La Convention lui décerna les honnears du Panthéon
2. Voyez à ce propos corresp. du minist. de la guerre avec Lamarche. Arch. de la Guerre.
3. Mons, à trois lieues de là, était le grand dépôt des coalisés.
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Ce même jour, 8 mai, Lamarche à qui Tenait d'échoir par intérim le commandement général, y compris le corps d'O'Moran et Tarmée des Ardennes, reçut le conseil de Bouchotte d'essayer un coup de main soit du côté d'Ostende, soit du côté de Namur. Le ministre espérait, par cette diversion, dégager la position de notre armée du Centre accablée de ses échecs. Sa situation était en effet des plus tristes et le 16, malgré l'arrivée subite de Carnot et de Duquesnoy, venus dès le 13 ranimer le soldat par leur parole, on constatait dans ses rangs des défections et une désertion qui la réduisaient à 30,000 hommes. En outre, il restait peu de munitions : les soldats abattus exprimaient leur mécontentement contre des chefs tenus encore pour suspects, et dont beaucoup avaient des femmes à Tarmée sous l'habit d'aides de camp *. Les patriotes déplorent même que les anciens militaires étalent des fleurs de lys, sur les boutons, sur les retroussis des habits et sur les drapeaux, malgré les règlements imposant à tous la cocarde tricolore. Ces plaintes incitèrent les généraux à exiger l'enlèvement des insignes séditieux, et un peu plus tard il sera édicté que les soldats osant crier : Vive le roi! seront traduits devant la cour martiale '. Ces faits, en apparence futiles, ne sont pas indifférents à noter pour dévoiler la démoralisation des troupes et leur tendance à prendre prétexte de peu, pour expliquer la mauvaise fortune.
Il n'en était pas de même partout heureusement, et l'on escomptait alors avec raison un mouvement de l'armée des Ardennes dirigée par Kilmaine, et à laquelle sa sœur de la Moselle prêtait assistance. Bouchotte n'abandonnait pas davantage l'idée de demander une diversion à l'armée du
1. Rapport de Cellier, commissaire aux armées du Nord et des Ardennes. A. G.
2. Le général Desbrueys, chef d'état-major, au commandant de la gendarmerie nationale* !«* juin 1793. A. G.
camp de Cassel. De ce côté, Bergues, le plastron de Dunkerque, était alors très convoité par leâ Anglais, presque à régal de Dunkerque, car c'eût été pour eux trouver la facilité d'avoir un pied en Belgique. Ils nourrissaient ainsi le secret espoir, qu'à la paix, le territoire de Bergues leur serait cédé avec Dunkerque comme récompense de leur entrée dans la coalition.
Tranquille sur ce point par sa connaissance du zèle de Fromentin, O'Moran put se tourner vers les projets d'expédition sur Furnes et Ostende, qui lui étaient recommandés. Toutefois, homme très circonspect, il en recula la date, et le 22 il fut approuvé par Carnot et Duquesnoy, dont l'activité n'éprouvait aucune défaillance, soit à Bergues, à Saint-Omer ou à Lille. Il leur persuada d'attendre des renforts pour exécuter le plan en question. Enfin le 29, certain du concours de Stettenhoffen, il donna l'attaque à la ville de Furnes. Les Impériaux se retirèrent en couvrant Nieuport et Ostende, où les attendaient 40 vaisseaux anglais prêts à mettre à la voile. A la date du 20 mai, d'Ostende à Menin et Tournai, l'ennemi déployait une ligne de 25,000 combattants.
Aux environs de Lille, les Hollandais occupaient Tourcoing. Mais le 22, le général La Marlière les en délogea malgré une vive résistance et leur fit 300 prisonniers, dont 60 officiers. En outre, il s'empara d'un drapeau et de 3 canons. Achevant son succès, il prit Roncq à la baïonnette, aussi le 24 mai les Hollandais se repliaient-ils sur Orchies. Cette affaire contribua à inspirer à Custine — qui succéda le 28 mai à Lamarche.. — une bonne opinion du corps de La Marlière. Aussi Custine, après avoir étudié la région et ses moyens de défense, aimait-il à répéter qu'il n'avait qu'une seule bonne troupe : celle de La Marlière (30 mai).
Que devenait l'armée du Centre ? Sous Valenciennes ses agressions^ on le sait, avaient été fatales, et depuis la
bataille du 8 mai, à Raismes, ses débris abîmés s'étaient éparpillés avec Lamarche entre les rivières de la Sensée et de TEscaut, sur l'emplacement du camp de César, le quartier général à Paillencourt. C'est là où Custine, nommé par Bouchotte au commandement général du Nord et des Ardennes, atterrira. L'élévation de Custine, esprit ordonné, réfléchi, méthodique, à ce poste, rendit confiance à Tarmée dont le découragement ne baissait pas. Pressé de la réorganiser, il ne cessa d'implorer à Paris des armes et des munitions. En outre, il garantit de suite ses ailes en pourvoyant à la défense de Cambrai et du camp de Maubeuge. Ce dernier comprenait 6,000 hommes. Devant lui s'étendait l'ancienne et touffue forêt de Mormal^ à l'importance stratégique réputée, comme obstacle naturel commandant la route du Quesnoy à Landrecies, les communications par conséquent de l'Escaut à la Sambre. Custine ordonne l'occupation de cette forêt et de Pont-sur-Sambre, par 10,000 soldats avec Ihler en avant-garde. Vis-à-vis ces lignes, les Autrichiens, sous Cobourg, venant de Valenciennes, sont campés à une lieue de Bouchain ; Cleirfayt est à Wallers et devant Denain.
Les mesures se poursuivent pour empêcher l'ennemi d'avancer à l'intérieur. Le 1®' juin, Tourville, gouverneur de Maubeuge, est détaché sur Mormal pour y monter des redoutes à l'aide d'abattis d'arbres. Kilmaine, chef de l'armée des Ardennes, doit se ruer par Avesnes sur la position de Pont-sur-Sambre avec 12 à 15,000 hommes et s'emparer du haut des bois de Mormal. Sedan, Méziéres et Charleville lui fourniront les moyens de compléter son armement. Le général Tourville déjà sur les lieux, le secondera; au centre, Colaud, à Hasnon, résiste avec ses
1. Cette forêt, située dans le quadrilatère formé par le Quesnoy, Maubeuge, Landrecies et Avesnes, remonte à une grande antiquité. Au XV<> siècle, des comptes nous ont appris que les ducs de Bourgogne y chassaient.
(lanqueurs aux Prussiens. Forcé de changer d'étape, il porte son quartier général d'avant-garde, à Arleux.
Nous avons vu plus haut qu'O'Moran, — général royaliste et suspect, — avait conquis Furnes, le 29 mai. Sa possession ne fut pas de longue durée. L'ennemi le lui enleva le i'' juin.
En somme, malgré nos 80,000 hommes sur la défensive de Dunkerque à Maubeuge, l'ennemi est victorieux, et active le siège de Yalenciennes S Du 13 au 14 juin, il creuse la première parallèle. Le 17, les assiégés tentent une sortie qu'il repousse. Le 18, les batteries de la première parallèle commencent à tirer sur la ville. L'ancienne armée de Dampierre bivouaque, comme nous l'avons dit, au camp de César. Le canon de Yalenciennes retentit jusque-là et jusqu'à Cambrai. Les Représentants qui l'ont suivie s'emploient à réchauflFer son ardeur. Par leur ordre, le journal le Père Buchène est répandu dans le camp et y est dévoré, toutes les lettres l'annoncent. Cobourg a son quartier général à Hérin le 24. Dès le 16 juin, Houchard est venu prendre son poste à l'armée du Nord.
Tandis qu'à l'Est les Français ont évacué Arlon le 12, et le Luxembourg pour s'abriter à Longwy, on se précautionne encore à Lille; les troupes s'y exercent et montent la garde. Les camps de la Madeleine, de Cassel, de Gyvelde complètent les garnisons des places de la Flandre maritime. Le 19, le Comité de Salut public renonce aux plans de Custine. Le 26, le divisionnaire Gudin est appelé à diriger le camp de Maubeuge, La Marlière est à Lille, tandis que Le Veneur agit en second sous Custine. La position des armées exige ce partage du commandement, affirment les Représentants.
Mais le grand objectif des patriotes, à ce moment de la campagne, c'est dans l'axe de notre ligne, le double siège de Condé et Yalenciennes. Dans la première, Chancel se
i. Cette ville avait des vivres pour six mois et 10,000 hommes de garnison.
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dévoile administratear éminent et prescrit d'inonder les abords des remparts.
L'armée du prince de Wurtemberg le bloque sans merci. Dans la seconde, le 21 juin, les assiégés sortent de nouveau et capturent 13 canons. L'esprit des troupes est belliqueux, le moral d'une certaine partie de la population, — les royalistes — est franchement mauvais. Ces deux places solides arrêtent l'ennemi fort à propos. Elles prises, l'envahisseur peut pénétrer en Artois, en Picardie et atteindre le cœur du pays. Il importe de les secourir ou de former derrière elles une barrière infranchissable. C'est ce à quoi travaillent le Comité et les Représentants.
Le 28, Carnot écrit de Bergues au ministre pour le conjurer de fortifier les places d'Arras, de la Fère et de Landrecies. Jusqu'au 8 juillet, date du combat d'Oost-Capelle, on livra aux avant-postes maintes escarmouches sans importance, car l'ennemi, bien qu'ayant d'immenses légions, se montrait très prudent et attendait l'effet moral des redditions de Yalenciennes et de Mayence, autour desquelles il employait beaucoup de monde. Pendant ce temps, notre réorganisation ne chôme pas. C'est ainsi qu'on transborde, de Lille, 76 bouches à feu à Cambrai alors très menacée. Mais cette mesure affaiblissant Lille provoqua, outre d'autres raisons, une réelle mésintelligence entre les généraux français, de service dans son enceinte : La Marlière, l'adjudant général Dufresse, Favart, Lavalette et l'adjoint de place Calendini. Leur désaccord dura longtemps et finit par une intervention du Comité de Salut public qui prononça plusieurs révocations.
Le 8 juillet, avait eu lieu, près de Bergues, le combat d'Oost-Cappel, fait d'armes négligé jusqu'ici par l'Histoire, comme bien d'autres d'ailleurs, relatés dans cet ouvrage. La pièce ci-jointe en donnera l'idée.
ET L'ABMEE DU KOBD 67
« 9 juillet 1793.
« Armée du Nord.
« Lettre des Administrateurs composant le Directoire du ' « Distinct de Bergues, au Président de la Convention a nationale, datée du 9 juillet i793, contenant les détails « du combat d^Oost-Cappel, du 8 dudit mois ' .
« Citoyen Président, nous vous adressons copie du pro- « cès-verbal contenant le détail d'un combat très sanglant « qui a eu lieu au poste d'Oost-Gappel le 8 de ce mois; ce « poste avait été surpris et sans le courage et Tintrépidité a des braves volontaires des bataillons 5* de Rhône-eta Loire et i*' de TOrne, tout le cantonnement pouvait être « égorgé. L'ennemi a été repoussé jusques dans les bois « avec une perte considérable, et la République doit la « conservation de ce poste important à Tardeur incroyable « de nos volontaires, qui tous en personne, et homme à c( homme, ont combattu avec distinction, avec armes et (c sans armes, et enfin à coups de poings. Cet événement « doit faire époque ; il mérite à ceux qui Tout soutenu les « éloges de la Convention et nous les sollicitons avec « empressement. »
Le 10 juillet, Facte constitutionnel * fut lu à Tarmée, qui prêta son serment avec enthousiasme'. Ce même jour, Gondé expirait après un blocus héroïque de quatre-vingtquatorze jours; 15,000 Autrichiens étaient rendus aux coalisés par cet événement. La nouvelle en fut accueillie avec douleur au camp de César où se trouvent Celliez et