‹ Le général Fabvier, sa vie militaire et politique (volume 2)Chapitre 8 sur 57 · RIRES · texte numérisé non relu

RIRES

Fabvier à Razay: ses travaux agricoles. — [1 est nommé heutenaut.

général. — Sa brochure sur l'Orient en 480 — Ses sentiments poli. tiques et relisieux au moment où il entre 4 la Chambre à discours sur Ja l'ologne, la Gréce, la Suisse Sur la religion catholique.

CS pairs RTLX sur l'arme, sur P'Alzciie

Vers la fin de 183% Fabvier alla fixer sa résidence en Touraine et, durant plusieurs années, parut vouloir s'y faire oublier. La duchesse de Frioul avail, on <e le rappelle, avant de l'épouser, perdu l'unique enfant qui lui restät de son premier mariage avec le grand-maréchal Duroc. Ne voulant pas garder un domaine où elle n'ent plus retrouvé que de cruels souvenirs, elle s'était hâtée de vendre l de Clémery (près Pont-à-Mousson), habités avec sa fille. Devenue |] employa le prix à acheter le château et la terre de Razar, Silués dans l'arrondissement de Châteaurenault. C'ect Ja que le général s'établit avec elle et sé Comporta longtemps de telle Jamais revenu de ses fière fantaisies.

e château et la propreté qu'elle avait si longtemps a femme de Fabvyier. elle en

Tours, à peu de distance de

sorte qu'on put le croire à S ambitions et de ses belliqueuses

Son changement d'orient lement Pour cause les déconvenues électorales qu'il venait d'éprouver. Je l'attribuerais aussi volontiers à la froideur que lui témoisnait le gouvernement de Juillet. Fabvier, qui naval Pr été courtisan el n'était Pas d'humeur à le devenir, n'avait ni su ni voulu Se glisser dans l'intimité de Louis-Phi-

ation n'avait pas, à mon sens, SCU-

lippe (4). I n'est pas téméraire de penser que son étroite liaison avec La Fayette et la façon brusque dont ila raitrésigné le commandement de Fa place de Paris lui avaient fait quelque tort dans l'esprit de ce souverain (2). Plusieurs années s'étaient écoulées et le général, malgré sa bonne envie de servir son pays. n'avait pas été rappelé à activité. Ni la double expédiion de Belzique (IS31-1N32), ni la guerre d'Afrique ne lui avaient valu, ce qu'il souhaitait le plus au monde, l'honneur d'être envoyé devant l'ennemi. Il avait, certes, le cœur trop bien placé pour se détacher, par rancune personnelle, d’un régime politique qu'à tort où à raison il regardait comme l'idéal tout à la fois de l'ordre et de la hiberté, et auquel, on le verra plus loin, il devait au contraire s'attacher de plus en plus en vieillissant. I ui avait, cette année même, dans une circonstance grave (3), manifesté une fois de plus son loval dévouement. Mais trop fier pour se plaindre et pour solliciter, il jugea sans doute qu'en présence de ministres qui ne croyaient pas devoir recourir à ses services la seule attitude digne de lui était celle du recueillement et de Ha retraite. Quoi qu'il en Soit, 1 semblait à cette époque ne vouloir plus consacrer son esprit d'initiative et son énergie qu'aux purs travaux de la prix.

avait loujours eu (m'écrivait son fils il ÿ à quelques

(Mon père n'a pas été dans l'intimité de Louis-Philippe... Pendunt son regne, n'a pas eu de rapports particuliers avec lui ni avec les princes, qu'il & connus dans ses inspections... » (Lettre de M. Eugène Fabvier, Hils du gentral, du 6 juillet 1857.)

2) Peut-être aussi Louis-Philippe lui gardait-il un peu rancune, sans le dire, de l'opposition qu'il avait faite en ürece, de 1825 à 1826, à la candilature du due de Nemours, Beaucoup plus tard, sous la seconde Répubhique, le géneral, écrivant à un ami, s'exprimait en ces termes au sujet du roi de Juillet: « …. Le National. dit. que fétais le pair le plus dévoue à Louis-Philippe. A la personne, j'en avais peu de motifs, puisqu'elle m'avait toujours maltraité: mais au maintien du gouvernement, Ou... » (Lettre à Victor Poirel, du 2 mai 1859, — communiquée par M. Ziller.)

(3) est signalé par le général Pajol, commandant la première division Militaire, comme s'étant présenté à l'état-major général, à l'occasion des Journces des 13 et 14 avril (1834) « pour offrir ses services contre les ennemis de l'ordre établi ». (Ministère de la guerre, Archives administralives, 1146.)

années ({\ une véritable passion pour l'agriculture, On <e souvient du projet de colonisation quil avait SOUINIS en [825 au gouvernement grec. Dans le coin de Touraine où il vint se fixer. les procédés employés pour l'exploitation du sol élauent encore, paraltal, tres arriéres et très inparfaits. se donna pour tiche de combattre la routine par son exemple et par ses lecons. Et ses efforts, mous dit-on, ne furent Das infructueux (2). }l pass donc Sans tristesse plusieurs années dans celte belle retraite de Razayÿ, partaseant son temps entre es travaux qui, avec ceux de la guerre, convenatent lé mieux à ses goûts ei la vie de famille, qui, apres de lointaines avene tures. lui paraissait singulièrement douce. J y élevail avec une virile sollicitude un fils unique, né de son martate avec la veuve de Duroc (). n'en restail pas moins sensible aux infortunes politiques qu'il avait laissées derrière lui. La preuve en est qu'il recuelit à Razay plusieurs officiers polonats réfugiés en France aprés les tristes événements de SH et

qu'il fit de l'un deux le régisseur de ce grand domaine (4.

(f) Lettre du 6 juillet 4RK7

(2) M. Édouard Fabvier, son pelit-neveu, dans des notes que noïs avons plusieurs fois citées, rapporte — sans oser d'attirer -— que la culture de Ja pomme de terre n'était pas encore pratiquée à cette epoque en Touraine et qu'elle ÿ fut popularisée par le general

(3) « .… J'aurais été charme de vous voir pousser jusqu'en Touraine, écrivaitl le 22 septembre 4838 à son arm Poirel … Vous auriez vu noire doux ménage, mon aimable enfant avec son angélique mere, an milieu de champs qui prennent chaque jour l'aspect le plus forissant et dont les travaux m'intéressent beaucoup. J'y trouve une activite suflisante, mativre à observer, à m'instruire, et, au bout de tout cela, une bonne chance pour laisser à notre enfant un bon morceau de pain et méme Ju beurre dessus. Quant à moi, vous savez que je me passe facilement de pain, à plus forte raison de beurre, Mais la génération actuelle a l'estomac plus exigeant et il faut s'y conformer. » (Lettre communiquée par M. Zciller.) k

(4) Cet ancien obligé de Fabvier est mort à Bordeaux en 1992, a do quatre-vingt-dix ans. (Lettre de M. Eugène Fabvier, du 16 avril 4903)

On voit aussi, par la correspondance privée du général, que les travaux agricoles ne lui faisaient pas oublier la France, qu'il soutlrait de ne pas voir remontée au rang où il l'avait vue autrefois. « .… Ces pensces de patrie (écrivait-il à Poirel le fer juillet 4835), qui autrefois faisaient nos délices; qui nous soutensient au milieu des plus rudes travaux, sont amères aujourd'hui, malgré la douceur de la vie privée. Je sens autant qu'homme qui vive ce que c'est qu'une femme et un enfant tous deux

Les années 1835, 1836 et 1837 s'écoulèrent ainsi pour lui dans un calme profond et sans incident. Même, en cette dernière, il était si résigné à ne plus être qu'un homme privé qu'il parlait de prendre <a retraite et qu'il l'eût fait si le ministère de la guerre eût voulu lui compter comine temps de service les années passées en Grèce de 1824 à 1828 (4). Mais cet avantage lui fut refusé et bientôt après Fabvier fut enfin relativement tiré de l'oubli par le gouvernement de Juillet.

IH dut ce relour de faveur, qu'il n'avait pas sollicité, CroyOns-NOUS, AUX amis puissants et dévoués qu'il avait conservés dans l'armée (2). Son dossier administratif prouve que le maréchal Gérard avaitconservé pour lui la plus affectueuse sollicitude. On peut aussi sans témérité admettre que son ancien camarade Bernard (3), ministre de la guerre de 1836 à 1839, Uint à honneur de le rappeler à l'activité et voulut lui fournir ainsi la possibilité de £agner enfin les étoiles de divisionnaire, que les Trézel, les Gourgaud et tant d'autres de ses comparnons de jeunesse portaient déjà depuis plusieurs apnées (4).

Le 24 juillet 1838, Fabvier était mis à la tête d'une des bri-

accomplis. Jamais je ne les embrasse sans un soupir étoullé offert à la Frarce de ma jeunesse... » (Lettre communiquée par M. Zciller.)

(1) Ministere de la guerre, Archives administratives, 1146.

(2 « … Le ministre, écrivait-il le 22 septembre 4838 (à V. Poirel,, avait voulu me nommer heutenant-genéral. Les autres m'ont repoussé, qui SOUS un pretexte, qui sous un autre; mais le fond de l'affaire, c'est que tous les emplois désirés sont mis corume un butin sur la table du conseil et que‘là on parlaze, — Ministre de la guerre, vous voulez un préfet, dounéz-moi un lieutenant-général, et ainsi de suite, — Je dois dire cependant que le ministre de la guerre a été tres bien pour moi et qu'il a été emporté par ses collègues civils, c'est-à-dire Montalivet, Salvandy, Barthe, Martin du Nord, ete, qui se trouvent, dit-on, en vertu des institutions Conslitutionnelles, investis du droit de juger mes droits et mes services. Du reste, je suis trés froid sur tout cela. J'évalue à leur taux actuel toutes les dignités du jour et comme je vois peu de chances d'utilité, je ne m'en inquiète guère. Viennent les allaires, ma place sera bientôt trouvée. Vous savez que je trouve des commandements sans qu'on m'en donne...» (Lettre conuniquée par M, Zciller.)

PR Qui avait servi avec lui en Dalmatie pendant les années 1806 et

(4) Gourgaud depuis 1835, Trézel depuis 1837.

us LE GÉNÉRAL FABVIER

gades d'infanterie réunies au camp de Saint-Omer, Le zèle ot l'expérience militaire dont il filpreuve dens sa nouvelle {ichie lui valurent d'être désigné par le général Darriule (4 con mandant du camp, pour le remplacer aprés son départ et pro. céder à la dislocation des troupes ([f octobre), Un peu plus tard. ilétait nommé membre du comité de l'infanterie et Ja

la cavalerie (21 décembre), puis appelé à commander une bri.

gade du corps de rassemblement sur la frontière du nori (22 janvier 18391. Le 29 mai suivant, il est chargé du com mandement du département des Landes. Enfin le 25 juili:t 1839 paraît l'ordonnance royale qui le crée lieutenant-général, A ce titre ilentre de nouveau dans le comité de Finfanterie et de la cavalerie (3 avrit 1840). Peu de temps apres il devint inspecteur général de Finfanterie (ARE) et, sans cesser de l'être, il prendra place, quatre ans plus tard, dans le conté d'état-major {4 septembre FR45),

Les travaux techniques qui absorbèrent dès lors une hr partie de son temps ne l'empéchèrent pas de s'intéresser, ins des circonstances graves, à la politique générale. La Grèce. la question d'Orient tenaient {oujours une grande place dans ses préoccupations. Nous en trouvons la preuve dans une br chure qu'il crut devoir publier au mois de mai 1840, c'estae dire au moment où, l'empire ture paraissant de nouveau menacer ruine {par suite des récentes victoires de Méhenet Al), l'Europe put se demander avec inquiétude si les grandes puissances sauraient s'entendre pour le consolider où en visndraient aux mains pour se partager ses dépouilles. La France, favorable au pacha, était alors menacée de voir se reforirr contre elle la grande coalition de 1814 et de 1815. Comment résoudre se problème oriental qui, depuis si lonstemps. mettait la dipomatie à la torture et d'où chaque jour pouvait sor- . tir une guerre générale? Fabvier, qui avait toujours fait de la

polilique avec son cœur plutôt qu'avec sa raison et qui, Sans trop s'embarrasser de ce qui était possible, demandait avant

(4) « … On remarque dans le haute intelligence … » R

guerre, Archives adiminist

général Fabvier l'homme de guerre tt .

apport du général Darriule. (Ministère de 18 ratives, 4146.)

tout ce qui lui semblait juste, crut avoir trouvé la solution de la question el se filun devoir de la proposer sans ambages à l'opinion publique et au gouvernement de son pays.

L'opuscuie qu'il écrivit à cette intention porte ce simple titre : Orient (4). L'auteur commence par déclarer que, vu les circonstances, il considère comme une obligation stricte de faire connaître au public son « opinion profondément établie s sur les affaires d'Orient. +... À plusieurs reprises, ajoute-t-il, depuis douze ans, le £ouvernement m'a demandé des rapports eur les affaires d'Orient, Dans les notes que J'ai remises à MM. de La Ferronnass, Polignae, Gérard. Perier, ete. on ne trouvera rien que les événements ne soient venus justifier. »

Pour préserver la paix du monde et « satisfaire à la fois la religion, la justice et l'humanité », il n'y a. suivant lui, qu'à renvoyer les Turcs en Asie et leur substituer les Grecs en Europe.

A l'appui de celte solution radicale et quelque peu simpliste, le vieux philhellène retrace rapidement les efforts de la nation grecque pour reconquérir son indépendance. L'Europe, au lieu de Ja laisser faire ou de la seconder sans réserve, l'a entravée € d'emprunts, de gouvernants étrangers, de toutes les souillures de Ta civilisation ». De plus, elle n’a pas permis à tous les Grecs de s'affranchir. Les sujets du roi Otton ne forment qu'une faible partie de cette nation ressuscitée. Tout ce qui habite le Pinde, le Pélion, FOlympe: tout ce qui cultive l'Épire, la Thessalie, la Macédoine, la Thrace, l'Albanie même, doit faire partie de la Grèce.

« Voilà prés de six millions d'hommes qui doivent avoir quelque poids dans la balance et dont en semble ignorer l'existence. [ls peuvent présenter trente mille marins et cent cinquante mille soldats; des ressources de tout genre. qu'ils sacrificront avec joie pour leur grande et juste cause. La queslion n'est plus désormais entre les Égyptiens et les Turcs, entre les Turcs et les Russes; elle est entre les Russes et les Grecs et sera traitée avec toutes les fureurs de la jalousie. Les

(4 Paris, Bohaire-Delaunay. Broch. in-8° de 23 pages, 1840. y

Tures ne peuvent plus se soutenir en Europe. C'est done aux puissances de l'Occident à juger s'il est utile et juste que les Russes s'emparent de contrées auxquels ils n'ont ancun droit, ou si elles doivent être rendues à leurs antiques et légitimes possesseurs... ?

ILest faux, au dire de Fabvier, que les Grecs soient portés à invoquer ou à accepter le protectorat russe. I rappelle lim. popularité de Capodistrias, créature du tsar, el Miaoulis bràlant Ja flotte hellénique plutôt que de la remettre à l'amiral Ricord. La Grèce, décidément, ne veut être qu'elle-même,

Quant aux Tures, un seul moyen de régénération leur est offert, c'est de se rapprocher et d'aller se concentrer en Asie, S'ils restent en Europe. ils n'y pourront bientôt plus vivre que sous la loi d'autrui. On a pensé que Méhémet-Ali pourrait relever l'empire ture. C'est là une profonde erreur.

« La prétendue régénération de l'Égypte se borne à l'orsa-: nisation éphémère d'une masse obéissante entre les mains d'aventuriers. Les Arabes ne peuvent atteindre qu'au grade

.de capitaine dans l'ordre militaire ; les Turcs et les Européens

arrivent seuls aux hauts grades. 11 en est de même pour tout Méhémet-Ali a trouvé de l'appui en France dans les souvenirs d'Égypte, dans la presse qu'il soudoie. Tout cela nest que passager... Cette domination n'est qu'une énormilé; ces écoles, ces hôpitaux, ces fermes-modèles, des chimères. Cette flotte tant vantée n'est qu'une vaine ostentation qui ne lui cause qu'une dépense sans but, elle est équipée partout par des Grecs, qui cherchent là une solde jusqu'au jour où leur question sera traitée de nouveau. I en est de même pour celle de Constantinople. Construites toutes deux sous l'empire de l'émulation qui enflamme les deux rivaux, elles seront jinimobiles quand les Grecs le voudront... Jamais l'humanité n'a été outragée aussi constamment et aussi méthodiquement qué sous Méhémet-Alis la misère et la désolation sont au point que bientôt il ne pourra plus alimenter sa monstrueuse 0rsanisalion... »

L'idée d’une nationalité arabe n’est, dit l'auteur, qu'une pure illusion. Méhémet-Ali se présente comme Turc, comme défen-

seur de l'Empire ture; mais il ne peut, en réalité, rien faire pour lui. Se substituer au Sultan, il n'y pense pas; il sait bien que c'est impossible et que, s'il osait ceindre lui-même le sabre d'Othinan, il périrait aussitôt. Quant à reconnaitre l'Égypte comme Etat indépendant, l'Europe ne peut y songer. Ce nouvel Etat, par les alliances qu'il chercherait à contracter avec telle ou telle des grandes puissances augmenterait les embarras actuels.

Ainsi, rien à espérer des Tures, rien de l'Égypte. L'Empire ottoman ne pourrait se consolider en Europe que par la protection de la Russie. Là est le danger pour l'Occident, et l’auteur, vieux russophobe, le fait ressortir avec la plus énergique insistance. Le {sar en viendra-til à ses fins en proposant un partage? « Partage de quoi? Partage du bien d'autrui. Lors du partage à jamais déplorable de la Pologne, on pat gémir de limmoralité de quelques souverains, de l'incurie de quelques autres. Aujourd'hui que les parlements délibèrent en présence des peuples attentifs, à la lueur de la presse, commettre où permettre de pareils attentats ! Toute morale aurait donc disparu du monde? » Du reste, « quoi qu'on fasse, dans ce partage, l'avantage sera toujours pour la Russie, le danger pour l'Occident... » En somme, il n'y à de légitime et de sacré que le droit des peuples. I faut le respecter.

En terminant, l'auteur fait appel au roi des Français, au roi très chrétien, comme il l'appelle. C'est à lui, qui s'est constitué en Europe « le conservateur de la paix », de se faire « l'arbitre et le bienfaiteur des peuples de l'Orient ». Il en appelle aussi à l'Europe, qui ne peut rester indifférente au danger dont elle est menacée. Il espère bien, en somme, que la paix ne sera pas troublée, Mais si la guerre doit éclater, son àme de patriote et de soldat n'en est pas effrayée. « Non, s’écrie-t-il, le tzar n'ira pas à Constantinople si le roi ne le veut pas, s’il peut lui montrer du doigt le poids qu'il est prèt à jeter dans la balance. Si nous devions rentrer dans celte carrière si longtemps parcourue à travers lant de sans et de larmes, que le roi proclame sa généreuse résolution, elle sera reçue aux

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acclamations des peuples... Pour nous, S'il le faut, nous nous croiserons comme nos pères, el Cotsime eux nous dirons : Dion de veut!»

La question d'Orient était beaucoup plus compliquée et plus difficile à résoudre que Fabvier ne le croyait, L'ardent philheliène ne tenait pas compte des nalionalités lave qui occupent une si grande place dans la péninsule des Balkans et qui n'étaient pas plus qu'aujourd'hui disposées à se laisser absorber par la Grèce. IP était aussi trop porté à croire que l'Europe se préoccuperait exclusivement, comme luiméne, du péril russe. était enfin dans l'erreur en supposant Louis. Philippe capable d'assumer d'autorité un arbitrage qui eût pu le conduire à la guerre. On sait que lé gouvernement de Juillet, malaré la mauvaise humeur que ur causait le traité du 15 juillet 1N40, recula devant tout confit, laissa réduire à des proportions plus que modestes Ta puissance de Mehimet-Ali el ne rentra qu'un an plus tard, grâce à des arrangements bätards qui ne terminaient rien, dans le concert euro péen (D).

Nous né savons si la brochure de Fabvier fit quelque bruit dans le public, ni si les idées qu'il avait émises furent discuires par les diplomates. Ce qu'il ÿ a de certain, c'est qu'il ne fut tenu nul compte de ses conseils, Hs ui valurent seulement Ta reconnaissance des Grecs, dont il se regardait comme le conci- Woyen (2) et avec lesquels il n'avait pas cessé (nous en trouvons la preuve dans ses papiers) d'estretenir les relations les plus affectueuses et les plus cordiales, Peu après (en PRET, la Société archéologique d'Athènes se fit un devoir de l'admettre au nombre de ses membres. et la lettre de remerciement qu'il lui adressa (3) est un nouveau Lémoignage de sa sollicitude pour lavenir de la nationalité hellénique. Nous savons d'autre part qu'il avait à Paris les rapports les plus amicaux avec

(4) Convention dite des détroits, 13 juillet 1844. a. a rate nationale, écrivait-il le 30 janvier 1842, en m'honosang ec eret ie rec, à paré magnifiquement quelques gouttes do (3) Le 30 : |! , È Dove cause. . (Papiers de Fabvier.) Janvier 1852, (Lettre citée ci-dessus).

Colettis, ministre plénipotentiaire du gouvernement grec. Rentré dans son pays et devenu premier ministre aprés lu révolution de 1843, qui valut à la Grèce l'établissement d'un gouvernement constitutionnel, cet homme d'État ne devait pas cesser de regarder Fabvier comme le meilleur ami que les lellènes eussent encore en France. Plusieurs de ses lettres, que nous avons sous les yeux, en font foi.

Pendant les cinq années qui suivirent la crise de 1810, le général partagea obscurément sa vie entre les joies de la famille et l'exercice de ses devoirs professionnels, passant une bonne partie de son temps à Razay, surveillant l'éducation de con fils, concourant aux travaux des comités militaires et remplissant avec zèle ses fonctions d'inspecteur général d'infant>rie, tant en France qu'en Algérie, où, au cours d'une lungue tournée (de juillet à décembre 1842 (1), il observa de pres les premiers effets de la conquête africaine sur l'état d'esprit, les mœurs et les habitudes de nos officiers etde nos soldats.

I ne fut appelé de nouveau à jouer un rèle politique de quelque importance que lorsque le gouvernement de Juillet, depuis longtemps assuré de son dévouement, crut devoir l'appeler à la pairie (23 septembre 1845). Fabvier, jadis candidat malheureux à la députation, put enfin se mèler aux débats parlementaires, qui tentaient depuis si longtemps sa patrio- Uüique ambition,

I ne devait pas, il est vrai, s'y faire une place en rapport avec sa réputation, non plus qu'avec ses désirs. Bien qu'il parlàt avec énergie, chaleur et facilité, la nature ne l'avait pas fait véritablement orateur, non plus qu'écrivain. [ exprimait sa pensée sans ménagements et sans mesure, ne trouvant pas toujours le mot juste. Ses discoürs, quelque peu rugueux et sans harmonie, péchaient par la composition et par l'ordonnance. Aussi ne devaient-ils pas toujours retenir suffisamment l'attention de ses auditeurs. À

(4) A Alger, il rétrouva son compatriote et ami l'architecte VIOLOE Poirel, qui avait jadis combattu avec lui pour la cause hellénique et av ag qui, on l'a vu, il entretenait depuis longtemps la correspondance la plus alluctueuse,

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Sous le rapport politique, le nouveau pair de Franre til devenu un conservateur, dans la plus stricte acception du mot Sans renier les principes de 89, dont ilse réclama toute ça vie, il était fermement convaincu que la démocratie iménerait Ja France aux abimes. La Charte de FR30, le régime censitaire. la monarchie bourgeoise de Louis-Philippe lui paral-saient, comme à Guizot et à ses collesues du ministére, le nec plus ultra du progrès. Si ses amis d'autrefois, les Manuel, les La Fayette, eussent encore vécu, peut-être se fall moins aisément laissé gagner par celte politique de résistance. Mais ils n'étaient plus et Fabvier, dont les vœux. d'ailleurs, n'étaient jamais allée an delà de la monarchie constitutionnelle, s'était depuis queiques années, peut-être sans S'en douter, rapproché des hommes qui, comme Louis-Philippe, croyaient devoir refuser résolu: ment à la démocratie £oute concession nouvelle. Le parti de l'opposition dynastique ne lui paraissait composé que d'ambi- Ueux, beaucoup plus préoceupés de conquérir des porte. feuilles que de consolider la royauté de Juillet et fort capables de l'ébranler en semant la division parmi ses amis. [ Fallait, à son sens, soutenir énergiquement le cabinet du 29 octobre, palladium de l'ordre publie. Ce n'est pas qu'il usit pour lui de complaisance, qu'il approuvät ses cOompromissions et ses intrigues, quil ne réprouvät avec force ceux de ses actes qui lui paraissaient de nature à compromettre lhonneur du régime parlementaire ou la dignité du pays (fi. Mais ce

(1) Voir notamment ce qu'ilécrivait à Victor Poirel le 4S fevrier 14843: “.. La mousse qu'a élevée la question du droit de visite a laissé nn venin qui s'aigrira par q'autres causes successives pour produire je ne sais qUOI, qui, nous conduisant au pied du mur, fera voir clairement notre faiblesse réelle. D'un côté on redoute une révolution sociale: de Fautre On s'appuie sur celte crainte, De toutes parts on se sent et on se viut hors d'état de soutenir en Europe une position indépendante, on gaspille out en attendant, et c'est airsi que la France descend par degres dans un abime dont on ne voit pas le fond, — On pense generalement que Île ministère actuel n'ira pas loin. M. Molé viendra à la présidence, pour y faire quoi? Je ne sais Ia du moins une qualité positive, son cœur a une us pour. la patrie et une autre tout près pour l'honnéteté.…. Je vis dans su Go D ones nt qua le dévir tranpelig, Ga Bus tr es je ers celle pauvre malade que nous autres sun entendre ni lire I ARE ICE on autrefois magique, ne se fasse plu

re nulle part, J'y crois encore malgré tout, méme avec un

ministère défendait, à ses yeux, la vraie liberté contre l'esprit révolutionnaire, le socialisme, Fanarchie. C'était assez pour qu'il ne crût pas devoir lui ménager son concours.

Fabvier n'était pas moins conservateur en religion qu'en politique. Le catholicisme, qu'il n'avait jamais renié, était devenu pour lui depuis quelques années l'objet d'un culte ardent et presque mystique (f}, qui n'adimettait plus de transactions. C'était, à son sens, la pierre angulaire de l'édifice social. La France ne pouvait ètre heureuse, libre, forte, que par lui. C'est ce que Fabvier se montrait prèt à répéter en toute occasion, avec une sincérité manifeste, mais non sans une certaine intempérance de forme qui devait réjouir ses adversaires et mettre parfois à la gène ses propres amis.

Si l’on ajoute qu'au-dessus des principes conservateurs, au-dessus même de la religion, il mettait toujours l'humanité, la patrie, l'honneur ; que toute vilenie et lout parjure lui étaient odieux et qu'il avait peine à soupçonner chez Îles autres la bassesse et la félonie dont il se sentait incapable, on se rendra pleinement compte de l'état d'esprit où il était quand il entra dans le monde parlementaire et du peu d'influence que cet état d'esprit lui permit &’ÿ exercer.

Le Moniteur nous permet d'apprécier la louable activité avec laquelle il s'associa aux débats de la Chambre des pairs.

Les questions de politique étrangère lamenèrent plusieurs fois à la tribune, Il ne les traita jamais qu'avec le souci de concilier, dans la mesure du possible, le droit des peuples, la paix générale, l'intérètet la dignité de la France. Cette préoccupation est très visible dans son discours du 20 mars 186 sur la Pologne, dont la cause, si populaire en France depuis longtemps, l'était devenue plus encore par suite de l'occupa-

secret espoir. Que Dieu me le conserve jusqu'à la fin! Je ne Re aucun camp. J'attends. Voilà ma philosophie, puisque philosophe je suis. » (Lettre communiquée par M. Zciller.) ; é :

(4) Voir, pour se rendre compte de son état d'esprit, le début du discours prononcé par lui en 1844 aux funérailles de l'amiral Lalande : « Le Scigneur est courroucé contre nous et frappe à coups redoublés… Allez sr Lalande, puisque le Maître vous appelle, c'est GO per APE vous en France. » (Papiers de Fabrvier.)

tiun de Cracovie et des récents massacres de Galheie, Montalembertet Victor Hugo venaient de protester éloquemment contre ces attentats, Fallait pour cela que le gouvernement français se laissât aller à des provocations impuis<antes ou dansereuses contre les trois puissances Co-partageantes? L'orateur ne le pensait pas. 6... de vois, disait, dans cette mani. festation des inconvénients ; elle a comime ün caractère du menace, la menace est toujours nuisible, elle aigrit les cœurs sénéreux et va jusqu'à leur faire oublier les lois de Fa justice et celles de la prudence... » [n'en flétrissait pas moins bautement les violences du gouvernement russe. Quant à Ja France, elle est, s'écriait-il, « {oujours prète à tous les sacritices et à tous les efforts quand 41 s'agit d'une cause qu'elle croit juste ; mais ici, si notre affection est assurée aux Polonais, nos intérèts sont en seconde ligne par une juste disposition de la Providence... La France s'associe à tout ce qui est grand, noble et généreux ; mais, dans cette circonstance, ce n'est pas à elle à en prendre l'initiative... Si d'autres vœux doivent encore se manifester, qu'on les porte au pied des autcls ; là seulement la prière convient... Je désire que les Polonais restent fidèles à leur foi... Qu'ils conservent aussi leur esprit de nationalité. Qu'ils se garent des doctrines dangereuses; qu'ils écartent d'eux les fauteurs de tous désastres, qui cherchent à affaiblir, à renverser l'ordre social... Je désire donc que les Polonais attendent de la protection de Dieu, de l'affection de l'Europe, l'avenir qui, je l'espère, leur est des- Uiné... J'ai entendu avec plaisir M.le ministre des affaires étrangères (4) quand il a dit que le premier devoir du gouvernement du Roi est envers son pays, le

nôtre ; que, quelque juste et sainte que soit une cause, il ne

doit pas s'empresser à la serviren exposant la France à des dangers évidents...{2)” Ce discours, où se révélaient à la fois, un peu confusément, loutes les tendances politiques et religicuses de Fabvier, Se érminait par une charge assez inattendue contre les philo-

Sophes du dix-huitièine siècle, que l'orateur déclarait respon-

(4) Guizot, (2) Moniteur, année 1546, p. 710-744.

sables des excès de la Terreur et des effroyables guerres de Révolution et de l'Empire.

Si Fabvier ne demandait pour la Pologne qu'une assistance un peu platonique, il se montrait un peu plus exigeant en ce qui concernait la Grèce, SÜmulé par Colettis, qui, récemment, lui avait demandé son concours dans les termes les plfs pressants et les plus flatteurs (1), il contribua, par son discours du {8 mai 1846, à faire voter le projet de loi autorisant le gouvernement à payer Je dernier semestre échu des intérèts de l'emprunt hellénique garanti par la France. Après avoir retracé les origines de la guerre de l'Indépendance. les efforts héroïques des Grecs pour redevenir une nation. il sisnalait le tort qu'avaient eu les grandes puissances de soumettre cette nation à peine émancipée à leur protectorat et à la domination arbitraire d'une régence allemande, cause de tant de troubles. Il répétait que les Grecs n'avaient nulle tendance à s'inféoder au tsar. Il s'efforcait surtout de les laver des accusations dont ils étaient l'objet. «+... On leur reprochait, dit-il, des désordres. Je suis re:té six ans en Grèce; J'ai entendu parler de sept assassinats, dont deux commis par des étransers, I n'y avait alors de police que celle que le peuple faisait © Ô lui-même, On a peint ce peuple comme difficile à conduire, et nul n'est plus soumis que lui envers ses chefs, nal n'est plus accessible à la persuasion. On a parlé de ses guerres civiles. En 1824, le souffle étranger avait mis les armes en mains aux deux partis qui se présentaient devant Tripolitza. Le combat allait s'engager, quelques coups de fusil se faisaient entendre. L'évèque sort avec la croix, suivi de son clergé; se porte entre

(4) Lettre de Colettis à Fabvier du 50 avril 1846 : « … Je sais avec quelle persévérance vous continuez de faire pour la Grèce tout ce que votre position vous met à méme d'entreprendre. J'ai été, pendant mou séjour à Paris, témoin de votre zèle en notre faveur et j'ai su, & celle epoque, comme à celle où vous combattiez dans nos rangs, apprécier la D + et la chaleur de votre philhellénisme... Continuez, mon cher général, à aimer la Grèce et à l'aider, Dans les circonstances présentes elle a besoin du secours de tous ses amis. Vous avez combattu pour l'affranchir.…. fl s'agit maintenant d'affermir sa liberté et de développer en elle les Fr ments qui conservent les nationalités, civilisent les peuples, font Een : les Etats. LA encore votre philhellénisme a un grand rôle à jouer... » (Papiers de Fabvier.)

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