‹ Le général FaidherbeChapitre 32 sur 40 · APRÈS LA GUERÏIE. — LES DERNIÈRES ANNÉES · texte numérisé non relu

APRÈS LA GUERÏIE. — LES DERNIÈRES ANNÉES

sidheriie rcfuso d'f-tre député. — Attitude de Faidherbe pen- i dant Ja Cuminune : l'oLiéis9ftncc aox lois. — La maladie l'oblige à demander son remplaceinenl. ~ 2 juillet 1871, Élu Mpiitè psr trois déparlemcnlBi démisaion. — Jl écrit l'iiisloira de la campagne de l'arniée duKord, qu*il dédie h Gambetla. — 'M Le patriotisme de .Gambetta. — Projet d'organisation d'une armée nationale. — Mission en Egypte. — En janvier IBia H est élu sénateur du Nord. — L'expulsion des princes prétendants. — L'aventure Boulanger. — Travaux sur les langues 1 sénégalaises. — Grand chancelier de la Légion d'honne

f réforme de l'administration ; reforme des maisons d'éducA>.i tion de la Légion d'honneur. — Faidherbe s'occupa du Sé*'< Dégal ; son grand ouvrage sur le Sénégal,' sa lettre au nistre de la marine pour recommander l'exécution du chemin j de fer du Niger. — Entrevue avec un matelot de tacanonniérs 1 le Niger. — Maladie et mort de Faidberbe. — Funérailles à I Paris et à Lille. — Jugement sur Faidherbe, — La reconnaigsance pablkiue.

A peine Faidherbe ^vait-il remis l'épée au fourreou, 1 que la politique essaya de le saisir. On lui offrit une I candidature aux élections législatives du 8 février 187i> i

888 LE GÉNI^RAL FAIDHEECE

Élu sponlanément par la Somme, il refusa le t

dat de député en disant « que sa place n'élaiE i

là».

Le 3 mars, il reçut une dépêche du général La Flàfl annonçant l'insurrection de Paris el lui prescrivants mesure'] à prendre. Faidherlie répondit de l'ordrea avait ses troupes dans la main ; il comptait sur le | Bens de ses concitoyens. Au surplus, il était prêt hi cuper Lille militairement si les circonstances Vit geaient. Il n'en eut pas besoin. Le dèpartemeat^ Nord resta tranquille. Dans cette région oîi l'on î. plus la liberté que l'égalité, oii l'on conserve le re8|N| de l'autorité et de la loi, oîi la vie se passe dans le il vait, ou a peu de penctiant aux révolutions. Les é lions politiques n'y sont ni profondes ni durables.^ pinion flotte un peu au gré des affaires. Or, ) guerre, il s'agissait de panser les plaies, de restai l'agriculture, le commerce, l'industrie. La Comoi ne trouva pas même d'écho dans les grands ceol Elle eiit empêché le paya de revenir à ses chères h ludes laborieuses, à ses usines, à ses profits, Le i de lui-même, par son esprit pratique, par sa sag^ se préserva de toute agitation.

Le gouvernement de M. ïhiers appela Faidhe™ Versailles pour lui demander quelles forces il e.Vi mettre à sa disposition et lui dire d'en près Le fait est qu'il resta au poste que le gouvernei lui avait assigné, qu'il y remplit tout son devoir, s militaire va oii le ministre de la guerre lui dit àlnVi et non pas oii il veut... Un général qui, ayant un t, mandement, resterait neutre entre le gouvcruemei ane insurrection armée, commettrait uo crime c^ lai. fl tFaidherbe.)

APRÈS LA GOEIIRE. — LES DERfilÈItES AHKÉES S

^H Deux mois après, M. Tliiers le nommait grand offi' ^B^r Oe Ja Légion d'honneur.

^" Mais, suite des fatigues de la guerre, ses souffraECW physiques devenaient intolérables. Pendant la camplvf gne, ses maux ordinaires s'étaient aggravés d'une toai opiniâtre. Il dormait peu et mal, de sorte que la nul ne lui apportait aucun repos. Il se levait au point di jour pour reprendre le train de sa vie brûlante. L'âms seule soutenait le corps. 11 vint un moment oii la ni/ ture matérielle reprit ses droits. Un accès d'hépatib acheva de l'abattre. II obtint d'être remplacé dans soD commandement. La nouvelle de sa mort se répandîl même dans le public avec tant de persistance que l) général de Fénelon, son successeur, n'hésita pas &] ajouter foi.

Désormais la vie militaire de Faidherbe était tennt née. La politique, la réorganisation de la Légion d'honneur, l'étude, la famille allaient se partager ses dernlA* res années.

Aux élections complémentaires du 2 juillet 1871, 1 fui élu député par plusde 400.000 suEfrages dans les troi départements du Nord, de la Somme et du Pas-de-O lais. Il opta pour le Nord. A la Chambre il siégea, gauche. Mais après le vote " sur le pouvoir constirtuant u il donna sa démission, sous le prétexte qoe^ l'Assemblée s'attribuait d'autres pouvoirs que ceui qu'elle avait reçus des électeurs.

11 employa ses loisirs à écrire l'histoire de la Cam

pagne du ISord et un Projet de réorganisation d'tins ar

mée nationale. Il dédia le premier de ces livres à G&m

IkHbelta, « h. qui il devait l'honneur d'avoir commancM

^^Bme armée frangaise devant l'ennemi ». Ses ennemi

^^Niolitiques ont voulu voir dans cet acte une (laiterie â

l'adresse des puissants du jour: car « ii était particulièrement sensible à restime que les hommes du pouvoir lui témoignaient et à remploi qu'ils savaient faire ■de ses facultés ». Mais on oublie qu'à ce moment, malgré une popularité immense, Gambetta n'était plus au Gapitole. L'hommage de Faidherbe s'adressait à un vaincu, presque à un proscrit Sa reconnaissance semble, au contraire, avoir le mérite de l'indépendance, du désintéressement. Il s'y mêle quelque admiration. Aussi bien, Faidherbe dégageait le patriotisme héroïque de Gambetta des sophismes d'amour-propre ou d'intérêt dont on se plaisait alors à l'altérer. On sait bien aujourd'hui que la paix conclue au lendemain de Sedan ne nous aurait conservé ni l'Alsace ni la Lorraine ; on sait que Gambetta, dans sa foi, n'a pas espéré contre le désespoir, qu'en armant la nation il a pu croire sincèrement à un de ces miracles d'énergie et de bonheur dont notre histoire offre plus d'un exemple ; on sait qu'en dépit de l'issue des événements, ii a sauvé l'honneur de la France, l'honneur qui vaut mieux que deux provinces, car les provinces, on les reprend un jour, mais l'honneur perdu ne se retrouve plus : voilà ce que Faidherbe sentait bien; voilà le motif de cette dédicace à laquelle le cœur a pris autant de part que la raison.

Quanta son projet de réorganisation d'une armée nationale, Faidherbe, tout en se montrant favorable au service universel et obligatoire, faisait une exception au profit « des jeunes gens se consacrant à l'instruction publique ou aux cultes reconnus par l'État ». 11 réduii^ait le service militaire à deux ans. « La moraie et le respect de la liberté individuelle, dit-il, interdisent à la loi militaire d'apporter aucune entrave

APRÈS LA GUERRE. — LES DERNIÈRES ANNÉES 2i)l

au mariage de tout citoyen adulte, qu'il soit ou non sous les drapeaux ; mais Tétat de mariage n*amèn« aucune dispense ni aucun privilège en^ ce qui concerne le service militaire. » Les revenus d'un^impôt sur les célibataires âgés de plus de vingt- cinq ans de« vaient servir à accorder des subventions aux familles nécessiteuses des militaires sous les armes. Faidherbe dispensait Tarmée nationale de la police; supprimait même la gendarmerie de TÉtat. La police appartiendrait à une gendarmerie départementale, à des gardes urbaines, à des corps de police soldés. Les colonies entretiendraient à leurs frais des corps spéciaux: Tartillerie et Tinfanterie de marine seraient versées dans l'armée. On sait que cetle partie du projet de Faidherbe attire en ce moment l'attention du gouvernement et qu'il est question de créer des troupes exclusivement coloniales.

Maintenant que la loi militaire est faite, le projet importe peu ; mais il peut servir à l'histoire des idées et du caractère de Faidherbe; à ce titre, il nous a paru utile d'en exposer les principes généraux. On y remarquera avec quelle sollicitude Faidherbe se préocccupe des besoins de la société, de l'intérêt de la morale, de la dignité de Tarmée.

Affranchi momentanément de la politique et mis en disponibilité sur sa demande, Faidherbe fut chargé d'une mission scientifique dans la haute Egypte, à l'effet d'y étudier les inscriptions libyques. Dans ce voyage, où il trouva quelque soulagement à ses souffrances, il visita l'île de Philae, Jérusalem, l'Italie. A son retour, il publia successivement divers mémoires sur les dolmens d'Afrique, les inscriptions numidiques' de Sidi-Arrath, l'anthropologie de l'Algérie. '

LE GÉNÉRAL FAIDUEItBE

Ouciques années se passèrent aiasi. La ville de l'avait choisi pour représenter un de ses cantom conseil général. Les populations de la région du lui avaient offert une épée d'honneur ea reconnai! de ses services.

Au mois de Janvier 1876, il se présenta eandiilat aux élections sénatoriales. Mais le dépi ment du Nord, suivant le cours de ses variations litiques, lui refusa le mandat. Le vainqueur de paume, le député de 1871, n'obtint que 373 von 810 votants.

Aux élections sénatoriales du 5 janvier 1879, remit sur les rangs. La lutte fut très vive. L' passions politiques est perfide : pourvu qu'elle froj l'adversaire, peu lui importe la justesse de ses ci Elle déchire, elle empoisonne, elle tue selon son rét: elle ne se reconnaît pas d'autre devoir. L des succès de Paidherbe ne le garantit pas. On 11 procha d'avoir gardé une neutralité prudente dai guerre civile (on sait la fausseté de cette accusai d'avoir affiché de l'attachement à l'Empire tant l'Empire fut prospère, d'avoir sollicité di impériales. On remua sa vie publique pour y trouver des faiblesses de nature à le dé( dérer; on pressa ses acles, ses paroles, poui des arguments contre sa dignité, on n'y réussitj parce que rien chez lui ne se prêtait à cette odi besogne.

Il a servi l'Empire avec loyauté : c'était le | nement de son pays ; mais il ne l'a jamais Qatti^ n'a reçu de l'Empire que ce qui lui était dû. Sa c? cieuco n'a jamais transigé avec son intérêt, Oti j" avait pas bienfait, il ne pouvait y avoir ingratiÇj

APRES Li GUERRE. — LES DEItiaERES ANNEl!lU 'Jfê/M contre laquelle d'ailleurs aurait protealé boo noblof caractère. fl

Malgfé ces calomnies Faîdlierbe fut élu, mais fréyS queuta peu le Sénat. La paralysie dont it était oUeiat.a lut Otait toute activité physique. Puis, il- se renferma 1 dans les fouctions de grand chancelier de la Légionl d'honneur où la confiance du gouveraement t'ap*-J pela en 1880. Il prit part toutefois à la séance da^ 22 juin i886, où il vota l'expulsion des princes préten- J dant;. Cet acte parut aux uns un scandale, aux autresV un acte presque sublime. Les jugements des partis ont J de tels écarts, En vérité, Faidherbe ne visait pas &! jouer un rôle; obéissant & sa conscience et à sa raison, fl il vint ; sans affectation, remplir sou devoir civique^ comme il l'entendait. Qu'on le blâme ou qu'on le loue, il convient de ne pas dénaturer ses intentions, de réduire le fait à sa juste mesure ; le vole libre d'un homme libre.

Plus tarJ, Faidherbe eut encore l'occasion de sortir du repos politique auquel le condamnaient son état de santé et peut-être ses goûts. Un général, échappé de la discipline, tentait la conquête des pouvoirs publics. La nation toujours légère et mobile, oublieuse de récents souvenirs, séduite aux apparences, glissait encore une fois volontairement sur la pente de la servitude. Jamais la patrie, jamais la liberté n'avaient couru de plus sérieux danger. Au lendemain de l'élection du Nord, rougissant pour son département de cette élection, Faidherbe flétrissait en termes indignés la conduite de l'aventurier qu'il qualiflait de charlatan de patriotisme, n La première République, disait-il, faisait fusiller les généraux qui osaient se révolter contre le pouvoir civil. Elle avait raison : aucune indulgence.

LE GÉNÉAAL FAIOËEIIIIE

aucuae pitié n'est possible en pareil cas. Oà : noua si nous tolérions de semblables écarts? Il 0*4 rait plus ni armée ni patrie. »

n regiella de ne pouvoir présider la séance 1 conseil de l'Ordre raya des cadres de la Légioa d*! neur le général conspirateur condamné par la I Cour.

11 n'est pas sans intérêt de relater ces choses; montrent une fois plus que Faîdherbe ne fut jw que le soldat de la loi.

Toujours occupé de (juestions scientifiques, herbe avait publié en 1873 un Essai sur la langue ^ et en 1878 une étude sur le Zénaga. L'Académie^ inscriptiona et belles-lettres lui ouvrit ses porte

L'administration de la Légion d'honneur l'ocf sérieusement. Pour répondre aux justes critiques d Chambre sur l'organisation financière de la gn chancellerie et des maisons d'éducation de d'bonueur, il obtint du garde des sceaux la noffl tion d'une commission chargée d'élaborer un i meiil administratif el financier destiné à assiu fonctionnement normal des divers services. Le d du 1" décembre 1881 el l'arrêté du garde des s<^ de même date en furent. la conséquence.

En rétablissant l'ordre dans l'administration^ i duisit les dépenses; ce qui lui valut un témoig flatteur de la Chambre. I* rapporteur du budget] 1884 s'exprime ainsi ;

n 11 est juste de reconnaître qut grande chancellerie a pu donner lit ne pas lenir compte des observatio

si, autrefois!

u au reprocttj ! des Chambif

de ne pas s'attacher b. la stricte économie, M. le g

APntS LA GUERRE. — LI^S DERNIÈRES ANNÉES 293 chancelier et M. le aenrélaîre général actuels ont mis tous leurs soins à rentrer dans larègle et à raqacncr les dépenses dans de plus justes limites. »

Les mnisons d'éducation de la Légion d'honneur, Saint-Denis, Écouen, les Logea, étaient l'objet de critiques nombreuses. A Saint-Denis, oii n'entraient que les filles de légionnaires depuis le grade de capitaine, on reprochait, à tort ou à raison, la faiblesse et la frivolité des études; àlïcouen.oij l'on recevait les filles des officiers inférieurs, et aux Loges, maison réservée aux filles des sous-offlciera et soldats, une éducation étroite, une instruction sans but pratique, préparant mal ou no préparant pas du tout les élèves aux fonctions sociales. Il en résultait que le plus souventles pensionnaires, en quittant l'établissenicnl, étaient livrées sans défense et sans ressources aux hasards de l'existence. Saint-Denis avait un peraonoe! laïque, Écouen et les Logea un personnel congrègauîste appartenant ani religieuses de la Mère de Dieu. On se plaignait aussi des dépenses qu'entraînaient les trois maisons. De ii - & conclure à leur suppression, il n'y avait pas loin. Quelques-uns proposaient de verser les élèves dans les lycées, collèges, écoles supérieures de jeunes fllles; d'autres, de rattacher simplement ces ctablissementi au ministère de l'instruction publique. Pour tous, unff réforme radicale était urgente. •,

Faidherbe y mit, selon son habitude, toute son application. 11 étudia la question à fond et sous toutes ses

is, préoccupé à ta fois de servir les intérêts de , 5'Étal et cens des pupilles de la Légion d'honneur. i but de l'éducation, les moyens pédagogiques, les moyens financiers, il envisagea tout avec une subtile jénétration. Avec le concoura d'uu des plus illustre» i

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