‹ Le général FaidherbeChapitre 6 sur 40 · partie les grandes îles Bilbas et à Morfil devient une · texte numérisé non relu

partie les grandes îles Bilbas et à Morfil devient une

r nappe sans profondeur que traversent de nombreux

gués, ou un abondant et rapide courant de 20 à 30 ki-

I lomètres de large dont le trop-plein s'épanche! par de fautes rivières, des ojarigots, dans des déversoirs naturels, tels que les lacs de Cayar et de Mérighanera.

Le delta est un labyrinthe d'îles, d'îlots, de marais, de bancs de sable, de 13Q0 kilomètres carrés. La rien de fixe, rien de stable. A chaque crueraspecl se modifie. Des terres s'abaissent, d'autres émergent. Seul le cordon littoral, large de 300 ou iOO mètres, sans cesse entretenu par les apports des eaux douces et des eaux salées, résiste aux assauts du fleuve et de l'Océan :

. mais les alluvions allongent les rivages, l'unt reculer les grands fonds. La coulée du fleuve change inces-

I Bamiiieut son ouverture sur la mer. D'ailleurs, quelle

! que soit l'embouchure, elle est obstruée par une barre

AU SÉSÉdAL

|^b1e, dont la ténacité a nui considérablement à la

.é du port de Saint Louis, '^idherbe s'est plu à dissiper la fôcheuse répulatioa Pfle barre. « Aujourd'hui celle mauvaise impression r la qualité, comme port, du Sénégal n'a plus de

bon d'être Grâce à la vapeur, la direction du vent

t indiffcrente, el dés que la mer est assez tranquille r ia barre, les bâtiments à vapeur peuvent entrer et ^tir, et les bâtiments à voile peuvent se faire remor- . Comme preuve que l'embouchure du Sénéçal rite bien aujourd'hui le nom de port, nous pourrons r les Tuits suivants :en 1886 et 1887, une seule niai- 1 a fait partir de Bordeaux pour le haut fleuve dix s qui, après avoir accompli leur voyage et passé r conséquent deux fois la barre, ont été de retour à prdeaux au bout de deux mois â peine ' . »

1 seconde rivière du Soudaa 0CL:idental est la

ibie, dont le nom uni â celui du Sénégal forme celui

» contrée, la Sénègumble. Ce (Icuve qu'alimentent

( eaux du Fouta-Ojallon, après avoir parcouru des

'filés formidables, s'écoule à. travers une vaste plaine

jfcèrement ondulée, fertile, couverte de bouquets de

1 200 kilomètres de son embouchure, c'est déjà

i de mer dont les rives écartées disparaissent

I des forêts de palétuvisrs. L'estuaire est profond,

B barre, qui se trouve à 20 kilomètres en mer, est

Wuverte en moyenne de 9 mètres d'eau. La Gambie

fre la voie la plus directe vers le Baraboitk el le

Htta-Djalloa. A ce titre, elle devrait être recherchée

mS navigation et du commerce, d'autant plus que la

' avoisinante est moins tempétueuse que celle du

B.Faidliertje, le Sénégal, '.

LE CÉKÉRAL FAimiERBE

t Sêuègal. Mais le climat meurtrier èloigue l'Kuropéen;^ l,el lea poputalioas riveraines, sans ressort, sitna éner-

I, à l'excepLion des Maliiiltéa du cours aupL-rieur, fta'adonnent ci h la culture, ni à l'industrie, ni au nérgoce. Le bassin de la Gambie appartient nominalement ■ î. l'Angleterre. ,

Plus au sud s'étend la vallée de la Casamance, dont ' la France revendique la possession depuis 1828 et où e a bâti en 1837 le fort important de Sedhinu. L'esf tuaire de la Casamance, de près de 20U kilomètres de ^ longueur, large de 2 à 10, s'ouvre sur une barre sans 1 profondeur. Bien que la navigation y eoil gênée, ïea licorvetlea pénètrent jusqu'à Sedhiou. Ce poste par sg. ' position semble appelé à un grand avenir. Le sol ne se refuse b. aucune culture tropicale; les productions- \ spontanées abondent, les forêts couvrent la régios . I côliêre. La Gasamance est encore une voie decommn- ' ' nicaliou excellente entre la côte et le baut pays. Ëa outre, de nombreux marigots facilitent les reûtioas -" fluviales et maritimes.

Faidlierbe, qui a des faiblesses pour le pays de sa gloire, comme un père pour son enfant, n'hésite po» à réhabiliter le climat du Sénégal, « Il estcertuin, ditil, qu'avec de la conduite, du travail et une bonne hygiène l'on peut vivre très longtemps au Sénégal, « I Mais les exemples de résistance et de longévité qu'il , I cite ne sont pas assez nombreux pour être concluants. ,ui-mème a plus d'une fois entretenu ses amis de î^-i^l lécessilé de créer une race intermédiaire entre % r blanc et le noir, dont la coustilulion, s'aceommodaDt^ Q r ELUX conditions locales, pourrait échapper aux iuiluea^' j :es morbides d'un climat dévorant.

Ou distingue deux saisons : la saison sèche, île -]

novembre à juin ; l'hivernage, de juin à novembre, La 1 première est supportable sur le littoral où les venta ^ alizés et les courants maritimes entretiennent une frol- 1 cheur relative. Le Ihermomètre à Saint-Louis marque .| ane moyenne de 20 à 21 degrés. Mais dans l'intérieur^. 1 surtout è la fin de la saison, pendant les mois correspondant (i notre printemps, la chaleur devient excessive et malsaine ; l'air se remplit de poussière qu'apporte en tourbillons le vent sec du désert.

Le temps de l'hivernage est l'époque de l'humidité, 1 des pluies, des tornades, cyclones de peu de durée, mais ([uolidiens, de vents violents irréguliers. Il pleut trente jours à Saint-Louis, beaucoup plus longtemps dans le haut fleuve. Toutes les rivières débordent, remplissent les cavités, les lacs, les marais, laissant ' après elles des détritus organiques qui empoisonnent i l'atmosphère. Alors apparaissent les maladies endé ques, fléau non seulement des Européens, mais encore 1 des itidigênes, les fièvres pa4udéennes, les accès perni- j cieos, l'hépatite, la phtisie, le mal rouge, auxtiueU I ■nnent s'ajouter parfois des épidémies violentes dttM choléra ou de fièvre jaune. « Plus terrible pour leaJ Blétrangers, non acclimatés, la lièvre jaune qui a éelatâ'-l 's fois depuis iS'iO, lue en moyenne plus de la moitié I

; résidents français lorsqu'elle fait & Goiée o latnt-Louis sa visite redoulée. Malgré les progrès i heeompHs dans l'hygiène publique, les dernières épi^ i i ont été des plus meurtrières : la moyenne de» I ihropéens frappés est de 80 p. 100 et la mort emporte J ^Hs de la moitié des malades '. » « L'expatriation àd ^ àe latitude dans la direction de l'équateur est unefl

It. Elisée Renlus, NoiacUe Géographie vnh'fneVe, i. XII.

16 LE CÉ.NÉIUL FAIDHEnRE

teolative des plus dangereuses pour tes immigrants de la zone tempérée du Nord, On peut donc répéter avec Bérenger-Fêraud que racclimateraent du Français au Sénégal est une chimère '. »

La Dore du Soudan occidental lient, au nord du fleuve, du caraclcre des steppes sahariens, au sud, de la nature tropicale. A côté des savanes de graminées s'élèvent desforètsdegrands arbres, oùdomine l'acacia à gomme. Çâ et là, surtout sur le littoral, apparaissent des bosquets de baobabs et de benteniers, ees géants de la végétation, fournissant, l'un le pain de singe que l'homme ne dédaigne pas, l'autre du bois pour les constructions navales, des réduits pour palabre et pour le culte des fétiches. Le rtinier, sorte de palmier, croit sur les bords du Oeuve. On l'emploie à. l'établissement des pilotis, des quais, aux travaux hydrauliques- Il est si précieux que les Français s'en sont réservé lapropriété exclusive. Parmi les autres productions spontanées il fautciter le cail-cédrat, acajou du Séaégal, le karité, surnommé arbre à beurre, à cause de la matière grasse de sa châtaigne. Le kola, dont la noix jouit d'une si grande réputation, forme des forêts entières dans le haut fleuve et le Fouta-Djailon. Le cotonnieret l'indigofère poussent à peu près partout; mais leurs produits, bien qu'ils servent aux indigènes, sont encore peu répandus. Enfln, aux plantes alimentaires, tels que le mil et le maïs, s'ajoutent le tabac dont on sème deux espèces, la soie végétale, la sorgho. Aujourd'hui la véritable richesse agricole se trouve dans lu culture de l'arachide et du béraff, dont on lire par l'exportation des huiles propres & l'alimentation et à l'industrie. En IS35, la produc-

léclus, Souvelle dcog' ap/iU uitUei:

tinn du bérafT êtail à peine de .") toaneaux ; en 1858,i elle s'élevait à 800; vingt ans plus lard, à 30 000. : 1859, on exportait 8 à 9 millions de kilogrammes d'ara- g chides; ea 1881 on en a exporté 60 millions repréaea-'.-l lantunevaleurdelSmiJlioDsde francs. « Aujourd'hui, I a écrit Faidherbe, à la côte occidenlale, au-dessous d&J la Gambie, la culture de cette graine n'est plus rému->, nératrice et elle est abandonnée. Au contraire, i son de leur qualité supérieure qui permet de lesj employer seules k eertaina usages, les arachidea dU'ï Cayor et du Sénégal peuvent supporter toute concur-i

Le fer semble abonder dans les montagnes du Fouta-] Djallon, Le Bambouk renferme des gisements et des.l sables aurifères. Objet de l'ardente convoitise des Ku-' ropéena, ces richesses, malgré des tentatives nombreu-j ses des Portugais et des Français, n'ont pas réalisrf les espérances qu'elles ont fait concevoir. L'or sénéga*J lais a abondé sur les marchés de l'Europe ; mais il cessé d'être produit parles indigènes. Aussi, que ds trésors perdus, si l'on songe aux procédés primitif» employés par les noirs, aux déchets d'une manipulation réduite à de grossiers lavages I Un jour Faidherbe tourna son activité vers ïesminesdu Bambouk: il alla en personne construire un fort à Kénébia. L'événement trompa ses efforts. L'entreprise toutefois, en laissant des regrets, n'a pas ôté toute espérance.

Enfin le sel, dootla lagune de Gandiole produit une grande quantité, tend â devenir l'objet d'un commerce étendu, â mesure que s'ouvrent les routes vers le Soudan central où ce précieux condiment manque tout à fait. Dans un temps plus ou moins éloigné, le sel de Saint-Louis y remplacera le sel du Sahara.

18 LE CÉNÉIIAL F.\1UUI;EI[)E

Paidherbe a particulièrement étudié les population:] de la Sénégambie au point de ?ue ethnique et historique. Elles ae rapportent à trois races ; les noire, plua ou moins foncés, dispersés 6ur tout le territoire où ils forment Je nombreuses tribus sédentaires, agricoles ; les Fouis ou Foulas ou Peuls, à la peau rougeûtre, d'origine étrangère, pasteurs, mais aptes à la culture du sol, guerriers conquérants; les Arnbo-Berbères, blancs ou bruns, nomades et pillards, oppresseurs des noirs. La plupart de ces populations professant la religion musulmane, qu'elleg tiennent de leurs ancêtres, ou qu'elles ont subie de leurs vainqueurs. Mais eliei les noirs le fanatisme de l'Islam n'a pu déraciner les pratiques d'un grossier et souvent crunl félichisu' L'islamisme a été le rempart devant lequel nos efloi'ls ont failli se briser.

Nous compléterons ces indications sommaires dans la suite de cette histoire, h mesure que se dérouleront les événements.

« De toutes nos colonies, celle du Sénégal est la plus ancienne. En )3fi4, des marins dieppois abnrdcrent dans la baie de Dakar : séduits parja richesse du pays, par l'abondanee des produits, ils revinrent l'année suivante et fondèrent des comptoirs sur les côtes depuis le cap Vert 'usqu'au golfe de Bénin. Leurs affaires prospérèrent: enéchanged'objetsdevalcur minime ils obtenaient des peuplades sauvages la gomme, le poivre, l'indigo, l'encens, l'or, l'ivoire, toutes marchandises de haut prix'. » Apres une éclipse de deux siècles pendant lesquels ils furent supplantés par les Portugais et les Hollandais, les Français reparurent

i. Ancellc; les Finançais au Sinégal {RsiuedeCéograpliit, 1883).

AU SÉSfiGiL

dans ces parages : trois compagnies privilégiés se paw togêrenl les rivages depuia A rgaîn jusqu'au capLopei. Art trafic lies produits nalurels s'ajouta la traite des n qui devint bientôt presque ki seule source des bénéfti ces." Ce commerce, contre nature parlui-mèine, i faisait dans des conditions révoltantes... On le suppor^ tail à ces époques reculées, parce qu'on n'en connai^ sait pas les circonstances odieuses; ceux qui en profl: taieut laissaient croire qu'ils s'y livraient uniquemeaM par zèle religieux et pour sauver les ânacs d< heureux noirs, n (Faidherbe, le Sénégal.) La trait^ néanmoins ne porta pas bonheur aux compagnies. Afti câblées sous les plus lourdes fautes, emportées pat la faillite, elles se succédèrent sept fois jusqu'en 1738J nelaissantque des ruines, des exemples décourageanlsj^ Seule, l'administration d'André Bruë jeta quelque éclat sur le passage de ces compagnies. « Le célèbre directeur de la compagnie du Sénégal, puis de la compagnie des Indes, l'homme le plus remarquable tous ceux qui cmt dirigé les afiaires de ces établisse-^ ments pendant les xvii° et xvni' siècles' ■■, Bruë apportait (1G97) non seulemeot de la volonté, mais u système de colonisation qu'il allait poursuivre aveM^ résolution. Il ne s'agissait pas, bien entendu, de fixera "au sol des travailleurs. La compagnie qu'il représen-1 tait ne pouvait que s'attacher au trafic. Le commercaj avec les indigènes, tel était son objet. II fallait le ré-j gler, l'étendre ; il fallait attirer à nos comptoirs losS produits de l'intérieur, en un mot accaparer les affai-ï res, absorber le mouvement commercial. L'entrepriseJ n'était pas vulgaire, étant donné le peu de consis-J

LE GfiNÉKAL FAimiEIlBE

ce deB I

tance des Français au Sénégal, la concurrence dee Maures, des Hollandais et des Anglais, la défiance sinon l'hoslililé des chefs indigènes. Bruë entrevit et employa les moyens les plus propres h arriver à ses fins.

11 s'efforce de substituer l'ioRiience française à celle des Hollandais. 11 noue des relations avec les chefs noirs ou maures, les visile, les gagne par la politique ou les subjugue par la force, en obtient dea traités avantageux; il construit des forts, échelonne des postes armés sur le Sénégal, particulièrement dans le haut fleuve; il soupçonne' les voies de pénétration par la vallée du Niger, les immenses débouchés qu'elles offrent ; il lance des officiers entreprenants et hardis à travers des contrées inexplorées h la recherche de richesses nouvelles, de reDseignements scientifiques. Sa vie active et aventureuse est traversée par les plus rudes épreuves; la maladie, la captivité, les trahisons, rien ne lui est épargné : il quitte la colonie, y revient par trois fois, jamais découragé, toujours persévérant, soutenu par une énergie inébranlable, sans que son robuste génie se puisse lasser. Si les circonslances eussent été plus favorables, il eût réalisé au commencement du xvLii" siècle l'œuvre que Paidherbe a entreprise, menée si loin, et que le xix« siècle sans doute verra s'achever. D'ailleurs, il ne serait point su prenant que Faidherbe se soit inspiré des idées de Bruë : leurs conceptions, leurs desseins, leurs procédés, leurs études oITrenl du moins de singulières analogies.

Quoi qu'il en soit, les résultats de l'administration de Bruë étaient sensibles. 11 avait en quelque sorte dé ' couvert le pays, révélé l'existence des Foulas, des Mandingues : ses renseignements servirent à d'Anvillo pour établir la carte du Sénégal. 11 avait construit trois

forU nouveaux, Arguin, Saint-Joseph, Saint-Pierre,! laissé des comptoirs à PorteDciik, Albreda, Joal, Biii-*^ lao, Géréges, Bissao. L'auloriléde la Fratices'étendait j siir les rives du fleuve jusqu'au BambouketauKaarta;

I est vrai qu'elle ne reposait que sur les trailés conclus avec des chefs iuslables ou de mauvaise foi. Iraitéa I d'autant plus fragiles qu'on manquait de forces suffi- 1 santés pour les faire respecter. Ni la gomme, ni la } traite des esclaves, ni la vente Je l'eau-de-via nenrichirent la compagnie; elle n'acquit ni territoire nl-l sujets ; sou tralîc ne dépassa pas un million de livres, sur lequelelleréalisaunbénéflce de quelques centaines j de mille francs. Mais bien dirigée, ayant pour elle les 1 avantages d'une position heureuse, elle aurait pu avec ] le temps centraliser le commerce de l'Afrique occidentale, fonder une colonie prospère.

11 n'en fut pas ainsi: le xvms siècle vit s'écrouler! l'éililice que Bruè avait eu tant de peine à construire, f Cn 1718, la compagnie des Indes ayant acheté, au prix 1 de 16 COO 000 livres tournois, tous les comptoirs de la compagnie du Sénégal, le roi déclara en sa faveur IbM privilège perpétuel, y compris les côtes entre SiemJ| Leone et le cap de Bonne-Espérance. Privée des servi- ï ces de Brue, elle ne sut ni administrer ni conquérir. , Si elle éleva en 1743 le fort de Podor sur le fleuve, elle I se borna ordinairement à exploiter le commerce habi--] luel de la région. D'ailleurs la guerre de Sept s troubla ses opérations. Les Anglais, en 1738, s'empa-l rèrent même de («orée et du Sénégal. Le traité de J Paris (1763) ne rendit à la France que l'île do Gorée. J

II fallut un eflort énergique du duc de Lauzun, ans plus lard, pour reprendre leSénégal, dont le traitd du Versailles (1783) nous reconnut la possession.

22 LE GÉSÉflAL FAIDIIERBE Desoacôté, ledamelou roiduCayorcèda&IaFra^

le cap Vert et les terres voisines, ainsi que le villagëa Dakar, depuis la pointe des Mamelles jusqu'au capB nard. Le privilège de la traite de la gomme passai lacompagniedela Guyane à la compagnie de laGoœ dite plus tard compagnie du Sénégal (1784-1786).-

23 juillet i79l, rAssemblée constituante prononçai dissolution de la compagnie en même temps qu'e[ proclamait la liberté absolue du commerce au Sénéf^ Cette mesure ne tira pas la colonie de son engoui sèment. Puis tes guerres de la République et d pire consommèrent sa ruine. Corée succomba la p mière en 1800. Les Anglais, l'ayant prise, la gardera en dépit des clauses du traité d'Amiens. Un coup'^ main de quelques corsaires, auxquels s'étaient joii^ les milices de Saint-Louis, laleur enlevaen 1804. G pour peu de temps, lîn 1K07, les Anglais revinrent t quer Saint-Louis. Le général Blanchot, qui y comnijfl dait, résista quatre mois avec de faibles rei secondé par le dévouement de la population et des» dats, soutenu par une indomptable énergie, il déjdS toutes les tentatives de ['ennemi, le força même &9 retraite. Plus heureux en 1809, les Anglais rent maîtres de la place : le feu et la maladie aTaïli réduit la garnison h trente Itommes.

Le traité de Paris du 3D mai 1814 rendit à laPraid tous les établissements qu'elle possédait en 1792 suiifl côte occidentale d'Afrique, Mais l'Angleterre nef pressa pas d'exécuter cette clause et ce n'est quefl l'rjanvier 1817 qu'elle consentità nous restituer le^ négal, La prise de possession fut signalée parundi sans nom dans les annales coloniales. Les fonctionQ| reset les troupes que la métropole envoyait au Sén^

périrent avec la Méduse sur les récifs du bancd'Argi ou sur le radeau, à l'exception du gouverneur, colonel SchinalU, qui se sauva dans un canot avec sa"'famille.. Tout le monde connaît ce drame marilimeque la peinture a popularisé. C'était un sinistre présage pour la colonie. Et, de fait, elle ne retrouva pas de longtemps. la prospérité qu'elle avait perdue sous les successeurs' d'André H rue.

De 1815 à 1834, touslesefforts relatifs àl'agriculturB et au coininerce furent stériles. Pendant ctoq ou six ans on essaya d'encourager la culture du coton en appelant des colons auxquels on fournit des terres, deainstruments, des semences, des vivres, en accordant une' prime pour cliaque arbuste de cotonnier. Mais le recensement ne tarda pas h. révéler ies fraudes les plus éliontées. D'indignes colons fichaient en terre pendant ta nuit des branches de cotonnier que les conlrùleurs, soïL illusion, soit complicité, comptaient pour des arbres. La prime changea d'objet au bout de quelque» années ; elle s'appliqua à l'exportation. Mais rien ne remédia à la décadence de la culture en grand : elle fut peu à peu abandonnée. L'autre culture était cella de l'indigo. L'indigofère, comme le cotonnier, pousse spontanément au Sénégal. « I) s'agissait de l'aire concurrence ù l'Inde; mais une amère déception succéda bientôt à fespoir qu'on avait fondé sur cette culture, La qualité des produits égalait bien celle des indigos ! du Bengale, mais une expérience de cinq années démontra que le prix de revient était trop élevé pour lutlersirr les marchés d'Europe avec les indigos indiens, u (Paidherbe, k A'ènégai.)

Alors, renonçant à la colonisation par l'exploitation du sol, on se rejeta sur le commerce do la gomme.

LE Gl5SÉnAL FAIDIIERUE

Pour cela, le gouvernemeot revint au système des cosj pagnies privilégiées, sans toutefois abdiquer f raîneté. En 1821, il concéda à la Société de Galam '^ Oua!o le monopole du conainerce de la haute Séaêgi bie. Mais les êcheca se auccédèreuteaméme temps ij les compagnies jusqu'à 1S48, époque oii l'émancipatiO) des ooirs augmenta la crise dans laquelle la colonie se débattait. « Cette mesure, dit Faidberbe, causa un bouleversement moindre que dans les colonies â grandes cultures. Les babitanls du Sénégal ne possédaient quequelquesesclaves. Ils louaient par mois ceux dont ils n'avaientpasbesoin aux commerçants, aux fonctionnaires, etc. Leur émancipation ruina plusieurs familles, niaigréi'indemnité payée par le gouvernement. «

Ce n'est pas tout. L'hostilité, les incursions des Maures, l'apath'e des noirs étaient des causes incessantes de luttes. On vivait dans un état de guerre perpétueL Les traités conclus en 1818 avec le Tanka ou roi des ■ Daouich, en 1819 avec leschefsdu Oualo étaient lettre morte ; les nouveaux forts de lliehard-Toll, de Dagana construits enl820et i821, de Mérighanemétablien 1843, n'assuraient ni notre liberté ni notre sécurité le long du fleuve. A tout instant, des expéditions partaieat pour réprimer l'insolence des Trarzas, des Brakuas et autres nomades, dont les dévastations avaient pourefTet non seulement de nous fermer les escales, mais encore de détacher de notre alliance les tribus noires, que la haine de leurs continuels oppresseurs rapprochait de nous

" Si notre situation politique et commerciale au Sénégal fut loin d'être brillante, il faut l'allribuer, en grande partie, au manque de suite dans la direction dos ad'aires; en effet, peadant ces trente-neuf années,

AL' SliSliCAL

trente et un gouverneurâ ou chefs intérimaires se suc- ' cèdent à la tète de ta colonie '. Tout (ut tenté sans être poursuivi et par conaéqueiit rien ne fut réalisé durant celte période. Il est bon de rappeler quelle était la silualion en iSoi, pour se rendre compte des progrès accomplis depuis celte époque. »

« Le peu d'Européens qui l'habitaieut (la colonie),' une cenlaine au plus y vivaient ramassés sur un îlot (Je sable sans terre végélale, sans gazon, sans verdure, mal protégés contre les ardeurs d'un soleil brûlant par , de pelites habitations ma! construites. " (Faidherbe.)

Nous ne possédions au Sénégal comme poinls principaux que Saint-Louis, Bakel sur le haut fleuve, Sénoudébou sur la Falémé, et l'ile de Gorée ; encore cette possession était-elle fort précaire ; car, en dehors du sol sur lequel étaient construits les postes forliSéa, pas un pouce de terrain ne nous appartenait ; nous devions même payer une redevance annuelle pour l'occupation de l'ilot de Saint-Louis dont le chef du petit village de Sor se disait propriétaire 1

" Pour avoir le droit de commercer nous étions sou- . misa des mesures vexatoires, humiliantes et surtout Ir&s onéreuses. Sous le nom de coutumes, le gouvernement de la colonie payait aux chefs maures de la rive^ droite, à la reine du Oualo, aux chefs du Fout Guoy, du Kamera, du Guidimakha, à leurs parenls, à ■ leurs miniaires, â leurs esclaves, des impôts exe tanls. bizarres, qui, loin de les satisfaire, ne faiss qu'augmenter leur cupidité. La faiblesse avec laquelle - DOiifL nous soumettions à leurs exigences, â leurs de- i

I. Mous empruntons ce passage au remarquable li'u' H, le capitaine Ancelle publié dans la lleviie névgra/ihii née i&i'i : les Fi'an;ais au Sénégal, Notice tii9lorii{iie.

26 LE GÉNÉRAL FÂlDHERBE

mand63 de cadeaux sans cesse renouvelées, les eocouragoait à persévérer dans cette voie.

«t Les commerçants, les traitants qui se rendaient dans le fleuve devaient acquitter à leur tour la coututhe individuelle ^Bons forme de cadeaux, doni la quantité et la nature étaient fixées par le boa plaisir des principicules, des chefs de village devant lesquels ils étaient forcés de passer,

(< De plus, le commerce n*était pas libre, en ce sens que les traitants ne pouvaient opérer leurs échtinges i|ue pendant eerlains mois de Tannée, en des endroits tixôi par les nùtelets maures, endroits nommés esmles. Les n)ai\^handises« les gommes entre autres, achetées en dehoi^ de ces points étaient saisies par les agents deii Maurt)s sur les bateaux portant le pavillon français,

ii KuUn» toutes ces formalités accomplies» toutes ce^ exigences satisfaites, le commerçant n^était pas encore asj^mNJ de pouvoir transporter à Saint-Louis les marchandises qui lui avaient coûté si cher à acquérir. 11 courait risque, pendant son trajet de retour, dètre de nouveau impo^^c. dVtn? pillé et^ s il résistait, assassiné.

v^ Huiuiliatious, outrages pour les fonctionnaires ; vexations, entraves, dangers de toute sorte pour les tratlquauts. telle était la situation des Frani^ais au Sénégal jus^iu en 18o4\ V

tt La population indigène était plus malheureuse encore, depuis le jour où les Maures ïrarza s^êtaient rendus maitretj de la rive gauche du Sénégal, il n'esl sorte d'exactions» de meurtres auxquels les nègres qui iiabitaieut ces contrées ne fusseul soumis; cent ciû-

'«,. ouvrants cit«j.

quaale bourgs qu'habitaU une nombreuse population' nègre dans le Ojato, avaient disparu en moins d'ua>l siècle. » [Faidherbe.)

Enfin 1 beiire de la régénération du Sénégal allaiti sonner, l-'aidberbe en fut l'instrument intelligent etV énergique. Maii avant d'exposer ses plans et son oeuvre,! il convient de rendre un juste hommage à deux hom-; mes dont les idées ont été une clarté et une direcIioB, J Le capitaine de vaisseau Bouët, gouverneur de la co-' lanie [1844-18471, s'étant rendu un compte exact de 1»! situation, insista des 1S44 sur la nécessité de romprai avec les errements dn passé : il traQa au gouvernement* de la métropole les lignes d'une politiqne nouvelle,! méthodique, ferme, bienveillante. Il éveilla ainsi 1 tention sur la question du Sénégal. Le ministre de lai marine, M. de Mackau, chargea alors (1843) un explo-j rateur déjà connu, .^nne ItnfTenel, d'une mission daaw leSéuégaletlehautNiger. RafTenel, qui se proposait dsl traverser l'ATrique du Sénégal au Nil, ne réussit qu'lj moitié dans son entreprise. Arrêté, retenu prisonniepj pendant huit mois dans le Kaarta, il dut revenir ses pas. Heureusement il avait réuni les matériaux! d'où il devait tirer son important ouvrage : Nonvec Voyage ctmis le pays des Nègres, suivi d'éludés sur la CO'^ lonk du Si-'négal. Celte relation non seulement ouvre des vues nouvelles sur l'état moral et politique du S6-1 négal, mais encore indique les réformes à accompli^ tour sauver la colonie. Que faut-il pour la rele^ jftn abaissement ? Suivre une politique ferme, loyale el iste ; protéger les noirs contre les Maures et les Peullj Unsulmans, entretenir une armée spéciale, petite mai îolide; supprimer les escales, coutumes, traitant^ rates les entraves commerciales. Puis i

28 LE cɫfiii\L faidueude

l'horizon, HaiTenel voit le Soudan central s'ouvrira' l'expanaion françaisL-, le drapeau tricolore flotter en maître sur les rives du Niger et du lac Tchad. lUusiooB audacieuses, elles semblaient pressentir, sinon dépasser les réalités actuelles 1 Mais ces réformes, d'où le salut du Sénégal devait sortir, ne furent précisées et appliquées que quelques années plus tard.

En 1831, les négociants duSénégal adressèrent leurs doléances au gouverneur, le suppliant de mettre un aux exactions des Ouolofs, des Maures et des Toucouleurs. Ils insistèrent parlïculiërement sui* la nécessité de remplacer les escales par des établissements permanents et fortifiés à Dagana, â Podor. Cette fois le ministre donna l'ordre d'agir, envoya des renforts, des bâtiments, des approvisionnements. Le gouverneur Protêt put occuper sans coup férir le village de Podor. En quarante jours, le capitaine du génie Faidherbe y bâtit un fort destiné à protéger la contrée contre le brigandage, a assurer notre autorité sur le bas fleuve.

On se trouvait ainsi engagé dans une série d'expéditions militaires. Le Sénégal allait être le théâtre d'une longue lutte. Pour commencer, les habitants du Dimaret particulièrement de Dialmalh payèrent cher leurs attaques incessantes contre Podor. Assaillis par une colonne de 600 hommes pourvus d'artillerie, le village et le tata, fortiGcation en terre, furent enlevés après un brillant combat oii nous fîmes des pertes sérieuses.

Ce fait d'armes toutefois ne rassurait pas la population. Une nouvelle pétition des notables de Saint-Louis demanda que la charge de gouverneur fût moins temporaire. 'I Les gouverneurs, disaient-ils, ne restent pas en moyenne ptus d'un an et demi à deux ans à la tête

AU SÉNÉGAL

(ie Vadiuinistration : comment peut-il être possible dd gouverner avec des changements aussi Tréquenls daru la direclion administrative et politique î... Tout aoufirM de rindêcision apportée dans la direction desaCTaires,.. qu'on nous donne des gouverneurs qui puissent resleq au moins sept ans à la coloaie. »

En même temps que cette pétition était remise anl gouverneur du Sénégal, des démarches étalent iaitesT Dar quelques négociants auprès de M. Ducos, alors mîJ Mire de la marine, pour que M. Faidherbe fût n fcef de bataillon et gouverneur de la colonie. Le mk] ntre de la guerre, le maréchal Vaillant, ayant counti h sa nomination au grade de chef de bntailloaJ I ministre de la marine nomma le commandai BHiûdherbe gouverneur du Sénégal.

iveau gouverneur présentait l'avantage 1 B'avoir étudié le monde musulman pendant six ans en ] ilgérie, d'avoir été en contact avec les noirs pendant | jSeux ans à la Guadeloupe, où il avait assisté h la pro-] bmation de la liberté, et, depuis deux ans qu'il ètaitfl a Sénégal, d'avoir parcouru toute la colonie, d'avoir! hit partie de l'expédition du commandant Baudin 4 prand'Bassam, et eoGn de s'être tenu au courant des [ueetions alors pendantes. .< (Faidherbe, le Séné'jal.) ^Faidherbe, chef de bataillon, puis lieutcoant-colonel k colonel du génie, est resté à la tête du gouvernelol du Sénégal depuis le 16 décembre 1854 jusqu'au I décembre 18tJl. Après uns absence de deux ans et il y est revenu le 14 juillet \ 863 avec le grade «général de brigade. Il n'a quitté déOnitivement la loloDÎe que lell juillet 1865. Ainsi son séjour au Séigal a été de onze ans.

; ii'œuvredu gouverneur Faidherbe ae divise en tj-ois ),

LE GÉSÉRAL FAlDHtillIE

■ parties : 1" la conquête; 2° l'admiaislraLion ; il" la pénélratioQ. Celle dernière partie comprend les explora,lions et tontes les lentalives pour ouvrir le Sénégal

jBur les [loysvoiBina, le Sabara, le Soudan.

Il Pour changer les choses de fond en comble, » le , ministre donna des ordres précis dans le couranl de \ l'année 185-1. « Nous devons, disait-il, dicter nos vo- , loDlèa aux chefs maurespourle commerce des gommes. * Il faut supprimer les escales en 1831, employer la force [.si Kon ne peut rieO obtenir par la persuasion. Il Tant I supprimer tout tribut payé par noua aux États du , fleuve, saut àdc.mer, quand il nous plaira, quelques I preuves de notre munificence aux chefs dont nous ses con-cnls. Nous devons êlre les suzerains du fleuve.

f11 faut émanciper complètement le Oualo en l'arraf cL^nl au\ Trarzas et protéger en général les t>opula- > tions agricoles de ta rive gauche contre les Maures. \ Enfin il faut entreprendre l'exéculioa de ce programme

p-avec conviction et résolution, •> (Faidherbe,)

Personne n'en était plus capable que Faidherbe. 11

■ avait la foi, le courage, le dévouement. 11 inspirait la [ plus enliêre confiance. Dernièrement encore il avait \ accompli une aciion héroïque. C'était h Bakel. Le [ -posle était menacé par les bordes de E!-lladj-Omar. [. ■Tout était dans le plus grand désordre, les rctranehe- ' menls étaient dégradés, les approvisionnements man-

■ quaient, le moral des indigènes était abattu. Aussi bien, « lil-Hadj-Omar venait de massacrer les habitants du I Tillage de Makkana ; les corps sans tête étaient char- ^.riés par le fleuve devant Bakel, et les bandes de Talibés parcouraient les rues du village sous le poste* la Ugure voilée du lilham, le fusil sur l'épaule, psalmodiant les versets du Coran d'une voix sinistre, «(Faidherbe.)

^^^^^B '^^ StJitGM 31 J

L'eau lîii fleuve baissant rapiJement, le capitaine du ]

ba'eau /•■ /iasHic annonça que, sous peine de ne pou- ]

voir frani.-liir les passes, il était obligé de partir inimé- i

dtaleinent. |

n Partir d'ici en ce moment, répondit Faidherbe, se- j

rait, pour moi, quitter un cbamp rie bataille lorsque '

la lui te va s'engager; nous ne serons pas partis de i

"vingt-qualre heures ijue le poste sera enlevé et noire j

dominnliou au Sénégal fortement compromise. Je vai* j

vous donner une lettre pour le gouverneur et je reste, |

Si vous pouvez remonter jusqu'ici et amener les ren- J

forts que je demande, je redesceudrai avec vous à 1

Saiat-Louis; sinon je partagerai le sort de la gar- |

nison. » J

La détermination était grave, périlleuse. Défendre le J

poste sans rompre ouvertement avec Omar, cette mis- ]

aîon il se la donnait lui-même. Un accident pouvait

engager la responsabilité du gouverneur, un échec i

■ metire en danger la colonie. Le sentiment du devoir, I

que nul n'a porté plus haut, lui inspira la fermeté et la - diplomatie que réclamaient les circonstanc'îa. D'abord J il s'occupa du poste, forlifiales remparts, les armad'ar- 1 tillerie, mit les poudres et les munitions à l'abri, cons- ' trui^it des ouvrages avancés, forma une milice avec des t îadigènes de bonne volonté. Puis il s'efforça de tenir k \ dislance par des mesures comminatoires, plutôt que 4 par l'emploi des armes, les Talibés d'Omar. Le fanatisme exaltait leur insolence. Ils en vinrent jusqu'à en- j lever des habitants du village. Un jour deux femmes, . deux fugitives de race royale, poursuivies par des bandes, se réfugient dans le fort, implorant un asile, Paidherbe répondit de leur sûreté. Rlles étaient sous 'i la protection du drapeau français, l'honneur défendait I

de les livrer. Il ne les livra point, et son attitude découragea l'insistance des Toucouleurs.

Cependant le vapeur revenait de Saint-Louis avec des approvisionnements et des renforts. A la vue de son panache de fumée, l'ennemi perdit ses dernières illusions, puis battit en retraite dans la direction du haut fleuve.

- GuEfiriES DU OUALO ET DPS TrAPZAS

a Ouolofs. — Le Oualo en 1851. — Expédition du gou^firneur isleOuûlo contre les tribus trarzas. — Tentatives de paix l'^vec Je Oualo. — Les caplifa de la couronne. — Campagne Teontre le Oualo ; prise de N'dcr, de Dagana. — Se<!onde cam- . du Oualo. ^ Polilit|ue de Faidherlie, — Le Oualo dé- Ftslcrc pays francais-

srre contre les Maures. — Les Berbî-Tee Zénagas ; les Arabes. - Ëtat social et polilique des Maures ; leur manière de com- ] (mllre d'après Faidherbe. — Rupture avec le roi des Trarzas L Hobammed. — Héroïsme du sergent Brunier à Leybar.— Cam- L pagne dans le Oualo. — Coalltiondes Maures. — PremiËreeiipë- (dîtion de Faidherbe au lac Cayar ; trait de bravoure.— I des marabouts. — La guerre recommence ; échec de nos fcàllîts. — Deuxième expédition au lac Cayar. — Excursion ' f 4es Maures dans le Oualo ; le sergent Valette. — Faidherho ' I frappe des coups répétés. — Pais avec les Traraas ; le traita

Le gouverneur Faidherbe s'occupa d'abord du Oualo. L'eapaeo compris entre le Sénégal, la Falémé et la lambie est le domaine d'une race de nègres appelés

l'De haute sfature, fortement charpentés, de physiomie agréable, ces ooira sont les plus noirs du conliiBt. Au moral, on les a qualifiés de grands enfants, & nise deleur vanité puérile, de leur crédulité naïve

34 LE GÉNÉRAL FAIDIIFRGE

Iraprévoyaula, ils vivent au jour le jour de mi] ou di poissoD. car ils s'adonnent à l'agriculture ou à la p3 che ; mais le lendemain tes trouve souvent sans res&oue ces, leurs provisions étant épuisées ou vendues. On van tf leur bravoure, mais ou l'attribue à l'insouciance d( danger. La vie de famille développe chez eux des qua lités touchantes. Nulle femme n'a plus d'altachemenJ pour ses enfants que la femme ouolove. Et c'est noi seulement la mère qui les entoure de soins et d'affec; tioR, mais encore l'aïeule, la tante, la fille atnée. Oi honore les morts en recouvrant leur tombe du toil de la cabane qu'ils ont habitée pendant la tIb. Puis, la nourriture que le défunt aurait consommée dani une année, on la remet jour par jour à un pauvre ot bun esclave.

Ce peuple est nettement séparé en castes dont le m6 lange est interdit. Dana ce syslème, les grands gouver nent, les petits obéissent ; mais il y a de mépris que poui les griots, aorte de poètes à gages, sorciers, médecins dont on redoute les sortilèges et les vengeances. Li polygamie est une coutume générale : elle produit ic comme ailleurs l'avilissement des droits de la femme

Comme tous les nègres, le Ouolof traduit son seni religieux par l'adoration des forces de la nature ou bicr des objets qui l'étonnent ou l'épouvantent. Mais, prii entre les Maures, les Peuls et les Européens, il a sub l'influence des religions musulmane et chrétiennt dont il mète les pratiques à ses superstitions séculaires Le lézard, génie domesLique, a son culte à càté des cérémonies du culte nouveau. Les marabouts jouissent d'une autorité d'autant plus grande que la majorité dt la population au Sénégal est musulmane ; ils connais' seul la langue arabe et tiennent les écoles. Lesmiasion;

ai; Sénégal 35

catholiques n'ont obtenu qu'une prospérité relative, la prédication chrétienne se tieurtant tantôt à. la résistance irréductible de l'Islam, tantôtà un l'ëtichisme privé du sentiment religieux.

u Oq ne sera pas étonné, dit Faîdherbe, que lea habitants du Sénégal aienteu leurs idées un peu brouillées parles diverses propagandes religieuses qui cherctaieat à se les attirer.

ti II y avait dans ce pay», il y a une quarantaine d'années, un traitant considéré, père de famille, qui était bien singulier à cet égard. N'ayant pas une certitude entière sur la question àe savoir quelle était la bonne parmi lea trots religioas, ils les avait adoptées toutes, et disait d'un air malin que de la sorte il était 3Ùr de son affaire quand viendrait le grand jour du jugement, C'étai t un des plus fervents catholiques du pays, mais il achetait aux marabouts maures des gris-gris, qu'on lui assurait être très efficaces, et en même temps y s'affiliait aussi aux fétiches dans leurs pratiques.

a II avait eu lidée de demander à son confesseur la permission de tromper les Maures à la traite des gommes, attendu que les Maures le volaient autant qu'ils le pouvaient, et qu'il ne ferait ainsi que rentrer dans son bien, n

D'uue grande sobriété naturelle, les OuoIoCs s'adonoent de la manière la plus déplorable à l'ivrognerie quand ils sont enrelatiduavec lea comptoirs européens et qu'ils ne sont pas musulmans. Leurs rois, reines et cbefs sont ivres du jour où ils entrent en fonction Jusqu'au JDur où ils meurent, ce qui, grâce à l'eau de traite, ne se fait pas attendre longtemps.

L'idiome oUùloi', type de langue agglutinante, monosyllabique, distinct de tous ceux qu'on par"

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