AVANT LE SÉNÉGAL
Elnl838, Faiilherbe entra à l'École polytechniqua,"! II en gQrlit en 1840 pour l'école de Metz. Deu: après il ^tait nommé lieutenant au l'" régiment dul génie. Un an plus tard, il s'embarquait pour l'Alger ùù il séjourna jusi^u 'en 1816, remplissant avec zèle etl distinction les missions dont on le chargea, prenante part à diverses expéditions', entre autres & celle dnl Cbèlir, sans toutefois iittacher son nom à des faital dignes de l'bisloire.
Le général Charron eut la plus grande influence sup^ sa destinée. Mis au courant de la situation, des chai ges de famille, des besoins de Faidherbe, il lui con-i seilla de se tourner vers le service colonial. Ce conseilj s'accordant avec ses aspirations, Faidherbe demjindaj et obtint au commencement de 1848 un emploi mili»r taire â la Guadeloupe. 11 traversa l'Océan au r d'une lenipcle qui mît le vaisseau en penlition. 1! ton- 1 chait terre, quand II apprit que la République venait J d'être proclamée en France
Un des premiers actes do nouveau gouvernement i'ut-J l'abolition de l'esclavage dans toutes nos colonies. Cette mesure, si bonne en soi, mais si précipitée, causa uni profond ébranlement. La fortune des colons é naeée d'une ruine imminente. L'alïranchissement ma- • tériel n'entraînait pas l'aiïranchissement moral. nègres usaient leurliberté dans la paresse, De redou-l labiés problèmes surgissaient de leur altitude. L'escla-, vage était-il la cause première de leur inertie? ou cette "1 inertie él&ît-elle un effet naturel de la race '! C( corriger leurs dispositions natives î Pouvait-on par unei| éducation rationnelle relever ces opprir aatJonetde la nature î .Au milieu de sts travaux d'in-^ -génieur, — il bâtissait alors le fort Joséphiu
LE GÉNÉHAL FAlDHEriBK Saintes, — Faïdherbe se mit à réfléchir à ces questionB.-' Ses goûts le portaient déjà aux études ellmographi-quea, ses sentiments à la sympathie pour les déshérites. Il semble que, dès lors, il se soit senti la volonté
I ■ d'aimer cette race maudite, de l'élever en dignité dans la famille humaine, il entrevit peut-être dans un rêva de patriotisme et d'humanitû le rôle qu'il devait remplir avec tant d'éclat au pays des noirs. 11 est à croire
1 que ses relations avec Schœîcher, le vénérable apàtrCt e l'abolilion de l'esclavage, contribuèrent à fixer ses
I résolutions. Il se voua aux études coloniales, examisB les divers systèmes de colonisation, arrêta des projets
' et des plans, se forma, en un mot, à la mission qu'il convoitait. En effet, de retour en Europe, il sollicita une place dans le service du génie au Sénégal. Mais il n'y avait pas de poste vacant : il dut ajourner ses eapé-
On l'envoya en Algérie. On avait décidé l'occups- I lion de Bou-Saïda, L'entreprise paraissait périlleuse : ' il s'agissait de tout créer sur place, de résister aux attaques, de triompher d'un climat malsain. Ces difti- [ cultes mêmes excitèrent Faidherbe à demander la direction des travaux. On connaissait ses talents, sa I bravoure. Après son séjour à la Guadeloupe, disait-il lui-même, il pouvait affronter impunément les influences morbides du désert africain. On le désigna. 11 mena ï bonne lin la construction du fort, sans avoir à combattre, saos perdre un soldat. Le général Dalesme, commandant supérieur du génie en Algérie, lui adressa , de sincères et chaleureuses félicitations.
Il prit part en 1851, avec quelques sapeurs du génie,
■ à l'expédition delà Petite-Kabylie provoquée parles
agissements deBou-Baghla, l'Homme à la mula, et con ,
AVAMT LE SÉNKGAL 5
duîteavec une rare présompLion par le général Siiint- AniBud. Sainl-Aroaud, déjâdéaigné pour l'alleiitat du 2 décembre, a réaumé d'un ton de TanTare celle campagne à peu près slérile : « Quatre-vingla jours d'expédition, vingt-six combats, lutte vive et acharnée, mille hommestoucbéspar l'ennemi, uu sur sept, ettoujours des succès. Expédition criliquée au début, rude à conduire, aujourd'hui juste sujet d'élogea I » — « L'expédition s'accomplit avec des succès variés, dit le maréchal Randon dans ses Mémoires ; ses résultats, comme affermissement de notre domination, furent à peu près nuls, et quand, en 1853, noua parûmes dans la même contrée, noua ne trouvâmea ni vestiges ni souvenirs de l'apparition de nos colonnes en 1831. «
Le maréchal Randot), gouverneur de l'Algérie, avait II compris que, pour garantir la permanence des établissements, il Tallait leur assurer d'abord des communioations permanentes ' ». 11 confia au général Bosquet le soin de construire une route d'Alger à Hougia à travers la Kabylie. Bosquet alla bivouaquer au sommet des montagnes, contre les neiges du Djurjura. Les soldats, comme ceux des légions romaines, posèrent leurs armes pour prendre la pioche, le pic à roc et ta barreàmine. Mais la neïgc tombait : les communications avec Bougiefurentbientùt coupées. Le 2^ février il fallait lever le camp. On s'égara : la retraite devint un désastre. Ce lut aussi une source d'abnégation. Bosquet pouvait s'écrier: «Quelle journée et quelle nuitl Et que de traits de dévouement, d'énergiel Rien n'est beau comme un brave soldat I »
Faidherbelut ce brave soldat. Lancé en avant-garde avec sa compagnie de sapeurs, il dut tracer la route