CHAPITRE III
L'ennemi s'avaDçant pour bloquer Valenciennes, Dampierre livre un sanglant mais infructueux combat k Curgies (!•' mai). — Engagements d'avant-postes dans la Flandre Maritime. — Bataille de Raismes(8 mai). — Mort de Dampierre. —Expédition d'O'Moran sur Fumes (29 mai). — La Marlière enlève Tourcoing et Roncq à la baïonnette (22 et 24 mai). — Après l'affaire du 8 mai, l'armée du Centre, sous Lamarche, se retire au camp de César entre la Sensée et l'Escaut. — Custine est appelé au commandement général de l'armée. — Mesures de défense ordonnées dans la forêt de Mormal. — Sièges de Condé et de Valenciennes. — Activité de Camot pour parer aux progrès de Tennemi vers la Picardie et l'Artois. — Combat d'Oost Cappel, où se distingue Fromentin (8 juillet 1793). — Capitulation de Condé (10 juillet). — Custine révoqué (16 juillet). — Kilmaine le remplace provisoirement. — Chute de Valenciennes (28 juillet).
A peine les premières recrues émaillent-elles les rangs, qu'un ordre irrévocable de Bouchotte fait partir six bataillons de volontaires de Valenciennes pour Rennes.
L'insurrection du bas Poitou, qui a débuté le 10 mars par la mutinerie de Saint-Florent, nécessite cette mesure périlleuse. Hélas I une pareille occasion d'affaiblir l'armée se présentera sous peu : le 6 mai, alors que depuis le i*"" du même mois, les troupes sont aux prises avec l'ennemi sur toute notre ligne frontière, la Vendée exigera de nouveaux sacrifices et le ministre, malgré la résistance des conseils de guerre locaux, devra requérir encore six
soldats par compagnie. Dampierre, dont la position est ainsi rendue plus critique, refuse dès lors toute responsabilité relative à Sedan et pour cette raison, le 26 avril, Lamarche est mis à la tête de Tarmée des Ardennes.
Le 27, les deux places abritant le camp de Cassel, Bergues, que défend Fromentin, Dunkerque, sentinelle avancée de la République, sont sommées. Devant cette dernière se profile une flottille sous le pavillon d'un commodore anglais.
Le !•' mai 1793, Tennemi, voulant investir Yalenciennes, se rapproche du camp de Famars où est Dampierre. Il s'aventure jusque sur la route du Quesnoy à Yalenciennes. Lamarche lui résiste et s'assure des villages de Saultain et de Curgies situés en bordure. Un combat furieux s'engage. Les Impériaux postés vis-à-vis Lamarche entre Etreux et Sebourg éprouvent bientôt une perte considérable. « Le général Kehlmain*, à notre avant-garde, en met 600 hors de combat : le général Gobert a un cheval tué sous lui. L'adjudant général Tardy a eu la jambe percée d'une balle en enlevant l'épée à la main une redoute ennemie. Le lieutenant-colonel de Chamboran a eu la cuisse emportée... les députés se sont montrés partout *». Notre aile gauche ayant cédé, compromit le succès; nous regagnâmes le camp de Famars. Ce fut, en somme, un corps à corps glorieux mais indécis dont les ennemis s'attribuèrent le gain.
Pendant ce temps, le général La Marlière, un instant détaché à Saint-Amand, en vue de soulager Dampierre, cherche vainement à reprendre le camp de Maulde, mais l'ennemi solidement barricadé n'y est pas ébranlé, grâce à
1. Nous coDservons ici pour les noms propres l'orthographe des documents visés. Le nom de Kilmaine est d'ailleurs un de ceux dont Torthographe varie le plus souvent et chez les historiens et dans les pièces originales.
2. Lettre de Dampierre datée de Yalenciennes, i^r mai, k Bouchotte. Arch. de la Guerre.
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ses forces imposantes et à ses réserves. Le duc dTork se tient à Tournai avec 22,000 hommes (dont 8,000 Anglais et 14,000 Hanovriens); le prince de Cobourg, un peu en arrière, le flanque avec ses régiments et a son quartier général à Mons.
Nous sommes un peu plus heureux dans la Flandre maritime. Le général de brigade Richardot, lieutenant d'O'Moran, repousse Tennemi de Proven et de Rousbrugge, appuyant du même coup une démonstration de Stettenhofi'en sur Poperingues qui réussit partiellement. Lavalette, commandant temporaire à Lille, continue Texpectative et demeure en alerte. En somme, le pays fait tète partout sans qu'un grand coup se décide. La faute en est au manque de concentration de nos masses et à leur éparpillement, érigé alors en système.
Soudain il survint un choc très sérieux près de Valenciennes, où Dampierre, brave patriote plutôt qu'habile général, trouva la mort. Le 8 mai, cet autre Marceau, brûlant de venger Taffront de Curgies, risqua une seconde tentative vers Condé. Ayant tout d'abord chassé Tavantgarde de Cleirfayt des retranchements du bois de Saint- Amand, il s'était établi sur la plateforme de l'abbaye de Vicoigne, sans parvenir à forcer Raismes où son aile droite commandée par Hédouville lâcha pied. Atteint d'un boulet, au milieu de l'attaque, il fut transporté expirant à Valenciennes^ Écrasées sous le faix, nos troupes battirent en retraite. Après cette action négative, tout espoir de secourir Condé s'évanouit. Ce fut un grand bonheur pour Tennemi qui avait le plus extrême besoin de la place comme magasin sur ses derrières ^, la Hayne lui permettant d'y attirer de Mons, ses vivres '.