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MINISTÈRE DE

Il ne nous reste plus, pour terminer ce long récit, qu'à démontrer que le général Dupont, grand et admirable soldat sur les champs de bataille d'Italie, d'Allemagne, de Prusse, de Pologne, fut, contrairement à tout ce qui a été dit et écrit, irréprochable pendant son ministère de 181 4 : jusqu'à sa mort, survenue en 18/io, il resta ce qu'il avait été toute sa vie, homme de bien, de travail et de dévouement. L'espace nous manquant, nous ne pourrons donner à cette dernière partie de notre étude les développements que nous avions projetés ; nous nous bornerons donc à retracer brièvement les événements et à montrer l'inanité des imputations dirigées contre le général Dupont par des historiens mal renseignés ou aveuglés par la passion.

Un mois s'était écoulé depuis le décret frappant les généraux Dupont, Marescot, Chabert, Vedel et le capitaine de Villoutreys, sans que les prisonniers eussent été prévenus de la condamnation prononcée contre eux, lorsque, dans la journée du 3i mars, l'Empereur, pensant sans doute que l'opinion avait cessé de s'intéresser à l'affaire de Baylen, donna l'ordre d'enfermer le général Dupont au fort de Joux. Le duc de Rovigo écrivit, à ce sujet, les deux lettres suivantes :

Paris, le 3i mars 1812.

M. le Comte, je reçois à l'instant un décret de S. M. relatif aux prévenus de la Capitulation de Baylen ; ils sont remis à ma disposition. S. Exe. le ministre secrétaire d'État me mande, en m'envoyant le décret de S. M., que les prévenus étant écroués à votre requête, il sera peut-être nécessaire que V. E. donne mainlevée de leur écrou. J'ai l'honneur de vous inviter, M. le Comte, à vouloir bien m'envoyer cet acte par le retour du porteur, attendu que celte nuit même le décret de S. M. doit recevoir son exécution. Agréez...

Le duc de Rovigo.

A S. Exe. M. le Cte Regnauddc S'-Jean.d'Angely. Minisire Secrétaire d'Llal.

Monsieur le Comte,

J'ai l'honneur de vous prévenir que j'ai reçu des ordres absolus, dont l'exécution, à l'égard de Mrs Dupont, Vedel et autres prévenus, doit avoir lieu cette nuit même, surtout en ce qui concerne M. Dupont.

Tout est disposé ; mes agents et mes ordres sont prêts, et je n'attends que votre ordre au concierge de l'Abbaye, pour qu'il mette à ma disposition ces prévenus.

Je prie V. Exe. de vouloir bien le remettre au gendarme qui vous porte ma lettre.

Je la prie d'agréer...

Le duc de Rovigo.

Paris, 3i mars 1812, à minuit.

A S. Exe. M. le Cte Regnaud de Saint-Jean-d'Angely.

Le général Dupont reçut de son ami Clarke la Note suivante :

Paris, le sept d'avril 18 12.

Le ministre de la guerre informe M. Dupont (Pierre) qu'il est destitué du grade de général de division, par Décret du Ier mars 181 2. 11 lui est défendu par le même Décret de porter à l'avenir l'habit militaire.

Le Ministre de la guerre, Duc de Feltre. A M. Pierre Dupont.

La comtesse Dupont partagea la captivité de son mari. Après quatorze mois d'incarcération au fort de Joux, sur la frontière de Suisse, le général fut transféré à la citadelle de Doullens (Somme) où il resta neuf mois. A la fin du mois de janvier 181 4, on l'envoya en surveillance à Dreux, ainsi qu'il résulte de l'avis suivant :

Paris, le 26 janvier 181 4.

Le ministre de la guerre, en vertu des ordres de l'Empereur, autorise M. Pierre Dupont, ex-général de division, à se rendre dans le département d'Eure-et-Loir pour y établir sa résidence.

Il lui est enjoint de ne pas quitter ce département sans un ordre exprès de Sa Majesté.

Le duc de Feltre.

Certes, il n'arrivera à personne de croire qu'en atténuant sa cruauté à l'égard du général Dupont, Napoléon ait pu obéir à un sentiment de regret et à un aveu loyal de l'injustice commise. Ce qu'il dit, au mois de mars 181 5, à Chabert et à Marescot, montre bien qu'il n'avait jamais pensé que les condamnés du Ier mars 181 2 eussent manqué à l'honneur en prenant part à la capitulation de Baylen. Sous la dure leçon du malheur, sentant monter vers lui la clameur formidable des peuples opprimés, et voyant l'abîme s'ouvrir sous ses pas, manquant d'hommes et surtout de chefs de talent, il se proposait vraisemblablement de replacer Dupont à la tête d'un Corps d'armée, si le destin n'eût accéléré sa chute.

Le général Vedel fut relevé de la destitution et remis en activité à l'armée de réserve d'Italie, par décret du 11 décembre 181 3. Il y eut là pur caprice du despotisme, car si Vedel n'était nullement répréhensible au sujet de la capitulation de Baylen, ses actes de

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désobéissance envers le général Dupont, causes évidentes de la catastrophe, n'en commandaient pas moins un examen sérieux de sa conduite militaire, examen que l'Empereur eût dû prescrire et dont il ne fut jamais question. Peut-être aussi, en le rappelant exceptionnellement à l'activité, Napoléon voulut-il le récompenser d'avoir dirigé contre le général Dupont des imputations, fort inexactes comme nous l'avons démontré, mais qui, sans plus ample informé, avaient été utilisées par le procureur général pour étayer son accusation. Au commencement du mois de juin 181/i, le général Vedel commandait la ire division de l'armée de Lyon, et c'est en cette qualité qu'il s'adressait, à plusieurs reprises, au ministre de la guerre Dupont, pour solliciter ses grâces et le prier de le recommander à la bienveillance du Roi, comme nous le verrons plus loin.

Le général Chabert avait, dans ses interrogatoires et sa correspondance, pris hautement la défense du général Dupont et affirmé que les officiers du Corps de la Gironde considéraient le général Vedel comme l'auteur du désastre de Baylen. Napoléon, qui, le sachant dans le plus grand dénuement, lui avait refusé, le 3i octobre 1811, le traitement de son grade, dont il ne touchait que le tiers, ne voulut jamais accueillir ses demandes d'être remis en activité. La conduite du général Chabert, dans les négociations de la Convention d'Andujar, avait été aussi irréprochable que celle de Desaix à El-Arisch, et de Kellermann à Cintra ; sans fortune et ayant à subvenir aux besoins de sa femme et de sa fille, il se trouvait dans une véritable misère. Il s'était retiré à Saint-Robert, près de Grenoble.

Nous avons vu que la conduite du général Legendre, dans les événements de Baylen, ne donnait pas prise à la plus légère critique, et nous avons montré comment, clans la mise en scène de la parade de Valladolid, l'Empereur, qui avait donné à Legendre l'ordre de se rendre au quartier impérial, lui avait reproché d'oser se présenter devant lui et de s'être déshonoré en signant la capitulation de Baylen, alors qu'il savait parfaitement que le général Legendre ne l'avait pas signée. Par décret du 11 février 1809, ce général avait été admis à jouir d'une solde de retraite de 2000 francs. Ayant demandé au major général, le 6 février 1810, à être remis en activité, un décret du 6 août 181 1 l'affecta à l'armée d'Italie, et il reçut, le ik octobre suivant, l'ordre de se rendre à Ancône pour se mettre à la disposition du général Barbou, commandant la 5e division militaire, qui lui confia le commandement du département du Musone.

De Milan, le 18 février 181 2, le comte Vignolle, chef de l'état-major général, lui prescrivit de se rendre sur-le-champ à Trente, et de là à Ratisbonne, pour rejoindre la i4° division du l\a Corps de la Grande Armée, dans laquelle il était destiné à servir sous les ordres du général comte Broussier. Le général Barbou, qui avait pu apprécier, en Andalousie, les hautes qualités de l'héroïque chef de la [\oe demi-brigade à Marengo, et s'était attaché à lui en raison même de l'inique traitement que lui faisait subir l'Empereur, lui transmit l'ordre du comte Vignolle, en l'accompagnant de la lettre suivante :

Ancône, le 20 février 1812.

A M. le Gal Legendre, cc-mm1 les départements du Musone et Tronto.

Général, je m'empresse de vous faire passer un ordre qui vous concerne, qui m'est arrivé par le courrier de ce jour. Tel regret que j'aie de vous l'envoyer, je présume qu'il remplira votre attente et vos désirs. Vous voudrez bien remettre votre commandement ainsi que les papiers

et documents nécessaires à M. le Major Ferret du 6e Rég1 de ligne. Je le charge d'envoyer à Fermo le chef de bataillon Grossi qui commandera provisoirement sous ses ordres le département du Tronto.

Recevez, général...,

Le général de division, G. Rarbou.

P. -S. — Comme j'espère, mon cher général, que vous vous donnerez au moins 24 heures, je vous engage à débarquer chez moi à Ancône ; nous vous donnerons gîte, pour le temps que vous voudrez nous donner.

Adieu, mon cher général, je vous embrasse cordialement.

G. Rarbou (1).

Le décret du Ier mars 181 2 invitant le ministre de la guerre à suspendre de ses fonctions le général Legendre et à lui donner l'ordre de se rendre à Paris, pour y être entendu par le procureur général et rendre compte de sa conduite en Andalousie, — ce qui avait déjà été fait dans l'interrogatoire de 1809, — le Vice-Roi d'Italie, en conséquence des instructions du duc de Feltre, prescrivit de diriger Legendre sur Paris. Le général Broussier, en lui communiquant cet ordre, lui écrivit ce qui suit :

Au Quartier Gal de Radeburg, le 5 avril 1812.

Mon cher Général,

J'éprouve le plus grand chagrin d'être obligé de vous envoyer les lettres ci-jointes. Depuis le peu de temps que nous servons ensemble vous m'avez inspiré de l'attachement, de l'estime et de la confiance. Je suis bien fâché pour mon compte de me séparer de vous. Je pense qu'arrivé à Paris il vous sera facile de vous justifier, et que vous serez de nouveau employé. Je désire bien que ce soit avec moi.

Je vous prie de recevoir la nouvelle assurance des sentiments que je vous ai voués.

Le Général de Division Comte Rroussier (2).

Arrivé à Paris, le général Legendre fut écroué, le 26 avril, à la maison d'arrêt de l'Abbaye, à la requête du procureur général de la Haute-Cour. Il subit plusieurs interrogatoires et n'eut pas de peine à prouver son innocence ; on le mit alors dans une maison de santé, sous la surveillauce d'un gendarme. Enfin, après plus de cinq ans de persécutions et de suspicions indignes, il fallut bien reconnaître sa parfaite irréprochabilité. Le 4 janvier i8i4, le comte Regnaud de Saint- Jean-d'Angely adressa à l'Empereur un Rapport, dans lequel il constatait qu'après avoir entendu les généraux La Grange et Liger-Belair et interrogé le général Legendre, il n'avait pu faire aucune preuve contre ce dernier. En conséquence, il priait Sa Majesté d'acquiescer à la demande de Legendre et de le rappeler à l'activité. Le général fut rétabli dans son grade par un arrêté de Monsieur, en date du 23 avril 181 4-

Le général Marescot resta éloigné de l'armée jusqu'à la chute de l'Empire ; un des pre-

(1) Arch. Guerre.

(a") Arch. Guerre.

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miers actes du général Dupont, ministre de la guerre, fut de le rétablir dans ses fonctions de premier Inspecteur général du Génie.

Le capitaine de Villoutreys fut nommé chef d'escadron le 27 janvier 18 15, sur la recommandation du prince de Neufchàtel, pour prendre rang du 20 août 1808, date de sa rentrée en France, le maréchal Berthier ayant certifié qu'il avait été autorisé par le gouvernement impérial à annoncer de l'avancement à M. de Villoutreys, à l'époque de son retour d'Espagne.

Cependant Napoléon, entraîné par sa prodigieuse activité, son besoin de gouverner, de tout soumettre, de tout régenter, au dehors comme au dedans de son Empire, était allé en Russie avec une immense armée, où Ions les peuples de l'Europe étaient confondus. Rien ne paraissait pouvoir résister à un tel effort : on n'avait pas compté sur le froid, qui coucha les bataillons, les régiments sur les grandes plaines glacées et recouvrit les vainqueurs du monde d'un immense linceul de neige dont les bossellements seuls indiquaient la place où ils s'étaient pour toujours endormis. Ce ne furent que des spectres, décharnés, aux yeux rougis, aux mouvements lents et incertains, affublés de loques lamentables, qui repassèrent le Niémen.

L'agonie de l'Empire colossal commençait. « L'Empire, — dit le grand Berryer, — reposait sur la parole de la victoire, et quand la victoire lui a été infidèle, l'Empire n'était plus. »

Après Lutzen et Bautzcn, l'Autriche entra en ligne, et ce fut la ruée de tous les peuples contre Napoléon. L'heure de la défaite avait sonné. Le cadre delà guerre s'était élargi, et il fallait maintenant faire face de toutes parts; victorieux à Dresde, l'Empereur voyait bientôt tous ses lieutenants battus, et, forcé de plier à Leipzig, dans la lutte des nations, il revint à Paris, laissant les armées coalisées franchir le Rhin et envahir le sol de la patrie.

Nous n'avons pas à retracer les dramatiques épisodes de cette campagne de France, où le génie incomparable de Napoléon renouvela les merveilles du début de sa carrière, en Italie. Il succomba sous le nombre, sous le flot toujours grossissant des envahisseurs, et, le 3o mars, Paris, opiniâtrement défendu pendant dix heures par 35 000 Français contre 1 10 000 Russes et Prussiens, était réduit à capituler pour éviter les horreurs d'une prise d'assaut.

Vers midi, Joseph avait quitté la capitale, avec l'Impératrice etle ministre delà guerre, en envoyant aux ministres, aux grands dignitaires et à toutes les autorités Tordre de s'éloigner immédiatement, par la route de Chartres. « Je devais m'y attendre ! — s'écria Napoléon, en apprenant l'évacuation de Paris ; — Joseph m'a perdu l'Espagne et il me perd la France... Et Clarke ! J'aurais bien dû en croire ce pauvre Rovigo, qui me disait que Clarke était un lâche, un traître, et de plus un homme incapable (1). » Pressentant

(1) M. Thiors. Histoire du Consulat et de l'Empire.

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qu'il allait avoir un rôle important à jouer à Paris, Talleyrand s'était hâté de profiter d'un incident qui avait fait refuser à son carrosse le passage de la barrière d'Enfer, et il était revenu au plus vite rue Saint-Florentin.

Le 3i mars, les souverains alliés firent leur entrée à Paris. L'Empereur Alexandre descendit à l'hôtel de la rue Saint-Florentin, semblant ainsi marquer qu'il attribuait au prince de Bénévent le premier rôle dans les événements qui allaient suivre. Il v eut immédiatement, dans le grand salon du premier étage, une réunion à laquelle assistèrent le czar, le roi de Prusse, le prince de Schwarzenberg, Talleyrand, Nesselrode, Pozzo diBorgo, le duc de Dalberg, le baron Louis et l'abbé de Pradt. La discussion s'ouvrit sur la préférence à donner à l'un des trois partis suivants : traiter avec Napoléon, adopter la régence de l'impératrice Marie-Louise, rappeler les Bourbons. Il était évident que Napoléon ne se résoudrait à signer la paix qu'avec l'intention de la rompre; avec Marie-Louise et le Roi de Rome, ce serait toujours l'Empereur qui gouvernerait sous leur nom ; il n'y avait donc de possible que le retour à la royauté légitime, et c'est ce que Talleyrand résuma en disant : « La République est une impossibilité ; la régence, Bernadotte, sont une intrigue ; les Bourbons seuls sont un principe. » Alexandre se rallia à cette manière de voir.

On rédigea alors une Déclaration par laquelle les souverains alliés s'engageaient à ne plus traiter avec Napoléon, ni avec aucun membre de sa famille, et l'on décida que le prince de Bénévent, muni de cette Déclaration, s'aboucherait avec les sénateurs restés à Paris, pour former un gouvernement provisoire, qui constituerait immédiatement un ministère et aviserait aux moyens de prononcer la déchéance de Napoléon.

Les sénateurs se réunirent le lendemain, icr avril, sous la présidence du prince de Bénévent, Vice-Grand Electeur. Après délibération, ils arrêtèrent : i° qu'il serait établi un gouvernement provisoire chargé de pourvoir aux besoins de l'administration et de présenter au Sénat un projet de Constitution; 2° que ce gouvernement provisoire serait composé de cinq membres. — Le Sénat procéda immédiatement à la nomination de ces membres, qui furent : Talleyrand, prince de Bénévent; Général Gle de Beurnonville, sénateur; marquis de Jaucourt, sénateur; duc de Dalberg, conseiller d'Etat; l'abbé de Montesquiou, ancien membre de l'Assemblée Constituante. — Le 3 avril, le Sénat décréta la déchéance de Napoléon et rendit un Arrêté portant nomination de Commissaires aux divers départements du ministère.

Talleyrand n'avait pas perdu le souvenir du Conseil d'enquête de 1812, et il avait pu apprécier l'iniquité ordonnée par l'Empereur à l'égard du général Dupont. Il s'était conformé à la volonté du maître, tout comme il l'avait fait au sujet des recommandations concernant le séjour en France du prince des Asturies, mais il en avait gardé une secrète rancœur. Il connaissait, d'autre part, la haute valeur du glorieux général de Pozzolo, de Haslach, de Diernstein, de Halle, de Braunsberg et de Friedland, l'admiration et le respect que l'armée avait pour lui et que le désastre de Baylen, dû aux fautes de Napoléon et du général Vedel, n'avait pu atteindre, si ce n'est dans l'esprit des courtisans et des ignorants. Aussi, lorsqu'il s'agit de donner le portefeuille de la guerre dans le nouveau ministère, proposa-t-il, sans hésiter, le général Dupont. De son côté, le czar se souvenait de Friedland et de la destruction de sa Garde par l'héroïque Dupont ; il savait la persécution indigne dont l'infortuné général avait été l'objet de la part de Napoléon ; et comme,

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en somme, il fallait, pour ce poste d'une importance si grande, un homme détalent, présentant toute garantie pour le nouvel ordre de choses, la désignation du général Dupont fut faite sans la moindre observation.

Le prince de Bénévent envoya aussitôt demander au général Dupont de Chaumont, frère aîné du général Dupont de l'Étang, s'il pensait que ce dernier accepterait le portefeuille de la guerre. Le général s'offrit à aller consulter son frère, et il partit immédiatement pour Dreux. Ayant accepté la proposition qui lui était faite, le général Dupont se rendit aussitôt à Paris auprès du gouvernement provisoire, qui lui donna, le 3 avril, l'ordre de prendre possession du ministère de la guerre et d'en réorganiser les bureaux, dont les principaux chefs avaient suivi le duc de Feltre, parti pour Blois avec ses collègues, accompagnant l'Impératrice.

On mit, dans les différents ministères, avec le titre de Commissaires délégués : le baron Louis, aux finances ; le comte Beugnot, à l'intérieur ; Laforest, aux affaires étrangères ; Malouet, à la marine ; Henrion de Pensey, aux cultes ; Bourrienne, aux postes ; Angles, à la police générale. L'abbé de Praclt, archevêque de Matines, fut nommé grand chancelier de la Légion d'honneur; le général Bicard eut le commandement de la placede Paris, et le général Dessolles, celui de la garde nationale.

Ce ne furent donc pas les Bourbons qui désignèrent le général Dupont pour le ministère de la guerre, comme on l'a généralement écrit. Talleyrand et l'empereur Alexandre le choisirent pour son grand talent universellement reconnu, son expérience, ses glorieux services, et l'intérêt qui s'attachait à sa personne par suite de l'inique traitement que Napoléon lui avait fait subir. Tout en reconnaissant hautement que les infortunes du général Dupont étaient imméritées, et que le jugement prononcé à son égard était celui de « la bassesse se ruant sur le malheur», M. Thiers s'est grandement trompé en affirmant que sa désignation à la guerre irrita Vannée. « Pour la guerre, — écrit l'éminent historien, — on céda trop à la passion du jour, et on fit une nomination qui avait malheureusement tous les caractères d'une réaction, en appelant à ce département le général Dupont, l'infortunée victime de Baylen. Dans les derniers temps on avait songé plus d'une fois aux brillants exploits du général Dupont pendant les années i8o5 et 1806, on avait plaint ses infortunes imméritées, et depuis que l'on commençait à blâmer Napoléon en secret tout en continuant de l'aduler en public, on avait dit à voix basse que le général Dupont avait été la victime désignée pour abuser l'opinion sur les fautes de la guerre d'Espagne. On crut à tort que ce choix, accusateur pour Napoléon, mais réparateur envers l'armée, plairait à celle-ci, et on ne comprit pas qu'au contraire il l'irriterait. M. de Talleyrand, l'un des juges du général Dupont, l'envoya chercher à Dreux où il était prisonnier. »

M. Thiers a omis d'expliquer comment, puisque le général Dupont était innocent et qu'il s'était illustré par de brillants exploits, son choix pouvait irriter l'armée. Si l'armée française en fût arrivée à considérer Dupont comme un homme méprisable, l'iniquité commise par l'Empereur n'en eût été que plus monstrueuse. Mais quoiqu'on en ail pu dire, cela ne fut pas ; ceux-là seulement s'irritèrent du choix du général Dupont, qui, ne voulant rien voir, rien savoir, s'en rapportaient uniquement aux violences de Napoléon, pour juger les hommes et apprécier les événements ; après Baylen et après la parodie de justice de 1812, les gens de cœur, tous ceux qui avaient vu Dupont sur les champs de bataille et I.i Générai I>i pon i III. — 35

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connaissaient sa droiture, sa bonté et son grand cœur, avaient parfaitement compris qu'il était une victime du despotisme, désignée, comme le reconnaît M. Thiers, pour abuser l'opinion et la détourner des fautes commises par l'Empereur dans la conception et la direction de la guerre d'Espagne. Et si l'on arguait de l'appréciation de tel ou tel personnage, il serait facile de répondre par le flot de chaudes félicitations qui arrivèrent au ministre Dupont, venant des chefs les plus considérables de l'armée, des braves officiers qui avaient servi sous ses ordres à Baylen, comme en Italie, en Allemagne, en Prusse, en Pologne, et dont l'un, non des moindres, traduisait, en i8i^,le sentiment général, en disant: « les militaires vous ont toujours bien aimé. » Nous ne parlons pas de l'appréciation des simples soldats, qui, ne pouvant remonter jusqu'aux causes, pouvaient être entraînés à englober Dupont dans leur aversion pour ceux qu'ils considéraient à tort comme les auteurs des malheurs de la partie : il n'est personne qui ne reconnaisse que ce fut l'ambition sans frein de Napoléon qui amena les étrangers à Paris et causa la ruine de la France, mais les soldats de i8i4 ne voulurent jamais voirdans ce grand désastre que l'effet d'une trahison ourdie par les royalistes et les émigrés.

Le duc Pasquier écrit, dans ses Mémoires : « On fit pour le ministère de la guerre un choix dont les conséquences ont été fâcheuses : le général Dupont était homme d'esprit, ayant joui longtemps d'une belle réputation militaire, mais sur lui pesait le souvenir de la capitulation de Baylen ; il aurait fallu, pour diriger l'armée dans de telles circonstances, un homme dont la réputation fût intacte et jouissant d'une grande autorité. » M. Pasquier ne connaissait de la capitulation de Baylen que ce qu'en avait dit Napoléon, et, parlant de la capitulation de Cintra, il émettait l'avis que celle-là « du moins était honorable»; et nous avons établi qu'elle est, au contraire, très répréhensible, tandis que celle de Baylen est une des plus honorables qui aient été conclues entre armées, dans des circonstances aussi critiques. Ce que le duc Pasquier ne dit pas c'est qu'il fallait, au mois d'avril i8i4, comme ministre de la guerre, surtout un homme de haute intelligence, de grand savoir et de labeur. A cette époque néfaste, les armées étrangères occupant Paris, et le gouvernement impérial étant reconnu impossible, l'armée se dissolvait, en quelque sorte, et s'en allait à la débandade sur les routes, les soldais désertant et rentrant dans leurs foyers; pas d'argent dans les caisses, plus de gouvernement, plus de lois, un effondrement de tout. Jamais situation pareille ne s'était présentée dans notre histoire, depuis Charles VII. Ecoutons l'éloquent et saisissant tableau qu'en trace le grand Berryer, le défenseur de Louis Napoléon :

Arrivé à l'adolescence sous cet immense établissement de l'Empire, mon imagination, ma jeune ardeur furent enthousiasmées de celte situation cpii portait si loin et si haut la grandeur du nom de la nation au milieu de laquelle j'étais né.

Ah! cela m'a séduit. J'étais bien impérialiste à dix-huit ans; j'étais bien impérialiste à vingt ans encore. Oh ! la gloire de l'Empire ! Je suis sorti du collège au bruit du canon d'Iéna : et quelle tète n'eût pas été enivrée alors ! Mais j'ai réfléchi ; j'étudiais alors, je commençaisà étudier; je me rendis compte un peu des conditions des gouvernements... J'ai commencé alors à comprendre, j'ai senti le despotisme et il m'a été odieux. Je n'ai pas attendu sa chute; j'ai ici des amis d'enfance, ils savent qu'avant la chute de l'Empire, je leur disais : « Vous ne vous rendez pas compte de votre gouvernement ; il est odieux, il est intolérable! La gloire ne couvre pas cela ! »

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Tu m'es témoin !

(L'orateur invoque du geste un membre de la droite. Ce mouvement oratoire produit une vive sensation. Tous les yeux se tournent vers M. de Grandville, qui répond à l'honorable M. Berryer par des signes réitérés d'affirmation.)

Eh bien, oui, j'ai senti le despotisme, et, pour moi, il a gâté la gloire. (Sensation.)

Et puis, j'ai vu l'infidélité de la victoire, j'ai vu l'étranger amené par nos revers jusqu'ici (Vorateur baisse la voix et semble indiquer du doigt les lieux qui environnent l'assemblée). J'ai vu tout un grand gouvernement, une immense puissance qui reposait sur un seul homme, disparaître, disparaître en un jour, disparaître parce que son épée était abattue, et qu'un jour, un seul jour, il n'était pas triomphant : plus de gouvernement, plus de lois ; tout s'anéantissait, tout partait avec un seul homme !

Oh! alors, j'ai compris que, malheur aux nations dont l'existence, dont le gouvernement, dont la Constitution a pour base ou la mobilité des passions populaires qui conduit aux hontes du Directoire, ou l'autorité immense du génie d'un grand homme qui conduit à d'éclatantes victoires, à d'immenses succès, mais aussi à d'affreux revers, à un anéantissement complet, à un effacement de tout ce qui constitue la société! Faire reposer la destinée d'un peuple sur la tète d'un homme, c'est le plus grand de tous les crimes. Ah ! j'ai compris alors la nécessité d'un principe. (Vive approbation. Applaudissements sur plusieurs bancs de la droite)(i).

Pendant que les Alliés s'emparaient de Paris, Napoléon avait concentré ses troupes entre l'Essonne et l'Yonne : son intention était de tenter un grand effort sur la capitale. Dans l'après-midi du [\ avril, après la parade passée à Fontainebleau, les maréchaux Ney, Lefebvre, Oudinot, Moncey le suivent dans son cabinet et lui déclarent nettement que le Sénat ayant prononcé sa déchéance, il doit donner son abdication ; ils affirment que personne ne consentira à livrer dans Paris une grande bataille qui ferait éprouver à la capitale le sort de Moscou. Macdonald, qui survient, partage cette manière de voir, et Napoléon lui demandant si son armée le suivrait dans un mouvement sur Paris, le maréchal répond: « Sire, n'y comptez pas. Si j'en donnais l'ordre à mes troupes, je courrais le risque d'être désobéi. » — « Sa visite à l'Empereur n'a d'autre but, dit Henry Houssaye, que de le sommer de faire la paix. » — L'Empereur avait, à ses côtés, Berthier, Caulincourt, Maret et Bertrand ; aucun n'éleva la voix pour protester contre les paroles des maréchaux. « Combien ce terrible silence, plus effrayant que toutes les récriminations, que toutes les menaces mêmes, dut étreindre le coeur de Napoléon ! Quelle douleur et quelle humiliation ! Dans Y Expiation, Hugo a montré la Bérézina et Waterloo, il a oublié Fontaiblcau(2). »

L'Empereur se décida à abdiquer en faveur du Roi de Rome, et il chargea Ney, Macdonald et Gaulaincourt de se rendre immédiatement auprès de l'empereur Alexandre, pour soutenir le droit de son fils et obtenir un arrangement laissant le trône à Marie- Louise et à sa dynastie. Marmont se joignit aux Commissaires de Napoléon, qui arrivèrent à l'hôtel Saint-Florentin dans la nuit du l\ au 5 avril, et furent aussitôt reçus par le czar, à l'exception du duc de R^guse. L'entretien dura jusque vers deux heures du matin, et les maréchaux n'étaient pas sans espoir, lorsqu'un aide de camp se présenta et apprit à l'Em-

(1) Berryer. Discours parlementaires ; i85i.

(2) Henry Houssaye. 1814.

pereur la défection du corps de Marmont : Alexandre dit alors qu'il avait besoin, pour prendre une détermination, de se concerter avec le roi de Prusse, son allié. La cause de la régence était irrévocablement perdue.

Ici se place un incident qui a été singulièrement grossi et dénaturé, dans le but de s'en faire une arme contre le général Dupont. Lorsque les commissaires prirent congé du czar, ils étaient fort animés ; se trouvant tout à coup en présence des membres du gouvernement provisoire et des ministres que Talleyrand avait mandés chez lui, « ils ne surent pas se contenir, dit M. Thiers, quoiqu'ils dussent bientôt donner eux-mêmes le spectacle qui les blessait si fort en cet instant. » Beurnonville s'étant approché de Macdonald pour lui adresser la parole: « Ne me parlez pas, monsieur, — s'écria le maréchal ; — je n'ai rien à vous dire ; vous m'avez fait oublier une amitié de trente ans ! » Puis, se tournant vers Dupont : «Quand à vous, monsieur, — reprit le maréchal toujours sur le même ton, — votre conduite à l'égard de l'Empereur n'est pas généreuse; j'avoue qu'il vous a traité avec sévérité ; peut-être même a-t-il été injuste envers vous pour l'affaire de Baylen ; mais depuis quand cherche-t-on à se venger d'une injustice personnelle aux dépens de son pays?(i)»

La passion politique aidant, — et l'on sait ce dont elle est capable, — on s'est volontiers représenté Dupont se courbant, blême et silencieux, sous la véhémente apostrophe de Macdonald, et Vaulabelle n'a pas craint d'écrire : « La voix du maréchal était haute, son attitude indignée ; la vue de tous les lâches, de tous les traîtres qui, pâles de peur, se pressaient autour de lui, révoltait sa loyauté. »

Quelle pitié! Voici des maréchaux qui, ayant reçu de Napoléon fortune, litres et honneurs, refusent de combattre encore et réclament presque insolemment son abdication ; ils savent bien que la régence est impossible, puisqu'elle ne serait qu'un simple paravent que l'Empereur ferait tomber d'une chiquenande ; et parce que deux d'entre eux, tout disposés à se rallier aux Bourbons, ont accepté de plaider auprès du chef de la coalition la cause de la régence de Marie-Louise, voilà qu'ils se croiraient des parangons de vertu et s'arrogeraient le droit de donner une leçon de dignité et de patriotisme à des hommes qui, dans cette disparition de toute autorité, de tout gouvernement, acceptent la difficile mission de réorganiser les services publics, l'armée, et d'arracher la patrie à l'abîme béant où elle semble devoir s'engloutir !

Dans ses Souvenirs, le maréchal Macdonald raconte ainsi cet incident: « J'avais, pour mon comple, accablé de reproches mes amis Beurnonville et Dupont qui avait le portefeuille de la guerre. Celui-ci avait avec raison beaucoup à se plaindre de Napoléon, qui l'avait fait juger par une commission de ministres et de conseillers d'Etat qui lui étaient dévoués, au lieu de le remettre à ses juges naturels, la Haute-Cour ou un Conseil de guerre, pour l'événement de douloureuse mémoire à Baylen. » — Les paroles prononcées dans le salon de l'hôtel Saint-Florentin n'étaient qu'une boutade, une appréciation du moment jetée ab irato par un homme très droit, souvent bourru, alors plein de son rôle et tenant à faire preuve de zèle, qui allait lui-même se rallier loyalement à la royauté,

(i) Mémoires de M. de Botirrienne.

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dont il resta le serviteur fidèle pendant les Cent-Jours. Les sentiments de Macdonald pour Dupont, son ami depuis 1784, ne subirent jamais la plus légère altération, et quelques jours après l'incident du 5 avril, il lui écrivait les lettres les plus affectueuses, notamment pour lui recommander le général Monnier qui avait été odieusement persécuté par l'Empereur^). A la mort du général Dupont, survenue le 9 mars 18/io, le maréchal Macdonald exprima sa douleur à la famille de son ami, en termes touchants, disant son vif chagrin que son éloignement l'ait mis dans l'impossibité « de rendre les derniers devoirs d'une amitié sans altération, de plus d'un demi-siècle (2) » . Ce fait seul suffirait à démontrer que Dupont fut toujours irréprochable : s'il eût une seule fois manqué au devoir, Macdonald, homme de droiture et d'honneur, se fût irrévocablement séparé de lui (3). Et cette fidélité d'attachement et d'estime envers le général Dupont fut partagée, comme une volumineuse correspondance en fait foi, parles généraux les plus éminentsde l'armée, par tous les hommes de cœur qui avaient pu approcher le plus illustre des divisionnaires de la Grande Armée, le glorieux vaincu de Baylen.

Dans la nuit du 5 au 6 avril, les trois plénipotentiaires de Napoléon étaient revenus à Fontainebleau, apportant la nouvelle que les Souverains alliés se refusaient à tout arrangement en faveur du Roi de Rome, et que Louis XVIII allait être proclamé par le Sénat. Ney et Macdonald déclarèrent à l'Empereur que son abdication pure et simple s'imposait : le prince de la Moskowa s'exprima presque brutalement, ne ménageant pas ses expressions et s'enhardissant jusqu'à reprocher à Napoléon son ambition sans frein, tout le sang versé, et sa conduite envers Dupont, qui l'avait servi avec tant de gloire et de dévouement. La défection de Marmont ayant enlevé onze mille hommes à la petite armée impériale, il ne restait à l'Empereur d'autre parti à prendre que de se retirer derrière la Loire ou d'abdiquer. Abandonné par ses maréchaux, par ceux-là mêmes qui venaient de rabrouer si sévèrement et si injustement les ministres du gouvernement provisoire, ne voyant autour de lui que mauvaise volonté, découragement et trahison ouverte à peine dissimulée, et ne jugeant pas la résistance possible, Napoléon se décida à abdiquer sans condition.

Dès que la nouvelle fut connue, le palais de Fontainebleau se vida comme par enchantement; Ney apporta à Paris, le 6 avril, l'abdication de l'Empereur; maréchaux et généraux, comblés de faveurs par le souverain déchu, se hâtèrent de le quitter et d'envoyer leur adhésion au nouveau gouvernement; ce fut comme une joute de vitesse dans le servi-

(1) Voir au Ier volume, à la fin du récit de la bataille de Marengo.

(2) Lettre du 11 mars i84o, au vicomte de Richemont, geudre du général Dupont ; communiquée par M. le comte Desbassayns de Hicbemont, petit-fils du général.

(3) Le fait suivant montre de quelle autorité le maréchal Macdonald, si longtemps disgracié par Napoléon, jouissait dans l'armée. Lorsque le général Drouot comparut, au mois d'avril 1816, devant un Conseil de guerre chargé de juger sa conduite pendant les Cent-Jours, le duc de Tarente vint se porter garant de son honneur. 11 le fit en de tels termes, que Drouot, en proie à une émotion qui ne lui permettait pas de parler, écrivit fiévreusement ces quelques lignes, lues immédiatement par son défenseur, Girod de l'Ain: « Je ne sais comment exprimer toute la reconnaissance que j'éprouve, pour la déposition que M. le maréchal vient de laire en ma faveur. Tous mes vœux sont exaucés, puisque je possède l'estime du plus loyal des guerriers de France. » — Cette estime, Dupont la posséda, doublée d'une grande affection, pendant cinquante-six ans, et sans altération, comme le dit lui mémo Macdonald Qui n'y verrait la consécration d'un honneur sans tache? Assurément la garantie du plus loyal des guerriers de France pèse d'un poids plus grand dans la balance de la justice et de l'honneur, que les accusations, les outrages et les violences de Napoléon.

55o LE GÉNÉRAL DUPONT

lisme, chacun craignant d'être devancé auprès de Son Excellence le ministre Dupont, dans les protestations de dévouement au Roi ! Et, fait réellement inconcevable, l'opinion s'est montrée indulgente et oublieuse au sujet de ces honteux abandons, provoqués par de misérables calculs d'intérêt, tandis qu'elle a poursuivi de ses rigueurs implacables et de ses imputations mensongères le général Dupont, qui, outragé, emprisonné et indignement persécuté par Napoléon et ne lui devant qu'une haine bien justifiée, avait accepté de servir ce Roi qui lui rendait son épée et vers qui se ruait la cohue des généraux titrés et dotés par l'Empereur !! Doit-on croire, avec Chamfort, que « l'opinion est la reine du monde, parce que la sottise est la reine des sots » ?

La popularité, c'est la grande impudique

Qui tient dans ses bras l'univers, Qui, le ventre au soleil comme la nymphe antique,

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