ARMÉE DES ARDENNES
Le Général Charbonnier au Général en chef de Varmée du Nord.
L'officier que j'ai envoyé au général Fromentin, comme je te l'annonçais dans ma dernière et qui avoit ordre de prendre des renseignemenls sur la position des troupes qui doivent être à ma gauche, m'annonce que les divisions des Généraux Deisjardin et Fromentin ont fait un mouvement rétrograde pour se porter sur la colonne des ennemis qui interceptaient la communication de Landrecies à Avesnes. Ces dispositions entravent celles que tu avais prises en ordonnant au général Desjardin d'opérer sa jonction avec la gauche de mon armée, et d'attaquer de concert avec moi l'ennemi à Beaumont. J'ai cependant pris la position des hauteurs d'Aussoy, j'y suis marché du camp de Villers deux Églises. L'ennemi a disputé le terrain assez opiniâtrement, la charge a été l)attue, il a été repoussé vigoureusement. Mon avant-garde est sur Sïlenrieux, et établit dans ce moment dés batteries pour faciliter les débouchés de sa gorge. J'attend<s dans cette position les instructions que tu me donneras. Je suis en mesure pour marcher sur Beaumont ou sur Florenne. D'après les dispositions que lu m'as prescrit, j'ai tiré de ma droite deux bataillons pour renforcer ma gauche. Les succès que le Général Jourdan a obtenu à
i. Solre-le-Château .
SI 2 PliCSS JUSTIFICATIVES
ArloD, à la position qa*il occupe, le mettent, je crois, à môme de
se passer de ces secours.
Les chevaux me manquent pour traîner mon parc d'artillerie
et je ne puis mettre. en ce moment que seize bouches à feu en
position, ce qui est insuffisant. Si tu as, mon cher camarade, des
moyens pour me procurer des attelages, tu me mettras à même
de faire une puissante diversion; j'attends avec impatience ta
réponse.
Signé : Gharbonnor.
[Registre 24.J
Etrann (Etron), le 4 floréal an II (23 avril 1794).
ARH^H DU NORO.
Bapport de ee qui s'est passé dans la brigade Duhesme, de la division Fromentin, pendant les journées du 3 et 4 floréal an II (S2 et 28 avril 1794)»
{CombcU de la Capelle et de la forêt de Nou^ion.)
En conséquence des ordres que j*avais reçu du général de division Favereau et du plan d'attaque donné par le général de division Balland, toutes les troupes de ma brigade furent disposées au-dessus de la Rouillies, derrière un rideau qui les masquait. L'infanterie légère et un peu de cavalerie étaient à la gauche de rinfanterie; au centre le reste de ma cavalerie, et à la droile Tartillerie légère. Aussitôt que nous entendîmes Tattaque sur la Capelle, la dôtre commença. L'infanterie légère qui attaqua les posles de Tennemi avança à Fontenelle et Garmoule et en fit un grand carnage. La brigade du général Duvignau, s'étant emparée de la Capelle, nous joignîmes nos deux colonnes, et ensemble nous attaquâmes la forêt de Nouvion sur deux points. Le général Duvignau marchait par le chemin qui va de la Capelle à Nouvion, moi par celui de Garmouze. Ma brigade débusqua la première
PliOES JUSTIFICATIVES 218
après avoir dépassé tous les obstacles que les tiraillears ennemis lui faisaient éprouver, et arrivant au débouché des deux chemins, au bout de la forêt de Nouvion, elle marcha avec la plus grande •vigueur et emporta à la bayonnette la redoule que Tennemi avait de ce côté.
L'autre brigade ayant aussi débouché, nous nous réunîmes de nouveau et attaquâmes Tennemi qui était en bataille sur la ligne du camp qu'il avait au-dessus de Nouvion, ou il appuyait sa droite, une redoute au centre, et de l'infanterie dans le hameau de sa gauche. Il fut chargé et repoussé en peu de temps et malgré la vive résistance, il alla sur le champ reprendre une nou* velle position sur Bazay, il fut encore repoussé avec la même vigueur, la nuit étant venue et ayant fait cesser le combat, nous nous retirâmes pour n'être pas pris en flanc, sur la hauteur qui domine et regarde Bazay, ou nous bivouaquâmes.
A la pointe du jour, ]e combat recommença par les tirailleurs. Voyant que Tennemi faisait marcher une colonne sur Beaurepaire, j'y envoyai sur le champ un bataillon d'infanterie et trois escadrons pour soutenir, parce qu'il était à craindre que se diri- -geant sur Etrun par ce chemin là, il nous coupât la retraite. Gomme j'entendais aussi l'attaque qui se faisait au grand Fayt, je dirigeai mes troupes pour prendre l'ennemi en flanc. Il déploia alors une force imposante, il fit jouer sur nous plus de trente pièces de canon de position, toutes de dix-sept et de treize ; les boulets pleuvoient, malgré cette disproportion de force et d'ar* tillerie, nous qui n'avions que quatre pièces de huit, et deux obusiers d'artillerie légère, et nos petites pièces de campagne, nous tînmes fermes, pendant plus de six heures; mais voyant Tennemi se rafraîchir par de continuelles troupes, recevant dans ce moment une lettre du général Solland qui me mandait que l'ennemi était, en grande force du côté du petit et du grand Fayt, ne voyant pas d'ailleurs que la division du général Balland eut fait jonction avec nous par Boue et Etrun, comme elle aurait dû le faire, craignant d'être coupé par Beaurepaire que l'ennemi forçait malgré la belle résistance qu'on y fesail, craignant enfin que l'ennemi ne nous tourne par les derrières de Nouvion, de concert avec l'autre brigade, nous nous décidâmes à la retraite.
Elle s'est faite dans le plus bel ordre possible, ma brigade sûr
214 PIBCES JUSTIFICATIVES
Fontanelle, et celle du général Duvignau sar la Gapelle, nous tenons ces positions qui rendent la route libre.
Notre Infanterie a fait des meryeilles, 3,000 hommes que Fennemi dirigeait contre 600 des nôtres n'ont jamais pu les forcer.
Ces braves Français qui n'avaient plus de cartouches, attendaient leur ennemi à la bayonnette et le perçaient.
On doit beaucoup au 32« régiment d'infanterie pour le succès de la première journée par son opiniâtreté à attaquer dans les bois de Nouvion.
Le 5* bataillon des Vosges, iO« de la Seine-et-Oise, ci devant de Versailles, le 1*>^ bataillon du 56* régiment méritent également de grands éloges.
La position du terrain n'a pas pu permettre à la Cavalerie de charger en masse, mais la fermeté imposante du 22* régiment de cavalerie est remarquable à travers la grêle de boulets dirigés sur lui.
Il y a eu à peu près 80 hommes de tués dans ma brigade et lâO & 200 blessés; l'ennemi a perdu 1000 à 1500 hommes suivant tous les rapports qui nous ont été faits. Nous avons fait beaucoup de prisonniers, les républicains ont pris un caisson rempli de cartouches, dont il se sont servis sur le champ de bataille, ils n^out pas laissé seulement un fusil. Tous les déserteurs s'accordent à dire que l'armée ennemie est forte de cent à cent vingt mille hommes, Tennemi a déployé 40,000 hommes, au moins contre nous seuls et il est à remarquer que nous n'étions pas 10,000 hommes.
Cette affaire est à la gloire de la République, elle fait l'éloge de la valeur de ses défenseurs, et assure notre espérance sur le3 jeunes gens de première réquisition.
Je terminerai ce rapport par le récit de Taclion de l'un de ce[s jeunes gens, volontaire au 5* bataillon des Vosges qui caractérise le vrai patriote et le bon fils.
Malgry porté en tirailleur chargeant sur la redoute au bout du bois de Nouvion, reçoit un coup de boulet qui lui emporte la cuisse droite et lui casse la jambe gauche.
« J'ai payé mon tribut à la patrie s'écrie-t-il, je mourai satisfait,
mais je plains ma mère, si j'en reviens, mes deux bras resteront
pour la nourrir. »
Signé : Duheske. .
' [Registre 22, n» 90.]
PIBCB8 JUSTIFICATIVES 216
Soire-Ubre, 24 avril 1794.
ARMâS DU NORD.
Le Général de Division Fromentiny au Général de Division Favereau.
Je ^annonce, mon cher général, que je viens de rentrer dans Solre-Libre, je vais faire bivouaquer toute la troupe sur les hauteurs en avant de la ville. Si tu as de nouveaux ordres à donner, fait les passer directement au commandant. Je vais rentrer à mon poste pour savoir et voir tout ce qui s'est passé dans Té tendue de ma division pendant mon absence.
Je t*observe encore que je vais faire reprendre les mêmes postes que nos troupes occupaient avant de se retirer.
Tu voudras bien aussi donner des ordres pour que l'eau-de-vie et le pain leur soient envoyés sur le champ.
Je laisse ici un escadron du 22« régiment de Cavalerie avec lequel je suis entré ici; comme je l'ai pris dans ma division, tu voudras bien me le faire remplacer demain, car j*en ai bien besoin.
Signé : Fromentin.
[Registre 22, d» 93.]
Avesnes, le 24 avril 1794.
Le Général de Division Fromentin, au Général Favereau.
Je t'adresse le rapport d'un déserteur; tu y verras que Tennemi se dispose à tenter Fassaut de Landrecies, et enlever le poste de
Maroille, il dit qu'il y a 60,000 hommes pour cette expédition. Un prisonnier fait à Solre-Libre dit qu'il est arrivé 32,000 hommes à Beaumont, et 22 pièces de canon. Lorsque je sus hier que le cantonnement de Solre-Libre étoit évacué, je me portais de ce côté, je raliai les troupes, et j'avançai sur Solre-Libre, où il n'y avait plus personne.
Suivant les rapports de quelques habitants de Solre-Libre, Tennemi n'avait que 3 régiments de Cavalerie, et un d'infanterie. Je crois plutôt que ce n'étoit que 3 détachements de cavalerie.
Communique ma lettre au Représentant du peuple Laurent.
Signé : Fromentin.
[Registre 22, qo 103.]
Lille, le 2i avril 1794.
Le Général en chef PichegrUy au Général Favereau,
J'ai reçu avec un double plaisir, mon cher Général, ta lettre du 2, d'abord parce qu'elle me donne de tes nouvelles, et parce qu'elle confirme le rétablissement de votre communication qui m'avait déjà été annoncée.
Il est bien urgent de rétablir promptement celle de Landrecies qui doit se trouver pressée depuis que le camp retranché à été forcé. Ferrand a dû l'écrire à ce sujet et je ne doute pas que vous ne preniez de concert les mesures les plus efficaces et les plus promptes pour y parvenir.
Le Général Charbonnier va se rapprocher des Divisions Desjardins et de Fromentin, il seroil fort heureux qu'il puisse opérer une jonction sur ce point. Nous nous metterons demain en mouvement de ce côté ci, et nous toucherons vigoureusement s'il le faut.
Je joins ici les lettres de service du général Duhesme.
PIÈCES JUSTIFICATIVBS 217
L'éloge que ta fais des Généraux Montalgu, SoUand et des troupes qu'ils commandent ne m'étonne pas; ils se sont comportés selon leur coutume.
Signé : Pighegru.
[Registre 22, n» 99.]
AvesDes, le 6 Floréal an II .
Le Général Fromentin, au Général Pavereau,
J'ai l'ordre d'attaquer demain, et le général Ferrand me dis que tu m'enverras 5,000 hommes sur Maroilles, je te prie de leur recommander de prendre leur pain et les munitions dont ils ont besoin. Donne l'ordre aussi qu'on me renvoie l'escadron^ et la pièce de canon que j'ai envoyés à Solre-le-Ghateau.
Signé : Fromentin.
[Registre 22, n» 118.]
A la Censé de Foyon, 25 avril 1794.
Le Général de brigade Solland, au Général de Division Fromentin.
Il est impossible que celui qui ordonne que j'attaque connoisse la position de l'ennemi, et mes forces sur ce point. Sait-il que j'ai en tête 35,000 hommes au moins 40 pièces de canon de position, une cavalerie formidable et sait-il enfin que je n'ai que 7,000 hommes d'infanterie et cavalerie dans une étendue de plus
de 2 lieues de plaine, qae rennemi a 20 escadrons pour me charger dans ma retraite qui sera longue, et sur 3 défilés, et qu'il profitera d'une déroute inévitable pour passer la rivière et bloquer d'un seul trait Maubeuge et Avesnes, el enlever Maroilles. Dans ma position respectable, quoiqu'avec une poignée de monde je lui ferai payer cher son audace, au lieu qu'en lui livrant les passages pour une attaque aussi disproportionnée, et eu plaine où on me prendra en tête, en flanc, et en queue, on compromet le salut de la République, et de toutes les villes du Hainaut; j'obéirai certainement, mais pour l'avoir fait tu sais ce qu'il à pensé en coûter. Ceux qui donnent de tels ordres ici ne connoissent n'y nos forces ni le pays. Le bien, le salut de la République exige que je les instruise de la vérité. Je connois mon terrain parfaitement et je jure que pour peu que l'ennemi nous charge il ne peut en réchapper un seul de ma brigade. Envoi ma lettre très vite au Général Ferrand, car s'il ne nous ordonne pas la défensive, non seulement Maubeuge et Avesnes seront bloquées mais encore ils iront prendre par derrière la division qui fait place à Berlemont. Je pourrois seconder l'attaque, si l'ennemi étant attaqué en tête et en flanc étoit mit en désordre, encore risquerais-je de faire assassiner ma brigade, ne pouvant appuyer ni ma droite, ni ma gauche à rien. Je te conjure donc au nom de la patrie, de faire changer l'ordre d'attaque qui me concerne, car tout est perdu dans le ci-dévant Hainaut, si on y persiste. Maroilles est tourné et enlevé ainsi que moi puisqu'il appuie ma droite, et moi sa gauche du côté de l'Helpe opposé à l'ennemi, mais en la passant, je suis hors de défense.
Signé : Solland.
P. S. — On m'a dit me mettre sur deux lignes, je n'ai pas de quoi faire le quart de la première. Il me faudrait 30,000 hommes et je n'en ai que huit, et surtout point de cavalerie, une seule pièce d'artillerie légère, et un obusier.
Signé : Solland Pour copie conforme : Mars, Aide de camp du Général Fromentin.
[Registre 22, n» 106.]
Avesnes, 27 avril 1794.
ARHÉE DU NORD.
Le Général de Division Fromentin^ au Général Ferrand, Commandant les Divisions de droite de VAi*mée du Nord,
Le Général Montaigu vient de prévenir le Général Golaud que Landrecies étoit pris, TEnnemi a fait une réjouissance en faisant trois décharges dans toute sa ligne, deux colonnes ennemies ont filé sur Landrecies.
Nous voila maintenant dans la position la plus cruelle, Tennemi va se porter sur Avesnes et Maubeuge, et que vont devenir le poste de Maroilles, et ceux que j'ai le long de THelpe dont la force est médiocre ; indiquez moi au plus vite ce que je dois faire et sur quel endroit je dois faire ma retraite.
Si la prise de Landrecies n'est pas vraie, elle n'est qu'avancée, car il est tout en feu, et ne peut tenir plus longtemps.
Réponds moi par le même courrier.
Salut et Fraternité.
Fromentin.
8 Floréal an II, Maubeuge.
Le Général Favereau, à la Convention Nationale.
La communication de Maubeuge avec Vedette Républicaine (Philippe ville) interceptée depuis la retraite de la Belgique, vient d'être enfin ouverte. Le brave Général Desjardin, s'est emparé hier avec sa division, de Beaumont et à fait sa jonction avec l'armée des Ardennes^ d'après Tordre que j'en avoisreçu du Général
230 PliCBS JUSTIFICATIVES
en chef, de façon qae nos moyens commanicatifs étanl plus multipliés, nous ferons arriver Tabondance dans cette place et celle d'Avesnes, que nous trouverons dans le pays de Cbimay.
L*ennemi n*a montré d'opposition que pendant une heure, il a été tellement mal reçu, qu'il a pris le parti de nous laisser le champ de bataille. Nos tirailleurs du 2* bataillon du Calvados et 2* de Mayenne et Loire engagés avec les leurs sont tournés par trois Escadrons de Cavalerie d'émigrés, bientôt un escadron de mes braves dragons du 7« volent au secours de leurs frères, n'écoutant que leur valeur et ne calculant pas la disproportion des forces, ils fondent sur leurs ennemis, les mettent en déroute, et en exterminent près de 200. Daus le nombre il y a à peu près 60 cavaliers, tous tués à coups de sabres, sur la tète et dans le dos : 18 chevaux ont été pris et le reste tués. Notre perte est de deux dragons et dix volontaires tués et près de 60 blessés. Pas un blessé ni de prisonnier à l'ennemi.
Un trait remarquable du Citoyen BouUot, sous-Lieutenant et doyen du 7* régiment de dragons. Chargeant seul six tirailleurs de MakoDg, en sabre deux , les autres feignent de se rendre, mettent les armes bas, s'approchant de ce respectable vieillard, le démontent? rappelant son âge de vingt-cinq ans, se relève et en sabre deux autres, un de ses dragons arrive et achève son ouvrage en faisant mordre la poussière aux deux derniers.
J'ai eu le plaisir d'embrasser hier à Beaumoot le Représentant Levasseur et le Général Charbonnier, commaodant en chef l'armée des Ardennes. Nous nous sommes concertés pour garder cette position, qui ne peut être mieux confiée qu'au Général Desjardin, dont les talents égalent le civisme.
Je n'ai que le plus grand éloge à faire des troupes qui me sont conQées. Il existe dans mes généraux de Division un accord parfait. Sans prétentions, nous réunissons nos moyens, et de l'exécution de nos conseils mutuels résulte un avantage réel pour le salut de nos armes.
Quant la patrie nous a confié ses intérêts, elle nous a imposé une tâche bien forte. Si nos talents ne sont pas ceux que nos cœurs désirent, la pureté de nos principes et notre bonne volonté nous dédomagent. Restez à vos postes. Représentants, anéantisses les factions désorganisatives, nos armées triomphantes vous
PIBGES JUSTIFICATIVES 221
seconderont, en chassant du territoire de la liberté, ceux qui ne
sont pas dignes de Thabiter»
Signé : Favereau.
[Registre 23, n» 187.]
Maubeuge, le 27 avril 1794.
Le Général de Division Favereati, au Général Ferrand.
Ha division de droite, commandée par le brave général Desjardin est dans Beaumont, je m'y rends avec le représentant du peuple Laurent ; Tannée des Ardennes, qui a fait sa jonction avec nous, nous donne de grands moyens dans cette partie pour obliger Tennemi à diversion. Je désire de toute mon âme que les autres divisions aient les mêmes succès que celle-ci. Je vais faire filer provisoirement trois bataillons sur Avesnes, aux ordres du Général Fromentin, qui les fera porter sur la partie qui en aura le plus besoin.
Ma jonction avecTarmée des Ardennes, assure dans cette partie
de la République, tous les avantages que doit attendre le Général
en cbef.
Signé : Favereau.
[Registre 23, n» 182.]
Avesnes, le 9 Floréal an II.
he Général Fromenlinf au Général Favereau,
Les 3 bataillons et les deux détachements que tu m'as annoncés viennent d'arriver, je vais les faire partir sur le champ, le
6* de Loire et le 68* régiment d'infanterie pour Maroilles, le 2« de la Nièvre et les deux détachements de Cavalerie pour Petit et Grand Fayt, sous les ordres de Soland.
Le feu continae toiyours sur Landrecies.
Donne moi des renseignements sur la position de ton armée.
J'apprends indirectement qu'eUe avance beaucoup. Je te prie de me renvoyer un mémoire que je t'ai donné pour faire apostiller par le représentant. Cet homme nous est utile, et nous tient lieu d'ofûcier du génie. Son village est au pouvoir de Tennemi ; il a besoin d'argent, tu voudras bien m'envoyer tout de suite son mémoire apostille. Il se nomme Courtin, et il lui est dû 510 francs.
Signé : Fromentin.
[Registre 22, no 136.]
9 Floréal an II, Maubeuge.
Le Général Favereau^ au Général Peirand.
J'ai envoyé, mon brave camarade, au Générai Fromentin, tout ce que je pouvais, tu connais mon cœur il aime trop sa patrie pour la laisser un instant souffrir : Les forces de l'ennemi en face de cette place est de près de 10,000 l^ommes, que je tiens en mesure le plus possible, pour l'obliger à ne pas quitter cette partie.
Charbonnier m'a assuré hier au soir avoir tenté par ses dispositions d'égorger un cantonnement conséquent occupé par l'ennemi. Gomme je n'ai pas eu de ses nouvelles, je ne sais si son opération à été faite.
Nous ferons tout notre possible, tu peux en être assuré. Je fais
passer ta lettre au Général Desjardin et au Général en chef de
l'armée des Ardennes.
Signé : Favereau.
[Registre 23, qo i88.]
Avesnes, le il Floréal an II.
Le Général Fromentin, au Général Pavereau,
Je t'adresse copie de ce que me mande à l'instant le Général Soland, relativement à la ville de Landrecies.
Je te préviens, mon cher, que le feu a cessé entièrement sur Landrecies, de part et d'autre depuis sept heures du matin. J'ai été examiner cette ville qui est en feu, mais je n^ai rien pu découvrir qui annonce sa reddition. Montaigu à qui je me suis adressé est aussi inquiet que moi, il remarque que l'ennemi a dégarni les hauteurs, mais que le camp sur la Samhre est le même; moi j'ai vu les camps sur les hauteurs.
L'ennemi se tient caché, et rien ne paraît que les vedettes, je ne sais qu'en penser. 11 est 6 heures du soir.
Signé : Fromentin.
[Registre 22, n» 146.]
Avesnes, le 3 mai 179*.
ARMÉE DU nord.
Le Général de Division Fromentin, au Général de Division Favereau.
D'après une forte reconnaissance que j'ai faite avec le Général SoUand, du côté de Landrecies, j'estime que l'ennemi étoit environs 60,000 hommes et d'après les piquets qui sont restés, l'étendue du terrain fait voir qu'ils avaient 10,000 hommes de cavalerie. Ils n'ont pas laissé grand monde à Landrecies, je n'ai remarqué qu'un poste qui est au moulin entre la Folie et Favrii
du côté du Sari, ce qui prouveroit qu'ils veulent garder au besoin la communication de Landrecies. Nos prisonniers nous disent que Tennemi est en grande force. C'est le Prince d'Orange qui a fait le siège de Landrecies. L'intention de TEmpereur est je crois de faire porter ses troupes sur Tournai, et de déblocquer, de garantir Mons et de chercher à cerner Varmée du Général en chef; il faut qu*il se tienne sur ses gardes car ils tomberoient 60,000 hommes sur lui, voilà leur intention. Ils font courir un bruit qu'ils ont cerné la nôtre, qu'ils ne feront pas comme l'année passée, qu'ils ne nous donneront pas le temps de nous rassembler ; ils promettent la paix à leur troupe dans deux mois. Ils ont juré d'être
fidèles à leur Empereur.
Signé : Fromentin.
[Registre 22, n» 165.]
Avesnes, le !«' mai 1794.
Le Général de Division Fromentin, au Général de Division Ferrand.
Je reçois à l'instant un Rapport du Général Soland, relatif à Landrecies, je te Tadresse sur le champ.
« J'apprends par des prisonniers et deux canonniers des nôtres <( déguisés en paysans, que Landrecies s'est rendu, les canons u étant tous démontés. Le même rapport porte, que l'ennemi « fait un mouvement sur Cambrai, ce que je crois. Avertis Ferce rand de suite pour qu'on défende Cambrai, tu sais que c'est la « suite du projet de l'ennemi; pour nous, gardons nos positions «^ car il viendra sur Avesnes et sur Maubeuge après avoir forcé « nos postes. Je suppose encore que Maroilles pourra tenir, au « surplus tu prendras les ordres qui nous concernent.
« Je vais faire abbattre leurs redoutes, mais avec prudence.
« Signé : Soiand. »
PIÈCES JUSTIFICATIVES 22o
D'après cela j'attends tes ordres, el je t'instruirai de ce qui pourra me parvenir des fortes reconnaissances que je fais faire.
Ton plan d'attaque pour demain, tombe de lui-même puisque
Solandestsur les hauteurs du Favril, qu'il fait abbattre, comme
tu vois, les redoutes de l'ennemi.
Salut et fraternité.
Frombntin.
12 Floréal, au II, Maubeuge.
Le Général Favei'eau, au Général Fromentin.
Il parait, mon Camarade, que l'ennemi aurait l'intention de traverser la Sambre el par ce moyen nous couper toute communication avec Avesnes. Tu connais mes faibles forces, puisque je me suis dégarni de quinze bataillons pour renforcer ta division. En conséquence et comme je crois que l'attaque de demain n'aura pas son effel, puisque l'ennemi à évacué les hauteurs de Prische, je le prie de me faire passer mes bataillons, car si j'élais blocqué je me trouverais dans la dure nécessité de ne pouvoir garder mon camp ni la place. Pèse ma position, je n'ai pas balancé pour te secourir, j'espère que tu en feras autant de ton côté. J écris au Général Ferrandqui sûrement goûtera ma juste demande.
Signé : Favereau.
[Registre 23, n» 203.]
Avesnes, le 13 floréal an II.
Le Générai Fromentin^ au Général Favereau,
Il ne m'a pas été possible de te répondre hier, ni de te renvoyer les bataillons que tu m'avais fait passer, parce que j'en ai
eu besoin en gardant mes positions pour faire de fortes reconnaissances qui ne m*ont que trop assuré de la prise de Landrecies.
Je donne ordre aux Généraux Montaigu et Soland de faire partir sur le champ tous leurs bataillons. Tu voudras bien aussi donner le tien pour que Tescadron du 22* de Cavalerie me rentre, j'en ai bien besoin. La garnison de Landrecies a eu les honneurs de la guerre, ils en enmènent, partie à Breda, et partie à Maestrich. Les quartiers maîtres et les fourriers ont élé rendus, c'est un d'eux qui vient de me dire cela.
Signé : Fromentin.
[Registre 22, n« 155.]
13 Floréal an II, Maubeuge.
ARMis DU NORD.
Le Général FavereaiL, au Général Ferrand.
La prise de Landrecies, mon cher Général, est faite pour affliger les cœurs des braves républicains, mais elle ne doit pas les abattre, parceque nous serions indignes de la confiance nationale ; redoublons notre zèle.
Je quitte le général Desjardin; nous avons calculé nos moyens et nos différentes positions en cas que Fennemi tente à nous tourner. Voici ce qui a été notre résultat. Gomme il faut soutenir jusqu'à extinction de forces, il faut serrer nos coudes. Nous tenons les positions cités ci-après.
Sur la droite nous tenons, Montigny, Saint-Christophe, Bousigny, etc.
Retraite sur Ferrière la petite, pour défendre les passages de la Sambre et se porter ou besoin sera.
La force est de trois bataillons d'infanterie ; une demie compagnie d'artillerie légère, deux pièces de huit, un obusier et 450 hommes de cavalerie.
Cette force soutiendra trois bataillons cantonnés depuis Requignies jusqu'au Bois sur Sambre.
Nous tenons Tirmon, Beaumont, Solre Saint-Géry ; sa force est de 4 bataillons, compris un de grenadiers, une demie compagnie d'artillerie légère, trois pièces de 12, et de 8, et 450 hommes de cavalerie.
La retraite sur Sorle-Libre pour tenir les hayes d^Avesnes.
En cas forcé, les trois bataillons gardant la Sambre, depuis Requignies jusqu'à Bois sur Sambre, se porteroient pour appuyer le camp à gauche de Cerfonlaine.
Sur la gauche nous tenons Hautmont; en cas de retraite elle se fera sur le camp de Falise.
Nous tenons Saint-Remi-Mal-bati, et environs. En cas de retraite, elle se fera sur le bois de Beaufort, et de là sur le camp retranché de Falize.
Nous tenons Bâchant et les positions en avant de Berlaimont, en cas de retraite, sur les haïes d'Avesnes.
Voilà, mon brave Général, les dispositions prises, pour nous réunir et soutenir jusqu'à extinction de forces contre la Tyranie qui voudrait anéantir la République, transmets moi tes ordres et changement, si tu crois que ces dispositions ne soient pas celles qui doivent être prises.
Nos vivres ne sont pas bien abondants, mais s'il le faut, nous nous restraindrons à moitié pour donner le temps à nos frères en cas de blocus, de venir à notre secours.
Signé : Favereau.
[Registre 23, n© 209.]
Maubeuge, le 3 mai 1794.
Le Général Favereau au Général de Division Ferrand.
Ta lettre d'hier, mon brave Général, m'instruit que l'ennemi a des desseins sur Avesnes, et Maubeuge, en conséquence j'en ai envoyé copie aux Généraux Déjardin et Uespeaux, avec invitation de prendre toutes les mesures de surveillance, pour oposer de tous leurs moyens le passage de la Sambre.
Une lettre que je reçois du générai Fromentin, soupçonne un autre dessein à l'ennemi d'après une découverte qu*il à fait ce matin avec le général Solant, je crois au contraire qu'il se porte sur Toumay à la rencontre du Général Picbegru ; par les rapports qui lui ont été faits, la force est à peu près de 60,000 hommes et 10,000 hommes de Cavalerie.
Je ne doute pas que Fromentin t'ait instruit soudain de ce qu'il croyoit, pour te mettre à même de prévenir le Général en chef, car il est hien précieux que nous nous communiquions tout ce que nous savons.
Je ne me suis aperçu d'aucun mouvement de l'ennemi, ils remuent toujours la terre comme des taupes, la nuit dernière ils ont fait une paraléle, qui prend de la hauteur en avant de la redoute Assevent, qui prolonge jusqu'en avant du village de ce nom. Je me suis porté le plus près possible de cet ouvrage, avec l'ofûcier du génie, et je me suis déterminé de le faire combler cette nuit en prenant toutes les mesures de prudence.
Si j'avais des personnes de confiance qui aiment bien leur patrie, il me serait bien facile de connaître les forces de l'ennemi devant moi, mais il ne m'est pas possible de m'en procurer. Cependant elles ne doivent pas être bien conséquentes; car si l'ennemi est dans cette partie, de 60,000 hommes, il est impossible qu'il ait des forces bien majeures sur toute la ligne, surtout allant trouver le général Pichegru. Dans le cas que tu soupçonnes sa faiblesse, ne pourrions nous pas nous réunir au Général en chef de l'armée des Ardennes, et marcher sur Mons; si cette place ne peut pas faire résistance, il est certain que nous ferions un grand coup. Avons nous de l'Infanterie, de la Cavalerie suffisante, car cette arme est bien précieuse pour une pareille expédition; pourrons nous dégarnir ce point sans compromettre l'intérêt national ; serionsnous pourvus de vivres? Je t'offre, mon Général, mes idées pour et contre, crois que l'amour de ma pairie seul fait parler mon cœur ; c'est à toi à peser dans ta sagesse ce que tu as à faire. Il faut t'observer que Mons est le dépôt de vivres de l'armée ; il est essentiel que Pichegru le sache.
J'ai fait remettre ta lettre au Général Mayer.
Signé : Favereau.
[Registre n» 3, n© 219.]
PIECES JUSTIFICATITES 339
XLvn
15 Floréal an U, Maubeuge.
ARMlbs DU NORD.
Le Qénéral Favereau^ au Général Fromentin.
Je te préviens, Général, qu'il file une colonne considérable qui vient du côté de Bavai, prend la route de Thuin en passant Rouvroil. J'en donne avis au général Ferraad; j'en préviens le Général Desjardin pour qu'il en fasse de même au Général Charbon* nier. Je vois que les vues de l'ennemi sont sur Maubeuge, mais en nous concertant bien et prenant des mesures de sûreté, j'espère qu'ils seront déjoués. Ne perdons pas les positions des bayes d'Avesnes, elles sont précieuses.
Signé : Favereau.
[Registre 23, n* 222.]
Avesnes, le 17 Floréal an lU
Le Général Fromentin, au Généi*al Favereau.
Je t'adresse ci-joint, Général, l'état de situation de mes cantonnements. Les habitants de Landrecies qui passent dans l'intérieur nous rapportent que les émigrés sont en grand nombre à Landrecies, et que l'ennemi se porte sur Cambrai. Du côté de Maubeuge les Hollandais, selon les mêmes rapports, se portent pareillement. Tout est tranquille dans le moment que te t'écris.
Signé ; Fromentin.
[Registre 22, n© 112.]
330 PIÈCES JUSnFICATIYES
Cousolre, le 16 mai 1194.
Le Général de Division Desjardin, au Général de Division Favereau.
Si je ne t*ai pas donné connaissance de la position qaej 'occupe, c'est que j'ai de rouvrage sans fin, et un pen par oubli, car je correspondrai toujours avec le plus grand plaisir. Tu me connais personne n*aime mieux qae moi Tunion.
Toute Tavant-garde est à Tabbaye de Lobbes, la division de Fromentin est en arrière de Basse Fontaine, dont le quartier général de cette division, est à la ferme de Basse Fontaine. La division du général Depaux est à Jumont et aux bois de Solre sur Sambre, et le long de la Sambre.
La Division du Général Muller est en arrière de la Bussière et le quartier général est à la ferme de Desompene. Le général SoUand, commandant la cavalerie est à la ferme de Fortaux. Le grand parc d'artillerie est sur les hauteurs de Termont, et je suis à Gousolre.
L'ennemi a voulu passer la Sambre, mais il a été obligé de se
retirer après une vive canonnade et nous tenons toujours cette
position.
Signé : Dbsjardin.
[Registre 22, no 207.]
Thuin, le 25 mai 1794.
Le Général Desjardin, au Général Favereau.
Nous avons été attaqué hier vigoureusement sur deux points par notre gauche ; ce que je trouve d'extraordinaire, c'est que cette débâcle n'a pas duré plus d'un quart d'heure, la plus part des vèdetes et grand garde ont été enlevées, et la troupe étoit au bivouac, et avoit ordre de se tenir en bataille une heure avant la
pointe du jour, il faut que quelqu'un n*ait point fait son métier, je ferai en sorte de découvrir les coupables. Je suis à Thuin, Tavant-garde est à Lobbe, Fromentin, à Labussière et Montaigu à Solre sur Sambre.
Une division des Ardennes est à Lobbes avec Tavant-garde, et l'autre division est au pont d'Almes.
Je te remercie de la peine mon camarade, que tu prends pour moi, et des soins que tu as de nous approvisionner.
Je finis, car je n'ose te parler de cette déroute, j'ai perdu de l'artillerie je n'en sait pas encore le nombre. Je vais montrer à Saint-Just et Le Bas, la lettre que tu écris et les observations.
Je crois qu'il y a des coquins, ou que le Diable dit à l'ennemi ce que nous voulons faire. Avant peu tu verras une affaire sanglante, il faut vaincre ou périr.
Signé : DéjABDiN.
[Registre n« 22.]
Supplique du Citoyen Fromentin père, au Comité
de Salut public.
Le 14 Messidor an II (2 juillet 1194).
Citoyens,
Le Citoyen Pierre Fromentin demeurant à Alençou, après avoir élevé 19 enfants avec une fortune infiniment modique, après avoir essuyé de la part des agents du ci-devant Appanagiste du Duché d'Alençon, frère du dernier Tyran, des procès ruineux qui l'ont privé en définitif d'un domaine engagé ou il avoit employé la majeure partie du fruit de ses travaux, goûtait enfin à la fin de ses jours, à l'âge de soixante-seize ans, quelques douceurs dignes d'un Républicain.
Deux de ses enfants, avoient de leur propre mouvement, à la voix de la patrie, volé à son secours sur les frontières, quelle joie pour un père, ces deux enfants servoient avec distinction. J'étois non seulement content de leur avoir donné le jour, j'en étois fier et mon cœur goutoit le bonheur.
Deux nouvelles accablantes viennent dans ce moment frapper mon oreille : Tun de mes enfants est privé de Tavantage de servir sa patrie parles suites d*un coup de biscalen reçu en combattant dans la Vendée qui Ta forcé de se rendre à Tbôpital de Nantes.
J'apprends qae Tautre est destitué de la place de général de Division, qu'il a quitté Tarmée du Nord, qu'en passant à Falaise, à la veille de rentrer dans sa famille, ne pouvant supporter Tidée de n'être plus compté au nombre des soldats de la liberté et de reparaître au milieu de ses concitoyens avec une réputation douteuse, s'est livré au désespoir et qu'il a tenté de terminer seS jours. Presqu 'aussitôt on m'annonce que ce malheureux fils peut guérir de sa blessure ; (dans ce moment il est presque rétabli) mais qu'il est accablé de chagrin de venir passer dans l'oisiveté, des jours qu'il avoit consacrés à sa patrie et qu'il n'en peut supporter lé poids, s'il ne peut plus les terminer au milieu des combats. Citoyens, écoutez la voix d'un vieillard, qui vous demande que son fils ne soit pas privé de l'honneur de combattre pour la République. Entendez les cris de ce même enfant qu^ii^a point de plus grande passion que celle de concourir de toutes s^^orces et au prix de tout son sang, aux succès des armes françaises. Il ne croit pas avoir mérité sa destitution ; on l'a calomnié, on a dit qu'il s'étoit enivré, qu'il étoil tombé de cheval, à l'affaire du 45 floréal. Des certificats de son chirurgien prouveront que deux jours avant cette affaire, il avoit éprouvé, une hémoragie qu^l étoit réduit au régime le plus sévère, à l'eau mêlée de vinaigre qu'enfin il étoit allé au combat emporté par son courage, mais dénué de force et de santé. Est-il surprenant que son cheval l'ait renversé ?
Quoi qu'il en soit, si mon fils n'a point les talents éminents d'un général, certe, il a le courage d'un vrai patriote, d'un bon Républicain, et peut servir dans un grade inférieur : il n'embitionne que l'honneur de combattre dans un poste quelconque, tous sont honorables. Il n'a rien fait, Citoyens, vous en demeurerez convaincus pour être renvoyé chez lui traîner une vie inutile, insupportable pour un soldat couvert de 12 blessures , qui a passé 18 ans sous les armes et qui voit ses frères avec lesquels il a partagé tant de fatigues, moissonner des lauriers et assurer par les plus brillantes victoires, le triomphe de la liberté.
PIEGES JUSTIFICATITES 283
Citoyens, le citoyen Gamot membre du Comité de Salut public qui Ta nommé général de Division, vous dira qu'il Ta forcé d'accepter cet emploi qu il ne brigua jamais ; vous êtes instruits par le comité de surveillance de Falaise, témoin de la scène qui vient de s'y passer, que les derniers soupirs, que les dernières pensées de mon fils respiroient Tamour de la patrie, le triomphe de la liberté, Tardeur pour la gloire et les combats. Mettez donc cet ami fidèle de la liberté dans un poste ou il puisse se livrer encore à sa seule et unique passion, celle de combattre et de verser tout son sang s'il le faut, pour les Français, pour des hommes qui méritent si bien la liberlé.
Hatez-vous, Citoyens, de décider sur son sort; outre qu'il pert à Falaise un temps qui auroit été bien mieux employé à vaincre avec ses frères dans les plaines de Fleurus, il me cause, dans une auberge, au milieu des gardes qui ont la consigne de l'observer, une dépense qui est au delà de mes facultés. Mon fils est gardé, mais mon fils est un Républicain vertueux; le plus pur comme le plus ardent patriotisme. coule dans ses veines, Citoyens, rendez justice à son courage, armez de nouveau son bras, qu'il revole aux frontières, au poste que vous lui assignerez et qu'il ne rentre dans la maison paternelle, qu'après que la République n'aura plus d'ennemis à combattre !
COURTEMANCHE *, PiCHON *,
Maire
Fromentin, Dupont ' le jeune.
[Papiers du Général.]
1. Gourdemanche (ou de Gourdemanche) ancien orfèvre de son état, fut installé comme maire d'Alençon le 30 nivôse an II. Il présida le conseil général de la commune depuis cette époque jusqu'au 3 vendémiaire an III. Il avait fait partie du Gomité national institué au mois d'août 1789, et ave^c Valazé, de la Société des amis de la Constitution d'Alençon, qu'il présida même par intérim en 1792, & défaut du titulaire absent.
2. Pichon (Gharles-Joseph), né le 6 juillet 1747, conseiller en l'élection d'Alençon, installé comme conseiller municipal le 30 nivôse an II, président du district, administrateur du département, nommé adjoint au maire par décret du 18 mars 1808, mort le 26 août 1819.
3. Dupont le jeune (Nicolas- Antoine- Joseph), né & Alençon le 17 janvier 1753, négociant, conseiller municipal, installé le 30 nivôse an II, mourut le 11 juillet 1829.
384 PlACBS J USTIFICATIVKB
Ln
Paris, le 29 Messidor l*aii II, de la République française
(17 juillet 1794.)
(Bureau du placement des Officiers Généraux.)
Bapport.
Le Citoyen Desprez d'AIençon, dont on joint ici la lettre, fait passer le mémoire du Citoyen Fromentin, habitant de la même ville, père de 19 enfants du nombre desquels est le Général de division de ce nom, ci-devant employé à Tarmée du Nord. On verra dans une note écrite de la main du ci-devant Ministre Bouchotte, au bas d'une lettre du citoyen Fromentin, le cas qu'il faisait de cet ofQcier, en le forçant, pour ainsi dire, d'accepter le grade de Général de Division, qu'il refusait par modestie. Il vient cependant d'être destitué et accablé de ce malheur au point de n'oser reparaître devant ses concitoyens, il a tenté de se détruire dans son passage par Falaise, pour rentrer dans la maison paternelle. Celte affligeante nouvelle est parvenue a son père au moment même où il recevait celle de la blessure reçue par un autre de ses ûls, qui servait dans la Vendée.
n demande avec instance qu'on examine la conduite du Général de division son ûls, ne pouvant se figurer qu'il soit coupable ; et comme il est rétabli de la blessure qu'il s'est portée lui-même, il sollicite pour lui la permission de retourner combattre les ennemis de la République^ dans un grade inférieur à celui dont il était revêtu; en attendant, il prie la Commission d'ordonner qu'on retire d'auprès de son fils, la garde de surveillance dont il est entouré, et qui lui fait supporter une dépense très au-dessus de ses facultés.
D a été fait d'ailleurs des recherches dans les bureaux de la police militaire et de la 6« division et sur le compte de cet officier général, et on n'y a rien trouvé contre lui. D'après cela, la Commission voudra bien faire connaître ce qu'elle est dans l'intention de prononcer sur les demandes qui concernent cet officier.
Obse^'vations.
n y a lieu de croire que la suspension de cet officier général a été prononcée par les Représentants du peuple près Tarmée du Nord, puisque les 5« et 6* Divisions de la Guerre, n'en ont aucune notion par écrit.
D*après cette observation, la Commission, ne pensera Velle pas qu*il est à propos, pour la portée, de rendre compte au Comité de Salut public, des motifs de la suspension de cet officier général, et mettre sa demande sous les yeux du Comité, d'écrire aux Représentants du peuple et au Général en chef de Tarmée du Nord, pour avoir les renseignements dont elle a besoin à cet égard?
Au bas de cette pièce, on lit ces lignes d'une autre écriture :
Il vient d'être pris un arrêté pour envoyer le Général de Division Fromenlin, commander dans son grade à Landrecies; en informer son père par le courrier de ce jour.