CT: LE GÉNÉRAL FABVIER
Grèce, l'auteur s'étend sur les erreurs et les abus de Capo. distrias. Enfin, cherchant un remède au mal, Fabvier pose en principe qu'il faut avant tout et à tout prix désarmer Jes bandes irrégulières pour transformer en colons dans les parties fertiles et pourtant incultes du pays les hommes qui les composent, ainsi que des vasabonds d'orixine £recque chassés des provinces turques et les montagnards qui meurent de faim au milieu de leurs rochers.
« En fixant. écritail, dans des communes entourées d'un riche territoire ces bandes toujours errantes de malheureux expatriés, Souliotes. Albanais, Macédoniens, ete. connus sous le nom de Roméliotes, et tous les expatriés de Smvyrne, Cons. tantincple et de pays anjourd'hui sous Ta domination turque: en reconnaissant les services qu'ils ont rendus en soubiseunt leur misère: en donnant un asile assuré eQun travail productif et paisible à leurs familles, on les dérobera à Pinfluence de leurs capitaines, qui se servent d'eux comme de moyens de rapines et les {vrannisent ensuite, tandis que ces mêmes chefs préféreront un état stable et heureux à des gains chaque jour plus rares et plus périleux.
« Quand on offrira aux Magniotes, ces sauvases héros, des terres fertiles dans les plaines, on en verra un grand nombre descendre des montasnes pour prendre des meurs plus douces. Ceux qui ÿ demeureront se trouveront plus à Faise et seront moins dangereux.
« Ces hommes, en devenant cultivateurs et propriétaires, respecteront Ja propriété d'autrui.
« Les Hydriotes, Spetziotes, ete, trop entassés dans les îles, seraient répandus dans les vallées quientourent les ports. Leurs familles ÿ trouveraient des moyens d'existence que leurs rochers stériles leur refusent et qu'elles ne doivent attendre que de la solde des marins, d'où la piraterie quand le commerce Ou la guerre leur manque.
« Celle population ainsi casée, on organisera facilement la défense de l'État. On peut compter en Grèce 60,000 fusils et 20,000 marins. Avec Ja constitution physique du pays et de pareils défenseurs, il nyarien à craindre d'un ennemi.
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« J'ai présenté à M. de Caux un projet pour cette organisation, en Y comprenant unearmée permanente de 10 *000 hommes restant trois ans sous les drapeaux.
« Quant aux finances, Les revenus sont plus que suffisants, mais il faut que la perception en soit laissée aux autorités municipales.
« L'assemblée nationale aurait à consacrer ce système municipal qui a rendu possible tant de prodiges, et à décréter l'organisation dont j'aitracé une légère esquisse, à régler Ja forme du gouvernement central; puis elle se bornerait à la question des impôts. — Un Sénat renfermant tout ce qui mérite la vénération du pays pourrait représenter d'une manière permanente la Grèce, d'ailleurs régie dans ses diverses localités par des règles qu'ilest impossible de rendre uniformes.
« C'est alors que seulement on peut songer à envoyer un roi. Une fois le pays orsanisé, rien ne pourra le détacher de la France.
« Conclusion, — Le gouvernement pourrait déclarer à la conférence que les mesures prises jusqu'ici ne lui paraissent pas satisfaisantes et ne terminent rien: que la nomination d'un roi qui ne veut pas partir sans argent et dont rien ne garantit l'établissement dans ce pays non organisé n'améncrait que de nouveaux embarras, surtout pour le gouvernement SR TUE plus intéressé, puisqu'il a le désir bien naturel de retirer se troupes et de cesser des dé pe HsSeS Sans objet.
« Qu'il demande qu'on S'oceupe de l'organisation du pays avant de lui proposer un roi, En voyant présenter ces intentions à assemblée nationale par une personne de contiance qui promettrait l'appui de la France,les Grecs comprendraient le but de ces propositions et s'y livreraient avec une grande joie.
IL faut surtout que les Grees sachent qu'on ne les livrera pas à la vengeance du tsar.
« On voit un peuple qui tend à ren tre. C'est à la France de seconder une si heureuse résurrection. C’est au prince éclairé qui, le premier, a compris cette question dans toute son étendue à recueillir une gloire pure et exempte de tout danger
pour la France, en dirigeant ce peuple, qui s'attachera à lui par le double lien de Fintérèt et de la reconnaissance.
Ce mémoire n'arrèla Sans doute pas longtemps l'attention de Louis-Philippe et de ses ministres, moins que jamais (1) disposés à se jeter dans les aventures d'Orient et à favoriser la politique du mouvement. L'Angleterre et li Russie eussent, du reste. fait fort mauvais accueil à un projet que son auteur déclarait Ini-môme devoir profiter surtout à la France, La con. férence de Londres s'en tint au protocole du 7 mai, que le roi de Bavière s'était empressé d'approuver. En Grèce la guerre civile continua quelque temps encore et les troupes françaises en subirent parfois le contre-coup. En janvier 1834, il se piroduisit à Argos entre elles et les bandes irrégulières un conflit qui codta la vie à plusieurs centaines de Grecs et dont nous trouvons le récit dans une longue lettre adressée à Fabre par un de ses anciens compagnons, le commandant Mallet 2). C'est peu après ce pénible incident que le jeune Olton, avec 3.500 soldats bavaroïis, débarqua en Grèce (6 février AK, où une régence, instituée par son père, prit aussitôt la direction des affaires (3). bès lors Fabvier, déçu, ne cessa pas de s'intéresser à l'avenir de la Grèce {#), mais dut renoncer à l'espoir de la servir selon ses vues et de réaliser à l'avantaxe de la France les plans tant de fois élaborés par lui pour sa récénération.
I chercha, du reste, bientôt à satisfaire par d'autres moyens sa légitime ambition. La carrière parlementaire continuait à le tenter. Aussi le voyons-nous, en mai 1833, tenter de nouveau
(1) Les républicains et les Mgitimistes s'agitaient à ce moment à Paris et en Vendée. La révolution belge était la seule en Europe que ë royauté de Juillet eût l'intention de soutenir avec quelque énersie.
(2) Papiers de Fabvier. — Cet officier, après avoir servi d'aide de camp à Fabvier, était devenu chef de bataillon dans la brigade d'oceupation. J périt à Navarin peu de temps avant le rapatriement de Si brigade, qui eut lieu avant le mois d'août 4833, — PELtioN.
(3) Cette régence avait à sa tête le compte d'Armansperg, assisté du général de Heideck et de M. Maurer.
(4) Voir notamment dans ses papiers ce que lui écrivait, le 22 octobre 1835, le major Tourret, ancien philhellène, qui était entré au service de la Grèce et qui y est mort longtemps après, sur le despotisme de la régence bavaroise, la dispersion des anciens tacticos, etc.
Ja fortune électorale, cette fois dans le deuxième collège de la Meurthe (Nancy ertram uros), circonscription dont sa ville natale, Pont-à-Mousson, était la localité la plus importante. Le député de ce collège, M. Thouvenel, ayant donné sa démission, le général Fabvier crut devoir briguer sa succession.
« … Après de longues et gloricuses guerres, lisons-nous dans sa profession de foi (1), nous n'avions obtenu qu'une charte octroyée, que, sous le drapeau blanc, on ne pouvait invoquer qu'en vain. Aujourd'hui le drapeau tricolore témoigne que ce que la France a fait en 1830 elle l'a fait dans le plein exercice de sa puissance et de sa liberté, Ainsi celte charte, qui garantit nos droits et trace nos devoirs, est consacrée et légitime.
« La France veut la monarchie constitutionnelle; hors d'elle. je ne vois que désastre et déchirements; avec elle. je conçois la jouissance régulière de ces droits inappréciables, de ces libertés de personne, d'opinion et de conscience, de cet empire de l'ordre et de la loi sans lequel il n'y à pas de société. Appuyés sur ce principe, les députés de Ja nation peuvent veiller à la garde de nos droits, les réclamer sans faiblesse comme sans hostilité; ils peuvent obtenir pour ce peuple, dont l'héroïsme a tant fait, la part de prospérité qui lui appartient. Jamais, il est vrai, les classes aisées n'ont plus fait que dans ces derniers temps pour celles qui ne le sont pas. Mais cette bonté, qui est dans nos mœurs, doit passer dans nos lois. Propager l'instruction primaire, éteindre les monopoles, diminuer les charges publiques par un emploi exact des deniers de l'État, voilà ce qu'il faut obtenir... De tels biens ne peuvent découler que d'un état de choses stable et respecté, d'une confiance entière entre la Nation et le Roi...
« Je soutiendrai done cette charte désormais légitime et l'ordre de choses auquel elle sert de base, je m'opposerai de tout mon pouvoir à tout ce qui peut exciter. des discussions
(4) Journal de ta Meurthe (24 mai 1833. — J'adresse ici mes plus vifs remerciements à M. Favier, conservateur de la bibliotheque municipale de Nancy, qui, à la suite de patientes recherches, a bien voulu mo communiquer d'intéressants extraits de ce journal et d'autres feuilles locales sur les diverses candidatures politiques du général de Pre 1849 inclusivement.
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propres ceulement à diminuer nos forces et COMpromeltre notre indépendance, le bien le plus précieux, celui dont dérivent tous les autres.»
Cet exposé de principes, si conservateur, ne pouvait (NOTINTE dant plaire aux légitimistes qui, sans re fort nombreux dans le collège de Nancy (ertra muros), Vétaient assez entre deux candidats pour faire pencher la balance en faveur dé celui auquelils accorderaient leurs suffrages. Or, le baron de Lacoste du Vivier (9), concurrent du général, leur inspirait plus de svmpathies que Fancien proscrit de Ta Restauration et que l'ancien chef d'état-major du maréchal Gérard. C'était, comme Fabvier, un enfant du pays. Comme lui, c'était un soldat. Le général Drouot, dont il avait été aide de camp, se portait publiquement garant de son mérite, qu'il erovait devoir attester impartiaiement, comme celui de Fabvier (25, Pref, le résultat de l'élection ne fut pas favorable à ce dernier, qui, sur 166 votants, n'en réunit que 66, tandis que le commandant de Lacoste obtenait 97 suffrages (30 mans.
Ce nouvel échec ne déconrazea pas le général qui, Fannée suivante, à l'occasion des élections générales, crut devoir se présenter à la fois dans deux collètes : d'une part dans eclui de Nancy ertra mures, où M. de Lacoste fat réélu par 103 voix contre 59, de l'autre dans celui de Toul, où l'amiral de Risny, qui était né dans cette ville et qui, après avoir été Jongtemps ministre de la marine, l'était présentement des affaires étranseres, le battit d'autant plus aisément que les républheains seuls, au nombre de 25, se prononcerent pour la candidature de Fabvier (29 juin 1824) Ch.
(1) Lacoste du Vivier (M irie-Joseph-Maurice, baron de), né 4 Pont-à- Mousson, le 49 octobre 1789, chef d'escadron d'urtill rie, élu dépot du 2° college de la Meurthe le 28 mai 1533: réélu le 21 juin 4834, le 2 fevrier 1836 (aprés sa promotion au grade de lieutenant. olonel), le & novembre 183%, le 29 septembre {838 (après sa promotion au grade de colonel). le 3 mars 1539 et le 9 juillet 14822: maréchal de Camp le ?8 octobre 1815; réélu encore Je 29 novembre 1845 et le {août 4846: éloigné du park-
ment par la révolution de février; g'néral de division le 14 juillet Sol; WOrt à Vichy (Allier: Le 40 juillet 4854.
(8) Journal de la Meurthe 26 mai 1833 ) (3) L'amiral fut élu par 110 suffrages,
Ces deux nouveaux mécomptes furent sans doute fort sensibles à l'ame fière el impressionnable de Fabvier. Hs suftiraient, je crois, pour expliquer la retraite presque absolue dans laquelle, durant “plusieurs années à partir de cette époque, il parut vouloir se confiner.
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