Dubois Du Bais (Louis Thibault, du Calvados
7. Arch. de la Guerre, lettre du 10 avril 1793 (an II) au général de brigade Chancel. — Correspondance.
Si nous quittons TEscaut, quelle est en ce moment la situation dans la Flandre maritime et à Test de Valenciennes? Il est intéressant de le savoir. Le général O'Moran détient Cassel avec 10,000 hommes et jalonne le pays avec les débris de Tarmée de Hollande pour asseoir la sûreté de Dunkerque et de Bergues. Cette dernière ville a 4,000 hommes de garnison, animés d'un bon esprit; Fromentin les dirige. On répare ses fortifications et on la dote d'artillerie. Carnot* et Lesage Senault' stimulent chacun par leur présence et ordonnent les mesures à suivre. Et tandis que leur sollicitude s'étend jusqu'à Lille et qu'ils aident le général Duval à mettre cette place en état de défense, tandis que Beauregard à Sedan surveille la frontière du nord-est, Carnot et Duquesnoy' adressent à la Convention cette lettre-rapport où se lit un si bel éloge du commandant de la place de Bergues : Fromentin.
« Dunkerque, le 16 avril 1793,
(t Les députés de la Convention, Carnot et Duquesnoy^ à la
Convention nationale.
« Citoyens nos collègues,
« Nous venons de parcourir la frontière depuis Lille jus- « qu'à Dunkerque où nous sommes en ce moment. Cet c( espace comme vous le savez, est sans places fortes sur la
1. Carnot (Lazare-Nicolas-Marguerite), né à Noiay, ancien duché de Bourgogne, le 13 mai 1753, épousa le 17 mai 1791, à Arras, M"« Sophie Du Pont, née à Saint-Omer le 12 juillet 1765. Il mourut en exil & Magdebourg, le 2 août 1823.
2. Lesage Senault (Gaspard-Jean- Joseph), député du Nord ; fit partie de la Convention et des Cinq-Cents.
3. Duquesnoy (Ernest-Dominique F.-J.), cultivateur, député du Pasde-Calais à la Législative et & la Convention, homme d'un civisme farouche. Arrêté après les journées de prairial et condamné à mort, il se tua le 29 prairial an IIL Voyez : Pièce Justif., n» III.
4. Armée du Nord. Arch. |de la Guerre, correspondance gén., avril.
56 LE GÉNÉRAL FROKENTIN
(c première ligne, si Ton excepte celle de Bergues qu*on doit « regarder comme ne faisant qu'une avec Dunkerque, car la « perte de Tune entraîne nécessairement celle de l'autre.
« Pour garder cet intervalle on a établi un camp sur la « montagne de Cassel; ce camp est dans une position très « forte, mais ses communications sont assez mal assurées « et ne sont guère susceptibles de Tétre mieux. Il faudrait u beaucoup de monde pour couvrir cette frontière et nous (( en avons très peu. Dunkerque devrait avoir au moins « 12,000 hommes et il n'en a pas 1,600. L'esprit public y est « bon, on s'y défendra bravement, si on y est attaqué, nous « en sommes menacés, mais jusqu'à présent, les préparatifs « des ennemis ne sont pas formidables. Nous avons sufifi- « samment d'artillerie et de subsistances. Le général Pas- « cal, qui commande à Dunkerque, est bon, quoi qu'on en (( dise. O'Moran qui commande à Cassel est meilleur encore. « Le lieutenant-colonel du 1" bataillon de VOme, auquel le « ministre de la guerre vient de donner le commandement de « Bergues, est on ne peut plus propre à cet emploi^ mais il « est odieux qu'on h* ait point fait officier général dans la der- « nière promotion ce vénérable militaire, qui a dix-sept ans de « services en comptant ses campagnes.
« Nous ne vous dissimulerons pas qu'il y a beaucoup de las- « situde et de dégoût dans les troupes qui viennent de faire <( campagne, qu'il y a dans l'armée des pillards qui désolent « les villages, que l'insouciance, la lâcheté et l'incivisme de « plusieurs corps nous donnent de l'inquiétude ' .»
Retournons maintenant aux environs de Yalenciennes ; là
1. Un fléau terrible détruit nos armées, ajoutent les représentants, dont nous continuons de transcrire ici la lettre, à titre de curiosité, c'est le troupeau de femmes et de filles qui sont à leur suite; il faut compter qu'il y en a autant que de soldats, les casernes et les cantonnements en sont engorgés, la dissolution des mœurs y est à son comble, elles énervent les troupes et détruisent par les maladies qu'elles y apportent dix fois plus de monde que le fer des ennemis. Nous ne doutons pas que ce soit la principale cause de raffaiblissement du
va se jouer une très grosse partie. Nous retrouverons bientôt Fromentin aux avant-postes devant Dunkerque, où il se signalera par sa valeur accoutumée. Le 12 avril, on escarmouche à Raismes et Ton cherche à tendre la main à Condé qui, attaqué, fait une sortie. Dampierre, le 13 avril 1793, mande de Bouchain au ministre.
<( Au quartier général de Bouchain, « le 13 avril 1793.
« Bampterre, général en chef, au Ministre de la guerre.
« Citoyen Ministre, j'ai Fhonneur de vous rendre compte, (f que la manière dont j'avais disposé mon avant-garde « me faisait tout espérer de sa position, ainsi que le patrio- « tisme et le courage de ses chefs, et des troupes qui la « composaient. Les bois de Raismes, qui étaient au centre, (( étaient confiés à la garde du 10^^ bataillon d'infanterie « légère, ci-devant chasseurs de Gevaudan : mais le lieute- « nant-colonel^ ayant passé cette nuit à Tennemi avec une « partie de son bataillon, a livré les avant-postes aux « Autrichiens. De tout côté Tennemi s'est montré en force
courage, il est urgent que vous fassiez sur ce point une loi de là plus grande sévérité; l'abus n'est point facile à détruire, nous, vos députés, ne le pourrions peut-être pas sans l'autorité d'une loi très forte et très menaçante : celle qui existe aujourd'hui est pour eux, elle prescrit de loger les femmes des soldats mariés; à. les entendre ils le sont tous. A Douai où nous avons vu dans un temps la garnison réduite à 350 hommes, il y avait près de 3,000 femmes dans les casernes, au point qu'il n'y avait pas une place vide pour les nouveaux corps qui revenaient de l'armée de Dumouriez. Nous insistons sur ce point, parce que l'armée est perdue si vous n'apportez le plus prompt remède à ce principe de dissolution.