CHAPITRE II
Entrée du corps de La Bourdonnaye à ÂoYers et siège de la citadelle (46 novembre). — Le !•' de l'Orne fait partie de la garnison. — Le général Valence à Namur (5 décembre). — Dumouriez, malgré les ordres de Paris, demeure à Anvers, s'occupe de levées belges et lance une petite expédition sur Bréda, Gertruydenberg et Berg-op-Zoom.— Il se décide à aller au secours de l'armée de Miranda, en retraite après avoir été forcée sur la Roër, et à en reprendre le commandement (9 mars 1793). — Combat d'avant-garde à Tirlemont (15 mars). — Bataille décisive et défaite de Nerwinden (18 mars). — Perte de la Belgique ; recul des troupes françaises jusqu'aux défenses de Vauban. — Dumouriez s'établit à Saint-Âmand (29 mars). Après avoir envoyé les commissaires de la Convention en otages à Tournai, il passe à l'ennemi (4 avril). — Le général Dampierre est appelé au commandement de l'armée dite du Centre et du Nord (6 avril). — Investissement de Condé (10 avril). — Fromentin, sous O'Moran, qui commande le camp de Cassel, est commis & la défense de Bergues. — Bel éloge de ce militaire par Lazare Carnot dans une lettre à la Convention (16 avril 1793).
Après le triomphe de Jemappes et la déroute de Farrièregarde de Saxe-Teschen à Anderlecht, après rentrée des Français à Bruxelles, son brillant corollaire, nos opérations prirent une excellente face ; la conquête du restant du territoire dit Pays-Bas autrichiens ne demanda plus que quelques semaines. A Touest, dans la Flandre maritime, La Bourdonnaye, avec une division de Tarmée du Nord , avait emporté successivement Ypres , Furnes et
Ostende. Le 16 novembre 1792, son avant-garde atteignait Anvers. Le 18, on y pénétrait sans coup férir. La citadelle seule offrit une résistance de quatre jours. Le 21, on en commença le siège, et Marescot* ouvrit la tranchée. Une de nos colonnes dut même traverser TEscaut sur des embarcations pour aborder l'emplacement de : la tête de Flandre. Le 29, la citadelle, qui avait beaucoup souffert, se rendit et la garnison, composée de 1,300 hommes, fut faite prisonnière. A ce siège se distinguèrent Dejean et Marescot, capitaines au corps du génie. Fromentin, avec son bataillon, était au nombre des assaillants '.
A TEst, à cette époque, nos succès étaient parallèles. Le 28 novembre, Dumouriez entrait à Liège. Dès les premiers jours de décembre. Valence — que Tintelligent commissaire ordonnateur Ronsin' accompagne et seconde, — occupe Namur après Tassant du redoutable fort Villote, autour duquel le général Gobert employa les ressources de son art. Dans cette dernière ville, le peuple acclame les nôtres avec enthousiasme, et lorsque peu de temps après, il est appelé à se prononcer, la réunion à la France y est votée par 10,000 voix, contre à peine cinquante opposants. Les autres assemblées primaires du pays n'avaient pensé différemment. Le 15 décembre, la Convention nationale approuvait ce décret dont le ministre de la guerre s'empressait d'adresser l'ampliation aux pays conquis : « La République française proclame la liberté et la souveraineté de tous les peuples chez lesquels elle a porté et portera ses armes. »
1. Nous retrouverons souvent le nom de cet officier, lors des sièges de Landrecies, Quesnoy, Valenciennes et Condé, en 1794.
2. Une tradition recueillie par sa famille et appuyée sur des notes que le général écrivit dans sa vieillesse, rapporte que Fromentin fut nommé gouverneur de la citadelle d'Anvers. Les Archives ne nous ayant pas appris ce fait, nous le mentionnons ici sous toutes réserves.
3. Ronsin, créature de Pacbe, fut, depuis, très discuté et accusé d'incapacité. Sa correspondance révèle pourtant un patriote.
Anvers pris, le gros des forces de La Bourdonnaye avait rejoint Tarmée du Nord, et Miranda fut désigné pour la commander. Le 1" février, à peine la Convention eutelle déclaré la guerre à TAngleterre et aux Provinces-Unies, que cette armée fut destinée à agir en Hollande.
Quant à Dumouriez, dans la pensée du Comité de Salut public, il devait lui prêter main-forte, mais il n'y mit aucun empressement, et tourna ses yeux sur Anvers, au nord duquel il voulait, de préférence et à sa guise, envahir la Hollande. Pendant que Miranda, Miaczinski et Gobert s'avancent vers la Roër, Dumouriez, déjà installé à Anvers, n'est pas au poste où les ordres positifs de Paris le pressent, bien qu'avec ménagement, de retourner, c'est-à-dire à la grande armée d'invasion. Le 17 février 1793, sous prétexte d'équiper ses soldats et d'organiser des levées Belges, résolution qui lui lient fort à cœur et qu'il défend longuement dans ses Mémoires, Dumouriez traîne à Anvers. Il y est encore le 24. La vérité est que, irrité des événements de Paris, où régnent « comme il le ressasse, sept cents factieux », mécontent des commissaires civils du pouvoir exécutif à l'armée, dont les idées révolutionnaires lui rappellent les odieux massacres de septembre et le forfait du 21 janvier, Dumouriez, invoquant le manque d'argent où on le laisse, contracte un emprunt à Anvers, y crée quelques compagnies et prépare sa petite tournée en Hollande. Il agit en tout cela assez sournoisement, car, en quittant la grande armée sur la Meuse, il y a laissé ses officiers d'état-major comme pour faire supposer une courte absence. Il abandonne ainsi à eux-mêmes, avec la responsabilité du commandement, des chefs qui n'ont ni son expérience ni sa valeur, pour s'occuper d'une pointe en Hollande, dans une autre direction, alors que le plan de conquête du pays avec nos principales cohortes consiste à attaquer Maëstricht et à rompre l'ennemi du côté d'Utrecht. Après avoir fait sommer Breda par son fidèle
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lieutenant Thouvenot, après s'être saisi de Gertruydenberg avec une faible colonne en majeure partie de nouvelle levée et comptant moins de 10,000 hommes (dont à peu près 1,000 de cavalerie), et avoir bloqué Berg-op-Zoom, le général, devant les soUications réitérées de Paris, de se porter sur la Meuse au secours de Tannée de Miranda désemparée, quitta son petit corps expéditionnaire seulement le 9 mars, et par Bruxelles gagna Louvain le 13, où il était déjà bien tard pour rétablir la fortune de nos armes*.
A Anvers, où il s'était encore arrêté en repassant, après y avoir trop séjourné peu avant, les 1*' et 2* bataillons de rOrne, avec leurs deux belles compagnies de grenadiers, font partie de la garnison française depuis Tenlèvement de cette ville. Marassé la commande; Fromentin, comme Ton sait, est à la tête du l^** bataillon.
Un autre, du même département, est le 6 février 1793, dans Montmédy, ainsi Tatteste une lettre du gouverneur de la place à Chazot. C'est le 4^ bataillon qui va être appelé de Mézières à Malines pour aller au milieu d'autres, et notamment le 1<" bataillon de Fromentin mandé d'Anvers, soutenir les colonnes de Miranda en déroute^.
Toutefois, examinons d'abord ce qui s'était passé au nord de Liège, durant la coupable absence de Dumouriez. Miranda, avec la principale armée, avait foulé le Limbourg, et 1q 15 février, il s'établissait sur la rive droite de la
1. La marche rétrogade des Français avait commencé le 5 mars; Parmée était déjà donc en pleine retraite.
2. Il résulte d'une lettre du commissaire ordonnateur La Saulsaye, adjoint au ministre de la guerre, et adressée au commandant militaire de Lille (Archiv. de la Guerre), que ces bataillons furent presque de suite renvoyés à Lille par Dumouriez, soit que cette ville eut besoin de troupes à cette époque, soit qu'il craignit de les voir couper de Louvain, où il se rendait en hâte pour reprendre eu mains les rênes de Tarmée.
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Meuse pour investir Maêstricht. Pendant sept jours et sept nuits de tranchée, nos canons bombardèrent cette ville; on eût pu agir moins maladroitement, si on avait écouté le sage Gobert. Simultanément Tavant-garde marcha sur Aix-la-Chapelle. Les Autrichiens Toccupaient : 30 à 40,000 Prussiens nous surprirent à ce moment et forcèrent nos cantonnements de la Roër. On perdit les bagages, mais pas d'artillerie et les deux ailes de Miranda et de Valence se retirèrent sur Liège. Les généraux étaient affolés. On essaya de résister à Liège et à Malines, mais vainement : on dut alors évacuer le pays. Valence protégeait les bataillons en retraite. L'ennemi nous pourchassa jusqu'aux bords de la Meuse.
Cependant; la Convention veillait. Instruite des événements par son Comité de Salut public, qui recevait lui-même tous les rapports des Représentants délégués aux armées, la Convention, le 24 février, alors que Dumouriez s'éternise à Anvers, redouble d'énergie fiévreuse. Elle décrète une levée extraordinaire de 300,000 hommes. Quand Beurnonville \ ancien compagnon estimé de Dumouriez, un des héros de Jemappes, fut substitué à Pache au ministère de la guerre, son premier souci fut de restituer Dumouriez à l'armée d'invasion et de signifier à celui-ci de reprendre un poste où ses talents étaient plus que jamais nécessaires.
Le retour de Dumouriez, enfin effectué, produisit un excellent effet sur les troupes, bien qu'elles fussent très affaiblies par Tindiscipline et le manque de cavalerie. Le 15 mars au matin, les avant-gardes des deux armées se heurtèrent près de Tîrlemont et furent égale-
1. Beurnonville (Pierre Biel, marquis de), 1752-1821, brave général des armées républicaines, livré par Dumouriez aux Autrichiens en 1793, sénateur et comte de TEmpire; abandonna Napoléon en 18U, et se montra parmi les plus fougueux partisans des Bourbons. Louis XVIII le fit maréchal de France et ministre.
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ment soutenues pendant huit heures de combat. Nous fîmes perdre 1,200 hommes aux Impériaux, dirigés par le prince de Saxe-Cobourg. L'avantage nous resta. Mais deux jours après, le 18 mars, au même emplacement où cent ans juste avant, en juillet 1693, un des nôtres, le maréchal de Luxembourg infligea à Guillaume d'Orange, rame de la coalition contre la France, une sanglante défaite, à Nerwinden, Dumouriez livra une grande et malheureuse bataille. Un de ses principaux lieutenants. Valence , fut blessé à Taile gauche. Le lendemain 19, Hiranda fut culbuté et mis en fuite. Dampierre et Gobert, assumant alors le commandement d'une division contre laquelle l'ennemi se ruait et où il n'y avait plus de généraux, essuyèrent ensemble tout le feu pendant six heures pour protéger la retraite*. De son côté, Duhesme' couvrait les derrières de l'armée, et faisait des efforts désespérés. Au dire de Dumouriez lui-môme, c'est par milliers que les hommes lâchaient pied. Cette seconde déroute nous rejeta sur Louvain le 20, où l'on resta jusqu'au 22 '. On se
4. Consultez « Exposé de Gobert », daté de Paris, 27 août 1793.
2. Duhesrae (Guillaume-Philibert], né à Bourgneuf, près Chalon-sur- Saône, en 1766, s'illustra dans les guerres de la République et de TEmpire. Périt assassiné par les Prussiens, le 20 juin 1815, dans une maison de Genappe, dite ÏHôtel du roi d'Espagne^ où il s'était abrité, ne pouvant plus suivre Tarmée en retraite à cause de ses blessures reçues Tavant-veille devant Planchenoit, en combattant à la tête de la jeune garde. J*ai visité la tombe de ce guerrier & 2 kilomètres dudit bourg, au cimetière du hameau de Ways. Genappe, dépourvu de cimetière ou d'église en 1815, ne comptait que 300 habitants, et dépendait de la paroisse de Ways.
3. C'est à cette date que Fromentin passe à Lille. Des notes laissées à sa famille et écrites dans sa vieillesse, tendent à faire croire qu'après la campagne de Belgique, à laquelle il participa, comme nous le savons par les documents, et comme nous venons de le dire, il aurait assisté aux sièges de Valenciennes et du Quesnoy, avant d'être envoyé à Tarmée chargée de débloquer Dunkerque. Aucun document officiel ne témoignant que le l^^' bataillon de TOroe assiste à cette partie de la campagne sur l'Escaut, à l'armée du Centre, nous n'insistons pas. Si cette tradition peut un instant être admise, nous pensons que Fro-
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réfugia alors au milieu de la forêt de Soignies. Dans cette position intermédiaire, entre Louvain et Bruxelles, le nombre des désertions s'accrut et réduisit à ce point Farinée que ses chefs décidèrent la retraite sur Tournai. Après vingt-sept jours de marche pénible au milieu des ennemis, on atteignit enfin cette ville le 26 mars, en bien triste appareil. De son côté, à la même date, le général de division Ferrand qui s'était arrêté devant Mons, vis-à-vis le prince de Cobourg, généralissime de Tarmée combinée, recevait Tordre de lever ses campements sans combattre et de se replier sur Valenciennes. C'était le recul jusqu'aux anciennes frontières de Louis XIV.
A la nouvelle du désastre de Nerwinden, — et parmi ses conséquences, — à l'annonce du rapprochement de plus de 150,000 Prussiens, Hollandais et Hanovriens, menaçant nos places fortes, l'effervescence fut chaude à Paris : le Comité de Salut public, déjà très prononcé contre Dumouriez, jugea bon de se contenir encore avant de déchaîner ses rigueurs. Il voulut attendre l'issue du ralliement. Soudain, la situation empira lorsqu'on apprit par le ministre de la guerre que Dumouriez avait la prétention d'imposer ses vues et ses pourparlers avec les Autrichiens, qu'enfin au lieu de rester au delà des lignes de Vauban (entre Tournai, Mons et Namur), comme il en avait mandat formel du Comité, Dumouriez reculait encore jusqu'à Saint- Amand. En effet, l'armée fit sa halte définitive, à proximité, sur l'emplacement du camp de Maulde. Dumouriez fixa son quartier général au lieu dit : les Boues, à 3 kilomètres de cette ville, près de l'établissement balnéaire de la Fontaine-Bouillon déjà existant, célèbre même
mentin ne fit que passer aux environs de Valenciennes. A partir de l'affaire du 21 ayrit & Respoëd (Flandre maritime), qui précéda son commandement de Bergues, avril 1793, il n*y a plus â. constater une seule lacune dans sa carrière, car nous le suivons jour par jour, pièces en mains, jusqu'en 1795.
LE OÉNÉRAL FROMBNTLN 4
depuis les Romains, pour Tefficacilé de ses eaux sulfureuses. La maison où le général résida s'appelait dans le pays : le Petit Château, et a été démolie par des spéculateurs, il y a quelques années*.
Cependant, Tévacuation de la Belgique était presque terminée.
En efifet, Tarmée des Ardennes, dite de Hollande, rappliquait de son côté sur Maubeuge et Givet et, le 26 mars, à la suite d'une sommation des Autrichiens à la garnison d'Anvers, le général Marassé, commandant la citadelle, signait une capitulation honorable. La garnison de cette ville, qui avait obtenu les honneurs de la guerre, rétrograda sur Courtrai. Marassé, malgré l'injonction de se rendre à Saint-Omer, préféra émigrer.
Mais revenons au camp de Maulde et suivons, comme nous n'avons cessé de le faire jusqu'ici, les événements d'après la chronologie des documents. Le 29 mars, Dumouriez écrit à la Convention qu'il couvre Valenciennes, Douai et Bouchain, qu'il jette ses poudres dans les places fortes et qu'il désire munir de troupes la gauche de l'armée de la Moselle, dès qu'il aura reçu des recrues. La Convention répondit par l'envoi de commissaires chargés de lui notifier son décret du 30 mars l'appelant à la barre. Ceux-ci, pris de défiance, stoppèrent d'abord un instant à Lille et mandèrent le général en chef, dans cette ville. Mais Dumouriez, alléguant en retour que sa présence était indispensable à l'armée, exposée d'être cernée d'un moment à l'autre, et qu'il considérait comme un devoir de rester à son poste, « ne pouvant à la fois plaider et commander, » les commissaires se décidèrent à le venir trouver.
La délégation se composait du ministre Beurnon ville et
1. Ancienne propriété du comte de Cernay, située territoire du hameau de la Groi2ette) sur la lisière de la forêt de Vicoigne -Saint- Amand, au débouché d*une route sous bois conduisant à Odomez et à Condé, ville frontière»
des députés Camus, Quinette, Lamarque et Bancal. A leur passage à Orchies le i^** au matin, le polonais chef des flanqueurs Miaczinski, qu'une ancienne reconnaissance liait à DumouriezS détacha un double courrier sur Saînt-Amand atîn de prévenir son maître de l'arrivée des conventionnels. Ceux-ci parurent bientôt au Petit Château et remplirent immédiatement le but de leur mission. Après de vains pourparlers qui ne purent ébranler le général, refusant avec force de se rendre à Paris et d'accepter sa destitution, celui-ci fit arrêter les commissaires par les hussards de Berchiny, de planton depuis l'aube dans la cour voisine (i®' avril). Cette escorte sûre, aux trois quarts formée d'aventuriers allemands, sous les ordres d'un colonel Normann, ne quitta plus les prisonniers et les conduisit dans la nuit à Tournai, où elle les livra en otages au général autrichien Cleirfayt.
Cet acte grave ne laissant plus de doute à personne sur ses véritables opinions, Dumouriez poussa jusqu'au bout le rôle d'insurgé qu'il s'était assigné. Comme le temps pressait, il s'employa sur l'heure à accomplir ses desseins, déjà secrètement et depuis longtemps mûris.
Son intention était alors de soulever, en personne, le camp de Maulde au nom du Roi et des principes de la Constitution de 1791, d'entraîner également les garnisons des villes fortes du Nord, et avec ce premier noyau, qui ne tarderait pas de se grossir, au premier succès, de la foule des mécontents, de marcher sur Paris pour en chasser la Convention et restaurer le troue des Bourbons. Jusqu'au 4 avril, il multiplia les tentatives téméraires et soudoya des émissaires pour réussir, mais inutilement. Les régiments accueillirent assez mal ses appels à la révolte. Les garnisons des places, grâce à la vigilance de patriotes éprouvés, n'osèrent rien et furent maintenues dans l'observance de la loi. Alors
1. Dumouriez avait combattu en 1771, pour rindépendance polonaise dans les rangs des patriotes de la Confédération de Bar.
Dumourîez, voyant avorter son complot criminel, trois jours après la saisie des commissaires, rejoignit furtivement Tennemi, avec son état-major, délaissant pour toujours son armée. A ses côtés paradaient les frères Thouvenot, le duc de Chartres* (dit Égalité fils), Montjoie, le général Valence et les deux demoiselles Fernig.
Cet épilogue eut lieu le 4 avril. Les volontaires de Bruille indignés manifestaient ouvertement leur mécontentement. Dumouriez, en fuyant, dut même affronter des balles sur la rive de TEscaut, — qu'il devait traverser, — au bac de la Boucaulde. Plusieurs hommes de sa suite furent tués ou blessés, dans une fusillade partie des rangs d'un bataillon de TYonne alors à Yalenciennes et qui, en prévision des troubles, était venu battre Testrade entre cette ville et Condé, non loin d'Odomez. Enfin, la frontière du pays impérial atteinte, après une route de peu de durée, le transfuge arrivait auprès de Mack et de Cobourg qui depuis longtemps étaient en intelligences avec lui'.
Le 6 avril, le général Dampierre que Dumouriez avait isolé au Quesnoy, — car il ne Taimait pas, redoutant son civisme ardent, — ayant appris les événements, convoqua un conseil de guerre où il rallia par sa fermeté toutes les volontés en faveur de la République. Les Représentants détachés à Yalenciennes l'appelèrent alors provisoirement au commandement de l'armée du Nord et des Ardennes, en remplacement du traître. Son premier soin fut de rassembler et de reconstituer les bataillons égarés. L'artillerie, heureusement, était intacte, les vivres ne manquaient pas. Mais il n'y avait presque plus de cavalerie '. Ronsin lui fut adjoint comme commissaire ordonna-
1. Depuis roi des Français, sous le nom de Louis-Philippe I«r.
2. Nous publierons prochainement un volume plein de détails inconnus sur la défection de Dumouriez, à Tarmée du Nord.
3. Voyez lettre de Carnot et de Lesage-SenauU à la Convention, 7 avril. Arch. de la Guerre.
teur. Gobert devint aussi son chef d'état-major : mais il fut tout d'abord détaché vers la division de Maubeuge pour relever les courages abattus. Gobert n'éprouva pas à Maubeuge grande difficulté dans sa mission, car le conseil général de cette commune était très républicain. Quelques jours plus tard, le 9 avril, cette assemblée, envoyait une adresse à la Convention, réclamant des officiers d'artillerie et du génie; son esprit résolu ne contribua pas peu à l'énergie que déploya ultérieurement la garnison de la ville, devant l'étranger.
Si nous en exceptons Miaczinski, chargé du poste d'Orchies, et resté fidèle au rebelle, un officier seul, de tous les commandants de place, fit défection.
Neuilly, à qui Condé avait été confié pour le livrer aux Autrichiens, informé de la fuite de Dumouriez à Tournai, s'évada à son tour, abandonnant sa succession à Chancel.
L'investiture hâtive de Dampierre fut ratifiée par le Comité de Salut public. Le ministre confirma même à ce général son entière estime. Aussi Dampierre reçut-il l'ordre d'occuper Maulde ; on lui fit espérer des subsistances et des effets de campement. Mais comme Saint-Amand venait d'être visité par les Autrichiens (6 avril), Dampierre ne put conserver le camp de Maulde que jusqu'au 9, date où l'ennemi rompit l'armistice conclu avec Dumouriez. La veille encore, Dampierre avait sollicité le prolongement d'une suspension d'armes dont nos troupes avaient tant besoin; mais le chef autrichien n'accorda pas au révolutionnaire ce qu'il avait octroyé si facilement à son allié.
Dampierre dut donc évacuer immédiatement les redoutes du camp ; celles-ci tombèrent au pouvoir des Autrichiens, y compris Saint-Amand.
Sur ces entrefaites, le 12 avril, Lamarche *, qui avait été
1. Lamarche Joseph Drouot, est né à Wiche (Vosges), le 14 juillet 4733.
préposé le 2 avril à la garde du camp de Famars, fut pourvu du commandement en chef provisoire de Tarmée du Nord * et eut pour mission d*agir de concert avec le jeune Dampierre. Celui-ci avait reculé sur Bouchain, où il fixa son quartier général. Les représentants Bellegarde ', Lequinio ', et Cochon* Vy suivirent. C'était laisser le champ libre à Tennemi, autour de Condé, et il en profita incontinent. Cette place fut complètement cernée le 10 avril, malgré les boulets qu'elle fit pleuvoir sur le corps d'armée du prince de Wurtemberg. Dampierre avait eu juste le temps de confirmer à Chancel sa nouvelle destination.
Avant que les communications de Condé avec Yalenciennes soient totalement interrompues, les conventionnels Briez^ et Dubois-Dubaîs •, alors dans cette dernière ville, écrivent à Chancel, ceci : « La garnison de Condé est appelée aux « plus hautes destinées ; c'est à elle qu'il est réservé de « réparer tous les malheurs occasionnés par Tinfàme « trahison du général Dumouriez"^. »
Telle est l'importance que les hommes de l'époque, le ministre, les généraux, les représentants en mission, les membres du Comité de Salut public, la Convention enfin, attachent au siège d'une place dont la position peut servir de si puissant appui à l'envahisseur. Le déblocus de Condé va donc devenir Tobjectif des prochains et malheureusement stériles engagements de Dampierre.