ORDRE DU JOUR
« L'Ordonnance du Roi et la Proclamation de Sa Majesté du 6 de ce mois annoncent aux Français le nouvel attentat de Buonaparte à la paix et au bonheur dont ils jouissent sous le Gouvernement paternel de leur Souverain légitime et justement chéri ; mais elles annoncent en même temps le châtiment prochain de ce nouveau crime. Déjà nos troupes sont à la poursuite de son auteur, et tout doit faire espérer qu'il touche au terme de sa funeste existence. Cependant si cette espérance était un instant déçue, si les desseins perfides de Buonaparte trouvaient des partisans assez nombreux pour en seconder l'exécution, quel est l'homme d'honneur qui hésiterait à les combattre ? Tous les Français seront donc prêts, s'il le faut, à repousser leur ennemi ; car c'est l'homme qui a tyrannisé, désolé et trahi la France pendant douze ans, qu'il faudrait poursuivre, ainsi que les satellites qui l'assisteraient dans ses brigandages ; c'est l'honneur national, le Roi, la Charte constitutionnelle, la Patrie enfin qu'il faudrait défendre.
« Soldats ! vos sentiments me sont connus, et si nous sommes appelés à concourir à la destruction des factieux, nous remplirons nos devoirs, nos sermons, et notre auguste et bon Roi sera satisfait de nos services.
« Au Quartier général à Sedan, le 10 mars i8i5.
« Le maréchal de Bellune. »
moments difficiles où nous nous sommes trouvés ; je puis vous assurer qu'il m'a rendu de véritables services. Sans aucune fortune, ou pour mieux dire n'ayant à peu près pas de quoi vivre, il a néanmoins servi sans appointements, et je vous assure qu'il a payé de sa personne avec beaucoup de bravoure. Il s'est acquis l'estime et l'amitié des chefs avec lesquels il a servi ; et sous tous ces rapports il mérite que le gouvernement ait égard à sa position.
Il me semble qu'il serait de toute justice de lui rendre son état, soit pour être employé, soit pour obtenir une retraite dont il a le plus grand besoin.
Je fais partir aujourd'hui les adhésions de toutes les troupes sous mes ordres, aux actes du gouvernement provisoire.
Je vous embrasse de tout mon cœur.
Votre bien véritable ami.
Gte Marchand.
Le général Chabert fut replacé en activité par Ordonnance du 3 juin 181/i, puis mis à la retraite par le maréchal Soult, le i!\ décembre suivant, pour ancienneté de service, quoiqu'il fût âgé seulement de cinquante-six ans. Il s'était alors retiré de nouveau à Saint- Robert, en protestant contre la mesure prise à son égard. C'est là que, le 7 mars 1810, Napoléon lui avait envoyé un officier pour lui ordonner de se rendre auprès de lui. « Je ne le vis que le lendemain 8, — écrivait le général Chabert au ministre de la guerre le 17 août 181 5. — Après une explication assez longue et assez vive sur la manière injuste et arbitraire dont il m'avait traité, il finit par me dire que j'avais raison, que tout était oublié, qu'il me dédommagerait de ce qu'il m'avait fait souffrir, qu'il me réintégrerait dans mon grade. » Et de fait, l'Empereur le nomma général de division le 17 avril (1). Etait-il possible de reconnaître d'une manière plus éclatante, que la condamnation de 18 12 constituait une iniquité, une monstrueuse parodie de justice ? Et à peine arrivé à Paris, Napoléon allait recevoir dans ses bras ce général Marescot, qu'il avait traité avec une révoltante injustice et une inimaginable cruauté, le proclamant déshonoré et allant jusqu'à chasser, de ce fait, Mme Marescot des Tuileries. Le i!\ mars, en effet, le maréchal Davout lui adressait la lettre suivante :