‹ Le général Fabvier, sa vie militaire et politique (volume 2)Chapitre 6 sur 57 · Chapitre 1x de cet ouvrage · texte numérisé non relu

Chapitre 1x de cet ouvrage

(2) Papiers de Fabvier.

420 LE GÉNÉRAL FABVIER chargeait son beau-frère, le colonel Miniussir, de se rendre à Paris, où sa femme se trouvait déjà depuis plusieurs Mois, pour tQicher d'intéresser à sa cause le roi, les Ministres, Les chefs du parti Bhéral, et il donnait avis de cette Mission à Fabvier, lui demandant SON CONCOUFS personnel et ne Scinblant pas douter qu'il ne lui MA assuré (9). Arrivé à Paris, cel oflicier adressait à Fabvier (en octobre) un mémoire pathétique sur le régime de terreur que subissait alors l'Espagne, dur Pintérét qu'il aurait pour la France à + mettre un terme et sur la nécessité d'un secours pécuniaire qui permit aux patrintes Opprimés de reprendre les armes (2), Un peu plus tard (novembre), il lui communiquait une longue lettre de Call lon et de de Torrijos. < Dites à tous les patriotes, écrivaient ces deux chefs, et surtout aux généraux La Favette et Fabvier. que le sort du peuple espasnol est entre leurs miains et qui: pair noîre organeil a recours à eux... Le sort de héroïque Polozne peut se décider en Espagne... Le gouvernement libre de FE< pañne reconnaitra l'existence politique de ce pavs dans ses anciennes limites... Cet exemple serait suivi par la France libé rale et... cette noble résolution scrait soutenue sur les bords de la Vistule par 200,000 Français, 100,000 Espagnols et 00.000 Portugais (3)... »

À l'époque où ces lignes avaient été tracées (le 15 octobre), la Pologne libre n'existait déjà plus. Miniussir n'en renouve-

(1) mecs Vous, lui écrivait, TE défenseur COUrag eux de la liberté de tous les pays, vous ne <crez pas indifférent au sort d'une nation grande et courageuse, à laquelle une armee française arracha le bonheur dont elle jouissait et Les institutions qu'elle avait con quises Vous tes trimoin et c'est par votre entremise que, mal fines pour la France opprimés tout ce qui était en notre pouvoir. Je Puis avec orgueil vous rappeler ce que je lis moi-méme sous ma seule réspousabilité, et plus qu'un autre je dois espérer de vous et des patriotes francais un retour bienveillant… L'influence bien méritée et le crédit dont Fons JOUISSEZ parmi les patriotes ne vous donnerontals pas les moyens et l'occasion de nous rendre service pour service? Ces patriotes associes € réunis pour servir la liberté, l'honneur et la dignite de la Franre

COplrontils pour rien notre conduite d'alors? Ne sc croiront-ils pas oblissés à réparer les maux que celie méme France nous a causés? Papiers de Fabvier,

(2) Papiers de Fabvier.

- (3) lbid.

2ré de bien grands embarras, nous

. - . [e Je LEE) H * ne . . e jait pas moins, le 22 novembre, ses instances auprès de Fab-

vier : « .… Vous connaissez la confiance que vous inspirez au général de Torrijos et à tous les Espagnols, qui pensent avec justice que vous n'oubliez pas un peuple dont vous saluätes les drapeaux aux jours de sa liberté. C'est (pour) connaître s'il nous reste l'espérance de Tutler victorieusement pour la plus belle des causes que cette lettre vous est principalement adressée, ou si... le cœur navré je dois désabuser le général de Torrijos et lui dévoiler l'impuissance de faire quelque chose pour lui, en revanche de ce qu'il à fait en d'autre temps pour les patriotes français (9)... » En même temps, Miniussir rédiseait une note sur Ja possibilité d'organiser une légion d'émigres espugnols.… pour servir au besoin d'appui aux opérations de l'armée constitutionnelle de la péninsule, st des circonslanres particulières obligraient la France à changer de politique. Ce corps. disait, pouvait être aisément porté à un effectif de 1,600 hommes. I émettait l'idée de le répartir entre plusieurs dépôts d'instruction dans des villes du midi de la France et rappelait que la question du chef à lui donner avait déjà été soumise à Fabvier (2).

Fabvier s'intéressait vivement à l'entreprise de de Torrijos. fl venait d'avancer de sa bourse une somme de 600 francs pour venir en aide à la femme de ce général, qui se trouvait sans ressources à Paris, quand tout à coup (vers la fin de décembre), il recut de La Favetteles lignes suivantes : €... m'arrive ce soir môme une désastreuse nouvelle, On m'assure que notre pauvre de Torrijos est tombé avec soixante hommes dans le pièce que je redoutais depuis longtemps pour lui et qu'il a été fait prisonnier à discrétion. Puisse cet avertissement n'ètre pas vrai! Mais j'ai peur qu'il ne soit trop réel (3)... »

La nouvelle était malheureusement exacte (4). La catastrophe s'était accomplie depuis plusieurs semaines. L'infortuné

(1) Papiers de Fabvier.

(2) Ibid.

(3) Ibid. 4

(4) Elle fut confirmée à Fabvier le lerdemain par un billet du comte d'Harcourt qui se retrouve dans ses papiers. |

de Torrijos, sorti de Gibraltar avec cinquante-deux patriotes, s'était laissé attirer dans un guet-apens el avait été fusillé à Malaga, le 5 décembre, avec tous ses compagnons. Cette cruelle exécution coupa court, pour un temps, à tous les projets des libéraux espagnols: Miniussir ne demanda plus des lors à Fabvier que d'aider Mme de Torrijos à obtenir de Louis. Philippe la pension à laquelle paraissaientlut donner droit les engagements secrets de 1830 (1) ct qu'il finit par lui faire accorder (2).

Si Fabvier regrettait l'avortement de la révoiution espagnols, il déplorait bien plus encore celui de la révolution polonaise, I avait compté sur cette dernière non seulement pour recons: tituer une grande nationalité amie de la France, mais pour faire échec à la Russie et donner à la Grèce, qu'il m'oubiit pas. la possibilité d'acquérir enfin des Himites dignes d'elle.

Depuis la fin de 839, l'Etat hellénique était en combustion. Mavrocordato, Condouriotis et quelques autres chefs du parti constitutionnel où anti-russe, réunissant autour d'eux une sorte d'assemblée nationale, avaient formé à Hydra un gouvernement en opposition avec celui de Nauplie, L'arrestation du vieux Pierre Mavromichalis, que le Président avait fait enfermer au Palamidi, avait amené le soulèvement des Mainotes. En juillet 4831, Miaoulis était venu, pour le compte des Hydriotes, s'emparer de Ja flotte grecque dans la rade de Poros: en août, plutôt que de la laisser tomber au pouvoir de Famiral russe qui était venu l'attaquer au nom du Président, il» avail mis le feu. Le 9 octobre, Capodistrias avait été assassiné par Georges et Constantin Mavromichalis, Fun fils et F'autre frère du prisonnier, Son frère Augustin avait bien été proclamé Président à sa place, mais l'assemblée nationale et les insursés l'avaient dès le mois d'avril 4832 contraint à abdiquer et à quitter la Grèce. Un gouvernement de sept membres, repré-

(4) Dans une lettre adresste quelque temps après au général à propos

lie affaire, Mme de Torrijos parle expresseiment de la convention que malheureux mari avait fuile av : Le NDS RTATS É avec le gouverneme ançais. (Papiers de Fabvier.) [ 6 ent français. (Pa

(2) Lettre de Mme de Torrijos, du 4 mai 4832. (Papiers de Fabvier.)

sentant le parti constitutionnel, s'était formé, mais sans pou-

voir se faire reconnaitre dans la totalité du pays, Où la guerre civile semblait devoir s'éterniser.

La conférence de Londres, pour mettre un terme à cette anarchie, élaborail à ce moment un nouveau protocole, qui fut signé le 7 mai et en vertu duquel li Grèce, agrandie du territoire arcananien, devait avoir pour roi le jeune Otton, second fils du roi de Bavière.

Cette solution n'était point celle qu'avait souhaitée Fabvier, qui n'avait sans doute pas renoncé à tout espoir de jouer un grand rôle politique où militaire en Grèce. Son avis était toujours qu'avant de donner à ce pays un roi il fallait le pacifier, l'organiser, le rendre assez fort pour se suffire à lui-même. Il paraissait toujours disposé à se charger de cette tâche, après l'accemplissement de laquelle un nrince français pourrait, à son sens, être appelé à régner sur les Hellènes. Il nous apprend qu'en février où mars 1832 Casimir Perier lui avait demandé un rapide erposé de sa persuasion sur les affaires helléniques et lui avait premis de le faire appeler pour traiter & fond celte question. Si nous ne possédons pas cette note, nous pouvons en deviner le sens d’après le mémoire très étendu qu'il rédigea sur la mème question, et sans doute aussi à l'adresse du souvernement français, quelques semaines après la mort de ce ministre (1).

Ce dernier document, daté du 42 juin 1832, et dont il existe une copie dans ses papiers, débute par un exposé des fautes commises par la diplomatie; puis des dispositions et des intérèts des grandes puissances (Htussie, Autriche, Angleterre, France) dans les affaires helléniques. Viennent ensuite des considérations sur le rôle joué par la Turquie depuis 1821, sur le caractère de la nation grecque prise dans son ensemble, puis sur les différentes populations dont elle se compose (1° Roméliotes; 2 Magniotes; 3° Marins d'Ilydra, Spetzia et Psara; 4 Moraïtes; 5 Insulaires de l'Archipel). Après avoir retracé

l'histoire du corps régulier et sa conduite personnelle en

(1) Mort du choléra le 16 mai 1832.

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