‹ Le général FaidherbeChapitre 26 sur 40 · Faidherbe, Campagne île l'aimée du Nard. Note · texte numérisé non relu

Faidherbe, Campagne île l'aimée du Nard. Note

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LA CAMPAGNE DE ï/ARMÉE DD SORT) Nord. Elle se diatingua parliculièremenl h. Bapaume,>J « La moitié du personnel, dit le docteur Smet, aétél sur le champ de bataille dans la journée d'hier. J'y^ suis allé aujourd'hui avec l'autre moitié ; nous fono-fl donnons jour et nuit pour secourir les maltieureux-l blessés, car le carnage a été terrible ; maia à l'aspectl des flots de sang que nous voyons couler, notre eouragel et notre dévouement compriment nos fatigues,., Nous comptons aujourd'hui 130 blessés français ebl prussiens, h Ce n'est qu'un exemple : on pourrait e citer d'autres.

Les grands hôpitaux et les ambulances de l'armëf du Nord comprirent jusqu'à 12 000 places. Mais les résultats trompèrent trop souvent les efforts de 1 a s( La mortalité par suite des blessures fut considérable.^ Les maladies, conséquence d'une campagne d'hiver o le soldat était exposé à des épreuves au-dessus d forces et dans les conditions les plus déplorables, causbxV rent plus de ravages encore. Le martyrologe de l'armëi da Nord n'est pas moins quesarésistanceàrennemiunf litre de gloire devant la postérité.

Parmi ces héros obscurs du dévouement et de làM charité, le clergû figura avec honneur. II remplit dî-T guement sa mission consolatrice. Répandus sur les'J champs de bataille, dans les ambulances, les hôpitaux, T prêtres, religieux, religieuses se prodiguèrent partout 1 Où il y avait des plaies à guérir, des souffrances à calr^ mer, des cœurs à munir de courage et de résignation. Le prince de Ligne répondait à des propos d'esprîtJ forts : « Tout cela est très joli quand on n'entend pa*J les cloches des agonisants. » Ainsi, le soldat dans les vicissitudes de la guerre, comme le marin dans les bEi> sards île l'Océan, cherche au-dessua de lui 1

LE GKSKRM. [■■AlUlIlîliKH:

ble que lui révèle son inEtinet, On devient gcj dons les épreuves où l'on joue à chafiue heure S' teiice. Que de fois, nous disait un officier de l'arméol Nord, dans les instants de repos que noua laissaient! soins du service, au bivouac, dans les cantonnemei^ aux repas, que de fois notre pensée s'est arrêtée aui doutable problème de la vie! Les préjugés, rindlf rencc, la gloriole s'évanouissent devant le grand i connu. Lobacurité pèse, on voudrait la clarté. Oqt^ drait quelque chose de certain qui console, qui raî qui fortifie. On voudrait percer le dernier voile, ï cerner si, au delà, la lampe éteinte se rallume enct Revendication éternelle de l'esprit contre la matl' de l'espérance contre le néant.

«Plusieurs ecclésiastiques, aécritFaidherbe, prîn paiement des dominicains, suivaient l'armée ( aumôniers; parmi eux, le père Mercier reçut qui blessures à la bataille d'Amiens, où il montra un e rage remarquable. » L'abbé Toudre, supérieur \ maristes, à Valenciennes, prit part k la campagne i suite d'un régiment de mobilesn et parmi ceux môj que leur foi philosophique tenait le plus é' ses croyances, il éveilla les sympathies que lui i tait son dévouement ', »

Quelques ecclésiastiques firent preuve d'un a patriotisme en défendant les populations contre lesq ■tragea des vainqueurs, en sauvant des captifs au pfl ■de leur liberté, sinon de leur vie.

Après la bataille de Saint-Quentin une colonnafl prisonniers traversait les lignes allemandes soua ViT corte de quelques ublans et soldats de la Iaodwehr.9

t. Alfred (iiraril, Cariiel d'éJajies.

LA CAMPAGNE DE L'AUJlfE DU KORD

les dirigeait sur Amiens, d'où ils devaîeût être disper- , ses dans les forteresses de rAlIemagne. Le voyage fut | alTreux. Fiedii nus, les habita en lambeaux, sans pain, accablés de fatigue, ils se traînaient dans des chemins ] défoncés ou glacés, en butte, par surcroit, aux mau\ traitemenls, aux coups, aux injures de leurs gardiens. J De temps en temps un malheureux s'affaissait pour ne 1 plus se relever. A Foucaueourt, où ils campèrent sur | les mines du village, un ecclésiastique, dont noua regrettons de ne pas connaître le nom, se glissant dans j leurs rangs, apporta quelque soulagement à leur rai- Bère : ils purent par son entremise faire parvenir des ] lettres à leurs parents. Le troisième jour ils atteignirent Villers-Bretonneux, où ils furent partagés en trois 1 groupes. L'un de ces groupes était cantonné dans une \ ferme. Le curé qui vint les visiter leur indiqua d'un < signe une échelle apposée au mur en ajoutant à v( basse : « Cette échelle n'est pas là par hasard, pas plus i que celle qui est placée dans le jardin de l'autre côté i du mur. » Les prisonniers eonnprirent et trois cents s'évadèrent. Ce curé s'appelait Deleplanque. Il fut inquiété, arrêté. Que lui importait? Il avait rempli son \ devoir de Français. Ajoutons que dans cette localité, malgré les menaces des Prussiens d'incendier toute maison qui recèlerait un prisonnier, les femmes ei portées d'un élan patriotique fournirent en foule ( vêtements destinés t faciliter la fuite des captifs.

De tous CCS faits nous voulons tirer une leçon. Dans | notre grand naufrage, deux choses ont surnagé, l'honneur et la patrie : l'honneur, puisque avec des rassemblements sans cohésion, sans discipline, sans esprit militaire, nous nous sommes battus, contre toute e pérance, jusqu'à l'épuisement ; la patrie, puisqu'elle *

LE GÉ.NÉR.IL FAEDHERBE

est sortie de luttes inégales vivante, quoique raulîlêe. Eh bien! ces résultats, qui réparent en quelque sorte la défaite, uous les devons à l'unioD de tous les Praaçais. Le palriotisme, éto^aUaot les discordes et les haîues, a coQfondu toutes les âmes dans la n)én:ie toi, l'amour de la France, dans la même action, la résiatance à l'envahisseur. L'union! voilà la source de notre force dans le passé, voilà le gage de notre indépendance nationale, sinon de nos victoires dans l'aveDir. 11 vaudrait mieux pourtant ne pas attendre 1 étranger pour la fixer parmi noue.

Après quelques jours de repos, Faîdherbe mît de noaveau son armée en mouvement c. dans le but d'aller reconnaître la situation de la ville de Péronne ». Le 10, elle se cantonna autour d'Ervillers. Les francstireurs du capitaine Delaporte surprirent dans une -ferme 43 uhians, en tuèrent quelques-uns, Qrent les antres prisonniers. Le village paya cher cette aventure. Revenus plus tard, les Prussiens le ruinèrent de fond -en comble.

Les généraux von Kummer et von den Groeben avaient abandonné Bapaume. La division Derroja y entra le tl. Hélas 1 c'était pour apprendre la capitulation de Péronne. Ainsi l'armée du Nord avait manœuvré pendant dix jours, affconlé les rigueurs d'une température glaciale, accompli des marches forcées dans la boue et la neige, en proie aux privations de toutes âurtes; elle avait vaillamment combattu ù Bapaumei remporté une victoire certaine : et le prix oirert à ses cfTorts lui échappait ; le but de la campagne était masqué ! Par la prise de Péronne, les Prussiens restaient maîtres de la ligne de la Somme 1

Voyons ce qui s'était passé dans la malheureuse

LA CAIIPACHE DE L'ARMÉE DU KOIID

ville. Les fortifications de Péronne étaient insuffisantes contre les pièces à longue portée. Ni les murailles baslionnées, ni les ÎQoadatioQsne pouvaient tenir L'ennemi à distance, empêcher le bombardement. Leshau- . teurs dont la ville est entourée n'étant pas défendues, les Prussiens espéraient bien se rendre maitres'de la forteresse sans recourir à un siège régulier. D'ailleurs la place était mal approvision née ; sa garnisond'â peine 3 000 hommes, composée en grande partie de mobiles, offrait peu de consistance.

Le général de Manteufel comprit l'importance de Péronne. Cette place coupait les communications de l'armée allemande entre Amiens et la Père ; elle donnait accès sur l'iovestissemeDt de Paris. Au contraire la prise de Péronne achevait l'isolement de l'armée da Nord, stérilisait ses efforts.

Le 2G et le 27 décembre, aussitôt après la bataille de rUatlue, 11 bataillons, 16 escadrons, une compagnie de pionniers et S8 bouches à feu prirent position devant Péronne; les troupes étaient commandées par le général de Senden, qui ne larda pas à être remplacé par le général von Barnekow. Les Prussiens, dans leur présomption, cherchèrent à enlever la place sans coup férir. Par une ruse contraire aux règles de la guerre, un officier accompagné d'un trompette se présenta, sans mandat, en (lualité de parlementaire (30 novembre). On eut la faiblesse de le recevoir, la faiblesse plus grande encore de le laisser partir. Une seconde tentative se termina moins naïvement [4 décembre). Le prétendu parlementaire, dont la démarche dissimulait une opération d'espionnage, paya son audace de sa liberté : les réclamations de l'ètat-major prussien ne purent le faire élargir. Enfin un troisième parlementaire,

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■revèlu cette foia d'un caractère officiel, introduit a près (lu commandant Garnier, chef supérieur de Péronae, le somma de rendre la forleres^e. Garnier répondit comme il convenait: « Le gouvernement de mon pays m 'a confié la place de Péronne, je la défendrai jusqu'à la dernière e:ctrémilé. » •

Le mercredi 28 décembre, vers deux heures de l'aprfes-niidi, les Pruaaiena commencèrent le bombardejnent. Les eficla en furent tout de suite désastreux ; car, suivant l'usage, les projectiles ennemis frappaient non les remparts, mais les maisons. En quelques inslants tout fut écrasé sous les obus. La ville se remplit do flammes. Les édifices s'écroulaient. Les rues oETraient le plus lamentable encombrement d'objets mobiliera arrachés à l'Incendie. Les caves, les casemates, liens malsains, abritèrent un grand nombre d'habitants: mais plusieurs, des vieillards, des enfants, des femmes -périrent dans le trajet ou sous les ruines de leurs demeures.

L'hôpital brâlé, malgré la croix de Genève, vit so dérouler les scènes les plus terribles de désespoir el d'héroïsme. Le grondement du canon, l'éclatement des obus, les crépitements de la flamme, les gémissements des malades, des blessés, semblaient redoubler le dévouement des sauveteurs, sœurs de Saint- Vincent, soldats, citoyens. Les bâtiments s'effondrèrent, mais lea malades, les médicaments, le linge furent sauvés. Ce fut un épisode sublime de ce terrible drame. L'église paroissiale, premier objectif de l'ennemi, s'abima dans les flammes avee ses richesses artistiques. >< Péronne est en ce moment, a écrit un témoin, un immense brasier ravivé de minute en minute par les obus prussiens lancés à dessein au milieu des flammes et fournis-

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saat ainsi un nouvel aliinenl a\i fléau destructeur '. »

Cet effroyable écrasemeut pourauivi, suapendii, repris avec uue rage calculée, allait durer treize jours et Ireiie nuits.

. Puis, coinme si tous les tourments de la terre devaient 3 'a battre sur la malheureuse cité, la petite vérole y exerçait ses ravages. Enfitt, profitant du trouble universel, des soldats saos aveu, fuyards de toutes les batailles, maraudeurs de métier, vinrent par leurs crimes ajouter encore à la détresse publique.

La constance de la population ne put tenir contre tant de maux. Deux fois le commandant Garnier fut assailli de pétitions ardentes, l'une émanant de l'initiative privée, l'autre de la commission municipale, lui demandant au nom de l'humanité de rendre la ilace à l'ennemi. Un momeut l'agitation devint menaon dut étouffer par l'intimidation l'effervesince populaire. D'ailleurs les vivres ne manquaient 'pas; daos les accalmies d'obus, on voyait les fem et les enfants courir aux provisions, envahir les bou*; tiques de boulangers et de bouchera ou l'on conlinuailJ à débiter des vivres. Un troupeau de vaches fournioifl salent du lait aux personnes faibles et aux coavaleou cents.

Cependant la garnison répondait résolument à i'ar-;l tillerie ennemie. Malgré l'insuccès de notre tir, ( signalait aucune dél'uillance parmi les défenseurs. LesJ marins se distinguaient, connme toujours, par la pS'iT tience, la bravoure. Ils s'attelaient eux-mêmes au^ obusiers, les traînaient sur la neige. Rien ne ralentis*^ sait leur feu. Us accomplirent des exploits héroïques.il

t. AthiUe Carabj, Iltstuire du toinhw dément de Pirori'i

LE GÉNÉRAL FAIDUEItBE

Un jour un obus lombanL auprès d'une pièce renversfr I les dix aervanls. Le sergent Jacquin s'écrie : « Debout^ mes garçons ! que ceux qui ne sont paa morts se relèvent»; et les blessés, après un court pansement, repren; nent leur rang dans la batterie. De pareils traits consolent de bien des faiblessesl

La ville tenait depuis six jours quand on entendit le canon de Bapaume. L'espoir ranima toutes les Âmes. On allait cire secouru ; l'armée de Faidhcrbe approchait, les obus faisaient trêve ; les Prussiens levaient le siège; des colonnes ennemies remontaient vers le Nord. C'était la Gn, une Qn triompbale. Puis ce fut la retraite. L'ennemi s'éloignait dans une autre direction, laissant derrière lui aux défenseurs de Péronne la dè- , livrance. La joie fut de courte durée : les Français suspendirent leur marche et les Prussiens revinrent avec de nouveaux canons, dea canons français tirés des arsenaux (le la Fère, d'Amiens.

Le bombardement reprit avec une nouvelle fureur. Mais la situation s'était aggravée de toutes les déceptions, de tout le désespoir. La discipline se relâchait ; la lâcheté s'étalait sans honte. Les sorties qui devaient imposer le respect à l'enaemi furent de vaines démonstrations ou échouèrent avant l'entreprise. On ne put tenter aucun effort sérieux pour le salut commun. Le général prussien avait par deux fois repoussé impitoyablement la demande de laisser sortir les bouches inutiles, cet élément de faiblesse chez les assiégés ajoutant à la force des assiégeants. En effet, la population confinée dans des casemates sans lumière et sans air, minée par la peur, la souffrance, victime promise & la maladie ou à la mort, s'irritait, traduisait ses colères par la révolte, par des cris de capitulation. Il fallait se

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rendre sous peine de périr tous, jusqu'au dernier, sans profit pour la place, sans profit pour la patrie. On avait assez fait pour l'honneur, il était temps de songer à rbumanité. Et c'est ainsi que, cédant à la pression publique, ému de tant de sang, de ruines et de larmes, le commandant Garnier, après avoir pris l'avis d'un conseil de guerre, livra la place et son matériel à l'ennemi, le 10 janvier 1871, aux conditions de Sedan et de Metz. (( En présence dçi cette qapitulation inattendue et d'une protestation qui lui parvint de la part d'un certain nombre d'officiers de la garnison, entre autres de M. Poitevin, lieutenant de vaisseau, commandant des marins canonniers, le général en chef demanda au ministre de la guerre d'ordonner une enquête sur la conduite du commandant de Péronne. » (Faidherbe.)

Cette question passionna l'opinion publique, donna lieu à des polémiques ardentes.' Aujourd'hui que l'évé-

.nement, vu déplus loin, peut être apprécié dans le calme de la raispn, il paraît que Faidherbe aur-ait pu, poursuivant sa marche victorieuse, délivrer la place assiégée, mais que le commandant Garnier, fidèle à sa promesse, insensible aUx clameurs de la foule, préoc-

.cupé surtout de son devoir sévère, aurait dû prolonger la résistance iusqu'à l'arrivée de l'armée de secours. « Car, comme le disait justement le commandant Peyre, un des officiers de Péronne, nos défenses sont intactes; nous n'avons pas une pièce démontée. Le bombardement ne peut plus causer de grands dégâts ; le mal est fait, qu'il soit profitable ! »

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