourront excéder quatre lieues de poste, avec les séjours nécessaires, pour être embarquées sur des vaisseaux avec équipages espagnols, et transportées en France au port de Roche fort .

« Les troupes françaises seront embarquées aussitôt leur arrivée, et l'armée espagnole assure leur traversée contre toute expédition hostile.

Art. 8.

« Messieurs les officiers généraux, supérieurs et autres, conserveront leurs armes et les soldats leurs sacs.

Art. 9.

« Les logements, vivres et fourrages, pendant la marche et la traversée, seront fournis à Messieurs les officiers généraux et autres ayants droit, ainsi qu'à la troupe, dans la proportion de leurs grades, et sur le pied des troupes espagnoles en temps de guerre.

Art. to.

« Les chevaux de Messieurs les officiers généraux, officiers supérieurs et d'Ëtat-Major, dans la proportion de leurs grades, seront transportés en France, et nourris sur le pied de guerre.

Art. ir.

« Messieurs les officiers généraux conserveront chacun une voiture et fourgon : Messieurs les officiers supérieurs et d'Etat-Major, une voiture seulement, sans être soumis à aucun examen.

Art. 12.

« Sont exceptées de l'article précédent les voitures prises dans l'Andalousie, dont l'examen sera fait par Monsieur le Général Chabert.

Art. i3.

<( Pour éviter la difficulté d'embarquer les chevaux de cavalerie et d'artillerie compris dans l'article second, lesdits chevaux seront laissés en Espagne et seront payés d'après l'estimation de deux Commissaires français et espagnol, et acquittés par le Commissaire espagnol.

Art. i<4- « Les blessés et malades de l'armée française laissés dans les hôpitaux, seront traités avec le plus grand soin, et seront transportés en France sous bonne et sûre escorte, aussitôt leur guérison.

Art. i5.

« Comme dans plusieurs endroits, et notamment à l'assaut de Cordoue, plusieurs soldats, malgré les ordres de Messieurs les Généraux et les soins de Messieurs les officiers, se sont portés à des excès qui sont une suite inévitable des villes prises d'assaut, Messieurs les officiers généraux et autres officiels prendront les mesures nécessaires pour découvrir les vases sacrés qui peuvent avoir été enlevés, et les rendre s'ils existent.

Art. 16.

« Tous les employés civils attachés à l'armée française ne sont point considérés comme prisonniers de guerre, et jouiront cependant, pendant leur transport en France, de tous les avantages de la troupe, dans la proportion de leurs emplois.

Art. 17.

« Les troupes françaises commenceront à évacuer l'Andalousie le a3 juillet, à quatre heures du matin. Pour éviter la grande chaleur, la marche des troupes s'effectuera la nuit, el se conformera aux journées d'étape qui seront réglées par Messieurs les chefs d'Klal-Major français et espagnols, en évitant le passage des troupes dans les villes de Cordoue et de Séville.

Art. 18.

« Les troupes françaises, pendant leur marche, seront escortées par les troupes de ligne espagnoles, à raison de trois cents hommes par colonne de trois mille hommes, et Messieurs les officiers généraux seront escortés par des détachements de cavalerie de ligne.

Art. 19.

« Les troupes, dans leur marche, seront toujours précédées par des commissaires français et espagnols, qui devront assurer les logements et vivres nécessaires, d'après les États qui leur seront fournis.

Art. 20.

« La présente capitulation sera portée de suite à Son Excellence M. le duc de Rovigo, commandant en chef les armées en Espagne, par un officier français qui devra être escorté par des troupes de ligne espagnoles.

Art. 2 1 .

« Il est convenu par les deux armées qu'il sera ajouté, comme articles supplémentaires, à la dite capitulation, ce qui peut avoir été omis et qui pourrait augmenter le bien-être des troupes françaises pendant leur séjour en Espagne et leur traversée. « Arrêté et fait double à Andujar, le 22 juillet 1808 :

Signé : Xavier de Castanos, gênerai en jele del ejéreito de Andalusia ; cl conde de Tilly, représentante y bocal de la Suprema Junta de Espana y Indias résidente en Sevilla ; Ventura Escalante, Gap" gênerai del ejéreito y Reyno de Grenada ; Le général Chabert ; Comme témoin le général de division Marescot ;

« Es copia a la letra de las originales jixmadas por los sujetos expresados anterior mente. « Bayleny Julio il\ de 1808.

Xavier de Castanos el conde de Tilly. »

« Articles supplémentaires à la Convention et Capitulation passées le 22 juillet 1808, entre leurs Excellences, M. le comte de Tilly et M. de Castanos, général en chef de l'armée d'Andalousie, et M. le général Chabert, commandant de la Légion d'honneur, chargé de pleins pouvoirs de Son Excellence M. le général Dupont, Grand Aigle delà Légion d'honneur, commandant en chef le Corps d'observation de la Gironde, Son Excellence M. le général Marescot, Grand Aigle de la Légion d'honneur, présent.

Art. ["''.

« 11 sera fourni deux charrettes par bataillon pour servir au transport des porte-manteaux de MM. les officiers.

Art. 2.

« MM. les officiers de cavalerie sous les ordres de Son Excellence M. le général Dupont conserveront leurs chevaux pour la route seulement, et les laisseront à Rota, lieu de l'embarquement, à un commissaire espagnol qui sera chargé de les recevoir. La gendarmerie servant h la garde de M. le général en chef, jouira de la même faculté.

Art. 3.

« Les malades qui sont dans la Manche, ainsi que ceux qui peuvent se trouver en Andalousie, seront conduits dans les hôpitaux d'Andujar, ou autres qui paraîtraient plus convenables. Les convalescents les accompagneront ; ils seront, à fur et mesure de la guérison, conduits à Rota,

où ils seront embarqués pour èlre transportés en France, sous la même garantie mentionnée dans l'article r]mt de la capitulation.

Art. 4- « Leurs Excellences M. le comte de ïilly, et M. le général Castanos, commandant en chef l'armée espagnole en Andalousie, promettent d'intercéder leurs bons offices pour que M. le général Exelmans, M. le colonel Lagrange, et M. le lieutenant-colonel Rosetti, prisonniers de guerre à Valence, soient mis en liberté et transportés en France, sous la même garantie mentionnée dans l'article précédent.

« Arrêté et fait double à Andujar, le 22 juillet 1808.

Signé : Xavier de Castanos, gênerai en jefe del ejéreito de Andalusia ; el conde de Tilly, représentante y bocal de la Suprema Juntâ de Espana y Indias l'esidente en Sevilla ; Ventura Escalanle, Capn gênerai del ejéreito y Reyno de Grenada ; Le général Chabert ; Comme témoin le général de division Marescot ;

« Es copia a la letra de las originales fixmadas por los sujelos expresados anterior mente. « Baylen y Julio il\ de 1808.

Xavier de Castanos el conde de Tilly. »

On conçoit que dételles conditions ont dû être longtemps débattues. Quel est le cœur français qui ne se soulève d'indignation à la fois et de douleur à leur lecture? De quelle amertume n'ont donc pas dû être abreuvés les officiers qui les ont débattues, approuvées, signées ?

Elles furent apportées au général Dupont par son plénipotentiaire Chabert, le 21.

Il les lut, il les discuta, il les consentit.

11 les consentit et cependant les troupes de l'Empereur, commandées par le général Vcdel, étaient hors de l'atteinte de l'ennemi : elles pouvaient, elles devaient lui échapper. Elles étaient arrivées à Sainte-Hélène le 21 à midi. Elles touchaient au passage de la Sierra-Morena où tous les moyens d'arrêter l'ennemi leur étaient assurés, et d'où leur communication avec Madrid n'était plus douteuse.

En effet, M. le général Vedel et les braves qu'il commandait, tardivement éclairés sur la situation de l'armée, frémissant du sort qui les menaçait, ne s'en étaient pas tenus à l'expression stérile d'une douleur résignée.

Le général Vedel avait fait proposer au général Dupont de s'entendre pour rompre la trêve, reprendre les armes contre Reding, placé entre les deux divisions françaises et se faire jour ensemble vers la Caroline.

Le général Privé avait montré au général Dupont toutes les chances de succès : il l'avait engagé à retirer les troupes nombreuses commises à la garde des bagages qu'on pouvait, qu'on devait alors sacrifier, et qui évaluées à près de deux mille hommes par les uns, à un bataillon par les autres, auraient offert le renfort d'une troupe fraîche aux bataillons fatigués de l'action du 19.

En refusant ce parti où le salut pouvait se trouver avec la gloire, où la gloire du moins était sûre si le salut était douteux, le général Dupont avait fait dire au général Vedel d'opérer sa retraite sur la Sierra-Morena.

Déjà ce mouvement conservateur était commencé, quand un aide de camp du général en chel apporta l'ordre de le suspendre. Toutefois, le G'1 Vedel prit sur lui de le continuer, et il arriva à Sainte-Hélène, le 21, à midi.

Là il reçut par écrit, d'abord du G'1 Legendre, et une heure après du Gal Dupont, l'ordre de rester où il était sans rétrograder, attendu que sa division était comprise dans le traité fait avec le général espagnol.

Vous remarquerez, MM., que les lettres sont du 21 juillet, qu'elles sont arrivées à Sainte-

384 LE GÉNÉRAL Dl PONT

Hélène, au milieu du jour, qu'elles ont été conséquemment écrites le 21 de bonne heure, qu'elles annoncent la conclusion du traité, qu'elles disent que la Capitulation a eu lieu.

Et pourtant, MM., cette capitulation n'a été signée que le 22 ; et le 22, la division Vedel, abandonnée à elle-même, ne laissait en arrière que les hommes atteints par la maladie ou accablés par la fatigue : elle était sauvée.

Ils le sentaient, les officiers généraux, supérieurs, dont la généreuse insubordination se refusait à subir le joug honteux qui lui était imposé. Un sentiment d'honneur combattait le devoir de l'obéissance. Ce fut à ce dernier que céda le G'u Vedel, et sa division sacrifiée attendit dans la consternation la destinée inconnue que la capitulation lui préparait, ou plutôt que lui réservait la perfidie.

Effectivement, Messieurs, toute désastreuse qu'était cette convention de Baylen, la mauvaise foi en a refusé l'exécution.

Conduites à S,e-Marie, à travers mille périls, des périls plus grands encore y attendaient les troupes françaises.

Au milieu du pillage de ces voitures, de ces caissons, amenés de Cordoue à Andujar, d'Andujar à Jaen, et de Jaen à Sl0-Marie, la vie de plusieurs officiers a été menacée.

Et quand le G11 Dupont a réclamé contre cette violation de la foi jurée, le gouverneur Thomas Morla, dans des lettres qu'on a cru fabriquées par les journaux espagnols, mais dont nous avons les originaux, a rappelé le pillage de Cordoue, et semblait vouloir couvrir de l'apparence des représailles les atroces violences qu'il n'avait pas réprimées.

Enfin le général Dupont, les généraux Chabert, Legcndre et quelques autres, plusieurs employés de l'armée sont revenus par mer, et ont débarqué à Marseille.

Le Gal Marescol, comme ne faisant pas partie de l'armée, a obtenu de revenir en France par Sévi lie.

Le capitaine Villoutreys, chargé de porter à Madrid la capitulation, a pris dans la route le soin étrange d'avertir, et presque d'obliger à s'y soumettre les bataillons placés sur la route depuis Ste-Hélène, pour assurer les communications de l'armée.

11 paraît qu'en effet, tranquille sur sa sûreté avec son escorte espagnole, au lieu de la quitter à Manzanarès, et de rentrer avec le bataillon qui y était, il s'est fait scrupule de le soustraire à la capitulation, aussi bien que celui de Madridejos.

Ce dernier cependant a échappé au sort qui lui était préparé, malgré le soin de M. de Villoutreys d'écrire au Gal Castaiïos, d'envoyer chercher les deux bataillons dépendant de la division Vedel, et de leur donner une direction conforme à la capitulation.

Arrivés à Marseille, les généraux ont été détenus. Le payeur général de l'armée, Plauzoles, et le payeur divisionnaire Leremboure étaient libres.

Là, il paraît s'être établi, touchant la comptabilité de l'armée, une sorte de négociation dont il est de mon devoir, Messieurs, de vous rendre compte.

Pour qu'il soit clair, je suis obligé de remonter à une époque plus éloignée.

Lors de l'entrée à Cordoue, mais quelques jours après seulement, un arrêté du général en chef ordonna l'apposition des scellés sur les caisses publiques et sur les caisses des rebelles, par l'Ordonnateur en chef.

Aucun de ces procès-verbaux ne s'est rencontré, quoique l'ordre du général en chef se soit conservé. Il est du iojuin : l'entrée à Cordoue est du 7.

Aucuns renseignements n'ont été fournis sur les sommes trouvées dans ces caisses.

Le payeur général Plauzoles, écrivant de Marseille, à son retour d'Espagne, au Ministre du Trésor, en septembre 1808, ne parlait d'aucun versement provenant de ces caisses. Il annonçait seulement avoir reçu des officiers de l'armée diverses sommes avec lesquelles il a payé la solde jusqu'en juillet.

Ce n'est qu'à l'arrivée du général, de Legendre, de Plauzoles et de Leremboure, qu'on a eu connaissance qu'il avait existé d'autres fonds, que d'autres versements avaient été faits au payeur général.

Un mandat d'amener fut décerné contre ces trois individus, et j'ordonnai en même temps la saisie de leurs papiers.

Leur examen a appris que le général Legendre avait eu une conférence avec Plauzoles, pour l'engager à déclarer que les versements à lui faits provenaient des fonds appartenant aux officiers.

Plauzoles a écrit à Leremboure, alors à Toulon, de prévenir de cet engagement le général Dupont.

Leremboure a répondu avoir rempli la commission et annoncé que le général trouvait que ce serait bien, comme lui, Plauzoles, se proposait de faire.

Plauzoles, interrogé sur ce point, après quelques dénégations, a fini par confesser ces points d'arrangement concertés, dit-il, par faiblesse, avec le général Legendre.

Mais ce concert remontait plus loin. Le post-scriptum d'une lettre écrite en rade à Ste-Marie, au S1' Plauzoles par le Gal Legendre, en contient la preuve, et une autre lettre censée écrite de Tolède dans le courant de mai, dont le jour du mois est resté en blanc, paraît avoir été antidatée et avoir eu pour objet d'assurer le succès de cette manœuvre.

C'est pour le payer sans doute delà part qu'y a prise Leremboure, que Plauzoles a refusé de lui le remboursement de 5o louis qu'il lui avait antérieurement prêtés, et qu'il a regardés ensuite comme lui étant bien acquis.

Je rougis de placer d'aussi misérables calculs, d'aussi honteux détails, près de faits si graves, près de si grands intérêts ; mais j'ai dû vous les faire connaître et vous mettre à même de prononcer.

Je viens de vous exposer, Messieurs, l'ensemble des faits, tel qu'il résulte des pièces qui sont entre mes mains, des interrogatoires des prévenus, des déclarations des témoins.

Je vais maintenant reprendre dans cette succession rapide d'événements, ce qu'ils offrent de coupable, de répréhensible ou de funeste, et assigner à chacun la part qui lui appartient dans toutes les parties, dans toutes les époques de cette catastrophe déplorable.

§ Ier.

Le Général Marescot.

Je parlerai, d'abord, du personnage le plus élevé en dignité, le général Marescot.

Chargé d'une mission spéciale par S. M., il était étranger au corps d'armée du général Dupont, mais il ne pouvait être indifférent à ses dangers, à ses sueccès, à sa gloire, à son déshonneur.

Il indique dans ses déclarations une improbation presque continuelle des opérations et des mesures du Gal Dupont, et sans l'accuser nulle part, il le blâme presque partout.

Et pourtant on le voit intervenir officieusement dans les premières négociations, et ensuite dans la discussion du traité définitif.

Mais il n'a pris part ni à la demande de la trêve, ni à la résolution de négocier, ni à la proposition des conditions de la capitulation.

Connu des généraux espagnols par d'anciens rapports, l'intervention du GaI Marescot a paru utile au Gal Dupont qui l'a réclamée.

Il s'est fait scrupule de la refuser.

Dans l'état où la résolution de ne plus combattre laissait l'armée, il a essayé, dit-il, de rendre les conditions de la capitulation moins rigoureuses.

Il les a signées, mais comme témoin seulement, sur la demande instante des généraux espagnols, et dans l'espoir de mieux assurer l'exécution des conditions.

Toutefois, il a eu le tort de mettre son nom à un traité dont il paraît avoir vivement ressenti toute la bonté; il a eu le tort d'avoir discuté et consenti un article qui accuse les soldats français, les généraux français d'avoir souffert le pillage des églises à Cordouc, à Jacn.

Un des prévenus seul lui en reproche d'autres. Il l'accuse d'avoir dépouillé non seulement les marques de ses dignités, mais jusqu'à l'habit français, <l d'avoir ainsi manifesté une honteuse faiblesse.

Le Général Dupont. 111. - j5

A ce dernier fait, le Gl1 Marescot oppose sa dénégation et sa vie militaire antérieure, et rien ne vient démentir ces témoignages et appuyer en aucune façon l'accusation.

Je ne relèverai aucun des reproches mutuels que s'adressent le Gal Dupont et le Gnl Vcdel, sur ce qui a précédé la journée du 19 juillet.

Toutefois je dois à la vérité d'observer à cet égard que dans son interrogatoire, le Gal Dupont accuse Vedel d'avoir violé ses ordres le 17 et le 18 juillet, tandis que les lettres mêmes du Gal Dupont prouvent l'approbation qu'il a donnée aux déterminations de Vedel.

Mais sans s'arrêter à ce qui ne porte que le caractère de fautes militaires, le reste de la conduite du Gal Dupont a donné lieu à des imputations plus graves, à des imputations de faits qui sont accusables aux yeux de l'honneur, aux yeux de la loi, qui le sont plus encore par leurs suites déplorables, qui ne peuvent rester impunis, s'ils sont prouvés, et dont quelques-uns semblent déjà évidents.

11 a fait demander le 19 juillet pour sa division une trêve, et il l'a acceptée sans en régler la durée, les conditions, exposant les troupes de Sa Majesté à la merci d'un ennemi sans foi, qui n'a gardé aucune de ses positions et a changé entièrement l'état de la division Barbou au moment de la trêve.

Il a exerce le même jour sur les divisions Vedel et Dufour une autorité qu'il n'avait plus, dont sa position le dépouillait et que ses généraux n'eussent pas reconnue sans doute, s'ils eussent été instruits à temps de la situation où il s'était mis.

11 a suspendu le cours des succès obtenus par Vedel, et empêché par là la délivrance possible de ses propres troupes.

Il a appliqué à deux divisions libres et victorieuses une trêve conclue plusieurs heures avant leur arrivée sur le champ de bataille, en faveur d'une division qu'il voulait bien déclarer vaincue.

Il a ordonné de rendre des prisonniers, des canons conquis par les braves, qui étaient le prix de leur sang et qui appartenaient à Sa Majesté.

Il a flotté, du 19 au 21, dans la faiblesse et l'incertitude, ordonnant sans résolution aux divisions Vedel et Dufour, tantôt la retraite et le salut, tantôt la reddition et la honte.

Il a notifié et fait notifier le 21 un traité qui n'existait pas encore, qui n'a été signé que le 22, et dont l'existence supposée d'avance, a remis au pouvoir de l'ennemi deux divisions qui lui échappaient, deux divisions dont la présence dans la Manche changeait le sort de l'Espagne, et dont la reddition a causé des malheurs et coûté du sang à l'Europe et à la France.

Il a associé aux suites d'une affaire malheureuse, au sort de sa division, des divisions qu'il pouvait, qu'il devait sauver, et qu'il a sacrifiées au désir d'obtenir pour lui de meilleures conditions.

Il a envoyé un négociateur sans instructions et sans règle, pour discuter la capitulation : il lui a adjoint un officier sans qualité.

Il a autorisé finalement à souscrire des conditions avilissantes.

Il a stipulé avec une attention honteuse la conservation des bagages, surtout de ceux des généraux.

Et ces bagages, selon plus d'un témoignage (1), ont été signalés le fruit du pillage d'une ville appartenant à l'auguste frère de Sa Majesté.

Et ces bagages étaient portés, dit-on, par huit cents chariots, qui ont retardé la marche de l'armée le 18 et le 19, et qui ont exposé les troupes de Sa Majesté au malheur de se défendre

(1) Voyez l'interrogatoire du général Marescot, la Déclaration du sieur Villoutreys (Note du Procureur général).

par corps, par fractions, au lieu d'attaquer en Division et en masse; au désavantage de ces combats successifs, propres à lasser le courage qui eût triomphé dans une bataille.

Et ces bagages sont venus de Cordoue, où on impute au général Dupont d'avoir laissé derrière lui des malades qu'il aurait négligé d'emmener : et ces bagages l'ont suivi d'Andujar à Jaen, de Jaen au Port-Ste-Marie, où les attendait le pillage d'une populace sans frein.

Le Général VeJel.

J'ai dit plus haut que le Général Dupont lui reproche des fautes militaires dont il se défend à son tour par les lettres mêmes du général qui l'accuse.

Il paraît plus justement prévenu de n'avoir pas marché le 19 assez rapidement pour arriver à Baylen, durant le combat dont l'issue eût été alors aussi glorieuse qu'elle a été funeste.

Mais l'examen de ces fautes ne m'appartient pas. Je ne pense pas même que vous aviez, MM., à vous en occuper.

Mais le général Vedcl a cessé de combatre le 19, sur l'ordre de son général en chef, et sans éclaircissement préalable.

D'après le même ordre, il a rendu des prisonniers, des canons enlevés par ses soldats.

Il a consenti à associer ses troupes aux malheurs d'une défaite qu'il n'avait pas partagée, et d'être revenu de Ste-Hélènc pour mettre bas les armes à Baylen.

§ 4- Le Général Chabert.

Instrument des négociations, plénipotentiaire docile, signataire passif d'un traité honteux, il a consenti à y apposer sa signature, quand un refus pour lequel même un grand courage n'était pas nécessaire, eût peut-être amené, avec le refus de ceux qu'on aurait appelés à lui succéder, l'impossibilité de consommer une convention si désastreuse.

Le S1' de Villoutreys.

Le Sr de Villoutreys, au contraire, sans avoir mis son nom au traité, a développé une fatale activité, exercé une triste influence sur les négociations.

La trêve a été demandée par lui, à Reding ; c'est à lui que Castanos en a accordé la confirmation; dans son ignorante précipitation, il a négligé toutes les stipulations qui assurent la réciprocité, la sûreté d'un tel acte.

Sans mission, sans caractère, il a débattu, arrêté à la maison de poste, les conventions du traité qui est justement reproché à tous ceux qui y ont pris part.

Plein de sécurité au milieu de son escorte espagnole, il dédaigne de s'occuper du salut de plusieurs bataillons qu'il pouvait sauver, et au milieu desquels il pouvait retourner sur Madrid ;

Et il a donné au contraire de Baylen à Madrid, sans autorisation, des ordres ou des avis, il a écrit au général Castanos des lettres dont la suite a été la perle de tout ce qui appartenait à l'armée française depuis Guarroman jusqu'au delà de Manzanarès.

, ,§ ^ Le Général Legendre.

Chef de l'Ëtal-Major du général Dupont, aucun acte ne prouve qu'il ait pris part aux événements du 19 ni à la conclusion de la Convention.

Mais le 21, il a écrit au Général Vedcl la lettre mensongère qui annonçait comme terminée, une Capitulation (pu n'a élé signée pourtant <pie le lendemain, trompanl ainsi par celle espèce de faux la bonne foi du général Vedcl et de sa division entière.

Chargé irrégulièrement de fonds qu'il eût dû remettre au payeur, d'une comptabilité qui

devait lui rester étrangère, il cherche à consommer, à son retour en France, une fraude préparée avant son départ d'Espagne.

Il use de son influence sur le faihle Plauzoles pour le rendre l'agent de cette tromperie.

§ 7- Plauzoles et Leremboure.

Le premier, instrument de l'intrigue dont j'ai rendu compte dans la première partie et que je viens de rappeler, dépositaire peu fidèle des fonds du Trésor, il trahit ses intérêts, à la vérité par faiblesse, mais pourtant sans excuse.

Le second, meneur d'intrigue plus décidé, s'associe plus audacieusement au projet, et coopérateur moins efficace, paraît cependant un complice plus coupable.

J'ai terminé, MM., ce Travail, le plus pénible peut-être dont je me sois occupé jamais. J'ai dit, sans exagération et sans déguisement, tout ce qui m'a semblé être la vérité.

La lecture des pièces ajoutera aux traits généraux du Tableau que j'ai tracé, des détails qui, en le complétant, achèveront de vous éclairer.

Les lumières nouvelles que le prince qui vous préside et chacun de vous pourra obtenir et répandre lors des interrogations et de la confrontation des accusés, aideront encore à démêler la vérité; et ce sera, non pas avec une plus rigoureuse impartialité, je n'en pourrais apporter davantage, mais avec plus de sécurité et de confiance que je présenterai au Conseil les conclusions qui doivent précéder sa détermination.

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