Ibidem (A. G
ET L*ARMéE DU NORD 89
jetées, il gagna, avec Carnot, la route de Maubeuge, à deux kilomètres environ des avant-postes autrichiens et parcourut les prairies avoisinant la Haie d'Àvesnes.
Imitant les dispositions de Tennemi, il fit percer de nombreuses trouées au milieu des futaies^ afin de faciliter le passage des troupes et permettre aux tireurs d'engager, sur toute la ligne, un feu nourri avec reconnaissance aussi loin que possible.
Le 14 octobre fut une veille mémorable dans les fastes de l'armée : on échangea quelques boulets pour donner l'alarme à Maubeuge.
La division Fromentin, forte alors de 13,000 hommes, séjourna à la Haie.
Le quartier général fut transféré à l'embranchement des Trois-Pavés, à deux kilomètres au delà deDourlers.
Le 15 octobre 1793, vers sept heures du matin, Carnot et le général en chef Jourdan se consultèrent ; il fut résolu que l'objectif principal serait Dourlers. Le général Balland, au centre, fut chargé de cette opération.
Les généraux Duquesnoy et Fromentin eurent Tordre, le premier, avec l'aile droite, de débusquer les Autrichiens de Dimont et Demichaux pour arriver à Wattignies; le second, avec l'aile gauche, de faire occuper les villages de Levai et de Saint-Aubin, pour s'emparer des hauteurs de Monceau et de Saint-Rémy.
Le général Beauregard reçut mission de veiller aux mouvements de l'aile droite et de soutenir, au besoin, les troupes de Duquesnoy.
Ces mouvements s'effectuèrent avec ponctualité, tant chaque corps sentait Timportance de l'enjeu ; rien n'était plus émouvant que de voir ces bataillons remplis, pour la plupart, de nouvelles levées de jeunes gens, à peine armés et vêtus, ayant en guise de vareuse une blouse grossière.
Mais bientôt Duquesnoy, chassantles Autrichiens, porta ses tirailleurs versWattignies qu'il se mi t à canonner sans relâche .
90 LE GÉNÉRAL FBOMENTIN
A neuf heures du matin, la division Fromentin surgit à son tour vers Levai, Saint-Rémy et Monceau avec ensemble; elle s^avança sur la fourche du Campin, crossant Tennemi devant elle et nourrissant un feu terrible qui couvrit la plaine de morts. Saint-Aubin fut le théâtre de plusieurs combats sanglants entre les troupes françaises et autrichiennes; les deux partis n'étaient séparés que par une rue, dont les maisons furent alternativement prises et reprises nombre de fois; ils se battaient donc de très près et sans arrêt. Ce ne fut qu'à la quatrième ou cinquième charge que Fromentin, préchant d'exemple, aborda, un des premiers, les retranchements autrichiens, fit pénétrer dans toutes les sentes du village ses volontaires, la baïonnette au canon, et se rendit maître du terrain. L'ennemi fut délogé; par un heureux hasard, aucun incendie ne résulta de cette vive collision.
A la nouvelle des succès de ses frères d'armes Duquesnoy et Fromentin, il fut enjoint à Balland d'enfoncer, avec 16,000 hommes, la position centrale de Dourlers où se tenait Gleirfayt, appuyé de batteries formidables. S'ébranlant au cri immense de « Vive la République! », nos jeunes soldats, que saluait un véritable soleil de messidor, montaient en colonnes serrées, par compagnies, à travers champs, ayant derrière eux, ne les quittant pas d'une semelle, les intrépides Jourdan et Garnot. Trois fois ils gravirent les hauteurs, trois fois ils furent repoussés ; l'ennemi, revenu peu à peu de sa première terreur et brûlant sa poudre avec rage, secondé par ses réserves et sa cavalerie, força les lignes de Balland à se retirer allégées de mille hommes environ.
Et pourtant depuis les beaux jours de Jemappes et de Hondschoote, jamais l'armée française n'avait déployé plus de bravoure que dans ces assauts successifs : jamais pareil mépris de la mort n'avait animé le Français défendant ses foyers.
Aussi Garnot, nonobstant un premier échec, et malgré, dit-on, l'opposition de Jourdan, frappé de Taudace avec laquelle Tarmée avait emporté une première fois les retranchements des Impériaux, voulait recommencer le feu, lorsque les éclaireurs et les dépêches vinrent annoncer la débâcle de Taile gauche. Voici, en efiet, ce qui était arrivé.
Le général Fromentin, après s'être assuré des crêtes de Saint-Rémy et de Monceau, au lieu de s'y concentrer et de marcher de là sur Limont et Ecuelin, en longeant la lisière bordée de pâturages et de vergers du grand bois Leroy, dépendance de la forêt de Mormal, s'était laissé emporter par Tardeur du combat et Tivresse du succès; il avait eu le tort de se déployer à l'entrée de la plaine de Berlaimont, où il ne tarda pas à être assailli par le flot de l'immense cavalerie autrichienne.
Si ses bataillons ne purent se former en carrés solides pour résister à cette irruption, la faute en est surtout au commandant du 25® régiment de cavalerie. Celui-ci, malgré ses ordres, au lieu de charger, avait fait demi-tour à droite et tourné le dos à Tennemi ^
Le général Fromentin, voyant la déroute des volontaires, avait eu le bon esprit de protéger la retraite en lançant les hussards de Chamborant et les hussards rouges.
Sa colonne, trop faible en artillerie, n'avait pu, avec des pièces de 4, répondre coup sur coup à l'énorme artillerie autrichienne; elle se replia vers trois heures du soir sur Taisnières, Hugemont et Dompierre.
Puis avec quelques pièces de 8, elle reprit l'offensive, arrêta l'ennemi et réoccupa sa position de la veille.
Les blessés français furent déposés dans l'église de Dompierre, où plusieurs moururent.
1. Voyez : Lettre du représentant Duquesnoy à ses coUëgues du Bureau central des représentants du peuple à Arras (18 octobre 1793) — que nous reproduisons plus loin.
Dans ces luttes générales et particulières se distinguaient déjà BernadotteS Vezu', Marceau' et Mortier. Ce dernier, devenu plus tard maréchal de France et blessé au combat de Saint-Aubin d*un coup de feu, reçut sur le champ même de bataille, pendant qu'on le pansait, le grade d'adjudantgénéral.
L'artillerie s'étant tue, l'inaction et le silence succédèrent aux scènes de carnage. Les deux armées bivouaquèrent : elles cherchaient à s'observer.
Du notre côté, la nuit fut mise d'autant plus à proBt qu'il n'y avait pas à se dissimuler l'échec de l'aile gauche, malgré les prodiges de valeur accomplis par les chefs et nos soldats. Le conseil de guerre, d'après l'avis de Carnot, décida que cette aile ne serait pas renforcée, que Jourdan et le général Balland devraient se borner à bombarder les masses ennemies, tandis que l'aile droite de Duquesnoy, augmentée de 6 à 7,000 hommes, empruntés aux divisions Fromentin et Balland, s'emparerait de Wattignies en se servant comme de juste des troupes qu'on espérait, du camp de Maubeuge.
A l'aurore, tout était préparé. Le prince de Cobourg, ignorant ce changement de front, n'avait pris aucune disposition; cette imprévoyance causa sa ruine.
Le 16 octobre 1793, pendant que le général Balland canonnait ferme les hauteurs de Dourlers et que le général Fromentin dirigeait sur le flanc des ennemis la batterie des collines, pour recommencer l'attaque de la veille, sans se compromettre ostensiblement, Jourdan, ayant avec lui le général Duquesnoy, escaladait le plateau de Wattignies.
Cette dernière position était redoutable; entourée de
1. Bernadotte est né à Paris le 26 janvier 1763, iUustre général de l'Empire, futur roi de Suède en 1810.