‹ Le général FaidherbeChapitre 29 sur 40 · Faidherbe, Réponse au général von Goeben · texte numérisé non relu

Faidherbe, Réponse au général von Goeben

du côté de Corbie et d'Amiens, rarmée du Nord quitterait Albert le 16, atteindrait par une marche forcée, le 17, les rives de TOiseà Moy et Mézières, et là, maîtresse du canal de Saint-Quentin, de TËscaut, de la route de Cambrai, elle lancerait des colonnes volantes sur les chemins de fer de la Fëre, d'Amiens, des Ardennes, de façon à fermer à Tennemi ses communications avec l'Allemagne. Puis, si c'était possible ou nécessaire, elle se rabattrait sur Paris, pour prendre à dos l'armée du siège. L'exécution de ce plan pouvait changer la face des choses. Mais il faut reconnaître qu'il était trop ambitieux pour l'armée du Nord qui, déjà si faible en effectil' de combat, manquait des ressources essentielles. Du reste les circonstances obligèrent à le modiûer au point de le réduire à une simple marche sur Saint-Quentin.

Malgré l'ordre de se mettre en route à 6 heures, on ne put partir d*Albert qu'assez tard dans la matinée. La marche fut contrariée par un verglas obstiné contre lequel on avait négligé de prendre les précautions né* cessaires. Les troupes, souffrant du froid, avançaient péniblement sur des routes glissantes. Le grand convoi de l'armée, dont les chevaux n'étaient pas ferrés à glace, resta en détresse dans un chemin montant. Il fallut qu'un bataillon de mobiles du Gard, officiers en tête, s'attelât aux voitures pour les tirer d'embarras.. Ce jour-là on n'atteignit pas l'étape.

Le lendemain, le t^2* corps se dirigea sur Yermand ; le Si** avec le grand convoi de l'armée sur Saint-Quentin. Faidherbe avec la cavalerie tenait la tête des colonnes. Cette marche de flanc était dangereuse; le 22" corps surtout pouvait la payer cher. A Templeuxla-Fosse, l'avant-garde de Derroja échangea quelques

•258 ' tfe GENERAL FAIDHERBE

<;oups de fusil avec Une troupe ennemie. À Brusles on échappa, comrnè par niiiracle, h une embuscade forînëb d*un bataillon et de 12 canons que le général de Bar^nekow avait placée sur la route- Un dégel subit avait transformé les chemins en fondrières, de sorte que les soldats, ayant de Teau jusqu'au ventre, devaient tra* verser de véritables lacs de neige fondue. Ce fut au prix des plus terribles souffrances qu^on arriva, à la nuit, dans les cantonnements. Mais les convois étaient éloignés. On ne put se procurer des vivres qu'avec beau- 4iovLp de peine ; quelques brigades même durent recourir à rhabitant. Le grand quartier général s'installa h Verman'l, que les Prussiens venaient d'abandonner.

Cependant, après des hésitations suivies de quelques fausses manœuvres, le général von Goeben avait deviné le plan de Faidherbe, auquel la prise de Saint- Ouentin par le colonel Isnard donnait une clarté nouvelle. Les avis reçus de la Fère, de Laon, Amiens où. les garnisons étaient dans un grand émoi, ne lui laissaient plus aucun doute sur la direction prise par l'armée du Nord. Pour le 18, il donna l'ordre à la 15^ division d'infanterie et au général von den Groeben de s'avancer sur Saint-Quentin par Étreillers et Vermand. La 12® division de cavalerie devait s'établir à Moy et Vendeuil, à droite. La le** division et la 3* division de réserve resteraient à Jussy et Ham. Von Goeben transporta son quartier général de Nesle à Ham. <%

Quant aux Français, ils occupaient les emplacements suivants : la division Derroja, Caulaincourt et Vermand; la division du Bessol, Peuilly, Haucourt et Bernes; la <livision Payen, Vendelles; la division Robin, Epeby, La brigade Pauly était à Bertincourt ; la brigade Isnard À Saint-Quentin.

Lé i8, Faidherbe donne Tordre à Tarmée d'aller prendre ses cantonnements sur l'Oise, à Moy, Mézîères, Sery-Mézières. La 2® division du 23® corps et la brigade Pauly (mobilisés) étaient chargées de défendre les ponts du canal au nord de Saint-Quentin, c'est-à-dire la route de Cambrai, notre ligne de retraite. Les convois devaient voyager à part, les voitures être réduites . au strict nécessaire, afin de diminuer l'embarras des divisions. L'ordre était de ne pas s'éparpiller dans la marche, de manière à pouvoir se concentrer rapidement sur le point où Ton serait attaqué.

La division Derroja passa sans être inquiétée, La queue de la division duBessol fut chargée le matin par un parti de cavalerie de von den Groeben, à midi par l'avant-garde de Kummer, qui lui fit éprouver des pertes sensibles. Le convoi violemment attaqué perdit quelques voitures. Le reste gagna Saint-Quentin sous la protection énergique du commandant Perrier du 69* régiment démarche. Desoncôté, le colonel Fœrster, par d'habiles manœuvres d'infanterie et d'artillerie, disputant pied à pied le terrain, échappait à l'ennemi «ans autre perte que celle d'un canon noyé dans un abreuvoir. Les Prussiens repêchèrent ce canon dont ils se firent un trophée. Enfin, après un retour offensif du général du Bessol, la division reprit sa marche pour sa destination.

Mais au bruit du canon le général Paulze d'Ivoy était venu au secours du 22* corps. Sa présence renouvela le combat. Il suspendit le mouvement du chef de bataillon Perrier qui commandait l'arrière garde du ■convoi et lui ordonna de prendre position en avant de Gaulaincourt, où il attendrait l'arrivée du 23' corps. Les deux brigades Michelet et d^ Lagrange ne tardè^

360 LE GÉNÉItAL FAlDUERliE

rent pas à paraître, l'une appuyant Tautre. L'engagement s'étendit de Vermand aux villaRea voisins, Caulaincourl, Tertry, Peuilly. Il prit des proportions d'autant plus grandes que le général von ilen Groeben accourut aussi au canon. Criblés par l'artillerie dans le ravin de l'ertry, nos soldats se défendirent mieux sur les crêtes du Moulin-le-Doux. Ils furent obligés enfin de se retirer devant les batteries que les Prussiens avaient établies à Peuilly et Soyécourt. La batterie Dieudonné et le 33" de marche couvrirent la retraite ; leur résistance dura jusqu'à la nuit. A 5 heures, le combat auquel les Allemands ont donné le nom da Tertry et les Français celui de Vermand, se termina par une vive fusillade dans laquelle fui blessé le général allemand de Mémerly,

Faidberbe, croyant un moment à une attaque géoërale de l'ennemi, ordonna à la division Derroja de se reporter en arrière. Ce mouvement intempestif n'eut d'autre efiet que de fatiguer inutilement les troupes b. la veille d'une bataille décisive.

Il Le combatde Vermand, dit Faidberbe, nous coûta peut-être 500 hommes tués ou blessés. De fortes pertes de l'ennemi peuvent seules expliquer qu'il n'ait pas fait d'eSort plus vigoureux pour nous enlever nos positions devant Vermand ; mais l'enseignement que le général en chef tira de cette journée fut que la concentration, des forces prussiennes était déjà trop complète pour qu'il fût possible de tenter une marche vers le ?lord, afin d'aller s'appuyer aux places fortes : on était obligé d'accepter la bataille HUtour de Saint- ijuen tin. «

Le 18 au soir, Faidberbe, descendu dans un hôtel de Saint-Quentin, ie Cornet d'or, reçut U visite de M. MalézïeuK, pi'éstdent de la commiâsion municipale. M. Ma-

W '•'i UMPAGKE M L'ARMÉE Dl! NORD

lézieux rinforma de l'intention qu'on avait de lui faire une réception officielle, de I ui préparer nue sorte d'entrée triomphale, a Ne faites pas cela, lui répondil-il, car je viens ici, non pas en triomphateur, mais en victime, J'ai reçj l'ordre de faire une diversion, je la fais; et j'espère attirer sur moi, et par conséquent détourner de Paris, une partie assez considérable de l'armée allemande. Seulement, si j'étais à la place des Allemands, l'armée française ne tiendrait pas vingt minutes. Heureusement les Allemands sont très prudents, ils ne confient rien au hasard ; ils veulent jouer à coup sûr ; ils prendront toutes leurs précautions, et comme, en ce moment de l'année, les journées sont fort courtes, j'espère que je pourrai tenir jusqu'au coucher du ao leil, jusque dans la nuit même, et que je remplirai ainsi d'une façon complète le rôle qui m'a été confia^ Pour atteindre ce résultat, j'ai donné des ordres pou] que mon armée soit disposée un peu à ta nianiëi décorations d'opéra. Je ferai exaelement le contraire de ce que font les Prussiens. Ils ont l'habitude de tenir en réserve leurs meilleures troupes, de façon à pouvoir les faire intervenir au moment décisif, alors qu' dernier coup est assuré de donner la victoire, et même de mettre l'ennemi en déroute. J'ai quelque chose comme "0 000 hommes sur le papier, mais je m'estimerais heureux si j'en avais une grosse dizaine de mille en état de tenir bon devant une armée aussi bien pée, aussi bien habituée à la manœuvre que l'armée prussienne. Je ne peux engager à fond que 10 OOO hommes et c'est sur eux que je compte pour tenir en respect les Allemands pendant une forte partie de la journée. En même temps que j'engagerai à fond ces 10 000 hommes, j'aurai mes autres troupes h 5, 6,

le

le

le

!le

ur ^^H

LE GKSKR.\L FAIDHERBE

8, même à 10 kilomètres <Je distance, sur les hantfiuiî^ de Beilicourt et de Mauroy, sur la ligne de retraita I dont je compte profiter pour me retirer le soir vers lu places fortes du Nord. Ces troupes composées de mobilisés, qu'il est absolument impossible de mettre en figne, je lea déploierai en vue des généraux allemands, avec l'ordre de ne pas bouger, mais de se faire voir le plus possible. Les Allemands, me mesurant è. leur aune, 8'imagiaeront que celte partie de mon armée est une , réserve; ils prendront leurs précautions en conséquence ; ils ne s'engageront qu'avec prudence : de la «orte je pourrai les tenir en échec la meilleure partie de la journée ', »

Ainsi la virile cité de Saint-Quentin par suite de sa position, de son patriotisme, des événements, allait être, pour la quatrième fois dans cette guerre, le théâtre d'une sanglante action. Le 8 octobre 1870, des gardes nationaux et des pompiers avec le préfet, M. Anatole de la Forge, postés derrière des barricades, avaient, exemple mémorable, arrêté, dispersé une colonne prussienne composée de 2 compagnies de landwehr et de 400 dragons de Luxembourg en lui infligeant des pertes sérieuses. Celte résistance d'une ville ouverte eut un grand retentissement : elle a formé autourdunom.de Saint- Quentin comme une légende d'héroïsme.

Le 20 octobre, le colonel de Khalden, commandant de Laon, prit sa revanche. Trois obus envoyés sans sommation annoncèrent aux habitants sa présence et sa volonté. Il eut soin, d'ailleurs, de renouveler cet avîs 4e temps en temps. La ville était sans garnison, la po- 1, Nous n'avons rien changea ces paroles que nousa rippoi'iees M. Malézieux.

pulatîon atterrée- Il fallut se soumettre aux conditioua du vainqueur :

1» Payer une amende de 600 000 francs « par suite de la proclamation du 18 septembre 1870, signée par M. Anatole de la Forge, ainsi que de plusieurs articles dans le Courrier de Saint-Quentin, contenant des sentiments calculés d'exciter la population à lui faire prendre les armes et à exprimer des sentiments hostiles à Sa Majesté le roi de Prusse h ;

2° Payer une autre amende de 300 000 francs et subir une réquisition de 20 chevaux de selle n pour avoir, dans la journée du 8 octobre 1870, tiré sur une compagnie d'infanterie et 3 escadrons qui étaient envoyés à la ville sans aucune intention hostile, aflnde lui remettre des proclamations, et pour avoir détruit les ponts et moyens de communiquer avec la ville, et avoir empêché les troupes de remplir leur mission ».

Ces hardiesses d'imagination furent complétées par l'afûche suivantequ'on placarda sur les murs de la ville:

« Si après le départ des troupes allemandes, des nouvelles manifestations déloyales, si des désordres quelconques ont lieu de manière à nécessiter le retour dea troupes, il sera procédé contre la ville avec la plusgrande rigueur. Des contributions fort élevées devront être payées, et chaque individu compromis ou soupçonné sera puni de mort '. »

Le 16 janvier 1871, le colonel Isnard, à la tète d'una brigade d'infanterie, parut à la pointe du jour devant Saint- Quentin. Il laissa le corps franc des zouaves du Nord dans le faubourg d'Isle, espérant surprendre la petite, garnison prussienne. Mais le comte de Lippe, averti dans la nuit par l'état-major prussien de l'appro-

Page 1