‹ Le général DupontChapitre 9 sur 90 · II · texte numérisé non relu

II

après 6 à 7 heures de combat, elle se trouva tellement exténuée, que les généraux désespérèrent de la faire combattre davantage... (Voir la suite au Mémoire justificatif, copié presque littéralement)... Je fus ensuite rejoindre ma voiture qui était restée fort loin sur les derrières, pour y chercher quelque nourriture... La vérité est que je n'ai point entendu le canon de M. le général Vedel, et que je n'ai appris l'arrivée de ce général que plusieurs heures après, sur le soir.

5e Question

Pourquoi alors n'a-t-on pas attaqué et forcé la ligne ennemie, ou n'est-on pas mort avec gloire comme des Français ?

Réponse. — (Voir le Mémoire justificatif, envoi de M. de Villoutreys, plainte du général Reding sur l'attaque de Vedel, que le général Marescot ne connut que le lendemain.) « Ce n'est donc point à moi, mais au général en chef seul que cette 5e question doit être adressée. »

6e Question

Qui a fait cesser le feu du général Vedel ?

Réponse. — On a vu dans la réponse à la question précédente, que le feu de M. le général Vedel a cessé par l'ordre du général en chef.

7e Question

Où étiez-vous le 19 à six heures du soir et toute la nuit?

Réponse. — J'étais dans le camp, déplorant les malheurs de la journée avec les deux officiers du génie qui m'accompagnaient et qui me servaient d'aides de camp. J'ai passé la nuit couché sur la terre, sous l'un des nombreux oliviers qui couvraient le champ de bataille, assez près du général en chef, de quelques autres généraux et officiers de l'état-major. Je ne me rappelle pas avoir eu, pendant cette triste nuit, aucune conversation avec M. le général Dupont.

8e Question

Où avez-vous appris que le général Vedel faisait sa retraite sur Madrid? Que vous a dit le général ennemi ? Quelle pari avez-vous eue à l'ordre envoyé au général Vedel de revenir pour être perdu ?

Réponse. — Le 20, M. le capitaine Villoutreys revint annoncer à M. le général Dupont que le général Castanos... (Voir le Mémoire justificatif)...

Après quelque discussion il déclara comme dernières conditions : Que la division Dupont aurait les honneurs de la guerre et serait seule considérée comme prisonnière de guerre ; que toutes les troupes françaises évacueraient l'Andalousie, mais par mer ; que le passage en France s'effectuerait le plus prompiemenl possible ; enfin pour la sûreté du passage, il (Lapena) garantit le consentement des Anglais qu'il qualifiait d'alliés... (Voir le Mémoire justificatif)... Je les refusai... (Copie textuelle du Mémoire)... Je me décidai à accompagner ces messieurs...

On partit, on rencontra le général Lapena qui, voyant les pleins pouvoirs de M. le général Dupont, dit qu'il fallait aller trouver le général Castanos, qui était à Andujar ; on le rencontra sur la route au dernier relais de poste. Il venait ; il était accompagné du comte de Tilly, l'un des membres les plus influents de la Junte de Séville, et du général Escalante, capitaine général de la province de Grenade. On entra dans la maison de poste, et après une très longue discussion, on arrêta la capitulation dans laquelle les divisions Vedel et Gobert étaient comprises. Comme le local était incommode, on se rendit à Andujar pour mettre au net le traité et le signer.

Le lendemain, 21, la capitulation n'étant pas encore signée, on appritque M. le général Vedel avait quitté sa position et faisait sa retraite sur le chemin de Madrid. Les commissaires espagnols crièrent à la mauvaise foi, rompirent le traité, et menacèrent de faire passer le corps du général Dupont au (il de l'épée. Les commissaires français étaient fort embarrassés, lorsqu'on apprit que M. le général Dupontavait envoyé ordre à M. le général Vedel de revenir à sa position et de se soumettre à la capitulation...

9e Question

Comment vous, Grand Officier de l'Empire et Chef du Génie, avez-vous pu de gaieté de cœur, ajouter à la perte de la Div011 Dupont celle des Divisions Vedel et Gobert ?

Réponse. — Ce qui précède répond clairement à cette inculpation.

i° Le 19, M. le Gal Vedel attaque le Gal ennemi Reding, et débute par lui prendre un Bataillon et une pièce de canon. M. le Général Dupont lui envoyé l'ordre de rendre ces deux prises et de se conformer à l'armistice convenu ; je n'étais point alors auprès du Gal Dupont.

a° Le 20, au moment d'aller parlementer, je demande à M. le Gal Dupont, en présence de plusieurs généraux, si son intention est que M. le Gal Vedel soit compris dans la Capitulation, il me répond formellement que telle est son intention.

3° Enfin le 21, la Capitulation étant convenue et non signée, M. le Gal Vedel, qui veut s'y soustraire, se met en retraite. M. le Gal Dupont lui envoyé l'ordre de revenir et de se soumettre à la Capitulation. J'étais alors à 8 lieues de M. le Gal Dupont, sans correspondance avec lui, et après avoir refusé ses pleins pouvoirs.

Il est donc visible que je n'ai mérité en aucune façon le reproebe qui fait l'objet de la 9e question.

10e Question

Comment votre main a-t-elle pu signer la Capitulation de Baylen, déshonneur éternel du nom français ? Pourquoi y avez-vous compris le général Vedel et sa Division, et Gobert ?

Réponse. — Le Décret rigoureux du 4 7br% m'accuse d'avoir conclu et signé la Capitulation. Je vais expliquer ma conduite. L'explication contiendra nécessairement deux Articles; l'un pour la conclusion, l'autre pour la signature de cette Capitulation.

Art. ior

On m'accuse d'avoir conclu la Capitulation.

On a vu à la réponse de la question précédente que j'ai refusé les pleins pouvoirs de M. le Gal Dupont pour conclure la Capitulation, et que sur mon refus, il les donna par écrit à M. le G3' de Brige Cbabert, et de bouche, c'est-à-dire confidentiellement, à M. le Capite Villoutreys, son véritable plénipotentiaire, par qui il le fit accompagner. On a vu que les motifs qui m'ont décidé à accompagner ces deux Commissaires m'étaient personnels et n'avaient nullement pour objet la Capitulation.

Avant de partir, M. Villoutreys me dit: « Du moins, Général, si nous avons besoin de vos conseils, vous ne nous les refuserez pas. » Je lui répondis : « Sans doute, si vous croyez en avoir besoin ; mais ce ne seront que des conseils. »

Dès lors, puis-je être accusé d'avoir conclu la Capitulation, puisque je n'avais aucun pouvoir pour la conclure ? Les conseils que je puis avoir donnés par complaisance à MM. les Commissaires du Gal Dupont ne pouvaient les contraindre en rien. Ils n'étaient point obligés de me les demander, ils avaient la liberté de les adopter ou de les rejeter. Eux seuls avaient pouvoir pour consentir ou résister aux prétentions des Commissaires espagnols.

Je n'ai donc point conclu la Capitulation d'Andujar.

Cependant comme ma conduite n'a jamais eu pour mobile que le désir du bien, et que je ne crains pas de la dévoiler tout entière, je dirai avec franchise la part que j'ai prise à la discussion.

i° Je me suis joint à M. le Gal Cbabert et à M. le Capit0 Villoutreys pour obtenir l'évacuation de l'armée par terre et non par mer... (Voir le Mémoire justificatif.)

20 Lorsque la Capitulation fut arrêtée, on vit arriver M. Baste, Lieutl-Colonel des Marins de la Garde, de la Divon Vedel, accompagné d'un Aide de camp de M. le Gal Dupont. Il demanda avoir la Capitulation, et parut désirer que la position de la Division Vedel en améliorât les conditions. Sur quoi les Commissaires espagnols voulurent tout rompre... (Voir le Mémoire justificatif.)

3e Enfin les Commissaires espagnols s'adressèrent à moi pour l'insertion d'un article relatif à la restitution des vases sacrés... (Voir le Mémoire justificatif.) Pour tout le reste de la discussion, etc.. et de là à Bayonne.

Enfin il est une remarque bien simple. M. le Gal Dupont connaissait les articles de la Capitulation par M. Baste, etc.. (Voir le Mémoire.)

Il est donc évident que je ne puis être accusé d'avoir conclu la Capitulation d'Andujar.

Art. 2

On m'accuse d'avoir signé la Capitulation.

Je ne l'ai point signée comme Commissaire chargé de pouvoirs, mais simplement comme Témoin. C'est-à-dire que, pour les raisons que je vais expliquer, j'ai donné une signature insignifiante. La signature de M. le Gal Chabert, qui seul représentait M. le Gal Dupont, avait seule le pouvoir de valider la Capitulation.

La longueur des négociations avait donné aux insurgés tout le temps nécessaire... (Voir le Mémoire justificatif jusqu'à la 4e Accusation.)

ne Question

Comment n'avez-vouspas exigé la sanction du Commissaire anglais, et n'avez-vous pas conçu que les troupes françaises étaient perdues si elles posaient les armes, et ne rentreraient pas en France si elles n'avaient pas la garantie des Anglais ?

Réponse. — Je me souviens d'avoir vu un Anglais au Quartier Général espagnol, ce qui n'était pas étonnant ; mais je n'ai pas su si c'était un Commissaire chargé de pouvoirs diplomatiques. Mon unique pensée était dirigée vers le prompt retour de l'armée en France. Si j'avais vu un individu anglais revêtu d'un caractère diplomatique capable d'assurer ce retour, il est probable que l'idée d'exiger sa sanction ne me serait pas échappée, et que je l'aurais communiquée aux deux Commissaires français ; ou plutôt il est probable que ces Commissaires y auraient pensé eux-mêmes.

J'ai déjà dit avoir refusé les pouvoirs de M. le Gal Dupont. Je n'étais point chargé de la Capitulation ; seulement quand les deux Commissaires me demandaient mon avis, je le leur donnais. Si donc telle ou telle mesure a été négligée, le reproche ne peut m'en être adressé, mais uniquement à ceux qui avaient des pouvoirs et une mission expresse.

Lorsque les Commissaires espagnols se portèrent pour garants des Anglais et promirent la sûreté du passage, je me souviens d'avoir entendu dire au Gal Castaiïos : « Dans ce moment les Anglais ont trop besoin de nous pour nous rien refuser ; si nous violions notre premier traité, nous gâterions trop notre cause. » Ce raisonnement paraissait solide et rassurant, et s'il arrive que la Capitulation ne soit pas observée, il est probable que cette déloyauté ne viendra pas du Gal Castaîïos, mais de la Junte de Séville ; dans ce cas quelle est la garantie, quelle est la sanction sur laquelle on aurait pu compter ?

12e Question

Pourquoi avez-vous signé le déshonneur des soldats français , en consentant à mettre qu'ils avaient volé des vases sacrés ?

Réponse. — Des questions qui me sont faites, voici probablement la seule qui puisse offrir le sujet d'un reproche contre moi. Dût ma sincérité me nuire, je continuerai de dire fidèlement la vérité. Il est très vrai que c'est à moi que les commissaires espagnols se sont adressés pour l'insertion d'un article relatif à la restitution des vases sacrés volés dans les églises. Ils alléguèrent l'extrême superstition du peuple espagnol, son exaspération actuelle, son exaltation. Ils dirent qu'ils ne répondaient pas qu'il ne se portât à des violences pour recouvrer ces objets du culte.

Je savais qu'effectivement il avait été volé en différents endroits beaucoup de vases sacrés. Il me sembla d'abord que le déshonneur consistai plutôt à les avoir volés ou laissé voler, qu'à les restituer. Je jugeai que les Espagnols, étant, par le délai des négociations, devenus décidément les plus forts, finiraient dans le cas d'un refus, par exécuter de force cette restitution. Je crus

bagages

qu'il était prudent de leur ôter un motif de maltraiter les prisonniers. Je crus, comme je l'ai expliqué à la question précédente, qu'il fallait leur ôter le prétexte de rompre la capitulation et d'éluder l'engagement qu'ils avaient pris de renvoyer promptement l'armée en France. Je pensai enfin que le désagrément de cette mesure serait évité, en spécifiant que la recherche des vases serait faite par les généraux français eux-mêmes, et la restitution exécutée de confiance, ainsi qu'il a été convenu.

Telles sont les considérations avec lesquelles je transmis aux deux commissaires français la demande des commissaires espagnols.

Je pourrais dire à ma décharge que les commissaires français avaient la liberté et le pouvoir d'adopter ou de rejeter mon avis. J'aime mieux convenir franchement que mon opinion a dû contribuer à déterminer la leur. Si l'action est trouvée répréhensiblc, je ne pense pas du moins qu'on juge de même du motif.

i3e Question

Pourquoi avez-vous parle des bagages avec tant de détails, et augmenté par cette conduite intéressée le déslionneur de celte infâme capitulation.

Réponse. — Je n'ai pris aucune part quelconque à l'article de la capitulation qui concerne les

i4e Question

Pourquoi vous êtes-vous déguisé en général espagnol, et n avez-vous pas suivi les troupes que vous aviez livrées désarmées ? Ne sentiez-vous pas qu'il y avait de la lâcheté à quitter vos habits d'uniforme et à montrer cette terreur panique ?

Réponse. — Il n'y a qu'une âme infernale qui ait pu forger une calomnie aussi atroce. Quelle ombre de preuve l'auteur d'un mensonge aussi absurde pourra-t-il apporter ? Il me suffirait de nier une fable aussi grossière.

Je ne me suis jamais vêtu, ni d'un uniforme de général espagnol, ni d'un habit espagnol quelconque.

Le 20, quand je partis pour parlementer, je mis, à la vue de M. le G"1 Dupont et de plusieurs généraux, l'habit d'uniforme le plus apparent que j'eusse avec moi. C'était un uniforme du génie, avec les épaulettes et les broderies de mon grade sur les revers, les parements et le collet, et orné de la grande décoration. J'ai été, comme on l'a vu, trouver le général ennemi Lapena, je suis revenu au camp français, je suis reparti pour Andujar, c'est-à-dire que j'ai traversé trois fois les troupes ennemies et leurs paysans armés, avec cet uniforme. Chez le Gal Castafïos, où j'ai mangé, ainsi que M. le Gal Chabeii, mes aides de camp, le cap" Villoulreys et deux officiers du grand état-major de Madrid, pris en voyage, et dont l'un se nommait M. de Fénelon, je me suis toujours montré avec le même uniforme. Logé chez le Gal Castafïos, je n'avais aucun sujet de me livrer à cette prétendue terreur panique. J'aurais dû croire que ma vie militaire, depuis 3a ans % que je sers, me mettait à l'abri de pareils reproches.

Quand les Espagnols m'ont envoyé à Sévillc, sous la conduite d'un Alcade de village et sous l'escorte de cinq dragons seulement, j'avais une simple redingote ou un frac bleu, comme c'est mon usage en voyage. Si j'avais eu un uniforme de général espagnol, je n'aurais pas été exposé, comme je l'ai été vingt fois, à être mis en pièces par les populaces furieuses des villes et des villages, qui, notamment à Cordouc et à Carmona, s'ameutaient sur mon passage, hurlaient, sifflaient, jetaient des pierres et criaient à mort.

Je suis entré à Séville en uniforme, et je l'ai toujours conservé lorsque l'on m'a conduit à la Junta (qui n'était pas assemblée), chez le président de cette Junta, chez le gouverneur de la ville et autres, et enfin à mon logement que l'on avait fait dans un couvent.

A Séville on m'a embarqué sur un bateau qui m'a fait descendre le fleuve de Guadalquivir jusqu'à son embouchure, et m'a conduit dans la rade de Cadix, à bord du vaisseau que montait M. l'amiral Rosily, avec qui je suis revenu en France. J'étais gardé dans ce bateau par un officier de marine et par cinq soldats. Dans celte course par eau j'étais en frac.

Qu'y a-t-il dans tout ceci qui ressemble à un déguisement en général espagnol ? Je puis représenter l'uniforme dont je me suis revêtu, comme l'on voit, chaque fois qu'il a été nécessaire.

Les deux officiers du génie qui m'accompagnaient, et qui me servaient d'aides de camp, peuvent certifier ce qu'ils ont vu.

Quelque peu de connaissance des uniformes français que puisse avoir M. Villoutreys, le seul témoin oculaire revenu d'Espagne, et par conséquent le seul qui ait pu fabriquer cette fable incroyable, on ne peut supposer icy une méprise, et qu'il ait pris pour un uniforme espagnol l'uniforme du génie que j'ai pris en partant avec lui du quartier général du Gal Dupont. On ne peut voir, dans cette perfide invention, que le plan combiné, non seulement de m'attribuer une capitulation qui est son ouvrage, mais encore les opérations désastreuses d'une armée où j'étais sans autorité et sans influence. Il ne sera pas aussi facile à M. Villoutreys de prouver que je me suis travesti en général espagnol, qu'à moi de démontrer qu'il a travesti la vérité en mensonge.

On me demande pourquoi je n'ai pas suivi les troupes ?

Quand la capitulation fut terminée, il me sembla qu'il m'était bien permis de songer à mes intérêts particuliers, puisque tel était l'objet de ma présence à Andujar. Je ne faisais pas partie de l'armée, et cette circonstance particulière m'était favorable pour obtenir mon prompt retour en France avec M. l'amiral Rosily et M. Le Roy, consul général de Cadix, que je savais devoir partir très incessamment de Cadix sur un bâtiment neutre prêt à mettre à la voile. Quelque prompt que dût être le retour des autres généraux, il ne pouvait pas l'être autant que me le promettait cette occasion. On ne sera pas étonné, sans doute, de me voir préférer le séjour de ma patrie à celui de l'Espagne insurgée. Je désirais surtout de n'être pas prisonnier de guerre, ainsi qu'allait l'être la division Dupont, où je me trouvais : sentiment bien naturel assurément. J'obtins donc d'être considéré comme voyageur (ce qui du reste était la vérité), de n'être pas prisonnier de guerre, et de passer en France avec M. l'amiral Rosily et M. le consul général Le Roy. Si le général Castanos m'a accordé mes demandes, je le dois à l'estime qu'il m'avait accordée autrefois. Peut-on m'en faire un reproche ? Après avoir fait tous mes efforts pour le salut de l'armée, quel tort lui faisais-je de songer au mien ?

Les Espagnols résolurent donc de me faire partir de suite, ce qui fut exécuté de la manière désagréable que j'ai déjà rapportée. Je ne pouvais donc pas retourner à l'armée, et je m'en applaudissais, car pourquoi ne me serais-je pas dérobé, puisque je le pouvais, au douloureux spectacle de l'armée française défilant et posant les armes ?

Quant aux expressions : avec les troupes que vous avez livrées désarmées , qui se trouvent dans cette dernière question, cette grave accusation n'est que la conséquence de toutes les autres accusnlions qui précèdent. Si donc j'ai prouvé, comme je le crois, mon innocence sur toutes ces précédentes accusations, il s'ensuit clairement que celte dernière tombe d'elle-même.

Résumé

C'est à regret que je me suis vu obligé d'inculper quelquefois M. le Gal Dupont. Je ne l'ai fait que lorsque j'y ai été contraint pour ma défense personnelle. Du reste, je me plais à rendre justice à sa bravoure. Le jour de l'affaire de Baylen, il était sans cesse à la tête des colonnes d'attaque.

Par les explications que je viens de donner, je crois avoir répondu aux graves accusations dirigées contre moi. Je crois avoir prouvé que je n'ai point été le Conseil de M. le GM Dupont, que je n'ai eu aucune influence quelconque sur ses opérations militaires, ni sur sa détermination de capituler et à comprendre dans la capitulation les divisions Vedel et Gobert ; (pie je n'ai point conclu la capitulation d' Andujar ; que je ne l'ai point signée en qualité de plénipotentiaire, mais uniquement comme simple témoin ; enfin que je ne me suis jamais déguisé sous l'uniforme de général espagnol.

Dans toutes ces circonstances, comme dans toutes celles où je me suis trouvé depuis 32 ans 1/2 que je sers, le dévouement et le bien du service ont été les seuls mobiles de toutes mes actions.

Mes intentions ont toujours été droites et pures. Tout ce que j'ai fait, je ne m'y suis déterminé que dans l'espérance d'être utile à Sa Majesté.

On a mis les scellés sur mes papiers. On n'y a trouvé que des lettres de différents officiers du génie, relatives au service ; des lettres de mon épouse, de mon fils ; des plans, des mémoires militaires, des cartes ; l'ébauche du Mémoire que je préparais sur Gibraltar ; et un Éloge du Mal de Vauban que je devais prononcer cet été aux Invalides, et qui est terminé par un Eloge de Sa Majesté.

Il n'est que trop évident que d'affreuses calomnies ont surpris la religion de Sa Majesté, et provoqué sa sévérité contre moi. Je mets toute ma confiance dans sa justice. J'espère que, lorsque la vérité lui sera connue, elle me rendra son estime et sa bienveillance.

Fait, clos et arrêté à Paris, le 3 octobre 1808, dix heures du matin. Le Gal Marescot, Cy dev' Ier Inspr Gal du Génie.

Buquet.

Nous avons déjà observé que les rapports et interrogatoires des quelques généraux et officiers que Napoléon donna Tordre de questionner, diffèrent sur de nombreux détails, et, pour diverses raisons, il était impossible qu'il en fût autrement ; mais le rapport, le Mémoire justificatif et l'interrogatoire du général Marescot, que nous venons de citer, n'en concordent pas moins avec les autres documents, sur les points essentiels qui constituent la physionomie vraie des événements de Baylen, et peuvent se résumer ainsi: les troupes du général Dupont étaient très affaiblies par les privations, une diète de près d'un mois, la dysenterie et des chaleurs accablantes ; l'Empereur ne donna au général Dupont, ni des forces suffisantes, ni la liberté d'action qui crée la responsabilité, et il lui fit intimer l'ordre formel de rester à Andujar et de ne tenter aucun mouvement offensif; désobéi par le général Vedel, qui abandonna Baylen le 17 juillet, le général Dupont dut se porter sur ce point le 18, et, dans l'engagement qu'il eut avec l'ennemi le lendemain, il fit preuve de la plus grande bravoure, étant « sans cesse à la tête des colonnes d'attaque » ; voyam ses troupes dans une position désespérée, et aussi bien celles de Vedel que les faibles débris des divisions Barbou et Fresia, le général Dupont conclut avec l'ennemi une convention ou capitulation qui s'imposait, et qui, loin d'être infâme, comme n'a cessé de le dire mensongèrement Napoléon, est au contraire une des plus honorables qui existent, infiniment moins dure que celles de Serurier, de Bosily et de Napoléon III, et beaucoup plus justifiée et moins préjudiciable à l'Etat, que celle de Cintra, approuvée par l'Empereur. Ces points sont acquis à l'histoire.

Le chef de bataillon du génie Bouvier, qui se trouvait auprès du général Marescot, à l'armée du général Dupont, faisait partie du corps du maréchal duc de Conegliano, et était particulièrement attaché à la personne du maréchal. Chargé de se rendre en Afrique, par suite d'ordres du Boi des deux Siciles, il s'était trouvé arrêté par l'insurrection du Midi de l'Espagne, et, dans l'impossibilité d'avancer ou de reculer, il s'était réfugié au milieu des troupes du général Dupont, en même temps que le général Marescot, auquel il devait, d'ailleurs, rendre compte de sa mission. Il resta ainsi constamment près de ce général pendant les affaires de Baylen, mais sans être en aucune façon son aide de camp. Ce brave officier était arrivé le premier sur le revers de la redoute d'Alcolea et avait dirigé, dans ce combat, le bataillon de la Garde de Paris.

Arrêté dès sa rentrée en France et transféré à la prison militaire de l'Abbaye, à Paris, il y fut interrogé le 8 octobre 1808, à neuf heures du matin, par le général Buquet, en vertu d'ordres du ministre de la guerre en date du 12 septembre, et dut répondre à i3 questions. Ses réponses n'offrent rien de saillant ; on y remarque les déclarations suivantes :

Je n'ai entendu que des on-dit, qui variaient beaucoup, sur les opérations de l'armée. J'étais d'ailleurs persuadé que le Gal Dupont avait pour but de réunir toutes ses troupes et d'attaquer l'ennemi ; je supposais que ses ordres lui faisaient éprouver quelque difficulté dans l'exécution de ce projet, et je rapportais tout à cette idée

Je ne puis parler positivement des motifs qui ont empêché d'attaquer l'ennemi à l'arrivée du Gal Vedcl. (Le Gal Dupont ne m'adressait jamais la parole, avait mal reçu quelques observations que j'avais faites) ; mais j'ai vu que les négociations entamées, la dispersion des troupes, leur état d'épuisement et de découragement, l'extrême chaleur, le défaut d'eau, les pertes éprouvées, devaient être de grands obstacles

J'étais le 19 sur le champ de bataille près Baylen.

J'ai entendu dire au quartier général espagnol du général Pena, parle général Coupigny, que le Gal Vedel violait une capitulation arrêtée, qu'il faisait sa retraite...

Je crois que le Gal Chabcrt était seul chargé des pouvoirs écrits du général Dupont...

J'ai ouï dire que les Anglais avaient un officier chargé de leurs intérêts près des Espagnols ; mais je ne l'ai pas vu el j'ignore s'il était là ou ailleurs. J'ai seulement entendu répéter au Gal Castanos qu'il répondait de l'exécution des articles stipulés, qu'il se chargeait particulièrement de ce qui concernait les Anglais. Le Commissaire de la Junta, Cte de Tilly, donnait les mêmes assurances.

J'ai vu constamment le Gal Marescot vêtu d'un habit bleu tel qu'il le portait ordinairement avant la capitulation. Je pense que ce général n'avait d'autre but que d'éviter les insultes des Espagnols; il est parti par la seule grande route peu avant les troupes ; il m'a paru qu'il faisait les journées ordinaires.

Signé : Buquet — Bouvier.

Le 28 septembre 1808, à onze heures du matin, le général Buquet se transporta à la prison militaire de l'Abbaye, pour y procéder a l'interrogatoire du capitaine du génie Boischcvalier, adjoint au premier Inspecteur général de cette arme et faisant auprès de lui les fonctions d'aide de camp. Cet officier, arrivé la veille à six heures du soir, avait été mis au secret. Conformément aux ordres du Ministre de la guerre, en date du 12 septembre, le capitaine Boischevalier dut répondre à treize questions, identiques à celles qui furent adressées au chef de bataillon Bouvier. On remarque, dans ses réponses, les passages suivants :

« Je n'ai point su que le G*' Bclair eût été attaqué depuis le i3 ; je doute même qu'il l'ait été sérieusement avant le 16, c'est-à-dire avant que le g*1 Vedel se fût éloigné de Baylen pour se porter sur Andnjar d'après l'ordre du gal Dupont, autrement cet ordre eût été déraisonnable, absurde. Je n'ai eu connaissance de la marche de l'ennemi sur le point de Mengibar qu'en apprenant les nouvelles de la retraite du gu Belair et de la blessure mortelle reçue par le gal Gobert dans cette action, qu'un aide de camp vint apporter au g"1 Dupont au moment où le gal Vedel arrivait au camp d'Andujar avec ses troupes ».

Lorsqu'on a entendu le canon du ;/'' Vedel, « la négociation était alors entamée, le Corps d'armée du gal Dupont était harassé de fatigues, découragé, désuni ; son artillerie était presque toute démontée »

« J'ai appris que le gal Vedel faisait sa retraite sur Madrid, à Andnjar, le 21, je ne puis précisément me rappeler à quelle heure de la journée, par les officiers espagnols qui reprochaient avec aigreur aux Français présents ce qu'ils appelaient la mauvaise foi de leurs généraux ».

124 LE GÉNÉRAL DUPO>T

Au sujet des motifs qui ont pu ajouter à la perte de la division Dupont celle des divisions Vedel et Gobert : « Les motifs qu'on annonçait étaient d'éviter que le corps d'armée qui venait de se battre, ne fût contraint de se rendre à discrétion, et de prévenir qu'après ce premier échec le corps d'armée du g*1 Vedel, qu'on croyait tourné par celui du gal espagnol Coupigny, ne se trouvât réduit à son tour aux mêmes extrémités. »

Qui a été chargé de négocier et de signer la capitulation de Baylen ? « Le gal Castanos ayant d'avance notifié au gal Dupont qu'il ne ratifiait pas la convention faite entre lui et le gal Reding, envoya dans la matinée du 20 un officier sommer de nouveau le gal Dupont de se rendre à discrétion. Le gal Dupont réitéra alors au général Marescot les instances qu'il lui avait déjà faites d'aller près du gal Castanos essayer s'il ne pourrait pas, en vertu des anciennes relations qu'il avait eues avec lui dans la dernière guerre avec l'Espagne, obtenir des conditions moins dures. Le gal Marescot se rendit à ces instances, et ayant parlementé près d'une heure avec le gal espagnol Lapena, qui commandait l'avant-garde du g'1 Castanos, et qui se dit chargé de pleins pouvoirs pour traiter, rapporta au gal Dupont les conditions que le gal Lapena donnait comme ultimatum ; sur quoi, le gal Dupont, après avoir assemblé ses généraux de Division et les avoir consultés, proposa au gal Marescot d'aller terminer la capitulation, ce que le gal Marescot refusa. Alors le g11 Chabert et M. Yilloutreys reçurent les pleins pouvoirs du gal Dupont et partirent pour remplir cette mission. Le gal Marescot les suivit, dans le dessein d'aller régler ses propres intérêts qui devaient être différents de ceux de l'armée, puisqu'il n'en faisait point partie. La négociation s'est reprise dans tous ses articles et sans qu'il y eût rien d'arrêté précédemment ; elle a eu lieu à la Maison de Poste, entre Bailen et Andujar, où étaient réunis les Commissaires français et espagnols, et a été signée à Andujar. Le gal Marescot, sur la demande formelle des généraux espagnols, l'a signée comme témoin.

« Je n'ai pas su qu'aucun commissaire anglais fût dans l'armée espagnole ; il n'était pas présent aux négociations; j'ignore le motif qui a empêché, s'il était à cette armée, qu'il n'intervint dans la capitulation ; mais il est facile d'imaginer que la mission qu'il y aurait exercée de la part de son gouvernement, aurait dû être tout autre que celle de traiter avec les généraux français.

« Le général Marescot était en redingote d'uniforme pendant le combat, se tenant, autant qu'il le pouvait, auprès du général en chef. Pour remplir la mission dont il s'était chargé par pure générosité envers le gal Dupont et son armée, il s'est habillé de son uniforme avec la grande décoration, et ne l'a quitté pour reprendre un frac bleu, qui lui appartenait, que lorsque la capitulation a été convenue et signée. Il est faux qu'il se soit jamais revêtu de l'uniforme espagnol.

« Le gal Marescot n'a point suivi les troupes françaises prisonnières, parce que les généraux espagnols ne l'ayant pas considéré comme prisonnier de guerre, à cause delà mission particulière qu'il avait d'aller reconnaître Gibraltar et la côte d'Afrique, mission qui n'avait rien d'hostile à leur égard, lui ont proposé de le faire conduire plus promptement à Cadix, pour qu'il pût profiter de l'occasion que lui offrait de retourner de suite en France, le départ prochain de M. Le Roy, Consul général de France à Cadix ; ce qui a eu lieu effectivement. » Paris, le 3o septembre 1808.

Signé: Buquet. Le Capitaine du génie,

BoiSCHEVALIER.

Le chef de bataillon Bouvier et le capitaine Boischevalier furent mis en liberté le 20 octobre 1808, par ordre du ministre de la guerre, après avoir pris par écrit l'engagement d'honneur de comparaître à la première demande.

Le 26 août, l'Empereur écrivait au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint- Pétersbourg :

Saint-Cloud, 26 août 1808.

Lui (Dupont) et Marescot ont montré autant d'ineptie que de lâcheté et de pusilla-

nimité. Je soupçonne que Villoutreys ne s'est pas comporté dans cette circonstance comme il convenait à un officier de ma maison. Je ne le conserverai probablement pas près de moi

Nous avons vu que, dans son interrogatoire des 28 et 29 août, le capitaine de Villoutreys, agissant en loyal soldat et non en courtisan, avait fait des événements de Baylen un récit conforme à la vérité et tout à l'honneur du général Dupont ; déposition d'autant plus significative que cet officier appartenait à la maison de l'Empereur, et n'ignorait pas quesa sincérité l'exposait à une disgrâce. Il fut, en effet, arrêté le 10 septembre, aux écuries de Saint-Thomas-du-Louvre, par ordre de Napoléon, et incarcéré à la prison militaire de l'Abbaye ; ses papiers furent saisis pour être transmis au Grand-Juge, ministre de la justice. Le 12, il adressa à Napoléon la lettre suivante :

Sire, Je fais serment devant Votre Majesté de n'avoir jamais été coupable ni d'intentions ni d'aucune fausse démarche. Je suis fort de ma conscience et prêt à répondre à toute inculpation.

J'implore de ces mêmes bontés dont Votre Majesté m'a comblé depuis mon retour, d'être mis en jugement, pour encourir la sentence la plus sévère, ou recouvrer mes droits à l'honneur que je n'ai jamais trabi. J'invoque de votre clémence, Sire, d'être délivré de la tacbe infamante que porte avec soi le séjour d'une affreuse prison ; que Votre Majesté m'accorde la grâce de n'être pas confondu plus longtemps parmi les criminels et de lui prouver qu'aucun de ses sujets ne lui a jamais été plus dévoué.

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