‹ Le général Fabvier, sa vie militaire et politique (volume 2)Chapitre 5 sur 57 · TT · texte numérisé non relu

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FABVIER ET CAPODISTRIAS 373

Suivant Fabvicr, ce ne pouvait être que la Grèce, non pas la Grèce élriquée, réduite au Péloponèse et aux iles, comme la voulait la diplomatie, mais la Grèce intégrale, embrassant non seulement lAttique, la Béotie, PAcarnanie et F'Étolie, mais l'Épire, la Thessalie, la Macédoine et formant un grand État vraiment capable de faire barrière contre l'ambition russe. En tout cas. si ce rêve grandiose ne se pouvait réaliser et si la Grèce devait décidément être protégre, il souhaitait qu'elle ne le fütpas plus par li Russie qu'il n'avait voulu précédemment (1) qu'elle le fût par l'Angleterre; c'était de la France seule qu'elle pouvait attendre un patronage à la fois eflicace, libéral et désintéressé.

En résumé, Fabvier, à son retour de Chio, était bien résolu à ne pas conserver Son Commandement sous Capodistrias. Mais il n'était pas homme à se retirer sans tenir compte des circonstances difficiles où se trouvait le pays et à refuser mème à un politique qu'il n'aimait pas les services que ces circonstanres pouvaient pour le moment exiger de lui. C’est pourquoi nous le voyons à celte époque se conformer au désir du gouvernement en metlant un peu d'ordre dans son établissement de Mélhana; en relevant le moral et la discipline de sa petite troupe, dont il s'efforce de nouveau d'assurer le recrutement. Le 7 avril, il reçoit au camp la visite du chef de l'État, qui le comble d'éloges. Les jours suivants, sur la demande de Capodistrias, il envoie divers détachements tenir garnison à Nauplie, à Corinthe, à Poros, etc. Lui-mème se rend dans la première de ces villes pour s'y concerter avec le Bavaroïs Heideck, qui y commande (et que le Président, in petlo, lui à désigné pour successeur). Puis, en mai, la peste étant signalée à Hydra et à Spetzia, il est requis de prendre les mesures nécessaires pour isoler ces iles, et pendant plusieurs semaines il consacre loule sa vigilance et son activité à cette pénible tâche (2).

Celle besogne accomplie, Fabvier n'entendait pas tarder davantage à se retirer. Du reste, Capodistrias, aussi désireux, dans le fond, de le voir partir qu'il l'était lui-même de sen

(1) Voir les trois chapitres précédents.

(2) Papiers de Fabvicr.

aller, semblait prendre à tîiche d'augmenter ses désoûts en retardant indéfiniment les satisfactions que le vaillant eapitaine attendait de lui. L'épitropie mise en cause par le colonel l'accusait, de son côté, d'abus de pouvoir, de violences: lui imputait à crime la levée du siège du château, la retraite sur Mœæsta, et rejetait sur lui toutes les responsabilités non seule. ment militaires, mais pécuniaires, de l'expédition. Le gouvernement avait institué pour prononcer sur ce litige une commission arbitrale de trois membres, le premier nommé par lui, le second par le synlagmalarque elle lroisiéme par les démogérontes. L'arbitre désigné par Fabvier, Papadopoulo, s'était récusé, à raison de ses rapports d'amitié avec les deux parties: il lui avait fallu en trouver un autre (4) et tout un mois s'était ainsi perdu en préliminaires. Après cela, le semblant d'enquête commencé par la commission s'était prolongé plusieurs semaines sans aucun résultat appréciable, Fabvier avait, par une longue note (dont nous retrouvons le brouillon dans ses papiers), formulé avee précision et en détail ses nombreux griefs contre l'épitropie. 11 voulut aussi être entendu, fut confronté avec ses adversaires et n'eut pas de peine à les confondre. Mais on ne lui rendit pas pour cela justice, où du moins on ne Ja lui rendit pas comme il le voulait. En juillet. le procès était encore pendant. Capodistrias manœuvra sourulement de façon à ce que, malgré l'évidence des faits, les coupables ne subissent pas le châtiment réclamé contre eux par le chef du corps régulier. Après plusieurs mois de procédure, la commission se contenta de disculper Fabvier et n'ordonna pis de poursuites centre ses calomniateurs, se bornant à les déclarer pécuniairement responsables pour la partie de la soide correspondante à lexpédition qui restait due aux troupes ramenées de Chio (2). Et encore ectte déclaration devait-elle rester à peu près lettre morte, puisque Fabvier, une année pius

(4) Les trois commissaires furent finalement : pour Fabvier Clonaris, pour le gouvernement Gennatus et pour l'épitropie Masson. (2) « Kateiranse Tv ÊTRE OTEATOÙ rai Ghuse Toy dh vèc Er,

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tard, put encore constater que les épitropes ne s’élaient pas acquittés de leur dette (4).

Le bouillant philhellène n’attendit pas jusque-là pour résigner enfin son commandement. Encore s'il eût pu, dans une certaine mesure. s'entendre avec Capodistrias sur organisation et la direction militaire du corps régulier, peut-être eût-il fini par se rendre aux instances peu sincères du rusé Corfiote, qui l'invitait à le conserver. Mais à cet égard, comme à tant d’autres, aueune entente n'était possible entre ces deux hommes. Fabvier voulait que le Tacticon fût pour la Grèce une armée nationale et qu'elle n'en eût pas d'autre. IT fallait, à son avis, supprimer les bandes irrégulières et les fondre dans le corps régulier, soumettre sérieusement la nation à la loi de 1825 sur le recrutement; faire que la nouvelle armée eût non seulement un chef unique, seul responsable, mais un centre administratif et militaire où tous les services fussent étroitement rattachés ; enfin que les fonds nécessaires à l'entretien des troupes et du matériel Jui fussent en tout temps garantis. I voulait aussi qu'un camp fût établi près des frontières lurques et que le gouvernement employät loutes ses forces, reconstiluées à l’européenne, à délivrer la Grèce continentale, où Church et Ypsilanti, à la tôte de bandes sans cohésion, luttaient alors péniblement et sans succès (2). A ce moment même l'armée russe entrait en campagne du côté du Pruth. 1 fallait profiter sans retard du désarroi où cette agression allait mettre la puissance turque pour pousser résolument jusqu'en Épire, en Thessalie, en Macédoine et prendre sans retard possession des territoires qui devaient constituer le grand État rèvé par Fabvier. Il y avait, dans de pareils caleuls et de pareils plans, des exagéralions et des illusions contre lesquelles devait forcément réagir un diplomate de profession comme Capodistrias. Ce dernier

(4) Lettre de Fabvier à Capodistrias (17 mai 1829). (Papiers de Fabvier )

(2) Church opérait du côté do l'Acarnanie et du golfe d'Arta; Ypsilanti, du côté de l'Attique et de la Béotie. Le premier avait pour auxiliaire un Français, le colonel Dentzel, vieil ami de Fabvier, qui ne l'avait pas vu sans une vive contrariété consentir à servir sous les ordres d'un géuôral anglais. (l’apiers de Fabvicr.)

ne croyait pas qu'on pûl de longtemps obtenir l'abdication des chefs de bandes et la fusion de leurs troupes dans l'armée régulière, non plus que la soumission du pays à un systéme légal de recrutement. Il ne pensil pas que les grandes puissances fussent disposées à laisser le nouvel Flat rec absorber la majeure partie de Ja péninsule des Balkans. Enfin il faut ajouter que cet homme d Etat, très jaloux de son autorité et désireux de la garder intacte le plus longtemps possible, ne voulait à aucun prix voir près de lui un géneralissume qui, disposant de toutes les forces militaires de la Grèce, eût pu le tenir en échec ou lui faire la loi I redoutait surtout la coopération d'un homme aussi eutreprenant, aussi autoritaire, aussi peu endurant que Fabvier. Habitué à tabler moins sur les chances de la guerre que sur les possibiités di plomatiques, il était d'avis que l'intérêt de le Grèce était de ne pas heurter de front les grandes puissances el d’avoir Pair tout d'abord de se contenter du peu qu'elles lui concéderaient, sauf à en profiter pour tâcher plus tard de s'élargir et d'oblenir davantage. En ce qui touche à l'organisation des troupes, on voit par sa correspondance (1) que pour le moment le mieux était, à son sens, qu'elles se composassent de trois éléments distincts : 4° un corps régulier de trois à quatre mille hommes, aux ordres immédiats du gouvernement; 2 des bandes irrégulières formant un effectif d'égale force; 3 entin un contingent à.peu près équivalent recruté à l'étranger età la solde de l'État grec. C'élaient 1à trois armées indépendantes lune de l'autre, qui, habilement maniées par lui. devaient, à ce qu'il pensait, se contrebalancer et, en toute circonstance, Jui donner le moyen de demeurer le plus fort.

." Fabvier, ne pouvant lui faire partager ses vues, lui adressi, xers la fin de mai, une lettre à.la fois dure et triste pour lui nolifier sa résolution de se retirer. « … Votre Excellence. lui écrivait-il, ne trouvera dans ce pays aucune lueur de patriotisme ni d'instruction, si ce n’est dans Le corps réaulier. be plus, ce peuple, si longtemps plongé dans l'esclavage et privé

;. (4) Voir notamment sa lettre au général de Loverdo du 15 décembre 1828. (Corr. de Cap

odistrias, 11, 454- #66.)

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de l'usage des armes, n'est pas naturellement brave. L’éducation et le sentiment de l'honneur peuvent le rendre tel. Lorsqu'ils auront compris que leur drapeau les conduit dans le chemin de l'honneur, qu'ils se verront estimés du gouvernement et chéris du peuple, vous pouvez vous attendre à des prodiges. Telle est la troupe que j'ai l'honneur de commander aujourd'hui; telle elle sera sans doute sous tout autre chef que vous Jui donnerez, pourvu qu'il soit sincère dans sa marche, simple dans ses mœurs. — Il y à deux ans, j'avais trois mille cinq cents hommes sous les armes, un arsenal suffisant pour leurs besoins, le germe de tous les établissements militaires. Ce phénomène rassurant pour la population, qui n'aurait rien coûté à l'État, conjura contre lui tous les ennemis de l'ordre et mème les intrigants étrangers. On le frappa de toutes parts; il s'écroula et avec lui mon espérance de voir la Grèce acquérir son indépendance avec plus de gloire qu'elle n'en obtiendra des décisions des puissances européennes. J'ai chaque jour des preuves qu'on ne me permettrait pas d'achever quelque œuvre slorieuse. Indépendamment donc des autres motifs qui me contraignent de me retirer, et Fhonneur me permettant de Île faire puisque les dangers sont passés, c'est encore un service à rendre à la Grèce de laisser un autre recueillir le fruit d'un arbre que j'ai planté. Et croyez qu'après la France la Grèce est ce que j'ai de plus cher au monde (1)... »

En mème temps le chef du Tacticon adressait ses adieux tant aux troupes demeurées à Méthana qu'aux divers détachements envoyés dans diverses places. Nous voyons par des lettres qu'il reçut peu après de plusieurs de ses subordonnés ou de ses amis quelle émotion et quels regrets sa détermination excita tant chez les Grecs que chez les philhellènes qu'il avait eus sous ses ordres (2). Fabvier comptait, tant en dehors

(4) Papiers de Fabvier.

(2) Un de ses ofliciers, nommé Cavallo, lui écrivait le 21 mai de Nauplie : « Je ne puis vous exprimer la consternalion que vos adieux apportèrent dans l'âme de vos enfants. Des sanglots, des pleurs, plus de contenance, et personne ne pouvait y résister. La scène que vous aviez voulu épargner par votre absence n'a été que plus triste. Ils se réunirent aussitôt, les officiers et sous-ofliciers, après la lecture de vos adicux, et

Un. ar 2

du Tacticon que dans ses rangs, des administrateurs et deg amis fidèles, qui ne pouvaient oublier, malgré la rudesse par fois blessante de ses façons et de son langage, son infini dé.

vouement à la Grèce et Pamour passionné qu'il lui portait encore. On lui savait gré d'avoir appris Pidiome des Hellènes, d'aimer à le parler, de porter leur costume ct de ne perdre aucune occasion d'exprimer sa foi dans avenir de leur race (1).

vinrent chez moi me témoigner le déplaisir et le resret de perdre un pire aussi bienfaisant. Le jour suivant ceux de Palamidi, cavalerie et artilloe rie. tour à tour s'écriérent mille fois : « Vive le colone! Fabriert Vire « notre pére! Et tout loin qu'il puisse ètre, il sera toujours présent à « notre mémoire; son souvenir servira de délassement toujours à nos « peines et à nos fatiiucs à venir, »

Le commandant Justin, dans une lettre du 7 juin (datée de Tacticonolis), lui exprimail, pour sa part, ses regrets en ces termes: « ... Crovez, mon colonel, que j'éprouve un regret bien sincère de vous voir quitter le corps régulier, C'est maintenant que vous serez peut-être à méme de juger combien je vous ai toujours rezardé comme le seul capable de le conduire ou de lui imprimer avec de faibles movens le sceau du véritable honneur... » — Un peu plus tard (17 juillet), le colonel de Heideck, son successeur dans le commandement des lacticos, ne se montrait pas moins afllisé de son départ : « ... Je ne veux pas vous laisser partir sans vous répéter l'assurance de mon estime sans bornes et de mon amitié la plus sincére.. Je suis bien peint de la résolution que vous avez prise de quitter ce beau pays, et crovez qu'il v en a beaucoup qui partant celle peine avec moi. La seule récompense, tbais sûrement aussi la meilleure. que vous emporterez pour le bien que vous avez fait à cette malheureuse Grèce est dans votre conscience et dans l'estime des hommes qui ont eu l'avantage de vous connaitre. Mais elle suflit et vous n'en avez jamais demandé d'autres... » (Papiers de Fabvier )

(1) « .… I portait le costume albanais, dit un ofticier de la marine française qui le vit vers cette époque (juin 1828)... avait avec lui, conune aide de camp, M. Molière. Ces messieurs. soit pour se conforiner aix coutumes du pays qu'ils sont venus défendre, soit par habitude, ont pris toutes les attitudes et les gestes des Grecs, de telle sorte qu'il serait difficile-wnaintenant de les reconnaitre pour étrangers... La conversation roula sur le caractère grec. Il nous assura que, quoiqu'il fût peut-être de tous ceux qui avaient embrassé leur cause celui à qui ils avaient fait le plus de mal, il ne pouvait cependént pas s'enipécher de les aimer. Le caractère du Grec moderne, disait-il. est absolument le méme que cel de l’ancien. S'ils sont dans l'inaction, si quelque grand intérèt ne les force pas à agir, enfin s'ils sont abandonnés à eux-mêmes, ils deviennent susceptibles d'ingratitude et de tous le

s Crimes. Mais si vous pouvez les émouvoir par de belles actions ; si,

. pressés de toutes parts, ils sont contraints de se montrer, il n'est pas de choses dont ils ne soient capables. Désintéressement, grandeur d'âme, intrépidité, tout semble naturel en eux. Cependant ils ont encore leurs jours, il faut les prendre à point. En

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Tout cela, Capodistrias ne l'ignorait point. I n'était point non plus sans savoir que si Fabvier était très populaire en Grèce, il l'était encore plus en France, où les poètes célébraient sa gloire (4), où le parti libéral l'élevait aux nues; où le gouvernement lui-même (surtout depuis l'avènement du cabinet Marlignac) ne voyait presque plus en lui le conspirateur de 1820, le proscrit de 1823, et commençait plutôt à le regarder comme un auxiliaire utile de sa politique en Orient. Le nouveau ministère français pensait qu'après le grand éclat de Navarin il y aurait pour le drapeau blane de la légitimité, peu gaté de la gloire jusqu'en 1827, à la fois honneur et profit à prèter au peuple helléne une assistance efficace qui, au moment où les {troupes russes pénétraient dans l'empire ottoman, ôterait au tsar tout prétexte de pousser ses succès jusqu'en Grèce et retiendrait la Grèce elle-même dans le cas où, profitant des circonstances, elle eñt voulu s'étendre démesurément vers le nord. On sait que, conformément à ces vues, l'Angleterre et la France décidèrent (d'accord, du reste, avec la Russie elle-même, qui ne pouvait s’y opposer) qu'un corps expéditionnaire serait envoyé en Morée pour obliger Ibrahim à évacuer cette presqu'île. Ce corps, naturellement, ne devait pas ètre fourni par la Russie. L’Angleterre ne pouvait être non plus chargée de l'expédition parce que, maitresse des îles loniennes, on eût craint qu’une fois établie dans le Péloponèse

un mot, ce sont des hommes très difficiles à mener. Mais si l'on a su se les attacher et les connaitre, on peut en faire tout ce que l'on veut. Lorsqu'on prend le commandanent, ce n'est point un lanyage particulier qu'il faut leur parler, c'est celui de tout le monde, c'est le langage en action. Si vous L8 menez au combat, marchez-y le premier, ils vous suivront; faites des prodiges de valeur, ils vous surpassrront,; mais ils seront perdus si vous n'êtes pas assez fort pour leur frayer la roule... » (Joseph Kenvizer, Souvenirs d'un vieur capitaine de frégate, P 215-216.)

(1) Voir dans les Orientales la pièce intitulée Enthousiasme, qui fut écrite en 1827 et d'où je détache cette strophe :

« Commande-nous, Fabvier, comme un prince invoqué ! Toi qui seul fus au poste où les rois ont manqué,

Chef des hordes disciplintes:

Parmi les Grecs nouveaux ombre d'un vieux Romain, Simple et brave soldat qui, dans ta rude main,

D'un peuple as pris les destinées! »

elle ne fût tentée de le garder; d'ailleurs, se posant vis-äcvis de la Porte comme sa protectrice atlitrée, elle croyait avoir intérèt à ne pas froisser le sullan en exécutant elle-méème une opération militaire à laquelle ce souverain ne pouvait pas se montrer insensible. Bref, il fut décidé (19 juillet 1828) que Je corps expéditionnaire serait exclusivement français, sauf à Charles X à rappeler ses troupes dès que leur présence en Morée ne paraîitrail plus strictement nécessaire.

Avant mme qu'il parvint à destination, les {rois puissances avaient résolu de se faire représenter à Utre officieux aUjirès du gouvernnement grec par des agents diplomatiques, et la France avait pour sa part expédié en Grèce le colonel Juchereau de Saint-Denis (4). Cet officier était arrivé à Égine vers le milieu de juinet ÿ avaitélé d'autant mieux reçu qu'il apportait à Capodistrias un subside de cinq cent mille francs, avec l'espoir de mensualités inportantes pour Favenir (2):

Le moment eût été, on le voit, mal choisi pour rudover Fabvier où pour le traiter avec dédain. C'est pourquoi Capodistrias, loin de paraitre pressé de voir partir Fancien chef du Tacticon — dont il avait, dès le commencement de juin, offert la succession à l'Allemand Heideck (3) — témoisnait, en paroles, le plus vif désir qu'il revint sur sa démission, et allait jusqu'à lui faire en présence de Fagent français des reproches pour l'avoir donnée. Fabvier, qui n'était pas dupe de celte comédie, mais qui ne voulait pas avoir aux veux du colonel Juchereau le Lort de refuser purement et simplement ses services à la Grèce, répondait en renouvelant une fois de plus l'exposé des conditions auxquelles il entendait exercer le commandement du corps régulier.

« Aujourd'hui, écrivait-il au Président le 30 juillet, que le

(4) Juchereau de Saint-Denis, né en 1778, avait été autorisé, plus de vingt ans auparavant, à entrer au service de la Turquie comte directeur et instructeur du génie militaire. Fabvier avait pu le voir à Constantinople en 1807.

( ; Je Re ÿ Fouvernement français déboursa pour la Grèce, dans la seule lue . sed de 3.588,000 fr., sans compter, bien entendu, ce coûla l'exp dition du véné ai ) jréce et les Capotistriun. (35) général Maison. (PezLiox, la Gre

(3) Corr. de Capodistrias, 1, 139-140.

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gouvernement français montre avec ant de loyauté l'intérêt qu'il porte-à la nation grecque, je ferais volontiers le sacrifice d'oublier le passé pour faire de nouveaux efforts pour un peuple que j'aime el admire, pour seconder Votre Excellence dans sa pénible et £loricuse (che; mais... je ne puis agir que dans ma conviction: je répondrais mal à votre confiance en entreprenant ce que je ne me sens pas en état d'exécuter.

« Votre Excellence m'a dit que nous partions de deux bases opposées. Cette conviction m'a appris que j'étais désormais inutile.

« Je croyais qu'il était dans l'intérèt de cette cause d'élargir autant que possible le territoire grec, le purger par les armes de ennemi qui le souille, J'ai la conscience que la chose est possible. Je crois que quelques lauriers de plus ne rendraient pas les Grecs indignes de la bienveillance qu'on leur témoisne.…..

« … Cette institution (l'armée réqulière) ne peut ètre accessoire; elle doit être la base de tout ou succomber.

« Réunir tout ce corps en un camp où arriveraient des recrues volontaires en grand nombre, si on autorise l'enrèlement des irréguliers; les conscrits appelés par la loi le compléteraient. Que ce camp soit à la frontière ct que ces troupes entreprennent le plus tôt possible une expédition. Dans ce cas, en ÿ joignant un nombre convenable d'irréguliers et avec plein pouvoir d'agir, je ne doute pas qu'il ne soit possible de dégager la partie de la Romélie qu'il ÿ aurait espoir de conserver.

« En suivant celte marche, j'accepte votre confiance et toutes les responsabilités qu'elle entraine (1)... »

A de pareilles propositions, Capodistrias, qui avait d'abord fait semblant de réfléchir, répondit le 13 août, quand il fut bien assuré que le corps expéditionnaire français ne lui ferait pas défaut (2), par une fin de non-recevoir absolue.

‘.… Vous ne pouvez plus douter, lui écrivit-il, des regrets

(1) Papiers de Fabvicr.

(2) Ce corps était alors réuni à Toulon, où il s'embarqua pour la Grèce le 17 et le 19 août.

(ère noble,

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avec lesquels je vois que le point de vue sous lequel vous

envisagez l'institution du corps régulier ne peut pas être pour le moment — celui du gouvernement grec.

« .… Le corps régulier existe; le gouvernement lait et fera ce qu'il faut pour lui donner de la consistance ct, lorsque les circonstances le permettront, ce corps remplira sans doute la mission qui lui est réservée.

« S'il vous plait jusque-là de réserver... au souvernement grec l'espoir des services que vous pouvez lui rendre, vous ajouterez de nouveaux titres à ceux que vous avez déjà à sa reconnaissance (1)... »

C'était un congé en bonne forme. Vainement, deux jours

après, Capodistrias essaya-til d'atténuer la dureté frone de sa dernière lettre par les formules flatteuses de celle qu'il lui adressa (F5 aoûti au sujet de la liquidation de ses comptes (2). C'était là pure comédie. Cette Hquidation, du reslé, consistait simpleinent dans la promesse de payer à Fabvier 52,000 paslnes dontil s'était personnellement endetté pour le corps régulier.

(4) Papiers de Fabvier. ee.

(2) Le Tacticon, malgré les promesses du rouvernement grec, nn jamais eu de caisse ni de comptabilité részulicres. Bien des ue ds avaient été opérées sans que le colonel püt les prouver par LR justificatives. C'est ce qu'il avait établi le 19 juiilet par une note si ie Vaincante que Capodistrias, le 45 août, lui écrivait : « … Le EE à ment ne peul pas confirmer des comptes qui n'ont pas subi le cent exisé par les règles: mais il n'hésite pas à déclarer Que MONS QUE un avez présentés olfrent tellement les garanties d'une fidélité ne qu'il à cru de son devoir d'accorder inimédiatement le paiement « Fe 52,000 piastres que vous avez demandées sur le déficit de 11,500 spots pour l'acquittement de vos dettes, — Ces garanties sont : {1° qu . grande partie des sommes manifestées dans vos recettes, provenant : donations particulières directement adressées à vous et ne SG trouvan Pas par conséquent dans les livres du gouvernement, n'aurait jatnais pe être connue si vous n'en aviez pas fait la déclaration; 2° que la «on : des dépenses, comparée au nombre des individus qui ent COMpese corps dans les différentes époques, est loin de présenter un excés, ir est extrêmement modique... — Le gouvernement se plait à uppreéciet 4 garanties que présente votre dévouement à la cause grecque et le à B'néreux et loyal que vous avez manifesté dans 1ONLES ES Occasions. — Le gouvernement ne se dispense pas de faire pass réguliérement vos comptes et de vous donner, ou plutôt de se donne i lui-même la satisfaction de les publier un jour, accompagnés des ee Bnages de sa gratitude pour l'offre que vous avez faite pour l'excéden de la somme de 52,000 biastres. » (l'apiers de Fabvier.)

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On lui avait demandé de renoncer en faveur de l'État à tout ce qui lui élait dû en sus de cette somme, € il y avait consenti sans hésiter. Il n'avait jamais reçu ni voulu d'appointements. Aucune satisfaction ne lui était donnée au sujet de sa part de prise du Tagliaferro (À) retenue jadis par le gouvernement et sur laquelle il estimait qu'il lui revenait encore 333,000 piastres, qu'il edt voulu distribuer à litre de récompenses à ses anciens compagnons d'armes (2). En résumé, Fabvier se trouvait joué de toutes façons par le Président, Aussi éprouvait-ilen partant un violent désir de se venger de lui.

I s'embarqua le 23 août, à Navarin, sur un bâtiment de l'escadre française où l'amiral de Rigny lui avait donné passage, sans vouloir attendre l'arrivée du corps expéditionnaire français, dont le chef, le général Maison, élail parti de Toulon le 17 août. Cette détermination de sa part surprit quelque peu ses amis. On croyait en effet généralement, tant en France qu'en Grèce, qu'il allait ètre rappelé dans l'armée avec le grade de maréchal de camp. Son neveu Charles Fabvier, de Nancy, lui écrivait le 11 août qu'il ne tenait qu à lui de mettre un terme à sa longue disgrâce et l'engageait — discrètement — à se montrer moins cassant et moins raide envers le gouvernement de la Restauration (3). Mais le fier

(1) Voir plus haut, p. 298-299.

2} On trouve dans ses papiers un tableau indiquant la répartition qu'il désirait faire entre eux de cette somme.

(3) « .… Plusieurs journaux ont annoncé qu'une brigade scrail mise Sous vos ordres. M. Trézel.. nous écrit que toutes les occasions possibles vous seraient oflertes de rentrer dans les raugs de l'armÿe frangase.. C'est presque le sen! iiument heureux que votre pauvre mère ail passé depuis votre départ... Le souvenir de sa tendresse pour vous, celui de l'attachement si profond que vous portent tous ceux qui vous connaissent... adouciront, je l'espère, l'amertume qu'auraient pu jeter dans votre âne ces injustices et ces vexalions sans nombre dont un vous ä abreuvé ici, Peut-être mettrez-vous un peu plus de douceur, plus d'amitié dans vos relations avec le gouvernement, en songeant qu'il y à ici deux vicux bras qui veulent vous presser encore avant de se raidir Pour loujours.., » De son côté Regnaud de Saint-Jean-d'Angély écrivait le 15 août à son ancien chef : « … 11 y eu a ici qui prétendent que le général Maison vous porte un brevet de maréchal de camp .. Si votre projet était de rentrer dans l'armée, vous ne pourriez le faire par une meilleure Porte, et Trézel, comme sous-chef d'état-major, peut graisser le pène el les gonde.. »

PL

. Même temps !a cause de l'humanité

soldat laissait dire et avait d'autres idées, Ce n'était Pas pour le moment un grade qu'il voulait demander au iinis(ère français. Le général Maison, qu'il rencontra en mer. Jui offrit de le remmener en Morée comme attaché à son étatemjor. f déelina poliment celte proposition et préféra continuer si roule.

I avait conçu le dessein et l'espoir de faire imposer à Capodistrias sa collaboration par le gouvernement français, qui avait quelque peu le droit de parler haut en Grèce et d'exiser que le corps régulier fl reconstitué selon ses vues. C'est ve qu'il donnait à entendre à M. de Caux, ministre de la guerre, en lui écrivant, dès son arrivée à Toulon (4 septembre), pour se mettre à sa disposition en ce qui concernait Je< affaires de la Grèce (1). C'est ce qu'il déclarait fort nettement dans une lettre à son jeune ami Grasset, secrétaire de Fagence de. France en Grèce (8 septembre) : « Sans doute un jour ou l'autre on sera forcé d'évacuer: mais il faut qu'alors la Grèce soit établie et que Falliance nous en reste. I faut que j'organise la force armée, et c'est pour rester dans celle chance que je n'ai pas voulu prendre rang dans l'armée française. J'aimerais mieux que cela se ft fait sans cela. Mais cet autre n'a pas voulu et, si on ne prend pas des mexures sages, On nous donnera encore de la pelle au e.. sans qu'il y ait rien de fait (2)... » Avec un peu moins de précision, mais en termes suffisamment clairs, Fabvier révélait à Capodistrias lui-même ses espérances et ses projets : « .. Vous avez senti que je ne serais à ma place ni en commandant un corps grec dans ces circonstances, pi en changeant tout à coup et prenant du service dans l'arme d'occupation. Je ne pouvais pas agir Comme particulier, Si le gouvernement de mon pays

(4) Après lui avoir fait part de son désaccord avec Capodistrias, il

ajoutait : « … J'ai cru devoir me réserver pour attendre Ja volonté de Mon souverain el conserver toutes les chances honorables de servir en

: et l'intérét de mon pays. et mon premier devoir dans ce cas est d'offrir le résultat de mes études et d0 re expérience dans un pays mal connu, digne de s'élever sous la protee” PACE Nas et d'un poids qui peut devenir considérable... » (Papiers

(2) Arch. de la Société historique et cthnologique d'Athènes, 8385.

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m'ordonne maintenant de travailler pour la Grèce dans cette nouvelle direction, je le ferai avec zèle, mais le devoir me dispensera de la responsabilité (1)... »

On voit par d'autres passages (de ses lettres à Grasset) que ce n'élail pas seulement une mission du gouvernement français qu'il désirait obtenir. F eût voulu en recevoir une aussi d’une assemblée nationale en Grèce, ce qui eût mis Capodistrias tout à fait à sa merci « .… Je suis très disposé à aller leur faire une force nationale, el après ils seront chez eux. Mais je crains la fourberie de cet autre. Ainsi je ne scrais pas fâché s'il était possible, comme c'était l'intention (2), que je fusse nommé par l'assemblée nationale pour commander et organiser les forces grecques (3)... Je désire fort être renvoyé - Jà-bas et n'ai pas voulu suivre le général Maison pour conserver cette chance. Si on me rappelle, que ce soit pour diriger toute l'affaire militaire... je suis le seul qui y soit propre... Je serais bien aise que ce fût l'assemblée nationale qui prit cette décision. Ce serait une tâche un peu fatigante; mais j'ai encore quelques bonnes années dans le ventre (4)... »

Absorbé dans son projet grec, Fabvier fut préservé des entrainements politiques où eût pu le jeter la joie de se retrouver en France après un si long exil, étant donné surtout laccucil quasi-triomphal que lui valut. partout où fut signalée sa présence, sa glorieuse popularité. Son retour causa dans tout notre pays une émotion sympathique et joyeuse, constatée non seulement par les journaux du temps (qui relatent les visiles, les adresses, les invitalions reçues par le colonel à Toulon et ailleurs), mais aussi par les rapports de police dont il fut l'objet et que nous retrouvons aux Archives nationales (5). Ayant appris son débarquement à Toulon, où il demeura près d’un mois en quarantaine, le sous-préfet de

(4) Lettre datée de Toulon, septembre 1828. (Papiers de Fabvier.) ù

(2) L'intention de qui? Sans doute de certains amis que Fabvier avait en Grèce, Mavrocordato et autres chefs du parti constitutionnel,

(3) Lettre du 8 septembre citée plus haut.

(4) Lettre du 20 septembre, (Arch. de la Société historique et cthnologique d'Athènes, 8388.)

(») Arch. nat., F7 6993, dossier 13970.

soldat laissait dire et avait d’autres idées. Ce n'était pas pour le moment un grade qu'il voulait demander au ministère français. Le général Maison, qu'il rencontra en mer, lui offrit de le remmener en Morée comme attaché à son étal-major, 1 déclina poliment cette proposilion et préféra continuer roule.

I avait conçu le dessein et l'espoir de faire imposer à Capodistrias sa collaboration par le gouvernement français, qui avait quelque peu le droit de parler haut en Grèce et d'exiger que le corps régulier fût reconstitué selon ses vues. C’est ce qu'il donnait à entendre à M. de Caux, ministre de la guerre, en lui écrivant, dès son arrivée à Toulon (4 septembre), pour se mettre à sa disposition en ce qui concernait les affaires de la Grèce (1). C'est ce qu'il déclarait fort nettement dans une lettre à son jeune ami Grasset, secrétaire de l'agence de France en Grèce (8 septembre) : « ... Sans doute un jour ou l'autre on sera forcé d'évacuer: mais il faut qu'alors la Grèce soit établie et que l'alliance nous en reste... IN faut que j'organise la force armée, et c’est pour rester dans cette chance que je n’ai pas voulu prendre rang dans l’armée française. J'aimerais mieux que cela se fût fait sans cela. Mais cet autre n’a pas voulu et, si on ne prend pas des mesures sages, On nous donnera encore de la pelle au €. sans qu'il y ait rien de fait (2)... » Avec un peu moins de précision, mais en termes suffisamment clairs, Fabvier révélait à Capodistrias lui-même ses espérances et ses projets : « … Vous avez senti que je ne serais à ma place ni en commandant un corps grec dans ces circonstances, ni en changeant tout à coup et prenant du service dans l’armée d'occupation. Je ne pouvais pas agir comme particulier. Si le gouvernement de mon pays

sd

(4) Après lui avoir fait part de son désaccord avec Capodistrias, il ajoutait : « … J'ai cru devoir me réserver pour attendre la volonté de Mon souverain el conserver toutes les chances honorables de servir en même temps !a cause de l'humanité et l'intérêt de mon pays, et mon ‘Premier devoir dans ce cas est d'offrir le résultat de mes études et de mon expérience dans un pays mal connu, digne de s'élever sous la protection de la France et d'un poids qui peut devenir considérable. » (Papiers de Fabvier.)

(2) Arch. de la Société historique et cthnologique d'Athènes, 8385.

FABVIER ET CAPODISTRIAS 385

m'ordonne maintenant de travailler pour la Grèce dans cette nouvelle direction, je le ferai avec zèle, mais le devoir me dispensera de la responsabilité (1)... »

On voit par d'autres, passages (de ses lettres à Grasset) que ce n’était pas seulement une mission du gouvernement français qu'il désirait obtenir. Il eût voulu en recevoir une aussi d’une assemblée nationale en Grèce, ce qui eût mis Capodistrias tout à fait à sa merci « .. Je suis très disposé à aller leur faire une force nationale, el après ils seront chez eux. Mais je crains la fourberie de cet autre. Ainsi je ne serais pas fâché s'il était possible, comme c'etait l'intention (2), que je fusse nommé par l'assemblée nationale pour commander et organiser les forces grecques (3)... Je désire fort être renvoyé là-bas et n'ai pas voulu suivre le général Maison pour conserver cette chance. Si on me rappelle, que ce soit pour diriger toute l'affaire militaire. je suis le seul qui y soit propre... Je serais bien aise que ce fût l'assemblée nationale qui prit cette décision. Ce serait une tâche un peu fatigante; mais j'ai encore quelques bonnes années dans le ventre (4)... »

Absorbé dans son frojet. grec, Fabvier fut préservé des entrainements politiques où eût pu le jeter la joie de se retrouver en France après un si long exil, étant donné surtout l’accueil quasi-triomphal que lui valut, partout où fut signalée sa présence, sa glorieuse popularité. Son retour causa dans tout notre pays une émotion sympathique et joyeuse, constatéc non seulement par les journaux du temps (qui relatent les visites, les adresses, les invitations reçues par le colonel à Toulon et ailleurs), mais aussi par les rapports de police dont il fut l’objet et que nous retrouvons aux Archives nationales (5). Ayant appris son débarquement à Toulon, où il demeura près d’un mois en quarantaine, le sous-préfet de

(4) Lettre datée de Toulon, septembre 1828. (Papiers de Fabvier.) L

(21 L'intention de qui? Sans doute de certains amis que Fabvier avait en Grèce, Mavrocordato et autres chefs du parti constitutionnel.

(3) Lettre du 8 septembre citée plus haut.

(4) Lettre du 20 septembre. (Arch. de la Société historique et ethnologique d'Athènes, 8388.)

(5) Arch. nat., F7 6993, dossier 13970.

cette ville et le préfet du Var demandèrent si, vu le rôle qu'il avait joué de 1820 à 1823, il n'y avait pas lieu de le mettre en arrestation. 1 leur fut répondu de Paris que le colonel n'avail jamais été condamné et que ses agissements en 1823 n'avaient ‘donné lieu à aucune instruction côntre lui (1). I fallait done le laisser libre et se contenter de le surveiller étroilement, mais discrètement, ce qui fut fail tout le temps que dura son séjour en France. Nous voyons donc par les rapports qu'il lui fut. à Toulon, Marseille, Valence, Lyon, ete., offert des banquets ou des sérénades, mais qu'il se déroba le plus possible à toutes manifestations. A Paris, les étudiants voulurent le fêter au ‘Quartier latin. Plusieurs officiers émirent l'idée d'une souscription par laquelle les membres militaires de la Légion d'honneur lui abandonneraient le dixième de leur traitement de légionnaires (2). Mais Fabvier semblait prendre à tâche de se montrer le moins possible et d'éviter tout ce qui ent pu faire croire qu'il revenait en agitateur. S'il descendit à Paris chez La Fayette, dont il était depuis longtemps redevenu l'ami le plus respectueux et le plus dévoué, il s'y tint fort tranquille -et s’eflorça de n’y pas attirer l'attention sur sa personne. En Lorraine même, où il alla embrasser son frère et sa vicille mère, il ne resta que deux jours (6-8 novembre), étonna tout .le monde par sa réserve et ne contenta pas « les curieux qui ‘le questionnaient sur les affaires publiques et sur les siennes ‘personnelles ». Tout au plus voulut-il bien dire qu'il avait été : reçu avec bienveillance dans le monde gouvernemental et quil ‘allait retourner en Moréec.

Sa grande affaire lui paraissait en très bonne voie. À Paris, -les ministres de la guerre et des affaires étrangères l'avaient !fort bien reçu. Il avait été présenté au roi et au dauphin, qui «lui avaient fait l'accueil le plus flatteur. Bref, il n'eut pas de

peine, à ce qu'il semble, à faire admettre au gouvernement français ses idées au sujet de l’organisation de l'armée

(1) Ministère de …«Fabvier.)

(2) Depuis le 4er de

et n'avait droit com

la guerre. (Archives administratives, dossier du général

cembre 1824 Fabvier était rayé des cadres de l'armée me Colonel à aucun traitement.

Sn

FABVIER ET CAPODISTRIAS 387

grecque et c’est lui que le ministère voulut bien pour sa part charger de celte opération. Des instructions qui lui furent données le 18 novembre il résulte qu'il élail chargé par le roi d'aller en Grèce proposer à Capodistrias la reconstilution du corps régulier suivant ses vues. Le Tacticon (sour l’entretien duquel Charles X promettait un subside mensuel) serait mis en état de pouvoir se substituer aux troupes irrégulières d’une part, et de l'autre au corps expéditionnaire français (4) . 11 semble bien, de plus, que le gouvernement français, sans oser Je dire, ne répugnait pas à l'idée que cette armée prit à bref délai l'offensive contre les Tures et leur enlevât, pour arrondir le nouvel État, une partie de la Grèce continentale, notamment l’Attique, sans compter l'ile d'Eubée (2)

Le fait que l'ancien conspirateur de 1820, l'ancien manifesant de la Bidassoa, était si bien traité par les ministres de Charles X et par Charles X lui-même devait naturellement lui valoir une grande considération dans le monde politique, là surtout où l'on croyait avoir quelques avantages particuliers à tirer de la révolution hellénique. Certaines avances paraissent lui avoir été faites à cette époque par le duc d'Orléans qui, malgré sa déconvenue de 1826, n’avait pas tout à fait renoncé à l'espoir de faire de son second fils un roi des Hellènes. Louis- Philippe pensait que, le parti français paraissant devoir ètre le plus fort en Grèce, le colonel n'aurait plus de motifs pour contrecarrer la candidature du duc de Nemours, et qu'en le flattant un peu il scrait aisé de transformer cet ancien adversaire en un nouvel auxiliaire de sa politique. Fabvier fut invité à diner à Neuilly le 14 novembre et traité par le duc et

(1) Ce corps, dont l'effectif était de 44,000 hommes, avait débarqué en Morée à la fin d'août 1828. L'évacuation de celte presqu'ile par Ibrahim, évacuation que Méhémet-Ali avait prescrite à ce dernier par suite de la convention que les Anglais lui avaient fait signer à Alexandrie, s'était ensuite opérée sans autre résistance que celle du chäleau de Morée, qui avait obligé les Français à tirer quelques coups de cauon (septembreoctobre).

(2) La minute des instructions données à Fabvier se trouve dans son dossier personnel aux Archives adimninistralives de la guerre (n° 1146.)

par ses enfants comme un véritable héros (1). Et ces avances ne furent pas faites tout à fait en pure perte. Car on verra plus loin qu'ultérieurement, à diverses reprises, l’idée d'offrir aux Grecs comme roi un prince français (c'est-à-dire un fils du duc d'Orléans) fut présentée par Fabvier comme très opportune, en môme temps que très profitable à la France. Cependant Capodistrias n'était pas sans savoir ce que l'ancien chef du Tacticon avait obtenu du ministère Martignae.

Aussi s’efforçait-il de réagir contre les préventions du gouvernement français. On voit par une lettre fort longue et très soignée qu'il adressait le 15 décembre 1828 au général de Loverdo (2) quel mal ilse donnait pour prouver qu'il n'était pas une créature du gouvernement russe, pour se disculper de l'accusation de n'être pas libéral, pour se défendre d'avoir eu des torts envers les chefs du parti constitutionnel. Mais on y voit aussi combien il souhaitait peu d'avoir de nouveau

(1) «… J'ai vu Fabvier ce soir, écrivait à cette date même un familier du duc. Il a diné à Neuilly. C'est un homme d'assez haute stature; une tète énorme; cheveux et moustaches noirs; la moustache des plus épaisses. La figure est doute d'une expression tour à tour bienveillante et dure; son sourire est plein de finesse, comme sa parole. On a peine à le suivre, Lant son dé il est rapide et saccadé. Il parait avoir quelque peine à s'exprimer, mais il y a du mouvement et comme une couleur orientale dans son langage. Il s'aide du geste et de l'œil; son ton est moqueur et il est rare qu'il ne critique pas. — I aime la Grèce el les Hellènes, maïs il en parle... comme un homme qui les connait autrement que par les gazelles... Son zèle pour leur cause ne l'a pas aveuglé sur les vices de leur caractère social: mais il les aime pour les avoir adoptés, défendus, disciplinés, et il se loue de leur attachement à sa personne. — Capo d'Istria fait de longs discours, mais il réussit peu là-bas avec ses finesses diplomatiques. Les philhellènes ne sont pas attirés en Grèce par des motifs désintéressés; ils ont plus d'une fois compromis cette sainte cause par l'ardeur de leurs prétentions, leur zèle pour les places. La Bavière s'est distinguée dans cette ambition funeste... Il se plaint amèrement des préjugés répandus par les ambitieux inutilement accourus an service des Grecs contre cette malheureuse nation. Pour lui, il retourne à son poste, muni des pouvoirs du gouvernement français, pour appliquer à l'organisalion d'une armée régulière une partie des sommes qui sont accordées aux Grecs. — Pendant toute cette soirée, les veux des jeunes princes était fixé sur lo héros, que l’auguste auditoire n'embarrassait nullement; il est vrai Qu'il n'aurait pas trouvé chez de simples citoyens plus

de sympathie, de bon accucil et de bienveillance... s — Cuvisien-FLEURY, ® Journal intime, 1, p. 3 et suiv.

(2) Corr. de Capodistrias, 11, 454-456.

FABVIER ET CAPODISTRIAS 389

Fabvier pour coopéraleur. « J'apprécie infiniment, écrivait-il, les nobles sentiments qui animent cet officier distingué en faveur de la Grèce et les services qu'il s'est efforcé de lui rendre. Je crois aussi que parmi les étrangers aucun ne peut lui être plus utile du moment qu'il voudra etre moins absolu et moins erclusif dans ses opinions. S'il se décide à revenir en Grèce, je ne négligerai aucun soin pour le mettre à mème d'atteindre le but qui aura motivé son retour... »

Ce style ne dénotait à coup sûr ni une extrème sympathie pour Fabvier ni un vif désir de le revoir à Égine.— Du reste, en décembre, Capodistrias n'ignorait pas qu'il venait d'être pris, à Londres, des mesures qui allaient renverser tous les projets de l'entreprenant philhellène. La Russie et l'Angleterre n'avaient pu voir qu'avec déplaisir les projets du ministère Martignac. C'est de leurs alarmes qu'était né le protocole du 46 novembre 1828, auquel Ja France, par crainte de voir l'alliance brisée, n'avait pas cru devoir refuser son adhésion. Celte convention portait : 4° que les trois puissances alliées, sans préjuger la question des limites définitives de la Grèce, ne lui garantissaient pour le moment que la possession de la Morée et des îles; 2% que la France, maintenant qu'Ibrahim avait évacué la Morée, rappellerait le gros de ses troupes, mais pourrait en entretenir encore une petite partie dans cette péninsule jusqu'à ce que le gouvernement grec fût jugé en état de se passer de ce secours. C'était là porter le coup le plus funeste au plan du colonel Fabvier. En effet, ü était évident que Capodistrias, assuré du maintien de plusieurs régiments français en Morée (4), se refuserait à augmenter l'effectif du corps régulier dans la proportion indiquée par ce philhellène; et, le gouvernement grec s'abslenant, pour complaire aux trois puissances, de nouvelles attaques sur la Grèce conlinentale, la fusion que Fabvier voulait provoquer entre les bandes irrégulières et le Tacticon serait impossible. Ges bandes se trouvaient alors presque toutes dans la Grèce continentale; il ne fallait pas compter qu'elles enrevinssent de gaité de cœur

(1) resta en Grèce au départ de Maison (1829)une brigade de 4,500 hommes Cominandée par le général Schneider.

pour s’amalgamer en Morée avec le corps régulier et se mettre aux ordres d'un étranger.

Fabvier était parti de Paris plein d'ardeur et de confiance, sans savoir ce qui venait de se passer à Londres. I n'eut con. naissance qu'en arrivant à Navarin (21 décembre) des dépêches qui, en conséquence du protocoie, avaient été envoyées, le 26 novembre, au général Maison. Sa déception fut profonde et fort douloureuse. Les nouvelles instructions portaient que le corps régulier serait bien organisé de façon à pouvoir être substitué aux troupes françaises, mais qu'il n'aurait d'autre destination que de pourvoir à la sûreté du gouvernement et à la garde des places fortes (du Péloponèse), Du reste, comme on semblait prévoir que Capodistrias s’eMorcerail de réduire à des proportions misérables le corps qui devait être confié à Fabvier, cet officier était autorisé à n'accepter le commandement qu'à des conditions convenables et dignes de lui.

Quant à ce dernier, malgré la surprise pénible qu'il venait d'éprouver, il faisait encore bonne contenance et ne paraissait pas disposé à quitter la partie, « … Le général Maison, écrivait-il Je 27 décembre au ministre des affaires étrangères, avait reçu avant mon arrivée des instructions à mon sujet renversant à peu près le projet que Votre Excellence avait adopté. Cependant, il me semble toujours utile d'essayer si M. le Président sera convaincu de la nécessité d’avoir une organisation, dans Je cas où on aurait l'espoir d'arriver au but

progressivement... » Dans une lettre du môme jour au ministre

de la guerre, il revenait à l'idée de marcher contre les Turcs et d'agir éncrgiquement sur l'assemblée nationale (4) : « .… On pourrait s'emparer de l'Eubée, malgré toute la puissance turque, et de là on Commande véritablement en Romélie… L'assemblée nationale va avoir lieu. 11 serait utile qu'un Envoye français recommandable se trouvät près d'elle. Le Président à amené les choses au point qu'il peut s’y traiter des

(4) Cette assemblée n'étai RLnRe navel Lait ; € do ‘&arde de la réunir tan pas encore formée, et Capodistrias n'av

: t'au'il , . ! è ; , : : z = à et d'y être le plus fort. IUil n'élait pus assuré de la composer à son gré

FABVIER ET CAPODISTRIAS 391

choses très graves et que la France y aurait tout poids (1)... »

Dans les premiers jours de janvier, il se rendit à Égine avec le général Durrieu, chef d'état-major du COrps expédilionnaire français, qui avait à se concerter avec le Président sur les conditions de l'évacuation et sur la remise de certaines places fortes aux troupes régulières du gouvernement grec. Capodistrias ne manqua pas de lui faire ostensiblement l'accueil le plus gracieux. Mais Fabvier s'aperçut bientôt qu'il n'avait absolument rien gagné sur Jui. A la suite de pourparlers préliminaires et infructueux, le Président l'invita à lui remettre des propositions écrites (2) (peut-être pour les communiquer aux agents de la Russie et de l'Angleterre). EL, après huit jours de réflexions ou d'entretiens nouveaux, Capodistrias déclara finalement l'entente impossible.

«<.… I est de toute impossibilité, écrivait-il le 15 janvier à La Ferronnays, vu les antécédents malheureux et les circonslances actuelles de ce pays, de fonder l'ordre intérieur sur l'organisation exclusive de troupes régulitres nationales. M. le colonel Fabvier ne partage pas celte opinion. J'apprécie infiniment les nobles sentiments qui animent cet officier en faveur de la Grèce; j'apprécie encore plus la droiture avec laquelle il m'a développé les motifs de sa conviction. Cependant il a reconnu avec moi que, la responsabilité d'une décision quelconque sur une question si grave pesant tout entière sur le gouvernement, c'était à lui, et à lui seul, à prononcer... Il a reconnu aussi qu’en limitant l'organisation. à la seule formation des garnisons des forteresses et dans le but unique de maintenir l'ordre dans la péninsule, il n'entrevoyait pas l’occasion de rendre à ce pays les services importants qui seuls peuvent justifier à ses yeux la part active qu'il prendrait.. à cette réforme, Nous avons 2,000 hommes organisés déjà en troupes régulières. Comme il ne s’agit pas d’armer les forteresses pour les mettre en état de se défendre contre une agression extérieure, il ne serait pas difficile de porter ces

(1) Papiers de Fabvier.

(2) Lettre au général Durrieu du 9 janvier 4829 (Corr. du comte Capodislrias, 11, 517-518.

vw

2,000 hommes à un nombre suffisant à ce service, sans procéder pour le moment à une réorganisation générale... Une pareille tâche ne serait pas à la hauteur des talents de M. le colonel Fabvier, d'autant plus qu'elle n’est nullement conforme à ses opinions (1)... »

Un peu plus tard, le Président. instruisant le colonel de Heideck (qui commandait maintenant le corps régulier) des vastes projets de Fabvier et de ses déconvenues, se montrait bien décidé à ne pas céder, quand même la France le menacerait de le priver de ses subsides. « Si lon adopte ce mode pour nous faire suivre une autre marche. déclarait-il, on se trompe. Nous avons de quoi vivre jusqu'au 15 du mois de février: nous pouvons donc attendre... J'accepte... ce qu'on voudra faire pour augmenteret pour perfectionner le corps de troupes régulières... en conservant les mêmes bases quant aux choses et aux hommes; et je n'accepte rien, si l'on veut me forcer à bouleverser le tout pour admettre de nouvelles bases (2)... »

Enfin, le 31 janvier, Capodistrias invitait assez ciairement Maison à le débarrasser de Fabvier en l'appelant auprès de lui : « I ne dépend plus de moi d'utiliser pour 1e moment les” nobles sentiments qui animent ce brave officier en faveur de la Grèce. Je lui ai donné lecture de mes réponses à M. le comte de La Ferronnays et j'ai abandonné à ses propres décisions le parti qu'il jugera convenable de prendre. Puisque Votre Excellence est disposée à l'appeler à son quartier général, il ne me reste qu à témoigner le regret que j’éprouve de n'avoir Pas pu uliliser les talents dont cet officier a donné tant de preuves... (3). »

Quant à Fabvier, tout en constatant le complet échec de ses propositions, il paraissait encore disposé non pas à renoncer à la partie, mais à passer outre.

Rendant compte au général (le 25 janvier) de ses entretiens avec Capodistrias, il disait lui avoir rappelé tout ce qu’il avait

(1) Corr. du comte €

(2) Jbid., 11, 534-535.

(3) Ibid, 11, 44.

apodistrias, 11, 517-518

FABVIER ET CAPODISTRIAS 393

fait pour le corps régulier; lui avoir reproché l'abandon où ce corps avait été laissé, le traitement privilégié des bandes irrégulières. I avait déclaré au Président qu'il était, lui, Fabvier, meilleur juge que personne en pareille matière; que si on voulait le laisser mettre les choses sur un autre pied, il ferait de son mieux et qu'aussitôl l’organisation terminée, il se retirerait, «Jui laissant le fil à la main ». 1 lui avait représenté tout ce qu'il devait de reconnaissance au gouvernement français; il lui avait enfin mis le marché à la main en lui déclarant qu'il ne pourrait pas accepter une siluation « peu digne de la confiance dont il avait été honoré » par son gouvernement. Tout avait été inutile; le Grec n'avait pas cédé (4).

I représentait d'autre part au ministre des affaires étrangeres (le 34 janvier), qu'il fallait faire de la Grèce un état vraiment fort, capable de se suffire à lui-même et de former une barrière solide contre Fambition moscovite. On ne devait pas laisser à la Russie, dént les armes avaient été assez malhcureuses pendant la campagne de 1828 (2), le temps de prendre sa revanche. Les Grecs ne demandaient qu'à marcher. Hs détestaient les Russes. Quant à Capodistrias, « ….. J'ai tout lenté, écrivait Fabvier, pour convaincre le Président de la lovale bienveillance du gouvernement. Je suis resté avec lui en bons termes... J'ai feint d'ignorer ses manœuvres... Le peuple grec, ajoutait-il, est admirable dans sa résignation; dernièrement... Stralfort Canning voulait préparer un chansement, Le personnage... proposé par les Anglais et dont je vous ai garanti le patriotisme (3), a eu avec ses collègues la sagesse de se refuser à toute démarche qui pourrait amener quelques troubles. L'assemblée nationale aura bientôt lieu. Le Président la prépare par la corruption. Néanmoins elle serail unanime si on lui proposait quelque chose de positif... Il est indispensable que près de l'assemblée il y ait une personne de

(1) l'apiers de Fabvier.

(2) Les troupes russes avaient dû lever le siège de Silistrie et opérer une fort pénible retraite.

(3) Nous ne savons au juste qui Fabvier voulait désigner ainsi. Peutêtre élait-ce Ma vrocordato ?

confiance, un projet arrété sur la marche que le gouverne français à l'intention de suivre (1).

ment

als

Malheureusement pour Fabvier, le gouvernement franc ne voulait plus se prèter à ses desseins. Maison avait pour

instructions de le contenir plutôt que de le seconder et, dans le cas où ses agissements lui paraitraient coMmprometlants pour le ministère, de le rappeler formellement auprès de lui en l'allachant à son état-major, Ce général, qui avait pour lui beaucoup de considération et de sympathie, n'eàt pas voulu le contrister ou le froisser par de trop impératives injonetions. I commença par lui donner à entendre — amicalement — qu'il ferait bien de ne pas rester à Égine (2). Mais Fabvier ne voulait pas comprendre à demi-mot. Il persistait donc à demeurer dans cette île, où il était encore en février et où il nest pas téméraire de penser qu'il s'entretenait avec ses amis du parti constitutionnel (Mavrocordato et autres) des moyens de réagir contre la politique du Président, C'est sans doute à cette époque qu'il envoyait au général Sébastiani un mémoire dont nous retrouvons Ja copie dans ses papiers et que Mavrocordato avait rédixé pour protester contre le tort que le protocole du 16 novembre faisait à la cause hellénique.

Invité probablement par Capodistrias, qu'impatientait la persistance du colonel à ne pas quitter Égine, Maison lui écrivit le 49 février pour l'informer qu'il Fattachait à son état-major. Comme il ne lui enjoignait pas formellement de revenir, Fabvier se contenta de répondre ({* mars) qu'il acceplait cet honneur, mais qu’il croyait devoir attendre à Égine le débarquement du nouveau résident en France, montait la tête de plus en plus. Il v ment français prit Capodistrias par la famine en lui supprimant tout subside. D'autre part, le Président, qui à ce moment même quittait Égine pour se rendre à Nauplie et commencer une Campagne électorale dans le P Jaisser derrière lui un mé

le baron Rouen. Il se oulail que le gouverne-

éloponèse, tenait à ne pas y content comme Fabvier. Ce fut pour © (4) Papiers de Fabvier.

(2) Lettre du 24 janvier 1829. (Papiers de Fabvicr.)

FABVIER ET CAPODISTRIAS 395

répondre à son désir que Maison, le 8 mars (4), invita enfin — courtoisement, mais fort nettement — le colonel à venir le rejoindre à Modon. Cette fois le philhellène dut bien obéir.

Capodistrias oblint peu après un succès diplomatique de quelque importance. En prévision de la réouverture — alors imminente — des hostilités sur le Danube, l'Angleterce voulait ètre armée d'un Lexte qui empêchât les Grecs de se jeter sur les Tures au midi pendant que les Russes les allaqueraient de nouveau par le nord. Mais pour avoir le droit d'exiger d'eux qu'ils se üinssent tranquilles, il fallait bien leur accorder quelques avantages En conséquence, la conférence de Londres, par le protocole du 22 mars, fixa aux golfes d'Arts et de Volo la limite du futur Etat hellénique, c'est-à-dire qu'elle lui promit une portion relativement considérable de la Grèce continentale. fl est vrai qu'en retour elle invitait les Grecs non seuiement à s'abstenir de toute marche en avant, mais à évacuer tout ce qu'ils avaient occupé par les armes en dehors de la Morée et des îles. Le protocole portait en outre que la Grèce, tout en devenant autonome, resterait vassale et tributaire de la Porte. Son gouvernement devait être celui de la monarchie héréditaire; enfin le prince appelé à gouverner la Grèce ne devrait être pris dans aucune des familles régnantes d'Angleterre, de France ou de Russie.

Cet arrangement satisfaisait la Russie par la clause de vassalité imposée au nouvel État (2); l'Angleterre, par l'exclusion dynastique dont il frappait la famille de Bourbon; la France, par l'extension de territoire qu'il accordait à la Grèce. Cha-

(1) Papiers de Fabvier, — Ce même jour Maison écrivait au ministre de la guerre : « … La mission dont vous aviez chargé le colonel Fabvier étant entièrement manquée.…, je l'ai rappelé pres de moi en lui annonçant qu'il serait traité comme colonel d'état-major. » Le 20 mars, il ajoutait : « .., J'ai positivement ordonné au colonel Fabvier de revenir ici; je compte l'emmener en France: sa présence ici inquiéterait le Président... » (Ministère de la guerre, Archives administratives, 1146.)

(2) Celle puissance ne voulait pas voir les populations chrétiennes de l'empire ottoman acquérir une pleine indépendance politique. qui les aurait soustraites à son ingérence; elle tenait au contraire à ce qu'elles restassent rattachées à cet empire par un lien de vasselage

qui lui servirait constamment de prétexte pour renouveler son intervenlion.

cune de ces trois puissances faisait, Au reste, au fond, ses réserves et se promettait bien de profiter des circonstances pour le transformer en un réglement plus favorable à ses intérèts propres. Quant à Capodistrias, il ne pouvail, sans doute, sous peine de perdre dans son pays toute sa popularité, se déclarer pleinement satisfait. HE HE savoir aux agents de Ja Triple Alliance qu'il Jui était impossible de rappeler ses troupes de Romélie ; il profila même du moment où les Russes rouvraient les hostilités contre les Turcs pour envoyer des renforts à Ypsilanti et à Church, qui firent des progrès sensibles dans la Grèce continentale pendant le printemps de 1826 (1). Mais, d'autre part, en affectant de prendre le protocole au pied de Ja lettre et de regarder la Grèce comme définitivement constituée par la nouvelle garantie des puissances, il put se montrer plus que jamais réfractaire au plan de réorganisation militaire proposé par Fabvier.

Du reste, voulant prévenir ou atténuer le mécontentement que son opposition à ce plan eût pu causer au gouvernement français, il Jui demanda bientôt de mettre à sa disposition environ deux cents officiers el sous-ofliciers du corps expéditionnaire pour les attacher momentanément au corps régulier, dont ils deviendraient les instructeurs et organiseraient définitivement les cadres. Le maréchal Maison (2) avait agréé celte proposition, ce qui n'était pas sans augmenter la mauvaise humeur de Fabvier. Il est vrai qu'il voulut aussi donner pour commandant en chef au Tacticon un Français, son propre sous-chef d'état-major (le général Trézel), dont le Président se serait bien passé (3). Mais Trézel ne lui inspirail pas les mêmes craintes que Fabvier. Puis, il avait obtenu cette satisfaction

(4) Church, qui était, lui aussi, en dissentiment avec Capodistrias, quitla son commandement après ces derniers succès et laissa ses troupes sous les ordres du colonel Dentzel.

(2) Le chef du corps expéditionnaire français venait d'obtenir le bâton de maréchal par ordonnance royale du 22 février 1829.

. (3) Ne pouvant absolument éviter cette tutelle de l'état-major français, il eût voulu out au moins voir à la tête du Tacticon un officier moins ns. pit prenne par exemple un simple chef de bataillon; mais toules

inesses furent inutiles, et il lui failut accepter Trézel, qui succéda Comune chef du corps régulier au colonel de Ileideek (août 1829.)

FABVIER ET CAPODISTRIAS 397

que l'effectif du corps régulier ne serait pas sensiblement augmenté et que, pour longtemps encore il y aurait en Grèce trois éléments militaires distincts et à peu près équivalents, entre lesquels, par d'habiles manœuvres, il pourrait continuer à demeurer le maître.

Cependant Fabvier, exaspéré, rêvait maintenant de renverser Capodistrias. Mais ce dernier le surveillait de près, de loin, redoutant de sa part quelque coup de main, et n’était pas homme à Jui laisser la liberté de soulever contre lui soit le corps régulier, soit la population civile. « .. On nous travaille de toutes parts, avait-il écrit à Heideck dès le 14 janvier… Il est d'un grand intérêt de veiller de près à vos tacticos. I ne serait pas impossible qu'on tâchât de pervertir leur esprit afin de les porter à vouloir d’autres règlements ou d'autres régulateurs (1)... » A partir de mars, les dispositions du colonel à son égard devinrent si hostiles qu'il crut devoir demander à Maison de le retenir à Modon, sans lui permettre la moindre excursion dans l'intérieur de la Morée, où il eût pu essayer de soulever les esprits contre lui. Capodistrias fit pourtant encore bon visage à son ennemi en avril, quand il alla faire ses adieux au maréchal. Mais il fut offusqué, parait-il, de le retrouver encore vêtu à la grecque et en témoigna quelque mécontentement (2).

Il est certain que Fabvier ne dissimulait guère à ceite époque son désir d'écarter du pouvoir le protégé de la Russie. «.… Avec un faible corps français (écrivait-il à Sébastiani au commencement d'avril), on pourrait enlever tout jusqu'au Vardar, d'un seul élan, entraînant avec soi quarante mille Grecs

(1) Corr. du comte Capodistrias, H, 510-512. pat

(2) « Le Président avait écrit au maréchal que ma présence à Egine l'inquiétait, ce qui a engagé le maréchal à me rappeler. lei il m'a fait mille politesses, mais a déclaré au maréchal que j'avais trop d influence et qu'il pouvait se trouver quelque circonstance politique où je l'embarrasserais, qu'il voulait pour gouverner avoir lout le pouvoir et que l'avais pour la Grèce des sentiments exagérés. ete... [la vu avec un vif déplaisir que je portais l'habit grec et craint mes voyages... Le Président a désiré que je ne fisse aucun voyage, parce que, dit-il tout franchement, J'ai trop la confiance des Grecs. » Lettres de Fabvier à Edouard Grasset.

17, 27 avril 4829. (Arch. de la Société historique et ethnologique d'Athènes, 8390, 8389.)

en armes. Pour cela, il faut avant tout renvoyer le Président, obstacle au bien par ses vues funestes etson incapacité en fait de gouvernement, Sion ne veut pas Fôter soi-même, que les deux cabinets (D) appuient seulementles Grecs en Signifiantque les sacrifices qu'ils ont faits ne doivent pas avoir pour butd'éti biren Grbcc le pouvoir absolu. hais un système analogue à celui qui nous régit. n'y pliera jumauis elles Grees feront le reste, Vous. mon général, qui portez tant d'intérêt à ce pays, vous qui aspirez à voir la France reprendre son rang eUsa «loire, envagez le gouvernement à prendre un part digne d'elle eCqu'elle ARRETE pas pour prix de tant de sacrifices une déconsidé. ration inévitable, N'est pas temps que nous réparaissions rangs d'où nous sommes tombés? Vous le savez, ce n'est ni de repos ni d'industrie que nous avons soif, c'est de gloire:

« … On pourrait, lisons-nous dans une autre lettre (du 8 avril), se portant rapidement en avant, S'emparer des populations de la Thessalie, Macédoine, Épire, sic: enfin avec Pare des puissances intéressées on créerait une nalion grecque qi, dans vingtouvingteinq ans, serait plus forte et surlont plus molits que hi Turquie... Quant Er HO, je iie trouve heureux d'avoir acquis ici... une influence à offrir à mon gouvernement Ni on ne l'utilise pas, il me restera le souvenir d'avoir au prix de mon sang soutenu ce malheureux pays jusqu'à ce quon soil venu à son secours et offert de belles chances (2)...

Vers la fin d'avril Fabvier parlait d'appeler un ince français, sans se soucier des protocoles: e Si on se déclare pour un prince français, écrivait-il le 27 à Grasset, 1 est probable que cela S'arrangerait avec l'Angleterre et FAutriche, qui sont dans leurs petits souliers (3); le ministère francais serait probablement entrainé el dans ce cas il est maître de faire ce qu'il veut...

Le mème jour, dans une lettre au ministre de Caux, il Sex primait non moins clairement : «Je ne conserve de relations avec personne el ne sors pas d'ici pour condescendre aux désirs de M. le Président et de M. le maréchal. Néanmoins, 08 m'a Cn-

(4) La Frence ct l'Angleterre.

(2) Lettre au géncral Guilleminot,

(3) A cause de Ja reprise des hostiñités per les armées russes.

FABVIER ET CAPODISTRIAS 399

voyéprévenirque, sile gouvernement yconsentait, un fort parti de l'assemblée nationale appelleraitun de nos princes au trône de la Grèce... La France a fait beaucoup. Elle peut d'un mot faire plus, sauver ce peuple du funeste sort qui l'attend de tomber au rang d'une province russe, éviter à l'Europe le danger de voir dans quelques années les Barbares à quarante-huit heures de Fltalie eLentin ajouter un nouvel éclat à la couronne françuise, qui deviendrait a protectrice de la Méditerranée... »

«<… Ce ne sont plus, éerivaitl d'autre part à Guilleminot, comine autrefois, quelques comédiens qui voulaient être maréchaux, chambellans, ambassadeurs, ete., surtout escroquer de l'argent. C'est tout ce qu'il y à de plus considérable sur le continent et dans les îles. Le moment est pressant... Le jour cst arrivé où la Russie veut mettre la dernière main au plan suivi depuis longtemps... Tout dépendence moment de la France. cest sur elle que péseronCles reproches, sion laisse consommer le crime de laisser pénétrer les Russes dansces contrées (4)...

Fabvier dut bien, à la tin, se rendre compte qu'il parlait et écrivait en pure perte : 4 attends, écrivaital tristement vers la fin d'avril. qu'on me renvoie d'un pays qui peut-être n'aurait plus eu besoin de libérateur et de gouverneur si je n'y avais pas été avant eux. Je rentrerai chez mot tranquille et sans euvier les faveurs qui sont tombées de toutes parts; ma part dans le passé me suit (2). + est certain que Maison commencçait à le trouver encombrant et gènant. Le 13 mai, c'est-àdire au moment où le maréchal faisait déjà ostensiblement ses préparatifs de départ, Fabvier lui adressait encore une longue lettre pour lui rappeler ce qu'il avait fait en Grèce, ce qu'il avait voulu, ce qu'il voulait encore et, après y avoir raconté ses déceptions, la términail par ces mots : €... Vous savez que mes instructions sont d'attendre les ordres du ministre. Néanmoins, Votre Excellence étant mon chef direct, je la prie de vouloir bien décider ce qu'elle jugera à propos (3). »

(1) Lettre du 27 avril 1829,

(2) Lettre à Edouard Grasset, du 29 avril 1829. (Arch. de la Société historique et ethnologique d'Athènes, 8391.)

(3) l'apiers de Fabvier.

400 LE GENERAL FASVIER En réponse à cette lettre, Fabvier reçut, dés Ja lendemain un ordre formel de départ !e Personne, écrivait le Maréchal

ne rend plus que moi Justice aux nobles sentiments qui ont

dirigé votre conduite en Grèce, Tn'est pas possible de porter

plus loin le couraze, la constance et le désintéressement. Je

sais aussi que vous pouviez être d'une grande utilité dans ce Paivs pour la formation des troupes résulières, si votre Iission eût été agréée par le touvernement grec n'en est pas ainsi, et je dois dés lors la considérer comme terminée. Le Couver-

pement du roi m'avant ordonné de vous rappeler prés de

moi, j'ai rempli cette première partie de mes instructions en Vous invitant à vous rendre à Modon Maintenant je juze Non seulement inutile à la cause que vous voulez servir, mais peu convepable pour vous-mdme la prolongation de votre Séjour en Grèce et Je désire que vous reveniez en France avec moi La nouvelle position duns liquelle vous vous trouvez placé par le gouvernement du roi vous impose le devoir de rentrer en France. Vous faites partie de l'état-major général de l'armée, et ce qui n'a pas été désigné pour faire partie de la brizude d'occupation doit quiller a Gréce (4).

Fabvier ne pouvait qu'ohéir. I partit. Mais dans son exaspération contre Capodistrias, il annonça que tout n'étut pus fini, qu'il serait pour le Président plus redoutable encore à Paris qu'à Ésine où à Modon (2). C'était là sinple propos d'homme en colère. I ne pouvait plus se faire beaucoup d'illusions sur les chances qui lui restaient de voir adopter ses vues par le gouvernement français. I n'était, du reste, pas moins irrité contre ce £ouvernement que contre Capodistri is lui-même et, la nature ne l'ayant pas fait courtisan, il n'était guère disposé à faire quoi que ce soit pour gagner sa confiance ou ses bonnes grâces.

(1) Papiers de Fabvier. À

(2)« Je pars, écrivait-il à Grasset... mais cela vaut mieux... La-bas, je Solsnerai les affaires plus eflicacement qu'ici; vous en verrez des marques... Je suis bien aise d'aller À Paris, où je peux plus qu'on ne pense. Le maréchal s'est trompé, mais il n'a pas plus de poids que bien d'autres... * (Arch. de la Socièté historique et ethnoloyique d'Athènes, 8347, 8392.)

Fabvier etla question grecque en 1829 et 4839 — Voyages en Lorraine et en Italie. — Journées de Juillet : Fabvier géniral et commandant de li place de Paris, — Sa demission. — Sa participation aux allaires de l'ufozne et d'Espasne. -- Nouveau mémoire sur la Grice. — Fabvier candidat à Ja députation.

Mdgré lant de mécomptes, Fabvier ne revenait ni dégoûté de Li Grèce ni moins disposé que précédemment à la servir. A peine rentré en France — vers la fin de juin (f) — il se hâta de se rendre à Paris, où il s'efforça de réveiller le zèle de ses anis personnels, aussi bien que celui du gouvernement, en faveur de la cause hellénique. I n'est pas téméraire de supposer que La Fayette et Sébastiani, qui cle 9 juillet) attaquerent “sez vivement à la Chambre des députés le protocole du 2- mars, furent documentés par lui sur l'état de la Grèce et sur le gouvernement de Capodistrias. Nous savons d'autre part qu'il alla voir le ministre de Caux, tant pour lui rendre compte de sa conduite que pour l'éclairer sur là politique du l'résident, le détourner de lui accorder d’autres subsides tant quil y persisterait et lui soumettre de nouveau ses plans pour l'extension et l'organisation de la Grèce.

Fort peu après, il est vrai (8 août 1829), Martignac fut remplacé au pouvoir par lultra-royaliste Polignac, qui devait naturellement témoigner moins de bienveillance que son prédécesseur à Fabvier regardé, non sans raison, comme un

(1) Le préfet du Var annonce, le 26, qu'ilest arrivé la veille à Toulon Eur la frégate la Didon avec le maréchal Maison. (Arch. nat, FT 6722,

liasse 8982 0.g)

402 LE GÉNÉRAL FABVNIER

libéral impénitent. Cependant Tes papiers du colonel et les notes de son petit-neveu (D) nous apprennent qu'il all rendre visite au chef du nouveau ministere et que ce dernier ui fiUun

accueil aussi empressé que flatteur, L'ancien chef des résutiers

développa sans doute devant le favori de Charles X cette idée,

qu'il fallait non seulement donner à la Grèce l'indépendance, mais la pourvoir d'un tersitoire assez vaste et d'une oranisation assez forte pour qu'eile pât se suffire à elle-même et sur. tout se passer de la Russie.

A ce moment ième le tsar paraissait plus menaçant que jamais pour l'Europe entière, La campasne de 1829 Jui avait été favorable; ses troupes victorieuses occupaient Andrinogile (49 août) et semblaient devoir arriver sans obstacle jusqu'à Constantinople, Dans ces circonstances, Fidée de faire dans Ja péninsule des Balkans un grand Etat grec, assez consistant pour arrèter le débordement de Fambition mioscovite, n'etal pas pour déplaire au prince de Polisnae. On sat, du reste, que ce ministre, beaucoup plus enclin que Fabvier Juiauéme aux rêves grandioses et aux utopies, parla un moment de refaire en grande partie la carte de l'Europe par une combinaison dont la Grèce eût été l'élément initial et dont Fempure ottoman eût fait principalement les frais. Suivant ses vues, tandis que la Russie eût pris pour elle la Moldavie et la Var chie et que la Bosnie avec ses entours eût été attribuce à l'Autriche, le nouvel Etat hellénique, comprenant Ha plus grande partie de la péaineule des Balkans, eût été adjuzé au roi des Pays-Bas, dépossédé de ses États. dont la moitié méridionale (Belgique, Luxembours) serait devenue française el la moitié septentrionale (Hollande) eût été allouée à la Prusse, celle dernière puissance eût, de plus, acquis le royaume de Saxe, dont le souverain serait venu régner sur l'ancienne Prusse rhénane (2). |

. . “ = : , F + de M. de Polignac fit-il part à Fabvier de son étrange rèverie”

(1) M. Edouard Fabvier, de Nancy, décédé depuis 4895. ® rs qu'on aurait offert à l'Angleterre les colonies hollandaises. Fo Fr ph QE arrondie, aurait cessé de former deux tronçons séparés. — as barbaresques seraient devenus indépendants.

Nous ne savons. Du reste, le traité d'Andrinople, conclu peu après (44 septembre), allait couper les ailes à cette imagination déréglée. Ce que nous pouvons affirmer, c'est que le plan de Polignac, homme de 1815 et de la Sainte-Alliance, taillant l'Europe, comime au Congrès de Vienne, sans aucun souci du droit des nationalités, n'aurait pas séduit Fabvier, fils de 89, qui n'admettait pas, qui n'admil jamais qu'on partageät les nations comme des troupeaux et ne voulait de remaniements territoriaux que S'ils étaient demandés où librement acceptés par les populations intéressées.

Le colonel n'eut, du reste, que des relations très éphémères avec le nouveau ministere, dont les tendances rétrogrades étuient trop manifestes pour que Fidée de se mettre à son service Jui enträt seufement dans Fesprit. Les vieux libéraux ses amis (comme La Fayette) ne lui auraient pas plus pardonné qu'il ne se fût pardonné à lui-même d'avoir cherché à plaire aux hommes qui, par les ordonnances de Juillet, devaient rendre une nouvelle révolution inévitable, L'amiral de Risny, à qui le portefeuille de la marine avait été offert dans cette combinaison, n'avait pas osé Faccepter. Fabvier, qui n'avait reçu du cabinet Marlignae d'autre grâce que d'être relevé de son état de réforme et replacé dans le cadre des officiers à demisolde (1), ne voulut rien demander de plus au cabinet Polinae. Le nom du nouveau ministre de la guerre (Bourmont) lui inspirait une sorte d'horreur et il lui eût répugné d'avoir à soliciter quoi que ce soit de Fancien chouan qui, passé au service de Napoléon, avait, la veille de Waterloo, passé à l'ennemi (2).

(1) Par une décision rovale du # juillet 1829, qui le rétublissait dans la jouissance d'un traitement de non-uctivité de 3,000 francs à compter du {4* novembre 1828, — Le rapport du ministre de la guerre provoquant celle décision porte qu'on n'avait pu établir que Fabvier eûl été transfuge en Espagne en 1823; que, d'autre part, il pouvait ètre excuse d'avoir pris du service en Grèce sans autorisation du gouvernement français ; que, du reste, il avait constamment professé, depuis son arrivée dans ce pays, « des sentiments de respect et de dévouement pour le Roi » et « lenu une conduite judicieuse et fort honorable dans toutes les aflaires de la Grèce », — (Ministère de la guerre. Archives administratives, 1146.)

(2) « Seul, écrivait-il à Grasset lo 28 novembre, armé seulement de ma sincérité de cœur, j'ai fait plus pour l'honneur du nom français que 15,000 hommes et un maréchal, En voilà assez pour se passer des

I reprit done simplement, le 26 août (1), le chemin de la Lorraine, son pays natal, où il se proposait de f année un séjour de quelque durée, Mais il ne se désintéressait pas pour cela des affaires de Ja Grèce. En octobre, en novembre, il s'étendait, dans ses lettres à Grasset,

aire cette

sur la question hellénique, déplorant les fautes commises et se déclin prèt à les réparer. Le traité d'Andrinople l'indisnait. va mettre un Russe à recueillir Le fruit de tant de Sans Vérsé en Grèce et on lui prodigue les moyens de {uut genre, vous paye en insolences et en insratitude, Le VOYEZ-VOUS maintenant pourquoi il ne voulait pas de quelqu'un qui put rapidement organiser la nation grecque militairement, trans porter les limites au deli même de celles d

e Un

ct lui

ésignées ? 42)...

Capodisirias, qui avait fini par réunir un Semblée nationale (en juillet, en confirmation des pouvoirs dix-huit mois (3). «

du potage d'Arzos

séimblant d'asavail obtenu sans peine la dictatoriaux qu'il exerçait depuis + JC n'ai point été surpris, écrit Fabvier, - On à ce qu'on à voulu. Vous vous rappelez que j'avais prolesté contre la remise de l'argent. Je savais ce qu'on en ferait tic ta

Un peu plus tard (28 novembre), it rappelait encore quel rôle il eût entendu jouer en Grece €... Aucun individu grec où élranger n'a acquis la confiance que J y conserve.

si on eût voulu le seconder.

“.. NL n'y avait rien de facile... comme de profiter de la disposition des Grecs, qui ont un si gratid esprit de nationalité, pour fonder un État destiné à recueillir tous les débris de la

lurquie et l'élever Contre la Russie, Au lieu de cela on HOr-

faveurs des 8Ens qui osent mettre un Bourmont à Ja tête de l'armée... »

(Arch. de Ja Sociéte historique et ethnoluzique d'Athènes, 8254 ) (1) Arch. nat., F7, 6993. 3

() Lettre du 29 octobre 4829, (Arch. de la société historique et ethnolo- Bique d'Athénes, 8393.)

(2) Le Pauhellénion fut seul doat 7 devaient être norminé chcisis par Jui Sur une liste blé; nationale, C ment aux vacane

(4) Lettre du 2

emont remplacé par un Sénat de 27 membres.

8 directement par le Président et les autres triple de présentation formée par l'assem- APodistrias était, du reste, chargé de pourvoir libro

es, au fur et à mesure qu'il s'en produirait, 9 octobre citée plus haut,

geait d'argent un Russe qui n'en faisait que plus l'insolent (4)... »

Cependant la question hellénique préoccupait encore beaucoup la conférence de Londres. L'Angleterre et la France craignaient, en maintenant la Grèce dans l'état de vassalité vis-àvis de la Porte, d'augmenter les moyens qu'avait déjà Ja Russie de se mêler, sous couleur de protéger les chrétiens, des affaires de l'empire ottoman, La première de ces deux puissances ne voulait pas, d'autre part, que le nouvel État grec fût trop, voisin des iles Toniennes. Un nouveau protocole (3 février 4830) déclara la Grèce indépendante, en lui enlevant l'Acarnanie etlui désigna le prince Léopold de Saxe-Cobourg (2) comme son futur souverain. Tous ces arrangements ne charmérent que médiocrement Fabvier : « Dites-moi ce que vous saurez de Saxe-Cobourg, écrivait le 5 mai 1830. Quant à moi, je désire grand bien aux Grecs; mais je ne vois pas que les emprunts, les expéditions, ete., les aient rendus plus heureux ét plus moraux. Capo d'Istria doit avoir un peu le nez cassé, quoiqu'il n'en fasse pas le semblant. Toujours est-il que je n'aurai pas grand'peine à le remercier, car je suis le seul, je crois, qui n'aie reçu pas méme une feltre de compliment quand je suis parti... (3). »

Fabvier n'oubliait done pas la Grèce. Toutefois, elle ne Île préoccupait plus, comme précédemment, au point de Jui faire négliger son pays natal et ses affections privées. I passa cette fois plus de quatre mois dans sa chère Lorraine, au milieu d'amis d'enfance et de compatriotes qui, comme son vicux protecteur le général Drouot (4), lui étaient chers à bien des

(4) Lettre à Grasset. (Arch. de la Société historique et ethnologique d'Athènes, 8394.)

8, Nû en 1791, mort en 4865. 11 avait épousé en 1816 la fille unique du prince do Galles (plus tard roi d'Angleterre sous le nom de George IV). Devenu veuf pou après et sans enfants, il était néanmoins resté en Aogleterre, où il jouissait d'une grande influence. On sait qu'ayant refusé le trône de Grèco, il devint un peu plus tard roi des Bel:es (1851).

(3) Lettre à Édouard Grasset. (Arch. de la Société historique et ethnologique d'Athènes, 8396.)

(4) Fabvier avait jadis servi sous ses ordres dans la garde impérialo

et n'avait cessé depuis d'entretenir avec lui des relations les plus atleclueuses.

titres; près de ce frère qu'il avait jadis si souvent rudové SANS avoir jamais cessé de l'aimer: près de ce neveu, devenu main. tenant un homme, auquel il avait. à diverses reprises, adressi par écrit de si virils conseils. I put enfin donner à sa vieille mère la consolation de ne pas mourir loin de Jui,

C'est aussi à cette époque que nous voyons reparaitre dans sa vie un sentiment plus vif et plus ardent que les affections de famille: sentiment dont nous avons signalé Ta naissance discrète et romanesque en racontant sa jeunesse et dont le réveil allait donner à sa destinée une orientation toute nou. velle. I avait retrouvé en Lorraine cette duchesse de Frioul qui Jui avait inspiré jadis une adoration si respectueuse el si pas: sionnée (1, et qui semblailencore, après son veuvage, ro au-dessus de Jui par son titre et par les conventions sociales pour consentir à lui accorder sa main. Du reste, Ta veuve de Duroc avait paru, depuis FR813, vouloir se consacrer sans réserve à Féducation de sa fille, alors au berceau. Fabvir avait-il éprouvé d'elle quelque refus? Avaitail gardé au cœur le vague espoir que, s'il pouvait offrir un jour à la duchesse de Frioul un nom illustre et une grande situation miltarre, elle voudrait bien agréer ses vœux? Nous l'isnorons. Ce qu'il y à de certain, c'est que, depuis douze ou treize ans, la pol tique, les conspirations, la guerre de Grèce ne lui avaient guère laissé le loisir de penser au mariage.

Mais à l'automne de 4829, quand il rentra dans son pays, relativement jeune encore et tout auréolé de gloire, et qu'à proximité de sa ville natale il retrouva au château de Clémery la veuve de Duroc, alors âgée de quarante ans à peine. il éprouva certainement le désir de lui plaire. Elle de son côté, touchée sans doute de sa constance, non moins que flattée des hommages d'un soldat maintenant célehre danstoute l'Europe, ne se défendit pas plus à son égard de la sympathie que de l'admiration; suivant certains rapports de police, le bruit d'un - projet d'union entre la duchesse et lui courait à Pont-à-Mous-

son en septembre 1829 ; le 22 de ce mois, devait avoir lieu à

(1) Voir les chapitres 11, in, 19 et v de cet ouvrage.

Clémery une réunion où assistereit le général Drouot et où il serait traité d'un double mariage: celui de la duchesse avec Fabvier, et celui de sa fille avec le fils du général Marie (1).

Cette fête de famille n'eut pas lieu, parce que sur ces entrefaites Hortense Duroc était tombée malade, et si gravement qu'au bout de fort peu de jours on désespéra de la sauver. Le 23 septembre linfortunée jeune fille rendait le dernier soupir. La douleur de laduchesse fut si vive et donna à ses amis de telles craintes pour sa santéque Fabvier ne put se résoudre à s'éloigner d'elle et, au lieu de retourner à Nancy, demeura près de deux mois à l'ont-à-Mousson, d'où il allait tous les jours Ja voir à Clémery.

Lui-même fut, très peu après, cruellement frappé par la mort de sa mère, dont les funérailles eurent lieu le G décembre. Bientôt. d'autre part, le marquis d'Alménara, père de la duchesse de Frioul, accourant d'Espagne pour la consoler aussi, fut arrèté par Ja maladie à Paris, où elle se rendit pour le soigner (décembre) (2). Tant de malheurs accumulés en si peu de temps rendirent plus étroite l'affection qui unissait le colonel à la veuve du grand-maréchal. Dès lors il ne voulut plus la quitter et elle-même, en attendant que son deuil et sa santé lui permissent de réaliser son projet de mariage, ne put se résoudre à se séparer de Jui. Des médecins lui ayant ordonné de voyager, elle résolut, au commencement de 1830, d'aller visiter ltalie, I fut décidé que Fabvier l'y accompagnerait. Mme Duroc, sa belle-sœur, dut être aussi du voyage (3).

Le départ eut lieu jeu de temps après. Le 25 janvier, on était à Lyon. Le 9 février, on franchissait le Pont-du-Var. En mars, on était à Rome, où l'on fit un séjour d'environ deux mois. C'est de cette époque, à ce qu'il nous semble, que datent les rapports affectueux qui, jusqu'à la fin de la vie de Fabvier,

(1) Arch. nat., F7 6993, dossier 18970.

(2) Tous ces détails et la plupart de ceux qui précèdent nous sont fournis par les rapports de police mentionnés plus haut. — Le marquis Palma mourut à Madrid quelques mois plus tard (septembre S30). y,

(3) C'est du moins co qui nous semble résulter d'une lettre par laquelle

abvier, à son retour, écrit de Paris à son neveu que Mme Duroc doit lui apporter un cadeau de la part de la duchesse. :

devaient exister entre lui et la famille Bonaparte, 1 ne parait pas qu'il eût eu, jusqu'à l'époque quinous occupe, de relations privées avec les parents de Napoléon. IT <e Via d'amitié avec plusieurs d'entre eux pendant ce voyage e@©par Fentremise le la duchesse de Frioul, qui avait jadis longtemps vécu aux Tuileries et se trouvait, de plus, être une amie d'enfance d'Hortense de Beauharnais (4). L'ex-reine de Hollande habitait alors la ville de Rome avec ses deux fils, dont l'aîné devuit succomber l'année suivante au milieu de l'insurrection des ho. magues ct dont le plus jeune, Louis, devait être un jour Napoléon HE. Son salon, où se pressaient Les Hbéraux et les eirho. nari, était le rendez-vous de tous ceux que quelque regret on quelque espérance rattachaient au nom de Bonaparte, La poli. tique n'en excluait pasles plaisirs. Celui de Mme Lietizia, mere de Napoléon, qui tenait aussi sa petite cour à Rome, était plus austère, mais n'attirait guère moins de visiteurs. L'ex-roi Ji. rôme était également fixé à Rome avec ses deux enfants 12 depuis 1823. Le prince de Canino {Lucien Bonaparte: y demeurait de son côté, Tout ce monde de mécontents et d'a tés, qui ne parlait que de gloire et de liberté, fut vu de pres par Fabvier qui, sans devenir Fami politique des Bonsparte, ne se défendit pas d'une certaine sympathie personnelle pour ces exilés. 1 la leur témoigna plus tard, tant sous la monarchie de Juiilel que sous la seconde République, avee quelque impr dence peut-être, mais à coup sûr avec un complet désintéres sement, et Napoléon HE, dont il était l'ami personnel, ne devait jamais l'avoir pour courtisan.

De Rome, les voyageurs gagnèrent Naples, où ils étaient au mois de mai Puis ils reprirent, par Florence, où ils paraisst nt avoir séjourné quelque temps, le chemin dela France. En juillet la duchesse de Frioul s'arrêétait encore à Aix-en-Savoie, pen dant que Fabvier contintiait sans elle sa route vers Paris Pourquoi le colonel s'était-il décidé à retourner seul dans la capitale? Nous ne savons au juste. Mais on peut supposer sans

(4) Voir plus haut, p. 50, 97.

Le La princesse Mathilde, née en 1820, et le prince Napolcon, pé en

FABVIER ET LA RÉVOLUTION DE JUILLET 4uv

imvraisemblance que les circonstances politiques n'étaient pas étrangères à sa détermination. Peut-être ses amis de Paris, en prévision des événements graves que préparait inconsciente folie de Charles X, lavaient-ils invité à hâter son retour. Après l'adresse des 221, la dissolution de Ja Chambre et les élections nouvelles, le bruit qu'un coup d'État était imminent se répandait de toutes parts. Rien d'étonnant à ce que Fabvier, même sans avoir été averti, voulût accélérer sa rentrée pour voir de près ce qui allait se passer,

Quoi qu'ilen soit, il dutse féliciter de n'être pas resté plus longtemps en route. Le Jour même où il rentrait à Paris, le 27 juillet, la révolution commencait. La veille, les fatales Ordonnances, depuis longtemps pressenties par le publie, avaient paru dans le Moniteur. Presque aussitôt les journalistes avaient déclaré publiquement qu'ils n'y obéiraient pas. Vingt quatre heures après, les premières barricades s'élevaient, les premiers coups de feu étäient tirés dans les rues. L'insurrection se propageait comme une traînée de poudre. Le 28 au matin la grande bataille éclatait dans toute la capitale; la cocarde ete drapeau tricolores reparaissaient de toutes parts. et Fabvier écrivait à la hâte les lignes suivantes à son neveu :

«…. Me voici arrivé à Paris depuis hier au soir. Je suis tombé au milieu d'un tapage auquel je ne comprenais rien. Aujourd'hui cela augmente encore I y a déjà des tués et des blessés en grand nombre. Dieu sait où tout cela nous conduira! Dieu sait aussi qui diable a mis tout cela en train! A moins que ce ne soit la conséquence inévitable de ce quiexiste depuis quinze ans, On dit que Rouen est en l'air, que Lyon va suivre. Où vaton? Qui le sait ? Mais la couleur d'aujourd'hui est bien grave. On abat dans tout Paris le signe royal et les prudents marchands devancent les insurgés. Ce soir on prétend de part et d'autre frapper le grand coup. La plupart des postes ont été désarmés ce matin avec peu de résistance. On dit que la ligne ne veut pas tirer; la garde seule tient. Polignac a des troupes bivouuquées dans son jardin et sur Île boulevard. On parle d'arrestalions et, en attendant, le peuple est le maître. C'est toute la masse et non une plaisanterie de jeunes gens comme

tite Ter,

autrefois. Comme si c'était une fatalité. c'est le maréchal Mar. mont qui commande Paris! C'est de l'huile sur le feu.

« On vient de me dire que la Préfecture, Hôtel de Ville. la Préfecture (1) et tous les faubourgs supérieurs des deux rives sont au pouvoir du peuple. Li garde nationale S'organise, Le nombre des tués et blessés augmente, Le 5° de Higne à refus de faire feu, etc.

« Adieu. Je ne sais si les postes partiront ce soir.

Quel rôle joua Fabvier pendant les {rois glorteuses® Cet ce que nous ne savons pas au Juste, Le 90 Juillet, nous le retrou. vons à l'hôtel des Invalides Y exerçcait-il un commandement? Nous l'ignorons. A cette date Lafavette et le général Gérard, ses amis, venaient d'être chargés par la commission municipale de FHôtel de Ville, Fun du commandement de Ja garde nalionale, l'autre du ministère de la guerre et du commandement des troupes actives, Ce dernier, à qui le colonel s'était empressi d'écrire, lui répondait sur-le-charap par Le Pallet suivant, dent nous retrouvons l'original dans les papiers de Fabvier :

« Je reçois votre lettre, mon cher colonel. Je vous envoie le colonel Smalikowski que vous me demandez pour vous Fret placer à l'hôtel des Invalides. Si vous voulez venir me trouver au Carrousel et me servir de chef d'état-major, vous me ren: driez service.

« Amitiés,

« Comte GEnano.

« 30 juillet. »

Fabvier se rendit aussitôt à cet appel, et voilà comment ce aillant soldat sortit enfin de sa lonzue disgrâce. I fut donc, el à sa grande joie, étroitement mêlé aux événements d'où résultèrent l'exil de Charles X et l'avènement de Louis-Philippe? Voir erborer de nouveau ce drapeau national abattu en France depuis les iomphes de l'étranger; voir les libertés publiques garanties par un contrat solennel entre le chef de

(1) I faut sans doute ajouter ici : de police.

État et les représentants du pays, c'était tout ce qu'il avait souhaité dans ses longues années d'exil. I n'avait jamais demandé lai République; il ne la désira jamais. Une royauté constitutionnelie, soucieuse de l'honneur national, respectueuse de a liberté, fidéle à ses engagements, tel était à ses veux le gouvernement qui convenait le mieux à la France. Aussi la monarchie de Juillet ne devait-elle pas avoir de partisan plus convaincu, plus ferme et plus dévoué que lui.

Yavait-il pour cela chez lui quelque arrière-pensée d'intérêt personnel ? Se préoccupait-il à ce moment, comme tant d'autres. de places et de faveurs? Y songeait si peu que, juste au lendemain de cette révolution qui lui rouvrait en France toute crande la carrière des honneurs, il semblait encore désirer pardessus tout être renvoyé en Grèce pour y reprendre son œuvre interrompue.

La condition du peuple helléne ne s'était pas améliorée depuis le 3 février F830. Capodistrias avait, tout en simulant le désir de voir l'élu des grandes puissances monter sur le trône, manœuvré sournoisement de telle sorte que Léopold de Saxe-Cobourg, ne trouvant ni sécurité ni dignité dans la rovauté qui lui était offerte, avait pris le parti de la décliner (29 mai), La conférence de Londres ne savait à qui offrir la couronne qu'il avait refusée. En Grèce, le Président se faisait chaque jour de nouveaux ennemis par ses complaisances pour la Russie aussi bien que par son mépris des libertés publiques (1). Les primats des îles, de Romélie et du Magne

(!) Sur le gouvernement de Capodistrias et les causes de la catastrophe par laquelle il devait se terminer, voir, d'une part, PararorotLo Vretos, Mémoises biographiques el historiques sur le Président de la Grèce, le comte Jean Capodistrias (Paris, Didot, 1837, 2 vol in-$°), ouvraze on ne peut plus favorable à la politique du Président; — de l'autre PerLttox Senéral), La Gréce et les Capodistrias pendant l'occupation française de 1828 à 1831 (Paris, Dumaine, 1853, in 8), livre où celle politique est an contraire sévèrement jugée — Voir également la Correspondance de Capodistrias, que nous avons plusieurs fois citée; — les Lettres et documents officiels relatifs aux derniers événemeuts de la Gréce qui ont précédée elsuivi la mort de Capodistrias jusqu'au 31 octobre 1831, publiés par plusieurs membres du comité grec de Paris (Paris, Didot, 1831, in-8°); — LEstn, Annuaire historique, de 4829 à 1833: — G.Isawveur, L'Indepeñdance grecque et l'Europe (Varis, Plon-Nourrit, 1900, in-8°), etc.

qu'il avait écartés systématiquement du pouvoir, Comment çaient à lui refuser lohéissance La guerre civile ferment. autour de lui. C'est alors que Fabvier fit parvenir au généy l Gérard une note relative aux affaires helléniques, document dont il n'était pas l'auteur, mais auquel il erut devoir joindre ses propres réflexions sur cette matière, Ces réflexions rer plissaient une lettre d'envoi, très étendue, dont il existe une copie dans ses papiers et où il S'efforcait une fois encore de démontrer qu'il y avait intérêt pour l'Europe à ce que Grèce fût un grand Etat, et à ce qu'elle ne subit pas pins longtemps l'influence prédominante de la Russie.

<… Le mal que l'on a fait, disaitail, est grand... Néanmoins, il y a un remède. Qu'un homme généreux, si on en trouve un parmi les princes, &e jette en Grèce, sains argent, sans troupes: il réussira et hénira le ciel d'avoir entrepris cette belle Lich, Je pense que le gouvernement pourrait S'entendre avec An cleterre à ce sujet... Si l'on n'était jrs de suite d'accord sur le choix du prince et qu'on eût l'ecpoir de quelque temps deja pour la France, je m'engagerais à réaliser ce que J'ai indiqué, Je ne demande qu'une frézate et un an, pas un sou €t jrs un homme... »

Fabvier ne se faisait-il pas encore illusion? Nous ne saurions le dire. Du reste sa proposition n'eut aucune suite. Loui<-l'hi- Dppe ni ses conseillers de prédilection les Dupin, le Mole. les Sébastiant, les Guizoti n'étaient sens à se jeter dans de pareilles aventures et à y compromettre la rovauté de Juillet, encore chancelante, Gérard voulait si peu pour sa part laisser repartir Fabvier pour l'Orient que. le jour méme où ce dernier lui adressait la lettre que nous venons de citer (c'est-à-dire le 4 août 1850, il le faisait nominer maréchal de camp et Jinvestiscait du commandement de la place de Paris et du département de la Seine. Peu après, Louis-Philippe constituait sun premier ministère (11 août). Gérard, pourvu du bäton de maréchal de France, y gardait le portefeuille de Ja guerre La Fayette devenait de son côté, le 16 août, commandant général des ardes nationales du rovaume, La présence de ses meilleurs smis au pouvoir, dans des circonstances encore fort

difticiles, ne lui permettait pas de se dérober à la tâche honorable, mais ingrale autant que pénible, qui lui était offerte, Il ajourna donc encore en l'acceptant la réalisation de son rêve hellénique. Mais il songeait si peu à prolonger son nouveau commandement pour en rer un parti quelconque qu'avant d'eatrer en place il annonça l'intention bien arrètée de le rigner dès que le rétablissement de l'ordre public Le lui pérmettrait (1).

La tâche du commandant de la place de Paris était alors on ne peut plus ardue. La capitale était encore profondément uoublée par la récente révolution. Tous les services publics éluent en désarroi. Les nouvelles autorités fonctionnaient avec peine au milieu des débris de la monarchie qui venait de 'écrouler. Le nouveau général avait e à licencier la garde ruvale; à disposer sans éclat de ces nombreux. zélés et bruvants volontaires qu'avait soulevés la révolution; à reconstituer les corps de la £arnison de Paris; remettre en ordreles divers détacements que Ja fermentation avait écartés de leurs corps et dirigés sur Paris... maintenir l'ordre dans Paris si agité; enfin ler le service commun entre la troupe de ligne et la garde nationale au moment de la création... (2) »

Pabvier eut la satisfaction de remettre dans Fordre, sans Violence et par son seul ascendant moral, toutes les troupes auxquelles il eut aflaire à celte époque troubiée. Veut-on savoir par un trait précis comment il s'y prenait pour Îles faire reatrer dans la discipline et dans Le devoir? « En 1830, a-t-il écrit beaucoup plus tard, la nouvelle de l'insurrection de Paris arrive à Bourges. Le général qui ÿ commandait fait monter à cheval le 5° régiment de cuirassiers pour le conduire dans la Vendée, Tous les officiers le suivent, tout le reste du régiment

(1) e Dans les premiers jours d'août, M. le général Gérard... me proposa le commandement de la place de Paris. Je retusai d'abord, et mes motifs étsicnt l'ignorance de ces fonctions et le peu de goût que je me sentais Pour elles, Cependant je cédai devant es considérations d'utilité et avec le condition... que ce ne serait que jusqu'au jour où les choses auraient Teptis leur cours naturel. » Lettre adressre par Fabvier au maréchal

Suult, ministre de la guerre, le 2 janvier 4831. (Papiers de Fabvier.) (=) Ia.

marche sur Paris … Un sous-officier vint m'annoncer l'arrivée du 5 à Sevres. J'Y cours... Je lui adresse des paroles SÉVÈrES : « Vous ne pouvez vous justifier d'avoir cédé äu sentiment € patriotique qui à saisi toute la France qu'en redoublaat de « discipline et de subordination.. Comme je tiens à l'honneur « de votre numéro, je vous promets qu'aucun sous-officier ne « sera fait officier. » Un unanime cri de joie me répond. Je place le régiment à la caserne des Célestins. Par sa modectie et sa tenue il contribue puissamment au rétablissement de l'ordre. Quelques jours après, le corps d'officiers n'arrive à son tour. Je les présente au régiment... et je fais sonner un ban. Sans me laisser le temps de parler, les rangs se rompu: officiers, souc-afficiere, euirassiere, fous 6e mêlent et Sem. brassent en pleurant. Certes, j'aurais plaint Je carré ennemi qui se serait trouvé ce jour-là devant le 5° cuirassiers 1150

Fabvier avait aussi à ramener au calme les masses prop laires qu'échaufTaitencore par moments la fiévre des barricades. « J'ai commandé ici, a dit plus tard Fabvier, après juillet et j'ai recu sur ma poitrine des émeutes et des tempêtes aussi fortes qu'on en pouvait braver. J'ai mis ma poitrine partout mon épée nulle part, et pendant six mois que j'ai command,

pas une goutte de sang n'a coulé... Savez-vous quelles mesures

j'ai prises? Je les ai trouvées dans mon cœur, j'ai parlé d'honneur et de patrie... (2,

Dans ces pénibles circonstances, il pensait, comme La Farete. que le premier devoir d'un chef était de payer de sa personne et de faire l'impossible pour prévenir tout conflit entre le

(1) Fasvien, De l'armée et de la nécecsité de créer un conseil supérieur de la guerre (Paris, Garnier, 1819), p. 9. On voit aussi par la correspondance officielle du commandant de ja place de Paris quelle peine il dut pr: set en août et seplembre 1830, pour amener certains corps de formation récente et révolutionnaire (comme les Volontaires de la Charte, le bataillon de la Garde nationale de Paris, etc.) à quitter la capitale et en repartir les hommes cntre diverses garnisons de province, pour rétablir l'ordre dans certains rigiments (comme les 15 et 53° de ligne, le régiment ‘les D ne leur faire prèter serinent au nouveau roi, 7:

Ministe sucrre, Archives historiques, Correspondance milite générale, août, septembre 1830 )

(2) Discours prononcé à |

À ! à APT ES - EE 50. (Moni- M nt 4 nn PE

peuple ct les soldats. Plus d'une fois sa patience et sa longanimité furent mises à de rudes épreuves, Le procès des ministres de Charles X Fobli£ea notamment à plusieurs reprises à déployer vis-à-vis de ses concitoyens ameutés plus d'énergie et de vrai courage qu'il ne luien eût fallu vis-à-vis de l'ennemi Sur un champ de batüille. Polisnac et trois de ses anciens collègues, déférés à la Cour des pairs, étaient enfermés à Vincennes en attendant leur mise en jugement. Louis-Philippe ne voulait pas que leurs êtes Lombassent, Mais à Paris, où on avait vu en juillet le sanz couler à flots par leur faute, on demandait contre eux a peine capitale. Le 17 et le 18 octobre, une foule furieuse se porta devant le donjon où ils étaient détenus: puis devant Le Palais-Royal, demeure de Louis-Philippe.en proférant des cris de mort. On ne parvint qu'à srand'peine à la dissiper, et l'honneur de ces deux journées, où l'efTusion du sang fut évitée, revint pour une bonne part au nouveau commandant de li place de Paris (9). Quand il fallut tran-férer les accusés au Luxembonr£, où ils devaient être jugés ‘le 10 décembre,, c'est Fabvier qui se mit à la tête de leur escorte et qui, non sans mérite, les préserva de toute violence. Enfin, le 29, au milieu de Ja foule menaçante qui se pressait autour du palais, c'est encore lui qui. à la tète de deux cents cavaliers, protégea miraculeusement leurs personnes et les ramena sains et saufs jusqu'à Vincennes 12).

Chose étrange, Fabvier ne gagne pas, par tant de services, la faveur du nouveau gouvernement. I n'était pas assez coursan; puis il était de cœur avec le parti du moutement, qui admellait à l'intérieur le développement progressif des libertés publiques et à lextérieur Ja revanche des nationalités opprimées pur la Sainte-Alliance, tandis que Louis-Philippe pensait,

(1) Voir la Correspondance militaire générale d'octobre 1850 au ministre de la guerre, (Archives historiques.)

(2) Les anciens ministres paruissaivnt si en péril qu'on crut devoir les reconduire au donjon aussitôt après la clôture des débats et sans attendre que l'arrêt eût ete rendu un sait qu'ils furent condamnés à la détention Perpéluelle), — Voir sur ces journées si troublées la Correspondance mililaire générale de décembre 1830 au tinistère de la guerre (Archives histo-

fiqués) et notament les dépèches de Fabvier au général Pajol, commandant de la {°° division iwilitaire.

avec le parti de la resistance, Qu'il fallait surtout COMprimer l'esprit révolutionnaire au dedans et ne lui donner aucun encouragement au dehors. A tort où à raison, Fabvier était resardé au Palais-Royal comme une créature de La Fayette, et Louis-Philippe, n'avant plus besoin de ce dernier pour s'élever au trône. avait hâte de se débarrasser de cette espèce de nuire du palais. Depuis le 16 novembre, le maréchal Gérard, son ami, était remplacé au ministère de la suerre par le maréchal Soult, politique sans foi qui ne pouvait inspirer aucune con. fiance au parti libéral. Apres l'affaire des ministres, La Favette, dépouillé du commandement général des gardes nationales du rovaume, renonça par dépit à celui de la garde nationale de Paris (26 décembre). Pupont de FEure {fi le plus autorisé de ses corelisionnaires politiques, ne tarda pus à Le suivre dans la retraite. Reslait encore au pouvoir Laflitté qui, abreuvé de dégoûts par Louis-Philippe, prolongea péniblement quelques semaines l'existence du cabinet du ® novembre (2), mais dut enfin se relirer en mars 183 pour faire place au ministere résolument conservateur de Casimir Perier,

Le général Fabvier n'attendit pas si longtemps pour seller ler la fureur d'être mis en disponibilité (2 janvier 4831 0 Hâtons-nous d'ajouter que fidéle, comme il devait le rester iusqu'en 1848, à la rovauté de Juillet, il ne prit point en quitlant son commandement Fattitude d'un mécontent ou d'un frondeur. Il ne fut point, du reste, resardé comme tel par le £ouvernemeçnt qui, vers la fin de mars, l'appela à figurer à R tête d'une brigade dans une grande revue passée par Île roi# et qui, le 27 juillet suivant, le nomma grand officier de Légion d'honneur.

I n'en demeura pas moins plusieurs années en état de

(4) Ministre de la justice.

: (2) Ce cabinet, où dominaient les hommes du mouvement, avait été

riné après la dissolution de celui du 41 août, où les hommes de la résistance

(Molé, Guizot, de Broglie, ete.) n'avaient pas voulu rester plus lonstemps

(3, Correspondance militaire gé la guerre. (Archives historiques.) (4) Papiers de Fabvier.

nérale de janvier 4841 au ministère de

F2 E& ET LA RÉVOLUTION DE JUILLET 417 disge mibs2ite- e dont il profita tout d'abord pour réaliser enfin Je paies tes mariage qui, depuis longtemps, lui tenait tant au cer. 2 #2 avril 1831 qu'il épousa la duchesse de Frioul. Mass ects cars, malgré le boñheur intime qu'elle Jui procura, ne gerer +atiéerement satisfaire un soldat citoyen dont Ja pet vi 2 22 xuerre sollicitaient sans cesse l'activité. Sans en as oi 2 2evuve, jinclinerais à croire qu'en résignant son communes #2t I avail quelque peu cédé à l'attrait des hoc za mentaires. Bien que la nature ne lent pas fait OrT2=2"117 — 21e son Caractère entier dût peu se prèler aux compromis 2 +2 aux intrigues du Palais-Bourbon, il espérait sans Doit se 2 3érir à la Chambre assez d'autorité pour égaler ceux: = LE npagnons d'armes qui, par cette voie, étaient devenus seumcses d'Élut. C'est comme députés que les Sébaslie = 7214 et plusieurs autres généraux avaient pris dass à 22 222 politique une importance qui obligeait le gouvernete ti — 02 de compter avec eux, soit de recourir à leurs sereuce L —+ disait peut-être que pareille fortune lui était réser- . qu'il en soit, dés les élections générales du D'iul + a le vit poser sa candidature dans le cinquième colle Lex oegsartement de la Meurthe (circonscription de Sarresesrizz «© où Sa famille était originaire. Sa gloire et sa pi as: + 2-ent sans doute constitué pour lui de sérieuses chinses je uses auprès du suffrage universel. Mais la petite olrir 1e 2 — <lecteurs censitaires lui préféra un riche industrist #2 2 <r de Valdrôme, qui S'inspirait avant tout des intez 22 cz et qui fut élu par 72 sulfrages, tandis que l'ancies zu .- n'en obtenait que 48. Trois mois plus tard, ce derr ee + - 21122 présenté dans le cinquième collège du Loiret (Mecs 22 remplacement de Cormenin, fut encore battu, ceits Sie un propriétaire foncier, nommé Bleuart, qui ne lui Li: 12e 24) voix et en réunit pour sa part 174 (4: oclobre te

Ce came OL <tait difficile à décourager, il devait encore réciter plusieurs fois. En attendant il erut devoir user larzemse- + 2x liberté d'action en soutenant de son mieux, CON Die qjurrzmes <, Ja cause des peuples qui revendiquaient soit

leur indépendance nationale, soil leurs libertés intérieures méconnues. À l'encontre de Casimir Perier, il croyait que la France, après s être délivrée elle-même, devait aider les autres nations à se délivrer aussi; qu'il y allait de son honneur, comme de l'avenir de sa nouvelle constitution et qu'à défaut de ses armées, au moins ne devait-elle pas ménager aux peuples soulevés les secours péeumaires où les enrôlements volontaires. était, depuis ENTER président de la commission des récompenses nationales et à ce titre S'eMforçait de dédommager les proscrits et les victimes de la Restauration de leurs souffrances passées. En 183, ilest de plus secrétaire du comité polonais dont La Favette est le président et seconde par tousles moxens en <on pouvoir le gouvernement insurrectionnel de Varsovie (). en recommande la cause, par un chaleureux appel (dont nous retrouvons un exemplaire dans ses papiers) à ses compatriotes de Lorraine. A plusieurs reprises il envoie aux Francais du Nérd des médecins, de Fargent, des armes. Le 3 septembre, au moment où Ha cause polonaise est as presque perdue, il fait encore partir un convoi de volontaires, de munitions et de fusils (2).

A une autre extrémité de l'Europe, ga sollicitude vient éuue lement en aide à d'autres opprimés qui, eux aussi, veulent redevenir libres. On sait quels liens l'unissaient depuis 1N23 aux libéraux espagnols, dont il avait alors si vainement secondé Ja cause. JCAUCOUp, d'entre eux, fuvant la {x rannie de Ferdinand VIE, S'étaient réfugiés en France ou en Angleterre et y attendaient une occasion propice de reparaltre dans leur pays avec le drapeau constitutionnel. Hs avaient cru la trou: ver dans la révolution de Juillet. Dès le mois d'août FS30, se junte insurrectionnelle, dont les piincipaux membres (Mendi- Zabal, Isturitz, Calatrava, San-Miguel, Martinez de la Rosa, etc.) avaient jadis pris une part importante au mouvement de FS20, avait été formée à Paris par ces exilés et s'était mise en

(4) On sait que l'insurrection qui avait éclaté dans evtte ville à la fin de novembre 1830 se prolongea jusqu'au mois de septembre de lauñte suivante.

(2) Papiers de Fabvicr.

rapport avec un comité français pour la délivrance de l'Espasne, comité formé de Dupont de l'Eure, Viardot, Marchais, Schælcher, Chevallon, Étienne Arazo, ete. Tandis que ces deux groupes délibéraient, deux patriotes espagnols qui étaient hommes d'action plutôt que de parole, le général de Torrijos (1) et Flores Calderon, avaient réuni au pied des Pyrénées un assez grand nombre de leurs compagnons d’exil, à la tête desquels ils proposaient de rentrer en armes dans leur pays. Le général Juan Valdès, qui paraissait agir sous leurs ordres, avait adressé de Bayonne, dès le 8 août, tant au maréchal Gérard qu'au générai Fabvier, des lettres par lesquelles il accréditait auprès d'eux le colonel Lopez Pinto pour solliciter le concours du nouveau gouvernement français. Cet ofMicier s'était eMorcé de démontrer au maréchal, par un mémoire daté du 45 septembre et que nous avons sous les yeux (2), combien Louis-Philippe, menacé d'une coalition absolutiste et non reconnu encore par Ferdinand VIT, avait intérèt au renversement de ce souverain; combien cette opération serait facile s'il voulait S'y prèter. Le roi des Français, pour effrayer

le despote espagnol, avait donné des espérances aux patriotes, :

les autorisant par exemple à faire en France des dépôts d'armes, fermant les yeux sur leurs enrûlements et prenant envers de Torrijos des engagements — au moins moraux — quine devaient pas peu lencourager. Peu après, il est vrai, reconnu par Ferdinand VIT, il avait cru devoir retirer son appui à ces malheureux. Aussi Valdès et Mina, qui avaient pénétré en octobre 1830 dans les provinces basques et en Navarre, avaient-ils subi le plus lamentable échec. Depuis, d'autres réfugiés, sous de Torrijos, s'étaient portés sur Cadix (janvier, mars 1831), mais n'avaient pas été plus heureux; beaucoup d'entre eux, faits prisonniers, avaient été impitoyablement fusillés.

Sans se décourager, de Torrijos, retiré à Gibraltar, s'y préparait activement à une nouvelle entreprise. En juillet 1831, il

(1) Sur les rapports antérieurs de de Torrijos avec Fabvier, voir lo

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