‹ Le général Fabvier, sa vie militaire et politique (volume 2)Chapitre 4 sur 57 · CHAPITRE XIV FABVIER ET CAPODISTRIAS Mars 1828 Mai · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV FABVIER ET CAPODISTRIAS Mars 1828 Mai

Mécontentement de Fabvier. — Son désaccord avec Capodistrias. — Sa rentrée en France: aceuvil qui lui est fait. — Mission qu'il recoit du ministère Martignac. — Mésintelligence persistante entre Capodistrias et lui. — 1 quitte définitivement la Grece.

A la fin de mars 1828, Fabvier, rentré à Méthana, reconsti- {uait tant bien que mal sa petite troupe réduite maintenant à un millier d'hommes, et exhalait sa colère contre l'épitropie de Chio en menaces et en accusations d'une violence extrême, que les témoins impartiaux de sa dernière campagne (f) ne trouaient guère exagérées. « J'accuse de coneussion et de trahison, écrivail-il au chef du gouvernement grec, l'épitropie de Chio, et la plupart des employés de désobéissance, les capitaines Papa-Nicoli et Lebeschi et (ici un mot illisible) d'un complot tendant à faire périr trois mille Grecs dans les plus terribies angoisses. Je prie V. E. de prendre connaissance de celle affaire et de faire justice; sans quoi elle verrait éclater des vengeances particulières (2)... »

D'autre part le chef du Tacticon n’était guère moins irrilé contre Capodistrias qui, tout en l'encourageant à poursuivre jusqu’au bout une entreprise qu’il blämait et dont il déelinait pour Sa part la responsabilité, l'avait constamment laissé sans secours. Fabvier n'avait jamais éprouvé pour Capodistrias, au temps où il ne pouvait le connaitre que de réputation, là

.(t ls ( ) Notamment l'arniral de Rigny. V. sa lettre du 1 mars 1828 au

MR i SE de la marine. (Arch. de la marine, BB, 500, fol. 117-118.) ) Papiers de Fabvier. — V. aussi BxaiNrions p. 454,

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moindre sympathie. Ses préventions contre lui s’aggravèrent encore et le portèrent à le juger non seulement avec sévérité, mais parfois même avec une certaine injustice quand il l’eut vu de près et cut à entretenir avec lui des rapports personnels. I y avait incompatibilité radicale d'humeur, de caractère et d'habitudes entre ce soldat si ouvert, si franc, si primesautier, si peu capable de contenir ses sentiments et le diplomate cauteleux, retors, que la Grèce avait maintenant à sa tête, digne rival de Metternich dans Part de la feinte et du mensonge, fertile en expédients et en subterfuges (rovuryäveus, comme le vieil Ulysse), sachant mener de front les intrigues les plus compliquées et les plus contradictoires, disant rarement le fond de sa pensée et dissimulant avec un art infini ses répugnances, SCS aversions sous Îles apparences de l'approbation, de la sympathie ou de l'amitié. En second lieu, sous le rapport des mœurs et tendances politiques, il n’y avait aucun point de contact entre un Français fils de 89, qui s'était donné pour tâche de servir dans toute l'Europe la cause de la liberté, et ce Corfiote russifié dont l'idéal politique paraissait être l'autocratie des {sars; entre un soldat citoyen qui, sans croire à la nécessité de la République, n’admettait pas qu’un gouvernement pit être fondé sur autre chose que sur la volonté nationale, le partage des pouvoirs, la puissance de l'opinion et des assemblées, et ce politique autoritaire qui, en Grèce comme en Russie. proclamait l'excellence de la dictature; qui, dès son arrivée à Égine, venait de suspendre la constitution de Trézène, d'écarter de lui la représentation du pays, de la remplacer par une commission purement consullative (1), de s'emparer de tous les pouvoirs; enfin de supprimer les libertés communales, si chères de tout temps au peuple hellène. Malgré certains ménagements de pure forme, Capodistrias ne témoignait que peu de confiance aux promoteurs de constitulions, comme les Mavrocordalo et les Condouriotis. Il aspirait au temps où il pourrait sans danger les écarter des affaires et gouverner sans eux et mème contre eux. Or ces hommes étaient tous des amis

() Le Panhellénion, dont les membres, au nombre de vingt-sept, aValent tous été nommés par lui.

de Fabvier, C'étaient eux seuls qu'il jugeait capables de régé. nérer la Grèce et de la bien gouverner. On voit combien il lui était difficile de s'entendre avec le nouveau chef de 1 grecque.

Mais une autre raison eût suffi pour le Jui rendre à Ja foig

à hälion

suspect et odieux : c'est qu'à ses Yeux Capodistrias, agent docile du gouvernement russe, ne songeait qu'à lui inféoder son pays. Hätons-nous de déclarer que celle opinion de Fa. vier nous parait non seulement exagérée, maïs peu équitable, Capodistrias aimait, crovons-nous, sincèrement la Grèce, U Ini a consacré son talent; il lui a sacrifié sa fortune et sa vie. Mais il entendait ne la servir qu'à sa manière et, sans vouloir qu'elle devint une province russe, il est certain qu'il ne voyait pas de salut pour elle en dehors de la protection du tsar. Fabvier, plein de l'antipathie qu'inspiraient aux vieux soldats de l'Empire les hommes du Congrès de Vienne et de la Sainte. Alliance, était, de sen côté, fort sincère dans son jugement sur les tendances de Capodistrias. On sait quelles étaient depuis longtemps ses vues personnelles sur Favenir de la Grèce et sur les devoirs de son gouvernement. Le peuple hellène, qui s’élait soulevé malgré les grandes puissances; qui avait si longtemps lutté seul, contre toute espérance, ne devait, à son sens, pas plus accepter le protectorat russe que la suzeraineté turque. À tort ou à raison. Fabvier était convaincu qu'il pou- ‘ait d'ores et déjà se suffire à Jui-mème. Il avait, du reste, une façon à lui, fort généreuse, mais un peu chimérique, de résoudre la question d'Orient, et à cet égard on verra qu'il ne chantea jamais. Suivant lui, l'équilibre européen et la civilisation moderne n'avaient pas d’ennemi plus redoutable que l'empire russe. [1 fallait à tout prix empêcher cette puissance envahissante de franchir le Danube et d'absorber Constantinople. Au moment où Nicolas Ier s'apprèt € sultan (1) imminent e

ait à entrer en campagne contre , le péril moscovite paraissait à Fabvier tout à fait h l, plus que jamais, redoutable. Les Turcs semblaient incapables de résister. Qui done sauverait l'Europe?

(4) I lui déclara la u

à uerre peu aprè ds le 7 i, ses troupes, franchissant Je Pruth, F près et, dès le 7 mai, I

Pénétrèrent daus les principautés danubiennes.

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