SÉANCE DU CONSEIL
Le samedi 22 février le Conseil d'Enquête tient, au palais des Tuileries, sous la présidence du Prince Àrchichancelier, sa quatrième séance, à laquelle assistent tous les membres nommés dans le procès-verbal de la première.
Le greffier en chef fait lecture au Conseil des procès-verbaux des trois séances précédentes : la rédaction en est définitivement arrêtée.
Le Procureur général fait connaître au Conseil que dans la soirée de jeudi, chaque prévenu a reçu une copie de l'Acte d'accusation, qu'il a été donné, en outre, au Gal Dupont, communication de sa correspondance avec le Gal Vedel, et que les cinq prévenus ayant témoigné le désir d'être entendus de nouveau parle Conseil, il les a fait traduire devant lui.
Une discussion s'élève sur la manière dont il sera procédé, d'abord à la nouvelle audition des prévenus, et ensuite à leurs confrontations.
Après diverses observations faites par des membres du Conseil, il arrête, ouï sur ce le Procureur général,
Que les prévenus seront entendus séparément;
Qu'ils le seront tous, avant qu'il soit procédé à aucune confrontation;
Que le Prince Archichancelier Président est invité à faire connaître à chacun d'eux, qu'il lui est loisible de demander sa confrontation avec tel ou tel de ses coaccusés ;
Que le Conseil délibérera et statuera sur cette demande ;
Et que des confrontations pourront aussi avoir lieu d'après la demande qu'en ferait l'un des membres du Conseil, pour s'éclairer sur des faits à l'égard desquels cette instruction lui paraîtrait nécessaire.
2'' Audition des Prévenus.
Le Prince Archichancelier Président donne ordre aux huissiers de faire entrer le Gal Dupont. Ils l'introduisent accompagné d'un officier de gendarmerie. S. A. S. dit au Gal Dupont que le Conseil est prêt à entendre ses nouveaux moyens de défense, qu'il lui est loisible de demander sa confrontation avec d'autres prévenus, et qu'il lui est permis de s'asseoir. Le Gal Dupont reste debout et lit un Mémoire justificatif, dans lequel il s'explique sur les faits dont il est accusé, ainsi que sur diverses lettres qui lui ont été données en communication et qui font partie de sa correspondance avec leGal Vedel. Il demande sa confrontation avec le Gal Vedel, offre de répondre à toutes interpellations qui lui seraient faites par des membres du Conseil, et remet son Mémoire signé de lui, entre les mains du greffier en chef.
Il se retire, et le Gal Marescot, puis successivement les autres prévenus, sont introduits de la même manière ; chacun lit un Mémoire justificatif signé de lui ; tous déclarent qu'aucune confrontation ne leur parait nécessaire pour leur justification.
Le Conseil délibère sur la demande faite par le Gal Dupont d'être confronté avec le Gal Vedel ; et, après avoir entendu le Procureur Général, il arrête que cette confrontation aura lieu de suite, et que les deux prévenus seront mis en présence l'un de l'autre, et invités à s'expliquer respectivement sur les faits dont le Gal Dupont a présenté l'établissement comme nécessaire à sa défense.
D'après les ordres du Prince Archichancelier Président, les Gl"x Dupont et Vedel, accompagnés d'un officier de gendarmerie, sont introduits par les huissiers.
S. A. S. dit au Gal Dupont d'exposer les faits sur lesquels il désire les explications du Gal Vedel, et il leur recommande à tous deux de se renfermer dans les limites de l'affaire soumise au Conseil, et de s'exprimer avec les convenances désirables, el h respect dû au Conseil.
Le Gal Dupont prend la parole, et expose successivement différents laits sur Lesquels il croit nécessaire à sa justification de faire entendre au Conseil les réponses el explications du Gal Vedel.
Celui-ci répond à chaque fait articulé par le Gal Dupont.
4lO LE GÉNÉRAX DUPONT
Dans le cours du débat, le Procureur général fait, soit au Gal Dupont seul, soit aux généraux Dupont et Vedel, des interpellations auxquelles chacun d'eux répond.
Ils se retirent ensuite.
Un membre du Conseil demande que le Gal Marescot et le capitaine Villoutreys soient confrontés pour s'expliquer sur deux faits relatifs aux propositions du général espagnol Lapena et aux conférences sur la capitulation.
Le Conseil ayant décidé que celte confrontation aura lieu, le Prince Archichancelier Président donne ordre aux huissiers d'introduire le Gal Marescot et le capitaine Villoutreys.
Lorsqu'ils sont entrés, S. A. S. leur dit de s'expliquer l'un et l'autre, sur les deux faits ci-dessus énoncés, ce qu'ils font.
Le capitaine Villoutreys prie le Conseil d'ordonner que, relativement à l'un de ces faits, il sera confronté avec le Gal Chabert.
Le Gal Marescot et le capitaine Villoutreys s'élant retirés, le Conseil, ouï le Procureur général, arrête que la confrontation du Gal Chabert et du capitaine Villoutreys aura lieu.
Ils sont introduits sur-le-champ, d'après l'ordre du Prince Archichancelier Président, qui les interpelle de s'expliquer sur le fait en question, ce qu'ils l'ont; après quoi ils se retirent et le Prince Archichancelier Président lève la séance du Conseil, et l'ajourne à lundi 24 février, heure de midi.
Comme on le voit, dans cette 4e séance du Conseil d'Enquête, chacun des accusés lut, pour sa défense, un Mémoire justificatif signé de lui. Pour la préparation de ces Mémoires, les prévenus eurent à peine un jour et demi, et ils durent faire leur rédaction de souvenir, tous leurs papiers ayant été saisis lors du débarquement à Marseille ou à Toulon. Au général Dupont seulement, on donna une copie de sa correspondance avec Vedel, mais on se garda bien de lui rendre les lettres que lui avaient écrites Savary et Belliard ainsi que les dépêches où il réclamait des renforts en montrant nettement toute la gravité de la situation, car toutes ces lettres l'eussent complètement disculpé en découvrant les fautes de Napoléon.
Les Mémoires Justificatifs des accusés sont ainsi conçus :
Monseigneur et Messieurs,
Permettez-moi de témoigner à l'assemblée la respectueuse confiance dont je suis pénétré en paraissant devant Elle. Ses lumières et sa noble intégrité me rassurent et ce sentiment profond ajoute encore à la force que me donne mon innocence.
En lisant l'acte d'accusation dirigée contre moi et en recherchant dans les lois l'article qui m'est appliqué, quel n'a pas été mon élonnement ou plutôt mon indignation de voir que j'étais accusé de haute trahison ? L'article 77 du Code pénal dont on réclame contre moi l'application est, en effet, porté contre ce crime horrible de trahison envers l'État. J'aurais conspiré contre Sa Majesté l'Empereur ; moi, l'un de ses plus fidèles soldats etquiai obtenu sur le champ de bataille ses plus nobles faveurs ! Après avoir versé mon sang pour son service ; après avoir approché sa personne sacrée d'aussi près, et déjà depuis longtemps, je l'aurais trahi lorsqu'il m'a revêtu de la plus gracieuse confiance, et lorsque affamé de la gloire qui fait voler les généraux pour mériter ses regards, je me trouvais placé dans la position le plus favorable pour justifier ses bontés ! L'assemblée voit combien cette accusation injuste, cette accusation insensée a dû frapper mon âme et la révolter. Et quel est le soldat qui m'a vu partager ses dangers et lui donner l'exemple du dévouement, qui ne frémirait pas de se trouver ainsi exposé à son tour à une inculpation qui soulève un cœur pur d'horreur et d'épouvante? Mais après ces mouvements d'indignation, une flamme lumineuse a frappé mes yeux et m'a présenté une justification sortant avec éclat d'une
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accusation qui, plus elle est horrible, plus elle est facile à repousser, et dont l'empreinte est déjà effacée, j'ose le croire, dans l'esprit de l'assemblée.
Qu'elle me permette de lire l'article auepuel l'acte d'accusation veut s'appliquer. En ouvrant le livre des lois, il semble s'indigner lui-même dans les mains de l'honneur et de l'innocence, qu'on ose profaner ses pages par des applications aussi insensées.
L'assemblée a entendu cet article. Elle a entendu l'acte d'accusation : quel rapport maintenant y a-t-il entre le texte de la loi et cet acte d'accusation ?
N'est-il pas formellement incompatible avec les dispositions de l'article ? Où sont les manœuvres et les intelligences que j'ai pratiquées avec l'ennemi ? Où sont les gages de ma trahison, les villes, les postes, tous les avantages militaires enfin, (pic mes intelligences perfides lui ont livrés? Où sont les traces de l'accord infâme fait entre nous pour seconder ses projets et favoriser à dessein et par des motifs de corruption ses vues hostiles contre la patrie? Que l'assemblée veuille bien se transporter en idée sur la route de Baylen à Cadix après le traité, et au fort Saint-Sébastien où j'ai été conduit. Elle m'y verra sous les poignards de ce même ennemi dont on ne pourrait sans démence admettre les intelligences avec moi : on me verra l'objet de ses fureurs, précisément parce que mon zèle et mon énergie pour faire triompher les vues de Sa Majesté avaient plus irrité contre moi l'esprit des insurgés. Voilà donc les gages de mes intelligences criminelles ! Les menaces réitérées que j'ai lancées contre les chefs des révoltés dans une lettre et clans une proclamation, sont-elles encore un témoignage de ces manœuvres? Que l'on se représente les terreurs de Séville et des autres villes insurgées, lorsque je me montrais ainsi enflammé du désir de tout soumettre aux grandes vues politiques de Sa Majesté.
Mais s'il n'existe point de traces de ces coupables intelligences qui constituent la haute trahison dont parle l'article pénal, et si ces dispositions ne peuvent en conséquence m'être appliquées, car il n'y a pas de trahison sans intention de trahir, et sans indices de cette intention, je peux attaquer l'acte d'accusation sous une autre face et le détruire avec le même succès ; je peux prouver qu'en adoptant le traité fait avec l'ennemi, je n'ai encouru aucun blâme fondé. Si je prouve, en effet, que ce traité était indispensable, qu'il n'a rien de déshonorant, qu'il est avantageux pour les circonstances qui l'ont déterminé et qu'il ne présentait d'autre intérêt pour moi que celui de l'honneur, car il eût été déshonorant de laisser périr sans défense de braves soldats, j'aurai démontré qu'il n'y a point de culpabilité, et mes droits à une justification entière recevront de ce nouveau jour tout leur éclat.
Le traité était indispensable. Les lois de la guerre, chez toutes les nations civilisées, veulent que lorsqu'une troupe est réduite à l'impuissance de se défendre, celui qui la commande soit autorisé à traiter avec l'ennemi. Une effusion de sang inutile et sans espoir de succès, est un crime contre l'humanité et même contre l'honneur, car il n'y a de sang versé honorablement que celui qui doit acheter la victoire ; c'est sur ce principe que la Capitulation des garnisons est fondée, lorsque le dernier terme de leur défense est arrivé. Dans la position où nous nous trouvions, resserrés et sans chemin de retraite, nous étions dans le même cas que des troupes renfermées dans des lignes. L'assemblée sait qu'une division de cinq mille hommes avait combattu contre un ennemi cinq fois plus fort pendant dix heures, et qu'elle élail réduite par le sang versé, le défaut absolu de vivres et l'épuisement total, à l'impuissance d'opposer de la résistance aux entreprises de l'ennemi. La nécessité militaire la plus rigoureuse nous assiégeait sans espoir de la vaincre, et ne pas y céder, c'était tomber dans de plus grandes extrémités, cl perdre les restes d'une division soumise aux dernières chances de la guerre. Tous les généraux, tous les chefs de corps avaient le même intérêt que, moi pour triompher d'une semblable crise et tous ont été d'avis qu'il fallait tromper la rigueur des circonstances en reportant la troupe sur \\\\ autre point en traitant avec l'ennemi. Si le traité n'eût pas eu lieu, et que cette division eût été en proie à la férocité des rebelles, comment me défendre aujourd'lniv des reproches d'avoir abandonné la troupe à un sort si fatal, et qu'il était possible de faire changer par une convention conforme à des circonstances aussi extraordinaires? N'avons-nous pas sous les yeux des événements semblables, et toutes les guerres n'en présentent-elles pas ? La fortune, est dans tous les lieux et
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dans tous les siècles, conforme à elle-même et tout ce que peuvent faire la prévoyance et la fermeté, c'est de conjurer les dernières rigueurs du sort, en cédant quand il le faut à son empire.
Si le traité était aussi évidemment indispensable, il n'offre rien non plus qui puisse être regardé comme déshonorant. Une troupe qui a soutenu un combat violent contre des forces aussi supérieures, et qui n'a plus la liberté de faire aucun mouvement de manœuvre ou de retraite, peut sans honte consentir à évacuer une province, n'étant prisonnière de guerre que pour quinze jours. Combien d'exemples je pourrais citer ! et je ne sais point, dans les événements semblables, de circonstances aussi décisives que celles que j'ai décrites.
Les garnisons qui capitulent après une belle défense sont toujours néanmoins honorées. Dirat-on qu'elles doivent chercher à se faire jour au dehors? non, sans doute. La guerre a ses lois. Ainsi, dans notre position, ne pouvant nous faire jour en franchissant les lignes de l'ennemi et les montagnes et le fleuve entre lesquels nous étions enfermés, il est impossible de trouver une ombre fâcheuse pour l'honneur dans le traité qui a sauvé de braves soldats, qu'il eût été déshonorant de livrer à un massacre général sans vengeance.
Le traité était, en outre, avantageux, quand on considère la crise dont il retirait les troupes. Il l'eût, sans doute, été davantage si toutes mes vues avaient été remplies, comme je l'ai déjà expliqué, si l'incident funeste de la lettre interceptée du Duc de Rovigo n'avait pas eu lieu, et si la division Vedel avait mis à profit réel l'ordre de départ que je lui avais donné à tems. Malgré tous ces contretemps, l'exécution du traité en aurait fait sentir davantage le prix, et tout me dit que sans la trahison des Espagnols je n'occuperais pas l'attention de l'assemblée, et que j'aurais été reprocher aux rebelles, depuis longtems, les armes à la main, leur infâme perfidie. Je n'avais enfin d'autre intérêt que celui de la troupe et de Sa Majesté, puisque les odieuses insinuations relatives aux bagages sont sans nulle espèce de fondement; j'ai prouvé ce qu'ils contenaient. Je rougirais de m'appesantir daAantage sur ces détails indignes d'une telle assemblée et de moi-même.
Il serait superflu, je pense, de pousser plus loin ces considérations sur le traité en lui-même inattaquable, comme il me paraît insensé de combattre davantage cette odieuse accusation de trahison, qui est tombée en poussière aux pieds de l'assemblée. Elle voit, en effet, que tous les griefs de l'acte d'accusation n'offrent aucun mot qui se rapporte à l'article de la loi, et qui ne soit au contraire entièrement incompatible avec lui. Cette contradiction, ce combat éternel ne fait-il pas jaillir les plus beaux traits de lumière sur ma justification ? Ne rappelle-t-il pas ces accusations dont le souvenir frémit encore, et où il suffisait de prononcer le mot d'intelligence avec l'ennemi, pour épouvanter l'innocence? Sous le règne de Sa Majesté, et lorsque la justice et la victoire embrassent son trône, et rivalisent pour l'affermir et l'enoblir chaque jour davantage; dans le sein d'une assemblée composée des grands de l'Empire, non moins grands par leur haute équité et la noblesse de l'âme cpie par leurs dignités, de pareils rapprochemens se refusent à l'imagination.
Après avoir prouvé que l'acte d'accusation croule de lui-même sur sa base aussi fausse qu'elle est odieuse, et que n'étant point coupable de trahison je ne puis plus être atteint par des griefs que l'injustice tendait à ramener à ce but horrible, je devrais croire que ma justification est complète ; mais ma haute innocence veut que je confonde tous ces griefs en détail, comme je les ai terrassés dans leur épouvantable et insensée conclusion.
L'assemblée daignera se rappeler que dans sa dernière séance, j'ai retracé rapidement la campagne d'Andalousie, et que j'ai présenté l'affaire cjui est soumise à son intégrité et à ses lumières, sous le vrai jour qui doit l'éclairer. Celte affaire n'est dans le traité fait avec l'ennemi que d'une manière secondaire. Elle est avant tout dans les événements militaires qui l'ont précédée. J'ai justifié le traité, mais je dois justifier mes opérations. Je dois montrer le général Vedel comme coupable de toutes les conséquences fâcheuses qui ont suivi l'inexécution de mes ordres. J'ai longtems ménagé, par délicatesse, ce général, et ce ménagement a causé mon infortune. Il est indubitable que si j'avais rendu compte, dès le principe, de sa désobéissance réitérée, Sa Majesté, pour l'honneur de son autorité méconnue en moi qu'elle avait daigné revêtir de sa confiance et
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des pouvoirs du commandement, n'aurait jamais fait peser sur mon innocence de si longues rigueurs. Aujourd'hui que je suis l'objet d'un acte d'accusation qui ne relève aucune des fautes du général Vedel, fautes qui sont l'origine de tout, je dois prouver à l'assemblée que tous les griefs qui me sont imputés, accusent au contraire le général Vedel qui a violé la première des lois militaires, la subordination ; c'est par là que ma cause se rattache aux intérêts du trône. Le pouvoir suprême n'a de grandeur et de force que par l'obéissance militaire ; la gloire des armées se fonde sur ce principe. 11 n'y a point de peine dans les lois pour frapper un général cjui a été en butte aux caprices de la fortune ; elles ne peuvent atteindre que celui qui a été infidèle à ses ordres. Je serai donc une seconde fois justifié quand j'aurai démontré l'infidélité du général Vedel à mes dispositions; infidélité, source coupable des événements qui ont rendu le traité nécessaire.
Après la brillante journée de Cordoue, j'ai eu à défendre le passage du Guadalquivir ; c'était l'ordre de Sa Majesté, que M. le Duc de Rovigo m'avait souvent réitéré. J'ai été fidèle à cet ordre, et la difficulté de son exécution ne me donnait que plus d'énergie et d'ardeur. L'ennemi m'oppose t\o ooo hommes; je n'avais que 12 à i3ooo combattans, jeunes soldats, tout neufs dans le métier, et dont l'audace avait besoin de l'expérience des armes : mais un beau dévouement nous animait tous. J'occupais Andujar, et je fais porterie i4 juillet le général Vedel sur le bord du fleuve à Mengibar.
Je suis attaqué à Andujar par toute l'armée ennemie; la bonne contenance de ma troupe, et les dispositions défensives préparées d'avance me donnent maintenant l'espoir de me maintenir dans cette position malgré mon infériorité. L'ennemi fait quelques démonstrations du côté de Mengibar. Le i5, j'envoie l'ordre au général Vedel de m'envoyer un bataillon, et dans le cas où il n'aurait que peu d'ennemis devant lui, de m'envoyer une brigade. Il devait rester de sa personne pour garder la position qui lui était confiée. Cet ordre lui a été porté par le capitaine Desfontaines. Là, commencent les fautes de ce général. Au lieu d'exécuter l'ordre qu'il reçoit, il quitte sa position avec toute sa division et se rend à Andujar. L'ennemi, qu'il avait négligé de reconnaître, profite de son faux mouvement et passe le fleuve à Mengibar. Le général Liger-Belair, qui avait un poste d'observation sur ce point, reçoit le combat, et le général Gobert, que j'avais fait approcher de Baylen, vole à son secours. L'ennemi, très supérieuren nombre, gagne du terrain, le général Gobert est tué ; le général Dufour prend son commandement et se replie sur Baylen.
Le général Vedel arrive à Andujar, et j'apprends bientôt après l'événement de Mengibar. Je lui reproche sa faute, je lui en montre les funestes conséquences. Il fallait se hâter de la réparer. J'ordonne en conséquence au général Vedel de repartir d'Andujar et de se porter sur Baylen, et d'attaquer le corps ennemi qui a passé le fleuve et qui menace Baylen. J'avais donné occasion au général Vedel de réparer sa faute, et il en commet une autre non moins grave. Au lieu de chercher l'ennemi qui se trouvait vers Mengibar et de le combattre, il quitte Baylen sous le vain prétexte de se réunir au Gal Dufour; ce dernier général avait quitté sans ordre Baylen, et s'était porté sur Guarroman. Le général Vedel, auquel j'avais donné le commandement sur le général Dufour, m'écrit de Baylen, le 17, qu'il ne sait par quel motif ce général a abandonné Baylen, et au lieu de vérifier les motifs de ce mouvement et d'envoyer des reconnaissances vers Mengibar, il suit lui-même ce faux mouvement. Cependant il me marque dans la même lettre que le bruit court qu'un Corps ennemi a gagné les montagnes. D'après ces renseignemens que je dois croire exacts puisque le Gal Vedel est à portée de les vérifier, je lui réponds que si l'ennemi gagne les montagnes, il faut l'y combattre. Cet ordre est une conséquence de mes premières dispositions, puisque le G*1 Vedel a été envoyé pour chercher et disperser le corps ennemi cjui a livré le combat de Mengibar. Je lui recommande surtout de prendre des informations sûres et de m'en faire part. Mes dispositions dépendent des avis qu'il me donnera.
Le G'1 Vedel se porte à Guarroman le 17 au soir; il m'écrit que l'ennemi marche par plusieurs chemins pour s'emparer des gorges. Je lui réponds toujours dans le même sens, et dans la même persuasion qu'il n'a pas laissé l'ennemi sur les derrières. Le 18, au matin, il arrive à
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la Caroline. Là, il me marque qu'il n'a point paru d'ennemis de ce côté, et qu'un officier venant de Madrid n'a rien rencontré. C'est alors que le Gal Vedel doit voir qu'il a fait un faux mouvement, d'autant plus qu'il est instruit, comme il me le marque dans sa lettre du 18, que le corps de Reding occupe Mengibar, et qu'il y a des ennemis à Linarès. Il devait donc revenir rapidement sur ses pas pour occuper Baylen et prévenir les desseins de l'ennemi sur ce poste important. Mais la négligence qu'il a mise à reconnaître l'ennemi du côté du fleuve l'enchaîne à la Caroline, et il s'y établit au lieu d'en repartir de suite, après avoir donné quelques heures de repos à sa troupe.
De mon côté, instruit que le général Cavrois avait été retiré de Baylen par le Gal Vedel, j'envoie un bataillon pour occuper ce point essentiel, mais j'apprends qu'il n'a pu y pénétrer, et voyant alors une division isolée, je me détermine à lever le camp d'Andujar afin de les réunir. Je devais garder cette position jusqu'à la dernière extrémité, et ce moment était arrivé, puisque l'isolement de mes divisions me plaçait dans un état trop critique, pour n'en pas sortir sur-lechamp. Je fais mes dispositions le 18, le soir du même jour je me mets en marche, et je parviens à dérober mon mouvement au Corps ennemi qui attaquait Andujar.
Si l'assemblée a daigné suivre ces détails, elle se sera convaincue de la justesse de mes dispositions. Je ne devais pas laisser un Corps ennemi s'établir sur la rive droite du Guadalquivir ; l'opération confiée au général Vedel était nécessaire et elle aurait raffermi notre position sur le fleuve, s'il avait attaqué l'ennemi de Mengibar, comme ses instructions le portaient, au lieu de suivre le Gal Dufour, d'après de faux renseignemens qu'il n'a pas cherché à vérifier. Étant à Baylen, deux heures de tems lui suffisaient pour avoir des nouvelles de Mengibar. La simple précaution d'une reconnaissance eût prévenu de funestes conséquences, si le Gal Vedel avait suivi ses premières instructions. Il résulte également de ce qui précède, que l'allégation de contradictions dans mes ordres est de toute fausseté. J'ai répondu au Gal Vedel dans le sens des renseignemens qu'il me donnait. Je devais les croire exacts, puisqu'il était envoyé pour éclairer le terrain, et pour m'instruire des mouvemens de l'ennemi.
J'arrive devant Baylen à deux heures du matin le 19 ; j'attaque avec la plus grande vivacité, et je fais tous les plus violens efforts pour pénétrer à Baylen. Que faisait alors le GaI Vedel ? Il était à la Caroline, et au lieu de partir et de voler au premier coup de canon pour arriver sur le champ de bataille, il perd un tems irréparable. Il n'avait que quatre lieues à faire pour prendre part à l'action et assurer notre succès. Mais pouvant arriver à huit heures du matin, il n'arrive qu'à cinq heures du soir ; il s'arrête six heures à moitié chemin, et résiste à toutes les observations qu'on lui fait, en entendant le bruit du combat de si près ; il laisse écraser la division Barbou, et ne reprend sa route que lorsque le feu a cessé. Je cite le général Cassagne et le contre-amiral Baste, comme ceux qui l'ont pressé d'accourir au combat, et je pourrais de même citer tous les officiers de sa division pour déposer de ces faits authentiques.
J'ose croire que l'assemblée plaindra en ce moment un général qui commande en chef et qui éprouve ce que j'ai éprouvé alors, et qui est victime d'une telle conduite de la part d'un général secondaire. Si après de semblables événements ma justification n'était pas aussi éclatante que le jour, le principe de l'insubordination ne serait-il pas consacré ? et quelles mortelles conséquences ne frapperaient pas la plus florissante armée ? Aussi est-il universellement connu que la désobéissance du Gal Vedel m'a enlevé le fruit d'une campagne dont le début avait été brillant, et que la fortune n'aurait pas abandonnée sans de si déplorables contretems.
Voilà les fautes du Gal Vedel, fautes inouïes qui m'ont ravi de nouveaux succès et ont rendu nécessaire le traité fait avec l'ennemi. Ces fautes sont telles que tous les officiers du corps d'armée les ont sans cesse accusées comme les seules causes de leurs malheurs. Qu'il me soit permis, en ce moment, de représenter ces braves officiers réunis sur un ponton dans la rade de Cadix et en butte aux fureurs ennemies. C'est dans ces momens que la vérité se fait entendre et prend un accent terrible que rien ne peut étouffer. Le malheur ne flatte pas et je n'étais pas dans une position à être flatté. Eh bien ! de tous ces officiers, justes appréciateurs des événemens de la campagne, il n'en est pas un seul qui ait fait entendre un murmure contre mes dispositions ;
tous ont applaudi à mes ordres, et tous ont rejeté la cause de leur infortune sur celui qui les a violés. Un témoignage si pur ne sera pas perdu dans cette assemblée, qui juge avec sagacité le cœur humain et y voit la vérité sans nuages.
Me sera-t-il permis maintenant de discuter l'étonnante singularité qui frappe d'abord dans l'acte d'accusation, et le faux aspect sous lequel l'affaire est représentée. Dans une affaire militaire, où les combats et leur influence sont les premiers objets à éclaircir, et entraînent la première responsabilité, tout ce qui y est relatif se trouve passé sous silence ; de manière qu'il semble que je n'ai marché dans l'Andalousie que pour traiter de l'évacuation de cette province, sans combats et sans opérations de guerre. J'ose prier l'assemblée de considérer combien cette marche est étrange aux yeux de la justice et de la raison. C'est sur les causes que les regards doivent se porter, ce sont elles qu'on doit approfondir, avant d'arriver aux effets qu'elles ont produits. Ainsi l'assemblée, j'ose le croire, réparera dans sa haute sagesse l'irrégularité et l'injustice qui ont écarté de l'acte d'accusation les fautes du Gal Vedel, tandis que ces fautes seules sont coupables et sont une égide pour ma responsabilité. Les conséquences heureuses qui devaient résulter de l'exécution de mes ordres seront appréciées, et leur inexécution et ses fâcheuses suites pèseront de tout leur poids sur le Gnl Vedel. Tout ce que je viens d'expliquer sur les fautes du Gal Vedel, je demande à le confirmer par ma confrontation avec lui, et j'insisterai bientôt sur la nécessité de cette confrontation.
J'arrive maintenant à la réfutation des différens griefs, article par article, dans son ensemble comme dans ses détails, dans les considérations générales comme dans les observations particulières ; ma justification doit être entière et lumineuse.