‹ Le général Fabvier, sa vie militaire et politique (volume 2)Chapitre 12 sur 57 · LS LE GÉNÉRAL FABNIER · texte numérisé non relu

LS LE GÉNÉRAL FABNIER

contre-amiraux. La plupart de ces eficiers tenaient leurs derniers grades de la Restauration ou du ÉONVerhetment de Juillet. Cette mesure étut, disuient-ses auteurs, motivée par « la nécessité de renfermer le cadre de l'état-major séneral dans les limites commandées par Les besoins de Ja Répubiique ».

Fabuier. qu'une récente ordonnance rO\ ale (de novetabre 1S13) avait maintenu, malgré son te de soixante-cinq ans, comme général en activité, dans la premiére section de Fétit major général, était loin de s'attendre à être Compris dans ce travail d'élimination, Son irritation fut extréme. e Vous nr'ôtez au mépris des lois, écrivaital, le 90 avril, au ministre de Ja guerre ({), une épée qui a bravement défendu a lrance, une épée qu'un autre peuple résere: Vous lôtez à UDE INAIN Vito reuse, quand votre patrie est en danger. Reutrez en vous. méme, vous v trouverez un blime sévère (25

ne se borna pas, du reste, à cette protestation a rate, Mais il fut un des promoteurs de celle ME les ofliciers géné raux de terre et de mer frappés par les récents décrets adressérent dès le 2 mai au gouvernement provisoire, Ce document porte que la loi du 4 août 1S39 sur l'état-major cénéral a eté violée. Les officiers mis. suivant eux, indûment à la retraite, se déclarent atteints, non seulement dans Ivars droits, mais dans « leurs entiments patrioliques + et dans ‘teur honneur. 1 ajoutent « qu'ils ne reconnaissent point à un gouvernement provisoire le droit de briser la loi qui protege L'armée », et que « la décision de toutes les questions qui tonchent à la force militaire de la France, principale base de l'indépéndance nationale, ne peut appartenir qu'à uv souvernenent définitivement constitué (3) »!, 3 |

Les signataires de cette pièce “adcessérent peu après une pélition non moins ferme et beäucoup plus explicite à P'Assemblée nationale, qui venait de se réunir (le # mai) et entre les

mains de laquelle le gouvernement provisoire avail résiste (4) Qui “ait alors François Arago. :. ; un

(2) Ministère de la guerre, Archives adnfinistratives, 1146.

(3) Papiers de Fabvier. ù

ee

ses pouvoirs. Les lermes de ce recours étaient relativement modérés. [n'en élit pas de même des Oiserrations sur les décrets. que Fabvier prilla peine de rédiger fui-mème pour les adresser aux représentants du peuple el qui, bien qu'un peu adoucis (sans doute par quelque main amie) (1), étaient encore suffisamment violents pour faire le plus srand Lort à la pétition elle-même,

« Un fait énorme, écrivait le bouillant général, c'est la désignation individuelle, sans information, sans jugement, de Go officiers £énéraux destilués, déclarés 4 jamais indignes de servir la France.

«Ilest à croire que le gouvernement provisoire ignorait la portée du décret qu'il a rendu sous des influences fâcheuses… n'aurait pas de gaité de cœur privé la France de services utiles el outragé tant de gens de cœur.

« Oler à l'armée ses chefs expérimentés pour lui en donner de nouveaux, cest accroître cette fièvre d'avancement qui a déjà l'ail assez de mal, c'est menacer toutes les positions acquises,

‘ Les régiments dont on admire la tenue, la discipline, le dévouement, à qui les doit-on, si ce n'est à ces généraux que l'on proscrit, peut-être parce qu'ils ont résisté à l'esprit de désordre qui va l'emporter? Devant une lutte probable, on destilue presque tous les chefs qui ont commandé dans des guerres réelles, quisavent manier les différentes armes, science ignorée aujourd'hui par la trop grande division en spécialités et dont l'importance a été méconnue par le précédent ministre de la guerre...

« Téméraires sont ceux qui aspirent à commander des armées, des divisions mème, sans y avoir élé préparés par degré, sans avoir fait la guerre réelle, sans s'être assurés qu'à la bravoure du soldat ils joignent celle du chef...

« Plus téméraire et plus coupable encore, le gouvernement qui confierait le sort de la France à des mains inexpérimenées,

(1) existe plusieurs exemplaires de ces Obserrations (autographiées) dans les papiers de Fabvicr.

« Le gouvernement provisoire, étranter aux affaires de aires, regrette sans doute aujourd'hui d'avoir cédé à de man. valises influences,

« L'Assemblée nationale ne voudra pas sanctionner la viola. lation des lois constitutives du pays, mettre la France en danger. Elle Féprouvera des décrets dictés par Pimprudence et Fingratitude. »

Cet appel ne fut pas écouté. L'Assemblée, dans sa séance du 47 juin, crut devoir passer à l'ordre du jour sur le recours des cénéraux mis à la retraite, Les décrets d'avril furent main. tenus. Ausat, dès le lendemain, Faber exhalaital sa colere dans une lettre adressée à la Comnicaon des généraux de terre et de mer et du brouillon de laquelle nous détachons le passage suivant :

…. n'est point de pouvoir humain dont des hommes de cœur puissent accepter ce jugement d'incapacité où d'indiunité: et puisque, dans la situation actuelle, ils ne pruvent qu'attendre un gouvernement détiniivement conetitué, un ministre qui n'ait pas pour but Fholocauste des soldats de Empire à des ambitions pressees de se trouver les seules gloires vivantes de l'armée: qui, respectant les services ren: dus, tienne quelque compte de ceux que peuvent rendre les ofüiciers généraux dont on brise l'épée, als attendronti fi

Le bruit de ces protestations <e perdit dans le retentissement des journées de Jain. Quel rôle joua pendant cette crise douloureuse le général Fabvier? Nous lisnorons. Nous De trouvons son nom nulle pait dans les documents relatits à celle époque. Mais nous VOVOns que, peu apres, le colonel de la 3 légion de la garde nationale de Paris avant donné 51 démission, un de ses amis lui offrit de soutenir sa candida- Lure au commandement de ce corps (43 juillet) 2). Rien n'indique qu'il ait donné suite à cette ouverture, H demeura dans L Vie privée où Le décret du 47 avril l'avait fait rentrer. Mais ce Ne CesSa pas pour cela de s'intéresser aux affaires publiques. lien suivait les divers incidents avec une curiosité passionnée

(4) l'apiers de l'abvier, (2) Ibid,

et ne perdait guère une occasion de manifester, avec sa vivacité ordinaire, son ressentiment coatre les Hhomines du 94 février, ainsi que contre ceux qui, leur ayant succéJé au pouvoir, avaient refusé de se rendre à <es réclamations. Le général Cavaignae, chef provisoire du pouvoir exécutif (1) et candidat à la présidence de la République, ne ai inspirait ni confiance ni sympathie, et Panimosité qu'il lui témoignail allait parfois jusqu'à Pinjustice, C'est ainsi que, presque à la veille de Pélection présidentielle (6 décembre), la comumission des récompenses nationales instituée jadis par le gouvernement provisoire ayant fait connaître la liste de ses propositions eUle public avant pu constater que des parents des assassins qui avaient attenté aux jours de Louis-Philippe oude sa famille figuraient sur cette liste, Fabvier regarda, fort à tort, Cavaignas comme responsable de ces propositions et lui adressa la lettre suivante : € Si vous avez signé le projetde décret publié dans les journaux et accordant des récompenses nationales pour prix de lassassinat, dût la France entière vous élever à la présidence, je déclare refuser mon obeissance à un gouvernement dont vous seriez le chef (2).

On peut supposer sans peine, bien qu'on n'en ait pas la preuve, qu'ilsoutint la candidature de Louis Bonaparte à la présidenceet travailla de Loutes ses forces à en assurer le succès. A coup sûr, il applaudit à l'élection de ce personnage, dont il avail cependant, nous Favons dit, réprouvé les tentatives pour renverser le gouvernement de Louis-Philippe. Le prince, dans lequel n'avait vu précédemment qu'un criminel ou un égaré, s'élevait maintenant au pouvoir par des voies régulières et en vertu de la Constitution que le peuple français s'était hbrement donnée, H portait un nom qui, aux yeux de Fabvier, élit toujours le symbole de la grandeur et de l'honneur de la France, Fabvier, du reste, dans sa loyauté profonde et un peu naïve, ne pouvait admettre (on en verra la preuve), que, malyré ses antécédents, le nouveau chef de l'État fat homme

(1) Depuis le 24 juin 1848. SU (2) Lettre reproduite dans l'Histoire de mon temps, du comte bE MONT-V' AS y.

Buau-

6e LE GENERAL FABVIER

à trahir son serment et à violer la Constitution. Faisait-il pour cela très grand eas de lui? Nous n'oserions laffirimer, ne devait jamais se poser devant lui ni en <olliciteur ni cn courtisan, Mais ilest certain qu'à ce momentil le préférant à tout autre comme président de li République, ECsi lon ajoute à ces considérations que des rapports d'amitié personnelle s'étaient établis de lonuue date entre Toi el la famille Bonaparte, on n'aura pis de peine à comprendre avec quelle facilité une mission de haute contiance lui fut donnée peu de Lemps après par le nouveau gouvernement

Le Danemark, qui avait jadis st bien mérité de Ja France par la fidélité qu'il fur avait témoignée en IST et ISLE, avait maintenant grand besoin de ses bons ofMices., À ce peut Etat appartenait de très longue date le duché de Sleswiz, dont possession lat avait été sarantie, dans les termes es plus pos. Ufs. par les traités de 1720, de 1733 (et de 1815. Ces derniers lui avaient écalement reconnu celle du Holtein. pays allemand situé au sud du Sleswis et qui, tout en dépendant du roi da Danemark, était partie intégrante de Ja Contédération germanique, La premiere de ces deux provinces n'avait, de par le droit publie de l'Europe, absolument rien de commun avec lidite Confédération. Malheureusement ilexistait depuis lon: temps (2) entre les deux duchés un lien adninistratif qui avait tout d'abord rendu possible Pintiltration progressive de Pélée ment £érmantque dans le Sleswis, où, en ISIN environ Les deux cinquicmes de Ta population étnent de lingue allemande. Sous couleur de délivrer ces freres qu'ils représentent comine Opprimés par la cour de Copenhazue, les patriotes de Berlin et de Francfort avaient maintenant a prétention d'englober de gré ou de force dans Allemagne unitaire qu'ils aspirant à fonder Le Sleswiz tout entier, compris la majorité danoise. Un soulèvement avait été habilement foinenté dans les duchés par les pangermanistes dès le mois de mars ISIS; bientôt, Les insurgés ne paraissant pas de force à résister aux troupes du

(A) R ve Bouts, Des Droits d: la couronne de Danemark sur le duché de

Slesiwiy (Paris, 1847, broch. in-8°), pr {5.

(2) Et notamment depuis 1683. Jbid., p. 22. 23.

roi Frédéric VIT (4). des contingents prussiens et fédéraux étaient venus à la rescousse; Le Jutland même avait été envahi par les Allemands. Le Danemark avait fait une belle r'ésis- Lance Mais 1 eût probablement suceombé sans l'intervention diplomatique de plasieurs grandes puissances (Angleterre, Russie, France); intervention d'où était résulté un armistice de sept mois, conclu à Malmoe le 26 juillet et durant lequel les duchés, évacués par Les Danois d'une part, de l'autre par les Allemands, devaient être administrés par une Commission mixte, représentant tes deux parties contendantes, Or, au commencement de FS49, cet armistice Grait à sa fin et, si la cour de Copenhague n'était pas disposée à se relächer de ses droits, Le parlement de Francfort ne Fétait nullement à renoncer à ses prétentions. Le rot Frédérie et ses ministres se metiatent® un peu de PAnileterre, qui ne jouait pas tout à fait franc jeu à leur égard, et n'espéraicnt pas beaucoup de la ussie, qui avait intérét pour le moment à favoriser les cours de Vienne et de Berlin (2). Aussi n'étaient-ils que plus portés ä invoquer les bons offices de Ta France, qui, sans parler de la gratitude qu'elle devait au Danemark, pouvait être incitée à le servir par celte considération que, les duchés une fois anoexés au futur empire, les unitures de Francfort ne manqueratent pas — ils Fannonçaient déjà — de revendiquer comme lerres allemandes également FAlsace et la Lorraine. Frédérie VIE, tout en demandant plus que jamais à la France de ne pas lui refusec son concours diplomatique, souhaitait aussi qu'à défaut d'un concours armé elle permit à un de ses ténéraux les plus expérimentés de venir en Danemark étudier Sa situation militaire et l'aider à élaborer son plan de eumpagne, Fabvier lui avait été désigné comme capable de remplir cel oflice par un de ses anciens collègues de la Chainbre des pairs, le duc Decazes (3). qui, allié par mariage à la famille

(1) Qui venait de succéder à son père Christian VIT le 30 janvier 1848 clqui devait régner jusqu'en 1863, de | (2) Le tsar Nicolas Er soutenait ators passionnément ces deux cours daus leur lutte contre le part révolutionnaire en Allemagne.

- a ; ro : “ré air mbre (3) Ancien ministre de Louis XVII, grand rélérendaire de la Cha

rovale de Danemark, avait des raisons particulières de s'intécer au sort de cet État: etilavait, malsré son âge, accepté d'enthousiasme lFhonorable mission qui lui était offerte, Vu l'estime qu'avait pour lui le Président de Ta République, ainsi que ses ministres, et leur désir à tous de rendre discrétement service à Frédérie VIE, Passentimentdu gouvernement français lui fut accordé sans hésitation. fut done entendu qu'il se rendrait en Danemark à tre privé et.que.<ans rom. promettre en rien la République française, qui. officiellement, ne pouvait que rester neutre, il serait autorisé ÆNournie personnellement au roi ses avis sur la direction à donner à l'armée danoise pour la prochaine campasne.

Fabvier quitta Paris vers la fin de février 4849, traversa rapidement l'Allemagne. s'arrôla quelques jours dans les duché< pour x étudier un peu l'état des chôses et, accompagné d'un Jeune officier (Duval de lravi!lo) qui lui servait d'aide da camp ou de secrétaire, arriva le ff mars à Copenhazue, où il fut recu avec la plus grande considération et José an palais roval (4). Dès le lendeinain, 1 put adresser au ministre des affaires étrangères de France, Drouvn de Lhuvs, une loncue dépèche qui dénote à la fois sa résolution, son dévouement au Danemark et sa foi dans le succès de Ta rause qu'il venait d'embrascer.

Après quelques lignes sévères à lésard de «cette Germanie, monstre qui. à peine né, se présente avec un appétit tel que, si l'on n'y mettait ordre. rien ne pourrait Fassouvir.., c'est un honneur, ajoutait-il, pour le Danemark de résister le premier à une injuste et odieuse agression... Les Danois sont résolus à tout braver pour seconder leur roi dans cette grave cireonstance. Ils vont combattre; la prudence mème feur en tait une loi; car, tandis que les rebelles s'orgamsent, reçoivent des

des pairs de 1834 à 1848. Il avait épousé en 1818 Mile de Saint-Aulaire, petite-fiile, par sa mère, du dernier prince régnant de Nassau-Sarrebruck et pelite-nièce de la duchesse de Brunswick-Bevern. qui avait octenu du roi de Danemark Frédéric VI, son parent, la transmission du dache de Glucksberg en faveur des nouveaux époux.

(4) Lettre de Fabvier au général Rulhière, ministre de la guerre (22 mars 4849). (Papiers de Fabvier.)

renforts. des officiers, achètent des armes et des bâtiments à l'étranger, es finances du Danemark S'épuisent, les peuples des provinces envahies sont ruinés et sont exposés à perdre chaque jour. dans le doute où on les retient, de leurs sentiments de fidélité. Pour le Danemark, les revers sont peu à craindre. Sil suecombe glorieusement dans la Tutte de terre ferme, sa marine fut procurera de larzes compensations el une rude vengeance. F80% n'est pas oublié ({), la confiance et l'espérance du roiet de la nation reposent uniquement sur la France, C'est quelque chose de louchant que cette affection qui résiste à tant d'épreuves. L'accueil que j'ai reçu, malgré la réserve à laquelle j'ai été strictement fidèle, m'a touché profondément... Le patriotisme qui anhme depuis le roi jusqu'au dernier des citoyens à su tenir à l'écart la bèvre révolulionnuire tout en régiant d'un commun et cordial accord Îles limites des droits et des devoirs de chaäcun... Vous savez que le droit du Danemark est parfaitement juste et qu'iln'en cédera rien : sans doute la France le soutiendra de {out son poids dans son intérèt propre, dans celui de fa justice et surtout en souvenir de l'héroïque constance que nous à montrée le Danemark à l'époque de nos revers... (2)

L'armistice devait être dénoncé le 20 mars et la guerre de- Aussi l'envoyé français s'était-il hàté, d'étu-

vait recommencer le 26.

comme on le voit par une note qu'il rédige le 13 mars,

dier la composition de Farmée danoise dont, à cette date. il

évaluait leffectif à 33.2S0 hommes pour les troupes actives, 5.840 pour les troupes de garnison et des vaisseaux, à,400 pour les troupes du train el la réserve de cavalerie, 7,700 (à exercer), — €n tout 52,220

pour les nouvelles levées laborer un plan de

hommes. 1 s'empressa, d'autre part, d'é par le “ouvernement danois et dont

campagne qui fut accepté è l'effet. pensait-il, devait être foudroyant (3). I fallait, à Son (1) Allusion au bombardement de Copenhague par les Anglais en

(2) Papiers de Fabvier.

(3) N'ayant point voulu accepter ment, j'ai vu avec plaisir que tous ont

plan de campagne, tellement que les ordr

aucune apparence de commandeacceplé, sans hésitation, mon es ont été donnés aussitôt et

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