‹ Le général DupontChapitre 79 sur 90 · MM · texte numérisé non relu

MM

Baron.. . . Major, du 18e de Dragons.

Dubois. . . Capitaine, du 19e id. Martin. . . id. du 18e id.

6o6 LE GÉNÉRAL DUPONT

Escarfail. .

Lieutenant,

du 22e

de Dragons

Marignol..

id.

du 18e

Ancelin. .

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du i4e

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Collas..

Sous-Licut1

du 19e

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Rocourt. .

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du rne

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Séeuier. .

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du 18e

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Fontenay.

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du 22°

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Souilhagon. .

du i3e

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Salazard. .

id.

du i3e

id.

Plusieurs jours avant ce malheureux événement, des personnes de Lebrija, qui prenaient quelque intérêt à moi, m'avaient fait prévenir de ne pas sortir de mon logement, pouvant y avoir du danger pour ma sûreté.

i3 décembre. — Après avoir resté jusqu'à cette époque dans le même cachot, où nous n'avions pour tout lit que des couvertures en laine, que notre geôlier nous avait données par compassion, nous sommes retirés de cet horrible lieu pour être conduits, avec le restant de ma Brigade, à Puerto-Sta-Maria. Arrivés sur une éminence à une demi-lieue de la ville, on nous fait faire halte, et à la nuit close, nous entrons dans cette ville où l'on nous renferme dans un couvent qui servait déjà de prison à une partie de notre malheureux Corps d'armée.

17 décembre. — Je suis tiré de ma prison de Puerto-Sta-Maria, avec mon aide de camp et un seul domestique, et l'on nous conduit au fort S'-Sébastien, à la pointe de Cadix, où étaient déjà renfermés les officiers de marine provenant de l'Escadre française aux ordres de M. Rosily, rendus par Capitulation le il\ juin dernier.

An 1809.

22 janvier. — Mouvement populaire à Cadix ; plusieurs officiers polonais périssent par le fer des Espagnols, dans cette émeute.

5 février. — On me conduit, ainsi que les officiers de marine, à bord du ponton La Fortune, mouillé dans la baie de Cadix.

Nouveaux tableaux de désolation. Les Espagnols entassent sur neuf pontons l'armée du général Dupont. Là, les besoins de toute espèce assaillent ces victimes de la barbarie espagnole ; le manque d'eau, de subsistances, et la malpropreté amènent des maladies contagieuses auxquelles on n'apporte aucun remède. Un seul ponton, Y Argonaute Vencedor, voit périr près de 800 de ces infortunés dans le même mois.

18 mars. — Dans la nuit dernière MM. Martininq, Bouron, Billette, Capitaines de vaisseau; Vattier, Malette, Capitaines de frégate ; Lhuilier et Albert, Lieutenants de vaisseau, s'évadent du ponton La Fortune, à bord d'un contrebandier qui les conduit à Tanger.

28 mars. — Quatre mille cinq cents hommes, quelques officiers généraux et supérieurs, des officiers des troupes de terre et tous ceux de la marine sont embarqués sur seize Transports pour être conduits aux Iles Baléares.

3 avril. — Nous appareillons, et le convoi, au nombre de seize Transports, fait voile pour les Des Baléares, sous l'escorte des vaisseaux de ligne anglais, le Bombay et le Norchem, de la frégate Y Embuscade et du Brick le Gross Schoper ; la frégate espagnole La Cornélie, sur laquelle sont les officiers supérieurs, commande le convoi.

5 avril. — Le Convoi entre dans la Méditerranée et reçoit un coup de vent qui le disperse.

G dudit. — Tous les bâtiments du Convoi, à l'exception de 3 Transports, relâchent à Gibraltar.

1 1 dudit. — Le Convoi remet à la voile pour Majorque.

i3 dudit. — Les trois transports qui manquaient depuis le G, avaient relâché à Malaga ; ils rejoignent le convoi à la hauteur de cette ville.

18 dudit. — En vue de Palma. La (régate La Cornélie, au lieu d'entrer dans la baie de

Palma, se jette par erreur entre le cap Blanc et celui des Salines ; ne pouvant doubler le cap Blanc, à cause des vents, elle gagne au large en passant entre le cap des Salines et File de Cabrera .

21 avril. — La frégate La Cornélie et deux Transports seulement entrent dans Mahon : mais le capitaine reçoit bientôt de l'amiral anglais qui commande dans ce port, avec quinze vaisseaux de tout rang, l'ordre de continuer sa marche sur Majorque ; nous remettons à la voile, nous rejoignons en mer le convoi et nous cinglons vers Majorque. Les deux transports qui étaient entrés avec La Cornélie dans le port de Mahon, y restent.

ik dudit. — Le Convoi mouille à Palma.

26 dudit. — Le capitaine de la frégate (M. Arias) nous annonce que 2 000 prisonniers français, au nombre desquels sont compris tous les officiers supérieurs, doivent partir le lendemain pour Taragone où ils doivent être échangés. En conséquence je passe de la frégate La Cornélie à bord du Transport La Pastora.

3 mai. — ■ Après sept jours d'attente, notre échange, s'il en fut jamais question, est suspendu et l'on me débarque au lazaret de Palma, avec les officiers supérieurs. Quant aux officiers particuliers, sous-officiers et soldats, ils seront transférés à Cabrera, île déserte, à dix lieues de Palma.

21 dudit. — A deux beurcs du matin, je pars du Lazaret et suis conduit, ainsi que mes compagnons d'infortune, au quartier Bourbon, caserne à l'entrée de Palma, et l'on nous y constitue en détention.

5 juin. — A quatre beures de l'après-midi, un rassemblement assez considérable se forme sous les fenêtres de la caserne et nous adresse bientôt après des injures, des menaces, et des pierres ; nous ignorons le motif de ce tumulte. Le capitaine espagnol de garde à la caserne sort pour s'en informer, et revient bientôt après portant une feuille de papier, qui était tombée de la caserne dans la rue, et sur laquelle étaient barbouillées au crayon quelques figures insignifiantes, que cette populace, excitée par un prêtre, regarde comme des injures adressées à la religion. Le tumulte s'accroissant, la garde est obligée de prendre les armes pour dissiper cet attroupement.

19 juillet. — MM. les officiers de marine et autres officiers de troupe, détenus dans l'Ile de Cabrera, sont enlevés de cet affreux désert ; une partie est conduite à Mahon, et l'autre amenée dans notre caserne. Ces officiers nous apprennent cpie nos malbeureux soldats dévorés de gale, de vermine et de fièvres invétérées, sont abandonnés à l'inclémence des saisons, au manque d'eau et à la privation absolue de tous moyens de guérison. De fortes remontrances sont faites à plusieurs membres de la Junte supérieure de Palma, sur la position déplorable de ces infortunés soldats, mais sans aucun succès.

a3 août. — A trois heures du matin, plusieurs envoyés de la Junla supérieure de Palma viennent me prendre avec les autres officiers supérieurs et nous conduisent dans le château de Belvcr, à deux milles de la ville, où, après la fouille la plus indécente et l'enlèvement de tout l'argent et argenterie qui nous restait, on me confine, avec M. le GaI Dufour, dans une chambre dans laquelle nous sommes gardés au secret le plus rigoureux.

29 septembre. — Départ du président delà Junta supérieure de Palma (le comte d'Ayamonle) pour Séville.

1'"' octobre. — ■ Une lettre d'un prisonnier français détenu h Cabrera me donne les détails suivants sur la position des prisonniers dans cette île :

« A leur arrivée dans l'île de Cabrera, les prisonniers, au nombre d'à peu près (5 000 hommes, n'ont reçu, pour se mettre à couvert, qu'une cinquantaine dé tentes : ainsi la plus grande partie a été obligée d'aller chercher des abris dans le creux des rochers, où l'humidité, le manque d'eau et la mauvaise nourriture ont fait naître parmi eux les maladies dont ils portent le germe, des pontons de Cadix, et qui, jusqu'à présent, en ont déjà fait périr plus de 2 000. Il es! des jours où il meurt jusqu'à 3o prisonniers. Une vallée étroite leur sert de cimetière, mais comme on se refuse à nous fournir les instruments nécessaires pour creuser des fosses, les cadavres sont à peine couverts de quelques pouces de terre : les pluies de la saison, qui tombent et s'amon-

cellent par torrents dans celte vallée, exhument les restes de ces misérables victimes etcliarroient journellement à notre vue des ossements et des cadavres à demi consumés, dont l'aspect et l'odeur infecte sèment parmi nous la désolation et la mort. Les aliments que les prisonniers reçoivent tous les quatre jours (la viande et le vin rigoureusement exceptes) sont en si petite quantité que sur quatre jours ils en jeûnent un complètement. Il y a quelques jours, une tentative d'évasion, laite par quelques marins et sous-officiers, a été punie et expiée par tout le camp, par six jours entiers de privation absolue de vivres ; les soldats ont été réduits à dévorer des lézards et à manger de l'herbe. Plusieurs sont tombés morts en allant chercher le pain que l'on distribuait le septième jour de cette famine. Des émanations infectes en ont fait découvrir beaucoup d'autres qui, n'ayant pas eu la force de se traîner à la distribution, ont expiré de faim dans leurs grottes. Les prisonniers sont sans souliers, sans habits, et ressemblent moins à des hommes qu'à des squelettes ambulants. »

9 octobre. — Je hasarde une lettre au commandant du château de Belver, dans laquelle je me plains amèrement des traitements inhumains exercés sur les prisonniers à Cabrera, et je m'efforce d'exciter son humanité en leur faveur, auprès de l'autorité.

28 dudit. — Je reçois une lettre de M. Desbrull, par laquelle il m'annonce qu'à sa sollicitation, la Junta supérieure de Palma a permis aux prisonniers d'écrire à leurs familles, en France. Ce monsieur Desbrull, membre de la Junte, est ebargé par son Gouvernement de tout ce qui a rapport aux Français détenus dans les lies Baléares.

Ier novembre. — Je réponds à M. Desbrull, pour le remercier de l'intérêt qu'il a bien voulu prendre au sort de mes compagnons d'infortune, en demandant pour eux la permission d'écrire à leurs familles. Je saisis cette occasion pour solliciter auprès de lui quelque changement favorable dans la situation des prisonniers qui sont à Cabrera ; je lui peins les privations, les traitements qu'on leur fait éprouver, comme contraires à la religion, à l'honneur et à la loyauté, et surtout à la Capitulation, qu'on viole à notre égard d'une manièi'e aussi abominable. Je lui peins l'impolilique, la barbarie de ces traitements cl la différence de ceux que les prisonniers espagnols éprouvent en France ; je l'invite fortement à arracher de Cabrera les malheureuses victimes qu'on y a jetées et à les renfermer dans la ville, dans des casernes qui les mettent à l'abri des injures de la saison.

3 novembre. — Réponse de M. Desbrull à ma lettre du Ier novembre, dans laquelle il m'annonce avoir envoyé des ouvriers à Cabrera pour y construire des baraques pour les malades, ainsi que des médicaments pour leur guérison. Il termine en m'invitant de n'entrer avec lui dans aucun détail politique, sur lesquels la prudence commande de garder le silence.

8 dudit. — J'écris de nouveau à M. Desbrull ; je l'entretiens toujours de la situation accablante de mes compagnons d'infortune sur l'île de Cabrera, comme contraire à la bonne foi, à l'honneur, à la probité. J'insiste toujours fortement pour que les prisonniers soient retirés de Cabrera, vêtus et mis à couvert, en le remerciant des soins qu'il s'est déjà donnés pour eux. Je l'engage à faire part de ma demande à l'autorité pour obtenir l'évacuation des prisonniers de l'île de Cabrera, comme le seul moyen de mettre un terme aux maux qui les assaillissent.

9 dudit. ■ — -M. Desbrull m'annonce qu'il a enfin obtenu que les prisonniers détenus à Cabrera seraient tous transférés à Palma dans des casernes disposées à cet effet.

1 1 dudit. — J'adresse à M. Desbrull une lettre de remerciements pour l'intérêt qu'il a bien voulu prendre en apportant le changement favorable qu'il m'annonce dans la situation de mes malheureux compatriotes jetés dans l'île de Cabrera.

17 dudit. — M. Desbrull m'annonce l'arrivée prochaine de tous les malades de Cabrera, dont le nombre s'élève à plus de quatre cents.

19 dudit. — Nouvelle lettre de remerciements de ma part et nouvelles instances déterminer promptement cet acte de justice et d'humanité, l'évacuation de tous les Français jetés dans le désert de Cabrera.

3 décembre. — Ne voyant pas du château de Belver arriver les prisonniers de Cabrera, je me plains à M. Desbrull de la négligence que l'on apporte à transférer à Majorque ces malheureuses

victimes. Je lui réitère mes prières pour ôter ces prisonniers d'un lieu où la rigueur de la saison va nécessairement les faire tous périr.

8 dudit. — Réponse de M. Desbrull à ma lettre du 3 décembre dans laquelle il rejette sur la Junte centrale le mauvais principe qui a établi Cabrera pour lieu de détention des prisonniers français, et me mande qu'il cherche au moins par tous les moyens possibles à en arracher les malades ; mais que n'ayant aucune autorité ni aucun commandement, ses facultés se bornent à consulter et à obéir.

An 1810.

6 janvier. — La porte de notre prison s'ouvre et l'on nous annonce que la Junta supérieure a bien voulu nous permettre d'aller à la messe qui se dit tous les dimanches dans la chapelle du château; cette circonstance nous met à même d'embrasser nos compagnons d'infortune, dont nous étions séparés depuis le 23 août dernier.

10 dudit. — La porte de communication avec MM. les officiers supérieurs est ouverte, et nous pouvons maintenant nous voir à chaque instant de la journée.

i3 février. — Un nouveau Capitaine Général arrive aujourd'hui (M. le comte Hcrredia) et fait son entrée en ville au milieu des salves de l'artillerie de la place.

i5 dudit. — Trois bâtiments de transport entrent en rade ; ils sont chargés de 5oo prisonniers français, au nombre desquels se trouvent MM. les généraux Franccschi, Delanne et Wonderweith, deux colonels et quelques officiers.

20 dudit. — La Junte supérieure de Palma ayant décidé que les prisonniers français, arrivés le i5, ne seraient pas reçus dans l'île, les transports qui les conduisent remettent à la voile et font route vers l'Ouest.

9 mars. — Nous apprenons que deux prisonniers, que l'on nous avait dit être Espagnols, et qui avaient été conduits dans la grande Tour de notre château le 22 janvier dernier, sont MM. Romain et Lanusse, consuls français résidents à Carthagène et Valence.

12 dudit. — Entre onze heures et midi, nous voyons, du château de Belvcr, un grand rassemblement de peuple sur le port de Palma. Il se porte à la caserne où sont renfermés les officiers français ; nous entendons plusieurs décharges de mousqucleric, le peuple se disperse. Peu de moments après, il se réunit et assiège de nouveau la caserne. Nous voyons sortir de la ville une vingtaine de Français qui sont poursuivis par le peuple ; plusieurs tombent sous le fer des assasins ; d'autres se jettent à la mer et se sauvent dans des barques où ils sont accueillis. Nous voyons une colonne assez considérable de Français qui sort de la caserne ; on les conduit par les fortifications dans lesquelles ils descendent ; ils en sortent par une poterne et sont amenés sur le port. Le peuple, à la rage duquel on veut sans doute les soustraire, paraît sur les fortifications et les accable de pierres. Pour échapper à la fureur des assassins, les Français se lancent à la mer, mais des barques arrivent heureusement à leur secours et les sauvent. Une autre colonne de Français sort par la porte de la ville qui donne sur le port ; le peuple la poursuit. Ces infortunés n'ont d'autre ressource (pic celle de se lancer à la mer, où des barques vont les recueillir.

Nous ignorons la cause de tous ces événements malheureux. Depuis quelques jours, des lettres de nos compagnons d'infortune nous avaient annoncé qu'il devait y avoir à Palma une insurrection ou révolte parmi Les habitants, et que la Junta supérieure avait fait prévenir les Français détenus au quartier Bourbon de se tenir prêts à partir pour Cabrera.

i3 mars. — A cinq heures du matin, nous voyons encore dans la rade les barques sur lesquelles sont les officiers français. Il paraît qu'on leur porte des vivres, car d'autres barques en I mirent les leurs.

i4 dudit. — Nous ne voyons plus les barques qui portent nos malheureux compagnons d'infortune. L'on nous dit qu'ils ont été conduits à Cabrera.

i5 dudit. — Ce matin à deux heures, M. le général Exclmans, M. le colonel de Lagrange, M. le chef d'escadron Rosetti sont amenés, de la prison de la ville où ils étaient détenus, au chà-

teau de Bel ver. Ce jour, on nous ouvre les portes de nos appartements et nous recevons la permission de nous promener sur la plate-forme du château, depuis sept heures du matin jusqu'à la retraite.

16 dudit. — La porte de la prison où sont détenus MM. les consuls Lanusse et Romain, est ouverte, et nous avons le plaisir de les visiter.

17 dudit. — Nous recevons de Cabrera quelques détails sur les événements du 12 mars. Depuis longtemps on travaillait ouvertement le peuple, pour le porter à égorger les prisonniers français. Dans la matinée du 12 mars, une barque arrivée de Tarragone, débarqua deux Capucins et plusieurs religieuses. Un rassemblement se forma autour d'eux, et sur le récit que faisaient ces religieux des prétendus excès commis en Espagne par les troupes françaises, la populace jeta, en passant sous les fenêtres du quartier, des pierres aux prisonniers français ; une de ces pierres retomba par ricochet et frappa, soi-disant, une des religieuses débarquées, qui en fut blessée à la tête. La malveillance changea aussitôt cet événement naturel en dessein prémédité de la part des prisonniers français. Alors le quartier fut aussitôt entouré par le peuple, des cris de mort se firent entendre de tous côtés; plusieurs de ces furieux vinrent avec des pièces de canon qu'ils braquèrent contre la caserne. La garde prit, les armes, la garnison arriva. Le peuple se mit en devoir de désarmer la garde du quartier, qui fut obligée de faire feu sur ces furieux. Quelquesuns restèrent morts sur la place ; les autres prirent la fuite, mais revinrent bientôt après.

M. Desbrull, MM. les généraux Herrcdia et Reding se portèrent au quartier ; la milice bourgeoise prit les armes; M. l'Évèque, à la tète de son clergé, et plusieurs communautés de moines portant les reliques de la religion, arrivèrent également et entourèrent le quartier. Ils tâchèrent par leurs discours, de ramener le peuple à la tranquillité ; ce fut alors qu'on ordonna la sortie des prisonniers. Les uns passèrent par une porte de derrière qui donnait sur le rempart, et descendant dans les fortifications, furent amenés sur le port où des barques vinrent les recueillir ; d'autres sortirent par la porte principale et se mirent en marche au milieu d'une haie d'ecclésiastiques avant M. l'Évèque à leur tête. Vaines précautions ! à la vue des prisonniers, la populace força toutes les barrières qu'on avait opposées à sa férocité, et fondit sur les prisonniers qui cherchèrent leur salut dans les flots. L'on avait fait préparer des barques pour les recevoir ; par un bonheur extraordinaire, aucun de ces malheureux n'a été noyé; quatre ont péri par le fer des assassins, et soixante à quatre-vingt ont été blessés. Le i3 au soir, ils furent tous conduits à Cabrera où ils arrivèrent après deux jours de navigation. Tels sont les événements du 12 mars; de semblables ont eu lieu à Mahon et Iviça presque au même moment.

5 avril. ■ — J'écris à M. Desbrull pour lui demander un entretien touchant le sort des prisonniers français.

7 dudit. — M. Desbrull me répond que la chose n'est pas possible, mais que je peux lui écrire tout ce que je jugerai convenable sur ce point.

22 dudit. — J'écris de nouveau à M. Desbrull, et après lui avoir rappelé encore l'inhumanité des traitements qu'on ne cesse de faire éprouver aux Français détenus dans les îles Baléares, l'état de dénuement et de nudité dans lequel on les laisse, je lui fais part de l'intention que j'ai d'habiller les dragons qui faisaient partie de ma brigade ; mais comme la Junta supérieure de Palma a jugé convenable de me faire prendre le peu d'argent que j'avais été obligé d'emprunter pour mes besoins, j'offre des traites sur la trésorerie impériale à Paris, pour acquitter le montant des achats cpie je me propose de faire, et je termine en réitérant à M. Desbrull la demande que je lui ai déjà faite d'un entretien avec lui.

25 dudit. — Réponse de M. Desbrull à ma lettre du 22, dans laquelle il se plaint que l'arrivée d'un nouvel intendant lui a ôtéla faculté d'améliorer le sort de mes compatriotes, et que déjà l'ordre est donné pour renvoyer à Cabrera tous les malheureux qu'il avait fait venir à Palma. Quant à mes vues pour l'habillement des dragons de ma brigade, elles se trouvent paralysées par le défaut de communication avec la France.

18 mai. — Nouvelle lettre de ma part à M. Desbrull, relative à l'habillement des dragons de ma brigade.

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