Faidherbe, Réponse à la feialion du giniral v
LA CASIPAG.NE DE L'ARMÉE DU SOltD
étaient hors d'atteinte. Une attaque sur Cambrai tt une autre sur Landrecies ayant échoué, le général prussien ae bornait à garder la ligne de la Sommeil ' manque de matériel de siège, dit l'état-major allemand, interdisait aux troupes allemandes toute tentative contre les places elles-rnênaea, et d'ailleurs la possessiondel'une ou de l'auti'e d'entre ellesn'avait pas grand intérêt, car il n'entrait pas dans la mission de la première armée d'occuper d'une façon suivie la région du Nord et de la Somme, » Cette déclaration eal-elie bien sincère ? A défaut d'ulilitè militaire immédiate, il y avait le butin, le butin d'une des plus riches contrées de la France. Etant donnés les appétits allemands, peut-on dire que le dédain fut volontaire? Quoi qu'il en soit, avec une prévoyance où se révèle l'estime que lui inspirait l'armée du Nord, von Goeben traçait à sea lieutenants les lignes de retraite vers Péronne et Amiens, " dans le cas où ils seraient pressés par l'armée française ».
Faidherbe sortit un des derniers de Saint-Quentin, quand il apprit que les obus tombaient sur l'Hôtel de ville. Il suivit le 22« corps avec son état-major jusqu'à Qohain. Là, épuisé de fatigue, malade, il monta dans un cabriolet qu'un offlcier, originaire du pays, conduisit à Cambrai par la route de Montbrehain. 11 arriva à Cambrai à 4 heures du matin, où il se reposa quelques instants.
A 8 heures, il appela le général Farre et quelques officiers. « Les Prussiens, leur dit-il, ne nous ont pas poursuivis parce que leur but est de nous rejeter dans une place forte, de nous y bloquer. Nous éviterons ce danger en répaxlissant nos troupes dans tes 21 places du Nord. Ils n'entreprendront pas 21 sièges
en présence d'armées de secours. » Il défendit l'entrée de Cambrai aux soldats de l'armée du Nord ; à partir de 9 heures, il n'y pénétra plus un homme. Grâce au dévouement de l'administration du chemin de fer et des employés de la gare, de nombreux trains enlevèrent rapidement les troupes, si bien que la retraite ne parut qu'un funèbre accident, sans conséquences irrémédiables. L'armée campa autour des villes de Cambrai Douai, Yalenciennes, Arras et Lille.
A i heure de l'après-midi, le 29 janvier, Faidherbe partit pour Douai. C'est de cette ville qu'il data l'ordre du jour à ses troupes au sujet de la bataille de Saint- Quentin :
« Soldats 1 C'est un devoir impérieux pour votre gé-. néral de vous rendre justice devant vos concitoyens. Vous pouvez être fiers de vous-mêmes et vous avez bien mérité du pays.
« Ce que vous avez souffert, ceux qui ne l'ont pas vu ne pourront jamais se l'imaginer; il n'y a personne à accuser de ces souffrances, les circonstances seules les ont causées...
« En moins d'un mois vous avez livré trois batailles et plusieurs combats à un ennemi dont l'Europe entière a peur. Vous lui avez tenu tête ; vous l'avez vu .rtiaintes fois reculer devant vous; vous avez prouvé qu'il n'est pas invincible et que la défaite de la France n'est qu'une surprise amenée par l'ineptie d'un gouvernement absolu.
« Les Prussiens ont trouvé dans de jeunes soldats à peine habillés et dans des gardes nationaux des adversaires capables de les vaincre. Qu'ils ramassent vos traînards et qu'ils s'en vantent dans leurs bulletins, peu importe I Ces fameux preneurs de ca-
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nons n'ont pas encore touché une de vos batteries.
c( Honneur à vous t
« Quelques jours de repos, et ceux qui ont juré la ruine de ia France nous retrouveront debout devant eux.
c< Faidherbb. »
Le 21, le général se rendit à Lille. Gambetta venait d'y arriver. Nous empruntons à la déposition de Faîdherbe devant la commission d'enquête le récit de son entrevue avec le ministre.
« J*ai eu une conférence avec Gambetta. Nous avons parlé de la situation politique et surtout de la situation militaire. M. Gambetta était persuadé qu'il fallait continuer la guerre et qu'on arriverait à de bons résultats. Je lui ai dit : « Je suis d'un avis opposé ; Thonce neur exigeait qu'après Sedan on continuât la lutte, « mais aujourd'hui je ne vois aucun salut dans la ré- « sistance. Il me semble que la France ne peut être « sauvée que par une complication européenne.
« — Eh bjen, dit-il, il ne s'agit que de tenir jusqu'au « printemps.
<i — Sans doute la France est assez grande pour « prolonger la lutte, mais Paris va succomber dans « quelques jours et nous ne sommes qu'à la fin de « janvier.
« — Je crois, disait-il, que Paris peut tenir encore « un mois à six semaines.
« — Je ne crois pas que Paris puisse tenir longtemps, « et une fois Paris tombé, il n'y a pas de résistance « possible. Dans le Nord, nous serions écrasés en un <( mois, et dans le Midi quelle résistance espérer? Les a populations n'y sont pas portées à la défense, et le « pays ne s'y prête pas. Les guérillas sont possibles
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« dans dee pays de moalagnes, ou couverts de foftf •< mais dans un pays riche comme la France, oàiS ir le monde est habitué au bien-être, est-ce que * Il guerre de guérillas est possible?
« — Mais ai vous n'espérez pas le succès, coin « ferez-vous?
u — Je ferai mon métier de soldat. Jusqu'à cafl •■ je regoive de mon gouvernement l'ordre de dèpi « les armes, je me ballrai- »
u Je lui demandai quinze jours pour entrer en o pagne avec une armée égale à celle que j'avais d'ab^ 11 insista pour je fusse prêt en huit jours.
u Après discussion, je dis que je serais prêt e jours, a
Quelques jours après, pendant l'armistice, le j verneinent lui ayant posé cette questiou: u Pei^ continuer la guerre?» Faidherbe répondit par ui^J moire où, sans se prononcer absolument pour la p 1 s'eQ'ori^ait de montrer les diflicultés sinon l'im eibilité de la lutte. L'armée du Nord ne pourrai raison de sa faiblesse onmérique, garder à laj les places fortes et tenir la campagne. Les Pruaa augmentant leurs forces viendront avec une armti lOU 000 hommes et des parcs de siège bombarde|| villes, les prendre, suivant leur usage, par l'intini tion. La résistance, dans l'évenlualité la plus j rable, ne durerait pas plus d'un mois à six semaines
Faidherbe n'imprimait pas moins la plus grandi livilé à la réorganisation de l'armée * il a pu se re( ce témoignage que <> vingt jours après labataîllçl Sainl-Quentin elle était prête à reprendre s lions ". — B Une revue de la division Derroja, e passée vers le 15 février sur les glacis d'Arraa, pft^
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beau soleil et un froid de 10 degrés^ laissera des souvenirs qui ne s'eiFaceront jamais dans Tesprit de ceux qui y ont assisté : car c'était un spectacle bien réjouis* sant pour le eœur d*un militaire que la vue d^ jeunes et vaillantes troupes qui avaient livré quatre batailles en deux mois, et qui, leurs vides comblés pour la quatrième fois, se trouvaient ravitaillées, reposées, récon^ fortées, grâce & Tactivité de leur général de division. » (Faidherbe.)
Les conditions de Tarmistice furent débattues à Amiens entre le général von Goeben et le colonel de Villenoisy. Faidherbe avait voulu conserver Abbeville à cause de sa belle résistance aux Prussiens. Un ordre supérieur l'obligea de la livrer, mais il obtint qu'elle ne pût être frappée d'aucune contribution de guerre.
Le 15 février, le miâistre de la guerre prescrivit à Faidherbe d'embarquer à Dunkerque pour Cherbourg le 22" corps, et de disperser dans les places fortes le 23*, pour le cas où la guerre reprendrait après î'ar* mistice.
A ses compagnons d'armes il adressa ces paroles :
<c Au 23* corps :
« A l'occasion de la revue qu'il vient de passer, le général en chef charge M. le général de la division Lecointe d'exprimer à ses troupes toute sa satisfaction pour les éminents services qu'elles ont rendus à la cause de la Défense nationale, pendant les deux mois d'opérations de guerre, en iuttdnt vaillamment dans des conditions d'infériorité matérielle incroyables.
a Aujourd'hui, dans les circonstances douloureuses oh se trouve le pays» il nous «S ut redoubler de dévoue*
meDt, pour être prêts à tout, soit contre l'étranger soit en prévision des difficultés intérieures.
« Nous avons à sauvegarder la liberté et la dignité nationale : le pays dont la volonté va être exprimée par la majorité de ses mandataires, doit être maître de ses destinées.
« t^e devoir des citoyens armés est de faire respecter sa volonté et je compte sur l'armée du Nord. »
Cambrai, 2 février 1871.
(c Aux gardes nationaux mobilisés :
« Gardes nationaux mobilisés de la région du Nord, vous êtes licenciés par ordre du gouvernement. Je ne veux pas vous laisser partir sans vous adresser mes adieux. Vous qui avez rempli, du premier jour au der* nier, les dures obligations que vous imposait la défense du pays, vous allez rentrer dans vos familles, le cœur plein de satisfaction que donne à l'honnête homme le devoir accompli. Vous serez honorés par vos compa* triotes, et ce sera la légitime récompense de tout ce que vous avez fait et supporté depuis six ihois ; je vous ai bien souvent plaints dans les souffrances que vous occasionnait une organisation insuffisante, et j'ai reconnu qu'il y avait en vous les éléments d'une troupe d'élite, dont une nouvelle constitution de l'armée saura^ je l'espère, tirer parti.
« Quant à ceux qui se sont soustraits à Taccomplissèment de leur devoir par des moyens coupables, et que n'atteindraient pas les rigueurs de la loi, c'est à l'opinion publique à en faire justice ; ils ont, dans leur vie, une tache qui ne doit pas s'effacer de longtemps.
« Je termine en remerciant les officiers du zèle et du
LA CAMPAGSt: DE L'AUMÉF, UU SOriD dévouement qu'ils ont apportés dans leurs fonction»jJ et grâce auxquels la pluparL des légions avaient fait,9 des progrès remarquables. "
A l'occasion du licenciement de l'armée du Nord, lo.-J ministre de la guerre adressa au général Faidherbe la J lettre suivante :
•> Mon cher général, l'arrêté en date du 7 de ce moic.l a prononcé le licenciement des armées actives et ds i leurs étals-majors ; je vous invite b. en assurer l'exéoii*.' lion pour les troupes placées aous vos ordres.
B Au moment où vous quittez votre commandement,'] je vous prie d'accepter tous les remerciements du gouvernement pour le concours que vous lui avez prStÔ ] dans des circonstances aussi, difficiles et pour le dévouement dont voua n'avez cessé de donner des preu-'l vea.
" "Veuillez bien être auprès de vos officiers généraux, officiers de tous grades, sous-ofllciei's et soldats, l'interprète de ia reconnfiissance du pays pour la cons- | tance et les efforts qu'ils ont déployés dans celte cam- [ pagne, et grâce auxquels il est permia de dire que no» J irmes, en cessant d'être heureuses, n'ont pas cessé de 1 '.a mériter. On a pu épuiaer leurs forces, mais non leur ' courage, et la nation compte qu'ila ne failliront pas i aux nouveaux devoirs qui les attendent,
u Cette lettre sera mise à l'ordre du jour de l'armée.
• Le ministre de la Guerre,
t u Signé : Général Le Flô. u
H. de Freycinet s'exprime ainsi sur le général Faid^ herbe : « L'honneur de cette lutte lui revient tout entier : car, coupé dans ses communications avec le ■ ,
reste de la France, il dut se suffire à lui-même. A la fois bon administrateur et capitaine, il organisa et entretint l'armée du Nord. Il fit, d'ailleurs, de ses forces restreintes un emploi tel que ses coups eurent le même retentissement que s'ils avaient été portés par des armées plus nombreuses*. »
Aussi bien Faidherbe était le seul général de la République qui pût se flatter d'avoir arrêté nos vainqueurs. Par des alternatives de combats et de repos rapprochés, il s'était proposé d'aguerrir son armée; par une menace constante et des coups imprévus, de tenir l'ennemi en haleine. Sa stratégie immobilisa en quelque sorte devant lui une armée allemande, la fixa dans la défensive, l'empêcha de concourir directement au siège de Paris ou à la conquête de la Normandie. Il a livré aux Prussiens trois batailles : la première fut indécise ; la deuxième fut une victoire dont il ne profita pas ; la troisième une défaite honorable, dont il sortit mutilé, mais prêt à la'riposte. Mais il fatigua l'armée ennemie en lui infligeant des pertes énormes. S*il ne réussit pas à sauver, puis à percer la ligne de la Somme, s'il échoua dans son grand dessein de tomber sur les derrières des Allemands pour couper leurs communications et secourir Paris, du moins il préserva de' l'invasion une partie du Pas-de-Calais et le département du Nord, dont les Prussiens, quoi qu'ils disent, convoitaient les immenses richesses. Enfin on lui saura toujours gré d'avoir projeté sur nos revers un rayon de victoire. L'œuvre du Sénégal, savante, féconde, durable, restera son titre le plus solide à l'admiration des hommes ; mais la campagne du Nord a fondé sa popularité.