ARTICLE PREMIER
Le général Marescot, au même moment qu'il a signé cette infâme capitulation, s'est rendu indigne de la place d'Inspecteur général du Génie et de faire partie de ce brave Corps.
Il est, en conséquence, destitué, et notre Ministre de la Guerre nous présentera au prochain travail un général du Génie pour le remplacer.
Notre Ministre de la Guerre est chargé de l'exécution du présent décret.
Tous les gens de cœur ont protesté contre cet horrible décret, fondé sur ce que Taine appelle un mensonge utile, et qui est accablant pour son auteur ; toute la gloire d'Austerlitz ne nous empêchera pas de dire que c'est là qu'est la honte de Baylen. En commettant cet acte odieux, l'Empereur savait fort bien que le général Marescot n'avait, pas plus que Desaix et Belliard, Serurier et Rosily, manqué à l'honneur, et il le fît bien voir en le recevant dans ses bras à son retour de l'île d'Elbe et en lui disant : L'affaire d'Espagne est oubliée (1). — Mais là ne devaient pas s'arrêter l'injustice et la cruauté de Napoléon; il jugea convenable à ses desseins, et avant tout examen des événements d'Andalousie, de chasser des Tuileries Mme Marescot, et chargea Mmc de La Rochefoucauld de cette mission, par la lettre suivante :
A Madame de La Rochefoucauld, dame d'honneur de l'Impératrice, à Paris.
Saint-Cloud, 6 septembre 1808.
Le général Marescot s'étant déshonoré en attachant son nom à une infâme capitulation, ce qui m'a contraint à lui ôter toutes ses charges et emplois, dans cette situation de choses, il est impossible que madame Marescot continue à être dame du Palais, quelque innocente que soit cette dame et quelque mérite qu'elle ait d'ailleurs. Je désire donc que vous lui fassiez demander sa démission, en portant dans cette démarche tous les adoucissements qu'il vous sera possible (2).
(1) Comme nous le verrons plus loin, Napoléon, dès son retour de l'île d'Elbe, fît écrire par Davout au général Marescot, le 23 mars i8i5, que tout était oublié, qu'il pouvait revenir à Paris et serait employé dans son grade de lieutenant général. N'était-ce point proclamer que jamais le général Marescot n'avait manqué à l'honneur P
(2) Au retour de l'île d'Elbe, Mmc Marescot fit tous ses efforts pour empêcher son mari d'aller voir l'Empereur; ce fut en vain. Napoléon reçut le général Marescot avec effusion, l'embrassa et lui dit que l'affaire d'Espagne était oubliée. Le général s'était battu avec Bonaparte, au siège de Toulon, et lui avait donné un coup d'épée. Pendant les Cent-Jours, il fut employé, comme inspecteur du génie, dans l'Argonne et les Vosges.
Avant de partir pour Erfurt où il voulait se rencontrer avec Alexandre, afin de frapper les esprits par le spectacle de son intimité avec le puissant Empereur de toutes les Russies et de s'assurer, en intimidant l'Europe, toute liberté d'action en Espagne, Napoléon se décida à ordonner l'arrestation des généraux Dupont, Marescot, Chabert, Vedel, et du capitaine de Villoutreys. Le 8 septembre, il adressa au ministre de la guerre la lettre suivante :
Saint-Cloud, 8 septembre 1808.
Monsieur le général Clarke, je vous envoie une relation extraite des gazettes de Madrid sur l'affaire du général Dupont, ainsi que deux lettres relatives à la même affaire ; vous les joindrez aux pièces. Je crois nécessaire que vous fassiez arrêter le sieur Villoutreys, que vous fassiez mettre les scellés sur ses papiers et que vous en fassiez faire le dépouillement, Vous le ferez conduire dans une prison militaire, où il sera détenu jusqu'à nouvel ordre et jusqu'à ce que les affaires se décident. Vous donnerez l'ordre que les généraux Dupont, Marescot, Chabert ou Vedel, venant à débarquer sur un point quelconque de la côte de France, soient arrêtés, mis en prison, et que le scellé soit mis sur leurs papiers. Vous trouverez ci-joint un décret que vous notifierez au Corps du Génie, sans le faire imprimer.
Napoléon.
Le lendemain, il écrit à nouveau au ministre de la guerre pour lui envoyer les questions à poser au général Marescot ; sa lettre est ainsi conçue :
Au général Clarke, Ministre de la Guerre.
Saint-Cloud, 9 septembre 1808.
Vous ferez arrêter le général Marescot, qui seul sera conduit à Paris dans une prison militaire, où il sera tenu au secret. Ses aides de camp seront arrêtés séparément. Les scellés seront apposés sur les papiers de tous, qui vous seront adressés. Quand le général aura été séparé de ses aides de camp et les aides de camp séparés entre eux, vous ferez faire au général l'interrogatoire ci-joint, qui vous sera remis signé de lui et de la personne que vous chargerez de l'interroger. Vous ferez subir à peu près le même interrogatoire à chaque aide de camp.
Interrogatoire à faire subir au général Marescot.
Première question. — Où étiez-vous le i3 juillet, le i4> le i5, le 16, le 17, le 18 et le 19?
2' — Comment ne vous êtes-vous pas aperçu que l'ennemi marchait, manœuvrait sur vos derrières, puisque, depuis le i3, le général Belair était attaqué au point de Mengibar et que, le 1 6, il était en retraite ?
3e — Pourquoi, au lieu de marcher tous réunis le r(> sur Baylen, vous êtes-vous séparés?
4e — Où étiez-vous le 19, à 3 heures après midi, lorsqu'on a entendu le canon du général Vedel ?
5e — Pourquoi alors n'a-t-on pas attaqué et forcé la ligne ennemie, ou n'est-on pas mort avec gloire comme des Français ?
6e — Qui a fait cesser le feu au général Vedel ?
7e — Où étiez-vous le 19 à 6 heures du soir et toute la nuit?
8e — Où avez-vous appris que le général Vedel faisait sa retraite sur Madrid? Que vous a
dit le général ennemi ? Quelle part avez-vous eue à l'ordre qui lui a été envoyé de revenir pour être perdu ?
9' — Comment, grand officier de l'Empire et chef du génie, avez-vous pu de gaieté de cœur ajouter à la perte de la division Dupont celle des divisions Vedel et Gobert ?
10e — Comment votre main a-t-elle pu signer la capitulation de Baylen, déshonneur éternel du nom français? Pourquoi y avez-vous compris le général Vedel et sa division?
i Ie — Comment n'avez-vous pas exigé la sanction d'un commissaire anglais, et n'avez-vous pas conçu que les troupes françaises seraient perdues si elles posaient les armes, et ne rentreraient pas en France si l'on n'avait pas la garantie des Anglais ?
12e — Pourquoi avez-vous signé le déshonneur des soldats français en consentant à mettre qu'ils avaient volé des vases sacrés ?
i3e -— Pourquoi avez-vous parlé de bagages avec tant de détails et augmenté par cette conduite intéressée le déshonneur de cette infâme capitulation ?
i4° — Pourquoi vous ètes-vous déguisé en général espagnol, et n'avez-vous pas suivi les Iroupes que vous aviez livrées désarmées ? Ne sentiez-vous pas qu'il y avait de la lâcheté à quitter vos habits d'uniforme et à montrer cette terreur panique ?
La teneur de cet interrogatoire est bien faite pour causer une stupéfaction sans bornes. L'Empereur, sachant fort bien que le général Marescot n'exerçait aucun commandement au Corps de la Gironde et que le général Dupont n'avait ni à le consulter ni à le mettre au courant de quoique ce fût, l'interroge comme s'il avait eu une part effective dans la direction des opérations ; et quelques jours auparavant, il avait reproché, en termes fort durs, au maréchal Moncey, d'avoir consulté un Conseil de guerre, déclarant qu'il voulait « que les généraux qui commandent ses armées, agissent de leur propre volonté », et que les autres généraux « devaient se borner à demander des ordres ». A la plupart des questions de l'Empereur, le général Marescot eût pu répondre : cela ne me regardait pas. — Par ces questions, l'Empereur tout-puissant établit, a priori et contre toute vérité, cpie la capitulation de Baylen est infâme ; l'arrêt est prononcé, avant tout commencement d'enquête, et tout ce qui sera fait jusqu'à la condamnation de 1812 tendra uniquement à démontrer, par tous les moyens, le bien-fondé de l'inique sentence du maître ; d'ores et déjà l'histoire est écrite, et la légende insensée traversera tout un siècle, s'aggravantmême, à mesure que les fidèles compagnons d'armes du général Dupont descendront dans la tombe, et que la mort fermera la bouche des survivants de Baylen.
L'Empereur n'ignore pas que l'article de la Capitulation de Baylen relatif aux bagages, tient en deux lignes et renferme beaucoup moins de détails que les capitulations imposées par lui-même aux armées étrangères ; mais cela ne l'empêche pas de poser cette question destinée à égarer l'opinion et à créer la légende, question qui sera reprise parle Procureur Général de la Haute-Cour et retenue par une foule d'historiens : « Pourquoi avez-vous parlé des bagages avec tant de détails, et augmenté par cette conduite intéressée le déshonneur de cette infâme capitulation ? »
Le général Marescot a nié énergiquement avoir revêtu l'uniforme espagnol pour se rendre à Cadix, et le chef de bataillon Bouvier et le capitaine Boischevalier ont confirmé son dire, sans qu'il se soit jamais produit une preuve du contraire ; mais qu'importe à l'Empereur? L'imputation étant de nature à nuire au général Marescot, il la retient comme fait démontré, et taxe de lâcheté ce grand cordon de la Légion d'honneur pour avoir quitté
ses habits d'uniforme et s'être déguisé en général espagnol. Napoléon se serait-il exprimé de cette façon, s'il avait pu prévoir que lui-même, traversant la Provence pour se rendre à l'île d'Elbe, se déguiserait en courrier, galopant en avant de ses voitures, puis, fatigué de cette galopade, se cacherait sous des insignes autrichiens, pour se soustraire aux insultes des populations royalistes?
Apres avoir terminé sa quarantaine au lazaret de Marseille, le général Marescot fut dirigé sur Paris; il y arriva le 27 septembre, à 10 heures du soir, et fut immédiatement enfermé et mis au secret à la prison militaire de l'Abbaye. A la date du 25 septembre, il avait adressé au ministre de la guerre le Mémoire justificatif suivant, dont nous ferons remarquer les erreurs :
Mémoire justificatif de M. le Général Marescot.
A Son Excellence le Ministre de la Guerre. Monseigneur,
Le 2 de ce mois de septembre j'ai eu l'honneur d'adresser à Votre Excellence, du Lazaret de Marseille, une relation des événements qui ont précédé, accompagné et suivi la triste catastrophe de l'armée commandée par M. le général Dupont, où les insurrections d'Espagne m'avaient obligé de me réfugier. Cette relation n'ayant d'abord été destinée qu'à instruire Votre Excellence des événements dont j'ai été témoin, est très succincte et dénuée de détails, parce qu'alors j'étais loin de penser que je serais dans la pénible obligation de me défendre. Mais actuellement que je me trouve accusé, même condamné et puni pour les fautes d' autrui, il est nécessaire que, pour me défendre, j'entre dans quelques détails.
J'affirme toujours pour vraie ma relation ou lettre du 2 septembre, et j'y persiste. Tout ce qu'elle contient est conforme à la vérité ; mais elle ne renferme pas toutes les vérités qui doivent servir à établir ma justification.
Le décret sévère du U septembre et des avis particuliers m'ont appris les différents reproches qui me sont faits. Je vais expliquer ma conduite. J'espère démontrer jusqu'à l'évidence, que le zèle le plus pur et le plus actif pour les intérêts de Sa Majesté, a été le mobile unique de toutes mes actions.
i'e Accusation.
On m'accuse d'avoir été le Conseil de M. le général Dupont.
Plût à Dieu que je l'eusse été ! Plût à Dieu qu'il eût eu plus de confiance dans les conseils que je me suis permis quelquefois de lui donner ! On sent cependant que je mettais de la réserve dans les conseils peu fréquents que je croyais devoir donner à un général qui s'était acquis une grande réputation militaire. Cependant je lui ai témoigné plusieurs fois mon étonnement sur sa persévérance à tenir à Andujar, que je regardais comme un très mauvais poste. Plusieurs fois je lui ai parlé de l'utilité d'occuper la tête du long défilé de Puerto-dcl-Rey, de la crainte que j'avais de voir ces gorges occupées par l'ennemi, ou tout au moins de voir les paysans armés y détruire la grande route, dans des parties jointives aux rochers, que la disette de bois mettrait presque dans l'impossibilité de raccommoder.
Enfin voyant la généralité de l'insurrection et l'accroissement prodigieux du nombre des ennemis, j'ai été jusqu'à entretenir M. le général Dupont de la nécessité de préparer sa retraite sur Madrid.
Lorsque le 1G juillet, M. le général Vedel vint rejoindre M. le général Dupont à Andujar, je fus les voira une chapelle où ils étaient réunis. Je dis à M. le général Vedel: « Soyez le bien arrivé ; vous étiez le bien désiré. » Et j'ajoutai pour eux deux : « actuellement que vous voilà
réunis, j'espère que vous ne vous séparerez plus. » Je ne fus pas peu surpris d'apprendre le lendemain matin le départ du général Vedel et la triste séparation qui a fait tant de mal.
Il n'est pas de mon objet de dire les raisons que M. le général Dupont donnait pour rejeter ces conseils. Il suffit pour ma justification d'observer qu'il ne les a pas écoutés.
Ce que je vais ajouter prouvera combien peu M. le général Dupont était disposé à m'accorder sa confiance.
Lorsqu'on 1795 la France fit la paix avec l'Espagne, M. le marécbal Moncey, alors général en chef de l'armée des Pyrénées-Occidentales, m'avait confié le commandement de la place de Saint-Sébastien, ainsi que l'exécution du traité de paix. Cette mission me mit naturellement en relation et me fit faire connaissance avec plusieurs généraux espagnols, du nombre desquels fut le général Castaîios, général en chef de l'armée insurgée dans l'Andalousie. Je me souvenais de son caractère facile et conciliant. S. A. I. le grand-duc de Berg m'avait fait l'honneur de me dire, lors de mon passage à Madrid, qu'il était sûr de lui. J'étais donc intimement persuadé, comme je le suis encore, que le général Castanos n'avait embrassé ce parti que par force et effrayé par la catastrophe de M. le général Solano et d'autres. Je formai le projet d'aller le voir et d'essayer de le ramener à son devoir. Je me livrais à ce projet avec d'autant plus de zèle, que s'il réussissait, je rendais un grand service à Sa Majesté, et que, si j'échouais, je ne nuisais en rien à ses affaires. Je proposai donc à M. le général Dupont d'aller, comme parlementaire, et sous quelque prétexte, coniérer avec le général Castanos. Je ne me rappelle plus quels motifs légers M. le général Dupont apporta de son refus, niais le fait est qu'il m'a refusé ; et cependant, tout en me rebutant, il a adopté mon projet dont il a confié l'exécution à M. Leremboure, l'un des payeurs de l'armée, qui se disait parent de Mmn Castanos. La mission n'eut aucun effet.
Enfin je dois observer que j'ai passe un mois et demi environ au corps de M. le général Dupont, que j'allais le voir assez souvent, surtout d'abord, que je dînais chez lui, et que pendant tout ce temps je n'en ai jamais reçu une visite.
Ce que je viens de dire démontre donc que je n'avais ni l'amitié, ni la confiance de M. le général Dupont, et que ses différentes opérations militaires n'ont été nullement l'effet de mes conseils.
2e Accusation.
On m'accuse d'avoir conclu la Capitulation d'Andujar.
Depuis le 18 juin, M. le général Dupont occupait la mauvaise position d'Andujar, lorsque le i5 juillet l'ennemi s'y présenta avec des forces très supérieures. Il appela auprès de lui M. le général Vedel, qui occupait Baylen, et qui le joignit à Andujar le lendemain 16. Dans la nuit même il renvoya le général Vedel, non seulement à Baylen, qui est à 7 ou 8 lieues d'Andujar, mais encore dans je ne sais quel village plus éloigné ; et il joignit à sa division quelques troupes de la sienne propre. Le 18, à l'entrée de la nuit, M. le général Dupont partit d'Andujar et prit la route de Baylen, où il allait arriver le 19 au matin, lorsqu'il le trouva occupé par la division ennemie de Reding, qui était partie le 16 de devant Andujar. Les troupes françaises, fatiguées par une chaleur qui se soutenait depuis longtemps à 36 degrés, par une diète de près d'un mois, et par une marche forcée de 7 à 8 lieues, ne purent réussir à forcer le passage, et après trois charges successives et un combat de 6 à 7 heures, elles se trouvèrent tellement exténuées, qu'elles ne pouvaient plus combattre.
Alors il proposa au général ennemi Reding un armistice et une Capitulation portant que les troupes françaises évacueraient sur-le-champ l'Andalousie. Le général Reding y consentit, sauf l'approbation de son général en chef Castanos, qu'il annonça comme nécessaire.
Alors M. le G1' Dupont dépêcha au G»1 Castanos M. le capitaine Villoutreys, Écuyer de Sa Majesté, qui avait toute sa confiance, et à qui on le verra constamment eonfier tout ce qui aura rapport à la capitulation.
Peu après, le Ga' Reding envoya un aide de camp se plaindre de ce que M. le Gal Vedel, qui
était accouru au bruit de l'attaque, et qui arrivait, l'avait attaqué, lui avait pris un bataillon et une pièce de canon, et ne voulait pas entendre à l'armistice ni à la capitulation. M. le Gal Dupont répondit à cette plainte, en ordonnant à M. le G1' Vedel de rendre le bataillon et la pièce de canon, et d'observer l'armistice convenu. — Ce début démontre donc déjà clairement que c'a été de son propre mouvement que le Gal Dupont a résolu de capituler et de comprendre M. le GaI Vedcl dans sa capitulation.
Le lendemain 20, M. le capitaine Villoutreys revint annoncer à M. le Gal Dupont que le Gal Castafïos ne voulait lui accorder aucune capitulation, et qu'il exigeait qu'il se rendît à discrétion ; que quant à la division Vedel, comme elle n'était pas cernée elle n'était pas comprise dans cette sommation, et qu'il allait la combattre.
Ce fut alors que M. le Gal Dupont vint me proposer d'aller trouver le Gal Castafïos, afin de tâcher d'en obtenir des conditions moins dures. Je le refusai d'abord, ainsi que plusieurs autres généraux qui me priaient aussi. Mais M. le G" Dupont me dit : « Vous connaissez le G'1 Castafïos ; il doit avoir de la considération pour vous. Vous êtes plus en état que personne d'adoucir notre sort. Si vous refusez on vous accusera d'indifférence pour le salut de l'armée. » — Ce raisonnement me frappa. Je craignis effectivement d'être accusé d'indifférence pour les intérêts de Sa Majesté. Je surmontai ma répugnance et je partis, avec l'espérance d'être utile.
Avant de partir, M. le Gal Dupont me déclara que son intention était que la division Vedel fût comprise dans la capitulation. Il me pria aussi de traîner, s'il était possible, la négociation jusqu'à la nuit, apparemment pour essayer d'en profiter pour s'échapper ; mais il était trop tard, et cette idée eût été bonne tout au plus pour la nuit précédente. — On voit M. le Gal Dupont persister constamment dans la résolution de lier le sort de M. le Gal Vedel au sien.
Quelque mauvaise que fût la veille la position de M. le Gal Dupont, elle était devenue plus mauvaise encore. Pendant la nuit, les ennemis l'avaient cerné de plus près, et la partie de l'armée ennemie laissée à Andujar devait être prête à le joindre et à l'attaquer en queue.
Je ne tardai pas à rencontrer le corps ennemi commandé par le G'1' Lapena, que j'avais aussi connu en 1795, à S'-Sébastien, lors de la paix avec l'Espagne. Il me dit avoir des pouvoirs pour traiter, et il commença par demander que toutes les divisions françaises se rendissent à discrétion, alléguant que dès lors aucune ne pouvait éviter sa perte. Je lui déclarai qu'il n'y aurait point de capitulation qui ne fût honorable, et après quelque discussion il accorda que les troupes françaises auraient les honneurs de la guerre, q'uelles évacueraient l'Andalousie par mer, que la division Dupont serait seule considérée comme prisonnière, que le passage en France s' effectuerait le plus promptement possible ; enfin il répondit du consentement des Anglais qu'il qualifiait d'alliés.
Je déclarai au GaI Lapena que n'ayant pas de pouvoirs pour terminer, j'allais retourner auprès de M. le Gal Dupont. Le G"1 Lapena ne donna qu'une heure pour faire la réponse, et il suspendit la marche de ses troupes.
Je revins promptement annoncer à M. le G'1 Dupont ces nouvelles conditions qui du moins lui assuraient les honneurs de la guerre, et j'ajoutai : « L'ennemi est proche ; décidez-vous promptement ou à capituler ou à combattre ; il me semble que vous devriez assembler vos généraux de division, pour savoir si enfin on ne peut pas se battre encore. » Voilà le premier de mes conseils qu'il ait plu à M. le G'1 Dupont d'écouter. MM. les généraux Barbou et Rouyer déclarèrent que leur infanterie était dans l'impossibilité absolue de combattre. M. le G''1 Fresia, commandant de la cavalerie, dit qu'elle pourrait peut-être fournir encore une faible charge, mais qu'il en attendait peu d'effet. En conséquence de ce Conseil de guerre, où je n'ai pris aucune part, M. le Gal Dupont persista dans la résolution de capituler ; et alors il me proposa de me donner ses pleins pouvoirs :
Je les refusai.
Sur mon refus, il les donna à M. le général de brigade Chabert, mais il le fit accompagner par M. le capitaine Villoutreys, qui, comme l'on voit, jouissait constamment de toute sa confiance. Sans doute M. le Gal Dupont instruisit ces deux commissaires de ses dernières intentions au sujet de la capitulation.
Je me décidai à accompagner ces deux messieurs ; non dans l'intention de coopérer à la capitulation puisque je venais de refuser positivement les pouvoirs de M. le général Dupont, mais parce que, ne faisant pas partie de l'armée, je devais songera ma position particulière, et il était essentiel pour moi d'obtenir mon prompt retour en France, et surtout de n'être pas considéré, s'il était possible, comme prisonnier de guerre, afin de pouvoir continuer mon service et utiliser les renseignements que je venais de prendre sur la position de l'Espagne.
Dès lors puis-je être considéré comme ayant conclu la capitulation, puisque je n'avais aucuns pouvoirs pour la conclure ? Si les commissaires de M. le G'1 Dupont m'ont demandé des conseils, devais-je les leur refuser? Mes conseils ne pouvaient les contraindre en rien, puisqu'eux seuls avaient pouvoir pour accéder ou refuser.
Cependant je dirai avec francliise la part que j'ai prise.
Je me suis joint à M. le Gal Cbabert et à M. le capitaine \ illoutre) s pour demander que l'armée évacuât par terre et non par mer. Le Gal Castanos s'y est constamment refusé, en disant qu'à son arrivée à Madrid l'armée reprendrait les armes, et pour preuve il me communiqua une lettre de M. le duc de Ro\igo, général en chef des armées françaises en Espagne, lettre qu'il avait interceptée et qui ordonnait à M. le Gal Dupont de se replier sur Madrid, attendu, disait-il, l'échec que venait de recevoir M. le Mal Moncey et la position gênée où se trouvait M. le \1 "' Bessières.
Lorsque la Capitulation fut arrêtée, on vit arriver M. Baste, lieutenant-colonel des marins de la Garde, de la division Vedel, accompagné d'un aide de camp de M. le Gal Dupont. Il demanda à voir la Capitulation et parut y désirer quelque amélioration. Sur quoi, les commissaires espagnols voulurent tout rompre. Lorsque M. Baste m'adressa la parole, je lui dis : « je crois que vous venez bien tard » ; du reste, je n'ai pas de pouvoirs, concertez-vous avec ces messieurs.
Enfin les Commissaires espagnols s'adressèrent à moi pour l'insertion d'un article relatif à la restitution des vases sacrés volés dans les églises. Ils alléguèrent l'extrême superstition du peuple espagnol, son exaspération actuelle; ils dirent qu'ilsne répondaient pas qu'il ne seportâtà des violences pour recouvrer ces objets du culte. J'avoue que sachant très bien qu'il avait été effectivement volé beaucoup de vases sacrés dans différents endroits, et voulant ôter aux insurgés ce prétexte de maltraiter les soldats français, j'ai conseillé de consentir à une restitution (qui aurait toujours été effectuée de force) mais en spécifiant que la recherche serait faite par les généraux français eux-mêmes. J'ai eu encore, pour donner ce conseil, un motif que j'expliquerai dans le chapitre suivant.
Pour tout le reste de la discussion, qui a été très longue, je n'y ai pas même assisté. Cédant à une extrême fatigue, j'étais passé dans un cabinet voisin, et je m'y étais jeté sur un lit pour m'y reposer. La vérité est que, pendant toute la discussion, c'est M. de Villoutreys, chargé de la confiance du général en chef, qui presque seul et constamment a pris la parole, et fait toutes les conventions. Et enfin, c'est encore lui que M. le général Dupont a choisi pour porter la Capitulation à Madrid et de là à Bayonne.
Pour terminer ce long article, je rappellerai que le lendemain 21 la Capitulation n'étant pas encore signée, on apprit que M. le Gal Vedel avait quitté sa position et effectuait sa retraite. Les Commissaires espagnols crièrent à la mauvaise foi, rompirent le traité et menacèrent de faire passer le corps du général Dupont au fil de l'épée. Les Commissaires français étaient fort embarrassés, lorsqu'on apprit que M. le G'1 Dupont avait envoyé ordre à M. le Gal Vedel de revenir à sa position, et de se soumettre à la Capitulation.
M. le Gal Dupont connaissait les articles de la Capitulation par M. Baste et par l'aide de camp qui l'avait accompagné. Son ordre donné à M. le Gal Vedel démontre donc toujours sa ferme détermination pour capituler, et sa constante résolution de comprendre M. le Gal Vedel dans la Capitulation.
Enfin par ce dernier acte de son commandement, c'est réellement M. le Gal Dupont luimême, qui, par le fait, a consenti et conclu sa Capitulation.
Il est donc visible que je ne puis être accusé d'avoir conclu la Capitulation d'Andujar.
3e Accusation
On m'accuse d'avoir signé la Capitulation d'Andajar.
La longueur des négociations avait donné aux insurgés tout le temps nécessaire pour prendre tous leurs avantages. Ils avaient pu disposer à leur gré toutes leurs troupes autour des différentes divisions françaises, et il est plus que probable qu'ils s'étaient mis en mesure d'occuper le défilé de Puerto-del-RcY, et de couper la retraite à M. le Gal Vedel. Quelques paroles échappées aux Commissaires espagnols me persuadèrent (juils ne seraient pas fâchés de trouver un prétexte de rompre une Capitulation quils regardaient comme trop avantageuse pour nous.
Sa Majesté a désapprouvé cette Capitulation; cependant je la supplie d'observer que les Commissaires espagnols ayant voulu la faire imprimer, à peine quelques exemplaires parurent-ils à Séville et à Cadix, que les murmures les forcèrent à en arrêter la publication.
Je soupçonnai donc d'abord la demande de la restitution des vases sacrés, d'être un prétexte pour rompre une négociation qui, avec le temps, était devenue nécessaire.
Il en fut de même, lorsqu'au moment de signer la Capitulation, les Commissaires espagnols déclarèrent qu'ils n'y auraient aucune confiance si je ne la signais pas ; et ils n'ignoraient pas que n'ayant aucuns pouvoirs, ma signature était de nulle valeur.
La clause de la Capitulation qui spécifiait le prompt retour de l'armée en France, me paraissait avantageuse au service de Sa Majesté, en ce qu'elle remettait presque de suite cette armée à sa disposition. Aussi était-ce la clause qui paraissait contrarier le plus les Commissaires espagnols. C'est donc dans l'intention d'oter aux Espagnols tout prétexte d'éluder un engagement que je regardais comme avantageux pour les intérêts de Sa Majesté, que j'ai consenti à signer cette Capitulation; mais j'ai eu soin d'y apporter cette restriction expresse que je ne la signais que comme témoin, ce qui est bien différent de la signer comme commissaire ; car autre chose est de conclure et de signer, avec des pouvoirs, une Capitulation, ou simplement de témoigner qu'elle a été conclue par d'autres.
/jc Accusation
Enfin on me reproche les égards et la considération particulière des Généraux espagnols pour moi.
Je ne puis d'abord me dispenser de faire remarquer la discordance singulière qui se voit icy entre M. le général Dupont et M. le capitaine Villoutreys, son interprète, autour du reproche. L'un, pour m'engager à travailler à lui obtenir une meilleure capitulation, m'allègue la considération que le Gal Castanos doit avoir pour moi ; et l'autre ensuite me reproche cette même considération dont j'ai usé pour leur rendre service.
J'ai déjà dit que j'ai servi en 1796 à l'armée des Pyrénées-Occidentales. J'y fus envoyé pour diriger le siège de Pampelune. Pendant la campagne précédente de T794» j'avais été assez heureux pour réussir dans la conduite d'un certain nombre de sièges. Ce bonheur m'avait acquis dans ce genre de guerre, une réputation flatteuse et à laquelle le général Castanos fit plus d'attention qu'un autre, parce qu'il était destiné à défendre Pampelune. J'ai déjà dit comment, à la paix de 1796, les fonctions qui me furent confiées par M. le Mal Moncey me mirent en relation et me firent faire connaissance avec plusieurs généraux espagnols, au nombre desquels était le Gal Castanos. D'après cet exposé, et avec mon grade, doit-on être surpris que les généraux espagnols ayent eu plus d'égards et de considération pour moi, que pour M. le Gal de Brigade Ghabert qu'ils n'avaient pas encore eu l'occasion de connaître, et que pour M. le capitaine Villoutreys dont ils n'avaient jamais entendu parler ?
Il y a beaucoup de généraux français pour qui les généraux espagnols auraient, dans l'occasion, encore plus de considération qu'ils n'en ont eu pour moi. Tels sont MM. les généraux Pérignon, Moncey, Rosily et autres, qui ont su leur inspirer de l'estime.
Je n'ai usé de la considération que me reproche le secrétaire de M. le Gal Dupont, que pour obtenir à ce général les honneurs de la guerre qu'on lui refusait ; que pour défendre de mon mieux les intérêts de Sa Majesté. Quant à ce qui me concerne particulièrement, on ne peut me
Le Gknlkal Dupont. 111. 8
reprocher que cette considération m'ait valu mon retour prochain en France, puisque le retour prochain de tous les autres généraux de l'armée de Dupont était également décidé.
Le seul avantage que j'aye dû peut-être à cette considération a été mon retour immédiat en France sur le bâtiment où j'avais appris que devaient passer immédiatement M. l'amiral Rosily et M. Le Roy, Consul général de Cadix ; avantage qui a failli m'être bien funeste, puisque son effet a été de me faire traverser le midi de l'Espagne (d'Andujar à Cadix, 80 lieues) sous la faible escorte de 5 dragons, exposé à tout instant à être mis en pièces par les populaces ameutées des villes et des villages, qui, me prenant pour M. le G'1 Dupont, m'accablaient d'injures, me jetaient des pierres, vociféraient et criaient, à mort. Ces affreuses positions oùje me suis trouvé, notamment à Cordoue et à Carmona, positions auxquelles les dangers de la guerre ne peuvent être comparés, je les dois ainsi que les malheurs qui m'accablent, à ma funeste réunion avec M. le Gal Dupont, et aux efforts que j'ai faits pour conserver à Sa Majesté une année qui se trouvait dans une position désespérée.
Résumé
Je n'ai inculpé M. le général Dupont que lorsque j'y ai été obligé pour ma défense personnelle.
Les explications que je viens de donner démontrent donc clairement :
i° Que je n'ai point été le conseil de M. le général Dupont, que je n'ai eu aucune influence quelconque sur ses opérations militaires, ni sur sa constante détermination à capituler et à comprendre M. le général Vedel dans sa capitulation ;
20 Que je n'ai point conclu la capitulation d'Andujar ;
3° Que si j'ai signé cette capitulation, ce n'est pas en qualité de plénipotentiaire, mais seulement et expressément comme simple témoin ;
4° Enfin que je n'ai usé de la considération qu'ont eue pour moi les généraux espagnols, que pour l'avantage de l'armée de M. le général Dupont, qu'au fait cette considération était due à mon grade, et qu'ils l'auraient eue également pour tout autre.
J'espère donc avoir fait voir que dans ces circonstances, comme dans toutes celles où je me suis trouvé, depuis 32 ans et demi que je sers, le dévouement et le bien du service ont été les seuls mobiles de toutes mes actions. Tout ce que j'ai fait, je ne m'y suis déterminé que dans l'espérance d'être utile à Sa Majesté. Mes intentions ont toujours été droites ; bien loin de craindre sa sévérité, je mets toute ma confiance dans sa bienveillance et dans sa justice.
Le 25 septembre 1808.
Le général Marescot, cy-devant Ier inspecteur général du génie.
P. -S. — Ce mémoire fini, j'apprends que l'on m'accuse encore de m'être déguisé en Espagnol pendant la négociation. Ce reproche est si ridicule et si méprisable, que je n'y répondrai que par une simple dénégation.
Ce qui frappe tout d'abord dans ce Mémoire, c'est le ton de supériorité et en même temps d'acrimonie que prend son auteur à l'égard du général Dupont. « Plût à Dieu, dit le général Marescot, que j'eusse été son conseil 1 » C'est aller un peu vite et montrer une singulière présomption. Certes, le général Marescot s'était rendu illustre comme officier du génie, mais il n'avait jamais gagné de batailles, et, en tant que conduite des troupes à la guerre, le général Dupont, réputé pour ses éclatants faits d'armes, n'avait nul besoin de ses conseils. Réfugié au Corps de la Gironde pour éviter de subir le sort de l'infortuné général René, il y reçut l'accueil le plus empressé, et il n'avait droit à rien de plus ; le général en chef ne jugea pas nécessaire de l'associer au commandement et de lui communiquer les
LE P110CÈS I I 5
instructions qu'il recevait de Madrid ou les ordres qu'il donnait à ses troupes ; aussi Marescot se trompe-t-il du tout au tout lorsqu'il dit que le général Dupont appela le général Vedel à Andujar, le i5 juillet, et le renvoya dans la nuit même « non seulement à Baylen, mais encore dans je ne sais quel village plus éloigné ».
Le général Marescot est seul à prétendre qu'il aurait été volé un grand nombre de vases sacrés à Gordoue ; n'ayant pas combattu avec les troupes, comment a-t-il pu avoir connaissance de ce fait, sinon par des racontars, car il est peu probable que les voleurs de vases sacrés soient allés se confier exceptionnellement à lui? Les témoins que nous avons cités, et qui prirent part à l'action, pensent tout le contraire du général Marescot, et, dans la rédaction de la capitulation, le général Caslafios, le comte deTilly et le général Escalante, qui venaient de Gordoue, présentent le vol de vases sacrés comme douteux et peu important.
Les erreurs du général Marescot, dans les imputations qu'il dirige contre le général Dupont, sont réfutées par l'exposé impartial que nous avons fait des événements d'après la correspondance et les récits de nombreux témoins ; nous insisterons toutefois sur ce point, qu'en parlant de capitulation et en disant que le général Dupont entendait comprendre le général Vedel dans sa capitulation, il ne s'agissait pas, comme on le pense généralement et comme l'Empereur le donne à entendre, de reddition sans conditions, mais simplement de traité, d'arrangement, consistant essentiellement en ce que toutes les troupes occupant l'Andalousie seraient ramenées en France, comme cela se fit à Cintra pour l'armée de Junot; aussi le général Marescot dit-il « que le général Castanosne voulait lui (à Dupont) accorder aucune capitulation, et qu'il exigeait qu'il se rendît à discrétion ». Il est donc faux que le général Marescot et le général Dupont aient voulu englober les divisions Vedel et Dufour dans la capitulation de Baylen pour les perdre, puisqu'au contraire cette capitulation portait expressément qu'elles n'étaient pas prisonnières, ne posaient pas les armes, et qu'elles rentreraient immédiatement en France.
Le soir même de son incarcération à la prison de l'Abbaye, le général Marescot adressa à l'Empereur son Mémoire justificatif, accompagné de la lettre suivante :
Sire,
Je supplie Votre Majesté de vouloir bien lire la justification que j'ai l'honneur d'adresser aujourd'hui à Son Excellence le ministre de la guerre. J'espère y avoir démontré :
Que je n'ai point été le conseil de M. le général Dupont, et que je n'ai influé en rien sur ses opérations militaires ;
Que je n'ai point conclu la capitulation d' Andujar ;
Que je ne l'ai point signée comme plénipotentiaire, mais uniquement et simplement comme témoin ;
Que je n'ai reçu des généraux espagnols que l'espèce de considération due à mon grade, et que je n'ai usé de cette considération que pour améliorer cette capitulation et dans l'intention de remettre promptement à la disposition de Votre Majesté une armée qui était dans une position désespérée ;
Qu'enfin l'unique mobile de toutes mes actions a étéle bien du service et le plus grand avantage de l'armée de Votre Majesté.
Je prie Voire Majesté de vouloir bien considérer que j'ai l'honneur d'être parent de Sa Majesté l'Impératrice, que je sers depuis '62 ans et demi, que je crois avoir rendu quelques services, et que le coup terrible dont elle m'a frappé retombe en môme temps sur mon épouse qui a ou qui avail
l'honneur d'être dame du Palais, sur mon (ils qui a servi Votre Majesté comme page, et qui la sert encore en Espagne, enfin sur une jeune enfant de 6 ans qui a l'avantage d'être votre filleule.
Après tant de travaux, de courses, de fatigues et de dangers pour le service de Votre Majesté, devais-je m'attendre à tant de sévérité ?
J'espère que Votre Majesté, mieux instruite de la vérité, appréciera les intentions qui m'ont dirigé, et qu'alors, n'écoutant que sa justice, elle me rendra sa bienveillance et son estime.
Je suis avec le plus profond respect, Sire...,
Mauescot.
Le 27 septembre 1808.
Le lendemain de l'arrivée du général Marescot à l'Abbaye, le général Buquet, chef d'état-major du premier Inspecteur Général de Gendarmerie, en exécution des ordres du Ministre de la guerre, procéda, à 9 heures du matin, à son interrogatoire, ainsi qu'il suit :
ire Question
Où étiez-vous le la juillet, le i4. le i5, le 16, le 17, le 18, le 19?
Réponse. — (Le général reproduit à peu près littéralement son Mémoire justificatif du a5 septembre) .
2e Question
Comment ne vous êtes-vous pas aperçu que l'ennemi marchait et manœuvrait sur vos derrières, puisque, depuis le i3, le général Belair était attaqué au point de Mengibar, et que le 16 il était en retraite ?
Réponse. — C'est au général en chef, seul régulateur des mouvements de son armée, à répondre à cette question... (Le général se défend d'avoir été le conseil du général Dupont; il lui a donné des conseils, il est vrai, mais « il est très vrai aussi que M. le général Dupont n'a pas jugé à propos d'écouter ces conseils ». Voir le Mémoire justificatif, l'incident Leremboure. — Voir aussi la lettre du 27 septembre.)
3e Question
Pourquoi, au lieu de marcher tous réunis sur Baylen, vous êtes-vous séparés ?
Réponse. — Lorsque MM. les généraux Dupont et Vedel se trouvèrent, par ordre du premier, réunis le 16 à Andujar, je fus les voir à une chapelle située hors de la ville, où ils étaient ensemble, avec plusieurs autres généraux. Je dis à M. le général Vedel : « Soyez le bien arrivé, vous étiez bien désiré. » Et j'ajoutai pour eux deux : « Actuellement que vous voilà réunis, j'espère que vous ne vous séparerez plus. » M. le général Vedel me répondit : « Je suis fort aise de n'avoir plus de responsabilité. » Le lendemain matin, je ne fus pas peu surpris quand j'appris que M. le général Vedel était reparti pendant la nuit, emmenant avec lui, non seulement sa division, mais encore quelques troupes de celle du général Dupont. Malheureuse séparation qui a fait tout le mal !
Je ne puis donc faire à cette question que la même réponse que je viens de faire à la précédente, c'est-à-dire que le général en chef, seul maître des mouvements de son armée, ne prenait conseil que de lui-même, ou bien que s'il prenait quelques conseils, ce n'étaient pas les miens. Lui seul peut donc répondre à cette troisième question.
4e Question
Ou étiez-vous le 19 à 3 heures après midi lorsqu'on a entendu le canon du général Vedel ?
Réponse. — L'armée, partie le 18 au soir d'Andujar, rencontra le 19 au matin un corps ennemi commandé par le général Reding, qui occupait les avenues de Baylen. Elle attaqua surle-champ ; mais fatiguée par une chaleur excessive, par de longues privations et par une marche forcée de 7 à 8 lieues, elle ne put, après trois charges successives, forcer la ligne ennemie, et