‹ Le général Fromentin et l'armée du NordChapitre 41 sur 73 · M. Du val · texte numérisé non relu

M. Du val

2. Le géoéral Lamarche^ Joseph Drouot, fut suspendu de ses fouc. lions sans motifs le 30 juillet 1793.

atteint dans ses sentiments les plus chers, partit désespéré, ne songeant plus qu'à mourir.

Le testament qu'il fit à Falaise S ville où il était de passage pour se rendre à Alençon, déclare que, puisqu'on lui refusait l'honneur de continuer à verser son sang pour le pays, il ne pouvait survivre à cet affront.

Vers le 25 juin 1794 il se tira un coup de pistolet dans la bouche; heureusement la balle dévia; la mort, une fois de plus bravée, ne voulut pas de lui : Fromentin survécut à sa blessure.

Quelques jours après, le 2 juillet 1794, son vieux père, informé de ces événements, adressait au Comité de Salut public, une requête.

Cette requête, dont copie textuelle se trouve aux pièces justificatives^ et dans laquelle il demandait que justice fût rendue, que le nom de Fromentin fût rétabli sur les contrôles de l'armée du Nord, reflète bien le style de l'époque.

Elle fut appuyée d'un rapport du citoyen Desprez'

1. Ce testament fut envoyé au Comité de Salut public par le comité de surveillance de Falaise. Lès Représentants du peuple près l'armée du Nord avaient probablement ordonné que Fromentin devrait se rendre sous escorte à Alençon, car, dans son mémoire, le père du général supplie que Ton retire d'auprès de son fils la garde dont il est entouré et qui lui fait supporter une dépense très au-dessus de ses facultés.

2. Pièces justificatives n» LI. Requête du citoyen Fromentin père, au Comité de salut public, en faveur de son fils, datée du 20 juin 1794^

3. Desprez (Emmanuel-Marie-Guillaume) est né à Alençon en 1767 d'une famille honorable du pays. Professeur du collège d' Alençon en n91, il s'enrôla & cette époque comme volontaire. 11 était capitaine au 3« bataillon des volontaires de l'Orne et faisait partie de la garnison de Mortagne (Vendée), quand cette garnison pressée par les Vendéens abandonna la place le 5 germinal an II (23 mars 1794). Tous les officiers furent mis en jugement et malgré le mémoire justificatif, publié en leur faveur par E. Desprez, ils auraient probablement été condamnés sans le dévouement de M. Boullay d'Alençon qui se chargeant d'aller exposer l'affaire à Robespierre, obtint leur élargissement.

E. Desprez devint ensuite chef de bataillon et adjoint aux adjudants

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d'Alençon et d^une note écrite de la main même du cidevant ministre Bouchotte.

Fromentin avait, par son caractère et ses services, inspiré trop d'estime pour que cette disgrâce fut maintenue indéGniment; la requête non seulement arriva à destination, mais fut examinée et écoutée.

D'une part, les bureaux de la police militaire constatèrent après recherches effectuées, qu'on ne pouvait rien trouver ni sur le compte du général Fromentin ni contre cet officier.

Qu'il y avait lieu de croire que sa suspension avait été prononcée par les Représentants délégués à l'armée du Nord, puisque les^* et 6* divisions de la guerre n'avaient aucune déposition par écrit contre lui.

D'autre part, la demande placée sous les yeux du Comité de Salut public et les lettres écrites aux Représentants du peuple et au chef suprême de l'armée du Nord n'amenèrent aucun autre résultat défavorable au général Fromentin^,

Le Comité de Salut public présidé par L. Carnot*, reconnaissant le mal fondé de sa décision, publia un arrêté le

généraux de Tarmée d'Angleterre ; il fut choisi le 25 germinal an VI comme député de TOrne au conseil des Cinq-Cents.

Rentré dans le nouveau Corps législatif en Tan VIII après le 18 brumaire, il en sortit en l'an X pour y revenir de nouveau en Tan XI et y siégea jusqu'à la fia de la session de 1807.

Nommé conseiller de la Cour d'appel de Caen en 1812, il fut ensuite élu pendant les Cent Jours, en mars 1815, membre de la Chambre des représentants.

Après la révolution de 1830, il reprit la carrière politique, présida à rinstallation du tribunal d*Alençon le 11 septembre 1830 et redevint député du collège électoral de Sées en mars 1831.11 siégea encore k. la Chambre jusqu'en 1834. Puis, jusqu'à sa mort, il resta étranger aux affaires politiques. (Extrait de l'ouvrage de M« Duval sur les députés de l'Orne.)

1. Pièce justificative n* LU. Rapport du bureau de placement des officiers généraux, en date du 29 messidor an II de la République française. A. G.

2. Le 5 mai 1794, Carnot avait succédé à Robert Liudet comme président de la Convention; le 27 juillet 1794, il quitta le Comité de salut public, pour y être rappelé le 6 novembre suivant.

30 messidor an II (18 juillet 1794), par lequel il restituait à Fromentin, non seulement son ancien grade de divisionnaire, mais lui donnait encore le titre ' de commandant de Landrecies, ville recouvrée dès le 3 juillet 1794, comme nous le verrons bientôt, par le corps expéditionnaire dirigé par Schérer, successeur de Ferrand.

Un double de l'acte de réintégration fut envoyé à Alençon, par courrier du même jour, au père du général. Il était ainsi conçu :

« Le Comité de Salut public arrête que Fromentin, ancien « général de division de Tarmée du Nord, se rendra, sans « délai à Landrecies, pour prendre en cette qualité de rc général de division le commandement de ladite placée »

Mais avant d'étudier le rôle du nouveau commandant de place et de tracer Texposé des derniers temps de sa carrière, il convient, à titre complémentaire^ de continuer ici, bien que sommairement, le récit rapide des progrès de Tarmée du Nord, jusqu'à la fin de 1794. Nous l'avions interrompu pour narrer de suite au lecteur l'issue qu'obtint la suspension momentanée du général Fromentin.

Après quatre batailles héroïques sur la Sambre, entre Français et Autrichiens, durant tout le mois de mai et une partie de juin, traversées par tant de vicissitudes diverses, le succès vint enfin couronner la constance de nos bataillons. Le 18 juin, on passa définitivement la Sambre, pour la cinquième fois il est vrai, et sous l'impulsion de Saint-Just et de Jourdan plusieurs assauts opportuns firent reculer l'armée autrichienne derrière (îharleroi dont le siège fut repris avec vigueur. Le colonel du génie Marescot ouvrit la tranchée. Le bombardement dura six jours, la place

i. Pièce ju8tificative.no LUI. Extrait du registre du Comité de salut public de la Convention nationale, 30 messidor an II (18 juillet 1794).

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