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Faiillierlie, le Sénégal

• S, iCrin-'st Fallut, UislùUt de ta colonie française au Stnigal.

Twnvi

136 LE GLNËR.VL FAIDllERiMi ^H

au TÏilsge du roi Piter. Le vieux roi daigna, pour nous faire honneur, exceuler lui-même quelques pas de tlanse, au milieu de sea femmes qui, agenouillées, netloyaient de leurs mains le sol que foulaieut les augusles pieds de Sa Majesté, [lendaiil qu'uu orelieatre, composé d'une vingluiue de noii-s souillant dans des dents d'élè|itiant, produlsail la plus épouvantable caeopbonie qu'on puisse imaginer.

« La fouie nous entourait et nous serrait de près. Un individusurloul.ausïi peu velu que les autres et plua r^pu^utint par suite d'uue maladie i!e la peau dont il était artligê.. venait toujours se placer contre noua. Je dis à linlerprète qui nous accompagaait : '< Quel est doue cet hoMiuieï que veut-il? o Avaut que l'interpHite ail pu me i-êpondre, le noir me dit lui-même, sans aucun accent étranger: « <^apitaine, je suis un « ancien élève dulycéeLouis-le-Grand^j'yai fuit toutes o mes études. » Un comprendra sans peine ma stupé- taclion; jo ne pus que répéter: « Comment un ancien > olive de Louis-le-lirajid 7 — Oui, me dit-il ; l'amiral « tiuui'l m'emmena éa France. Le ministre de la ma- • rine me mit au lycée et, quand j'eus fini mes éludes, •> on vîul me déposer ici dans mon pays natal. — Mais f uoinuienl viveit-vous ici? ijue faites- vous?— Je gagne « do quoi manfïer en servant quelquefois d'iulerprëtê K entre les soldats du poste et les habitants du vil- « lage.i.

Codi^classé inspira à Faidherbe de piofouJes rélïe- \iuus. La civilisation l'avait pris, l'avait nourri de sea ÏLi'la, de ses sciences, de sa littérature, puis l'avait to- Jutè brusquement sur sa lerre natale. Bienfait pei-Iidel l.û qu'où lui avait douné ne compensait pas ce qu'où Jui avait Ole. Sun éducation de civilisé l'esposait & la,

AU SÉNÉGAL

misère, à la faim dont l'auraient préservé ses mœurs, aea habitudes de sauvage. Étranger parmi ses compatriolcs, inférieur à eux dans la lutte pour la vie, c'était , un impuissant et un paria. Le résullat condamnait lé-] système. Pour associer les indigènes à notre œuvre,, à fallait procéder par d'autres moyens. 11 fallaltj loisir une élite parmi les jeunes gens distingué!'! intelligence, la naissance, les retenir dans lé I bays, lesiioumettre à une éduention rationnel le qui leffS

lapprooherait de nous saas les séparer de leurs i ulables, les préparer par une culture progressive etj irudente à leur rôle d'agents du progrès politique ely tocial dans la colonie.

Da ces considérations sortît l'École des otages: ata^f e parce que « les quelques fils de chefs qui s'yi wuvaient nous avaient élé donnés en cette qualité r leurs pères» . Pins tard elle prit le titre d'École de| pis de chefs et des interprèLes. Cette école duraqninzâ is. Clic rendit de grands services: 10^) indigènes l'oan fréquentée plus ou moins longtemps. Les uns sont dsf aiUB chefs de canton, les autres interprètes, officiera Sdmmerçants, cultivateurs. Cinq ou six seulement onfl ial tourné: parmi eux, ce Lai-Dior, principal fauteufj^ :s troubles du Cayor pendant de longues années. AaJ |Diitraire,Amadou-Abdou[, chef du Toro, élevé & l'école' J S otages, non seulement ue garda pas rancune d'uue'J Ivocation peul-étrc imméritée, mais poussa le dévoue» 1 ienljusqu'â demander à servir dans l'armée indigène,^ f lui confia un poste de sous-liculenanl aux spahis, 1 . conduite fut en tout et toujours digne d'éloges. |}Qr mieux nous manifester son attachement, il solli- 1 la faveur d'aller mourir en France. On y eonsen- j , Atteint jeune encore d'une maladie mortelle.

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LE GÉNf:iLiL FAIIIIIERBE

rendit le dernier soupir a. l'Iiôpitul Saint-Mamlri Toulon',

Le bien qui a surpasse de beaucoup le mal l'ut di caractère des instituteurs autant qu'à ieurenaeignemol FfliJherbe exprime une grande vérité pédagogique; 1 disant qu'ils rénsHrent parce qu'ils aimaient leurs î vea. EdISTI, des influences locales, intéressées à o curcir la situation aux yeux du gouvernement, déi minèrent le colonel "Vallée à supprimer l'Éiiole -j otages. Ce fut un malheur pour Je Sénégal.

Faidherbe n'hésita pas à protéger les missions, i considérait comme un puissant instrument decoloiii tion. La prédication chrétienne a trouvé :

accueil auprès des noirs qu'auprès des musulmans. . noirs, dont le sentiment religieux est plus t endormi, n'opposent génûralement qu'une cerlain^ différence aux ell'orts des missionnaires. C'est I doute un obstacle, mais on réussit à le ainsi que la population de Gorée a été co autre est l'opposition des musulmans. Leur aèle vertisseurs, leur ratintisine, s'accommodent mal ^ concurrence chrétienne. Nos missionnaires neïoul facileiuent brècbe dans leurs rangs. L'iutéréï n tîle les a Également défendus contre le chris Commerçant avec les Maures et les Peula du 1; ve, les négociants de Saint-Louis préféraient : musulmans, élever leurs enfants dans la religions sulraane, pai:ce que leurs correspondants profes celte religion. C'était un lien entre marchands, ^ on a pu dire " que les missions chré tiennes ont p prise sur les peuples indiipcndants de l'Afrique; ^

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la diffiouUê ne lasse eu&rc la patience de leurs ferveni»!

ouvriers' u, TouLerais, Faiilherbe conaLate que « le» S missigiiaalres du Saint-Esprit ont obtenu tles résultats 1 Bèrieux aux environs de Joal, dans les États sérères» Le jour oii le mîssionnair'i aura vaiucu le maraboul,.! rauLoritC- de la France sera inébranlable dans le Soudan occidental. Ce temps viendra. « Depuis loi choses oiilchangé, dit Faiilhei-beà propos des mi lia us le liiiut (leuve; les missionnairoa du Saiul-Esprl^ sont aujourd'hui installés à Kita. Us y sont très heureua au milieu J'uue population mandin^uc non ranatiquft j^ Les indigt'iLCs connaissent le caraclère rcligienxet loi bat ded membres de celle mission; ils laissent ccpen-1 (lanl leurs cnraiits s'approclicr des missionnaires, h

On sait que Faidherbc fui l'apôtre fervent de Tabo- Ulion de l'c'Sclavoge. Aussi quand, en 1858, le gouvcr- QGment métropolitain autorisa, sous le nom d'imuii gralion, l'embaueliage des noirs pour les colonies des Aulilles, il protesta énergiqiiement contre celte tmiic dÉguisÉe. On allait éveiller les appélils sauvages des ebef:! noirs, d'autant qu'on s'adressait naturellement aux iinricn.i foyers de traite ; on allait provoquer les expéditions armées, le pillayc, le vol pour se proeurcr des travailleurs libres. C'était la ruine de toutes les

,'idées morales, de la justice, de la paix, do tout ce qui portait les indigènes à la soumission, â la conQancc,

^80 travail, Faîdlieibe indigrjé rédigea une lettre au minislre '■< pour n'avoir pas la responsebilité des dt-sord.res dont le pays était menacé par l'immigration », C«ttre Icltre est fort belle. La voici :

D'fiit.ird, ht'é'i''j'it,é:iiil(s intimes.

LLl liliNÉIlAL FAIDllERDE

H Monsieur le Ministre,

il J'ai dépenaé tout ce qui me restait de force phyi j^ue et morale pour rétablir les affaires de la coiw <lans notre campagne de deux mois à Méiiine.

(1 Aujourd'hui je ne suis plus en état de restera d

poste, et J'ai, en conséquence, l'honneur de vous pri

, de vouloir bien me faire remplacer comme gouvemej

L Sénégal. Je crois laisser la colonie dans un i

sez satisfaisant, et je suis persuadé que la Frai

- peut s'en faire nne belle et utile possession, ai l'o

tinue à prendre pour règle de conduite l'intérêt è I indigènes. 11 faut pour cela des gouverneurs qui n'a ni répugnance, ui aversion, ni mépris pour ces r peu favorisées de la nature au point de vue de la p fectibilité humaine, mais qui ne sont pourtant pas ^ dignes de quelque sympathie et qui peuvent produj sur leur propre sol, et sans y être forcées moyens contraires à la justice etâ l'humanité, de q dédommager amplement les peuples européens a ' commerçants qui veulent bien s'intéresser à elles protéger et les diriger charitablement. t>

Le gouvernement défendit bientôt d'engager des t vailleurs lihres sur la côte d'Afrique; la démissioo «j Faidherbe n'eut pas de suite.

L'humanité et la justice, que Faidherbe invoque'.!

pour conquérir les noirs, il les trouvait dans

' avant de les mettre dans sa politiques ou plutôt <

. rayonnaient de son âme sur sa politique. Voici, p(^

1 linir, un trait qui montre avec quelle énergie il aa*f

" 19 appliquer. Un jour, c'était en 1860, une femme f '

jeter à ses pieds : « Gouverneur, je dematkij

justice, je ne compte que sur toi. Venge-moi I >

ai; slsécal ul

alors elle lui raconla que pendant qu'elle travaillai! & Snîiit-Louia, Fallu, niinisLre du roi de Coki, avait envahi sa case, volé ses enfants, hrisâ la Lêle de sa mère. Il Je ii'aL plus que loi, lu es mon père el ma mère; ji le demande jualice. » Le gouverncurprorailson appui. '

Aussîlôl il expédia à la rceherche du bandit un Féal 1 ooniniê Demba, homme sûr, inlelligenl, brave. Palté, ; quittant Cokl, s'était réfugié dans une case isolée au milieu des taillis. Un détachement de spahis, éclairé J par Demba, le cerna et l'enleva malgré sa résistance',* ilésespêrée. Refusant de marcher, il fut conduit It.-j Saint-Louis Hé sur un mulet. Interrogé, reconnu cou-' pable, comme la juridiclîon des tribunaux fr&nçais.l ne s'élendait pas sur le territoire de Gokî, Faidherb&j tionna l'ordre au commandant des spahis de le ra iter dans ce village el de le lusiller. Puis on suspendît^ son cadavre aux branches d'un baobab, dans un car-. J rofour bien en vue, et ou écrivit dessous en gros carac-J Lôres français et arabes : « Ainsi seront traités tonS:.i^ ceux qui tuent les mères pour voler les enfantai ! Malheureusement les enfants, vendus dans le Fouta,H disparurent sans laisser de traces. Malgré les recheiufl ches les plus actives, on ne les a jamais retrouvés.

Telle fut dans ses grandes lignes i'administraiion du 1 général i^aidherbe. Elle complétait l'action militaire I en la justifiant, La paix était suivie d'une orgauisatioa -i qui permettait à la colonie de s'ouvrir peu à peu à la J civilisation de l'Europe, de développer progressivft' 1 meut ses ressources de loutas sortes, morales ou maté-r | rielles. Si peu que soient dix ans dans la vie des peu- r pies, les Sénégalais avaient fait sous un gouvernement 1 réparateur un grand pas dans la voie du progrès.

Ein quittant le Sénégal, Faidherbe a pu se rendre le J

témoignage qu'il avait fondé la colonie de toutes pièces, par le seul effort de son génie. Avant lui, il n'y avait rien. A son départ, il laissait un territoire, un gouvernement, une administration, une armée, des traditions de victoire, une politique sacrée par le succfta, Tadhésionou la soumission des peuplades maures, ouolofs, foulahs, mandingues, des colons rassurés et pleins de confiance, un avenir de prospérité incalculable.

Il emportait le regret d'abandonner sa lâche inaohevôe, le chagrin de n'être pas apprécié selon ses mérites. Le gouvernement de la métropole, partagé entre d*autres soins, semblait n'attacher qu'une médiocre importance à la colonie du Sénégal. Il laissa dans Tombre Thomme qui lui avait donné le Soudan.

lé\^pinion publique ne vengea pas Faidherbe de rîuju^tioo du pouvoir; à Texceplion de quelques géoj;rnpho$, économistes ou marchands, tout le monde i^nanut ^os merveilleux travaux. A celte époque, la jîôv^iîTaj^hio ôtiul dèvlaipièe: les questions coloniales ne paîtsivum^iout por^^oune. Les éludes consacrées à la f s v\iiraphit^ el À rhi>Unrt^ du Séuê^aL insérées la plu- |\<rl d;uis dt*::> n^vues spéciales» ne sortaient pas d'ua c<Hvlo IK^s r^*:>trvial de Ucteun>. La gloire de Faidherbe uc do^>^S5ist pa:^ les U au tes de 1* ooto^uie. II a^oblint p<-^^x it u'« :duuu5i obUuiiu ^nnir ces causes, !a popula-

FaiiUertw jk'Lit'i^'.re tc\>p seusille à cotte double iiUt\CiV.^ie. eu j^ cv>U:kTvè Ju resî>cLU:aiv::iÙ. Il semble uu'Uie ^j^uHl u\iiî: jauiaU parc':i:u.c à rfcLx'4'ire de n'avoîtp*^ u.u>.'a\ rt;;'coii :a ses> s*,'rvL;es. V\x :l:l;u5^ aujour-

U cv^iciti-si^'oa de rA''-i ;^>. à. Tav^Lua de îa

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presse périodique et des livres, le conquérant et organisateur du Sénégal commence à apparaître sous son vèrilable aspect, dans son éclat, en attendant que la postérité lui rende les honneurs qu'on décerne aux grands honames, à ceux qui ont bien mérité de la patrie et de l'humanité.

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